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Suite de la Description de l’Asie. — Turquie d'Asie. — Première section. — Péninsule de l’Anatulie ou de l'Asie mineure, avec les: côtes de la mer Noire.
Nous allons fouler un sol fertile en grands souvenirs; mais ces souve-
nirs mêmes n’existent point pour les habitants actuels, abrutis par l’ignorance et l’esclavage. Une égale obscurité enveloppe la gloire de vingt peuples qui jadis florissaient dans l’Asie occidentale, les troupeaux bondisse”+ également sur le tombeau d’Achille et sur celvi d’Hector; les trônes des Mithridate et des Antiochus ont disparu comme les palais de Priam et de Crésus; les marchands de Smyrne ne se demandent guère si ce fut dans leurs murs que naquit Homère; le beau ciel de l’Ionie n’inspire plus ni peintres ni poëtes : là même nuit couvre de ses ombres les rives du Jourdain et les bords de l’Euphrate; la république de Moïse a disparu, les harpes de David et d’Isaïe sont muettes à jamais; ‘n pasteur arabe vient avec indifférence appuyer ses tentes aux colonnes ,sées de Palmyre; Babylone aussi a succombé sous les coups d’un destin vengeur, et cette cité, qui régnait sur l’Asie opprimée, laisse à peine après elle une trace qui puisse indiquer où s’élevaient les remparts de Sémiramis. « J’ai vu sur les . « lieux, dit encore un voyageur, l’accomplissement de cette prophétie « d'Ézéchiel: que Tyr, la reine des nations, ne serait plus qu’un roc « où les pêcheurs feraient sécher leurs filets. »
Cependant, si la civilisation européenne, par quelque nouvel ordre de ia Providence, retournait vers cr’ antique berceau du genre humain, nous y retrouverions encore la côte pittoresque de l’Ionie avec ses îles riantes ; les fertiles rivages du Pont-Euxin ombragés de forêts inépuisables, et, plus loin, les nombreuses chaînes du mont Taurus couronnées de plateaux qui donnent, ainsi que nous l’avons dit, un échantillon des: grands plateaux de l’Asie centrale; nous verrions encore l’Euphrate et le Tigre porter les glaces de l’Arménie vers les brülantes plaines de la Mésopotamie; et, assis à l’ombre des cèdres du Liban, nous pourrions laisser errer nos regards sur les prairies et les vergers de Damas. Les hommes seuls ont changé; la nature est restée essentiellement la même. il nous est donc permis, en décrivant ces contrées, de suppléer à l’igno-
rance des habitants et aux lacunes qu’offrent les récits des voyageurs, par les renseignements précieux qu'ont donnés les anciens. Déjà nous avons tracé, d’après Strabon, un tableau assez complet de la géographie ancienne de ces régions; Strabon sera encore notre guide pour combiner les notions éparses dont se compose leur géographie moderne. Mais, pour mieux jouir d’un tableau si varié et si vaste, décomposons-le d’après ses groupes principaux, et bornons ici notre attention à la péninsule de l’Asie mineure, de luquelle nous ne séparons pas la côte du Pont-Euxin.
Les montagnes du Taurus, selon les opinions unanimes des anciens, s’étendaient des frontières de l’Inde jusqu’à la mer Égée ; leur chaîne prin. cipale, en sortant du mont Imaüs vers les sources de l’Indus, se pliait comme un immense serpent, entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin d’un côté, et les sources de l’Euphrate de l’autre. Le Caucase semble compris dans cette ligne, selon Pline; mais Strabon, mieux informé, trace la chaîne principale du Taurus entre les bassins de l’Euphrate et ue l’Araxe, en observant qu’une chaîne détachée du Caucase, celle des monts Moschiques, se dirige au sud et joint le Taurus; cétte jonction même n’est pas très-marquée d’après les relations les plus modernes. Strabon, né sur les lieux, et qui avait voyagé jusqu’en Arménie, se représente tout le centre de l’Asie mineure, avec toute l'Arménie, la Médie et la Gordyène, ou le Kourdistan, comme un pays très. élevé, couronné par plusieurs chaînes de montagnes qui toutes se joignent d’assez près, selon lui, pour pouvoir être considérées comme une seule. « L'Arménie et la Médie, dit-il, sont situées sur le Taurus. » Ce plateau semble encore comprendre le Kourdistan, et les branches qui en sortent s’étendent dans la Perse jusque vers le grand désert de Kerman, d’un côté et de l’autre jusque vers les sources du Djihoun et de l’Indus. En considérant de cette manière le grand Taurus des anciens comme un plateau, et et non pas comme une chaîne, nous croyons concilier les témoignages de Strabon et de Pline avec les relations des voyageurs modernes.
Deux chaînes de montagnes se détachent du plateau d'Arménie pour entrer dans la péninsule d’Asie. L'une resserre et franchit le lit de l’Euphrate, près Samosate; l’autre borde le Pont-Euxin, en ne laissant entre lui et cette mer que des plaines étroites. Ces deux chaînes, dont l’une est en partie l’Anti-Taurus, et l’autre le Paryadres des anciens, ou le mont Tcheldir ou Kledir des modernes, s’unissent à l’ouest de l’Euphrate, entre les villes de Sivas, Tokat et Kaïsariéh, par la chaîne de l’Argœæus, aujourd’hui nommé Argis-Dagh, et dont le sommet se couvre de neiges éternelles; circonstance qui, sous une latitude aussi méridionale, suppose une éléva-
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tion de 2,800 à 3,200 mètres. Le centre de l’Asie ressemble à une terrasse appuyée de tous côtés sur des chaînes de montagnes qui en forment les escarpements. Là s'étendent des marais salins et des rivières qui n’ont point d'écoulement; là se tronvexi plusieurs petits plateaux, dont Strabon en a décrit un sous le non: de la plaine de Bagadaonie. « Le froid y em- « pêche, dit-il, les arbres fruitiers de réussir ; tandis que les oliviers « viennent près de Sinope, qui est à trois mille stades plus au nord ». Les voyageurs modernes ont également trouvé de grandes plaines élevées dans tout l’intérieur de l'Asie mineure, soit au midi, du côté de Koniéh, soit au nord, du côté d’Angora. Mais tous les bords de ce plateau présentent autant de chaînes de montagnes, qui tantôt ceignent le plateau, tantôt se prolongent à travers les plaines inférieures.
La chaîne qui, venant à la fois du mont Argœus et de l’Anti-Taurus, borde l’ancienne Cilicie au nord, porte d’une manière plus particulière le nom de Taurus, nom qui, dans plusieurs langues, paraît avoir une racine commune, laquelle signifie tout simplement montagne. Tur en phénicien a cette signification. L’élévation de cette chaîne doit être considérable, puisque Cicéron affirme qu’on ne saurait la passer avec une armée avant le mois de juin, à cause des neiges. Diodore décrit en détail les affreux ravins ct précipices qu’il faut traverser de Cilicie en Cappadoce. Les voyageurs modernes qui ont traversé plus à l’ouest cette chaine, aujourd’hui nommée Alas-Dagkh , la représentent comme semblable à celle des Apennins et de l'Hémus. Elle projette à l’ouest diverses branches, dont les unes viennent se terminer sur les bords de la Méditerranée, comme le Cragus et le Masicystes des anciens, dans la Lycie; les autres, infiniment plus basses, s’étendent jusqu’aux rivages de l’Archipel, vis-à-vis des îles de Cos et de Rhodes. A l’est, le mont Amanus, aujourd’hui lA/ma-Dagh, branche détachée du Taurus, sépare la Cilicie de la Syrie, en ne laissant que deux passages étroiis, l’un vers.l’Euphrate, l’autre sur la mer; ie premier répond aux Portes Amaniques des anciens, l’autre aux Portes de Syrie; celles-ci, avec leurs rochers taillés à pic, sont les seules que les voyageurs modernes aient visitées.
Deux autres chaînes de montagnes sortent de la partie occidentale du plateau central : l’une, dirigée au sud-ouest, est le Baba-Dagh âes modernes, qui formait le Tmolus, le Messogis et le Sipylus des anciens, e‘ qui se termine vers les îles de Samos et de Chio; elle change aussi de nom pour prendre ceux d’Jourlou-Dagh, de Baïkous-Dagh et d’Ac-de-veren ; l’autre, dirigée au nord-vuest, présente des sommets plus élevés, parmi lesquels
l’Zda et l'Olympe (de Mysie) ont acquis une grande célébrité; le reste de cette chaîne porte les noms de Calder-Dagh, Mourad-Dagh, et de Maltépeh, Elle aboutit au canal de Constantinople. Enfin, le côté septentrional du plateau s'élève vers la mer Noire, et donne naissance à la chaîne de l'Olyassys, aujourd’hui Kousel-el-Gas, chaîne qui remplit de ses branches tout l’espace compris entre le Sangarius et l’Halys. Les sommets conservent leurs neiges jusqu'en août.
Dans tout le système de montagnes que nous venons de décrire, les roches calcaires paraissent prédominer. Les anciens vantent beaucoup d'espèces de marbres de l'Asie mineure; mais depuis le Sangarius jusqu’à l'Halys, on ne rencontre que des roches granitiques.
Les tremblements de terre ont souvent affligé cette belle péninsule; treize villes y furent renversées dans un seul jour sous le règne de Tibère. Les -anciens avaient distingué un canton singulièrement rempli de traces d’éruptions volcaniques, c’était la région appelée Katukekauméné, c’est-à-dire le pays brûlé, « où très-souvent. des flammes sortaient de la terre, et où la « vigne croissait dans un sol tout composé de cendres !. » Ce centre des secousses volcaniques qu’éprouve l’Anatolie doit se trouver à l’est de Thyatira; les voyageurs modernes ne l'ont point visité.
La péninsule de l’Asie mineure n'offre que des rivières peu considérables, quoique très célèbres. Celles qui descendent au midi vers la Méditerranée ont le cours le moins long et le plus rapide. Le Pyramus, en Cilicie , aujourd’hui nommé Djihoun , franchit le Taurus , en passant par une gorge dont les angles correspondent si exactement qu’on les prendrait pour un ouvrage de l’art. Cette rivière, qui n’a que 30 à 40 lieues de cours, est sujette à des débordements annuels qui fécondent le territoire environnant. Elle se jette dans le golfe d’Alexandrette ou de Scanderoun. Le Seïhoun, l'ancien Sarus, tombe dans la Méditerranée après un cours d’environ 50 lieues. La mer Égée reçoit des rivières plus considérables : on distingue parmi elles le sinueux Méandre, aujourd’hui Meïnder-Bouiouk, fleuve profond , quoique peu large, et qui mine souvent les terrains qui l’avoisinent, ce qui jadis avait donné naissance à un usage singulier : les propriétaires , qui souffraient par ces ravages, intentaient un procès au fleuve; ils recevaient des indemnités sur les péages établis le long de son cours. Ce petit fleuve, dont il est difficile d'évaluer les nombreux détours, parcourt une vallée de 60 lieues de longueur. Il faut encore remarquer le Sarabat ou Kédous, l’ancien Hermus, long de 70 lieues, qui, ainsi que le
1 Voyez notre Volume }; livie vI1, page 96.
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Bagouly ou Pactole, l’un de ses affluents, roulait des paillettes d'or, dont, déjà du temps de Strabon, on négligeait la recherche; enfin, le Mendere-sou ou Simoïs qui reçoit le ruisseau du Scamandre, tous deux immortalisés par l'auteur de l’Iliade. Les plus grandes rivières de l’Asie mineure s’écoulent dans la mer Noire; le Sakaria des Turcs est le Sangarius des anciens, fleuve sinueux et rapide qui n’a pas moins de 400 lieues de cours; le Bartin ou Parthenius coule encore, comme du temps de Strabon , dans une vallée étroite entre des prés fleuris et de riants coteaux; l’Æalys, aujourd’hui le Kisil-Ermak, ou fleuve rouge, dont Pline seul a bien indiqué le bras méridional, en le faisant venir des pieds du Taurus de Cilicie, et se diriger du sud au nord , parut à Tournefort, qui le vit près de son embouchure, large comme la Seine à Paris. Il n’a, malgré quelques cartes modernes, qu’une seule embouchure, et son cours est de 220 lieues. La largeur ordinaire de ce fleuve, le plus grand de l'Asie mineure, est de 35 mètres. Le Zechil-Ermak (le fleuve Vert) ou l'Iris, ne le cède qu’à l'Halys; cependant il est moitié moins long ; son principal affluent est le Keouïlou-Hissar, l'antique Lycus ; mais les autres rivières de la côte du Pont-Euxin ne sont remarquables que par la rapidité de leur pente.
L’Asie mineure renferme beaucoup de lacs qui n’ont point d’écoulement, et dont les eaux sont imprégnées de sel : la Géographie ancienne nous les a déjà fait connaître en partie; les relations modernes ne diminuent point l’idée que nous en avons prise. Le lac Tazla ou Touzla, appelé aussi Salato, qui a 44 lieues de longueur sur 2 de largeur, présente, suivant les anciens, une vaste plaine couverte de cristaux de sel. C’est une réunion de plusieurs lacs liés les uns aux autres, et dont les eaux salées paraissent être sans écoulement, excepté dans la saison des pluies, époque à laquelle elles vont joindre au nord-est la rive gauche du Kizil-Ermak. Le lac d’Akseraï est sur le même plateau ; ses produits en sel alimentent presque toute la péninsule. En passant la crête du Taurus, un autre plateau nous offre, près du Begcheher, deux grands lacs dont les eaux sont amères et salées. Celui d’Efnant a 3 lieues de longueur sur 1 de largeur. Ces amas d’eau sans écoulement prouvent le peu d’inclinaison qu’ont les parties centrales de la péninsule. On trouve dans l’Anatolie plusieurs lacs d’eau douce : celui d’Zsnik a 7 lieues de longueur sur 3 de largeur : on y prend d’excellent poisson dont la pêche produit à la couronne, sur les droits qu’on y perçoit, un revenu de 42,000 ducats par an.
Les anciens et les modernes ont vanté le climat de l’Asie mineure; il y
règne une température douce et pure, qu’on ne retrouve mème plus de Il, 13
l’autre côté de l’Archipel, sur la côte européenne. La chaleur de l'été est considérablement modérée par les nombreuses chaînes de hautes montagnes; le voisinage de trois mers adoucit à son tour l’intensité du fruiä. C’est sans doute à cette région heureuse que l'on a particulièrement appliqué ce que dit Hippocrate de l’Asie en général : « On ne connaît ici guère de différence « de chaleur et de froid; les deux températures se fondent l’une dans « l’autre. » Cependant les côtes méridionales éprouvent des chaleurs accablantes, tandis que les rivages du Pont-Euxin ou de la mer Noire souffrent quelquefois de la trop grande humidité. L’atmosphère épaisse et brumeuse qui se développe au-dessus de cette mer, est, par son propre poids, sollicitée à se porter vers les côtes. En hiver les pluies tombent par torrents; en été la terre est desséchée par une chaleur excessive, et les habitants des campagnes, surtout des vallées voisines de la Méditerranée, pour échapper à une température brûlante, sont quelquefois obligés de se réfugier dans les montagnes. Enfin le sirocco accable de son souffle aride les habitants des côtes occidentales, et malgré la salubrité de l'air, la peste y exerce souvent ses ravages.
Les anciens connaissaient mieux que nous les richesses de l’Asie mineure. Cependant les modernes en tracent un tableau assez brillant, quoique incomplet. Les côtes de cette péninsule donnent presque les mêmes productions que la Grèce méridionale : les oliviers, les orangers, les myrtes, les lauriers, les térébinthes, les lentisques, les tamariniers, ornent les bords sinueux du Méandre et les rivages charmants de Chio et de Rhodes. Tandis que la vigne sauvage y grimpe jusqu'aux sommets des arbres, retombe en festons, et forme de petites grottes de verdure, le platane étale avec plus de majesté son vaste ombroge au-dessus d’un sol parsemé de fleurs odoriférantes ; les froides hauteurs du Taurus se couronnent même de cyprès, de genévriers et de saviniers. Le chêne qui produit la galle des teinturiers est répandu depuis le Bosphore jusqu’en Syrie, et jusqu'aux frontières de la Perse. De vastes plaines de l’intérieur ne sont occupées que par des plantes salines, par l’absinthe et par la sauge. Souvent à côté des tristes marais salants s’étendent d’autres plaines plus sèches, où toute la verdure ne se compose que des deux espèces de genêt, le spartium junceum et le spinosum; ces contrées stériles nourrissent aujourd’hui, comme jadis, des ânes et des brebis. Des cantons montagneux vers l’est éprouvent des incendies souterrains, tandis qu’à peu de distance le sol est noyé sous des eaux stagnantes et froides. Sur les bords de l’Euphrate, les vignes, les oliviers, tous les arbres fruitiers reparaissent. Les brülantes côtes de la
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Karamanie doivent partager la végétation de la Syrie maritime; les arbres y exhalent des gommes précieuses; le s/yraæ fournit une résine estimée ; les anciens tiraient d’ici des bois de construction navale. D’autres forêts et d'autres plantes couvrent les rivages de la mer Noire; les chênes et les sapins dominent dans les forêts; cette côte est le verger de Constantinople et de Khersan. Des bois entiers se composent de noisctiers, d’abricotiers, de pruniers, et surtout de cerisiers. Ce dernier arbre doit même son nom à la ville de Cérasonte. Les plaines de l’Halys, du Sangarius et du Méandre offrent de superbes pâturages.
La récolte en ceréales ne suffit point à la consommation des habitants; sur le bord des rivières on cultive le riz; la vigne fournit plusieurs espèces de vins, mais qui ne peuvent se garder ; les jardins abondent en melons délicieux, et les vergers en figues d’un goût exquis. Dans les champs on cultive le chanvre, le lin, le tabac, la garance, l'indigo, le safran, et surtout le coton herbacé.
Les habitants de l'Asie mineure élèvent en général peu de hestiaux : dans beaucoup de cantons le buffle remplace notre bœut à la charrue et dans les boucheries; notre bœuf y est rare, et sa chair est d’une médiocre qualité : celle du mouton lui est supérieure; sa laine est peu estimée dar. : le commerce; il faut cependant en excepter celle des moutons d'Angor«, qui est renommée pour sa longueur et sa finesse. Les chèvres de ce canton montagneux se distinguent aussi par la beauté de leur soie : il en est de même des chats et des lapins qu’on y élève. Les chevaux de l’Anatolie sont en général robustes, légers et d’une très-belle race : ils semblent encore descendre de celle de Cappadoce; les mulets et les ânes y sont forts; enfin on y élève des chameaux, et l'habitant tire un grand profit du produit des abeilles, et surtout des vers à soie.
Les gazelles de la Syrie s’égarent quelquefois au delà du mont Taurus, et peuvent y rencontrer les ibex ou bouquetins descendus du Caucase. Leurs ennemis sont les chacals, les loups, les hyènes, les s11:<, mais il est très-douteux que le lion se montre encore dans l’Asie mineure. Les cygnes se plaisent toujours sur les bords du Caystre; les perdrix rouges couvrent les rivages de l’Hellespont; toute sorte de gibier abonde dans ce pays à moitié inculte; sur le mont Taurus il y a des moutons sauvages.
Les mines de cuivre ce Tokat, celle du bourg de Kouréh, près Kastamouni, et celle de Goumouch-Khanéh, non loin de Trébizonde, ont encore de la célébrité. Toutes les chaînes voisines de la mer Noire offrent des indices d’excellent cuivre; mais on n’exploite plus le cinabre du
mont Olgassys, ni l’or de la Lydie, ni les cristaux de roche du Pont, ni le précieux albâtre et le marbre coralitique des provinces centrales. Nous en Savons moins que les anciens sur la minéralogie de cette vaste contrée. C’est dans Strabon qu’il faut chercher la description de l’antre corycien, caverne romantique de la Cilicie; des terrains près d’Héphestion en Lycie, d’où il scrtait un gaz inflammable; des sources pétrifiantes d’Hiérapolis, et de plusieurs autres curiosités naturelles. Nous les avons rapportées dans l’analyse de la géographie de ce Grec; car, dans le silence des modernes, aurions-nous pu affirmer que ces objets remarquables existent encore dans\le même état? Cela est pourtant probable. Chandler confirme le rapport de Strabon sur les sources chaudes d’Hiérapolis ou de Pambouk ; il a trouvé un rocher formé par le tuf que déposent ces eaux; il ressemble à une immense cascade qui se serait glacée tout à coup, ou dont les eaux auraient subitement été converties en pierres. Près de là est encore la fameuse caverne dont les anciens ont remarqué les pernicieuses exhalaisons. Enfin dans la plaine de Goumouch-Khanéh on exploite de riches mines de plomb argentifère.
L’Asie mineure, que les Turcs nomment Anadoli, se divise en huit gouvernements, c’est-à-dire pachaliks ou eyalets, qui se subdivisent en sandjaks ou livas; ceux-ci se subdivisent en cazas ou districts, et les cazas en nahiyes villages ou communes. vo
Nous allons décrire les principaux lieux de cette contrée, dont nous venons d’esquisser le tableau général; nous partirons des bords du rapide et violent Tcharouck, appellé aussi Tchorok, Tchorokhi ou Batoumi,, qui est l’Akampsis d’Arrien et l’Absarus de Ptolémée, rivière de 70 lieues de cours; c’est la limite.du pachalik de Tarabosan ou Trébizonde. La première ville turque de ce côté qui soit digne de remarque, est Rizeh ou Irizeh,, autrement /riza, l'antique Rhizœæum, qui passe pour une ville importante, mais qui n’est suivant M. Fontanier 1, qu’une petite bourgade de 4,000 âmes dont les habitations entourées d’arbres sont disséminées dans la campagne. Le bourg d’'Of ou d’Ouf, sur une hauteur inaccessible au bord de la mer, fait un assez grand commerce. Un autre
bourg, celui de Sourment ou Sourmeneh, exporte du vin, de l'huile et d’autres produits du sol, la pêche y est abondante. On y compte 2,000 habitants; les maisons en sont petites et basses, et construites en pierres ;
1 Fontanier, voyage en Orient, entrepris par ordre du gouvernement français de
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on a soin, dit M. Fontanier, d’en faire les murs assez épais pour qu’on puisse les défendre aisément ; la plupart ont un enclos dans lequel on sème du maïs. Les montagnes qui bordent la côte sont calcaires: celle sur laquelle est placée la bourgade est d’une couleur noirâtre et d’une apparence schisteuse : ses couches ont 3 mètres d'épaisseur. Les paturages qui couvrent ces montagnes nourrissent un bétail remarquable par sa petitesse : les bœufs ne sont pas plus gros que les ânes de l’Europe. Les noisetiers y abondent ainsi que les figuiers : les fruits de ces arbres forment une branche d’exportation. Les habitants se nourrissent de gateaux de maïs cuits sous la cendre; mais ces gâteaux qui leur paraissent délicieux, sont cncore moins bons que les morceaux de seigle noir et mal cuit que l’on vend dans le bazar. « Les boutiques sont mal four- « hies, et tenues pour la plupart par des Grecs qui vendent du drap, des « cotonnades, du tabac et des épiceries. Chacun de ces marchands a un « fusil chargé auprès de lui, et souvent il est obligé de s’er servir, lorsqu'il « ya quelque alerte causée par l’irruption d’un village voisin. Quand « il ne s’agit que de querelles locales, ils n’osent, en leur qualité de « chrétiens, recourir à leur armes, et jugent plus prudent de les laisser « terminer par le bâton. »
Ensuite vient la célèbre ville de Trébisonde, que les Turcs nomment Tarabosan. C’est l’ancienne Trapezus, colonnie des Grecs de Sinope ; elle devint importante sous Trajan, et encore plus sous Justinien; ele fut la capitale d’un empire fondé par une branche des Comnènes de Constantinople, qui en furent dépouillés en 4452 par Mahomet II. Quoique déchue de son ancienne splendeur, elle est encore considérable, et renferme près de 40,000 habitants.
On y compte 7 à 800 chrétiens grecs, arméniens et catholiques, qui habitent un quartier séparé sur le penchant d’une colline qui s’avance vers la mer. La plupart des maisons sont basses et construites en grosses pierres; elles communiquent entre elles par des passages secrets pratiqués pour favoriser la fuite des propriétaires attaqués par quelque particulier puissant. On aperçoit çà et là dans cette ville des débris de monuments grecs du Bas-Empire. Hors de son enceinte, dans la partie occidentole, on voit l’église de Saints-Sophie, monument grec de forme circulaire, dont le pavé est une mosaïque, et dont le dôme élevé est soutenu par quatre colonnes en marbre :’elle paraît remonter au temps de Justinien; une partie de l’édifice a été changée en mosquée depuis 1464. A l’est se trouve une chapelle qui passe pour avoir été jadis un temple
d’Apollon : sa forme est octogone, et les printures sur stuc qui l’ornaient ont été détruites par les Turcs. Dans tous les environs, les pics élevés sont couverts de couvents grecs et arméniens. Dans la ville on compte 48 mosquées et plusieurs petites chapelles grecques. Les bains sont remarquables par l’élégance de leur architecture : ils sont en wasbre, et la plupart de construction grecque. Les rues sont étroites et garnies de trottoirs pavés. Le traité d’Andrinople , qui a ouvert les portes de la mer Noire au commerce de l’Europe, a rendu à cette ville une activité qui ne peut que s’accroitre. Ses importations s’élevaient en 1841 à 42,640,000 fr. et ses exportations à 40,092,000 fr. Elle est reliée aux ports européens par un service régulier de bateaux à vapeur qui partent de Constantinople. Le comm rce de Trébizonde consiste principalement en exportations de chanvre, de toiles, de cordages, de filets à pêcher , de tabac, de cire et de métaux pour Constantinople , et de fruits secs et d’étoftes pour la Russie. Elle exporte même un peu de vin.
Deux enfoncements de la côte nous présentent successivement Traboli et Keresoun, qui partagent le commerce de Trébizonde; leurs cantons produisent un peu de soie. Cette dernière petite ville, située au sommet d’un roc que domine un château en ruine, occupe l'emplacement de Cerasus; son enceinte est formée par le mur antique; elle renferme environ 700 maisons.
Sur la côte nord-ouest du pachalik de Trébizonde, au sud de la Gourie, demeurent les Luzes ou Lazens, nom qui, dans la langue turque, signifie les marins. Il se peut que ce peuple soit un reste des anciens ZLazt qui,'au temps des Byzantins, étaient établis en Colchide. Cette peuplade est presque entièrement indépendante. C’est sur son territoire que se trouve lrizeh.
Le pachalik de Sivas ou de Roum, situé à l’ouest de celui de Trébizonde, est d’une grande étendue : il a 430 lieues de longueur sur 60 de largeur. L'Anti-Taurus le traverse; le Kizil-Ermak , l'Iechil-Ermak , le Keouïlou-Hissar, et le Thermeh, sont les principales rivières qui l’arrosent. Ses montagnes sont boisées, son climat est agréable et salubre, son sol est fertile, ses richesses métalliques sont variées, et ses habitants sont industrieux.
Ceux qui habitent Ouniék ou Eunieh, l'ancienne Œnoe, placés dans un territoire stérile, se livrent à un cabotage actif, soit avec les ports russes, soit avec la côte des Abases. L'ancienne Amisus, une des résidences du grand Mithridate, est aujourd’hui un petit bourg nommé Samsoun : il a une
l’ornaient levés sont > 48 most remarre, et la es de trotle la mer ité qui ne 2,640,000 jrts eurode Consen exporde tabac, t d’étofies
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rade par où l’on exporte les cuivres de Tokat, les soies , les fruits et les toiles d’Amasieh. Sa position au milieu de jardins et de bosquets d’oliviers est fort agréable; son enceinte est formée par une vieille muraille en ruine, et sa population est de 2,000 habitants.
En remontant la rivière aujourd’hui nommée Zechil-Ermak et anciennement fris, nous visiterons une ville chère à la géographie; c’est Amasieh ou Amasia, la patrie de Strabon ; elle est située entre des rochers escarpés, mais les environs produisent d’excellents fruits et du bon vin.
« Ce n’est que quatre heures avant d’arriver à Amasia que l’on trouve « les jardins qui dépendent de cette ville. Alors, c’est un magnifique « spectacle que la suite non interrompue de maisons de campagne, de « mèriers, d'arbres fruitiers qui se succèdent jusqu'à ses portes. Sur le « penchant des montagnes sont de vertes forêts, dans lesquelles les meil- « leurs fruits naissent sans culture, tandis que sur le plateau on récolte « les céréales. Pour abréger la route, nous gravimes par une pente assez « douce la colline au pied de laquelle la ville est située; de là, nous « voyions la route ordinaire suivre les sinuosités du Tokat-léou-sou. En « descendant le revers abrupte qu’elle présente, j'aperçus un des canaux « qui, d’après le rapport de Strabon, portaient l’eau dans la villet. »
On yentre, ajoute le voyageur que nous venons de citer, par une longue rue, à droite et à gauche de laquelle on voit de larges pierres qui ont probablement servi à d’anciens monuments. Cette ville renferme 10,000 maisons; elle est encore placée comme au temps de Strabon ; seulement, dit M. Fontanier, les maisons qui étaient c nstruites sur la citadelle inférieure n'existent plus, et l’on n’y trouve que des ruines. Les murs qui entouraient cette citadelle sont en partie debout. Les restes d’un temple antique se
trouvent au sommet de la ville, près d’une fontaine d’ancienne construction.
Deux ponts élégants traversent le Iechil-Ermak. Dans l’intérieur on voit une ancienne église convertie en mosquée, mais que les Turcs, par une singulière superstition, s’empressent de rendre au culte chrétien lorsque la peste fait de trop grands ravages. Dans les environs on remarque des grottes antiques taillées dans une roche de calcaire-marbre, et dont la plus belle porte le nom de Tach-Aën (pierre-miroir), parce que toutes les parois en sont polies : c’est une sorte de maison de 42 mètres de hauteur sur 10 de largeur, placée dans une montagne. Il est difficile de décider si ces cavernes ont été des lieux de refuge pour les premiers chrétiens, ou les an-
! Fontanier, Voyage en Orient (Turquie d’Asie).
ciens sépulcres des rois de Perse. L’antique citadelle est aussi une des curiosités de cette cité, qui offrirait sans doute une foule d’objets curieux si l’on pouvait y faire des foujiiles. Quant aux monuments modernes, le plus beau est sans contredit la mosquée construite par le sultan Bajazet ou Bayazid. La soie forme la principale richesse d’Amasieh : on en récolte environ cent charges de mulet, dont le produit est évalué à 2 millions de piastres par an.
Au sud-est d’Amasieh, dans une vallée profonde, s'élève en forme d’amphithéâtre Tokat, que l’on gronsnce Tokate, ville entourée de vergers et de vignobles. Il y a deux étages aux bâtiments, et chaque maison a'sa fontaine; les rues sont bien pavées, chose rare dans le pays; on y fabrique des maroquins bicus; le commerce a pour objet la soie, dont on fait beaucoup d’étoffes, la vaisselle de cuivre et les toiles peintes, qui sont apportées de Bassorah par des caravanes. Tokat est l’ancienne Berisa; elle a environ 40 à 50,000 habitants.
Le bourg de Zileh, anciennement Zela, est, comme plusieurs villes du Pont, situé sur une colline artificielle, parce qu’elles ont pour origine un point fortifié. C’est près de Zéla que César défit Pharnace, fils et successeur de Mithridate.
Les montagnes qui, depuis Tokat, s'étendent vers Trébizonde, en séparant le bassin du Pont-Euxin de celui de l'Euphrate, nourrissent dans leurs vallées verdoyantes, ombragées de forêts de châtaigniers, plusieurs tribus de Æourdes nomades, dont la vie agreste rappelle celle des anciennes peuplades que Xénophon et Strabon placent dans ces contrées ; peut-être ensontelles des restes. Le nom des anciens Thianni ou Tzani s’est conservé dans celui du canton de Djanik, ville peu considérable. Les montagnes de l’intérieur de ce canton portent à leurs sommets des anneaux de fer auxquels, disent les habitants, on attachait les câbles des vaisseaux à l’époque où la mer Noire étant sans débouché, s'élevait jusqu’à ce niveau. L'industrie métallurgique des anciens Chalybes ou Chaldæi règne encore dans la région montagneuse qui a gardé le nom peu défiguré de Tcheldir ou Keldir.
Bafra, sur la rive droite, et à 5 lieues de l'embouchure du Kizil-Ermak, est une ville de 2,000 âmes où l’on voit un beau pont, deux mosquées et des bazars bien pourvus. Marsivan, dix à douze fois plus peuplée, est l’ancienne Æuchaïtes, qui fut surnommée. Theodoropolis par l’empereur Jean Zimiscès, en commémoration d’une victoire qu’il remporta sur le roi des Bulgares le jour de saint Théodore. Une belle église, qu’il y fit bâtir en cette occasion, est convertie aujourd’hui en mosquée. Elle doit en partie
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son importance à ses riches mines de cuivre. Osmandjtk, sur la rive droite du Kizil-Ermak, offre un beau pont en pierres, construit par Bajazet. On croit que cette petite ville est l’ancienne Pimolis. Une citadelle la domine; de vieux murs et des fortifications ruinées l’entourent. Tchouroum, jadis Tavium, est le chef-lieu d’un sandjak qui comprend l’ancienne Galatie orientale.
Ouscat ou Fouzghat, chef-lieu d’un autre sandjak, est une ville d’environ 48,000 âmes; entourée d’un mur en terre et en briques cuites au soleil. On y remarque une mosquée bâtie en pierres sur le modèle de celle de Sainte-Sophie à Constantinople, et le palais de Tchapan-Ouglou, chef qui s’était rendu célèbre dans ces der'::ers temps par sa puissance, et qui s'eait même déclaré indépendant. C’est à ce gouverneur, mort depuis peu d'années, que la ville doit sa prospérité. Il existe dans les environs des mines de plomb en exploitation.
Le nom Miksar indique l’antique cité de Neo-Cæsarea : c’est la résidence d’un évêque grec ; elle est grande, populeuse, et bâtie en bois. Sa population peut être estimée à 10,060 habitants.
Sivas, chef-lieu du pachalik que nous parcourops, est une ville imporiante située dans une plaine, près d’un des afflueats du Kizil-Ermark. Elle est la résidence du pacha et d’un évêque arménien. On y voit les restes d’une citadelle qui paraît avoir été bâtie par les Grecs. Il y existe des restes de fortifications qui règnent encore sur les trois quarts de sa circonférence. Ses deux plus beaux édifices sont une ancienne mosquée, dont l'entrée est murée, et un vaste ceravansérail, tous deux bâtis en marbre. Les bains publics sont aussi d’une vrchitecture élégante. Les rues sont étroites et swrtueuses, et les maisons bâties en terre : on en porte le nombre à 4,000 environ, ce qui annonce une population de 6 à 8,000 habitants. Sivas passe pour être l'antique Cubira qui, en l’honneur d’Auguste, reçut le nom de Sebaste, nom qui, en grec, signifie Auguste. Mais M. Fontanier n’a reconnu la situation que Xénophon trace de cette ville, que dans des ruines que l’on remarque à quelques lieues de Sivas, et parmi lesquelles on voit encore une citadelle placée sur un monticule.
A environ 30 lieues à l’est de Sivas, la petite ville de Devrighi paraît être celle de Micopolis, que Pompée bâtii pendant la guerre qu’il fit contre Mithridate ; et au sud de celle-ci, Arabkir est l’ancienne Arabrace.
À l’ouest du pachalik de Sivas se trouve l’Anatolie proprement dite, qui forme un vaste gouvernement auquel les Turcs donnent le nom d’Anadoli.
En passant le fleuve Halys ou le Kizil-Ermark, nous entrons dans l’in- Il. 44
tendance ou le mousselimat de Kastamouni qui répond à l’ancienne Paphlagonie maritime. Quoique peuplée de Tures, la ville de Æastamouni ou Kastamoun voyait autrefois fieurir dans ses remparts divers genres d’industries; on y fabriquait de la vaisselle de cuivre; sa population s'élevait en 1658 à 50,009 âmes !, mais aujourd’hui elle ne renferme que 42,090 Turcs et 40 familles armériennes; ce qui la porte en totalit‘ à environ 14,000 âmes. L'ancienne Pompeïopolis, longtemps capitale de ce pays, a été retrouvée dans le bourg actuel de Task-Kouprou? où Tuch-ouÿ ;, bâti sur la droite d’un affluent du Kizil-Ermark, le Karasou, que l’on passe sur un beau pont construit avec des resies de monuments antiques. La côte depuis l'Halys jusqu'au Bosphore a longtemps été défigurée sur les cartes; les observations de M. Beauchamp l'ont enfin à peu près rétoblie: le prétendu golfe de Semsoun a disparu, et la côte en général s'élève d'un «egré entier plus au nord que les cartes de d’Anville ne l’indiquent.
Avant d'arriver au cap Æerempeh, le Carambis des anciens, pointe septentrionale de l’Asi: mineure. nous trouvons la célèbre ville de Sinope, appelée Sinab par les Turcs, située sur une isthme, couverte au nord par une presqu'ile, ct ayant à l’est une excelleute rade avec des chantiers pour la marine impériale turque. Gette ville, que les émigrations des Grecs ont réduite à une population de 10,000 âmes, exporte du riz, des fruits, des peaux et des planches. Le commerce de poisson, autrefois immense, est tombé. On sait que c’est dans ses murs que naquit Diogène le Cynique. Son commerce et ses chantiers de construction lui donnent encore une certaine importance. Znéboli, l'antique Zonopolis, est l'échelle, c’est-à-dire le sort de Kastamouni; elle exporte des bois de construction, du cuivre, du chanvre. Amastrah ou Amasserah, l'ancienne Amastris, bâtie en amphithéâtre sur les bords de la mer Noire, et £rekli ou Heraclea, n’ont conservé qu’nn nom célèbre.
Le Bosphore s’ouvre devant nous comme une magnifique rivière bordée de villages, de châteaux et de maisons de plaisance. Aux lieux où ce
* détroit finit s’élève Sculari, que l’on vanterait comme une grande et belle
ville , si elle n’était pas regardée aujourd’hui comme un faubourg de Constantinople; elle compte 40,000 âmes. Elle est bâtie en amphithéâtre sur le penchant de plusieurs collines, dans le même style que la capitale de l'empire ottoman; la plupart des mosquées, les bazars et les bains publics sont de beaux édifices ; le grand-seigneur y possède un très-beau palais avec
1 M. Fourcade, Mém. sur Kastamouni.
? Id. Mém. sur Pompriopolis, Annales des Voyages, XIV.
ienne Paphlaastamouni ou nres d’indusn s'élevait en » que 42,000 lité à environ de ce pays, a Tach- ou ÿ que l’on passe antiques. La igurée sur les près rétablie:
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Sur le premier golfe de la Propontide ou de la mer de Marmara, nous trouvons le port appartenant à la ville d’Zsnikmid ou Ismid; c’est l’ancienne Nicomédie de Bithynie, où mourut l’empereur Constantin; elle renferme encore 4,000 habitants Il n’en est pas ainsi de celle d’Zsntk, l'ancienne Nicée, célèbre par la tenue du premier concile général, mais qui aujourd’hui, réduite à 2 ou 300 maisons, n’est peuplée que de quelques juifs, qui fabriquent de la faïence ou vendent de la soie. La Propontide est entourée de ruines célèbres, parmi lesquelles celles de Cyzique attestent encore la grandeur et la magnificence d’une des premières villes de commerce de l’antiquité!. Lvs restes de ses anciennes murailles se voient surtout près de Peramo, petite bourgade sur la côte orientale de la presqu'île qui s’est formée par les atterrissements qui ont réuni l’île de Cyzique au continent.
Les ruines de Cyzique consistent principalement en un amphithéâtre, une naumachie , et un vaste théâtre; mais, suivant M. Hamilton qui les visita en 4837, l’emplacement qu’occupait cette ville est tellement couvert de jardins ou de grands bois taillis, et d’une végétation si forte que ce n’est qu'avec beaucoup de peine qu’on peut y distinguer aujourd’hui quelque chose. Cette richesse de végétation est due à la nature de la roche sur laquelle la ville antique a été bâtie : c’est un granit tendre qui se décompose facilement, et qui par la quantité de feldspath qu’il contient et par la petitesse de ses grains de quartz produit une terre grasse et conséquemment très-productive. A l’est de la ville, on peut suivre les contours du port large et fermé, de même qu’un passage resserré ou canal construit en solide maçonnerie, par lequel il communiquait avec la mer : c’était probablement la partie qui, selon Strabon, pouvait être fermée.
Mais les cimes du mont Olympe, couvertes de neige jusqu’au milieu de l'été, appellent nos regards. Au pied de cette pyramide naturelle s’étend Brousse, l'antique Bursa ou Prusa, qui doit son origine à Annibal ?, et qui fut la capitale de l’empire ottoman avant la prise de Constantinople. C'est à Brousse que les Turcs ont leurs plus habiles ouvriers; l’on estime surtout les satins et les tapisseries de cette ville. Les belles soies qu’on y recueille en abondance ne suffisent pas à ses fabriques ; on y supplée par celles de Perse. La cité de Brousse, proprement dite, occupe une éminence qui
! Paul Lucas, second Voyage, I, c. 4. Pococke, part. LE, vol. 11, chap. xxutt. ? Plin., V, 22 (nonobstant Sfrabon, ete.).
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domine une plaine fertile où jaillissent des eaux thermales. Cette ville, peuplée d'environ 60,000 habitants, contient 365 mosquées, dont 3 sont magnifiques : celles des sultans Achmed et Osman, ainsi que celle d’Aoula, Elle est ornée d’un nombre prodigieux de fontaines. Sur un rocher à pie, au centre de ia ville, s’élève un château dont une des tours est attribuée à Comnène-Lascaris : il occupe l’emplacement de l’ancienne Prusa. Brousse se sert du port de Monfagna, communément nommée Moudania et Modanyeh, ville de 20,000 âmes qui remplace l’ancienne Apamea de Bithynie, d’où il s’exporte une grande quantité de salpêtre, de vin blanc, de fruits, et divers produits manufacturés. L
À dix lieues au sud-ouest de Brousse s’étend au pied du mont Olympe un lac qui renferme plusieurs îles; sur la plus grande s’élève le village d’Aboullion ou d’Aboullonia, qui est évidemment bâti sur l'emplacement de l’antique Apollonia ad Rhyndacum. Sur une des petites iles voisines, on voit des restes de murs massifs qui paraissent être de construction hellénique. De la partie occidentale du lac sort une rivière qui est navigable jusqu’à la mer de Marmara : c’est le Suput, l'ancien Rhyndacus; on la traverse sur un long pont de bois près d'un village appelé Alabad, où s’élèvent les ruines d’une grande forteresse byzantine.
À quelques lieues vers l’ouest Wikhaliteh, que l’on nomme communément #ahalikh, est une grande ville située de la manière la plus pittoresque sur des coteaux bas, près du confluent du Rhyndacus et du Niacestus, appelé aujourd’hui Sousighir-li-sou , c’est-à-dire eau de buffle.
Nous allons nous hasarder à traverser les parties centrales de l'Asie mineure, infestées par des bandes de Turcomans qu’on accuse de ne pas trop respecter les voyageurs.
Sur le bord d’un ruisseau qui va se jeter dans la Sakaria, nous verrons T'erekli ou Tarakli, petite ville sale et mal bâtie, mais connue par ses manufactures de peignes. Sur une hauteur, à l'extrémité occidentale d’une plaine riche et fertile, on aperçoit les ruines d’un château. Ce château domine la ville de Boly, que M. Fontanier nomme Bolo, composée d’un millier de maisons, et renfermant un bazar assez vaste et douze mosquées : c’est le passage continuel des caravanes. A ses porcs se trouvent des bains d’eaux thermales, et à une licue les ruines d'Æadrianopolis, nommées Eski-hissar par les Turcs. Un des faubourgs de Boly est entièrement peuplé de chrétiens, qui ont le droit de se renfermer dans des murailles, et de ne laisser pénétrer aucun Turc chez eux. Tohirkis, que M. Fontanier nomme Cherkès, n'offre rien de remarqueble; c’est une ville murée. à 22
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lieues à l’est de Boly, sur la rivé droite du Baïtin, que l’on y traverse sur un pont en bois et en terre. Sa population est de 3 à 4,000 âmes. On élève dans ses environs des chèvres de l’espèce de celles d’Angora , et l’on exploite du sel gemme dans les montagnes qui l’environnent,
Sur un affluent du Kizil-Ermark, Tosia, ou Tossia, dans une vallée fertile et bien cultivée, renferme 3,000 maisons turques , 30 de Grecs et 10 mosquées, dont l’une est remarquable par l’élé:ance de sa cozstruction. On fabrique à Tossia des châles en tissus de poil de chèvre d’Angora, qui sont estimés pour leur finesse et leur moelleux.
À dix lieues au sud de Tossia, on trouve Æiankary ou Kiangary, l'ancienne Gangra, qui reçut de l’empereur Claude le nom de Germanicopolis. et que Constanti. ‘rigea en capitale de la Paphlagonie. Cette ville est assez grande. mais elle est bâtie en bois.
La route de Brousse par Koutaïéh et Koniyéh, en Karamanie, traverse principalement le plateau des }"28 salés et sans écoulement dont nous avons déjà parlé. Koutaïéh, l'ancien Cofyæum, est une ville considérable, embellie de 50 mosquées , de 20 khans ou caravansérails et de 30 bains publics, entourée de jardins, de vignobles et de promenades. Elle contient plus de 10,000 maisons et probablement plus de 50,000 habitants ; son territoire fertile produit d’excellents fruits et beaucoup de noix de galle.
À une vingtaine de lieues de cette ville, on trouve, dans une bourgade appelée Seïdi-Gazi, les restes d’un monument phrygien taillé dans le roc, et dont l’inscription au roi Midas, sculptée sur un des côtés, indique les restes d’un tombeau érigé à l’un des anciens rois de Phrygie, peut-être six siècles avant notre ère. Non loin de là, le village d Eski-Chehr, offre les ruines de l’ancienne Dorylée, célèbre par la victoire qu’y rempcrtèrent les chrétiens lors de la première croisade.
A dix lieues de Koutaïéh , les habitants du village de Toutbah, au pied du mont Olympe, sont exempts de toute contribution, à la condition de protéger et de guider les voyageurs qui traversent la montagneet ses défilés couverts de neige. Ils ont, comme dans les Alpes, des chiens dressés à découvrir par l’odorat les malheureux qui se sont égarés.
Afioum-Kara-Hissar, et plus exactement Afiyoun-Kara-Hisar, à 18 lieues au sud-est, est célèbre par la culture de l’opium, et un sujet de dispute parmi les géographes; les uns y voient l’ancienne Celænæ; d'autres prétendent, peut-être avec plus de raison, que c’est Apamea Cibotus, fondée par Antiochus Soter. La plupart de ses maisons sont en bois; elle est la résidence d’un pacha, le siége d’un évêque grec, et