‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 15 sur 108 · SN TT LE · texte numérisé non relu

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geurs!, on connpît un peu mieux les langues de l’Afrique orientale dans la

région du Nil; on y entrevoit au moins quatre souches différentes : la nubienne, la bicharieh, \a tcharet-agow et la chiho-dankali.

Sur la côte orientale, depuis Magadoxo jusqu’au pays des Hottentots, les noms géographiques démontrent la généralité de la langue cafre, qui même parmi les Betjouanas conserve des traces évidentes d’un mélange avec l'arabe.

Dans l'Afrique méridionale, à partir des côtes de l'Océan Atlantique, les langues du Gongo s’étendent assez loin daus l’intérieur. Ces idiomes montrent aussi des rapports frappants avec celui des Cafres. A l'extrémité australe de cette partie du monde les Hottentots parlent un idiome particulier, rempli de gloussements et de battements de langue qui produisent des sons semblables à des cris d'oiseaux. Ces hommes ont la langue plus courte et plus épaisse que nous.

Serait-il possible que le caractère et le génie différents des langages humains fussent les résultats d’une différence héréditaire dans les organes de la parole? Si l’on admettait ce principe, on pourrait en tirer des ronelusions importantes. Par exempie, les Chinois, les Eskimaux et les Mexicains ne peuvent prononcer un r, ils le remplacent par un l ; seraient-ils donc tous d'une origine commune? Mais gardons-nous de nous livrer avec trop de confiance à ces sortes d’analogies ; elles pourraient conduire à des erreurs grossières. On a, par exemple, cru observer que la consonne combinée mb, qu'un Européen saurait à peine prononcer au commencement d’un mot, était commune aux langues des, Nègres et des Américains méridionaux. L'observation est vraie, mais on ne saurait pas en conclure la commune origine de ces peuples, attendu. que la confusion de # et b se retrouve dans

le dialecte éolien, chez les anciens Grecs, qui sans doute ne descendent.

ni des Péruviens ni des Nègres. Il y dans la Norvège des familles entières qui commencent tous les mots par les consonnes #g, si communes dans l'idiome des Nègres d’Angola. La confusion du b et du w se retrouve chez 1 Entre autres, Salt, Seetsen, Rüssegger, d'Abbadie et Lefebvre.

les Grecs, les Gascons et les Russes. Les sons gutturaux des Arabes se retrouvent dans l’allemand , langue d’une famille différente. Ces exemples prouvent qu’il est bien difficile de distinguér ce qui, dans ces sortes de bizarreries, tient à des causes physiques et constantes, de ce qui ne dérive que des caprices de l’esprit humain. Revenons à l’énumération des idiomes.

Les langues américaines ne sont guère mieux connues que celles d’Afrique. M. de Humboldt pense qu’il y a dans cette partie du monde un trèsgrand nombre de langues indépendantes les unes des autres. Ce qui en a multiplié le nombre, c’est l'usage de chaque nation conquérante et de chaque dynastie d'introduire une nouvelle langue. Ainsi les Tolfèques, les Huaztèques et les Aztèques ont fait dominer successivement la leur dans le Mexique. Ces langues, dans lesquelles on a cherché péniblement quelques faibles rapports avec les idiomes mongoliques, ont une composition et une syntaxe très-compliquées.

Les idiomes esquimaux, au nombre de cinq, forment une Famille qui unit l’ancien continent au nouveau : ainsi le fchouktche, que parlent les peuples de l’extrémité orientale et septentrionale de l’Asie, offre des rapports avec l'aglemoute que parlent les peuplades des côtes et des îles de l'extrémité occidentale et septentrionale de l'Amérique. Les autres langues sont l’aléoufien, en usage dans les îles Aléoutiennes, dans la presqu'île d’Alaska, le tchougatchekonega, riche en formes grammaticales, et l’eskimau dont un des dialectes est le groenlandais.

La côte occidentale de l'Amérique du nord offre environ trente-deux idiomes qui paraissent former quatre groupes principaux.

Dans l’intérieur, chaque peuplade parle pour ainsi dire un langage différent : aussi est-il presque impossible de classer avec quelque certitude ces diverses langues que l'on évalue au nombre de vingt-deux. Les groupes que l’on distingue le mieux sont l’éroguois et l’algonquin. Les bords du Missouri sont habités par les Sioux-Osages dont les idiomes offrent des rapports de famille. La plus grande obscurité règne encore sur la plupart des idiomes usités dans l'immense région du plateau central de l'Amérique septentrionale : on y remarque cependant quatre ou cinq souches différentes : le farahowmara, le panis, le caddos, l'atlacapas et le chetimachas.

« La grammaire de la langue mexicaine, dit M. Klaproth, est régulière « et riche en forme. L’idiome de Cora, parlé dans les missions de Nayarit, « appartient à la même souche que celui des Aztèques, et sa grammaire est « aussi riche que celle de ces derniers. Outre la langue mexicaine, plu-

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sieurs autres idiomes sont encore parlés dans le Mexique, ils appartiennent à des familles différentes. Celui de Huasteca est indigène dans le diocèse de Mexico; il paraît avoir quelque analogie avec le maya et le poconchi du Yucatan. L’ofhomi est l’idiome du peuple qui perte ce nom et qui habite dans le diocèse de Mexico, de la Puebla, de Méchoacan et de la Nouvelle-Galice; le macahui est un dialecte parlé dans les montagnes à l’ouest de la vallée de Mexico. L’othomi est le plus répandu dans la Nouvelle-Espagne, après le mexicain; il se distingue par un grand nombre de monosyllabes et par la fréquence de ses aspirations nazales et gutturales. La langue fofonaca est parlée dans une grande parts de l'intendance de Vera-Cruz et dans le district de Zecatlan, de celle de Puebla. Outre ces idiomes répandus sur le continent, les indigènes des grandes villes de Cuba et de Haïti parlaient, à ce qu’il paraît, une même langue, qui, actuellement éteinte, avait une grande affinité avec le maya, encore en usage dans la presqu'île de Yucatan.

« Dans l'Amérique méridionale, nous rencontrons d’abord la langue caraibe qui est parlée en différents dialectes, dont les principaux sont le caraïl: vranrement dit, près du Cap-Nord, dans la Guyane française, et jadis «:i: dans les petites Antilles et chez les Yaoi de la Guyane; le second wmecte connu est celui des Pariagotos près l’Ourabiche, qui tombe dans le golfe de Paria; le troisième est le famanaca, parlé par les Tamanaques, nation jadis très-puissante, mais réduite aujourd’hui à un petit nombre d'individus qui vivent sur la rive droite de l’Orénoque; les

« Aravaques, qui demeurent dans la province de Cumana et sur les rives

malsaines du Berbice et du Surinam , parlent un quatrième dialecte caraïbe ; il y en a encore plusieurs autres, mais ils sont inconnus. Dans la vaste région située entre l’Orénoque et le fleuve des Amazones, il y a également une infinité de peuplades et de langues; mais nous n’avons pas encore les moyens de les classer ; la plupart de ces idiomes nous sont tout-à-fait inconnus. Dans le Brésil, la langue principale est celle des Guarani, dont eelle qu’on appelle vulgairement le brésilien ou lingoa gerarle, n’est qu’un dialecte, ainsi que les idiomes des Tupinamba, Tupi, et l’homagua. Les autres langues du Brésil et des pays qui en dépendent n'offrent que peu de points de contact entre elles, ou nous sont si peu connues, qu’il serait téméraire de vouloir hasarder avec d'aussi faibles matériaux une classification ethnographique des tribus qui les parlent. La langue propre du Pérou est la quichia dont l’aïmara n’est pas très-différente. Le mocobi et l’idiome des Abipones forment

« une famille, ainsi que ceux de Videla et de Loule; les langues amucu, « chiquito, mobimi, cayubala etsapbocona, constituent, à ce qu'il parait, « des souches différentes. : La langue araucana est celle du ‘Chili ; elle dif- . « fère du palagon parlé dans la partie la plus mériodionale de l’Amé- « rique. »

Telle est la. série des principales langues parlées par l'espèce humaine. Quellelongue ‘aelle depuis l’idiome du Nègre et du Chinois, qui ne distinguent qu’à peine le singulier du pluriel, jusqu’à la langue grecque, où la pensée la plus raffinée et la plus approfondie rencontre toutes faites les formes qui peuvent la fixer! Il y a des langues qui n'ont aucune:expression pour des objets étrangers aux sens extérieurs, tels que l’âme ou Dieu ; il‘ y-en a qui n’ont pas de terme équivalent au verbe éfre ou au substantif monde. Mais si la métaphysique paraît refusée à la grande majorité du genre humain, tous les peuples, même les plus sauvages, ont le sentiment de l'existence des forces invisibles qui régissent la nature et les destinées. Les diverses manières dont les nations manifestent ce sentiment constituent autant de religtuns diverses ; les actes extérieurs qui peuvent être le résultat de ces croyances religieuses sont des cultes.

Le nom de polythéisme est donné à toute religion qui admet plusieurs dieux, quelles que soient la nature et la qualité qu’elle leur assigne. On en connaît plusieurs classes. La plus grossière de toutes est le féfichisme, ou l'adoratien des féliches. Par fétiche! on entend toute sorte de choses animées ou inanimées, que les prêtres de ces religions font regarder aux sauvages comme des êtres enchantés ou doués de quelque force magiqu et divine. Ces superstitiôns, les plus absurdes de toutes, règnent parmi les nations abruties de la côte de Giinée, et chez beaucoup d’autres sauvages. Elles se sont mélées à toutes les croyances religieuses. La Pierre noire adorée à li Mecque avant Mahomet, et le dieu Phallus des Romains, étaient indubitablement des fétiches.

Le sabéisme tient un rang plus élevé; c’est l’adoration des corps célestes, du soleil, de la lune et des étoiles, soit séparément, soit tous ensemble, Ce système très-ancien, répandu sur toute l'étendue du globe, même au Pérou, s’est mêlé avec toutes les autres religions; mais’ il n’existe'plus sans mélange que chez quelques tribus isolées. Son nom vient des Sabéens ou Sabiens, anciens peuple de l’Arabie.

Les philosophes raisonnèrent sur :es idées encore brutes de la multitude; les législateurs en firent des instruraents de civilisation ou de servitude. Il 1 Mot qui vient du mot portugais fetisso,

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se forma trois hypothèses sur la nature de l’univers : le maférialisme, ou le panthéisme, crut que tout ce qui existe est pénétré d’un esprit divin ; le dualisme admit deux êtres éternels, Dieu et la matière, le bon et le mauvais principe; enfin, le système des émanisles supposa que tous les êtres, les Lons et les mauvais génies, étaient émanés d’un Dieu suprême.

Le panthéisme, modifié par les lois nationales, et se confondant avec le sabéisme, devint le polythéisme raisonné ou mythologique. On peut ciasser sous ce nom toutes les religions dans lesquelles les attributs de l'Ëtre suprême sont personnifiés sous la figure d’êtres divins séparés. Ces religions ne sont donc rien moins que barbares ou indignes de la raison humaine ; elles sont les plus favorables à la poésie et aux beaux-arts. Elles or fleuri chez les peuples les plus civilisés de l'antiquité. Néanmoins elles sont de plusieurs genres très-différents l’un de l’autre; on peut les réduire à trois classes. La plus ancienne est peut-être la religion des Égyptiens. On peut l'appeler z0omorphisme 1. Les Grecs imitèrent les formes admises dans la religion égyptienne, mais ils méconnurent les principes fondamentaux de cette religion. Chez les Grecs comme chez les Romains, la nature humaine, embellie, servit de type aux diverses personnifications de la divinité, C'était donc un an{rhopomorphisme. Elle variait à l'infini. L’adoration des héros nationaux modifia le polythéisme des Grecs et des Romains. La vénération des morts en général, née d’un sentiment naturel, se mêla à toutes les religions; mais dans quelques-unes elle paraît avoir joué ie premier rôle. C'était le cas chez les Celles, qu’on range d’ailleurs parmi les polythéistes. Chez d’autres nations, comme les Syriens, les Chaldéens et les Phéniciens, le culte des astres et des forces physiques de la terre paraît avoir prédominé. Ë

Dans la religion des brachmanes, l’Étre suprême lui-même est censé se déguiser sous diverses formes divines, humaines et animales. On sent qu’il srait possible de regarder cette croyance comme la source de toutes les

1 Les savantes recherches de M. Champolliou ont répandu une vive lumière sur les croyances religieuses des Egyptiens. Ce peuple admettait un Être suprême, unique et éternel, ’immortalité de l’âme et le dogme d’une vie future. Le dieu tout-puissins n'était représenté par aucune image ; ses qualités seules étaient personnifiérs. À chacune de ces personnifications étaient consacrés différents attributs, une coiffure spéciale, un animal particulier. Ainsi, tantôt cette divinité allégorique était offerte aux rèspects de la multitude sous la forme d’un corps humain revêtu de ses symboles spiciaux, d'autres fois, portant la tête de l’animal consacré et ornée de la coiffure du dieu, ou enfin sons la forme de l’animal lui-même avec cette meme coiffure. De

à cette multitude de figüres religieuses qui distinguent le culte égyptien, et dont plusieurs offrent tant d’analogie avec les divinités de la Grèce. (Huot.)

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