‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 16 sur 108 · IT · texte numérisé non relu

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autres, même du fétichisme; mais on soutiendrait peut-être, avec plus de raison, quele brahmanisme n’estqu’un fétichisme ennobli. Toutes les erreurs se ressemblent. Quoi qu’il en soit, on peut qualifier la religion des Hindous de théomorphisme. C’est de tous les cultes anciens celui qui s’est le mieux soutenu : il règne encore parmi les Hindous.

Du brahmanisme s’est formé le bouddhisme ou culte de Bouddha, qui se divise en trois es : le bouddhisme primitif ou le samanéisme, répandu dans le Dekhe: : l”‘le de Ceylan ; le bouddhisme réformé, né dans l'Hindoustan, d’où it fut porté jadis au Tibet et dans la Boukharie, aujourd’hui en. usage à Ceylan, et importé de cette île dans l’Indo-Chine, la Corée, la Chine et le Japon; enfin le lamisme, établi dans le Tibet au treizième siècle, et successivement adopté par les nations mongoles et par quelques Toungouses. Dans le samanéisme, appelé improprement chamanisme par quelques auteurs, Bouddha est regardé comme comme la neuvième incarnation de Wichnou. Les hruddhistes honorent Bouddha comme un dieu puissant sous le nom de Chakia-Mouni, c’est-à-dire le pieux pénitent de la maison de Chakia; \es Mongols le nomment Chighemount et Bourkhan bakchi (\'instituteur divin )?. Chez les lamistes, il est incarné dans la personne du Dalaïi-Lama qui réside à Lhassa, au Tibet; c’est un personnage choisi enfant, tantôt dans la classe supérieure, tantôt dans celle des simples artisans, conformément aux intentions primitives de Bouddha, qui ont été, ‘ comme le dit un de nos savants, d’abolir la distinction des castes et de ramener les esprits à des notions plus saines de la justice divine et des devoir: des hommes ?. Les lamistes ont adopt’ plusieurs cérémonies et quelques idées des sectes chrétiennes de le Syrie. Au lamisme se trouve mêlé, dans plusicurs pays de l'Orient, le culte des esprits ou le nafuralisme mythologique de l’Asie orientale, professé très-anciennement à la Chine par les tao-sse ou docteurs de la raison.

Le système des deux principes et celui des émanatinns devaient naturellement se confondre pour peu que les dualistes accordassent de supériorité à l’un de leurs principes, ou pour peu que les émanistes admissent la possibilité d’une révolte contre l’Étre suprême. Voilà pourquoi les religions dérivées de ces deux sources se distinguent avec peine les unes des autres, Elles appartiennent même toutes ensemble au monofhéisme, si l’on con-

1M. Klaproth. Vie de Bouddha, d’après les livres mongols. Mémoires relatifs à PAsie, L. II. 1826.

2M. Abel Remusat. Discours sur l’origine de la hiérarchie lamaïque, Mélanges asiatiques, tom. I. 1825. |

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On connaît trois anciens systèmes religieux qui ont pour base un dualisme plus ou moins prononcé. Le premier est la religion des mases ou de Zoroastre. 1 y a un Être suprême appelé Zerwan, ou le (emps sans bornes, d’où sont émanés deux principes, l’un bon, appelé en ancien persan £horomeodaz, et par les Grecs Oromaze ; l’autre mauvais, nommé en ancien persan Enghres-mecniosch, et par les Grecs Arimane. Ils se combattent; le bon remportera à la fin une victoire complète, Cette croyance, que l’on connaissait assez bien par les historiens grecs. se conserve encore parmi le Parsis ou Guébres, dans le Kerman et dans d’autres pays de l'Asie.

Vers le sremier siècle de notre ère, il se répandit dans l'empire romain un culte venu de la Perse et connu sous le nom de culle mithriaque, qui offrait de grandes ressemblances avec la religion de Zoroastre, mais dans lequel le dieu Mithra, fils d'Oromaze, chargé de la conduite du soleil et du gouvernement du monde, médiateur entre Oromaze et les hommes, était l’objet d'une adoration spéciale.

On connait moins la religion ancienne des peuples esclavons; Biel-bog, le dieu blanc, et Czerno-bog, le dieu noir, paraissent y figurer comme deux puissances ennemies. Des monuments authentiques nou’. donnent une idée de l’odinisme qui régnait dans la Scandinavie : Odin, le chef des dieux bors ; Surtur, le destructeur du monde, le mal physique ; Loke, le mal moral, et tous les autres dieux, sont dans la dépendance d’Alfader, où le Père universel.

A travers tant d’ingénieuses -rreurs ou de rêves bizarres, la céleste vérité se frayait en silence une route longtemps ignorée. Une petite nation reconnut l’unité absolue de la Divinité pour base de sa religion. Le judaïsme, dont plusieurs idées et images ressemblent à celles des mages de la Perse ou des prêtres égyptiens, se divise aujourd’hui en deux sectes principales, savoir : celle des karaïtes, qui ne prennent pour guide que les livres du Vieux Testament, et celle des rabbinistes, qui attribuent au recueil connu sous le nom de Talmud une autorité presque divine. C’est cette

dernière secte qui domine en France et dans le reste de l’Europe occidentale.

Le christianisme, qui a pris son origine dans le sein du judaïsme, et qui, mêlé ensuite avec la philosophie platonicienne, modifié par les progrès de l'esprit humain, s’est divisé en une infinité de systèmes, étend aujourd’hui

sa bienfaisante influence sur les contrées les plus civilisées et dans toutes les parties du monde.

L'Église grecque ou orientale, qui se rapproche le plus du christianisme des cinquième et sixième siècles, est tolérée dans toute la Turquie, protégée en Hongrie, en Esclavonie, en Croatie, en Dalmatie, et dominante en Russie ct dans les îles Touiennes. Parmi ses branches, on distingue les nestoriens dans la Turquie d'Asie, autretois très-répandus en Tartarie, en Mongolie, et jusque dans la Chine; et les monophysites , lesquels comprennent les coptes en Egypte, et en Abyssinie les jacobites. L'Église grecque n’admet point que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, et ne se sert point, pour la consécration, de pain sans levain.

L'Église latine ou occidentale s’est séparée en deux grands partis.

L'Église catholique, apostolique et romaine étend son empire sur la majeure partie de la France, sur l'Italie, l'Espagne, le Portugal, les trois quarts de l'Irlande, la plus grande partie de l'empire d'Autriche, la moitié de la monarchie prussienne, de la confédération suisse et des puissances secondaires de la confédération germanique, et dans les vastes colonies espagnoles et portugaises d'Amérique, d'Afrique et d’Asie. Le pape en est le chef spirituel. L'Eglise gallicane se distingue par ses libertés, qui opposent une barrière invincible aux usurpations de Rome.

Les Grecs unis, qui ont quitté l'Eglise grecque orientale, forment un faible appendice à l'Eglise catholique.

Les Églises protestantes, d’après des nuances assez légères, se partagent en trois branches. Le lufhérianisme, ou l’Église évangélique, domine en Prusse, en Saxe, en Hanovre, dans le Wurtemberg et dans d’autres États de l’Allemagne, en Danemark, en Norvège, en Suède, en Livonie et en Finlande. Dans l’empire d'Autriche, un grand nombre d’individus suivent les dogmes de cette Eglise. Le calvinisme, ou Église réformée ?, domine principalement en Helvétie, dans quelques pays d'Allemagne, en Hollande; elle règne également en Écosse sous le nom d’Église presbytérienne ; les Anglais donnent à ses sectateurs le nom de puritains, On compte parmi les réformés les indépendants ou congrégationalistes , qui dominent par le nombre dans les Etats-Unis d’Amérique.

1 L'Éulise évangélique ne reconnaît que deux sacrements, le baptême et l’eucharistie. Elle rejette la pénitence, la confession auriculaire, les indulgences, le purgatoire, les images et la messe.

2 L'Église réformée rejette la présence réclle dans l’Eucharistie, le sacrifice de la messe, le purgatoire, l’invacation des saints, la hiérarchie de l'Église et les cérémonics. La communion s'y fait sous les deux espèces et avec du pain ordinaire.

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L'Église anglicane ou épiscopale ne se distingue des autres Eglises protestantes que parce qu’elle a maintenu la hiérarchie épiscopale. Elle règne en Angleterre ainsi qu“ dans ses colonies, et, quoiqu’en minorité, domine impérieusement en Irlande.

Sans embrasser aucun système d'intolérance, et sans vouloir insulter à des hommes souvent respectables, nous donnons ici le nom de secte à tout parti religieux qui n’est devenu, dans aucun endroit, assez nombreux pour dominer dans l’État. Les principales sectes chrétiennes sont : les unsfaires, sociniens ou antitrinitaires, protégés en Transylvanie , dans la Pologne prussienne : un très-grand nombre de catholiques, de luthériens et de calvinistes sont en secret attachés à ce système; les arminiens ou remontrants, parti né en Hollande et qui s’est rapproché des unitaires; les mennoniles, d'abord connus sous le nom d’anabaptistes, et décriés à cause de leur fanatisme, aujourd’hui les plus paisibles de tous les sectaires; les baptistes, parti nombreux en Amérique; les fréres-moraves ou hernhutes, espèce d'association monastique qui, au reste, suit les dogmes du luthéranisme, et répand les bienfaits de ses instructions douces et austères parmi les nations sauvages; les quakers ou trembleurs, enthousiastes paisibles, nombreux dans l’Amérique anglaise, aux Etats-Unis et en Angleterre ; les shakers, les tunhers et les autres associations semblables aux quakers; les swédenborgiens, secte mystique de Suède et d'Angleterre ; enfin les mé{hodistes, qui se distinguent par une rigueur outrée en morale, et qui sont nombreux en Angleterre, et surtout dans les Etats-Unis.

Le christianisme, outre tous les ennemis sortis de son propre sein, a vu s'élever à côté de lui un rival d’abord dangereux et encore incommode dans le mahométisme, ou, d’après la façon de parler des mahométans eux-mêmes, l'islam, qui en arabe signifie soumission à Dieu. Cette religion n’est qu’un mélange de judaïsme et de christianisme, avec quelques ornements poétiques. La religion mahométane domine dans la plus grande partie de l’Asie et de l'Afrique, ainsi que dans la Turquie d'Europe; elle est tolérée en Russie. On y distingue, comme parmi les chrétiens, plusieurs partis. Les sonnites, bien que partagés sur la discipline en quatre rites appelés hanbalites, schaféites, malékites et hanéfiles, du nom de leurs fondateurs Hanbal, Schaféi, Malek et Abou-Hanifa, se regardent tous comme également orthodoxes, parce qu’ils ne diffèrent que sur des questions peu importantes. Ils s'accordent à considérer la succession des premiers califes, telle qu'elle a eu lieu, comme légitime, et à mettre les explications théologiques données en diverses circonstances par les principaux compagnons de Mahomet.

Abou-Bekr, Omar et Osman, au nombre des articles de foi. Leur nom vient du mot arabe sonna (tradition), par lequel ils désignent ce recueil de décisions religieuses. Ce parti «est le plus nombreux; il occupe tout l'empire ottoman, l'Egypte et le reste de l’Afrique, l'Arabie, les îles de l’océan Indien, et compte beaucoup de partisans parmi les tribus de race turque établies en Russie et en Perse. Mais la doctrine d’Abou-Hanifa est généralement suivie en Turquie, celle de Schaféi en Egypte, celle de Malek dans les états barbaresques, et celle d'Hanbal en Arabie.

Sous le nom de schyytes, qui signifie en arabe secfaires , les sonnites désignent tous ceux qui se sont séparés d'eux; mais ceux-ci au contraire se sont appelés adeliés, c’est-à-dire partisans de la justice. Les schyytes partant du principe que Ali, cousin de Mahomet, était le seul héritier de l'autorité du prophète, et admettant que cette autorité passa aux descendants directs d’Ali, maudissent Abou-Bekr, Omar et Osman, et repoussent tous ceux qui ne se rangèrent pas sous l’étendard de leur prince favori. Conséquemment il rejettent la souna. Leurs ramifications présentent des différences importantes. Les deux fils d’Ali, Hassan et Hossein, et les descendants directs de celui-ci jusqu’au dernier de tous, appelé le makdi ou le dirigé, qui, ayant disparu à l’âge de douze ans, passa pour s'être caché dans quelque lieu inconnu, en attendant qu'il püt reparaître sur la terre et y faire triompher la bonne cause, forment une suite de douze personnages qui furent nommés imans, c'est-à-dire les chefs par excellence. En attendant le retour du mahdi, il n'y eut plus d’autorité légitime sur la terre, et les rois furent censés les simples lieutenants de l’iman. C’est par suite de cette croyance que les souverains de la Perse de la dynastie des Sofis, qui prétendaient descendre en ligne collaiérale des imans, se disaient les esclaves du roi de ce pays, etqu'’ilsentretenaient sans cesse à Ispahon des chevaux pour le service de l’iman lorsqu’il arriverait. Cette doctrine domine encore chez les Persans; elle fait même chaque jour des progrès dans l'Inde, où les empereurs mogols faisaient jadis triompher le rite sonnite, et où, depuis l'occupation anglaise, les musulmans, presque tous d’origine persane, jouissent d’une entière liberté de conscience. Cependant un grand nombre de schyytes prétendirent qu’à Ali seul avait appartenu depuis Mahomet le gouvernement des affaires de ce monde, qu'il avait été revêtu d’un caractère divin, et ils l’adorèrent comme un dieu. Tels sont les Nossairis et les Motoualis, qui occupent une partie des hauteurs du Liban. D'autres schyyies, quoique partisans des imans, soutinrent qu’il y avait eu erreur au sujet du septième, et qu’au lieu de Moussa il eût fallu proclamer un de ses

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frères appelé Ismaël : de là leur fut donnée la dénomination d’ismaéliens. Mais cette secte se divisa bientôt en plusieurs branches. Quelques ismaéliens pensèrent. qn’après Ismaël le caractère d’iman avait passé à des personnages inconnus qui se déclareraient en leur temps. Ainsi la qualité de mahdi fut successivement attribuée par eux aux califes fatimides de la race d'Ismaët, qui, pendant les dixième, onzième et douzième siècles, dominèrent sur une partie de l’Afrique, sur l'Egypte et sur la Syrie. A cette secte appartinrent les ismaéliens. établis en Perse aux environs de Casbin, et ceux qui, occupant les. montagnes voisines du. Liban, devinrent si fameux dans le moyen âge sous le nom d’Assassins.

Ces deux branches subsistent encore dans les mêmes contrées, mais avec moins de puissance. C'est à cette dernière qu’il faut rapporter les Druzes.

Outre les sonnites et les schyytes, il existe encore deux sectes célèbres par le rôle qu’elles jouent encore en Orient. Ce sont celles des Yezidis et des Vahhabites. Les premiers occupent lesmontagnes comprises entrel’Euphrate et le Tigre : leur croyance est un mélange de mahométisme, de manichéisme et de chistianisme. Les seconds prirent naissance en Arabie vers le dix-huitième siècle; leur doctrine est celle de l’islamisme réduite à sa plus grande simplicité.

Ilest difficile de rien dire de positif sur le nombre de sectateurs que compte chaque religion actuellement existante sur le globe. Un zèle maladroit engage les divers partis à exagérer leur nombre, comme si Sénèque n'avait pas eu raison de dire qu’une grande majorité est souvent un indice d’une mauvaise cause. Les incrédules surtout ont mis une importance ridicule à exagérer le nombre des mahométans et des paiens.

Les langues et les croyances religieuses sont les liens de la société morale, qui souvent survit à la chute de la soctélé civile et politique. Mais c’est celle-ci qui détermine la circonscription des Etats et des empires que la géographie politique est chargée de décrire. Il faut prendre une idée générale des formes variées de cette société.

Lcs liens qui unissent le mari à l’épouse et les parents aux enfants formèrent la famille ou la société domestique. Les rapports du maître au domestique prirent déjà naissance dans cet état de la société. Le faible, ne pouvant se procurer un patrimoine ni s’y maintenir, a dû de bonne heure se décider

à réclamer la protection du plus fort. Plusieurs familles, se trouvant voisines, durent, après quelques disputes, s’accorder à rester en paix ensemble. Certaines règles s’établirent entre elles : ce n’étaient point encore des lois,

mais c’étaient des coutumes. La réunion de ces familles ne formait point un Etat, mais seulement ne société civile.

Ces petites sociétés durent bientôt s’apercevoir que leurs coutumes et observances avaient besoin d'être fixées, de prendre le caractère de lois, Des hommes d’un génie supérieur devenaient les législateurs ignorés de ces hameaux ou villages. Dès que les rapports des hommes entre eux furent fixés par des lois, la société politique exista.

Mais c’était une société sans gouvernement, et l’on tomba bientôt dans les maux de l’anarchie. Cette expérience apprit aux hommes qu’il fallait une force physique pour maintenir la force purement morale des lois; ils établirent un gouvernement sous une forme quelconque. La convention qui fixe les lois primitives de la société civile, s’appelle pacte social ; celle qui fixe l’existence de la forme d’un gouvernement et les rapports qui en découlent, s’appelle constitution. Par cette dernière convention, la société civile se constitue en Etat, ou, si l’on veut, en république : car ce dernier mot, tiré du latin !, signifie originairement toute société civile ayant un gouvernement et des lois, sans égard à la forme.

Un gouvernement est l’unité de forces physiques, établie par la volonté de la société civile pour maintenir les lois et la constitution. La force du gouvernement, régularisée par les lois constitutives, s’appelle le supréme pouvoir. Le suprême pouvoir peut être subdivisé en différentes branches, comme, par exemple, le pouvoir législatif, subdivisible en pouvoir proposant, délibérant et décrétant; le pouvoir exécutif, subdivisible en pouvoir administratif, judiciaire, militaire et de suprême inspection. Ces divisions sont en partie arbitraires. La manière dont le suprême pouvoir est organisé, subdivisé, concentré, s'appelle forme de gouvernement. Le suprême pouvoir représente la souveraineté nationale, qui n’est autre chose que le suprême pouvoir non organisé, existant dans les mains d’une société civile sans gouvernement. Q

Les formes de gouvernement sont innombrables, mais nous indiquerons les plus connues, en allant depuis l’état de la plus grande dissémination physique des pouvoirs, jusqu’à celui de leur plus grande concentration. Ces deux extrêmes se rapprochent plus‘qu’on ne pense; ce sont deux anneaux d’un cercle qui se touchent.

Dès l'enfance des sociétés, il fallut déployer devant la multitude une grande supériorité pour engager les hommes à renoncer à leur égalité primitive en obéissant à quelques individus. Ceux qui, chez les peuples agri- 4 Res publica, la chose publique, l'établissement public par excellence,

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GÉOGRAPHIE PNYSIQUE. 249

coles, avaient su acquérir assez de connaissances pour prédire les mouvements des astres et pour donner d’utiles préceptes aux cultivateurs, ont dù être regardés comme des êtres supérieurs et les interprètes des puissances célestes. Ils commencèrent sans doute par inventer l’art de représenter la parole ou de peindre la pensée : cette découverte importante ajouta aux titres qu’ils avaient au respect de la nation; formés en colléges et seuls dépositaires de tout le savoir, il leur fut facile d’obtenir l’obéissance. La hiérocratie a donc été le gouvernement des plus anciens peuples agricoles à demeure fixe; l'antique Égypte l’atteste suffisamment. L'habitude de l’obéissance rendit ensuite facile l'établissement du pouvoir absolu des rois chez des peuples accoutumés à obéir à la caste sacerdctale.

La démocratie pure est un État où le suprême pouvoir est immédiatement exercé par la majorité de la nation. Cette forme de gouvernement diffère de l’état de la société civile primitive, dans laquelle tous règnent également. La démocratie commissoriale est un État où le suprême pouvoir est exercé par un conseil immédiatement élu du peuple, révocable, responsable. De semblables fonctionnaires ne sont donc point les représentants de la nation, mais seulement ses mandataires, ses commis. On appelle démocratie rep:6sentative un État dans lequel le suprême pouvoir est exercé par des :aagistrats choisis par le peuple, qui le représentent, et qui, par conséquent, pris collectivement, sont souverains et non responsables. Cette forme se subdivise en démocratie représentative pure, lorsque le peuple choisit immédiatement ses représentants, et en démocratie représentative électorale, où il y a des corps électoraux élus par le peuple, et qui choisissent les représentants.

L'aristocratie élective se rapproche des démocraties représentatives. C'est un État où le peuple, immédiatement ou médiatement, choisit ses magistrats, non pas indistinctement parmi les citoyens, mais parmi une certaine classe déterminée par la loi. L’aristocratie élert've est pure ou libre, lorsque le peuple a créé la classe privilégiée ou le curps aristocratique, lorsque l’entrée de ce corps est ouverte à tous les citoyens, lorsque les membres de ce corps sont soumis à l’action du suprême pouvoir dans les mains du peuple. L’aristocratie simple est un État où le peuple a choisi à perpétuité, pour son représentant plénipotentiaire, un corps qui gouverne et se renouvelle sans le concours du peuple. On appelle aristo-démocratie toute forme de gouvernement composée de celles que nous venons de nommer. Lorsque la partie aristocratique semble dominer, on a l'aristocratie

lempérée, et, dans le cas contraire, c’est la démocralie tempérée. L'im- IL. 32

mortelle Rome était, depuis l'expulsion des Tarquins, une aris{ocrate héréditaire oligarchique, qui se changea peu à peu en aristo-démocratie, composée de tous les genres. Les pafriciens étaient le corps aristocratique héréditaire ; les assemblées du peuple représentaient la démocratie.

La monarchie démocratique est une démocratie quelconque, où le suprême pouvoir est en partie exercé par un seul individu et en partie par un corps démocratique. Comme le pouvoir suprême peut être divisé de plusieurs manières, il est impossible de fixer le nombre de tous les genres de monarchie démocratique. Elle peut être héréditaire lorsque la nation a choisi une certaine famille, ou élective lorsqu’à chaque vacance on choisit le monarque. Les élections peuvent dépendre du peuple, d’un corps électoral, d’un électeur. Ces variations sont communes à d’autres genres de monarchie. Le pouvoir législatif peut être partagé entre les mandataires du peuple et le monarque, ou il peut appartenir aux premiers seuls. Les pouvoirs judiciaire et militaire peuvent être dépendants du monarque ou du corps de la nation. Le corps démocratique même peut être choisi sans ou avec la participation du monarque.

La monarchie aristocratique est un État où les branches du suprême pouvoir sont partagées entre un monarque et un corps aristocratique. Ce dernier corps peut être une aristocratie élective libre, lorsqu'une assemblée de représentants choisis par le peuple est placée à côté du monarque; une aristocratie élective héréditaire, choisie ou par le peuple, ou par le monarque, ou par tous les deux conjointement ; enfin une aristocratie pure et perpétuelle, qui est indépendante à la fois du peuple et du monarque. Telle était la noblesse dans la plupart des États européens, avant la grande révolution de 4789.

La monarchie aristo-démocratique est un gouvernement composé d’un monarque, d’un corps aristocratique et d’un corps démocratique. On entend ordinairement par gouvernement mixte une semblable monarchie. Les différentes combinaisons de cette forme sont tellement multipliées qu'il est impossible de les classer.

La monarchie pure et absolue est un Etat dans lequel le suprême pouvoir est tout entier confié à un seul individu, ou, en d’autres termes, un Etat dans lequel la majorité de la nation est représentée par un seul individu. L: monarchie absolue diffère du despotisme en ce que le monarque tient son pouvoir de la nation, par consentement ouvert ou tacite ; le despote, au contraire, prétend le tenir de Dieu ou de son épée. Néanmoins les conquérants et leurs descendants sont, par suite d’une longue posses-

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sion, regardés comme des monarques légitimes ; presque toutes les monarchies ont commencé par des conquêtes. La dictature était une espèce de monarchie absolue, élective et temporaire dans la république romaine.

Le mot anarchie dit simplement absence du gouvernement. £n prenant le mot gouvernement dans le sens véritable et honorable, il est évident que l'anarchie peut exister de deux manières : 4° par la non-existence d’un pouvoir suprême quelconque dans la société civile ; 2° par la prédomination d’un pouvoir illégitime qui n’est pas un gouvernement.

L’anarchie peut se modifier de mille manières. Voici celles qu’il est utile de remarquer et de définir.

L’ochlocratie ou l’anarchie populaire existe lorsqu’une multitude, une tourbe quelconque s’empare d’un suprême pouvoir illégitime. Done, la majorité même, lorsqu’elle n’est pas légalement constituée souveraine, ne peut exercer qu’un pouvoir anarchique. L’oligarchie a lieu lorsqu'un petit nombre d'individus ou de familles, sans être choisis par le souverain constitutionnel, exercent le suprême pouvoir. Elle diffère donc de l’aristocralie pure. La démagogie existe lorsqu’un ou plusieurs individus, sans vocation légitime, mènent le peuple à leur gré en exerçant réellement le pouvoir qu’ils semblent laisser dans la main de la multitude, Le terme de tyran signifiait originairement chef ou monarque; Virgile l’emploie deux ou trois fois dans ce sens honorable; mais dans la suite il fut restreint à dénoter celui qui, dans une république, usurperait le pouvoir monarchique absolu : c’est là le sens ordinaire du mot chez les auteurs grecs et romains. Chez les modernes, on a réservé ce terme pour les abus violents et cruels de l'autorité dans tous les genres de gouvernement.

On a encore mal à propos confondu le mot despolisme tantôt avec celui de {yrannie, tantôt avec celui de monarchie absolue. Le despotisme est un pouvoir absolu qui n’a point d’origine légale, et qui par conséquent ne reconnaît point de bornes. Le despote se prétend maître de son pays, de ses sujets, comme un particulier l’est de sa terre, de son bétail. Le despotisme n’est pas nécessairement fyrannique ou cruel et violent; il n’est pas absolument incompatible avec quelques formes administralives et quelques instilulions qui appartiennent proprement aux Etats réguliers ou même aux républiques.

Nous ne devons pas classer parmi ces formes de gouvernement ou d’anarchie, créées par l’homme, l'Etat singulier qu’on nomme théocratie : « C’est, disent les théologiens, un gouvernement institué par Dieu lui- « même, et dans lequel les prêtres-magistrats règnent au nom de Dieu. »

Telle était la constitution du peuple juif. Chez eux, la théocratie-était unie à la démocratie et ensuite à la monarchie. Les papes, dans le moyen âge, cherchaient à établir une théocratie sur ‘une plus grande échelle.

Nous devons encore faire remarquer les systèmes fédératifs, qui sont des réunions de plusieurs Etats indépendants sous'une autorité supérieure choisie par eux, et qui ont des pouvoi”s plus ou moins étendus pour maintenir parmi eux l'ordre. et pour les défendre contre des ennemis-externes. On peut dire qu’une confédération dans laquelle tous les membres sont égaux est une démocratie d'Etats : telle est celle d’Amérique. Cependant il y a eu des confédérations avec un chef : l’ancien empire germanique était de cette nature. Les confédérations ont quelquefois des sugets en commun. Les Suisses avaient sur ce pied plusieurs districts.

La géographie politique considère dans les sociétés humaines, outre le lien général ou la forme du gouvernement, les liens particuliers qui attachent les individus à la société, et qui résultent de la position assignée à ces individus, ou de la division en classes et ordres.

Dans l’état le plus sauvage, l’homme isolé se procure immédiatement le peu qui lui est nécessaire ou qui tente ses désirs. Dès que les familles commencent à se rapprocher, elles se réunissent pour des travaux communs; mais lorsque le nombre des familles augmente, la société plus forte se partage les travaux. Les différents produits de chaque travail sont dès lors échangés réciproquement. Ces échanges n’étant pas sans incommodité, on réfléchit sur lesmoyens de les abréger et de les faciliter. On choisit pour mesure de comparaison entre les valeurs, ou quelque article généralement recherché, comme le blé, le bétail, ou quelque matière réputée précieuse, telle que l’or et l'argent. Ce signe devient monnate; les productions deviennent marchandises; au lieu de les troquer, on les achèle. Maintenant, quelques esprits observateurs s'aperçoivent qu’on peut gagner sur l’achat et la vente; ils se font entremetteurs entre les acheteurs et les vendeurs; voilà le commerce qui prend son premier essor. Bientôt les fonctions d’administrer ou de défendre l'Etat deviennent trop pénibles ou trop compliquées pour être remplies gratuitement : on salarie les fonctionnaires ; au lieu de guerriers, on a des soldats. En même temps, chaque pouce de terrain a reçu son maître; toutes les propriétés ont été fixées ; elles ont passé d’une main dans l’autre ; le hasard a favorisé l’un, l'adresse a servi l’autre. Ceux qui ont été malheureux ou maladroits se trouvent donc dans l'impossibilité de rien produire par eux-mêmes; ils louent leurs forces ou leur adresse à d'autres.

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Voilà le cercle social parcouru tout entier; nous indiquerons maintenant les diverses classes qui en résultent.

La classe productive comprend tous ceux qui tirent de la terre ou d’un autre élément quelconque des productions utiles à la société : cultivateurs, pêcheurs, chasseurs, vignerons et autres. Il y a des peuples composés en totalité d’une ou de plusieurs classes productives; tels sont les peuples pasteurs ou nomades, les peuples pêcheurs ou tchfhyophages. Dans les Etats civilisés, il existe une classe productive toute particulière. Le savant qui agrandit l'empire des idées et l’homme de lettres qui ennoblit les sentiments et les mœurs, ne produisent-ils pas de véritables richesses nationales, des richesses d’un prix inestimable et d’une durée éternelle?

La classe industrielle renferme ceux qui, en perfectionnant ou en combinant des produits bruts, en composent des produits artificiels. Quand ces travaux demandent éminemment de l’espritet du goût, ils méritent le nom de beaux-arts; quand ils exigent principalement une habileté corporelle, ils s'appellent arts mécaniques. Une manufacture est un établissement où un art est exercé en grand. Le nom de fabrique semble surtout désigner us de ces établissements où l’on emploie de grands instruments et des moyens violents.

La classe commerciale se compose de commerçants proprement dits, qui vendent et achètent en gros et en détail les produits de la nature et de l'art; des divers genres de commissionnaires qui facilitent l'exécution des achats et des ventes; des banquiers et agents de change qui bornent leurs opérations aux signes représentatifs des marchandises; enfin, des navigateurs et voiluriers, en tant que ceux-', propriétaires de leurs moyens de transport, ne rentrent pas dans la classe des mercenaires.

Les possesseurs de fonds de terre forment une classe très-puissante; ils ne produisent rien et consomment beaucoup ; mais lorsqu'ils appliquent une partie de leur superflu à l’amélioration des terres et à d’autres travaux utiles, ils deviennent des agents très-actifs de la production.

Les capitalistes, ou possesseurs de valeurs en numéraire, sont également des agents de la production, lorsqu'ils emploient leurs fonds directement ou lorsqu'ils les prêtent pour des entreprises utiles qui augmentent les produits nationaux. S'ils ne font que dépenser leur revenu improductivement, ce sont de simples consommateurs.

Ces trois classes sont les moins nombreuses, mais les plus riches et les plus influentes, surtout les deux dernières.

Nous réunissons dans une seule classe les fonctionnaires et employés

publics avec la force armée de terre et de mer. Ne sont-ils pas les uns comme les autres investis d’une partie plus ou moins grande de la force sociale? Ne sont-ils pas les agents du suprême pouvoir ?

La dernière classe comprend les mercenaires de toute espèce qui louent leur travail à d’autres particuliers ou généralement à la société; elle se compose des journaliers et des domestiques. Cette dernière classe est surtout nombreuse dans les Etats où règne un grand iuxe.

La proportion numérique dans laquelle ces classes se trouvent dans un Etat est une des questions des plus intéressantes de la sfafistique. C’est d’après cette proportion qu'on donne à telle ou telle nation le nom de peuple agricole, à telle autre celui de peuple commerçant.

Les classes naissent de la nature même de la société, mais les casfes et les ordres sont créés par des lois et des institutions. On entend par caste une classe héréditaire qui est chargée exclusivement d’un genre d’occupation. Ce système de division existait dans l’Inde, la Perse, l’Arabie hexreuse et l'Égypte; on l’explique d’une manière très-vraisemblable par la différence originaire des tribus primitives dont la réunion forma la nation: la caste des prêtres et celle des guerriers en Égypte étaient probablement deux tribus policées qui vinrent subjuguer quelques hordes d’agriculteurs et de pasteurs; le vainqueur dédaigna de se mêler avec les vaincus, et plus tard les législateurs consacrèrent une division que le hasard avait établie‘. Les ordres politiques dans les Etats d'Europe diffèrent essentiellement des castes, en ce qu’ils n’ont pas d’occupation qui leur soit exclusivement réservée, ou s’ils en ont, comme le clergé, ils ne sont pas héréditaires. Dans le moyen âge, quand les armées consistaient en cavalerie, la noblesse se rapprochait beaucoup de la nature d’une caste; aujourd'hui ce n’est qu’un ordre d'Etat.

La bourgeoisie ou le tiers-élat? et les paysans, forment dans quelques Etats des ordres reconnus par la constitution ; en Suède, l’ordre des paysans est très-influent ; il en était de même dans le Tyrol autrefois ; mais il y a encore quelques pays où les cultivateurs, soumis au joug de la ser: vitude personnelle, forment une véritable caste condamnée à une abjection éternelle.

Dans les Etats despotiques, comme en Turquie et en Chine, il n'y a point d'ordres, l'esclavage rend tous les individus égaux. En Europe, c’est

! Com. Heeren, Idées sur la politique et le commerce des anciens, [, 361 (eu ailemind), # Tiers-État, ou plutôt (terce-état, c'est-à-dire tertius status, le troisième ordre.

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GÉOGRAPIIIE PHYSIQUE. 255

l'esprit de corps des ordres d'Etat, c’est l'équilibre résultant de leurs prérogatives, opposées entre elles et au suprême pouvoir, qui garantissent la liberté politique. C’est donc en décrivant l'Europe que nous ferons connaître les institutions de chevalerie, les distinctions honorifiques et d'autres institutions qui ont pour but, soit de marquer les degrés dans la société, soit d’en rendre la distance moins sensible.

Il serait de peu d'intérêt de compter combien il y a de dénominations usuelles pour désigner les divers Etats existants sur le globe. L’emploi des termes d’empire, de royaume, de sullanat, de khanat et autres, s’apprendra successivement dans la partie descriptive de cet ouvrage, Il serait également inutile de nous livrer ici à des considérations sur les litres que prennent les chefs des, Etats, depuis le meeste président des Etats-Unis jusqu’au superbe empereur de la Chine, qui :e dit fils du Ciel, et qui pourtant n’est que le faible imitateur des monarques persans, qui s’intitulaient Rots des rois, princes des’éloiles, frères du soleil et de la lune 1. Les vains sons n’influent point sur la prospérité ni sur la puissance des Etats. La géographie politique ne s’occupe aussi qu’en passant des armes et des couleurs par lesquelles les divers Etats marquent leurs drapeaux, leurs pavillons et leurs poteaux de frontières.

C’est un objet bien grave de connaitre les fosces matérielles des Etats. Cvst le but particulier d'une vaste science noramée arithmétique politique ; mais les résultats de cette science doivent figurer dans les descriptions de la géographie politique.

Le premier élément est la valeur du territoire et de ses productions. Ici, les divers objets des trois règnes de la nature sont classés d’après leur utilité dans la vie et leur valeur comme marchandise. Les gouvernements eux-mêmes ne connaissent que par approximation la valeur de co que produisent l’agriculture, la pêche, la chasse et les mines, et quelle est la proportion exacte de ce que leur nation vend à d’autres et de ce qu’elle achète. Souvent les gouvernements ne publient pas même les renseignements imparfaits qu’ils possèdent à cet égard. La géographie politique ne peut donc pas absolument garantir les tableaux de productions, d’exportations et d’importations qu’elle est obligée de recueillir avec tant de peine.

Pour rendre pourtant ces indications aussi utiles que possible, il faut qu’elle fasse connaître les valeurs dans lesquelles les tableaux de ce genre ont calculés ; les monnaies, les poids et les mesures de chaque pays. Cet

Ammian. Marcell., XNIE, 5; XXL, 6.

objet, qui varie d'Etat à Etet, ne doit nous occuper que dans les descriptions spéciales.

Au second rang, parmi les éléments de la force publique, on doit placer l’industrie comsnerciale et mannfacturière ; c'est elle qui accumula sur le rocher de Tyr, sur les arides coteaux de l’Attique, sur les plages sablonneuses d’Alexandrie les trésors du monde ancien; c’est.elle qui, daus les temps modernes, tii la grandeur de Venise et de la Hollande, &t entretient encore celle de l'Angleterre. Ic! la géographie politique doit remarater la situation des côtes maritimes d’une contrée, le nombre et la nature de «es ports, l’état des grandes routes, celui des canaux de navigaiion, objets qui tous influent très-direetement sur la prospérité industrielle à laquelle un pays peut atteindre. Il faut encore faire atteution aux diverses institu- {ions commerciales, telles que les grandes bangues nationales qui servent à l’échange rapide des signes représentatifs des marchandises, et les compayntes.et sociétés de commerce, parmi lesquelles il yen a qui possèdent souveraineté de vastes provinces hors de l’Europe.

La population d’un Etat est le troisième élément de sa force. Nous avons vu, dans un Livre précédent, que les rapports entre les décès, les naissances et le nombie ües vivants, font deviner à peu de chose près la population d’une contrée; mais ics recensements seuls la font connaître avec certitude. Lorsqu'on a des recensements authentiques, il convient même de ne pas s’y fler aveuglément. Souvent on compte deux fois les mêmes individus, ce qui arrive toutes les fois qu’on fait le dénombrement de campagnes.en élé, et celui des villes en: hiver ; cette erreur est très-commune.

Le nombre des habitants est la base de tout bon système de finances : plus il y a d'individus, pourvu qu’ils aient de quoi se nourrir, plus le commerce et les manufactures peuvent prendre d’essor, et par conséquent plus les revenus s’augmentent. C’est également sur le nombre d’habitants que se mesure celui des troupes. On compte que les hommes capables de porter les armes font environ la quatrième partie de tous les habitants. Mais le plus grand effort qu’un Etat, même le plus militaire, puisse faire dans un cas de nécessité extraordinaire, c’est d’armer la huitième partie de la population; même on n’en connaît aucun exemple dans l’histoire moderne.

Observons encore que plus une masse est concentrée, pourvu qu’elle ait l’espace nécessaire pour se mouvoir, plus elle acquiert d'énergie : donc un petit pays, bien peuplé, est, proportion gardée, plus puissant qu’un vaste Etat dépourvu d'habitants. On regarde un pays comme étant bien peuplé lorsqu'il compte au moins 600 habitants par lieue géographique

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carrée. 11 en est cependant plusieurs qui ont deux, quatre, et même six à sept fois cette population, tels que la France, ia petite république de Saint- Marin et celles de Francfort, Brême, Hambourg et Lubeck. Dans le département du Nord, en France, on compte plus de 3,000 habitants par lieue carrée, et dans l'ile de Malte environ 5,000 ; mais ces phénomènes ne sont que des exceptions locales très-rares. Au contraire, il est assez ordinaire de trouver dans la Russie d'Europe, et même dans les Etats de l’empereur d'Autriche et du roi d’Espagne, de vastes espaces qui n’ont pas 100, pas même 50 habitants par lieue carrée.

Les revenus de l’Elat varient selon le capital qu’il possède en territoire, en productions et en hommes. Ce sont, à proprement parler, des intérêts que l'Etat prélève sur les revenus de tous les particuliers. Les essais que l’arithmétique politique a faits p ‘ur évaluer les revenus de toute une nation n’ont jusqu'ici produit que des résultats très-incertains. La géographie politique se borne à indiquer la somme des revenus de chaque Etat et les principales sources d’où ils découlent; ses indications sont fournies dans plusieurs pays par le budget annuel; c’est ainsi qu’on appelle le tableau des finances soumis à l’approbation du corps aristocratique ou démocratique participant à l'exercice du pouvoir. Toutefois, comme ce tableau est quelquefois destiné à contre-balancer les idées défavorables que pourrait faire naître l'accumulation des dettes publiques de l'Etat, il arrive que la politique y étale des richesses imaginaires.

Dans les monarchies absolues, ces faux calculs sont superflus, mais les vrais restent souvent ensevelis dans les bureaux ministériels jusqu’à ce qu’un heureux hasard ou la volonté d’un souverain éclairé les livre à une utile publicité. Comme ce n’est qu’en Europe qu’il existe un véritable système de finances, c’est dans la description de cette partie du monde que nous indiquerons les diverses espèces d'impôts et de confribulions, ettoutes ces circonlocutions ingénieuses sous lesquelles les gouvernements civilisés déguisent la phrase : donnez-nous de l'argent; tandis que les chefs de nations barbares enlèvent in naturd, et plus souvent d’une manière arbitraire et désordonnée, les objets dont ils ont besoin. ;

La force armée de mer et de terre est malheureusement, mais nécessairenent, le principal objet des soins d’un gouvernement quelconque.

Les tribus sauvages, et même quelques peuples à demi-policés, ont la coutume de marcher à la guerre tant qu'il y a des hommes capables de porter les armes. Rien ne les empêche de faire ainsi, car la pêche et la chasse sont des métiers qu’une nation sauvage transporte avec elle. Pour

Ir, 33

l’agriculture et le soin des bestiaux, les femmes peuvent y suffire. Mais dès que les travaux sont multipliés et divisés, c’est-à-dire dès qu'il y a des classes productives, industrielles, commerçantes à part, il est impossible de faire armer ni combattre une nation en masse, sans ruiner entièrement des métiers et des travaux nécessaires à sa subsistance. Il a donc fallu créer une classe uniquement destinée au métier de la guerre; telle était dans le moyen âge la destination de la noblesse et de la chevalerie; mais l'invention de la poudre et de l'artillerie, l'introduction d'un nouveau système de fortification, le perfectionnement de la tactique, changèrent l’art presque mécanique de la guerre en une vaste et profonde science, qu'il faut étudier pendant de longues années. Cette considération, fortifiée par des motifs d’ambition ct de politique, donna lieu à rendre l’établissement temporaire des armées stable et permanent. Les puissances européennes ont depuis plus d’un siècle et demi des troupes toujours sur pied, prêtes à marcher au premier signal. Leur entretien absorbe aujourd’hui le tiers et souvent la moitié de tous les revenus publics.

Les forces de terre ou l’armée se composent de quatre parties ou armes différentes, principales, avec leurs subdivisions; savoir, l'ênfanferte ou les combattants à pied, la cavalerie ou les combattants à cheval, l’ar/illerie qui dirige l’emploi des machines meurtrières d’où dépend le sort des batailles, et le génte qui calcule la défense ou l’attaque des places fortifi‘es. Il ne suffit pas d'indiquer dans la description d’un royaume le nombre et Pemplacement des forteresses, les passes ou défilés les plus importants, ainsi que le nombre de troupes qu’il a sur pied ; il faut encore dire si ce sont des éroupes régulières ou des bandes sans discipline et sans science, dont le nombre n’est redoutable que sur le papier ; il faut indiquer les avantages et désavantages physiques de la frontière d’un État.

De même il ne suffit pas de connaître le nombre de bdtimen!s de guerre dont se compose la marine ou la flotte d’une nation; il faut encore savoir si elle possède un nombre suffisant d’officiers habiles et de matelots exptrimentés ; il faut observer si elle domine sur de vastes côtes, garnies de bons ports, ou si elle ne touche à la mer que par quelques points isolés. D'après les circonstances, un Etat a besoin d’une floite de vaisseaux de ligne et de frégates pour se battre en pleine mer, ou seulement d’une fottille de chaloupes canonnières pour défendre ses côtes, ses détroits et ses ports.

Enfin les Etats ont encore, outre leurs forces propres et spécifiques, unc force de situation qui dépend de leurs relations extérieures, et surtout des alliances, soit diplomatiques, soit naturelles, qui les rendent mutuellement

suffire. Mais qu'il y a des st impossible “entièrement | a donc fallu e; telle était valerie; mais nouveau Sysngèrent l’art science, qu'il fortifiée par établissement européennes pied, prêtes à hui le tiers et

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amis ou ennemis. La balance qui résultait des alliances des diverses puissances de l'Europe, était appelée l'équilibre politique ; les événements l'ont fait disparaître, du moins en partie et pour un temps, mais i! est encore utile d’en examiner les principales bases, ce que nous ferons dans la description de l’Europe.

L'état moral d’une nation est le résultat de tous ces rapports politiques et sociaux que nous venons d'indiquer. Cet état se manifeste par divers traits dont la géographie politique a soin de recueillir les plus marquants.

La manière de s’habiller est plus qu’un simple objet de curiosité ; l’ample habit des Orientaux et le vêtement serré de l’Européen influent sur la constitution physique et morale des nations; la nudité de certaines nations leur procure de" avantages corporels, une légèreté, une force, une santé robuste inconnues aux nations vêtues ; mais avec ce besoin de moins, on a moins d'industrie. et un esprit moins éveillé. L'usage de se peindre, soit en gravant des figures dans la peau, soit en la couvrant simplement d’un enâuit colorant, marque l’enfance :.e la civilisation et le premier essor de la vanité, mère du luxe. Souvent aussi les rangs et les dignités sont indiqués par le vêtement ou la parure ; une pagne particulière est l'emblème de la royauté dans quelques îles de l'Océanie. Les prêtres siamois se réservent le droit de se faire raser les sourcils ; un collier de dents humaines est la décoration des plus nobles d’entre les nègres.

Les habitations ordinaires d’un peuple indiquent presque infailliblement le degré de civilisation auquel il est parvenu. On pourrait partager le genre humain en quatre classes, d’après les quatre genres d'habitations que voici‘ 1° cavernes dans les rochers et sous terre : ceux qui en font leur demeure ordinaire sont appelés peuples troglodyles ; 2° cabanes de terre, de branches d'arbres, de pierre ou de quelque autre matière brute ou grossièrement travaillée ; 3° tentes : ces mobiles demeures paraissent préférables à nos palais, aux yeux des peuples nomades où pasteurs; 4° maisons, qu’on pourrait définir cabanes perfectionnées ; car même la plus superbe colonnade n’est qu'une imitation ennoblie des poutres grossières qui soutenaient le toit de chaume. On trouve en Europe des maisons construites de poutres non équarries, de poutres équarries et garnies de boiseries, d’argile battue et de bois équarri, de briques et de bois, de briques seules, de pierres brutes, de pierres de taille et de marbre.

Le nom de villes, à parler rigoureusement, n’est pas donné à un assemblage de maisons en raison de l'étendue ou de la population, mais en vertu des priviléges dont l'endroit jouit. Le droit d’exercer le commerce, les arts

et les métiers, voilà ce qui distingue dans ia plupart des pays les villes des villages. Les villages sont quelquefois plus grands que plusieurs villes, par exemple en Silésie; mais ils n’ont ordinrirement aucun privilège qui les distingue du rest” des campagnes. Les bourgs sontdes endroits qui jouissent d’une partis des droits accordés aux villes. Au reste, ces mots prennent différents sens, selon les lois et les usages des différents pays.

Les ustensiles et instruments ne sont pas des objets moins dignes de l’attention d’un observateur philosophe. Les arcs, les javelots, les filets des sauvages méritent souvent d’être remarqués comme ouvrage d’une patience et d’une adresse admirables. Ces objets ne sont pas seulement dignes d’ex” citer la curiosité, ils peuvent être considérés sous un point de vue scientifique. Ainsi ils sont propres à faire connaître d'une manière positive le degré de civilisation des peuples qui sont encore dans l’enfance sous ce rapport. Ils donnent une idée précise de leurs arts, de leur industrie, de leurs mœurs, de leur religion. Ils indiquent à celui qui sait jeter un regard philosophique sur ces produi!s les progrès par lesquels l’homme s’est élevé jusqu’au sommet de la civilisation, en décomposant les produits de la nature pour en faire de nouvelles combinaisons appropriées à ses besoins ou à ses caprices, en imaginant des arts nouveaux, des instruments ingénieux, des moyens plus terribles et plus destructeurs dans la guerre qu’il fait à ses semblables.

La nourrilure des diverses nations paraît un objet de peu d'importance à l’Européen, accoutumé à voir toutes les substances alimentaires servir indistinctement sa gourmandise, Mais il y a des nations qui vivent presque exclusivement d’une seuls espèce d’aliment. Les peuples frugivores, carnivores et ichthyc"hages sont disséminés sur toute la surtace du globe; le goût pour la chair du cheval paraît particulier aux Mongols, aux Tatars, aux Finnois et autres descendants des Scythes, même aux peuples slavons ot gothiques; c’est en Afrique que les anciens et les modernes placent les peuples acridophages ou mangeurs de sauterelles. La misère réduit même quelques tribus à dévorer de la terre glaise.

La géographie spéciale remarque avec soin ces différences, souvent trèsimportantes par leur effet moral. Mais quant à l'anfkropophagie ou l'horrible coutume de manger de la chair humaine, il paraît démontré qu’elle n’appartient à aucune nation, à aucun climat; toutes les tribus sauvages s’y sont livrées, soit par l’effet d’une haine féroce contre des ennemis, soit par les inspirations d’une superstition atroce, soit enfin dans le cas d’une disette extrême. Non-seulement les relations modernes l’attestent à l'égard de tous les peuples d'Afrique, d'Amérique et d’Océanie, mais on entrevoit par piu-

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sieurs passages des anciens que cet ust.e était répandu en Europe. Les poëtes l’attribuent aux Cyclopes et aux Lestrigons qu’ils placent en Italie; les historiens en accusent les Scythes, les Cimbres, une tribu des Calédoniens et d’autres peuples du Nord. Les héros et les dieux d‘Homère se servent des expressions empruntées de l’anthropophagie; Supiter reproche à Junon qu’elle a envie de manger, cru ou apprêté, le roi Priam et ses enfants. Les sacrifices humains étaient connus des Grecs, des Romains, aussi bien que des Celtes, des Scandinaves et des nations orientales; or, ces horribles sacrifices paraissent souvent avoir été terminés par un festin plus horrible encore. L'usage dégoûtant d’ensevelir dans leurs propres entrailles les cadavres de leurs parents est attribué aux Zssedunes, aux Massagètes, à plusieurs tribus de l’Inde, aux peuples du Tibet et des îles Mariannes et aux anciens Irlandais. Il paraît cependant que tous les peuples qui vivent de végétaux et de poissons sont étrangers à l’anthropophagie.

Le désir de se procurer une exaltation momentanée a fait inventer, chez toutes les nations, des boissons fermentées et enivrantes dont la nature différente, depuis nos vins les plus généreux jusqu’au dégoûtant ava des O-taitiens, mérite d’être indiquée dans les descriptions géographiques.

Dans l’immense variétés d’usages qui donnent à la vie sociale de chaque nation sa physionomie particulière, la géographie physique choisit les traits les plus marquants, ceux qui intéressent la morale et ceux qui servent à éclaircir l’histoire de l’espèce. Ainsi la circoncision introduite chez les nations africaines non mahométanes, les momies de Guanches semblables à celles de l'Égypte, la coutume de laisser les corps morts sécher à l'air commune aux O-taïtiens et aux anciens Mèdes; la coutume des femmes indiennes, wendes et scandinaves, de s’immoler sur le tombeau de leurs époux, et en général tout ce qui regarde les mariages, les naissances et les funérailles, offre des analogies intéressantes.

Les lois civiles présentent quelquefois des singularités qui méritent d'être consignées dans le tableau d’une nation. Il suffit de rappeler ces règlements qui marquent scrupuleusement un cérémonial humiliant, ces supplie: qui font frémir l’humanité, ces tarifs de meurtres et de mutilations, ces “preuves superstitieuses encore en vigueur chez diverses nations, et mille autres traces d’une ancienne barbarie ou monuments d’une tyrannie récente.

L'état des lumières sociales termine cette longue série des rapports sous lesquels on peut envisager les nations. Possèdent-elles de riches dépôts où s'accumulent les découvertes du génie et les observations du savoir? Chérissent-elles, dans de beaux poëmes, l’expression des plus nobles sentiments

de l'humanité et du patriotisme? Les savants et les gens de lettre. 5vcupent-ils le rang honorable qui leur est est dù? Voilà des questions dont la solution est essentielle pour connaître le degré de civilisation et de force morale d’un peuple. Religion, lois, coutumes, mœurs, gouvernement, organisation sociale, sont compris dans le mot civilisation, mais sont susceptibles aussi de variations ; et, suivant la combinaison qu’elles produisent, ces institutions et ces différents degrés de lumière doivent modifier le caractère qu’on assigne à chaque peuple. Il faut donc se garder d'attacher un sens trop rigoureux aux dénominations de peuples sauvages, peuples barbares ou demi-civilisés et peuples civilisés.

Les sauvages sont ceux qui ne connaissent point l'art d'écrire ou de fixer leurs pensées par des signes équivalents à l'écriture. Leurs idées mobiles ne s’attachent qu'aux choses qui frappent leurs sens ; ils aiment à se parer d'une manière qui nous semble ridicule; ils s’adonnent aux exercices du corps et nous y surpassent infiniment. Leur industrie se borne ordinairement à un peu de jardinage, à la pêche et à la chasse. Cependant quelques-uns font des ouvrages très-jolis, et ont même des habitations commodes et élégantes.

La classe des barbares ou demi-cimlisés comprend tout peuple qui, »ar l'écriture, par des lois écrites, par une religion extérieure et cérémonieu*e, par un système militaire plus stable, s’est éloigné de l’état sauvage. Mais les connaissances qu'un tel peuple possède ne sont encore qu’un amas irrégulier d’observations incôhérentes; ses arts sont exercés par routine; sa politique se borne à la défense momentanée de ses frontières ou à des invasions sans plan. En général, il ne fait que des progrès lents et incertains, parce que, même en marchant vers la civilisation, il n’a encore aucune idée de ce sublime but de l’existence du genre humain.

Un peuple civilisé est celui qui a rangé ses connaissances en forme de sciences ; qui ennoblit ses arts mécaniques jusqu’à en faire des beauxarts ; qui, pour l'expression de ses sentiments, a créé des belles-lettres ; un peuple qui a un système fixe de législation, de politique et de guerre, calculé non-seulement pour le moment, mais pour les siècles à venir; un peuple chez qui la religion, dégagée des superstitions, n’a que la morale pour but; un peuple enfin qui se soumet au droit de la nature et des gens en se regardant, en temps de paix, comme l’ami de toute autre nation et respectant, en temps de guerre, les propriétés des citoyens non armés.

Le caractère général d’une nation est le résultat de toutes les circonstances physiques dans lesquelles elle se trouve, et des institutions poli-

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tiques qui modifient ces circonstances. Il est donc absurde de faire dépendre ce caractère du climat seul. Nul doute que le degré de température, la nature du sol, et d’autres conditions physiques, ne modifient dans l’homme les habitudes, puisque celles-ci sont le résultat des efforts plus ou moins grands qu’il est obligé de faire pour satisfaire des besoins plus ou moins impérieux ; nul doute que le froid extrême, comme la chaleur extrême, ne gène l’essor d’un peuple en affaiblissant sa constitution ; nul doute que des localités malsaines ne nuisent à l’énergie vitale de l’homme : mais les institutions et les mœurs luttent avec avantage contre le climat; l'Égypte, sous le tropique, et la Scandinavie, sous le cercle polaire, ont également vu naître des héros, des génies et des sages.

Les auteurs qui, à l'exemple de Montesquieu, ont supposé au climat une très-grande influence, n’ont pas tenu compte de celle qu’exercent nécessairement les caractères propres à chaque espèce ou race d'hommes; ils n’ont pas fait attention à un fait important : c’est qu’un grand nombre de peuples n’ont pas toujours occupé le sol qu’ils habitent aujourd’hui. On voit partout les traces des transmigrations des races humaines; et plusieurs nations dont Montesquieu attribue la mollesse au climat, sont originaires de contrées fort éloignées de leur demeure actuelle.

La nature du pays a plus d'influence que la température. Ces centres montagneux de la Grèce étaient jadis les demeures chéries du courage et de l'indépendance; ils sont encore aujourd’hui les endroits les moins accessibles au despotisme. En Thrace, les Sarres, habitants des montagnes, conservèrent plus longtemps leur liberté; dans ces mêmes montagnes, ainsi qu’en Macédoine, on trouve aujourd’hui des hordes de Turcomans dont la vie n’a d’autres règles que leur caprice et leur volonté. Les Illyriens résistèrent aux rois macédoniens et aux légions romaines. Les Arnaules ou Albanais, errants sur ces mêmes montagnes, n’obéissent aux Turcs que lorsque ceux-ci les paient. Les Grecs, tout opprimés qu'ils étaient, offraient encore dans quelques cantons montagneux le caractère mâle et l'esprit républicain de leurs ancêtres. Sans parler des Maïnoles, tant de fois cités, regardons le bourg d’Ambelakia, placé sur le penchant du mont Ossa, audessus de Tempé : ses habitants, aussi braves qu’industrieux, ont deux fois repoussé les troupes ottomanes, et aucun Turc n’osait se montrer dans leurs heureuses vallées. La petite ville de Parga, située entre les rochers et la mer, a souvent offert le spectacle de femmes s’armant et combattant pour la liberté. Les Sphachiotes, qui habitent les monts Blancs dans l'ile de Crète, n’ont été à la fin subjugués que par leurs discordes plutôt que par

les armes des Turcs; ils conservent encore plusieurs institutions des anciens Crétois. Le courage héroïque avec lequel les Grecs ont soutenu leur dernière lutte contre les forces imposantes de l'empire ottoman atteste que, sous le rapport du courage, ils n’ont point dégénéré de leurs aïeux; enfin, pour rappeler un exemple plus récent encore et non moins digne d’admiration, ces infortunés Polonais, si supérieurs en civilisation à leurs voisins du nord, n’ont-ils pas en un peu plus d’un demi-siècle fait plusieurs fois d’héroïques efforts pour reconquérir leur nationalité; et, malgré l’abandon dans lequel la politique européenne les a laissés, n’a-t-il pas fallu toutes les forces réunies du Grand-Empire pour les enchaîner de nouveau? L’audace, la constance, la présence d’esprit, qui élèvent en général les peuples de l’Europe au-dessus du reste des humains, sont peut-être dues à notre sol plus entre-coupé, plus âpze et plus stérile. Ces qualités appartiennent éminemment aux habitants des Alpes, des Dofrines et des Cévennes.

Les nations qui habitent dans les montagnes, surtout lorsque, jalouses de leur liberté, elles vivent séparées en de petits Etats, parlent ordinairement un grand nombre de dialectes qui, avec le temps et en se répandant, deviennent autant de langages. Dans le Caucase, on parlait vingt-six idiomes différents. Rappelons-nous les nombreux dialcstes de la Grèce et de la Scandinavie.

Les peuples qui habitent de vates plaines dépourvues de grandes rivières et de forêts, se livrent naturellement à l’entretien des troupeaux et à une vie errante. Le gouvernement patriarcal, source du despotisme, naît au milieu des tribus nomades, L’isolement ralentit les progrès de la population; la facilité avec laquelle on se procure les aliments retarde la naissance des arts et de l’industrie. Telle est la cause de la barbarie où restent les nations de l’Asie centrale. Mais si ces peuples rencontrent des fleuves considérables bordés de prairies favorables à leurs troupeaux, ils en suivent le cours, et descendus dans des vallées fertiles, ils deviennent parfois pécheurs et agriculleurs; ils fixent leur domicile, et voient peu à peu naître dans leur sein tous les arts et toutes les sciences. Ainsi les Mongols, descendus de leur plateau, ont pu devenir les fondateurs des nombreuses villes de la Chine.

Chez les peuples pasteurs et nomades, les idées de propriété commencent à prendre de la consistance; les familles possèdent des troupeaux, des tentes et les ustensiles du ménage; les usages pour les partages deviennent des lois, les droits de succession s’établissent ; on stipule des dots, on fait des contrats. Chez ces peuples, à; y a des chefs, des hommes libres et des serviteurs, mais point de gouvernement permanent ni d'autorité unique ct

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Les forêts durent être les premières habitations des peuples européens, lorsqu'ils se nourrissaient de glands ; encore aujourd’hui les forêts de palmiers sont en Afrique l’asile des nations. La chasse des animaux fut une occupation naturelle de ces peuples; mais aux premières lueurs de la civilisation, les nations de chasseurs, ayant le corps et l'esprit formés par des exercices violents, des dangers et des travaux perpétuels, durent prendre un essor bien plus rapide que les peuples pasteurs, et bâtir plus tot des maisons et des villes ; les forêts leur en fournirent les matériaux et jusqu’au modèle de leur architecture. Les troncs d’arbres soutenant une salle de verdure ont donné la première idée des colonnades grecques et indiennes, tandis que l’architecture chinoise ne se compose que de tentes imitées en bois et en pierre, et que, dans l’architecture gothique, on reconnaît l’image des sombres cavernes et des rocs sourcilleux ?.

Les montagnes, les fleuves et les forêts, ayant dirigé les premières tribus dans leurs émigrations, et ayant influé sur leur caractère physique et moral, ont encore donné naissance aux premières divisions et dénominations géographiques. C’est ce que nous aurons souvent lieu de vérifier dans les descriptions particulières.

Mais ce qui a surtout accéléré l’extension de l’espèce humaine et les progrès de la civilisation, c’est l'invention de la navigation.

Quelles vives, quelles singulières impressions durent éprouver les pre miers hommes, lorsque, descendus de leurs montagnes paternelles, aprè avoir erré dans les forêts énaisses qui couvraient la terre encore vierge, ils se virent tout-à-coup arrêtés dans leur course vagabonde par une immense plaine d’eau qui, dans un lointain obscur, semblait se confondre avec le ciel et mêler ses ondulations aux mouvements des nuages! Les jeunes chasseurs, accoutumés à braver l’ours et le tigre, ne s’approchèrent qu'avec effroi de ces montagnes humides qui venaient en mugissant se briser contre le rivage. Les vieillards rappelèrent à leurs enfants attentifs

! Hodges, Travels in India, part. I.

Ainsi que le fait remarquer le docteur Constarcio, ce qui contribua puissamment à la rapide civilisation des peuples du nord de l’Europe, ce fut le respect qu'ils eurent pour les femmes, Elles sont tenues chez presque toutes les nations sauvages ou barbares dans la plus abjecte dépendance, L'influence des femmes sur le perfectionnement des liens sociaux est ce qui distingue le plus les nations policées de celles qui ne sont qu’à demi-civilisécs. (Huot.)

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et attristés l’antique tradition d’un monde magnifique et impie que la vengeance divine avait englouti dans les flots ; ils racontèrent comment un homme juste sauva sur une barque le germe des nations futures, et comment il vit sortir du sein des eaux une terre nouvelle. Tous regardèrent avec un respect mêlé d’effroi ce mystérieux Océan, le berceau et la tombe de la vie. La nécessité força l’homme à s’aventurer sur de frêles canots, et à voyager d’abord sur les lacs, les fleuves, et ensuite sur le vaste Océan. Le besoin de subsistance, la crainte d’un ennemi puissant, furent sans douteles premiers motifs qui excitèrent chez l’homme la pensée hardie de naviguer.

Lorsque le génie et le courage eurent lancé le premier esquif sur la mer, tout l'état physique et moral changea chez la tribu que sa position mit à même de profiter de cette grande découverte. Un petit territoire, riche par ses pêcheries, se couvrit d’une nombreuse population. Des iles heureuses devinrent des asiles inaccessibles aux sauvages conquérants. Ces petits coins de terre, isolés par la nature même, firent naître les premières idées de patrie et d'indépendance nationale. Même l’intempérie de l’air maritime influa sur les progrès de la civilisation. Dans l’intérieur des terres, une tente ou une cabane de verdure mettait à l’abri de la pluie et des vents. Près de la mer, l'humidité de l'atmosphère nécessita des habitations mieux fermées. Les grandes villes naquirent sur le rivage d’un fleuve ou sur les bords de la mer.

Le caractère des peuples insulaires s’est toujours distingué par l’originalité. Attachés à leur sol natal, mais injustes envers l’étranger ; fidèles aux souvenirs nationaux, mais enchaînés par des superstitions et des préjugés, ces peuples offrent ordinairement des vertus plus énergiques et des vices plus hideux que les paisibles habitants des plaines continentales.

Livrés au commerce et familiarisés avec les usages des divers pays, dit un auteur estimable !, ils firent de tous temps des progrès plus rapides dans les arts, les sciences et la manière de se gouverner, que tous les autres peuples. L'industrie, en augmentant leurs richesses, développa en eux le désir de s’assurer la propriété par des lois justes et fondées sur l'intérèt commun. C’est pourquoi ics peuples navigateurs et commerçants qui habitèrent des îles à l’abri des attaques des nations féroces, se sont généralement montrés les ennemis du pouvoir absolu et les partisans du système électif et des formes de gouvernement dans lesquelles les lois sont faites pour le bien de toute la communauté, et nonau profit exclusif d’un individu, d’une famille, ou d’une caste, Parmi les nombreux exempies de

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la sagesse des institutions des insulaires, il suffit de citer la Crète et Tyr dans l'antiquité, et l’Angletorre dans les temps modernes. Le commerce ramena chez les hommes l’amour de la liberté, et réveilla en eux le sentiment de leurs droits. Il a puissamment contribué à diminuer l’influence germanente et l’aséendant de la classe riche en fonds de terre et héréditaire.

Dans l’histoire du genre humain, les progrès de la navigation tiendront toujours la première place après ceux de l’agriculture. La civilisation que l'agriculture fait naître n’est que locale; elle s’arrête dès que les besoins de la nation sont assurés ; alors lcs peuples cultivateurs, ordinairement partagés en maîtres indolents et esclaves malheureux, s’isolent du reste du monde, plus encore pa: leurs !cîs et leurs usages que par leurs grandes murailles. Mais la navigation troubie cette félicité chinoise; elle fait cesser ce repos ignoble et contraire aux destinées du genre humain. Un vaisseau réunit les parties du monde les plus éloignées; des cités, des nations entières se transplantent sous d’autres climats ; au milieu des paisibles sauvages s'élève le tumulte de la civilisation; un mouvement universel saisit les peuples ; l’homme, à {son insu, est entrainé à la conquête du globe.

Le sort des grandes familles humaines a été décidé par la direction qu’elles ont prise dans leur émigration, par la nature des terres qu’elles occupèrent, mais surtout par la position des grandes mers du globe, et le parti que les hommes surent en tirer. L'éternelle enfance des Chinois n’estelle pas due principalement à leur ignorance de l’art de la navigation? Au contraire, si les Japonais et les Malais ont montré un caractère vigoureux, entreprenant, et différent de celui des autres Asiatiques, c’était à l’époque où leurs escadres parcouraient le grand Océan oriental, encore aujourd’hui rempli de leurs colonies. Les nations africaines :° sont comme engourdies au milieu d’un grand continent dépouvu de goilfes et de bras de mer ; cette circonstance, qui empêchait la navigation d’y porter l’industrie, a puissamment contribué à abrutir les peuples d'Afrique.

L'Égypte, du temps de Sésostris et dans les épocues encore plus reculées de son étonnante splendeur, dut sans doute une grande partie de sa puissance et de sa prospérité à la navigation que plus tard les Tyriens, les Phéniciens et les Carthaginois exploitèrent. Les Égyptiens, conquérants de l'Asie, possesseurs de toute l’Arabie, de la Chaldée, de la mer Rouge et du golfe Persique, étaient sans contredit un peuple navigateur; mais vaincus par les Perses, subjugués par les Grecs et les Romains, leur gloire s’. évanouie. Les Européens seuls étaient appelés à étendre leur empire sur le globe. Les natons qui ont peuplé l’Europe ont eu à franchir le

Caucase et les Alpes, le Pont-Euxin et la Baltique, l’Archipel, l’Adriatique et la Méditerranée. De si grands obstacles ralentirent d'abord leur marche, mais en même temps développèrent et fortifièrent ce grand caractère d’activité et d’audace commun aux reuples européens. Bientôt les Phéniciens perdent l’empire de la mer; Athènes rivalise avec Tyr; upe ville grecque domine l'Égypte vaincue; Carthage succombe sous Rome; l’Europe saisit le sceptre du monde. A cette époque, toute la civilisation était rassemblée autour de la Méditerranée ; c'était presque la seule mer sur laquelle on naviguât; c'était le grand chemin de tous les peuples policés.

Une seconde époque commence, et c’est encore aux progrès de la navigation que .e lie la marche de la civilisation. Les Scandinaves y préludent par leurs courses audacieuses qui s’étendirent jusqu’en Amérique. La boussole et Colomb paraissent. Un nouveau monde voit aborder nos vaisseaux ; une nouvelle Europe s’élève et croît dans ces magnifiques solitudes. L'océan Atlantique est devenu le Méditerranée nouvelle, la grande route commune qui rapproche entre eux les peuples civilisés, et qui tantôt retentit du bruit de leurs combats, tantôt leur apporte paisiblement les tributs du reste de l’univers.

Mais la marche de la civilisation est loin d’être terminée, les merveilles de l’Europe peuvent encore être effacées. Les Européens s’arréteront-ils aux bords de cet océan Atlantique, qui, tout immense qu’il parut aux Hercules phénicien et grec, n’est pourtant qu’un bras de mer, si on le compare à ce grand Océan qui, sous les noms d’Indien, de Pacifique et d’Austral, s’étend d’un pôle à l’autre? Déjà, montés sur des barques légères, les navigateurs américains franchissent sans crainte tout cet hémisphère aquatique; déjà des colonies anglaises ont commencé à conquérir ces vastes terres, ces îles innombrables qui forment au sud-est de l'Asie une cinquième partie du monde; ct la plus belle de toutes; cette superbe Océanie offrira peut-être, avant quelques siècles, le spectacle de la plus vaste civilisation qu'il soit donné à l’homme d'espérer, et que les bornes du globe terrestre puissent admettre. Qu’un autre Cedmus y porte ce flambeau des arts et des sciences qui éclairent l'Europe; que des colonies échappées à nos guerres civiles fondent dans une des grandes terres de l’Australie ou de la Malaisie une nouvelle Grèce, aiors ces collines, qui ne produisent aujourd’hui que des aromates, se couvriront de villes et de palais; dans ces baies qu’ombrage une forêt de palmiers, on verra voguer une forêt de mâts; l’or et le marbre seront tirés des flancs des montagnes encore vierges; le corail et les pexies seront recherchés au fond de la mer, pour orner des capitoies nouveaux;

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et un jour peut-être l’Europe, l’Asie, l'Afrique et l'Amérique, étonnées et jalouses, trouveront une rivalité dangereuse dans des contrées dont l’existence les occupe à peine aujourd'hui.

Ainsi, dans l’histoire du genre humain, le passé, le présent et l'avenir, sc lient à la position des grandes mers du globe et aux progrès de la navigation.

Nous allons entreprendre un voyage autour de ce globe, dont nous terminons ici la théorie générale, mathématique, physique et politique.

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