‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 36 sur 108 · S NS · texte numérisé non relu

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terrassements qui soutenaient la pente des rues de la ville : toutes ces constructions sont en pierre de taille, employées sans mortier ni ciment. Le tombeau de Tantale est du genre de ceux que les anciens appelaient tumuli : il est revêtu d’un soubassement circulaire d'appareil pélasgique ; au centre est une grande chambre dans laquelle était déposé le corps du roi. Cette salle est voûtée en ogive, mais toutes les assises de pierres sont placées horizontalement, la voûte n’étant point connue à cette époque reculée : ce tombeau domine la nécropole de Sipylus, dans laquelle on reconnait encore dix-neuf fumuli plus ou moins bien conservés.

A 12 lieues à l’est de Smyrne, entre des montagnes et près d’un grand marais, Cassaba est une vaste et industrieuse ville; et à 44 lieues plus loin, Dourgoutli ou Tourgoud, l'antique Œgara, qui se fait remarquer aussi par son industrie et son commerce, renferme, suivant les voyageurs moderres, 6,000 maisons.

Depuis le Méandre jusqu’à la Propontide ou mer de Marmara, l’ordre, la tranquillité et la prospérité attestent une civilisation plus avancée. Les cultivateurs y sèment et récoltent en paix. Les Grecs ont dans l’ancienne Eolide des écoles où on lit Homère et Thucydide. Les Turcomans qui campent vers les sources de l’'Hermus, aujourd’hui nonmé Sarabat ou Kedous, se livrent à l’agriculture. Si la célèbre Sardes, résidence de Crésus, n’est plus reconnaissable dans le village de Sart, où l’on voit cependant encore les restes d’un temple, d’un théâtre et d’un stade, et les 60 grandes buttes qui sont les tombeaux des rois de Lydie, d’autres villes conservent une ombre de leur antique splendeur ; le commerce fait fleurir Mantka ou Manissa, l’ancienne Magnesia, dont la population est estimée à 40,000 âmes. Bergamo, jadis Pergame, offre des ruines magnifiques. Phokia ou Phocée possède encore son excellent port. La petite péninsule qui forme l’ancien royaume de Priam a été explorée avec un soin minutieux ; on a reconnu le cours du Simoïs et du Scamandre; on a démontré que l’ancienne Troie, l’Ilium d’Homère, s’élevait sur la colline occupée aujourd’hui par le village de Rounarbachi, appelé généralement Bournabah; tandis que l’Aium du siècle de Strabon était située près de la mer, près du village de Tchiblak. L'Hellespont aussi a été réexaminé. Les ruines d’Abydus sont plus au nord que le Château-d'Asie, forteresse peu redoutable. Lamsaki n’est qu’un faubourg de l’ancienne Lampsacus, dont les véritables ruines ont été reconnues à Tcharduk.

Nous avons achevé le tour de la péninsule de l’Asie mineure ; embar- !Choisaul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce, t. IH,

quons-nous, et visitons cette chaîne d'îles qui la bordent à l’occident. Ici chaque rocher a son histoire; chaque île a eu son beau siècle, ses héros et ses génies.

Commençons par la mer de Marmara : les îles les plus orientales et à la fois les plus septentrionales sont celles des Princes ou îles Demonisi, près de la côte de Scutari. Elles sont au: nombre de neuf : Antigone, Khalki, Niandro, Oxea, Pilla, Prinkipos, Proti, Platea et l’éle des Lapins. Prinkipos est la plus considérable; elle est habitée ainsi que Proti, Khalki et Antigone; les autres ne sont que des rochers. Les habitants sont tous des Grecs, au nombre de 5 à 6,000. Ces îles ont reçu leur nom de ce qu’elles ont servi de lieu d’exil à plusieurs princes grecs. L’île de Kalalimni s’élève à quelques lieues de l’entrée du golfe de Moudania. Au nord de la presqu'ile de Cyzique, Marmara qui s’appella successivement Proconnesus, Elaphonnesus, et Nevris ou plutôt Nebris, a donné son nom moderne à la Propontide, du mot grec marmaron qui signifie marbre. En efet, elle est montagneuse, et renferme des carrières de marbre blanc que l’on exploite encore ct que les anciens nommaïent marbre de Cyzique. Cependant ce n’est point à ses carrières qu’elle doit aucun de ses noms anciens, mais à la grande quantité de cerfs qu’elle renfermait; ainsi ses noms tous si différents viennent de trois mots grecs qui gignifent cerf. Aujourd’hui elle ne nourrit plus en fait de ruminants que des troupeaux de moutons. Sa longueur est de 4 lieues et sa largeur de 2. Elle a un bourg appelé Marmara, et piusieurs villages assez peuplés. L'ile de ZLiman Pacha, à l’ouest de la presqu’ile de Cyzique, n'offre rien d’intéressant. Il en est de même de Rabby, qui cependant est un peu moins petite : elle a 2 lieues de longueur.

A la sortie du détroit des Dardanelles ou de l’Hellespont, qui est long d'environ 43 lieues, et dont la largeur moyenne est d’un peu plus d’une lieue, on voit d’autres {les des Lapins (Taouchan-Adussi), appelées jadis Lagussæ. Elles sont rocailleuses, boisées ct inhabitées.

Ténédos est encore la clef de l’Hellespont, les Turcs lui ayant donné le nom de Bogdja-Ada:si ou Boydja. Elle a 2 à 3 lieues de longueur, et, bien qu’elle soit couverte de montagnes rofailleuses, elle est très-fertile. Eile renferme une ville appelée Bogdja ou fénédos qui compte 6,000 habitants.

De cette île, riche en vin, nous arrivons à Méfelin, l’ancieune Lesbos!. Autour des nombreuses baies de celle-ci s’élèvent des coteaux chargés de

‘Olivier, Voyage dans l'Empire ouoman, II, 84-109.

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ASIE. — TURQUIÉ D'ASIE. 361

vignes et d’oliviers ; les montagnes de l’intérieur se couvrent de lentisques, de térébinthes, de pins d’Alep, de pins à pignon et de cistes; les ruisseaux coulent à l’ombre des platanes; le vin, les figues et les femmes de Lesbos conservent leur ancienne réputation. L’ile a 50,000 habitants, dont 8,000 dans la ville de Castro.

Evitons le cap Karabouroum et ses sauvages habitants; débarquons dans l'ile de Scio ou Chics, nommée Sakiz par les Turcs, si renommée autrefois par la bonté de son vin et la beauté de ses femmes, et qui a vu dans ces derniers temps l’industrie transformer en un jardin les rochers granitiques ou calcaires, qui l’occupeïit en grande partie. Sa population se montait au commencement de 1822 à 110,000 habitants, presque tous Grecs, et dont 30,000 résidaient dans la capitale, qui porte le même nom que l’ile. Partout des hmoniers, des orangers, des cédrats parfumaient l'air; quelques figuiers et grenadiers s’y mélaient. Les rosiers sont ici plus communs que les chardons ne le sont ailleurs; on récolte de l’orge, de l'huile, du vin muscat.-Ni les cotons, ni les soies, ne suffisaient à l’industrie de Pile : on y était parvenu à imiter toutes les étofles de Lyon et des Indes. Les femmes de Sio sont belles comme des statues grecques, mais elles se défigurent par un costume bizarre.

Aux heureux fruits du iravail et de quelque apparence de liberté que présentait avant l’insurrection grecque l’heureuse Scio, suecédèrent, lorsque la révolution éclata, l'espoir de Pindépendance, les combats, les désastres de la guerre ct enfin la destruction presque totale des hab” .ants. Les Tures chassés de l’île y rentrérent en 1822 avec des forces formidables. Après un combat acharné de part et d’autre, les vainqueurs incendiérent : la capitale, massacrèrent les hommes, les femmes et les enfants; et aujourd’hui la population est réduite à 14,000 âmes.

Après avoir traversé le golfe de Scala-Nova, le grand port Vafhi nous reçoit dans lîle de Samos, que les Turcs nomment Sousam-Adassi, île une fois moins grande que Scio, et peuplée, dit-on, de 60,000 âmes. Le sol est très-fertile : il produit des vins muscats, des oranges, de Phuile et de la soie; on y trouve du beau marbre. Samos montre aux antiquaires de superbes restes d’un temple de Junon ; c’est la seule île de l’Arehipel où les femmes aient la réputation de laideur. Megali-Chora est le chef-lieu moderne, mais la principale ville est Vafhi. Le mont Æerki conserve la neige pendant la plus grande partie de l'été.

Megali-Chora n’a que 4,000 à 1,200 habitants; son port, nommé Tigali, est peu sûr; aucun navire ne peut y aborder avec le vent du nord. Vathi IL. wù

a 400 maisons. Vers l'extrémité orientale de l’ile, on voit encore quelques restes de la célèbre ville de Samos : les débris de ses murailles flanquées de tours carrées ont # à 5 mètres d’épaisseur ; on reconnaît parmi des monceaux de ruines les restes d’un théâtre et du magnifique temple de Junon, ainsi que ceux de la jetée du port, haute de 40 mètres ; enfin la montagne percée est tout ce qui reste d’un canal de 875 vas de longueur, pratiqué dans une montagne et qui servait à conduire l’eau à la ville,

Nous passons devant Nicaria, l’ancienne Icaria, riche en bois de construction, d’ailleurs stérile, habitée par un millier de Gre’s, très-pauvres, très-fiers, qui prétendent descendre du sang impérial des Constantins, et qui ne couchent jamais dans un lit, même quand ils peuvent en avoir, Nous ne nous arréterons pas non plus à Pafhmos, qu’un de ses habitants dépeignit, il y a 150 ans, comme riche en vins, blés et figues, ornée de myrtes et d’arbousiers, et remplie de 16 à 17 villages!, mais qui depuis a beaucoup perdu.

Le nombre de ses habitants est d'environ 1,500; le chef-licu, appelé Pathmos ou Saint-Jean, ne renferme que 260 maisons; on voit à peu de distance de cette ville le célèbre couvent de l’Apocalypse, d’où sont sortis tant de maîtres qui ont répandu l’instructisn dans une grande partie de la Grèce. On sait que c'est dans une des grottes de l’île que saint Jean écrivit l’Apocalypse.

Les petites îles ZLipso ou Lepsia, Nacri ou Arcilis et Agathonisi ne nous offrent rien de remarquable.

Lero, chez les anciens Leros ou Leria, avec un grand port, une petite ville qui porte le nom moderne de l’île et une population de 2,000 âmes; Calamine, jadis Calymna, qui produit d’excellent miel, et qui ne renferme que 300 habitants grecs; enfin la petite Caprone où Caproni, se suivent au sud de Samos.

Nous arrivons à la patrie d’Hippocrate, Cos, dont le nom est défiguré en Stan-co ou Stanchio par les Grecs et en Zstan-Kioi par les Turs; cette ile offre de belles plantations de limoniers mélés de grands érables; elle a donné son nom en latin à l’espèce de schiste qu’on appelle vulgairement pierre à aiguiser.

Longue de 7 lieues, Stan-co est traversée longitudinalement par une chaîne de montagnes dont la plus élevée est le mont Christo, que M. d’Ur-

1 Georgirènes, archeväque de Sanos, Description de Samos, Nicaria, Pathmos, etc. Londres 1809.

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ville a reconnu avoir 860 mètres de hauteur : elles sont formées de calcaire et de schiste; un grand nombre de sources limpides s’en échappent. Les vents y soufflent avec violence; l’été le thermomètre s’y élève à 23 degrés ; l'hiver on v éprouve quelquefois un froid qui paraît assez piquant, bien que le mercure ne descende pas au-dessous de zéro et que les orangers le supportent sans inconvénient. Depuis la révolution grecque. cette île est considérablement dépeuplée; les indigènes ont été presque tous massacrés; la population se réduit à quelques milliers d’indigènes, la plupart Tures. La ville de S{an-co, l'antique cité de Cos, offre, depuis les derniers événements de la Grèce, plus de ruines modernes que de débris antiques; elle renfermait 9 à 40,000 individus avant l'insurrection grecque. On sait que cette ville a vu naître Hippocrate, le père de la médecine, et plusieurs hommes célèb:es à divers titres, tels que le peintre Apelles, le poëte Philéias, et l’historien Polybe; que son fameux temple d’Esculape fut renversé par un tremblement de terre, rebâti, détruit par un incendie, puis reconstruit encore, etenfin converti en mosquée par les Turcs. Tout près de cet édifice, on voit encore des restes de sculpture qui, par les sujets qu’ils repré-sentent, paraissent en avoir fait partie. On a même prétendu que l’énorme platane qui ombrage la place sur laquelle s’élève cette mosquée est celui qui existait du temps d’Hippocrteet dont parle Pline ; ce qui lui donnerait environ 22 siècles. D’autres pensent que cet arbre a remplacé l’ancien et qu’il existe depuis 900 ans : son tronc, qui est creux, a 42 mètres, de circonférence, non pas au-dessus de ses racines, mais à 3 mètres au-dessus du sol. L’antique hippodrome a été transformé en cimetière par les Turcs, et le palais des archontes en citadelle.

Au sud-est de Stan-co s'étendent plusieurs petites îles : la première est Nisari ou Indjirli, l’ancienne Nysirus, longue de 3 lieues et large de 2; la seconde est Piscopi ou Tilo, jadis Telos, de la même grandeur que la précédente et aussi peu peuplée ; à une égale distance de l’une et l’autre de ces deux îles, se trouve l’îlot de Madone. Au nord-est de Piscopi et à l’entrée du golfe de Symia on voit Sym ou Symia, jadis Symé, qui n’est qu'une montagne terminée en forme de cône; tout à côté un ilot porte le nom de Diamant. Enfin, à peu de distance de la côte occidentale de Rhodes, s’élèvent plusieurs îles dont les plus considérables sont Limonia et Narki, couvertes de quelques groupes d’arbres et de bons pâturages.

Vis-à-vis les extrémités de '’Asie, au sud-ouest, s'élève l’île de Rhodos ou de Rhodes, célèbre dans l’antiquité par ses sages lois, fameuse dans les quatorzième et quinzièms siècles comme siége des chevaliers de l’ordre de

Saint-Jean-de-Jérusaiem. Cette île, peu fertile en grains, vante comme autrefois ses fruits, ses vins, sa cire et son miel; on en exporte du savon, de beaux tapis »t des camelots. Elle a 47 lieues de longueur, 7 de largeur et 58 de superficie. Sa population paraît être de 20 à 25,000 âmes. Rhodes, la capitale, occupe le penchant d’une colline, en face de la ser ; dans une lieue de circonférence, elle offre un mélange agréable de j:rdius, de minarels, de tours et d’églises. C’est une des villes les mieux bâties de toutes les iles de cette partie de l’Asie : les rues sont larges et garnies de trottoirs, les maisons régulières et solidement construites; un grand nombre de celles de la rue principale sont encore décorées des écussons des anciens chevaliers. Deux des principales églises, entre autres la vaste église de Saint- Jean, ont été converties en mosquées, et le grand hôpital en grenier d’abondance. Le palais du grand maître est aujourd’hui celui du pacha; les formidables remparts construits par les chevaliers sont encore debout, C'est une des meilleures forteresses des Turcs; elle a un assez bon port, dont l’entrée est resserrée par deux rochers, sur lesquels s’élèvent deux tours qui en défendent le passage. Le fameux colosse de bronze, qui avais 40 mètres de haut, ne paraît pas avoir été placé à l'entrée du grand port, mais plutôt sur la jetée ou môle qui en séparait le port intérieur, où les chevaliers censervaient leur galères.

Les côtes méridionales de l'Asie mineure sont presque sans îles; les escarpements Au Tæurus pressent la mer par leurs énormes falaises ; des canaux étroits re: d'tachent quelques îlots rocailleux, tel que Castelrosso.

Nous issus à l'entrée du golfe de Satalie le cap Chelidoni ou Kilidoñia, l'ancien Pro#ontorium sacrum, en poupe, pour nous diriger vers l’île de Chypre, Kypros, aujourd’hui Xibriz. Nous avons dépeint la fertilité de cette île d’après les anciens ‘ ; les modernes en ont a peu près les mêmes notions. Les neiges, longtemps conservées sur le mont Olympe, aujourd’hui mont de la Sainte-Croix, y répandent un froid vif, qui rend plus insupportables les aideurs de l’été. La plus précieuse production actuelle est le coton; on y trouve encore de la térébenthine, des bois de construction , des oranges, et surtout ce fameux vin de Chypre, renommé dans le monde entier. Les hyaeinthes, les anémones, les renoncules, les narcisses simples et doubles qui exigent tant de soins en Europe, y viennent sans culture ; elles tapissent les montagnes et changent les campagnes en un immense parterre; mais l’agriculture y est négligée; un air malsain afflige quelques districts où l’on a pas su con- 1 Vol, I de ce Précis, ivre vH1, page 101.

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duire les eaux. On croit que le nom de Chypre (Kypros) lui vient de son abondance en cuivre; cependant ce nom signifie aussi en grec un arbre odoriférant zae l'on croit être le troène; outre ce métal, elle produisait autrefois de l'or, del’argent et des émeraudes. Ce qu’on appelle le diamant de Paphos est un cristal de roche que l’on trouve près de cette ville; on tire encore de cette ile de l’amiante, du jaspe rouge et de la terre d’ombre. L'ile de Chypre est une des plus grandes et des plus fertiles de la Méditerranée. Sa longueur du nord-est au sud-ouest est d'environ 50 lieues et sa largeur moyenne de 45 à 20. Elle est partagée longitudinalement en deux versants par une chaîne de montagnes hautes et escarpées. Cette chaîne ne donne naissance qu’à de petits eur u qui tarissent pendant l'été, et ne laissent aux habitants que lPusa itla plupart ne renferment que de l’eau saumâtre. La végétation asles montagnes; elle commence dans les vlaines au mois de t “exception de quelques points de la côte, l'air y est en général salubre; mais la peste y est souvent apportée de l’Egypte et cause de grands ravages. Cette île est souvent dévorée par des nuées de sauterelles. Chypre est divisée en trois sandjaks : Baffa, Cerinia et Nicosia. Ba/fa, l’ancienne Paphos, n'offre plus aucune trace du célèbre temple que ses voluptueux habitants consacrèrent à Vénus. Les cryptes creusées dans les montagnes des environs sont habitées ; on y voit même une église souterraine. Cerina ou Djerina a seulement conservé de l’antique Cerynia des catacombes; cetie ville, qui possède un port, n’a que 200 ou 300 fiabitants. Un tremblement de terre a, comme on sait, englouti Salaminel’an 78 de notre ère; et les ruines qui en portent le nom, étant près du fleuve Predæus, doivent appartenir à la nouvelle ville de Constancia, bâtie par l’empereur Constance. L'humble bourgade de Limasol cache sous ses chaumières les ruines de la fameuse Amathonte. C’est près du cap Chitto.que nous retrouvons celles de l'antique Cifium, sous les murs de laquelle Cimon fut blessé à mort. Nicosie, \a Trimithus des anciens et que l’on nomme aujourd’hui Lifkoscha et Leucoise, est située au centre de l’ile; c’est la résidence d’un archevêque grec ; le gouverneur turc demeure dans l’ancien palais des rois de Chypre, qui n’offre plus que de tristes ruines. Cette ville, dominée tout autour par des montagnes, est renfermée dans de hautes murailles flaquées de 43 bastions ; mais bien que ces fortifications qui sont dues aux Vénitiens, aient été réparées par les Français pendant l’expédition d'Egypte, sa position défavorable empêcherait la ville de*soutenir un siége. Sous le règne des Lusignans elle renfermait 300 églises et une population considérable ; il

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ne reste’ de sa splendeur passée que quelques belles rues, 8 mosquées, l’ancienne cathédrale catholique de Sainte-Sophie, bel édifice gothique, 6 églises grecques, un couvent, un bazar et 45 à 16,000 habitants.

Les ports de Famagousle, l’ancienne Fama Augusta, et Larnica, Larnaka, font aujourd’hui tout le commerce de l’île ; la dernière, qui a près de 5,000 habitants, est la résidence des consuls étrangers ; elle possède des salines importantes dans ses environs.

Les habitants de Chypre sont une belle race d’hommes ; les femmes, par la vivacité de leurs grands yeux, trahissent combien elles sont encore fidèles au culte de Vénus. Cette île, anciennement composées de neuf royaumes, dont chacun renfermait plusieurs villes florissantes, avait peutêtre un million d’habitants; elle n’en a aujourd’hui que 80,000. Les grands vizirs la possèdent comme apanage de ‘eur place; et pour en tirer avantage, ils louent au plus offrant la charge d’intendant ou de moussclim!, Dans le déclin de l'empire d'Orient, Chypre, conquise par Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, fut donnée à la maison de Lusignan comme fief anglais, pour la dédommager de la perte du trône de Jérusalem?. Dans le quinzième siècle, l’héritière de cette maison en résigna la souveraineté en faveur des Vénitiens, qui, en 1570, en furent dépouillés par les Turcs; mais une princesse de la maison de Lusignan ayant épousé un duc de Savoie, les rois de Sardaigne ont conservé des prétentions sur les couronnes de Chypre et de Jérusalem.

Nous terminons ici notre course topographique dans l’Asie mineure et dans les îles voisines; elle a dù être rapide, attendu que de vastes espaces inconnus, ou seulement connus par les vagues relations des Orientaux, séparent les routes des voyageurs européens, routes trop peu multipliées et trop peu variées pour nous fournir une topographie moderne comparable à celle que l’on peut tirer des écrivains grecs et romains. Il nous serait plus facile d’allonger cette description, en répétant les observations tant de fois faites sur les mœurs des diverses nations qui habitent cette belle contrée ; mais le peu de détails de ce genre que nous croyons devoir nous permettre, trouveront une place plus convenable; les Grecs et les Arméniens qui habitent les villes commerçantes nous occuperont lors de la description des pays dont ils tirent leur nom; les Kourdes et les Turcomans, «ont lestribus nomades et quelquefois agricoles se sont répandues dans l’intérieur, deviendront également l’objet d’un article à part.

1 Mariti, Voyage, etc.

2 Æneas Silvius, Cosmograph., c. 97.

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Il ne nous reste donc qu’à comparer les divisions anciennes et modernes, travail fastidieux dont nos lecteurs trouveront les utiles résultats dans les tableaux qui vont suivre.

TABLEAU COMPARATIF des diverses acceplions des noms d’AsiA, d’ASIA PROPRIA" é{ d'ASIE MINEURE.

Un canton compris entre le mont Tmolus,

ANG ON A) DOTE le mont Messogis et le Caystre !.

Pont, Paphlagonie, Bithynie, Lydie, etc.

Bassè-Asie. | PART ES | Pire Cappadoce, Cilicie, Syrie (Ara- Haute-Asie.( Caucase, Arménie, Mésopotamie, Médie, (ñ dvo Asia.) | Perse, etc. Scythie, Inde 2, Asia, royaume (autrement nommé royaume de Pergame). . . . ...

Asia, province prétorienne, et, dans la suite, consulaire. . ..,.....

Asia, partie du monde. .

d Mysie, Phrygie, Lycaonie, Lydie 5.

.* }Mysie, Lydie, lonie, Carie, Phrygie f.

Quelquefois synonyme avec l'Asie prétorienne, et quelquefois, dans l’usage quotidien, comprenant la Péninsu'e jusqu’à PHalys, et au golfe de Tarsus 5.

Asie prétorienne, plus la Lycie, la Pamphylie, moins les côtes occidentales 6.

, f { Les côtes occidentales, depuis le cap Lec- AV RPOCOMIIArE; EMe TS ‘| tum jusqu’aux environs de Milet 7.

Toute la péninsule que nous nonmons Asie mineure .

1 Homer, Iliad. 11, v. 462. — Dionys. Perieg., v. 836. — Herod,, IV, 45, etc.

2 Xénophon et Sirabon, passim. Voyez notre volume I”.

5 Strab., XII, 845 (édit. Almel). — Tét. Lio.

& Cic. Orat. pro Flacco, c. 27. — Sérab. XIII, 626.

5 Not, Imperii, I.

6 Strab., IL, 188.

7 Eunapius in Maximo, p. 101 (édit. Plaut). — Cod., Theodos, V, tit. # de colon. 8 Oros., histor, I, cap. 3. — Const. Porphyrog, de Themat 1,8, 19.

Asia propria. (ñ idimç xahcupévn A aix), .

Asia, diocèse sous Constantin. . . .

Asia minor, dans le quatrième siècle. .

Mysis. . . .

Lynis. . ..,

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