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Nous allons parler des éboulements dans lesquels l’eau n’a pas exercé une influence immédiate et dominante ; car rarement il arrive un désastre auquel cet élément soit tout à fait étranger.
Beaucoup de montagnes, ainsi que nous l'avons vu, sont originairement composées de grandes pierres absolument détachées l’une de l'autre. Il ÿ
! a beaucoup de montagnes semblables entre la Norvège et la Suède. Une
coupe transversale du mont Quedlie montre un banc de 78 mètres, composé de petites pierres plates, tantôt calcaires, tantôt sablonneuses, et toujours sans aucune liaison, sans aucun ciment. La plus faible secousse suffit pour faire ébouler ces amas formés par des révolutions antérieures aux temps
historiques.
Assez d’autres causes concourent à décomposer les montagnes les plus solides. Le froid extrême fait souvent crever et sauter de gros blocs de
rocher. Dans laWestrogothie, près Hunneberg, on voit deux piliers réguliers détachés d’un rocher par la seule force du froid. La Norvège éprouve
FA
Pi à 4 à 5?
beaucoup de ravages par des avalanches de pierres, dues à de semblables effets du froid. Dans les climats plus doux, l’action successive du froid et du chaud n’est pas moins destructive quoique plus paisible, Dans ces mêmes montagnes de Westrogothie dont nous venons de parler, Bergmann a observé que les rochers de ffapp avaient une croûte plus pâle et plus poreuse du côté du soleil,
En beaucoup d’endroits, les squelettes des montagnés attestérit ces changements. Près d'Adersbach, en Bohême, on se promène dans un labyrinthe de blocs de grès, posés perpiudiculairement, hauts de 30 à 69 mètres et
d’une périphérie égale à la moilié de leur hauteur. Ces colonnes, ou plutôt ces tours carrées, occupent un espace d’une lieue et un tiers de long sur une demi-lieue de large. Un ruisseau y serpente et s’y perd dans un gouffre. Des arbres et des arbustes mêlent leur verdure aux masses grisâtres des rochers. Ce labyrinthe est évidemment le reste d’une montagne dont les parties les moins solides se sont écroulées et ont été entraînées par les eaux courantes. D’autres contrées en offrent les pendants, tels que le Stonehenge, en Angleterre; le Greinfenstein, en Saxe; les rochers de Svit- Fééne, à la Chine, et plusieurs assemblages d'énormes pierres dans les Cordillères du Pérou. Les nations primitives choisirent ces lieux, pleins de la puissance divine, pour y exercer le culte qu’elles vouaient à des êtres d’une nature supéri:ure.
L'action lente, mais continuelle et combinée de toutes les causes que nous venons d’indig er, amène les catastrophes les plus étonnantes.
Les débris du mon: des Diablerets, en Suisse, offrent, dit-on, une scène très-pittoresque : des portions de bois et de paturages échappés au désastre commun, des rochers brisés, démantelés, fendus de haut en bas, et qui semblent annoncer de nouveaux bouleversements; des torrents qui, forcés de se creuser un nouveau lit, rongent le tronc des mélèzes et des sapins, à demi noyés dans les flots : tels sont les groupes variés qui ornent ce théâtre de dévastation.
Ce fut, selon l'Histoire de l’Académie des sciences, au mois de juin 4714, mais, selon Bourrit et autres écrivains du pays, le 23 septembre 4743, que les sommets des Diablerets tombèrent tout-à-coup et couvrirent une étendue d’une bonne lieue carrée de leurs débris, qui forment souvent ua lit de pierres épais de 30 verges ct davantage, Quoique plusieurs centaines de cabanes eussent été ensevelies dans ces ruines, il n’y périt heureusement que dix-huit personnes. Les bœufs, et surtout les chèvres et les moutons, en furent les principales victimes. La poussière qui s’éleva lors de la chute de lamontagne produisit pendant quelques instants une obscurité semblable à celle de la nuit, quoique l’événement eût lieu à trois heures après midi, par un temps serein 1.
Nous avons une relation plus satisfaisante de l’éboulement d’une mon-
1 Bourrit, Description des Alpes Pennines, ete. bel, itinéraire, 11, 26. Ce dernier rapporte que la catastrophe de 1714 se renouvela en 1749, et fit périr plusieurs personnes. Ce fut par suite de ce dernier événement que les eaux de {a Liserne , arrétées par les débris, formèrent le petit lac de Derborentzee. Les glaciers des Diablerets,
par leur poids et par les eaux qui en découlent, sont probablement la principale cause de ces éboulements , en agissant sans cesse sur une roche calcaire facile à décomposer.
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tagne qui eut lieu en 1751, près de Sallanche, en Savoie. Le naturaliste Donati décrit ainsi cetévénement : Une grande partie de la montagne située au-dessous de celle qui s’écroulait était composée de terres et de pierres non pas disposées en carrières ou par lits, mais confusément entassées, D’anciens éboulements de ces pierres avaient laissé peu à peu sans appui le rocher principal de la montagne supérieure. Cette masse se composait de cinq bancs horizontaux et distincts. Les deux premiers étaient d’une ardoise fragile, les deux suivants offraient un marbre coquillier, fendu transversalement à ses couches; dans le cinquième, l’ardoise reparaissait, mais ses feuillets étaient dans une position verticale et entièrement désunis. Les - Caux des trois lacs, creusés dans ce dernier bane, pénétraient continuellement par les fentes de la montagne; les neiges abondantes de l’an 4751 augmentèrent les efforts de ces eaux, et déterminèrent la chute de trois Millions de toises cubes de rochers, volume qui seul suflirait pour former ne grande montagne. La chute de cette m"itagne avait été accompagnée “Pune poussière extraordinairement fine, et qu’on avait prise pour de la fumée, parce qu'elle se soutint plusieurs jours. Le bruit se répandit qu’un Nolcan avait fait éruption au milieu des Alpes, où l’on n’avait jamais connu Es ravages des feux souterrains. Mais Donati, envoyé sur les lieux, dissipa es craintes mal fondées.
«Il y a encore un autre genre de catastrophes qui n’est pas moins curieux dns ses causes ni moins funeste dans ses effets : c’est lorsqu’une couche Le ou de roche glisse sur un autre terrain sans se briser, sans se morceler. On a vu, vers l’année 1806, le commencement d’un événement décette nature à Solutré, près de Mâcon. Après de grandes pluies, les couches de terre qui se trouvaient sur la montagne de Solutré glissèrent sur les bancs de pierres calcaires qui forment le corps de la montagne : elles aVaient déjà cheminé plusieurs centaines ae toises, déjà le village allait être ehseve li, lorsque les pluies cessèrent, et ce terrain mouvant s’arrêta. On le encore dans ce geure un fait bien plus étonnant : une partie du mont Foïma, dans l'État de Venise, se détacha pendant la nuit, et glissa avec plusieurs hobitations, qui furent entraînées jusque dans la vallée prochaine; le matin, à leur réveil, les habitants, qui n’avaient rien senti, furent trèséionnés de se voir au fond d’une vallée, et crurent longtemps qu’un pouvoir surnaturel les avait transportés par l'air dans quelque ciimat lointain, squ’à ce qu’en examinant les environs, ils aperçurent les traces de cette olution qui les avait si merveilleusement épargnés.
Du 52 «u 95 juin 1737, une partie de la montagne de Perrier, près d’Issoire, ° si
Souvent divers désastres s’enchainent ; les déluges naissent des éboulements et en occasionnent de nouveaux.
En 1772, la montagne de Piz, dans la marche de Trévise, État de Ve. nise, se fendit en deux; une partie se renversa et couvrit trois villages avec leurs habitants. Un ruisseau, arrêté par les décombres, forma en trois mois un lac. La partie restante de la montagne s’y précipita, le lac déborda, bcaucoup de monde y périt, plusieurs villages sont encore ensevelis sous les eaux!.
Cet aperçu suffit por faire connaître la différence qu’il y a entre un éboulement et un tremblement de terre, catastrophes trop souvent confondues par les anciens, et encore aujourd’hui par le vulgaire. Les effets sont souvent les mêmes, le mode d'agir et les causes diffèrent. Il y a des éboulements sans secousses volcaniques. Mais celles-ci occasionnent souvent des éboulement:, Les anciens croyaient empêcher les tremblements de terre, en creusa!, dans les villes et à l’entour, des fossés et des puits profonds, pois ivrir un chemin aux vapeurs souterraines. Il est plus sûr que les homm:s +uuraient, avec quelque attention, éviter les funestes effets des
éprouva une catastrophe semblable : cette partie, sur jaquelle était bâti le village de Pardines, glissa jusqu’au bas de la montagne, entrainant avec fracas les arbres et les maisons, Un champ de vignes et un édifice furent transportés sans éprouver aucun accident. Le dernier jour, un rocher basaltique de 100 pieds de hauteur fut tout-àcoup renversé en produisant une commotion épouvantable.
La vallée de Goldau , au pied du mont Rigi, en Suisse, fut, le 2 septembre 1806, à 5 heures du soir, le théâtre d’un événement du mêine genre, maïs plus terrible. f était tombé pendant l'hiver, dit Ebel, une énorme quantité de neige , et les mois de juillet et d’août avaient été extraordinairement pluvieux ; dans la matinée du 2, 0: entenditun cragnement dans la montagne; mais à 5 heures du soir, les couches de brèche qui s'étendaient entre le Spitzhuel et la Sieinbergerflue, se détachèrent de li montagne et se précipitèrent avec le fracas du tonnerre dans la vallée, d’où leurs débris remontèrentle long de la base du Rigi, La longueur de ces couches était de 1000 pieds. leur hauteur de 100 , et leur largeur de près d’une lieue. En 5 minutes les vallées de Goldau etde Busingen furent couvertes sur une superficie d’une lieue carrée d'un amas de décombres de 160 à 200 pieds de hauteur : leurs riches prairies et leurs champs fertiles furent changés en un affreux désert, quatre villages furent ensevelis ainsi qu presque tous leurs habitants, et la partie occidentais du lac de Lowerz fut comblée.
! Géographie de Gaspari, en allemand , tom. FE, pag. 370. En 1801, ue moniagne tomba dan: le lac de Lucorne ; les eaux violemment agitées s’élevèrent tort au-dessu du rivage, et entrainèrent des habitations assez éloignées ; onze personnes périrent.
“et l'agitation des eaux se fit sentir jusqu’à Lucerne. — En 1795, une partie du villig de Wæggis fut inondée et entraînée dans le lac de Lucerne par un torrent de fange di plusieurs toises de hauteur et d’un quart delieue de largeur. Sa marche fut heureue-
mentassez lente , ce qui permit aux habitants de sauver ce qu’ils possédaient ; elle dur: quinze jours.
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éboulements. D'abord, en choisissant l'emplacement d’une ville ou d’un village, on doit niveler les hauteurs voisines, et examiner la solidité ou la caducité des rochers. Alors il est, généralement parlant, facile de se placer hors de la direction des éboulements possibles. Un naturaliste grec prédit aux Spartiates la chute d’une partie avancée du mont Taygèle, qui, peu après, écrasa un quartier de leur ville. Des canaux d'écoulement, pour débarrasser les montagnes de leurs eaux surabondantes, des réservoirs où l’on réunisse ces eaux pour les distribuer aux campagnes, aux fabriques; des digues, des murailles, peut-être de profonds fossés pour arrêter ou amortir les chocs des avalanches, voilà ce que l’industrie humaine peut op- - poser à ces forces redoutables de la nature, dont an des plus utiles eflets est d’éveiller notre intelligence et d’enflammer, en l’irritant, notre courage.
En traçant l’hydrographie terrestre, nous avons déjà parlé des forces très-considérables des eaux courantes, et les éboulements que nous venons de décrire nous en montrent plusieurs effets. Leur action est encore plus générale. Le torrent vagabond qui roule des rochers et des forêts déracinées ; la rivière. profonde qui lentement mine les montagnes dont elle baigns les pieds ; le fleuve large ei puissant qui change à son gré l’emplacement de son lit; et tantôt crée, par ses dépôts, un delta d'Égypte, tantôt en engloulissant de vastes terrains, produit de nouveaux lacs, comme, par exemple, le lac Biesbosch en Hollande; voilà des forces qui, mises en œuvre par la nature, pour qui les siècles ne sont que des instants, ont pu suffire à opérer une très-grande partie des changements que les terrains de
- | sédiment ont éprouvés.
… Nous citerons quelques exemples de changements très-singuliers dûs à
la seule action des eaux courantes. Sur le mont Zimur, en Norwége, on
ci voit deux routes creusées dans un rocher calcaire, l’une au-dessus de à l’autre. La roche, épaisse seulement de trois doigts, qui les sépare, laisse apercevoir, à travers ses fentes, une rivière coulant dans la route la plus basse. Il parait que les eaux d’un lac situé à quelques centaines de pieds plus haut se sont suceessivement creusé ces deux débouchés à travers le rocher. C'est ainsi que la rivière de Gaulen, dans le même pays, se perdit
en 1344, ct reparut quelques années après avec une extrême violence, en roulant devant elle les débris de la prison souterraine où elle était descendue. Le Jura, et en général toutes les montagnes calcaires, offrent des faits
de iême genre. Le lac de Joux, celui de Grand-Vaux et bien d’autres, ont creusé dans le roc les entonnoirs par où découlent leurs eaux. Quelque-
fois, lorsque les parois du canal, dans lequel les eaux se frayaient un chemin, étaient rongées et excavées à un certain point, le toit de ce canal devait s’écrouler; alors il se formait tantôt une gorge coupée à pic, à travers laquelle les eaux s’enfuyaient, comme près d’Orgelet sur la route de Saint- Claude; tantôt l'issue de la vallée, barrée par les décombres, forçait les eaux à donner naissance à un lac, tel que celui de Sillan, près de Nantua.
Un autre phénomène singulier se présente dans les entsanoirs sans issue, qu’on appelle en Suède chaudières de géants. Ce sont des excavations circulaires, quelquefois tournées en spirale, ayantles côtés très-lisses, situées la plupart sur les flancs des montagnes, et contenant souvent, au centre une pierre arrondie. Le voyageur Kalm a observé de ces cnfoncements aux Etats-Unis près le fort Nicolson. On en cite des exempgics observés en Suisse et en Sibérie, mais ils s’y rencontrent uniquement dans la roche calcaire. Au contraire, ceux de la Suède et des Etats-Unis existent de préférence dans le granite. Selon Bergmann, ils ont été formés par ds eaux courantes qui s’y engouffraient et qui faisaient tournoyer une pierre détachée d’un rocher voisin.
Il y a beaucoup de lacs qui tiennent en dissolution des substances salines, terreuses, métalliques, bitumineuses ; ces substances forment œuelquefois des dépôts simples ; d’autres fois elles sont entrainées au fond du lac par une précipitation chimique. Plusieurs causes peuvent y concourir. Les différents gaz et acides dont les eaux de ces lacs sont chargées peuvent faire naître des cristallisations; un refroidissement dans les lacs qui jouissent d’un certain degré de chaleur peut encore avoir le même effet. Il est certain que les restes des êtres vivants qui vivent et meurent dans ces eaux y forment des couches de terre calcaire. Des arbres, des végétaux qui y sont entraînés par les eaux courantes, forment des îles flottantes qui peu à peu se lient, s'étendent et finissent, soit par couvrir les lacs d’une croûte de terre, soit par s’y enfoncer et en exhausser le fond. Ajoutons que plus une masse ‘’eau stagnante perd en profondeur, plus elle s'évapore; car la vaporisation de l’eau est toujours en raison directe de sa surface, et en raison inverse de sa profondeur, comme les expériences le prouvent. Il y a dans tous les pays montagneux et marécageux de nombreux exemples de petits lacs qui se sont desséchés par une de ces causes; on peut donc sans témérilé croire que les mêmes phénomènes ont eu lieu en grand, et que plusieurs grandes plaines ont été ‘ormées dans des méditerranées, comme, par exemple, une partie de celles qui bordent la mer Caspienue et le lac Aral,
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Les encombrements d’un lac commencent par resserrer son bassin ; mais le lac, recevant toujours la même quantité d’eau, se déborde nécessairement ; et, s’il parvient à se précipiter dans d’autres lacs inférieurs, il peut produire des débordements successifs, qui changent fa surface des terrains environnants. Ces efforts seraient plus violents si des lacs glacés et trop remplis d’eau venaient à débâcler simultanément. Les eaux, dans ce cas, seraient peut-être animées d’une force si impétueuse qu'elles pourraient renverser tout ce qui se rencontrerait sur leur chemin, faire de . larges échancrures dans les chaînes de montagnes , et ainsi former de 0 grandes vallées. Cette idée a été développée par Sulzer, et outrée par Lamanon !. Elle se présente très-naturellement lorsqu'on considère les
» grands lacs de l'Amérique septentrionale qui s’écoulent l’un dans l’autre, et
- tous à la fin dans le fleuve Saint-Laurent. Si les terrains qui bordent l'Ohio, et où l’on trouveles os des mammouths, sont imprégnés de sel; si la
“ plaine qui entoure le fleuve des Amazones est, comme on dit, absolument
. composée de terres molles et dépourvues de pierres; si l’on trouve sur la " plaine de Crau en Dauphiné les mêmes galets et cailloux roulés que sur les
bords du lac de Genève, toutes ces circonstances peuvent s’expliquer au
. moyen de l'écoulement des lacs intérieurs; mais la certitude historique manque et manquera toujours à ces hypothèses.
À Il est d’ailleurs certain que les vallées ont dù préexister pour que l’écoulement des eaux se fit. Ainsi tout ce qu’on peut accorder à cette théorie de
l'excavation du terrain par des courants d’eau, doit se borner à des effets
“qui ne regardent que les couches superficielles.
Nous abordons une question qui a beaucoup occupé les géographes phy-
siciens : les eaux de la mer ont-elles diminué?
{ Commençons par définir le sens de la question. Il ne s’agit point de “ces fluides marins ou autres, qui, à diverses époques, couvraient le globe, et dans lesquels vivaient les innombrables mollusques et polypes que nous … avons vus exister jusque sur le sommet des plus hautes montagnes. II
est évident que ces fluides ont disparu; mais le mode lent ou rapide de
cetie disparition, etses causes internes ou externes, ne peuvent être connus
que par conjecture. L’homme n’existait point lors de ces révolutions qui
. ont entassé les uns sur les autres les restes des animaux de mer et d’eau
à douce. Il n’est question que des changements qu'a pu subir la mer du
globe terrestre, depuis la dernière révolution qui créa nos continents actuels. Ici la réponse devient possible.
? Lamanon , Journal de physique , 1780, décembre , p. 471.
Une expérience assez longue, celle de plus de vingt siècles èclairés par le flambeau de l’histoire, semble prouver que la mer actuelle, considérée quant à son volume et à sa masse totale, est dans un état parfaitement stationnaire, de sorte que l’évaporation de ses eaux est égale à la quantité dont les fleuves l’augmentent, et que son Ctendue n’est ni diminuée ni augmentée. Mais des circonstances locales, comme, par exemple, le défrichement des terres, la destruction des forêts, l’engorgement ou le déblaiement des rivières, peuvent pour un certain temps faire varier le niveau de quelques mers intérieures. D’autres causes temporaires ou locales peuvent produire dans l'Océan même, non pas une augmentation ou une diminution de volume, mais de petites oscillations qui, en faisant sortir les eaux de leur équilibre, occasionnent d’un côté les petites retraites de la mer, par conséquent la formation de nouveaux terrains ; et, d’un autre côlé, de petites invasions de la mer sur la terre. Ces changements se compensent mutuellement, et sont de trop peu d’étendue, et surtout trop variables, pour influer sensiblement sur la forme des grands continents,
La mer actuelle travaille de deux manières à changer la forme de ses rivages. Elle crée de nouveaux terrains en y déposant du sable, du gravier, des coquilles et des plantes marines; en repoussant et retenant le limon et les autres matières apportées par les fleuves; en minant les montagnes qui bordent la côte, ce qui produit des éboulements ; en se retirant elle-même, soit parce que les fleuves apportent uac moindre quantité d’eau, ou porce que d’un autre côté elle a conquis quelque terrain sur lequil elle a étendu une partie de ses eaux. Elle a euvahi des terrains anciens en les minant eten les faisant crouler, ou en s’élevant au-dessus de son niveau, lorsque, par une cause quelconque, son bassin aura élé resserré en d’autres vnuroits.
Les mers d'Europe étantles mieux observées, nous fourniront les preuves de nos assertions. Commençons par la Méditerranée.
! Ce n’est pas seulement l’action de la mer qui tend à dégrader les falaises : les sources qui traverscut certains terrains qui bordent les côtes parviennent au même résullat. C’est ainsi que tous les ans les falaises de la Normandie cèdent une partie de leur masse à l'Océan, Ces falaises sont formées de masses de craie reposant sur des couches d'argile et de sable ; dans certaines localités les sources , en imbibant sans cesse les couches argileuses, font glisser celles-ci sur les couches plus solides qui Les supportent, et par leur propre poils elles sont entrainées vers le rivage ; ailleurs, Paction des eaux pluviales dégrade les masses supérieures de craie et en provoque la chute sur la plage. Ces effets semblent ne s'arrêter que lorsque les falaises ont acquis une inclinaison d'environ 45 degrés.
cles éclairés par elle, considérée arfaitement stale à la quantit ni diminuée ni exemple, le déement ou le dé- faire varier le nporaires ou loaugmentation ou i, en faisant sorpetites retraites rrains ; et, d’un es changements due, et surtout ands continents, la forme de ses able, du gravier, enant le limon ct s montagnes qui irant elle-même, d’eau, ou parce uul elle a étendu 1s en ies minant on niveau, lorsserré en d’autres
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Nous avens vu qu’en prenant dans Homère le nom d'Égyptos pour celui du fleuve, et nou pas pour celui du pays, on pouvait se dispenser d'admettre que la mer a comblé le prétenäu goife qui entrait dans l'Egypte jusqu’à Thèbes, et qui séparait d’une journée de navigation l’ile de Pharos dc la terre ferme, comme on l’affirme communément. Quelques atterrisseà ments moins considérables ont sans doute eu lieu depuis l’époque où Héro- - dote nous donne la première description de ce pays; ils sont dus moins encore au limon qu’entraîne le fleuve qu’aux vents qui emportent avec eux les sables des déserts voisins. C’est ce qui arrive encore journellement sur les côtes de l'Egypte !.
Le long des côtes orientales de la mer Méditerranée et de ses golfs observe peu d’atterrissements ; cependaui Pile de Tyr a été unie au … nent par une main plus puissante que celle d'Alexandre, Le Méan
. comblé peu à peu la vallée dans laquelle il coule, et qui jadis était un go: DL. habitants de Milet et d’'Ephèse ont plusieurs fois changé l’emplacemeni “de leurs viiles, en suivant la mer, qui s’éloignait de leurs murs. En Grèce, on ne voit aucun atterrissement considérable sur les côtes d’est; mais, sur \celles d'ouest, la célèbre ile de Leucate est devenue une presqu'île. Un grand nombre d'ilots situés devant les embouchures des rivières se sont ns à Ja terre ferme.
4 … Dans le golfe de Venise, des changements très-remarquables ont eu licu. Ramazzini, ayant observé que tout le pays modenois est suspendu audessus d’un lac souterrain, et que l’on y trouve beaucoup de coquilles, ses! même persuadé que la Lombardie avait en grande partie été formée … par les atterrissements combinés du P6 et de la mer. Tout ce qu'il y a de æerlain, c’est que le Pô faisait autrefois de très-grands ravages en inondant souvent des provinces entières; on l’a enchaîné par de fortes digues; "mais, en renouvelant ces remparts, qui préservent le pays d’une submersion totale, on a forcé le fleuve à exhausser lui-même son lit; ce qui fait ique le niveau des eaux du Pô est aujourd’hui élevé de près d’un mètre au- … dessus des terrains qui l’environnent.
. Les environs de Ravenne, d’Aquiléja et de Venise offrent des faits plus … constants et mieux prouvés. Il cst hors de doute, d’après les observations de Manfredi, que le sol auprès de Ravenne a baissé tellement que le pavé de la cathédrale n’est qu’à 162 millimètres au-dessus du niveau de la haute
1 Nous observerons que l’on a beaucoup exagéré la marche des atterrissements formés à l’embouchure des fleuves, ainsi que les retraits de la mer.
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FFÈÉ 4
ESRI 1
marée; mais en même temps la terre s'est étendue de manière que cel!s ville, placée autrefois au milieu des mérais ét des lagunes, et pourvue d’un excellent port, est aujourd’hui éloignée de la mer de trois milles d’Italie (3 de lieue) et entourée de prés.et de champs. Les Vénitiens craignent de voir leurs lagunes se dessécher, et cependant le sol même dv Venise s'est un peu enfoncé. Aquiléja était autrefois voisine de la mer. On prétend que la mer, au contraire, fait des invasions sur les côtes de l’Istrie et de la Daimatie; on y trouve des colonnes, des pavés en mosaïque et des urnes sous les eaux.
. La côte occidentale de l'Italie présente, dans un très-petit espace, deux phénomènes en: apparence contradictoires. Les marais Pontins couvrent aujourd’hui une partie de la vote d’Appius, tandis que, dans l'embouchure même du Tibre, on voit un terrain qui n’y était point du temps des anciens Romains. Mais ce n’est pas la mer qui a couvert le chemin d’Appius, ce sont les rivières, dont la négligence des habitants modernes a laissé encombrer les embouchures. De même, si les fameuses maisons de plaisance de l’ancienne Baiæ se trouvent aujourd’hui ensevelies sous l’eau, c'est que ces édifices, séjour du luxe et de l’ostentation, étaient bâtis au milieu de la er.
Sur les côtes de l’Espagne et de la France, la Méditerranée a également perdu, sans rien avoir gagné. Depuis l'embouchure du Rhône jusques à Agde, la mer a perdu du terrain, ou, comme on dit, s’est retirée. Le port de Barcelonne devient tous les jours moins profond, Ainsi, sans entrer dans un plus long détail, nous pouvons dire que la somme des atterrissements connus de la Méditerranée semble plus considérable que celle de ses envahissements. Mais, d’un côté, nous sommes hors d’élat de comparer les Etats modernes et anciens des côtes de l’Afrique; de l’autre côté, il y a sur la Méditerranée un nombre infini de ports célèbres qui conservent exactement le même niveau des eaux qu’aux temps des anciens; Marseille, Gênes, Syracuse, Navarin ou Pylos et vingt autres lieux se trouvent dansla même position. Les ruines d’Herculanum touchent à la mer comme la ville ellemême du temps de Strabon. Le pavé du théâtre bâti à Adria, il y a environ 2500 ans, n’est que de 50 centimètres plus élevé que la haute maréc de l’Adriatique ; dans l’océan Atlantique, les ports de Cadix et de Lisbonne, et plusieurs autres que l’on pourrait citer encore, n’ont point éprouvé de changements. Sur la pointe du comté de Caernarvon, dans le canal Saint- George, le puits de la Vierge, que les pèlerins allaient visiter dès le onzième siècle, n’est toujours abordable qu’à la basse marée. Dans la mer d’Oman,
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Ver la mer coup d voit su lactior plus re que les taient d élevés € verts d élément la fure une pat marais + y pénéts rées fur dont le Le 7 s’écoula vers l’ai Courant exista, était, j 19 nove digues, 100,00 OCcupe
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une île de sable située à l'embouchure de l’Indus est encore, comme au temps d’Arrien, couverte pendant le flux et à seë pendant le reflux. Donc il n’y a pas lieu à supposer une diminution générale.
L'Océan Atlantique a fait quelques atterrissements sur:les côtes de la France. Il a contribué à élever ces landes sablonneuses qui règnent de Bordeaux jusqu’à Bayonne; plusieurs baies y sont comblées, et l’Adour s’est vu obligé de chercher un nouveau débouché. Un district entre La Rochelle et Luçon, et en général tout le maraïs de la Vendée, ont été arrachés aux eaux. La petite baie où est situé le mont Saint-Michel, entre la Bretagne et la Normandie, paraît également se dessécher. Mais nous avons vu la mer reprendre auprès de Dol des terrains qui lui avaient appartenu.
Varentus, Lulof et autres géographes ont décrit les alterrissements que la mer d'Allemagne a formés sur les côtes de la Hollande. On voit ici beaucoup d’effets d’un genre différent, qui tous concourent au même but; on voit surtout un exemple frappant de ces vicissitudes éternelles auxquelles l'action de la mer sur les terres semble être soumise. Dans les temps les plus reculés dont l’histoire parle, ces contrées étaient d'immenses marais que les flots de la mer et les fleuves se disputaient; les premiers y apportaient du sable, les seconds du limon; ainsi il s’y forma des terrains plus élevés et en quelque sorte habitables ; cependant ces terrains, tantôt couverts d’eau, tantôt laissés à sec, appartenaient également à l’un et à l’autre éléments. L'industrie humaine dirigea le cours errant des rivières, arrêta la fureur des vagues par d'immenses digues, et se créa de cette manière une patrie au sein même des eaux. Mais il resta des lacs, des bourbiers, des marais ; les rivières minaient sourdement ces terrains mal affermis; la mer y pénétrait par les larges embouchures des fleuves. Plusieurs grandes marées furent les époques des écroulements et des révolutions désastreuses dont les trois suivantes sont les plus remarquables.
Le Zuyderzée n’était anciennement qu’un lac de médiocre étendue, qui s’écoulait dans la mer par la rivière de Ulie, le Flevo de Tacite. Environ vers l’an 1250, la mer y fit une irruption; de vastes terrains, que les eaux courantes apparemment avaient minés, s’écroulèrent, et le Zuyderzée exista, Le golfe de Dollart, entre l'Ost-Frise et la province de Groningue, était, jusqu’en 1277, un canton fertile, couvert de riantes prairies, Le 19 novembre 1491, la force réunie de la mer et des rivières renversa les digues, et noya, près de Dortrecht, 72 magnifiques villages, avec 100,000 individus (à ce qu’on dit) : ainsi se forma le lac de Bies-Boch, qui 0Ccupe une superficie de 12 lieues carrées,
Les côtes danoises de Sleswig et de Holstein nous présentent un spectacle à peu près semblable. La mer y a fait des conquêtes et des pertes. L'ile de Nord-strand fut engloutie en 1634; celle de Helgoland avait été fort endommagée dans le treizième siècle. D’un autre côté, la mer apporte sur les côtes de la terre ferme du limon gras, de l'argile bleuâtre et du sable; lorsque ces matières ont pris quelque consistance, on les entoure de digues ; ces terrains deviennent si fertiles, qu’en très-peu d'années ils dédommagent les cultivateurs de tous les frais que leur acquisition a coùûtés. Sur les côtes du Jutland, dans le district du Thy, la mer a rempli de sables plusieurs anciens golfes, où des pirates avaient leur retraite, d’après l’histoire ancienne du Nord; elle a peut-être formé l’isthme qui la sépare aujourd’hui du golfe dit Litm-ford, qui semble avoir été un ancien détroit. Toute la côte occidentale et septentrionale du Jutland (depuis 55° 24”) jusqu’au cap Skagen (57e 40’ environ), nous semble être un produit de la mer, qui, en entassant des sables, a fait une côte unie de ce qui était autrefois une chaîne d'îles.
Les petits changements qui ont eu lieu dans la Baltique ne prouvent nullement une diminution générale des eaux de cette mer !. Des naturalistes célèbres ont dcnné les coquilles et autres débris fossiles comme preuves de cette diminution générale, tandis que des historiens s’efforçaient de la prouver p&r l’encombrement d’anciens ports et détroits. Ces deux arguments se rapportent évidemment à deux époques différentes. Nous avons vu qu’à l’exception de quelques dépôts marins qui appartiennent évidemment à unc époque moderne, tous les débris d’animaux fossiles se rapportent à un âge antérieur aux sociétés humaines; quant aux temps historiques qui, pour la Suède, ne commencent qu’avec le neuvième siècle, il y a eu sur quelques côtes de la Suède des atterrissements, surtout entre ces Jabyrinthes de rochers qui la bordent en grande partie. Ces atterrissements sont dus à la violence des courants, quien même temps sort très-variables; mais les pertés et les conquêtes de cette mer se compensent mutuellement. Si le détroit entre la Poméranie suédoise s’encombre du côté du noro, 1l devient tous les jours plus profond du côté de l’est. En général, on doit dire avec Browallius ? que si mille observations prouvaient la diminution des eaux, une seule observation contraire suffirait pour réduire ces obser-
* Bergmann, Géographie physique, 5° section , chap. 3. Ferner, Discours contenant l'histoire de la dispute sur la diminution des eaux.
2 Browallius, Recherches physiques et historiques sur la prétendue diminution des eaux, etc. Stockholm, 1756.
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vations à une vérité purement locale. Or, ce n’est pas une, müis cent observations contraires qui prouvent qu’il n’y a pas eu d’abaissement général dans le niveau de la mer Baltique. De vieux chênes de trois siècles, et croissant sur des terrains bas, voisins de la mer; des châteaux qui existent depuis des siècles dans des lieux qui, selon l’hypothèse de Celsius, auraient dû être nouvellement sortis de dessous l’eau, voilà ce qu’on a victorieusement opposé aux calculs hypothétiques des dessécheurs. Browallius indique beaucoup d’endroits, même sur les côtes suédoises, où la mer est devenue plus profonde. Je dois ajouter que-les géographes allemands assurent la même chose en général, quant aux côtes allemandes de cette mer.
Les arguments historiques en faveur de la diminution des eaux de la Baltique ont été également renversés. On avait insisté sur les expressions vagues des géographes grecs el romains, qui représentent la Scandinavie comme une grande Île; mais si la mer eût, depuis les temps de Pline, baissé assez pour que le sol de la Finlande, élevé de 200 à 300 mètres, fût sorti de dessous les eaux, il s’ensuivrait que le Mecklenbourg, le Holstein, les Jandes de Hanovre et de Westphalie, et l’île des Bataves, terrains élevés seulement d'environ 400 mètres, auraient dû être également sous l’eau, tandis qu’il est bien certain que les armées romaines y faisaientla guerreet que, Ptolémée, au commencement du deuxième siècle, décrit ces régions de manière qu’on y reconnaît leurs formes actuelles, à quelques petits changements près.
Les cartes du moyen âge ne prouvent rien en faveur.de la diminution des eaux. On conserve dans le couvent de Saint-Michel de Murano, à Venise, une mappemonde qui a été faite par un des moines de ce monastère, nommé Fra Mauro. Cette carte a été faite avec les secours fournis par un
, Quirini, qui, en 1431, avait navigué jusqu’en Trondhiem, et de là avait traversé la Suède par terre. On y voit la mer Baltique plus étendue qu’elle ne l’est aujourd'hui. Mais qui ne sait pas que toutes les cartes anciennes des dessinateurs et des graveurs mal habiles ont arrondi les caps, resserré les îles, et déblayé les mers selon leur bon plaisir? Comment peut-on attribuer une si grande autorité à des cartes générales, faites dans des siècles où il n’y avait pas encore une seule carte spéciale levée avec soin.
Enfin, l'argument qu’on a regardé comme décisif en faveur de l’état Stationnaire de la mer Baltique depuis vingt siècles, c’est l'identité de tant de noms de provinces et de districts connus dans l’histoire ancienne du Nord, et qui se retrouvent encore de nos jours appliqués aux mêmes lieux ;
c'est la ressemblance du pays tel qu'il existe avec tout ce qui se lit chez les anciens historiens ; l’antique célébrité (dans l’ancienne Scandinavie) des contrées qui n’auront pas seulement pu exister, si l’on’ admet l’hypothèse celsienne; enfin le silence absolu des traditions populcires et des anciennes poésies scaldiques, qui n’auraient pas manqué de conserver des souvenirs très-vifs d’une aussi grandeet aussi mémorable métamorphose ; en un mot, a-t-on dit, si la mer Baltique a diminué, cet événement se rapporte à ces temps reculés dans la nuit des siècles, où peut-être une très-grande catastrophe causa un desséchement général de l’Océan qui couvrait une grande partie de la terre. Mais si une telle révolution a eu lieu, c’est certainement un événement qui n’a rien de commun ni avec l’ordre des choses sous lequel nous vivons, ni avec une diminution successive de la mer actuelle.
On peut proposer à l’égard de la mer Ballique une hypothèse moins présomplueuse ; on peut attribuer uniquement aux grands défrichements de la Finlande et de quelques provinces russes, ainsi qu’à la destruction successive des forêts dans tout le Nord, une diminution successive cans la quantité des eaux fluviatiles versées dans la mer Baltique; prr consequent cette mer, autrefois un peu plus élevée que la mer du Nordetl'Océan, aurait baissé jusqu’au niveau général des autres mers. Non seulement les défrichementsdiminuentquelquefoiset d’autres foisaugmentent la quantité d’eau courante d’une contrée, maisils changent aussi la constitution atmosphérique ; ils la rendent, généralement parlant, plus chaude; par conséquent, ils augmentent l’évaporation qui se fait journellement à la surface äes eaux. Nous croyons que: cette explication pourrait être suffisante pour rendre compte de tous les changements qu’on observe dans le niveau des mers méditerranées.
Nous avons vu opérer la mer Baltique ; nous avons vu l’île de Hveen, le célèbre séjour de Tycho-Brahé, diminuée par la violence des flots ; tandis qu’à peu de lieues de là, près la pointe méridionale de la Scanie, il s’est formé un ilot composé de sables, qui s’est exhaussé et consolidé par la réunion de quelques graminées qui y ont pris racine. [Il s'agrandit tous les ans sans que la mer voisine baisse. Les détroits par où se déchargent les Jaes et les méditerranées peuvent être comparés aux fleuves, qui souvent font éprouver à leurs rivages des changements locaux.
La gelée contribue à hausser certaines parties des côtes de la Baltique. Quand les lacs et fleu”s sont gelés, les terres poreuses qui les bordent forment, avec l’euu voisine, une seule masse de glace ; si maintenant des eaux non gelées viennent se joindre à la masse également non gelée des
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rochers qui doivent à cette cause une position plusélevée qu’ils ne l'avaient autrefois ?. d
Kalm, ce judicieux voyageur, qui a si bien observé l’Amérique septentrionale, dit qu’il se fait des atterrissements considérables à la Nouvelle- Jersey, le long des rivières, mais il les attribue aux défrichements. La terre sauvage, couverte de rochers, de mousses et de ronces, ne donne aueune prise aux eaux courantes, tandis que les terrains labourés présentent à l’action de ces eaux une surface ameublie par la charrue, décomposée par l'air et le soleil, et dont les molécules lisses et légères se laissent facilement entrainer et emporter par les rivières. Cette observation nous parait excel-
# Bergmann , Géographie physique , II , 244 sgq.
2? Runeberg, Dissertation, etc., dans les Mémoires de PAcadémie de Stockholm, 1765. Nous devons cependant dire ici que la question de l’abaissement de la Baltique à paru assez importante pour que vers l’an 1820 les gouvernements suédois et russe aient cru devoir charger des savants recommandables de vérifier les observations de leurs devanciers, et de fixer par des mesures exactes des points de comparaison propres à constater le fait. Des roches qui sortent du sein des eaux.,:e4 qüiportent l'empreinte de la main de l'homme, ont servi sur plusieurs plages de points de comparaison. Les recherches que nous raprelons ont servi à démontrer.un abaissement de niveau qui ne suit pas la même loi dans toutes les parties de la Baltique: C’est dans le golfe de Bothanie qu'il est le plus considérable : il paraît être de 1 mèt. 50 centimn. par siècle, et diminue dans la direction du sud ; il n’est plus que de 64 centim. par siècle sur la côte de Kalmar. Ces recherches ont conduit à la connaissance d’un fait qui, pour n’avoir pas été constaté par des savants, n’en est pas moins digne de toute leur attention : c’est que les eaux de la Baltique ne s’abaissent pas, mais que c’est le terrain de la côte de Bothnie qui s'élève depuis long-temps. Cette opinion est répandue parmi les habitants des flots granitiques qui borilent la côte. Ce qui semble Pappuyer plutôt que la contredire, c’est que les îles d’Aland et de Gotiland, qui sont celcaires et arénacées, passent pour ne point éprouver ce changement de niveau. Et en cffet, si l’abaissement apparent des eaux est dû au soulèvement des terrains, ce soulèvement doit être beaucoup plus sensible sur les roches de gneiss et de granite que sur le calcaire, puisque les premières sont beaucoup plus rapprochées que les autres du centre d'action qui produit le soulèvement,
L’exhaussement de la côte de Vaiparaiso, en 1829, donne beaucoup de vraisem=
blance à ce qui parait se passer sur les côtes de la Buthuie, : Huot,
ges reg mitins no ü SET EE LLC.
lente et parfaitement conforme à ce qu’un voit dans le nord, surtout dans les terrains argileux et limoneux !.
Nous croyons inutile d'entrer dans un détail minutieux sur ce qui regarde les autres parties du monde. Les accroissements du Tekama de l’Arabieet la prétendue submersion du Pont d’Adam, qui joignit, dit-on, l’île de Ceylan à l’Inde, nous fourniraient un contraste décidé. Le Voyage de Néarque . >us apprendrait que, malgré des marées immenses, les côles, à l'embouchure de l’Indus, n’ont pas élé sensiblement changées depuis les siècles d'Alexandre. En nous fiant aux annales chinoises, nous aurons, au contraire, de belles preuves pour le desséchement continuel du globe. Mais les côtes nord-ouest de l’Amérique nous offriraient des traces de l’avidité de l'Océan. Enfin, tous les faits bien examinés, bien pesés, ne nous mèneraïent qu’à cette conclusion, que la mer actuelle est dans un élat stationnatre, et que son niveau ne se baisse et ne s’élève que par des causes locales et temporaires, sans qu’en général son volume change ?,
Contempions maintenant les ravages d’un autre élément. Le nom de volcan, emprunté de celui que les Romains donnaient au dieu qui, selon eux, présidait à l'élément du feu, désigne aujourd’hui les montagnes qu vomissent de la flamme, de la fumée et des torrents de matière fondue. On dit aussi un mont ignivome. La cheminée par laquelle sortent la fumée et la natière fondue finit par une vaste cavité en forme de cône tronqué et ren versé. Cette bouche du volcan s’appelle crafére.
C’est un des phénomènes les plus effrayants et les plus majestueux que l’éruption d’un volcan. Les signes avant-courcurs de l’explosion annoncent déjà le combat invisible des éléments en courroux. Ce sont des mouve-
1 Plusieurs physiciens ont pensé, au contraire, que l’Océan devait tendre à diminuer sa masse en élevant son niveau. En tenant compte de toutes les causes qui peuvent contribuer à produire ce résultat, telles que les atterrissements formés par les fleuves à leur embouchure , les éboulements des côtes escarpées qui bordent certains rivages, laccumulation continuelle des dépouilles de mollusques , de polypes et de tous les animaux marins ; l'accroissement sans cesse renaissant des nombreux végétaux qui poussent au fond des mers, l'absorption de liquide opérée par les animaux et les végétaux, on comprendrait encore que, depuis deux mille ans seulement que l’on a quelques points de comparaison sur la diminution ou l’état stationnaire des mers, ces changements seraient presque insensibles , ainsi que l’a prouvé M. Hoff par un calcul très-simple. Il suppose, par exemple, la superficie qu’occupent les mers égale sculement aux deux tiers de la sur face totale du globe, et pour élever d'un pouce le niveau des eaux , il faudrait qu’il y combât une masse égale à 92 milles cubiques allemands, ou aussi grande que tout le Delta du Nil, et haute de 1695 mètres : que l'on juge par là de la quantité de matière solide qu'il faudrait pour produire une augmentation de quelques mètres. Huot.
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ments violents qui ébranlent au loin la terre, des mugissements prolongés, des tonnerres souterrains qui roulent dans les flancs de la montagne tourmentée ; bientôt la fumée, qui sort presque continuellement de la bouche du volcan augmente, s’épaissit et s’élève sous la forme d’une colonne noire. Le sommet de cette colonne, cédant à son propre poids, s’affaisse, s’arrondit, et se présente sous l’aspect d’une têle de pin, qui a pour tronc la partie inférieure. Cet arbre hideux ne reste pas longtemps immobile; les vents en agitent la sombre masse et la dispersent en rameaux qui forment autant de traînées de nuages. D’autres fois la scène s’ouvre avec plus d’éclat; un jet de flamme s'élève au delà des nuages, se tient immobile pendant quelque temps, et semble alors une colonne de feu qui repose sur la terre, et menace d’embraser la voûte des cieux. Une fumée noire l’environne et en interrompt de temps en temps l’éclat éblouissant par des veines obscures. De nombreux éclairs semblent sortir de cette masse enflammée. Soudain la brillante cascade semble retomber dans le cratère, et à ses terribles clartés succède une nuit profonde. Cependant l’effervescence fait des progrès dans les abîmes intérieurs de la montagne ; des cendres, des scories, des picrres enflammées s'élèvent en lignes divergentes, comme les gerbes d’un feu d'artifice, etretombent autour de la bouche du volcan sd’énormes fragments de rochers semblent être lancés contre les cieux par les bras vigoureux des Titans. Souvent un torrent d’eau est chassé avec impétuosité et roule en siflant sur les rochers enflammés. Enfin il s’élève du fond de la coupe ou du cratère une matière liquide et brûlante, semblable à métal en fusion ; elle remplit toute la capacité du cratère et vient jouer sur les bords de l’orifice. Une quantité abondante de scories flotte à sa surface; elles se montrent et disparaissent tour à tour, selon que la masse liquide s'élève ou s’abaisse dans le cratère où elle semble bouillonner. Ce spectacle, d’une horrible majesté, n’est que le prélude de désastres réels. La matière liquide se déborde, coule sur les flancs du cône volcanique et descend jusqu’à sa base. Là, quelquefois elle s’arrête, et, semblable à un serpent de feu, se replie sur elle-même. Plus souvent elle se dilate et sort de dessous une espèce de croûte solide qui s’est formée à sa surface; elle s’avance comme un fleuve large et impétueux, détruit et enveloppe tout ce qui se présente sur son passage, franchit les obstacles qu’elle n’a pu renverser, dépasse les remparts des cités ébranlées, envahit des terrains de plusieurs lieues d’étendue, et transforme en un instant des campagnes flo-
rissantes et tranquilles er une plaine aride et brülée, où le désespoir erre parmi des ruines fumantes.
- Les mêmes ravages peuvent avoir lieu sans que la matière liquide, appelée lave, sorte précisément par le haut du volcan; elle est quelquefois trop compacte, trop pesante, pour être soulevée jusqu’au sommet. Alors son violent effort occasionne plusieurs nouvelles ruptures dans le flanc de la montagne par où ce torrent igné se précipite.
Considérons maintenant l'emplacement des montagnes volcaniques. ( Une grande chaîne de montagnes ignivomes s'étend tout autour du ( Grand-Océan. La Terre de Feu, le Chili, le Pérou, toute la chaîne des Andes, sont remplis de volcans. On distingue au Pérou ceux d’Arequipa F
et de Pichinca , celui de Cotopaxi, dont la flamme, en 1738, s’éleva à plus de 650 mètres, et dont l'explosion fut entendue à 420 lieues de distance, s’il faut en croire les Espagnols. Le Chimborazo, l'une des plus hautes montagnes du globe, est un volcan éteint; il y en a beaucoup d’autres. Humboldt.a vu fumer l’Antisana, élevé de 833 mètres. Si nous passons l’isthme de Panama, nous trouvons les volcans de Nicaragua et de Guatimala; leur nombre est infini : il y en a qui conservent de la neige éternelle, et qui par conséquent atteignent à une grande hauteur. Viennent ensuite ceux du Mexique proprement dit, savoir : l’Orizaba, le Popocatepetl, élevé de 5400 mètres; le Jorullo, sorti de terre en 4759, et plusieurs autres, tous situés sous le 49° parallèle de latitude 1. La Californie renferme cinq volcans en activité. Il n’est pas douteux, d’après les rapports de Cook, de La Pérouse et de Malaspina, qu’il n’y ait des volcans très considérables et en grand nombre dans le nord-ouest de l'Amérique. Le mont Saint-Élie a à 5113 mètres de hauteur. Ces volcans forment l’anneau intermédiaire entre ceux du Mexique et ceux des îles Aléoutiennes et de la presqu’ile d’Alaska. Ceux-ci, qui sont en très-grand nombre, tant éteints que brülants, continuent la chaîne vers le Kamtchatka, où il y en a trois d’une grande violence. Le
Japon en a huit, et l’île de Formose en renferme également plusieurs. et L Maintenant la bande volcanique s’élargit et devient d’une immense étenduc; est
elle embrasse les Philippines, Les Mariannes, les Moluques, Java, Sumatra, Dé
les îles de la reine Charlotte, les Nouvelles-Hébrides, et, en un mot, tout ce
vaste archipel qui forme la cinquième partie du monde. Il en sera parlé en de
détail dans la description de ces îles. El scrait trop long de les énumérer gro
tous, puisque la seule ile de Java en renferme six à sept. ties d Les autres chaînes volcaniques sont loin d’être aussi étendues. Il y en a
peut-être une dans la mer des Indes. Les îles de Saint-Paul et d'Amsterdam,
3? Humboldt, Essai sur le Mexique, ch. IE, ch. VIIF, p. 253.
aide, 1efois Alors nc de
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passons > Guatiernelle, ensuite 11, élevé res, tous me cinq ook, de rables et int-Élie a aire entre d’Alaska.
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par des révolutions souterraines, le formidable volean de l’île de Bourbon,
et les jets d’eau chaude dans l’ile de Madagascar, voilà les éléments connus
de cette chaîne.
Le golfe d'Arabie baigne les pieds du volcan de Gebel-Tar. Les environs de la mer Morte, et toute la chaine de montagnes qui parcourt la Syrie, ont été le théâtre des éruptions volcaniques. Il semble permis de lier ces deux faits.
Une vaste bande volcanique occupe la Grèce, l’Italie, l'Allemagne et la
France. On connaît les fameuses révolutions de l’Archipel grec, et ces îles nouvelles produites par des explosions sous-marines. Bientôt les célèbres sommets de l’Etna se présentent à nos regards : cette montagne brûle depuis trois mille trois cents ans ; elle est cependant entourée de volcans éteints qui semblent beaucoup plus anciens. Les îles de Lipari semblent devoir leur origine aux volcans qu’elles renferment. Le Vésuve n’a pas toujours élé le seul mont ignovome du royaume de Naples : sur une branche avancée de l’Apennin se forma anciennement le grand volcan de la Rocca Montfina ; ce qu’on nomme les Champs-Phlégréens est une réunion de cratères dont les uns sont devenus des lacs, d’autres des plaines arides et fumantes, au milieu desquelles se fait remarquer la Solfatare; d’autres enfin des forêts ou des champs fertiles 2. Les îles Ponces sont un produit volcanique; les catacombes de Rome sont creusées dans des laves; la Toscane est remplie de sources chaudes, sulfureuses, et d’autres indices de volcans. Arduini a observé aux environs de Padoue, de Vérone et de Vicencé, un grand nombre de volcans éteints ; la Dalmatie en a plusieurs. Un savant minéralogiste a fait connaître ceux de la Hongrie ?, L'Allemagne en renferme un grand nombre, dont les mieux reconnus sont ceux de Kamberg, en Bohême; de Transberg, près Gœttingue, et ceux près Bonn et Andernach, sur les bords du Rhin. La partie méridionale de la France est remplie de volcans éteints, parmi lesquels le mont Cantal, le Puy-de- Dôme, ceux du Mont-Dor, ont obtenu une grande célébrité.
L’océan Atlantique n’est pas, comme le Grand-Océan, ceint d’une chaîne de monts ignivomes, mais il en renferme dans son sein même plusieurs groupes. Si la principauté de Galles, l’île de Staffa, et quelques autres parties de l'Écosse et de l'Irlande contiennent des preuves non équivoques de
* Voyez l’article Volcans, par M. Huot, dans la Géographie physique de l'Encyclopédie méthodique.
? Beudant : Voyage minéralogique et géologique en Hongrie. 3 vol. in-4°. Paris , *
ii, 13
98 LIVRE QUARANTIEME.
l'existence de volcans éteints, l’Islande nous présente son Hékla, son Katlagioa-lœkul, et plusieurs autres volcans qui s'élèvent du sein des neiges éternelles. Ce foyer volcanique est un des plus actifs du globe; le fond même de l'Océan est agité, et les flots portent souvent des champs entiers de pierre ponce, ou même cèdent, en bouillonnant, leur place à des iles nouvelles. Plusieurs circonstances font présumer qu’il y a quelques volcans dans l’intérieur du Groenland. Cette contrée glaciale éprouve des secousses de tremblement de terre.
Le milieu de l’océan Atlantique recèle un autre foyer volcanique. Les Acores et les Canaries en ont éprouvé les effets. Le pic de Ténériffe, qui a 3710 mètres d’élévation, est le volcan le plus élevé de l’Ancien-Monde. Il est très-probable que Gênes a dans son voisinage un volcan sous-marin.
Les Antilles renferment probablement un système entier de volcans ; on en connaît à la Jamaïque, à la Guadeloupe et à la Grenade.
On peut encore citer quelques volcans épars, ou qui appartiennent à des groupes peu connus. Tels sont le mont Elbourtz en Perse, les volcans éteints de la Daourie, reconnus par Patrin et visités par M. de Humboldt; ceux que ce savant a signalés dans l’Asie centrale ; peut-être quelques volcans au nord de la Chine; enfin celui qui s’est formé dans l’île de Fuégo, près le Cap-Vert, et ceux que les auteurs portugais indiquent dans la Guinée, le Congo et le Monomotapa.
Il existe sur la terre 559 volcans actifs ou solfatares. L'Europe, dans laquelle nous ne comprenons pas l’Islande , en renferme 22, l’Asie 126, l'Afrique 25, l'Amérique 204, et l'Océanie 182. Ces volcans sont disposés, ainsi que l’a fait remarquer M. de Buch, tantôt en lignes, comme sur le continent américain et dans les Antilles, ou dans les îles de la Sonde, les Moluques et les Philippines, le Japon, les Kouriles et la presqu'île de Kamtchatka ; ou bien en groupes ayant un point central, comme les îles Lipari, l’Islande, les Açores, les Canaries, les Sandwich, les îles des Amis et celles de la Société.
Les dimensions des cratères ne sont pas toujours en rapport avec la haurteur des volcans ; on en jugera par le tableau suivant:
Volcans.
+ Popocatepetl (Mexique) Pichincha Colombie) Pic de Teyde (Ténériffe) Salaze (ile Bourbon)
Katciges fond tiers s Îles Icans )usses
Les , qui a nde. Il marin.
ns ; on
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Pic des Açores. . .,..,... Fa
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11 résulte de cet aperçu général que le plus grand nombre de volcans est dans le voisinage de la mer et dans les îles. Cependant quelques-uns de ceux de Ja chaîne des Andes sont à plus de trente lieues de l'Océan ; ceux du centre de l’Asie sont à plus 500 lieues de toute mer, et dans les autres contrée. . ux qui sont le plus rapprochés de la mer ne paraissent pas avoir de communication avec celle-ci. Un autre fait général, c’est que les cratères des volcans s'ouvrent dans toutes sortes de terrains granitiques, schisteux, argileux, primitifs ou secondaires ; mais rien ne nous éclaire sur une autre question bien plus intéressante, savoir dans quel terrain est le foyer de ces terribles feux. La solution de cette question tient à celle de l’origine du feu volcanique, laquelle a été discutée depuis bien des années, sans qu’on ait pu s’accorder.
Rouelle, Desmarets et d’autres savants, attribuent l’origine du feu volcanique exclusivement à l’inflammation des bitumes, des charbons de terre, des bois fossiles, de la tourbe.
Une explication, qui fut d’abord généralement adoptée, a été proposée par Lemery. Ce savant académicien attribua les phénomènes volcaniques à l’mflammation spontanée des pyrites. Par une expérience fameuse, il a rendu cette hypothèse très-probable. Il fit un mélange de cinquante livres de limaille de fer et de soufre; il l’humecta, et l’enfouit sous terre à une certaine profondeur ; le mélange s’échauffa et finit par s’enflammer avec explosion et commotion 2.
Depuis ce savant, la plupart des naturalistes ont combiné les deux opinions, en regardant les pyrites comme le siége et la cause du feu volcanique ; tandis que les vastes schistes bitumineux et charbonneux qui se trouvent souvent stratifiés dans les mêmes terrains, servent d’aliment
* Voir dans l’annuaire du bureau des longitudes de 1824 une liste de 163 volcans en ignition.
? Mémoire de l’Académie, 1700. Cette expérience a été répétée en Hollande. Journal de physique, 1794, cinquième cahier.
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au feu souterrain, qui s’éleint lorsqu’i! né trouve plus de quoi se nourrir.
Il reste toujours des difficultés. Les fragments de granite que les volcans rejettent, et qui semblent indiquer la place de leur foyer sous la formation granitique même ; cette longue durée de l’activité de certains volcans; l'impossibilité que les terrains voisins puissent fournir à des éjections si copieuses sans s’excaver et s’écrouler ; la force inconcevable avec laquelle ces matières pesantes sont lancées vers le ciel à des hauteurs énormes ; à côté de cette force étonnante et de cette explosion subite, la nature particulière de la fusion volcanique, qui rarement va jusqu’à produire la vitrificaticn, qui semble plus souvent cuire que brûler : voilà des circonstances qui font croire à beaucoup de naturalistes exercés dans ce genre d’observations, que les foyers des volcans se trouvent à une très-grande profondeur, et que leur activité est due à des causes plus générales, telles que l'électricité ou les gaz élastiques enfermés dans le sein du globe 1. Deluc pense aue le foyer des volcans est dans un certain résidu de fluide primitif, dans lequel, selon lui, la terre se forma, et que le feu volcanique est d’une nature chimique bien différente de celle de tous les feux connus.
Un phénomène terrible, intimement lié avec les éruptions volcaniques, demande notre attention. Je veux parler des tremblements de terre, de ces mouvements convulsifs où :a surface de la terre s’ébranle, soit en suivait une direction horizontale, par des ondulations semblables à celles de la mer, soit verticalement; lorsqu'une partie du terrain est soulevée, l’autre engloutie, soit enfin circulairement, lorsque les masses pesantes de rochers et de terre se tournent comme sur un pivot. Telles sont les trois espèces de mouvement distinguées par les Italiens qui s’y connaissent 2.
Les tremblements de terre produisent les effets les plus désastreux ; ils changent souvent la surface d’un pays, de manière qu’il est difficile de le reconnaître. D’énormes crevasses semblent découvrir aux yeux des vivants l’empire des ombres ; ces fentes exhalent des flammes bleuâtres et des vapeurs mortelles ; avec le temps elles donnent naissance à des vallées nouvelles, En d’autres endroits, les montagnes sont englouties ou renversées ; souvent détachées l’une de l’autre, elles glissent sur des terrains plus bas, et #omme leur force d’impulsion redouble par chaque mouvement, ces rochers ambulants franchissent des vallons et des collines. Ici le vignoble entraîné
1 Dolomieu, Journal de‘phy., an VI, p. 408. Faujas Saint-Fond, sur les volcans du Vivarais. Zd, Minéralogie des volcans. Zd., Essai de géologie, IT, 402,
2 Bertrand , sur les Tremblements de terre. Dolomieu, Mémoires sur le tremblement de la Calabre, Hamilton, ete., etc.; Bartels, Lettres sur la Calabre,
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descend de sa hauteur, et vient se placer au milieu des champs de blé; là, des fermes avec leurs jardins, détachées en masse, viennent se joindre à des villages éloignés. Autre part, de nouveaux lacs sont creusés au milieu des terres; là, des rochers jusqu’alors invisibles élancent soudain leurs humides sommets du sein de la mer écumante. Des sources tarissent; des rivières disparaissent et se perdent sous terre ; d’autres, arrêtées par les débris des rochers, se répandeni et forment de vastes marais. Des sources nouvelles jaillissent des flancs déchirés de la montagne; les fleuves naissants, dans leur jeuncsse impétueuse, s’efforcent de se creuser un lit à travers les ruines des villes, des palais et des temples, L’humble cabane ou la tente légère devient l’asile des malheureux qui ont échappé à cette terrible catastrophe ; mais tous ceux qui auraient pu survivre ne l’ont pas voulu. On voit un ami trop fidèle tenir embrassé le corps de son ami, et, dans cette posture, attendre tranquillement la chute d’une muraille qui termine ses jours. On voit plus d’une jeune amante se précipiter dans le gouffre qui vient d’engloutir l’objet de sa tendresse. A Messine, une mère, trop sensible, était déjà sauvée du danger; pâle, et à demi-morte, elle était dans les bras de son époux qui avec beaucoup de peine l'avait rappelée à la vie. Elle jette autour d’elle un regard presque éteint ; elle cherche le plus jeune de ses enfants: hélas ! elle l’aperçoit sur le balcon du palais qui déjà s'écroule. Elle veut s’élancer: son époux la retient ; mais l’amour maternel est le plus fort; rien ne peut arrêter cette mère désolée : elle monte l’escalier, déjà à moitié détruit ; elle traverse la fumée et la flamme ; les pierres détachées qui tombent autour d’elle semblent la respecter. Elle atteint le cher objet de toutes ses affections ; elle le prend dans ses bras : au même instant, toutes les colonnades s’ébranlent, la terre s’entr’ouvre, le palais disparaît, et Spastara n’est plus !
Ce qui rend les tremblements de terre encore plus terribles, c’est qu’on n’a point de signes sûrs qui en indiquent, soit l’approche , soit la fin. Ils ont lieu dans toutes les saisons et sous toutes les constitutions atmosphériques. Un bruit souterrain les annonce à la vérité; mais à peine est il entendu, que déjà la terre s’ébranle. Les animaux, surtout les chevaux, les chiens et les poulets, montrent par leur frayeur une sorte de pressentiment. Le baromètre tombe extraordinairement bas.
Les tremblements de terre agissent avec une rapidité étonnante, Ce fut une seule secouse qui, le 5 janvier 4783, bouleversa la Calabre et anéantit Messine en moins de deux minutes. Mais ces secousses se répètent souvent pendant des mois ct des années entières, comme en 4755.
La direction des tremblements de terre est un des faits les plus remarquables de la géographie physique. Tantôt on remarque un centre d’action où les secousses ont le plus de violence, et ce centre change quelquefois de place, comme si la force souterraine faisait des bonds. Tantôt on distingus une certaine ligne selon loquelle cette force semble se mouvoir. La sphère d’une telle révolution semble souvent embrasser un quart du globe terrestre. Le tremblement de Lisbonne fut senti au Groenland, aux Indes occidentales, en Norvége et en Afrique. Celui de 4604 ébranla toute l'Europe et une partie de l’Asie. En 1803, on a ressenti des secousses presque simultanées à Alger, en Grèce, à Constantinople, à Boukharest, à Kief et à Moscou.
Aueune partie du globe ne semble être exempte de ces terribles effets. Les Ales ne contiennent aucune trace volcanique, et cependant elles sont souvent ébranlées par des tremblements de terre, La mine d'argent de Kongsberg, en Norvége, fut mise à découvert par une secousse en 4623. La zone glaciale même y est sujette ; Le Groenland ressent de fréquentes secousses, et en 1758 la Laponie éprouva une violente commotion ; la Sibérie en ressent fréquemment.
Souvent, mais non pas toujours, la mer prend part aux convulsions de la terre. Ces convulsions sont souvent dues uniquement à l’action des volcans sous-marins. Ceux-ci paraissent occuper certaines régions. Ainsi en 4780, dans les parages de la côle sud-ouest de l’Islande, des flammes sortirent pendant plusieurs mois du sein de l’Océan ; puis on vit s’élever une ile qui lança des flammes et des pierres ponces, et qui bientôt après disparut. Près des côtes du Kamtschatka plusieurs phénomènes semblables se sont développés. Entre l’Amérique et l’Asie, dans le voisinage de l’île d'Oumnak, l’une des Aléoutiennes, le 8 mai 4796, on vit sortir du sein des flots une colonne de fumée, et à la suile d’une terrible secousse, s'élever une nouvelle île qui vomit des pierres et des flammes. En 4804, sa surface était tellement chaude, qu’il était impossible d’y marcher. Elle avait alors 2 milles et demi de circonférence et 110 mètres d’élévation. Elle renfermait quatre cônes, dont le plus grand paraissait être haut de plus de mille mètres. Lorsque le capitaine Langsdorf la vit en 1806, elle continuait à croitre en circonférence, et le pic en hauteur,
Plusieurs faits attestent l’existence d’un volcan sous-marin près de l’île Saint-Michel, dans les Açores. Le 44 juin 4638, pendant un violent trem-
1 Collect. Acad., t. VI. Delumétherie, Théorie de la terre, $ 1057.
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blement de terre, on vit s'élever près de cette ile une île volcanique de deux lieues environ de longueur et de plus de 420 » ‘res de hauteur, qui, malgré son étendue, ne tarda pas à disparaître. Le. décembre 1719, une nouvelle commotion volcanique fit surgir une nouveiis île volcanique entre Saint-Michel et Terceire. Sa hauteur permettait de l’apercevoir de 7 à 8 lieues en mer. Elle jetait beaucoup de fumée, de cendres et de pierres ponces ; un torrent de lave coulait de ses flancs escarpés. En 1722, elle s'était abaissée jusqu’au niveau de la mer; le 47 novembre 1723, elle avait disparu complétement. Le 31 janvier 4844, à la suite d’une serousse trèsviolente, une nouvelle ouverture volcanique s’annonça vers le rivage oriental de Saint-Michel : de la fumée, des cendres, du sable, de la terre et de l’eau, furent projetés hors de la mer; la fumée s’élevait par grandes masses à quelques centaines de mètres, et des pierres étaient lancées jusqu’à 600 mètres. Cette éruption, après avoir duré huit jours, cessa complétement. Mais à l'endroit où elle s’était développée, et où auparavant on ne trouvait le fond qu’à 60 ou 80 brasses, s'élevait un banc sur lequel les flots venaient se briser. Le 45 juin de la même année, une seconde éruption se manifesta avec non moins de force que la première ; mais beaucoup plus près du rivage: elle produisit une île d'environ 400 mètres de hauteur et d’un mille de circonférence, terminée par un cratère qui vomissait de l’eau chaude. Vers la fin de février 4822, on ne reconnaissait plus la place qu'avait occupée cette ile, que par la vapeur que l’on voyait de temps en temps sortir de l'Océan,
En 1755, les eaux du Tage s’élevèrent subitement à 40 mètres au-dessus de leur niveau ordinaire, et refluèrent dans le même instant avec une telle force, que l’on vit le milieu du fleuve à sec. Quatre minutes après, même phénomène ; il se répéta jusqu’à trois fois. Des mouvements semblables eurent lieu le même jour à Madère, à la Guadeloupe et à la Martinique. Dans le tremblement qui anéantit Limu, en 1746, l’Océan eut un mouvement de même nature, mais proportionné à la masse d’eau qui fut ébranlée; il s’élança sur la terre pendant un espace de plusieurs lieucs; tous les grands vaisseaux qui étaient dans le port de Callao furent engloutis: tous les petits bâtiments furent lancés au delà de la ville. Les navigateurs assurent que les vaisseaux éprouvent souvent des ébranlements terribles par un mouvement subit et convulsif dans la mer, fort semblable aux commotions qui secouent les continents. Ces tremblements de mer ont peut-être lieu sans qu’il existe en même temps aucun tremblement de terre; d’autres fois ils sont l'effet des secousses sous-marines dans le fond même de l’Océan.
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Au mois de juillet 4834, on signala l’éruption d’un volcan qui s’était élevé au sein de la Méditerranée, entre la Sicile, l’île de Paniellaria et le banc de Skerki, dans le voisinage de celui de Nerita. Les Anglais lui donnèrent le nom d’îile Graham, les Français celui de Julia, et les Siciliens celui de Fernanda ; mais ces différents noms, imposés par les navigateurs de trois nations différentes, n’offrent plus d’intérêt : l’île, qui avait 700 mètres de circonférence et 70 de hauteur disparut bientôt au moment où une escadrille venait pompeusement en prendre possession au nom du roi de Naples.
Les causes de ces catastrophes ne sont pas bien connues. Les secousses peuvent être produites par l'électricité terrestre et atmosphérique qui cherche à se remettre en équilibre; ces phénomènes, dont on ne peut guère contester la réalité, dépendent de la constitution temporaire des saisons. L'opinion la plus généralement reçue attribue les tremblements de terre à des vapeurs élastiques renfermées dans les cavités souterraines, soit qu’elles proviennent des pluies abondantes ramassées dans les cratères des volcans, soit qu’elles se dégagent des matières enflammées avec lesquelles des fleuves souterrains ou les eaux de la mer se seraient mises en contact, soit enfin qu’elles se développent par la fermentation de ce fluide souterrain que Deluc suppose être le résidu des eaux-mères du globe. Ces vapeurs se dilatent par la chaleur, eten cherchant une issue, elles soulèvent ou ébranlent
le terrain.
Si cette dernière hypothèse est vraie, comme tout nous le fait croire, les
Japonais n’auraient pas eu tort de dire que c’est un grand dragon sousmarin qui souleva la terre par son haleine. Une semblable tradition existe dans la mythologie des Scandinaves. C’est probablement dans ce sens-là qu'Homère a donné à Neptune l’épithète d’Ennosigaios, c’est-à-dire qui secoue la terre.
Nous n’avons pas cherché à diminuer leffroi qu’inspirent les tremblements de terre: mais nous devons pourtant contredire les écrivans sysiématiques qui en ont exagéré les effets, dans l'intention d’y faire voir la seule cause des révolutions arrivées à la surface du globe. Il n’existe aucun exemple historiquement prouvé d’une terre ou ile considérable qui se soit formée par une éruption volcanique ou par un tremblement de terre. Le soulèvementle plus considérable que l’on connaisse est celui du terrain volcanique de Jorullo, dans le Mexique; il y eut lieu en 1759: on vit, sur l'étendue d’une demi-lieue carrée, des flammes sortir de la plaine; des fragments de rochers incandescents furent lancés à des hauteurs prodi-
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GÉOGRAPHIE PIIYSIQUE. 10
gieuses ; et à travers une nuée épaisse de cendres, sillonnée par les feux volcaniques, on crut voir se gonfler la croûte ramollie de la terre. Du milieu du terrain soulevé, qui a jusqu’à 460 mètres d’élévation, sortent quelques milliers de petits cônes volcaniques lançant de la fumée et faisant entendre un bruit souterrain. Parmi ces petits volcans s'élèvent six grands volcans, qui ont de 400 à 500 mètres au-dessus de l’ancien niveau de la plaine. Strabon parle d’un terrain soulevé près de Méthone, en Grèce, à la hauteur de 7 stades, qui, en prenant le stade à 4441 au degré, forment encore plus de 700 mètres. On cite un volcan dans l’île de Timor, qui avait une élévation considérable, et qui, en s’écroulant tout entier, n’a laissé à sa place qu’un marais: fangeux !. Il résulte de ces exemples, et d’autres semblables, que les terrains soulevés ou engloutis par les forces volcaniques se bornent à ces masses de rochers incandescents ou scorifiés dont se forment les cheminées des volcans, et qui, rejetées par la bouche, retombent à l'instant même autcur de l’orifice 2. Les phénomènes de Jorullo se plient même à cette théorie. C’étaient des milliers de petites cheminées volcaniques, qui, en se formant au même instan:, présentaient l’aspect d’un soulèvement.
Tout ce qu’on a dit des îles créées ou englouties par les volcans se réduit donc au simple fait de l’existence des volcans sous-marins, qui tantôt forment, tantôt détruisent les bords de leur cratère. Nous développerons autre part cette observation générale en traçant l’histoire de l’île de Santorin, l'exemple le mieux connu qu’il y ait de ces sortes de révolutions. Il est aisé d’en conclure que les îlots réellement créés ou détruits par les volcans ne peuvent être que d’une très-petite dimension, et que les prétendues catastrophes de l’Atlantide et de la Frislande ne sauraient être attribuées à des éruptions volcaniques par des hommes accoutumés à examiner avan de croire.
A côté des révolutions volcaniques, il faut placer les éruptions boueuses, phénomène qui, de temps en temps, a lieu dans les volcans, mais qui se présente encore isolé et dépendant de causes particulières. Le Maccaluba, en Sicile, est le plus fameux parmi les monts terrivomes, s’il nous est permis de créer ce terme nouveau; dans l’état ordinaire, on voit une fange semi-fluide bouillonner dans les entonnoirs qui terminent chaque monticule élevé sur cette montagne ou plutôt sur cette colline argileuse. La fange,
1 Humboldt: Essai sur le Mexique, 249-958. Beroldingen : Volcans anciens et modernes, * Deluc ; Traité élémentaire de géologie, $ 210-214, [LR 16
106 LIVRE QUARANTIEME.
s’élevant en demi-globes, retombe après avoir laissé échapper une bulle d’air ; mais il y a des époques où, après une grande pluie, tous ces petits cratères disparaissent ; la masse entière de la montagne fermente; on entend des tonnerres souterrains ; une gerbe de boue et de pierres s’élance à 65 mètres de haut. Près de Sassuolo, dans les environs de Modène, plusieurs fondrières, appelées les Salses, présentent en petit des phénomènes semblables; elles se trouvent dans les tertres formés de terres salines et alcalines : on en a vu sortir de la fumée et des flammes.
La Crimée et l’île de Taman, qui en est voisine, renferment plusieurs collines d'où il sort des éruptions boueuses : sur une langue de terre visà-vis de cette île, il y a une autre colline nommée en tatar Kouk-Obo, qui, en 4794, éprouva une explosion : une colonne d’un feu rouge pâle s’élança à près de 400 mètres de hauteur ; la boue, mêlée de bitume, fut lancée à un quart de lieue de distance. La masse entière qui avait été rejetée fut estimée à 3,500 mètres cubes; c'était, selon Pallas, de l’argile bleuâtre. Les collines croissantes qu’on trouve au pied du Caucase, près Bakou et près de l'embouchure du Kour, l’ancien Cyrus, tiennent à la même classe si, comme le pensent quelques observateurs, elles sont produites par des sources qui rejettent une boue argileuse saline ; il s’est formé de cette manière des collines de 136 mètres d’élévation.
Les volcans eux-mêmes rejettent, quoique avec plus de violence, des matières en fusion aqueuse; ceux qui couronnent la chaîne des Andes, aux environs de Quito, ne vomissent que peu de scories, mais une énorme quantité d’eau et d'argile mêlée de carbone et de soufre. Ces exemples sufüsent, ce nous semble, pour faire sentir que, loin d’être un phénomène isolé et de peu d'importance, les éruptions des matières terreuses en fusion aqueuse sont encore aujourd’hui une des sources les plus remarquables des changements arrivés à la surface du globe, et qu’elles ont probablement eu jadis une très-grande influence sur la configuration du sol.
C’est ainsi que tous les éléments. s’arment pour s’entre-détruire. Et que sont pourtant ces révolutions que nous voyons, en comparaison de celles qui ont dù concourir à la création du monde, et qui peut-être un jour en amèneront la fin? Ces astres, ces soleils sans nombre qui nous éclairent, ne peuvent-ils pas s’éteindre ? Cette voûte du globe qui nous porte ne peutelle pas s’écrouler sous nos pieds? L’équilibre des mers ne peut-il pas être détruit, et les flots écumants ne rouleront-ils point un jour au-dessus de ces continents remplis des monuments de notre industrie ? La terre ne s’approchera-t-clle pas du soleil pour s’y engloutir comme une goutte dans
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Suite de la Théorie de la Géographie. — Du Fluide ambiant du Globe ou de l’Aimosphère. — Des Météores. Ù
Il faut quitter la terre, et voir au-dessous de nos pieds ces montagnes et ces mers dont notre avide curiosité a contemplé les merveilles. Un vaste assemblage de divers fluides enveloppe notre globe et en forme en quelque sorte une partie intégrante; cet océan céleste qu’on appelle atmosphère, c’est-à-dire sphère des vapeurs, va devenir le théâtre de nos recherches.
L’atmosphère est l’immense laboratoire de la nature, où cette chimiste éternelle rassemble les divers gaz enlevés au globe, les distille, les sature, les décompose et les volatilise, ou les condense et les précipite, selon des lois et des procédés que les chimistes mortels s’efforcent souvent en vain de deviner. Tous les êtres terrestres portent leur tribut à l’atmosphère, tous en reçoivent des principes nécessaires à la vie, à la végétation, probablement même à l’existence inorganique. Il n’y a peut-être aucun corps qui ne puisse être réduit à l’état aériforme par la chaleur, et qui ne puisse être amené à l’état solide par le froid. Ainsi notre planète étant transportée dans la température dont jouit Mercure, une partie de nos mers et de nos terres se vaporiserait et se mélerait à l’atmosphère, tandis que si notre globe s’égarait un jour dans les régions froides de Saturne ou d’Uranus, une granda partie de notre atmosphère se condenserait et passerait à l’état de congéiation. On peut donc définir ainsi notre atmosphère : « L’assemblage de toutes « les substances capables de conserver l’état aériforme au degré de tempé- « rature qui règne autour du globe terrestre, »
Les fluides atmosphériques peuvent être divisés en trois classes: la première comprend l'air, le fluide atmosphérique proprement dit; la seconde renferme les vapeurs aqueuses et autres suspendues dans l’atmosphère ; la troisième enfin se compose de divers fluides aériformes, ou supposés tels, qui se montrent dans l’atmosphère, soit visiblement, soit par leurs effets. Nous tâcherons de ne considérer chacun de ces objets que sous les rapports qui intéressent directement la géographie physique, en renvoyant les lecteurs jaloux d’une instruction plus détaillée à plusieurs excellents traités de physique qui nous ont servi de guides.
L’air, qui forme la plus grande partie de l’atmosphère, n’est pas un élément simple. La chimie moderne a prouvé, en analysant et recomposant l’air commun, qu’il y entre ordinairement deux substances dans des proportions bien différentes, savoir : 0,21 de gaz oxygène, qu’on nommait dans l’ancienne physique air pur, et 0,79 de gaz azote, autrement nommé air impur. Quelquefois il s’y trouve seulement 77 centièmes de gaz azote, et 2 de gaz acide carbonique, ou d’air five. Mais l’acide carbonique étant très-soluble dans l’eau, est promptement saisi et entraîné par les pluies ; ainsi son séjour dans l’atmosphère ne peut être que momentané ; d’ailleurs sa pesanteur se borne aux régions inférieures. Au contraire, l’air inflammable, aujourd’hui nommé gaz hydrogène, par sa grande légèreté, gagne les régions supérieures de l’atmosphère. Ce gaz paraît même s’élever plus haut que les régions auxquelles sont parvenus les ballons aérostatiques, machines qui lui doivent leur force ascendante. Du moins M. Gay-Lussac, à 6,626 mètres, a pris un flacon d’air qui n’était pas plus chargé d’hydrogène que l’air dans lequel nous vivons.
Le gaz oxygène est seul propre à la respiration animale. Mais s’il était en trop grande quantité, il exciterait trop les esprits vitaux, il userait trop nos forces, et nous ferait, pour ainsi dire, vivre trop vite. De l’autre côté, le gaz azote n’est pas propre à entretenir la vie animale ; c’est ce que son nom grec indique. C’est donc le mélange de ces deux gaz qui donne à l’atmosphère une constitution favorable à l’existence des animaux.
L’oxygène, sans lequel il n’y a point de combustion, sert à la respiration des animaux à sang rouge; l’azote paraît absorbé par les animaux à sang blanc ; les végétaux s'emparent de l’acide carbonique. Ces derniers versent dans l’atmosphère des torrents d'oxygène, mais seulement lorsqu'ils sont exposés aux rayons du soleil, Voilà pourquoi nous respirons un air si salubre dans une belle campagne légèrement ombragée de bois; tandis que dans l’intérieur des grandes forêts l’on trouve souvent l’air épais et mal-
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GEUGRAPH' PHYSIQUE. 109
sain ‘. Mais nulle part on ne jouit d’un air plus propre à entretenir les forces vitales dans un juste équilibre que sur la mer, où le mouvement continuel conserve dans de justes rapports l’oxygène et l'azote.
L'air est un fluide extrêmement délié et subtil, de sorte qu’il ne se rend sensible au toucher qu’à l’aide d’un mouvement, comme, par exemple, dans le vent. Il est également insipide et inodore, dans son état de pureté. L’air est, selon les rigides newtoniens, transparent ou plutôt invisible ; et la couleur bleue de l’atmosphère viendrait de la plus grande réfrangibilité de rayons de lumière bleue ?. D’autres savants croient que la couleur bleue est inhérente à l’air, c’est-à-dire que les molécules de l'air ont la qualité de produire la couleur bleue en se combinant avec la lumière 5.
La pesanteur de l’air est encore un fait dont l’explication prête à des discussions, et que nous nous bornerons à exposer. Galilée a démontré la pesanteur de l’air par la différence de poids entre deux vases remplis, l’un d’air comprimé, et l’autre d’air à l’état naturel. La pompe pneumatique, l’eau qui remonte dans un tuyau, et le mercure qui s’élève dans le baromètre sont autant de preuves de cette vérité. La pression qu’exerce une colonne d'air, prise depuis l'extrémité de l’atmosphère jusqu’au niveau des mers, est égale au poids d’une colonne de mercure d'épaisseur égale, et de 76 centimètres (28 pouces) de hauteur. Prenez un tube de verre d’environ 4 mètre ou 3 pieds 41 lignes de long, de # à 5 millimètres (environ 2 lignes) de diamètre, scellé par un bout et ouvert par l’autre; remplissezle de mercure; ayant appliqué le doigt sur l’orifice, renversez le tube, et placez le bout ouvert dans une cuvette renfermant du mercure; retirez le doigt, et vous verrez à l’instant le mercure descendre dans le tube à la hauteur d'environ 76 centimètres. De même l’eau, dans les pompes aspirantes, s'élève à une hauteur de 40,4 mètres (32 pieds); or, cette hauteur est à celle de 28 pouces dans le rapport des densités de l’eau et du mercure. Une même cause agit donc ici. Ce ne peut être que la pesanteur de l’air extérieur qui agit sur le mercure dans la cuvette.
On connaît le baromètre, instrument fondé sur l'expérience que nous venons de décrire. Cet instrument, qui indique la pression qu’exerce l’air atmosphérique, sert à mesurer les différents niveaux des lieux terrestres.
! Ingenhousz, Expériences sur les plantes.
? Newton, Optice lucis. Traités de Thénard, Dumas , Berzélius, Regnault.
* G@the, Essai sur la théorie des couleurs. Comp. Bergmann, Géographie physique, II, 24. Fourcroy , Système des connais:ances chimiques, E, p. 118. Météorougie de Kaemtz traduite de l'allemand 1843.
L’abaissement ou l'élévation du mercure dans le baromètre est en rapport avec la densité de l’air, qui varie selon le poids dont il est chargé. On a démontré que, quand les den lés sont en progression géométrique, les hauteurs du niveau sont en j ogression arithmétique ; donc on peut connaître l’une par l’autre. Les méthodes de calcul inventées par Deluc, Laplace et Ramond, ainsi que les règles pour corriger les erreurs causées par la température, ne peuvent être exposées que: dans les traités spécialement consacrés à la haute physique !. Mais la géographie physique doit rendre grâce aux sciences exactes du perfectionnement d’un instrument dont l’usage multiplié peut seul nous conduire promptement à des notions étendues sur la configuration des montagnes, des plaines et des vallées.
La pression que l’air exerce sur. un corps humain de 4 mèt. carré 582 de surface est de plus de 146153 kilogrammes, et la variation d’une seule ligne dans la hauteur du mercure fait un changement de 64 kilog. 530 dans la pression de l'air. Sur des montagnes très-hautes, la diminution de la pesanteur, jointe à d’autres circonstances, fait éprouver aux hommes des vertiges, des nausées, des hémorrhagies et un mal-être universel; il est probable qu’à une hauteur très-grande, la raréfaction extrême de l’air, l’absence du gaz azote et l’abondance du gaz hydrogène entraîneraient une mort immédiate.
Le rapport entre le poids de l’air et de l’eau distillée, à la température de 0 du thermomètre centigrade, par une pression moyenne de 0 mèt. 76 de mercure, est, selon des expériences très-soignées, celui de 4 à 773,28. L'air exerce une pression égale en tous sens ; sans cela, il briserait les corps fragiles. Cette qualité l’oblige, à l’instant même où, par une cause quelconque, l’équilibre entre ses parties est rompu, de tendre à le rétablir : c’est le principe de tous ses mouvements. Il faut encore observer que le poids de l'air atmosphérique, à état ordinaire, provient peut-être en grande partie des corps étrangers qui y flottent. Lambert, d’après la différencë qui se trouve centre la propagation réelle du son et celle que donne la théorie, a estimé que, si l’on considérait un pied cubique d’air comme composé de 684 parlies, il y en aurait 222 de matière étrangère, c’est-à-dire à peu près un tiers 2.
L’élasticité de l’air est la qualité qu’il a, étant compressible, de résister
Laplace, Mécanique céleste, IV, 293, Ramond, Mémoires de l'Institut, classe des sciences, VE, 435 sgg. Haüy, Physique, $$ 414-°°° 2 Mémoires de Burlin, 1768.
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GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. ant
à la force qui le comprime et de se rétablir sous son ancien volume, ou même sous un volume plus grand, dès que la force comprimante cesse d'agir. On ne connaît pas positivement les termes de la compressibilité et de la dilatabilité de l'air, on sait seulement qu’elles sont extrêmement grandes. Boyle prétendit avoir, sans le secours de la chaleur, dilaté l’air 13766 fois !. Personne n’ignore la manière dont on le comprime dans le fusil à vent; en s’échappant, il lance une balle avec une grande rapidité.
Plus l’air jouit de son élasticité, plus il occupe d’espace ou se dilate. Newton a calculé qu’à 87 lieues de hauteur, l’air serait d’un milliard de milliards de fois plus raréfié qu’à la surface terrestre ?. Mais cette raréfaction doit avoir un terme. Le ressort de l’air sera d’autant plus affaibli que la force avec laquelle chaque molécule tend à s’éloigner de celles qui sont au-dessous d’elle sera devenue moindre que la force de la pesanteur qui les ramène vers la terre. La dilatabilité de l’air aura donc son terme au point où ces deux forces opposées seront égales.
Puisqu’on ne sait pas jusqu'où peut aller la raréfaction progressive de l'air, on ne peut pas non plus déterminer la hauteur précise de l’atmosphère. Diverses méthodes pour y parvenir sont toutes justes à un certain degré, mais insuffisantes pour amener une conclusion rigoureuse.
Si, avec Deluc 5, on regarde l’air comme de l’éther condensé par la gravitation, il s’ensuivrait que, si la terre était le seul grand corps de l’univers, son atmosphère serait sans bornes; mais, puisqu'il y a d’autres globes, l'air, à une certaine distance, doit commencer à graviter vers eux, cesser de se dilater, et de nouveau se condenser. Ceci ne nous apprend rien de positif. Les astronomes se sont servis des réfractions, lesquelles sont sensibles à 48° au-dessous de l’horizon; mais elles varient avec la température. Néanmoins, en prenant un terme moyen, on en a conclu la hauteur de l’atmosphère 75 kilomètres ou entre 45 à 20 lieues 4. Le baromètre serait un moyen sr et facile pour résoudre la question, si l’air n°était pas compressible ; mais l’étendue différente des couches du même poids et la présence des corps hétérogènes rendent le ealcul long et incertain. On a trouvé que la hauteur de l'atmosphère, prise jusqu’au point où le mercure dans le baromètre ne se soutiendrait qu’à 2 millimètres, serait de 48 kilomètres ou environ 414 lieues, et celle où le mercure ne serait
1 Wallis, Hydrostat. prop., 18.
3? Newton, Optice, quæst. 28.
5 Modifications de l'atmosphère, tom. IE, p. 248 # Lalande , Astronomie , tom. IE, pag. 559,
qu’à 0,22 de millimètres serait de 70 kilomètres ou environ 45 lieucs et demie. -
L’atmosphère terrestre se dilate ou se resserre, en raison de la chaleur ou du froid qui y règne. Sous l’équateur, la raréfaction causée par les rayons du soleil concourt, avec la force centrifuge, à faire renfler l’atmosphère ; de sorte qu’elle doit former avec la terre un sphéroïde extrêmement aplati. Laplace croit que la différence entre les deux axes ne peut être à son maæimum que celle de 2 à 3. Il est même naturel de supposer une sorte de flux et reflux dans l’atmosphère, correspondant aux marées de l'Océan. Mais d’Alembert et Boschovich ont démontré que les forces attractives du soleil et de la lune ne remuent que faiblement un fluide subtil comme l’atmosphère 1,
L'immense quantité de particules dont les corps terrestres se déchargent par évaporation, s'élève dans l’air sous la forme de vapeurs. Cette transpiration du globe est extrêmement forte sous l’équateur, mais le froid des pôles même ne l’anéantit pas tout à fait. Il existe, selon quelques savants, une grande différence entre l’évaporalion tranquille, par laquelle les seules parties de l’eau, transformées en un fluide élastique, s'élèvent dans l'air, et l’évaporalion tumullueuse, dans laquelle les vapeurs élastiques, en se dégageant avec une extrême rapidité, entrainent avec elles un grand nombre de molécules aqueuses dans leur état naturel. L’évaporation tranquille, qui a lieu dans les régions tempérées et froides, ne change pas autant l’état naturel de l’atmosphère que l’évaporation tumultueuse, phénomène continuel dans la zone torride. Les parties aqueuses répandues en grand nombre dans l’atmosphère des régions chaudes, lui enlèvent une portion de son calorique, par conséquent de son élasticité, ce qui lerend moins sensible à toute sorte de commotions , et explique la grande immobilité du baromètre dans cette zone. Il paraît certain que nl les pluies périodiques, ni les ouragans même, ne font sortir is baromètre de la tranquille uniformité qu’il muntre dans le voisinage de l’équateur; tandis que, p'us on approche du pôle, plus ses oscillations deviennent considérables. Cette variation de pesanteur dans l’atmosphère, dans les zones tempérées, semble ne pouvoir être attribuée qu’à des variations d’élasticité produites par l’évaporation.
La nature diverse des substar ces terrestres produit encore des modifications dans l’évaporation. Les gaz azote et carbonique, dégagés abondamment de plusieurs roches, ne sauraienc Stre indifférents dans le procès qui
1 Mann, Mémoire sur le flux ct reflux de VutmocpYère. dans les Mémoires de l’Académie de Bruxelles, ton. IV.
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renouvelle sans cesse le fluide atmosphérique. Beaucoup de molécules terrestres, réduites à une grande ténuité, s'élèvent dans l'air, témoin les pluies salées, soufrées et autre: La quantité même de l’évapotation dépend de l’espèce des substances composant la surface du globe,
La terre mêlés avec de l’eau fournit plus de vapeurs que l’eau pure; ce qui est sans doute dû à une espèce de fermentation qui dégage une plus grande portion de calorique. Par une cause semblable, l’eau, an moment de sa congélation, s’évapore plus fortement. Les plantes envoient à l’air une immense quantité de vâpeurs; l’évaporation de l’helianthus annuus, par exemple, est dix-sept plus forte que celle d’un homme, à égalité de surfaces. Quelle ne doit pus être l’infnence de ces épaisses forêts qui couvrent encore tant de vastes contrées!
La plupart des physiciens n'ayant point encore examiné avec attention les différentes moditications de l’évaporation, se bornent à dire qu’une partie de l’eau, élevée en vapeur, se mêle intimement à l’air atmosphérique qui la dissout ; cette eau y est invisible; mais lorsque l’air est saturé d’eau, les particules aqueuses qui ne cessent de s’élever ne se dissolvent plus, et y restent suspendues en vapeurs vésiculaires, dont la réunion forme les nuages etles brouïllards, et donne, en général, naissance à tousles méféores aqueu. Î| arrive aussi qu’une partie de l’eau dissoute par l'air, en s’en dégageant de nouveau par une cause quelconque, prend. la forme de vapeurs vésiculaires.
Les météores aqueux se présentent de deux manières : suspendus dans l'air, comme les brouillards et les nuages, ou tombant à terre comme la rosée, la pluie et la neige. à
Le froid, en condensant les vapeurs qui déjà se sont élevées en l’air; la chaleur, en raréfiant l’air et sollicitant les vapeurs à se dégager de la terre et à s'élever; enfin, un changement quelconque dans la constitution physique de l’atmosphère, produit ces réunions des vapeurs visibles que nous nommons brouillards quand ils s’étendent sur la surface de la terre, et nuages lorsqu'ils planent dans l’espace. En s’élevant dans les airs ou sur ks montagnes, le vovageur franchit quelquefois une zone de nuages, et voit «es amas de vapeurs s’étendre au-dessous de lui, comme une plaine couverte de neige floconneuse ! ; mais, même sur le Chimborazo, on voit toujours à une hauteur immense certains nuages blanchâtres, semblables à des flocons de laine. Ces nuages qui sont peut-être à une centaine de lieues du globe, doivent probablement leur élévation à l'électrivité négative dont
Reichardt , Voyageur aérien, gazette de Berlin juin 1810.
IL, 1 s
114 LIVRE QUARANTE-UNIÉÈME.
ils sont pourvus, et qui les repousse de la terre, tandis que l'électricité positive y fait descendre les brouillards !. Deluc a vu un nuage très-élevé descendre avec rapidité vers la terre, répandre une forte pluie d’orage, et remonter à son premier niveau avec la même promptitude, ce qui était évidemment un effet de l’électricité 2,
Les brouillards sont de deux espèces, secs et humides. Ceux-ci sont trèsrares dans la zone torride ; ils assiégent continuellement les régions polaires ; la raison de cette différence est aisée à trouver : la compression habituelle de l’atmosrhère et sa densité étar ; beaucoup plus grandes vers le pôle, les vapeurs ne ; 1vent s’élever €. s’éloigner de la terre. Les brouillards secs proviennent, selon quelques savants, des vapeurs souterraines ; ils montrent une liaison sensible avec les éruptions volcaniques. Tel était du moins le cas du fameux brouillard qui, en 4783, enveloppa toute l’Europe au moment où le feu volcanique ébranlait l’Islande5. En 1755, avant le désastre de Lisbonne, un semblable brouillard se montra dans le Tyrol et en Suisse; il parut composé de molécules terrestres, réduites à une extrême finesse 4.
Parmi les météores aqueux tombant à terre, la rosée a fait naître le plus de conjectures ; elle paraît être d’une double nature: elle peut en partie être produite par la transpiration des plantes, mais la plus grande quantité se forme par la précipitation des vapeurs qui, pendant un jour chaud, se sont élevées à une hauteur peu considérable. L'influence de l'électricité sur ce phénomène est certaine, quoique encore mal expliquée ; car la rosée ne se montre abondante qu’après une journée où l’air a été très-électrique 5, et elle ne s’attache nulle part en plus grande quantité qu’à la surface des corps qui ne sont pas conducteurs d'électricité, tels que le verre et la porcelaine; les métaux, au contraire paraissent l’absorber, La rosée est nulle ou faible dans les régions polaires, dans les contrées arides et sur les mers des zones tempérées ; plus abondante sous les climats chauds, elle y remplace souvent la pluie; mais en plusieurs pays elle est nuisible à Paccroisement des plantes et à la santé de l’homme; elle l’est surtout dans les pays marécageux, où les vapeurs qui s'élèvent pendant le jour sont d’une nature mafaisante.
1 Hube , sur l'Évaporation, chap. L, p. 291 sgg. 2 Deluc, Modifications de l’atmosphère , IT, 724.
5 Beroldingen, Réflexions sur le grand brouillard. Brunswick , 1783 (en allemand): # Lambert, Act. Helv., tom. III. Bergmann , Géogr. phys., $ 123.
5 Du Fay, Mémoire sur la rosée. Mémoires de l’Acad. des Sciences , 1736, p. 362.
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GÉOGRAP/IE PHYSIQUE. 115
La gelée blanche est une rosée qui s’est gelée un moment après qu’elle est tombée. Fixée sur les arbres dépouillés de leur verdure, elle présente l'aspect d’une végétation cristalline.
La pluie tombe des nues lorsque les vapeurs vésiculaires qui en font partie se réunissent en gouttes. Ces gouttes n’ont dans nos climats que quelques lignes de diamètre, mais dans la zone torride elles ont jusqu’à un pouce. Ainsi, ia différence qu’on remarque entre la pluie d’orages et la pluie ordinaire paraît n’être qu’accidentelle, et l’origine de l’une et de l’autre peut être attribuée à une diminution d'électricité dans les nuages. Les montagnes sont autant de pointes qui soutirent le fluide électrique; voilà pourquoi il pleut presque continuellement dans certains pays montagneux, comme sur la côte orientale de la Norvège et de l'Écosse. Dans les contrées où le tonnerre est inconnu, comme aux environs de Lima et sur toute la côte du Pérou, on ne connaît pas non plus la pluie.
Lorsque les vapeurs aqueuses se congèlent soit en tombant, soit dans l'air, elles forment des neiges. La cristallisation ordinaire du sel ammoniac en petits cristaux plumeux ? offre des phénomènes semblables à celui qui se présente dans la cristallisation de la neige. « Si l’on remplit un vase de verre, profund et chaud, dit Monge, d’une dissolution de sel ammoniac saturée à chaud, et qu’on laisse ensuite lentement refroidir celle-ci dans un air calme, la surface du liquide est la première qui arrive à la supersaturation, tant à cause du refroidissement direct qu’elle éprouve, qu’à cause de la concentration que l’évaporation y provoque; c’est donc à la surface que les premiers cristaux se forment. Ces cristaux d’une extrême petitesse sont aussitôt submergés que formés, et parce que leur pesanteur spécifique est un peu plus grande que celle du liquide qui les contient, ils descendent avec lenteur ; en même temps leur volume augmente par une addition de cristaux semblables qui se forment sur leur passage, en sorte qu’ils arrivent au fond du vase en flocons blancs, nombreux et volumineux. La progression rapide de la cristallisation est due uniquement à l’affinité des molécules ; le premier cristal qui descend au fond donne comme un signe de ralliement à toutes les molécules qui avaient une tendance à se réunir. » On peut comparer à ces phénomènes la formation de la neige, dont les premiers cristaux, nés au haut de l’atmosphere, déterminent, à mesur” qu’ils descendent, par l’excès de leur pesanteur spécifique, la cristallisation des molécules aqueuses que, sans leur
1 Hube, sur l'Evaporation, chap. 51-56, pag. 296, 328. ? Monge, Anuales de chimie , V, p. 1, sgg.
présence, l’air environnant aurait retenues en dissolution. Il en résulte des étoiles à six rayons, lorsque le-temps est calme et que la température n’est pas assez élevée pour déformer les cristaux en fondant leurs angles ; mais lorsque l'atmosphère est agitée et que la neige tombe de trop haut, les cristaux se heurtent, se réunissent en groupes et forment des flocons irréguliers.
La gréle a été regardée longtemps comme de la neige ou de la pluie neigeuse qui a subi plusieurs congélations et plusieurs fontes superficielles, en passant par différentes zones, les unes tempérées, les autres glaciales. Les hypothèses que l’on a imaginées pour expliquer sa formation ont été jusqu’à ce jour peu satisfaisantes. Elle paraît seulement devoir être assimilée à certains phénomènes électriques : on sait que l'électricité, en combinant l’oxygène et l’hydrogène, leur enlève une partie de leur calorique. Aussi la grêle, même celle du printemps, est-elle accompagnée de traces d'électricité.
« On entend quelquefois, avant la chute de la gréle, dit M. Arago, un bruit, un craquement particulier qu’il serait difficile de mieux définir qu’en le comparant à celui que produit un sac de noix qu’on vide. La plupart des météorologistes croient que les grélons! poussés par les vents s’entrechoquent continuellement dans les nuages qui les portent, et c’est là, suivant eux, l’origine du mugissement dont la chute du météore est précédée. D’autres supposent que lesgrélonssont fortement et diversement électrisés, et regardent dès lors le craquement en question comme le résultat de petites décharges électriques mille et mille fois répétées. »
C’est par un appareil électrique qu’on est parvenu à imiter la grêle. On peut ajouter que les éruptions de volcans sont souvent suivies de la chute d'énormes grélons. La violenceavec laquelle la grêle estlancée sousun angle oblique et indépendamment du vent, s’expliquerait en supposant, avec le célèbre Volta, deux nuages situés l’un au-dessus de l’autre, électrisés en sens inverse, attirant et repoussant tour à tour les gouttes d’eau qui se trouvent dans l'intervalle qui les sépare, et produisant dans ces gouttes d’eau, chargées d'électricité contraire, une évaporation d’où résulte un refroidissement qui provoque la formation d’un noyau de glace, ou la gréle qui serait ensuite poussée dans la diagonale de sa pesanteur et de la résultante des deux directions des nuages.
1 Les grélons varient de grosseur depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’un œuf:
cependant l'orage qui , le 13 juillet 1788 , traversa en peu d'heures du midi au nord toute la France, produisit des grélons dont les plus gros pesaient une demi-livre.
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GÉOGRAPHIE PIIYSIQUE. 117
On connaît encore deux autres espèces de grêle : la plus fréquente, intermédiaire entre la pluie et la grêle, est le grésil, petite grêle qui, dans les régions tempérées, tombe pendant l’hiver, au commencement du printemps ou à la fin de l’automne : il ne se montre que pendant les orages passagers, toujours sous forme de petits grains que l’on dirait comme saupoudrés de farine. L’autre espèce ne diffère de la précédente que par sa diaphanéité. Ces deux sortes de grêle paraissent être des gouttes de pluie qui, tombant d’un nuage, en traversent un autre plus bas et cependant plus froid.
Tels sont les principaux faits que la physique a devinés à l’égard de la formation des météores aqueux. Leur influence sur le bien-être de la terre est plus facile à déterminer. Nous voyons toute la nature languir quand l'atmosphère retient trop longtemps le fluide enlevé à la terre; les plantes penchent tristement leur feuillage jaunissant; les animaux sentent leurs forces défaillir ; l’homme lui-même, ne respirant que de la poussière, peut difficilement se procurer un asile contre la chaleur qui l’accable et contre la sécheresse qui le dévore; mais à peine les eaux célestes se sent-elles répandues, que tous les être vivants se sentent renaître : les champs reprennent leur parure verdoyante, les fleurs leur éclat, les animaux la liberté de leurs mouvements, les éléments de l’air leur équilibre salutaire. La neige elle-même, dont le nom effraie les péuples méridionaux, est un bienfait de la nature; elle garantit les racines des plantes des effets d’un froid rigoureux ; elle humecte lentement les terres où la pluie ne s’arrêterait pas; elle fraie à l’homme du nord des routes commodes et agréables sur lesquelles il glisse joyeusement dans son léger et brillant traîneau, tandis que l’habitant du midi, sous un ciel nébuleux, reste également privé des agréments de l’hiver et de ceux de l’été. La grêle seule, parmi les météores aqueux, ne se montre jamais que sous l’aspect d’une calamité; les oiseaux et les quadrupèdes, par instinct, se cachent dès qu’ils en ont eu le pressentiment ; l’homme ne sait ni prévoir ce météore ni en arrêter les ravages; il a pu enchainer la foudre, mais il voit la grêle écraser ses blés, briser ses arbres fruitiers, endommager ses maisons mêmes, sans pouvoir y apporter aucun remède.
L'excès d'humidité pourrait bien devenir funeste à la terre; mais il est difficile que cet excès ait lieu. La quantité des eaux atmosphériques versées par les météores aqueux varie selon les climats. Il est probable que partout la quantité d’eau évaporée détermine celle qui descend de l’atmosphère.
Les effets salutaires des météores aqueux sont encore modifiés par la nature chimique des eaux atmosphériques. Les pluies et les rosées salées aux
environs de la mer Caspienne, dues aux vapeurs qui s’élèvent d’un sol imprégné de divers sels, contribuent probablement à ces efflorescences sa. lines qui envahissent peu à peu le sol jadis fertile de la Perse. Elles sont si fortes, que dans une nuit d’été froide, on les voit se déposer sur les chameaux, sous forme d’un givre contenant du sel ammoniac. Dans le Jutland
( occidental, nous voyons des brouillards saumâtres s’élever du sein de la mer, consumer le feuillage des arbres, en arrêter la végétation, sans nuire 4 x à celle des graminées. Les brouillards d’automne, en France, probablement | chargés d'électricité, hâtent quelquefois la maturité du raisin. ;
Parmi les météores aqueux, il y en a quelques-uns qui passaient autre- fl fois pour surnaturels, mais auxquels des observations plus exactes ont ôté tout ce qu'ils avaient de miraculeux.Telles sont les pluies desang quiontlieu fi lorsque l’eau pluviale entraîne avec elle une grande quantité de certainsin- le sectes rouges qui floitent dans l’atmosphère ou qui fourmillent sur la terre. ho Les pluies de soufre sont dues à une apparence que les faits ont démentie. | En 1646, au mois de mai, on vit pleuvoir à Copenhague une matière qui, LA examinée par les savants d’alors, leur parut être du soufre minéral ; mais la le même phénomène se renouvela en 1804, également au mois de mai, et do les savants d’aujourd’hui, en analysant la matière tombée, n’y virent qu’une I
substance végétale semblable au semen lycopodii. La phosphorescence de cette substance, au moment de la pluie qui eut lieu pendant la nuit, avait offert un spectacle effrayant. D’autres exemples concourent à ne voir en général, dans les pluies de soufre, que la chute d’une poudre végétale enlevée par une trombe, phénomène que nous décrirons plus loin. A Bordeaux, en 1764, le vent apporta une nuée composée de la poussière jaunâtre qui couvre les étamines des fleurs de pins dans les landes voisines. Les ouragans enlèvent aussi quelquefois des gerbes de blé et de petits animaux comme des sauterelles, des crapauds, qui, en retombant à une distance considérable, effraient les bonnes femmes des campagnes. Le phénomène le plus effrayant dans ce genre, les pluies de feu, a été observé à deux reprises par un grand naturaliste, qui déclare n’y avoir vu qu’une pluie fortement chargée d'électricité, et qui étincelait en touchant la terre.
Passons aux météores lumineux, et d’abord à ceux qui, selon la physique commune, dépendent de la réfraction et de la réflexion.
Les rayons solaires, disent les Newtoniens, en passant d’un milieu plus rare dans un milieu plus dense, subissent une inflexion, une déviation de
1 Bergmann, Géographie physique, Il, 45, $ 115,
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leur chemin direct, qui s’appelle réfraction. Les sept rayons visibles ont une réfrangibilité différente ; les rouges ont la moindre ; viennent ensuite l'orange, le jaune, le vert, le bleu clair, lindigo, le violet. Tous les corps qui sont visibles sans être lumineux, ont la propriété de ré/léchir la lumière, de la repousser et renvoyer. Les nuages et l’air même ont cette propriété. Les rayons qui ont le plus de réfrangibilité sont aussi les plus réflexibles. Ces deux auses nous procurent les spectacles les plus agréables et les plus majestueux de la nature. Si le ciel brille d’une couleur azurée, tantôt claire, tantôt foncée, c’est l’effet des rayons bleu, indigo et violet qui, d’abord réfléchis par la terre, sont ensuite renvoyés vers nous par l’atmosphère.
La réfraction de la lumière lui permet de se répandre peu à peu dans notre hémisphère, obscurci par les ombres de la nuit, longtemps avant que le soleil n’y paraisse, et lorsque cet astre est à 48 degrés au-dessous de notre horizon. Le cfépuscule et l’aube sont un grand bienfait pour les laboureurs, pour les navigateurs, pour les malheureux habitants de la zone glaciale.. Par leur effet, les deux pôles doivent jouir, pendant environ neuf mois, de la lumière soi. . Le soleil lui-même paraît, par la réfraction, au-dessus de l’hurizon avant qu’il n’y arrive en effet.
L’aurore et le coucher du soleil doivent leurs teintes brillantes à ce que l'air, vers la nuit et au matin, se condense et se remplit de beaucoup de vapeurs. Les rayons très-réfrangibles nous parviennent peu ou ne nous parviennent point ; les rouges et les jaunes ont seuls assez d’inflexibilité pour pénétrer à travers l’atmosphère, et pour rendre les vapeurs et les nuages comme autant de miroirs mobiles. C’est la même raison qui souvent fait paraître le soleil plus rouge le soir et le matin. Le doux spectacle de l’aurore et du crépuscule est presque refusé aux régions équatoriales, où le soleil se lève à peu près verticalement; c’est vers les pôles que ces clartés réfléchies de l’astre du jour se prolongent le plus, et changent souvent la nuit entière en un jour magique dont l’Européen méridional ne saurait se faire une juste idée.
Les parélies sont des phénomènes moins communs. On voit à côté du soleil, souvent au-dessus et au-dessous, plusieurs images plus ou moins vives de cet astre ; ces faux soleils sont tantôt entourés d’un cercle d’une lumière pâle, tantôt ornés des couleurs de l'iris : le plus souvent ils n’ont pas une parfaite rondeur, et l’on en a vu qui avaient des queues lumineuses, Ce météore n’a jamais été vu en même temps de plusieurs endroits
éloignés : il change même d'aspect pour des spectateurs très - voisins lun de l’autre ; c’est donc un effet d’optique, Comme il neige et gréle ordi-
nairement au moment où une telle parélie disparaît, on croit que c’est dans une masse de petites aiguilles de glace suspendues dans l’air que se réfléchit l’image du soleil ; les rayons passent probablement à travers une ouverture entre des nuages épais, comme lorsqu'on fait tomber l’image solaire dans la chambre obscure 1. Il y a aussi des parasélènes ou de fausses lunes. Ces illusions ne peuvent guère avoir lieu que lorsque le soleil, éloigné du zénith, darde ses rayons obliquement sur l’atmosphère; aussi presque toutes les parélies arrivent le matin ou le soir. Les parélies et les parasélènes ont souvent lieu dans les contrées où régne un froid humide ; on les observe principalement au milieu de l’hiver ; on les voit fréquemment au Groenland, et l’on assure qu’aux environs de la baie d'Hudson, le soleil, en se levant, semble ordinairement avoir une queue.
Un phénomène beaucoup plus fréquent est celui que l’on nomme halos
ou couronne. Le soleil, la lune et les étoiles se mortient entourés d’un ou de plusieurs cercles lumineux. Ordinairement ces cercles sont blancs; d’autres fois ils offrent les nuances de l’arc-en-ciel : ils sont dus à la réflexion et à la réfraction de la lumière par les particules glacées qui, dans les régions boréales, flottent dans l’atmosphère.
L’arc-en-ciel a beaucoup de rapport avec les parélies, et les accompagne ordinairement. Personne n’ignore que cet arc de cercle, si merveilleusement coloré, est le produit des sept rayons solaires réfactés dans des gouttes d’eau suspendues dans l'air, et réfléchis sur un nuage obscur, comme sur un fond. C’est dans les traités de physique qu’il faut chercher l'explication de ce phénomène ?.
Ce qu’on a nommé l’apothéose des voyageurs, est un phénomène du même genre que l’arc-en-ciel. Placés sur la montagne très-élevée de Pambamarca, dans le Quito, les académiciens Bouguer, Godin et La Condamine virent leur propre image reflétée dans un brouillard très-fin et entouré de plusieurs cercles ornés des couleurs de l'iris. Le spectre du Brocken est une illusion optique du même genre.
Le mirage ou l’apparition des objets qui ne se trouvent point réellement dans l'horizon, ou qui s’y trouvent dans une autre situation, est une des illusions optiques les plus remarquables. Sur mer, elle fait paraître des
1 Huyghens, Dissert. de coronis et parheliis, in op. relict., II. Bergmann, géographie physique, $ 122.
2 Haüy, Traité de physique, $$ 955-976. Comp. Observations sur l’arc-en-ciel, suivies de l’application d’une nouvelle théorie, etc., par M. l'abbé P. Paris, 1788. Biot, Traité élémentaire d'astronomie physique.
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rochers et des bancs cachés sous l’eau, comme s'ils étaient élevés au-dessus de sa surface ; ainsi les marins suédois ont longtemps cherché une prétendue ile magique qui se montrait de temps en temps entre les îles d’Aland et les côtes de l’Uplande : c’était un écueil élevé par le mirage. D’autres fois, les Anglais ont vu avec effroi la côle de Calais et de Boulogne se rapprocher en apparence des rivages de leur ile. Les vaisseaux se présentent quelquefois comme s’ils étaient renversés ou comme s’ils naviguaient dans les nuages ?. Le plus fameux exemple de ce phénomène est celui qui se montre fréquemment dans le détroit de Messine, et que le peuple attribue à la fée Morgane, fala Morgana ; le spectateur, placé sur le rivage italien, voit sur le plan incliné que forment les flots pressés au milieu du détroit, des images de palais, de remparts crénelés, de maisons et de vaisseaux, tantôt renversées, tantôt confusément redressé>s, et qui semblent lui présenter des villes et des paysages aériens 5, De tous les effets du mirage, celui qui a été le mieux examiné, c’est l'illusion optique qu’éprouvèrent les Français dans les déserts voisins de l'Egypte; la plaine de sables, couverte dans le lointain d’une vapeur épaisse, leur offrait l’image trompeuse d'un vaste lac vers lequel ils se précipitaient, mais qui semblait fuir devant eux 4. Tous ces bizarres jeux d’optique, dignes d’exercer la sagacité des savants, qui sans doute n’y verront pas l’effet d’une seule et unique cause, ne peuvent être que brièvement indiqués dans un traité de géographie physique 5. La lumière :odiacale mérite plus spécialement notre attention ; c’est un grand phénomène qui doit tenir, ou à la nature de l’atmosphère terrestre, ou à la position du globe envers le soleil. Cette lumière, qui est constante sous l'équateur, se présente, après le coucher du soleil, sous la figure d’une clarté tranquille, blanchâtre, et de forme lenticulaire, ayant sa base 1 Mémoires de l’Académie de Stockholm.
2 Minasi, Gilbert, etc. Voyez le Mémoire sur les Fata Morgana, dans les Annales des Voyages.
5 Philosophical Transactions, 1799.
# Monge, sur le Mirage, dans les Mémoires d'Égypte, 1, 64. Biot, Mémoire sur le Mirage, inséré dans les Mémoires de Plustitut. $ Le mirage est à la fois un phénomène de réfraction et de réflexion. Il y a réfraction, puisque l'œil aperçoit les objets à un point de l'horizon différent de celui où ils sont réellement ; il y a réflexion, puisque la couche d’air la plus inférieure produit l'effet d’un miroir : les objets s’y peignent renversés. Ainsi, dans les plaines de l'Égypte, la partie basse du ciel se réfléchissant dans la couche d'air qui couvre le sol, ÿ produit l'image d’un lac, et les villages situés à la distance d'environ 9 licues réfléchissent lcur image renversée dai.5 ce lac apparent comme dans une eau tranquille. Le phénomène se produisant nécessairement à une distance constante de l’observateur, à mesure qu'il avance, l'illusion se reproduit plus loin.
tournée vers le soleil et son axe dans le zodiaque. Mairan a supposé que cette lumière était l’atmosphère du soleil ; mais celte explication, assez généralement admise, est absolument rejctée par M. de la Place, Cet illustre géomètre observe, ce nous semble avec raison, que l’atmosphère du soleil ne saurait avoir la forme lenticulaire, ni s’étendre au delà de l'orbite de Mercure, tandis que la lumière zodiacale semble même s'étendre au delà de l'orbite terrestre 2. S'il nous était permis, dans un ouvrage de cette nature, de développer de nouvelles opinions relatives à la physique, nous chercherions à rendre vraisemblable que la lumière zodiacale n’est autre chose que le fluide lumineux propre du globe terrestre, attiré par le solcil dans la direction de sa route journalière apparente, et qui, étant accumulé sur celte ligne, devient vis.ble au moment du déclin de cet astre; cet effluve, formant une bande elliptique dont le grand diamètre est toujours dirigé vers le soleil, doit se présenter sous une figure lenticulaire, dont la partie Ja plus large est tournée vers le soleil. Il est vrai que cette explication suppose que le fluide répandu dans tout l'univers s’accumule autour des globes célesles, en raison de leur masse et de leur densité, ce qui n’est qu’une hypothèse encore fort incertaine.
Parmi les méléores ignés ont nous allons nous occuper, le onnerre occupe le premier rang. On sait qu’il est le produit de l’électricité, dont la théorie doit être étudiée dans les traités de physique. Nous avons vu que la présence toute-puissante du fluide électrique se manifeste d’une manière très-sensible dans l'air, la pluie, la neige, la grêle et les nuages, qui floitent au milieu de l'atmosphère. Ces corps reçoivent la vertu électrique des mains de la nature, par des moyens qui ne nous sont pas précisément connus, quoique les expériences de Lavoisier et de Laplace aient mis hors de doute que les corps terrestres, en se vaporisant, enlèvent à la terre une partie du fluide électrique qui lui est propre. On sait que c’est au célèbre Franklin que nous devons la preuve positive de l'électricité de atmosphère; il osa le premier dresser un appareil contre les nuages, et arracher au ciel les carreaux de la foudre. L’électricité des nues d’orages est presque toujours celle que les physiciens nomment vitrée ou positive; elle augmente à mesure qu’on s'élève dans l'atmosphère, et doit par conséquent être très-vigoureuse dans les couches d’air où naissent les orages. Tout le globs terrestre peut étreregardé comme un vaste réservoir de l’une et de l’autre électricité, mais plus souvent de la résineuse ou négative. Tant Que ces deux corps
1 Mairan, Traité de l'aurore boréale, p. 12.
2 Laplace, Système du monde, li. IV, ch. x.
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On a observé une espèce de flux et de reflux périodique dans le fluide électrique de l'atmosphère. En été, lorsque la terre est sèche, que le jour est chaud, sec et serein, l’électricité atmosphérique va en croissant depuis le lever du soleil jusque vers le milieu du jour, où elle parvient à son maximum; elle y reste stationnaire pendant une couple d'heures, et diminue ensuite jusqu’à la chute de la rosée, Vers minuit elle se ranime, pour s’éleindre de nouvean et presque entièrement. En hiver, le maximum de l’électricité est à hul!: heures du matin et à huit heures du soir ; elle est plus faible dans la journée, Dans toutes ces variations, l'électricité atmosphérique semble suivre assez exactement le développement du gaz hydrogène, qui est plus ou moins considérable dans les différents moments du jour 1. Les phénomènes électriques affectent certaines parties du globe de préférence. Vers les pôles, le dégagement du gaz hydrogène est peu abondant, et en même temps il n’y a point de froitement continuel entre la terre et l’atmosphère; aussi ne voit-on que rarement la foudre éclater dans ces contrées; le ton- Daure n’y est qu’une faible décrépitation. À mesure qu’on s'avance vers l'équateur, le gaz hydrogène devient plus abondant, et en même temps les orage plus forts. C’est sous la ligne que l’on trouve cette vaste étendue de mer où règnent presque sans interruption les tonncrres et les orages. Il y a cependant des contrées sous la ligne où il tonne fort rarement. Si la foudre semble être particulièrement attirée vers les endroits marécageux,
! Saussure, Voyages, $$ 800-803-831.. Lemonnier, Mémoires de l’Académie, 1753,
H ts Shicarte, Électricité terrestre, $ 1087. Voycz.la remarquable notice de * Arago, sur l'électricité atmosphérique dans l'annuaire des longitudes de 1838.
ne pourrait-on pas en chercher la cause dans la présence du gaz inflammable des marais, qui n’est qu’un gaz hydrogène impur ?
On a prétendu qu’il y a dans le fluide électrique du globe deux courants; l'un , des pôles vers l'équateur , l’autre en sens contraire. C’est une hypothèse assez probable.
Les orages, malgré les malheurs qu'ils causent de temps en temps, et que le paratonnerre ne prévient pas d’une manière absolue, méritent d’être regardés comme un des plus grands bienfaits du Créateur. Ils répandent de la fraîcheur dans l’atmosphère échaulfée et desséchée. Désaltérée par les pluies d’orage, la plante reprend son vert brillant, la fleur relève sa tête languissante, les moissons et les fruits, pénétrés d’une nouvelle chaleur, mürissent plus rapidement, et l'homme en silence adore le grand tre dont la puissance vient de se manifester.
Nous allons considérer divers phénomènes ignés, mais dont aucun ne présente la terrible énergie du tonnerre. C’est un spectacle aussi magnifique qu’étonnant que ces aurores boréales, tant de fois chantées par Ossian. Dans ces métléores, teints de sang et de feu, quel poëte ne verrait les ombres des guerriers qui, jadis vainqueurs de la terre, à présent dominateurs des airs, se penchent de leurs nuages pour regarder les combats de leurs neveux ! Ces pâles et tranquilles lueurs ne sont-elles pas les filles des héros qui, moissonnées dans leur printemps, planent aujourd’hui sur l’aile du vent? On entend leurs soupirs et les légers bruissements de leurs robes resplendissantes. Quelles colonnes lumineuses s'élèvent vers le zénith et s’y assemblent de toutes parts! C’est le palais errant des morts. Peintres et poëtes, c’est à vous qu’il cst permis de retracer toute cette magie. Nous devons nous borner à une description rigoureuse {. L’aurore boréale se montre toujours du côté du nord dans nos contrées européennes ; elle tire ordinairement un peu à l’ouest. Au Groenland, on aperçoit quelquefois ce phénomène du côté du midi. Dans l’hémisphère austral , il se montre, mais avec un éclat affaibli, du côté du pôle du sud. Les anciens paraissent lavoir décrit sous les noms de lampes ou torches ardentes et autres; aujourd’hui il est rare dans la zone tempérée, et ne devient commun que vers le 60e degré de latitude. Il commence ordinairement trois ou quatre heures après le coucher du soleil; il s'annonce par un nuage sombre qui présente à peu près la figure d’un segment de cercle dont l’horizon forme la corde. Ce segment vu à Upsal, par exemple, est d’un noir foncé, tandis
1 Mairan, Traité des aurores boréales, p. 115. Bergmann, Géographie physique, II, 96-104.
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qu'en Laponie il paraît grisâtre ou même devient presque invisible. Bientôt sa circonférence paraît bordée d’une lumière blanchâtre qui semble quelquefois se consumer tranquillement. Le plus souvent le segment nébuleux s’ouvre en crevasses; il en sort des jets et des rayons de lumière colorés en jaune, rose, pourpre ou vert céladon. Un mouvement général agile toute la masse nébuleuse et éclairée; des rayons plus vifs les uns que les autres se croisent comme des éclairs au milieu d’une vaste clarté ; peu à peu il se forme au zénith une couronne brillante qui semble êlre le point central de tous les mouvements de la matière lumineuse. Après avoir occupé pendant une heure ou deux presque toute l’étendue du ciel, le phénomène se res serre d’abord du côté du midi, ensuite à l’ouest et à l’est, et finit par disparaître au nord. Le soleil levant éteint ces clartés rivales de la sienne. Mais plus on s’éloigne du pôle, moins on voit distinctement ces diverses phases de l’aurure boréale. Elle ne paraît généralement en France que comme une lumière reu élevée au-dessus de l’horizon.
Les physiciens ont donné diverses explications de ces phénomènes; celle qu’a proposée dernièrement le professeur Libes a paru aux savants réunir la simplicité à la probabilité 1,
Ce physicien pose d’abord six principes : 4e Si l’on excite l’étincelle électrique dans un mélange de gaz azote et de gaz oxygène, il en résulte de l'acide nitrique et de l'acide nitreux, ou du gaz nitreux, suivant le rapport qui existe entre le gaz oxygène et le gaz azote qui composent le mélange. 2° L’acide nitrique exposé au soleil prend plus de couleur et de volatilité. Schéele a observé le premier ce phénomène, et M. Libes a fait là-dessus des observations fréquentes. Ayant placé un récipient sur une soucoupe contenant de l’acide nitrique, et ayant exposé le tout au soleil, il a vu que l'acide s’est coloré, et que le récipient a été rempli de vapeurs rutilantes qui s’y soutenaient longtemps en répandant une clarté semblable à celle des aurores boréales. 3° Dans les flacons qui contiennent de l'acide nitreux, on aperçoit toujours, au-dessus de l'acide, une vapeur très-rouge et trèsvolatile aui ne se condense jamais. 4° Le gaz nilreux, en contact avec l’air atmosphérique, exhale des vapeurs rutilantes qui s’envolent dans l’atmosphère, bo Le gaz hydrogène qui se dégage de la surface du globe va occuper, dans les hautes régions de l’atmosphère, une place marquée par sa pesanteur spécifique. 6° La chaleur solaire a très-peu d'activité dans les régions polaires.
En réfléchissant sur ces principes, il est aisé de voir que la production
1Traité de physique, par Libes, tom. ILE, p. 309.
du gaz hydrogène étant presque nulle dans les régions polaires, le fluide électrique, en refluant de l’équateur vers le pôle ne doit rencontrer qu’un mélange de gaz azote ou de gaz oxygène; que l’étincelle électrique fixe et combine ces deux gaz; que celte réunion doit donner lieu à une production de l’acide nitrique, de l'acide nitreux ou du gaz nitreux, selon le rapport qui règne entre les deux gaz composants, et que de ces gaz et acides nitriques ou nitreux doivent s’exbaler des vapeurs rutilantes et volatiles qui donnent lieu aux phénomènes de l'aurore boréale. Si ces phénomènes n’ont pas lieu dans les zoncs tempérées, c’est que dans leur atmosphère fortement échauffée, il se trouve toujours un mélange de gaz oxygène et de gaz hydrogène, que l’étincelle électrique fixe de préférence en y occasionnant la foudre et le tonnerre. Ces deux phénomènes ne sont point connus dans les régions polaires, parce que le gaz hydrogène y manque.
Les observations de Gmelin le père, dans son voyage de Sibérie, tendent à confirmer l’opinion de M. Libes. En avançant dans la Sibérie orientale, les aurores boréales deviennent toujours plus fréquentes, plus éblouissanles; on dirait que les contrées gluciales entre le Jéniséi et le cap Bering sont la patrie de ces phénomènes. Or, c’est justement la partie de l’ancien continent où le froid est le plus vif, et par conséquent où il se développe le moins de gaz hydrogène.
Cette explication pourtant ne rend pas raison de plusieurs circonstances du phénomène, entre autres du segment noirâtre qui en forme la base; il faut attendre que des observateurs éclairés en aicnt fait l'application suivie à un certain nombre d'aurores boréales. Nous demanderions à ces observateurs si l'aurore boréale ne serait pas en partie due à un effet de mirage, si le segment circulaire ne serait pas l’image du globe terrestre lui-même, répétée dans l’atmosphère nocturne? Alors les rayons lumineux qui paraiss - à sortir de ce segment nébuleux sortiraient réellement de la terre elle-même. C’est une idée que nous livrons à l’examen des savants.
D’autres phénomènes ignés nous rappellent vers la surface terrestre. On sait que des matières animales en putréfaction il se développe toujours du phosphore, qui, s’enflammant par le contact de l’atmosphère, produit des flammes légères et mobiles. Telle est probablement l’origine de ces feux follets qui voltigent dans l’obscurité à la surface des terrains marécageuxs sur les cimetières et sur les champs de bataille ; ilsont pu causer les prètendues apparitions d’esprits dans les églises, où une mauvaise habitude entassait les restes des morts. Le gaz hydrogène se combine souvent avec le phosphore; ce mélange n’est pas propre à la respiration, il suffoque su-
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Il se dégage aussi des marais un air inflammable qui est du gaz hy-
drogène mêlé avec de l'azote. L'air qui brùle à la surface de certaines sources connues sous le nom de fonfaines ardentes, provient également du gaz hydrogène phosphoré. Il existe une de ces sources dans la paroisse de Saint-Barthélemy, département de l'Isère. Le dégagement du gaz inflammable est pendant l'été si considérable, qu’on voit continuellement une flamme de deux mètres de hauteur, et que des voyageurs, à son aspect, se sont imaginé voir un village en combustion !.
Les feux follels, nés d’un développement d’hydrogène per-phosphoré, doivent nécessairement s’éteindre rapidement; une succession de ces feux paraîtra donc aux yeux du spectateur être une seule flamme qui se transporte avec rapidité d’un lieu dans l’autre. En veut-on approcher, l'air poussé devant nous force le feu léger à s'éloigner. Il y a d’autres feux semblables qui se montrent immobiles dans un certain endroit; il en existait un près Rettwick en Suède, qui était attribué à un dragon veillant sur des trésors; un simple mineur osa diriger une fouille qui mit à découvert une caverne remrpilie de pyrite sulfureuse et de pétrole, dont la combustion avait été la cause du phénomène ?.
Les éloiles tombantes ou volantes sont connues de tout le monde. On les voit sous forme de petits globes de feu parcourir la voûte du ciel dans toutes les directions, en décrivant des courbes. Leur apparition est très fréquente dans les pays chauds, et pendant l’automne et le printemps dans les régions tempérées. Elles ont probablement pour cause un gaz hydrogène plus ou meias sulfuré ; car le phosphore est trop rapidement enflammé par le contact de l’air pour qu’il puisse s'élever aussi haut. Ce qui semble prouver l’origine sulfuro-hydrogénique de ces météores, c’estla considération des circonstances qui les accompagnent ou les suivent. Ces feux, à ce que l’on assure, tombent souvent à terre, et l’on ne trouve à l'endroit de leur chute qu’une matière félide, glutineuse, d’un blanc tirant sur le jaune. Or, on sait que
le gaz hydrogène sulfuré tient du soufre en dissolution, que l’hydrogèn* et le soufre ne brülent point en même temps ; que par conséquent la partie sulfureuse peut se précipiter à terre, pendant que l’hydrogène, mélé à l'oxygène de l’air, s'allume par une légère étincelle électrique.
! Bouvier, Journal de la médecine éclairée par les sciences physiques, 16m. III, n°8.
?Mémoires de l’Académie de Stockholm, 1740. Bergmann, Géographie physique, IL, 80.
Le feu Saint-Elme est assez généralement regardé comme une accumulation de matière électrique autour d’une pointe qui se meut dans l'air, Ainsi ce feu doit naturellement se montrer souvent au sommet des .mâts d’un vaisseau naviguant avec rapidité. Les anciens ont remarqué ce phénomène ; une paire de ces feux s'appelait Castor et Pollux ; un seul portait le nom d’AHélène. Souvent on vit les lances d’une arinée ornées de ces bouquets électriques. Forskal, naturaliste suédois, voyagcant à cheval par un temps neigeux, vit ses doigts, sa baguette et les oreilles de son cheval couveris d’un feu de cette nature.
cs globes de feu ou météorolites offrent un spectacle beaucoup plus imposant que tous les phénomènes précédents. On en voit d’une étonnante
de grandeur ; leur lumière est quelquefois rougeâtre, mais plus souvent d’une
— blancheur vive et éblouissante, semblable à la flamme du zinc mélé avec le nitre. Ils se meuvent avec la rapidité de l'éclair, et semblegt parcourir les hautes régions atmosphériques, puisqu'on les a vus en même temps à des endroits fort éloignés l’un de l’autre. Peut-être ceci n’est-il qu’une suite de leur marche rapide, qui est quelquefois de six lieues par seconde. On les voit souvent, dans l’espace de quelques secondes, apparaître, traverser horizon, éclater comme un feu d'artifice, sebriser en morceaux, ou lancer des torrents de flammes. Une terrible détonation ébranle les airs et la terre au moment où ils éclatent, Il y en a qui se précipitent comme la foudre, écrasent les toits des maisons, tuent les animaux, démâtent et fracassent les navires. D’autres fois ils marchent sur la terre comme un tourbillon de feu, brülent les végétaux, dévorent ou du moins renversent tout ce qui se rencontre sur le chemin. La foudre les accompagne quelquefois; en général l'électricité et l'hydrogène, peut-être aussi le gaz nitreux, semblent jouer ici un grand rôle; mais l'apparition trop momentanée de ces phénomènes n’a pas permis de les observer avec soin.
L'atmosphère a de tout temps contribué à augmenter le nombre des substances solides du globe ; les plutes de pierres, décrites comme des pro diges par beaucoup d'historiens grecs et romains , ont été mises hors de doute par les observations éclairées des Bot, des Chaldni et de plusieurs autres savants. Toutes ces substances, lancées sur lu terre du haut des cieux, contiennent les mêmes éléments : de la silice, du soufre, de la magnésie, de la manganèse, du chrome, du fer et du nikel, Elles semblent n’être que les noyaux des globes de ‘ou qu’on voit souvent traverser l’atmosphère avec un éclat éblouissant pour disparaître en un clin d'œil. Ainsi les bolides ou pierres atmosphériques seraient des concrétions formées par
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les gaz élémentaires, et peut-être par un effet de l'électricité. Mais eiles peuvent aussi être regardées comme autant de satellites ou lunes en diminutif qui, tournant autour de notre planète, finissent par s’y réunir lorsqu? des causesinconnues, mais facilesà concevoir, leur ont fait perdre une partie de leur force centrifuge. Le sage Franklin a-t-il eu tort de penser « qu’il « à pu y avoir un temps où il pleuvait des pierres, comme aujourd’hui il « pleut de l’eau? »
Tous les phénomènes que nous venons de considérer se montrent avec éclat ou même avec fracas : il y en a un qui se présente comme le résultat d’une petite force invisible, tranquille, mais qui n’en embrasse pas moins tout le globe terrestre. Je veux parler du magnétisme. Ce phénomène est fort peu connu quant à sa nature. Tout ce qu’on sait se réduit à ceci : il semble exister une matière ou force quelconque qui influe probablement sur tous les corps terrestes, mais qui se manifeste principalement en agissant sur la mine de fer oxydé nommée aimant. Ces substances, présentées l'une à l’autre, s’attirent mutuellement par un certain point et se repoussent par un autre; elles tournent constamment ces deux points, où leur action magnétique se concentre, vers les deux pôles du monde ; elles communiquent, par le frottement ou par le contact, cette vertu à des barres et des aiguilles de fer ou plutôt d’acier, de sorte qu’une telle aiguille aimantée indique par une de ses nointes le nord et par l’autre le sud, sauf quelques déviations. On cherche à expliquer ce phénomène de la direction des aimants en supposant que le globe soit lui-même un grand aimant qui exerce sa force magnétique sur tous ies corps plus ou moins sensiblement. Nous n’entrerons pas dans des discussions auxquelles cette hypothèse donne lieu.
La terre, considérée comme un grand aimant, a des pôles et un équateur différents de ceux que lui donnent sa figure et sa rotation. C’est ce que démontrent les deux espèces de déviation observées dans l’aiguille aimantée,
La déviation ou l’angle que l’axe de l’aiguille aimantée fait avec le méridien du lieu s’appelle déclinaison ; elle est orientale ou occidentale; elle varie dans divers endroits du globe, à divers temps de l’année, même à diverses heures du jour. Ces diminutions et augmentations semblent être périodiques, Les variations sont même très-considérables. A Londres, la déclinaison était de 44° 45 à l’ouest, en 4580 ; en 1657, l'aiguille montrait directement le nord ; en 4692, on remarquait déjà 6° de déclinaison occidentale, et en 4799, cette déclinaison était montée à 24°. En 4580, la
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déclinaison vers l’ouest était, à Paris, de 41° 30’; elle a diminué jusqu’en 1663, où elle resta à zéro jusqu’en 1666: c’est-à-dire que dans cetie ville la déclinaison était nulle. Elle recommença ensuite vers l’ouest, de sorte qu’en 4678 la déclinaison était de 4° 28’; en 1795, elle montait à 22° 30’ vers l’ouest. Depuis cette époque, la déclinaison a augmenté jusqu’en 4813, qu’elle était de 22° 42’. L’aiguille resta encore stationnaire, et en 4816 elle recommença son mouvement rétrograde. En 4824, la déclinaison était de 22° 49’ vers l’ouest ; et en 1829, de 22e 42! dans la même direction. Enfin le 4 décembre 4850, elle était de 20° 30’ 40’. On trouve sur le globe des suites do points dans lesquels la déclinaison est nulle ; mais ces bandes sans déclinaison changent tous les ans de position. On est obligé de refaire les mappemondes magnétiques tous les dix à douze ans.
Les oscillations diurnes sont aussi considérables. Celsius observa une variation de 12/ dans une heure, et de 2 à 7 minutes dans les 24 heures, Les expériences de Cassini, faites à Paris, donnent le résultat intéressant que voici : Depuis huit heures du matin à deux heures après midi, la direction de l'aiguille se rapproche de la méridienne ; elle s’en écarte ensuite jusqu’à neuf heures du soir, et reste stationnaire pendant la nuit. La somme des oscillations vers l’ouest l'emporte sur celie des mouvements en sens contraire.
L’inclinaison consiste en ce que l’aiguille aimantée qui, sous l’équateur ordinairement, se soutient dans l’équilibre horizontal qu’on lui a donné en la plaçant sur son pivot, s’en écarte à mesure qu’on approche des pôles : l’une de ses extrémités s’abaisse toujours vers le pôle voisin. La plus grande inclinaison dont on ait parlé jusqu'ici est celle de 82°, observée par Phipps à la latitude de 79° 44’ nord. D’après les observations de M. de Humboldt, l'intensité des forces magnétiques, et surtout l'inclinaison augmente en allant de l’équateur aux pôles, tandis que le voyageur aérien Gay-Lussac a constaté qu’à 4200 mètres au-dessus de nous, elles étaient les mêmes que sur la terre. !
Le cercle qui coïncide avec le plan vertical passant par la direction de l'aiguille s'appelle méridien magnétique. Les points où se couperaieni tous ces méridiens seraient les pôles magnéliques de la terre. Les pôles magnétiques sont encore déterminés par les points où l’inclinaison atteint son
1 L’inclinaison varie aussi chaque année dans le même lieu : en 1798, elle était, à
Paris de 69° 51! ; en 1810, de 68° 61! ; en 1893, de 68° 8’ 5”; elle est aujourd’hui de 66° 37,
juscetie , de ntait nenté ation- 1824, | dans | 40".
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maximum, c’est-à-dire ceux où l'aiguille fait avec l’horizon un angle de 90° et lui-est perpendiculaire. Des observations répétées ont fait voir qu’il y avait deux pôles magnétiques dans chaque hémisphère. Ils sont ainsi placés : D’après M. Gauss (1828), le pôle nord se trouvait au nord de l'Amérique septentrionale, par le 73° 30/ de latitude et le 97° 30! de longitude occidentale; et le pôle sud, au-dessous de la Nouvelle-Hollande, par le 72° de latitude et le 454° de longitude orientale. Duperrey, en tenant compte des résultats obtenus dans les dernières expéditions scientifiques vers les deux pôles, a trouvé, de son côté : pour le pôle nord, 70° 5/ de latitude et 90° 12' de longitude occidentale (île de Boothia-Félix); pour le pôle sud : latitude, 75° 20’; longitude, 430° 40!’ orientale, près de la terre Adelie 1, Un grand cercle, sous lequel inclinaison de l’aiguille est nulle, sera l'équateur magnétique. D’après leS savantes recherches du célèbre Biot, l’équateu” magnétique forme aujourd’hui avec l’équateur terrestre un angle de 40° 50! 56”; son nœud occidental, sur l’équateur terrestre, est à 1209 9! 2! à l’occident de Paris, c’est-à-dire près des iles Gallapagos, dans la mer du Sud, d’où il suit que son nœud oriental est à 59° 57’ 55!’ à l’orient de Paris, dans la mer des Indes. L’équateur magnétique descend au sud de l'équateur terrestre dans l’océan Ethiopien, et s’élève au nord dans le Grand-Océan. Ainsi, un hémisphère ‘boréal projeté sur l’équateur magnétique présenterait encore un plus grand excès de terres sur l’hémisphère opposé que n’en présente déjà un hémisphère boréal projeté sur l’équateur terrestre, circonstance qui, jointe. à la direction magnétique de plusieurs chaînes d’îles, nous fait pressentir le grand rôle qu’a dû jouer le magnétisme dans la formation du globe. Nous avons appris à connaître tous les fluides atmosphériques; nous
allons considérer les mouvements qui agitent tout cet océan de gaz et de vapeurs.
1 M. Vincendon-Dumoulin, compagnon de voyage de Dumont-d’Urville, donne pour le pôle sud, d’après ses expériences, 71° 50/ de latitude et de 134° 50/ de longitude,
Suite de la Théorie de la Géographie. — Des mouvements propres de Atmosphère, ou des Vents.
«Ye
L’atmosphère éprouve des-mouvenents qui en déplacent les particules en différents sens et qui, tous ensemble, dépendent d’une cause unique, savoir : de l’équilibre rompu, dont le rétablissement a nécessairement lieu selon les lois communes à tous tes fluides. Un changemént dans la température d’une colonne d’air, la transformation d’une partie des gaz atmosphériques en eau, leur congélation, enun mot tout ce qui cause un vide, une condensation, une dilatation, et qui, par conséquent, rompt l'équilibre entre diverses parties Ge l’atmosphère, y produit nécessairement le déplacement rapide d’une masse d’air, un vené plus ou moins violent 1.
sens, il en résulte plusieurs dénominations arbitraires, dont voici les prin-
cipales : )
Zéphir . . . qui parcourt par seconde 9 à 3 mètres. Vent doux, ou modéré, . ... Id... 3à 6 — fort, ou grand vent. .... 11... 6à 8 — impélueux où coup de vent. /d. .. Sà 19
petile. .". ..,.14 . . 12 à 14 Tempéte | moyenne . . . . , Id, . . 14 à 17
forte. ..,....Id.4.,. 17 à 20 Ouragan | européen. .. +.1d, .. 90 à 32 américain. . . . . Id, . . 82 à 100?
On ne désigne pas la direction des vents comme celle des courants ma-
! On comprend encore parmi les causes qui produisent les vents, le mouvement de rotation de la terre, les marées et les grands courants d’eau, l’état hygrométrique ou électrique de l'air, l’action de la lune et celle dù soleil, et les phénomènes volcaniques.
2 Voici les différents degrés de vitesse des vents qu’on distingue en mariné, et le nombre de milles marins (1850 mètres) qu’ils parcourent en une heure,
Petite brise, . . . . . . .. ae eo + Pa 4,6 Jolie bla, un, 4: , 0 So + 0 0 0 0 0 + + "UR Brise.frâtche. . . . . . .. ... 4e + « . .. i
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Le degré de vélocité des vents étant la circonstance qui frappe le plus les:
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ritimes, par le point du compas où ils tendent, mais par celui d’où ils viennent : ainsi un vent du nord est directement opposé à un coWrant du nord.
Nous distinguons, sous le rapport de.la durée, les vents constants des vents variables, et, sous le rapport de l’étendue, les vents généraux des partiels.
Il y a deux mouvements généraux et constants dans l’atmosphère : l’un règne dans la zone torride et porte l’air, relativement à la terre, à l'occident dans un sens conforme à celui du mouvement général des mers; l’autre, qui se fait surtout sentir dans leszones tempérées, et qui amène l'air polaire vers l'équateur : ce dernier mouvement produit donc. deux courants ou effluves polaires semblables à ceux qué nous avons déjà observés dans les mers. n
Considérons d’abord le mouvement équatorial de l’atmosphère, qui produit les venfs alizés ou le vent constant d’est, qui souffle dans la zone torride. Ces vents ont probablement pour cause première la dilatation qu’é-
prouve l’air par l’action de la chaleur ; car ilestrévident que la chaleur du
soleil (que ‘nous supposons dans le plan de l’équateur) raréfie lesgolonnes
” d’airet les élève au-dessus de leur niveau; d’où il résulte qu’elles doivent
nécessairement, ou se dissiper dans les espaces célestes, ou retomber par leur poidset se porter.vers les pôles dans les parties supérieures de l’atmosphère ;, mais; dans-le même temps, il doit-survenir un. nouvel air frais, qui, arrivant des'#égions polaires, yient remplacer celui qui a été raréfié à l'équateur. Il se formera deux courants d'air opposés, l’un dans la partie inférieure, l’autre dans la partie supérieure de l’atmosphère. Or, la vitesse réelle dont haque molécule d’aif est animée, due à la rotation de la terre, doit être d'autant plus petite qu’elle est plus:près-des pôles ; d’où il résulte que l'air circumpolaire, en s’avançant vers l'équateur, et en conservant pendant un espace de temps sa vitesse primitive, doit tourner avec plus de lenteur que les parties correspondantes de la terre; les corps situés à la surface de la terre doivent donc le choquer avec l'excès de leur vitesse, et en éprouver par sa réaction une résistance,ppposée à leur mouvement de rotation. Ainsi, pour l'observateur qui se croit en repos, l’air paraît se mouvoir dans un sens directement contraire à celui de la-rotation du globe, c’est-à-dire d’osient en occident,
Les différentes positions du: soleil dans les diverses saisons produiront dans ces mouvements de l'atmosphère des modifications dont nous indiquerons la marche générale. Lorsque le soleil passe du côté du nôle boréal
en avril, mai et juin, l’atmosphère de cet'hémisphère est dilatée proportionnellement depuis l’équateur jusqu’au pôle. Cet air s’élèvera donc, et le vide causé par sa raréfaction dans les couches inférieures sera rempli par un courant polaire. On aura dans cette saison un vent du nord; mais ce vent du nord, à une certaine latitude, par.exemple à 36°, rencontrera le vent général d’est ; s’il le rencontre sous un angle droit, il se fera un mouvement composé, et on auræle vent du nord-ouest. Le soleil, arrivé au solstice d'été, échauffera plus ou moins toutes les parties de l’hémisphère boréal, et cette chaleur s’y soutiendra quelque temps : c’est pourquoi il nous viendra moins de vents du nord en juillet et en août. Mais l’astre du jour rétrograde; l’air polaire se refroidit et se condense de nouveau ; l’atmosphère équatoriale se dilate de plus en plus. Le vent général du nord recommencera donc en septembre et octobre. Ce vent augmentera de plusen plus, à mesure que le soleil s’éloignera de nous et s’approchera du solstice d'hiver. Il y aura un terme où la condensation de l’air au nord de l’équateur et la dilatation de celui de l'hémisphère austral s’arréteront, alors il régnera dans toute l’atmosphère un équilibre plus ou moins parfait: ce sont les jours alcyoniens.
Ces mêmes phénomènes, dans le sens inverse, doivent avoir lieu dans l'hémisphère austral. Il régnerait donc sur tout le globe des vents équatoriaux et des vents polaires réguliers, si ces mouvements généraux n'étaient pas contrariés et détournés par une infinité de causes. N’avons-nous pas vu que des variations semblables influent sur les courants aquatiques? Or, l’atmosphère étant un fluide infiniment plus subtil et en même temps moins homogène que l’eau, il n’est point étonnant qu’elle soit plus sensible à la moindre impulsion et plus sujette à des changements inattendüs.
Les inégalités de la suface terrestre et la diversité-des sols influent cerlainement beaucoup sur la constitution de l'atmosphère. Là s’élèvent des montagnes couvertes de neiges éternelles ; l’air ne peut donc éprouver la même dilatation que dans les vallées ; ici s’étendent des sables brülants ou des forêts, des marais, des savanes qui exhalent divers gaz inflammables ; ailleurs ce sont de grands bassins d’eau, entourés et coupés irrégulièrement par les terres. J1 y aura donc dans l’air des condensations et des dilatations relatives et partielles : c’est ce qui produit les brises de mer, de terre, et les brises de montagnes. Ces changements se feront différemment en été et en hiver, le jour et la nuit. Il y aura donc des brises de matin et de soir. Ce sont ces auræ mafinales, ces zéphyrs dont l’haleine rafraichissante nous ranime dans la saison chaude,
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Ces brises alternatives se font sentir même à des latitudes très-élevées, comme, par exemple, à Bergen, en Norvège. Les îles de la mer du Sud, nonobstant leur petite circonférence, attirent pendant le jour tellement vers ellesle vent général d’est, qu’il les embrasse pour ainsi dire de toutes parts, et souffle de tous les points du compas vers le sommet central de l’île. La nuit venue, l’air reflue de ce centre vers la mer dans toutes les directions. Cette belle observation de Forster jette un grand jour sur la théorie des vents.
Enfin, les chaînes de montagnes peuvent arrêter les vents dans la partie inférieure de l’atmosphère, ou les détourner de leur marche directe, quelquefois leur donner plus d’impétuosité, comme les courants de mer acquièrent plus de force dans les détroits et auprès des promontoires. Ces mouvements violents de l’air arrêté par un obstacle ont surtout rendu fameux le cap des Tempêtes, le Cap Horn, le cap de Bonne-Espérance, et le cap Sud de la terre de Diemen, ainsi que le détroit de Bab-el-Mandel en Arabie, la Bouche-du-Dragon en Amérique, sans en nommer d’autres.
Les exhalaisons du sol communiquent aux vents leur nature particulière. Ainsi le sammoum, ou samecli, en Arabie, porte beaucoup de gaz nitreux ; le harmattan, en Guinée, beaucoup d'oxygène; le khamsin, ou chamsan, en Egypte, beaucoup d’azote.
Les positions de la lune peuvent influer sur les vents, en produisant dans l'atmosphère une espèce de flux et reflux ; mais nous ne croyons nullement que ce soit l’action immédiate de l'attraction lunaire qui excite ces oscillations : cette action immédiate, dans un fluide aussi subtil, est extrêmement passagère, et à peu près nulle quant à l'effet; c’est plutôt l'Océan qui réagit sur l'atmosphère. En général, les mouvements de la mer doivent influer beaucoup sur ceux de l’air. C’est du sein de la mer que se développent en grande partie les principes constituants de l’air atmosphérique : ces parties auront donc une vitesse proportionnée à celle des particules aquatiques dont elles viennent de se dégager.
Les nuages, en interceptant ou en condensant les rayons du soleil ; la pluie ordinaire, par son action refroidissante ; la végétation, en absorbant beaucoup d’air ; la décomposition des matières anima'es et végétales peuvent contribuer à la formation des vents locaux.
Les ouragans sont probablement d’origine électrique. Au moment où l'étincelle électrique combine le gaz hydrogène avec le gaz oxygène pour produire la pluie d'orage, il se fait probablement une combustion d’une assez considérable quantité de gaz hydrogène, ce qui fait une chute subite
Ré
de pluie ou de grêle; donc il y aura un vide très-grand dans lequel Pair ambiant se précipitera avec une étonnante rapidité, et quelquefois selon les directions les plus opposées.
Les Antilles, les îles de France et de Bourbon, le royaume de Siam et la Chine sont les pays où les ouragans exercent leplus souvent leurs ravages, Les ouragans de l’Europe ne sont nullement comparables à ceux des pays plus méridionaux, et généralement parlant ce sont plus souvent des tournants d'air occasionnés par la rencontre de deux vents contraires, Dans un véritable ouragan, tous les éléments semblent s’armer et se liguer pour la destruction de la nature. Les foudres se croisent, le tonnerre mugit sans interruption, la pluie se précipite par torrents. La vélocité du ventsurpasse de beaucoup celle d’un boulet de canon et celle de la poudre renfermée ; il balaie tout, moissons, vignes, cannes à sucre, forêts et maisons; on dirait qu’on a rasé le terrain par où il a passé. Il commence de diverses manières. Quelquefois c’est un petit nuage noir qui se montre sur le sommet d’une montagne; dans le même instant où il semble s’asseoir sur la montagne, il en descend les côtes, coule, s’étend et couvre tout l’horizon. D’autres fois l’orage s’avance sous la forme d’une nuée couleur de feu qui se montre subitement sur un ciel calme et serein.
La frombe, ou le siphon, est un phénomène non moins dangereux. On en distingue de terrestres et de maritimes; il vaudrait mieux les diviser en trombes d'air et trombes d’eau. Cette dernière se présente ordinairement de la manière que nous allons décrire. Au-dessous d’un nuage épais, la mer s’agite de mouvements violents; les flots s’élancent avec rapidité vers le centre de la masse d’eau agitée; y étant arrivés, ils sont dispersés en vapeurs aqueuses, et s'élèvent en tourbillonnant, suivant une spirale, vers le nuage. Cette colonne conique et ascendanteest rencontrée par une autre colonne descendante qui, du centre de la nue, se penche vers la précédente et s’y réunit. Souvent la colonne marine a 400 à 150 mètres de diamètre près la base; mais toutes les deux elles s’amincissent vers le milieu, où est leur point de réunion ; et là elles n’ont que environ un mètre de diamètre. Toute la colonne se présente comme un cylindre creux, ou comme un tube de verre vide à l'intérieur. Elle glisse sur la mer, sans qu’on s’aperçoive d'aucun vent; on en a vu plusieurs ensemble qui suivaient des dirertions différentes. Lorsque la nue et la base marine de la trombe ne se meuvent pas avec une vitesse égale, on voit la trombe se pencher, se courber même, et à la fin se déchirer. Alors on entend un bruit comme celui d’une cascade
qui roulerait dans une vallée profonde. Souvent des foudres sortent du sein
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même de la trombe, surtout dans le moment où elle se brise ; mais on n’en-
tend pas le tonnerre. Les physiciens expliquent ce phénomème de la manière suivante. Deux vents se rencontrent; il existe un iourbillon; un nuage qui se trouve entre ces deux vents, est condensé en forme «nique, et tourne circulairement avec rapidité. Cette rotation anime toutes les parties de la nue d’un mouvement centrifuge ; elle se précipite vers les parois extérieures ; il existe un vide dans l’intérieur, autour de l’axe du cone. L'eau, et tout autre corps qui se trouve au-dessous de ce vide, y est entrainé par l’effet de la pesanteur, qui cherche à se mettre en équilibre.
Après avoir considéré les causes générales des ventset celles quien modifient les effets, suivons maintenant la trace de ceux d’entre ces mouvemens atmosphériques qui, par leur régularité et leur généralité intéressent le plus la géographie.
Dans l’océan Atlantique, le vent général d’est, vent nommé alizé, règne, selon que lesoleil est dans l’un ou l’autre hémisphère, jusqu’à 28 ou jusqu’à 32 degrés. Sur les côtes nord-ouest de l'Amérique, ce vent s’étend jusqu’à 40 degrés. On voit déjà, par cetexemple, que les courants atmosphériques, comme ceux de la mer, s’élargissent toujours à mesure qu’ils s’avancent ; d'un autre côté, les vents d’est, comme le mouvement des mers à l’ouest, ne peuvent commencer à se faire senlir vigoureusement qu’à une certaine distance du continent oriental, c’est-à-dire de leur point de départ. La même circonstance a lieu dans l’océan Éthyopien, où le vent d’est s’étend également de quelques degrés de plus aux côtes du Brésil que près le cap de Bonne-Espérance. Ces vents d’est, recevant toujours le choc des deux courants atmosphériques polaires sous un angle plus ou moins droit, se changent en nord-est dans l’hémisphère boréal, et en sud-est dans l’hémisphère austral. Mais à mesure qu’on s’approche des côtes d'Amérique, le vent général d’est prend de la force, surmonte l’effet des courants polaires, et suit plus ou moins sa direction propre, savoir de l’est à l’ouest. ,
1! règne sur les côtes de la Guinée, surtout depuis Sierra-Léone jusqu’à l'ile de Saint-Étienne, sur une étendue de cinq cents lieues de côtes, des vents de sud et de sud-ouest. Il tourne d’autant plus au sud-ouest et à l’ouest, qu’on se rapproche de la terre, Lorsqu'on ajoute à cette circonstance le fait constant qu’il règne quelquefois dans la Guinée un vent d’est d’une extrême violence, il est permis de regarder ces deux mouvements comme ayant une liaison directe, les vents de sud et de sud-ouest ne seront que des effluves partiels du vent alizé général , qui sont attirés sur le vaste
continent de l’Afrique, où l’air est prodigieusement raréfié par l’action des 11. 18
rayons solaires répercutés par des sables brulants. Mais comme cepenusr: le vent général d’est doit quelquefois se faire sentir dans l’intérieur de ce continent, il arrive que cette grande masse d’air, accumulée et condensée sur le plateau central de l’Afrique, fait de temps en temps des sorties violentes.
Sur les confins des deux vents alizés de l'Océan occidental, entre les 4e et 40e degrés de latitude nord, et les 297e et 329e degrés de longitude (de l’île de fer), il y a un trajet de mer où les navigateurs éprouvent des calmes perpétuels, accompagnés d’une chaleur suffocante, de coups de tonnerre et d’éclairs terribles ; enfin des pluies si fréquentes et si abondantes, que l’on a appelé ces parages la mer de Pluie. Les petits vents qui s’y rencontrent ne sont que des bouffées subites de peu de durée, et qui s’étendent très-peu; de sorte que quelquefois chaque heure donne un vent différent, qui dégénère en calme avant qu’un autre ne lui succède.
Les calmes règnent également sur les limites du vent alizé et des vents variables ; mais ils y sont bientôt détruits par des coups de vent et par des travades, ou tornados.
C’est après avoir observé cet état habituel de l’atmosphère , qu’on a pu fixer des règles certaines pour la nav:zation en Amérique. On cherche toujours à gagner le sud et les latitudes voisines du tropique, parce que là on est sûr de trouver un vent frais d’est ou de nord-est, qui, joint aux courants, vous pousse rapidement vers l'Amérique. Pour revenir en Europe, on cherche à gagner au moins les 30 degrs de latitude, parce que c’est là où les vents commencent à devenir variables; ils sont cependant le plus souvent au sud-ouest.
Dans le Grand-Océan ou la mer Pacifique, nous retrouvons le mouvement général de l'atmosphère de l’orient en occident, modifié par les deux courants polaires. La vaste étendue de cette mer permet à l’atmosphère de développer régulièrement ses mouvements naturels, Les vents alizés de nord-est et de sud-est sot si constants et si forts dans cette mer, que s’il y avait un détroit à la place de l’isthme de Panama, on irait beaucoup plus vite à la Chine par l’ouest que par l’est. Ces mouvements partent de l’Amérique et de la chaîne des Andes ; ils sont donc plus faibles et ont moins d’étendue sur les côtes de l’Amérique, où ils ne commencent que vers les tropiques et même en dedans de ces cercles. Sur les côtes opposées de l’Asie et des terres Australes, ils s’étendent jusqu’au quarantième parallèle, Les Espagnols, pour aller d’Acapulco aux Philippines, ne font que se laisser entraîner par les vents et les courants, qui les poussent en ligne droite et en fort peu de temps au lieu de leur destination ; voilà pourquoi, en na-
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viguant pendant si longtemps sur cet Océan, ils n’ont découvert que trèspeu de ces terres australes, dont is n’étaient cependant pas très-éloignés. Pour retourner au Mexique, ils remontent jusqu’au Japon, d’où ils se dirigent sur les côtes nord-ouest de la Californie. C’est à la faiblesse du courant polaire boréal, tant aérien qu’aquatique, qu’il faut attribuer cette grande étendue des vents alizés, comme c’est la force supérieure des courants polaires du sud qui fait régner les vents du sud le long des côtes du Pérou.
Ce n’est que dans l’océan Indien que les fameuses moussons, ou vents
de semestre semblent détruire l’uniformité du mouvement général de l’atmosphère, quoique sans doute elles y pourraient être ramenées, si l’on connaissait toutes les circonstances qui y influent. Voici d’abord les faits. Depuis le 40e degré de latitude sud, jusqu’au tropique du Capricorne et au delà, le vent général alizé d’est ou de sud-est règne sur l'océan Indien. Il s'étend quelquefois en été jusqu'aux 2e et 3e degrés de latitude sud. Passé le 40e degré commencent les moussons ! ou les vents périodiques de six mois. Au nord de l’équateur il règne, depuis avril jusqu’en octobre, un violent vent de sud-ouest, accompagné de tempêtes, d’orages et de pluies ; dans les autres six mois il souffle, de nord-est, un vent doux et agréable. Entre le 2e et le 42e parallèle de latitude, les vents soufflent généralement, dans le semestre hivernal, de nord-ouest, et dans l’été, de sud-ouest.
Ainsi, dans l’hiver, la constitution atmosphérique offre ces éléments principaux : vents de nord-est, au nord de la ligne; vents de nord-ouest, au sud de la ligne jusqu’au 40e parallèle ; enfin, vent alizé d’est et de sudest. Dans l’été, les phénomènes sont moins contradictoires : vents du sudouest, depuis le 40e parallèle jusqu’aux extrémités septentrionales ; vents alizés, au sud du 40e parallèle.
Ces dispositions générales subissent des variations déterminées par la configuration et l'élévation des côtes, par les détroits et les courants de mer. Les deux moussons de nord-est et de sud-ouest sont plus faibles, plus variables dans le golfe du Bengüle, et plus constantes, plus violentes dans le golfe d'Arabie. Ces deux moussons s’étendent également plus en largeur vers l’ouest, car elles dominent sur tout le trajet de mer qui est entre l’Afrique et l’île de Madagascar. Dans les parages entre la Chine, le royaume de Siam, Sumatra et l'équateur, ces moussons se font également sentir ; mais elles y sont presque tout à fait nord et sud, sauf les variations locales; elles s'étendent jusqu'aux îles Philippines, et même, quoique avec beaucoup d’inconstance, jusqu’à celles du Japon. Les moussons entre i squateur, l’île ! D’un mot malai, moussin, c’est-à-dire saison.
de Java et la Nouvelle-Guinée sont à peu près conformes à celles de la mer de la Chine pour la direction, qui varie seulement un peu vers le nord-ouest pour la mousson du nord, et vers le sud-est pour celle du sud. Mais ces moussons ne commencent que six semaines après celles des mers de la Chine.
Voici encore d’autres circonstances remarquables. Les moussons ne changent, ou, dans l’idiome des navigateurs, ne se brisent pas subitement; ce brisement, qui a ordinairement lieu quinze jours ou quatre semaines après les équinoxes, s'annonce par l’affaiblissement de la mousson, par des calmes et des coups de vent qui se succèdent rapidement, par des orages, des trombes, des travades et des ouragans indiens nommés taïfouns, terribles surtout par lesexplosions de la matière électrique accumulée par la mousson. Les commencements de la mousson subséquente sont d’abord soumis à des variations, jusqu’à ce qu’elle établisse enfin sa domination absolue.
Les navigateurs assurent qu’au sortir de la région où domine une mousson, on est sûr, toutes autres circonstances à part, de trouver un vent trèsfort, très-impétueux, et directement contraire à la mousson. Ils doivent avoir observé ce phénomène avec beaucoup de soin, puisqu'il en résulte pour eux de grands dangers, par les calmes et les tournants d’air. Ceci ne peut guère s’expliquer qu’en supposant, avec Halley, l'existence de deux courants : l’un supérieur, formé par l’air chaud et raréfié, et l’autre inférieur, composé de la colonne d’air froide et condensée. Cette hypothèse devient presque une vérité constatée, par l’observation du peu d’élévation qu'ont 1es moussons ; ce dont on voit la preuve évidente dans la presqu’ile en deçà du Gange, où les moussons sont arrêtées pendant plusieurs mois par la chaîne des monts Ghattes, laquelle cependant n’est pas prodigieusement haute ; de sorte que la côte de Coromandel et celle de Malabar ont toujours leurs saisons sèches et pluvieuses dans les temps opposés de l’année.
D’après l'exposé précédent, c’est la seule mousson de sud-ouest qui offreun phénomène décidément contraire au mouvement général de l’atmosphère, car la mousson de nord-est y est conforme ; et les vetils du nord-ouest, au sud de la ligne, paraissent ne pas être parfaitement constants, et pourraient ne provenir que d’un mouvement composé, ou d’un courant d'air supérieur. Quelle est l’origine de ce vent semestral qui, pendant l’été, souffle de sud et de sud-ouest sur tout l’océan Indien ? Cette question a exercé la sagacité des géographes-physicienst. Voici explication dont Æalley a posè les bases, et qui nous a paru la plus probable :
1 Deluc, Modifications de l’atmosphère, n° 730. Musschenbroek, Essai de physique, t. Il, 879. Météorologie de Kaemtz, 1843 traduit de l’allemand par Ch. Martin.
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GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. Ah
Les moussons changent toujours quelque temps après les équinoxes ; elles soufflent constamment vers l'hémisphère où est le soleil : donc l’action de cet astre sur l’atmosphère en est visiblement une des causes. Lorsque ses rayons, réfléchis des monts du Tibet, brûlent les plaines du Bengale et les vallées du royaume de Siam, en y raréflant et dissipant l’atmosphère, l’air froid des régions du sud polaire y est violemment attiré. L'action du soleil est secondée par le courant aquatique, qui, des mers polaires australes, vient dominer dans celle des Indes. Ce courant doit apporter une colonne de vapeurs qui se dégagent continuellement à sa surface. Ajoutons-y l’absence d’un courant aquatique du nord; l’on peut même croire que les montagnes du Tibet et les chaînes de l’Asie centrale conservent et arrêtent l'air froid qui pourrait se porter de la Sibérie vers l’Inde.
Mais pourquoi ce vent polaire ne règne-t-il point au sud de l’équateur ? Par la même raison qui y rend peu sensible le courant polaire aquatique. Le mouvement général de l'Océan, n’étant ici arrêté par aucun obstacle, a trop de force pour être modifié parle courant polaire. La même chose arrive dans Patmosphère toujours intimement unie à l'Océan, qui sans cesse la modifie et l’alimente. Mais à mesure qu’on laisse la Nouvelle-Hollande entre soiet l'océan Pacifique, il est évident que le mouvement général de la mer des Indes est abandonné à ses propres forces, et ces forces sont bientôt vaincues par le courant polaire, qui longtemps détourné ou plutôt caché par le mouvement général des mers, reparaît dans toute son énergie. La colonne d’eau polaire remplit alors l’atmosphère des particules froides qui, par leur pesanteur, déterminent toute la masse de l’atmasphère à se porter vers l'équateur avec plus de force et plus directement qu’elle n’aurait fait sans cela. Au reste, il pourrait aussi y avoir des coweamis supérieurs dans l'atmosphère qui descendissent vers la terre aux limites où commencent les moussons.
Du côté de l’ouest, les montagnes de Lupata, en Afrique, et celles de Madagascar peuvent et doivent même concourir à fournir l'air nébuleux et orageux pour la mousson du sud-ouest, qui, pour cette raison, commence de ce côté déjà dans le canal de Mozambique. Peut-être des montagnes dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande exercent du côté d’est une influence semblable,
Le soleil passant dans l’hémisphère austral, la moüsson change de direc-. tion ; la masse d’air, concentrée pendant l’été sur le plateau central de l’Asie, s’ébranle en se portant vers les régions au sud de l'équateur, où l’atmo- Sphère a été dilatée et dissipée par la chaleur solaire. Cette wiousson vient
de nora-est pour la plus grande partie de la mer des Indes, parce qu’elle a le plateau central au nord-est. La mer de la Chine et les parages de Bornéo, de la Nouvelle-Guinée, de Java, ayant le centre de l’Asie au nord et au nordouest, la mousson leur arrive de ces points du compas. Elle leur vient dans une progression lente, à cause de nombreuses îles dont les montagnes élevées l’arrêtent et la détournent. La mousson nord-estest douce et agréable, parce que la masse d’air concentrée sur le plateau central de l’Asie pendant l'été, avait originairement passé par la zone torride, et étaitensuite restée exposée à l’action du soleil vers les temps du solstice : ce qui lui a enlevé le froid et la nébulosité, qu’autrement elle aurait pu acquérir par le contact avec l’atmosphère sibérienne. Il paraît possible que cette mousson du nord-est rencontre vers le 2e ou 3e degré de latitude sud un reste de la mousson précédente; ce reste est peut-être entretenu par les montagnes de l’Afrique, de Madagascar et de la Nouvelle-Hollande; car l’air froid de ces montagnes n’est pas sollicité de se porter vers le pôle du sud, et n’a donc aucun autre débouché que celui vers l'équateur. Il s’ensuiviait, de ce choc direct de la nouvelle et de l’ancienne mousson, un mouvement composé qui produirait ces vents du nord-ouest très-communs entre l’équateur et le dixième parallèle austral, pendant tout le temps que dure la mousson de nord-est.
L'une et l’autre mousson sont plus fortes dans le golfe Arabique, parce que cette masse d’eau, très-resserrée et peu profonde, n’a d'elle-même que des courants superficiels qui ne peuvent résister à l’action des vents.
C’est ainsi que toutes les irrégularités que présentent les vents affectés à un lieu ou à une région du globe, ne sont que les effets combinés des courants aériens généraux, des brises partielles, du mouvement apparent du soleil et de l'exposition des montagnes.
Le lecteur qui nous a suivi dans ces détails arides, mais indispensables, voudrait peut-être qu’on le récompensât en lui retraçant le tableau des effets utiles ou agréabies de tous ces vents, dont nous venons d’indiquer les routes. Devons-nous nous arrêter à redire des choses si connues ? Les vents, on le sait, purifient l’atmosphère, en y entretenant une agitation perpétuelle ; ils dissipent les miasmes qu’exhalent les marais et les eaux stagnantes; ils soulèvent et transportent les nuages destinés à fertiliser la terre au moyen de la pluie. Des millions de graines végétales, pourvues de petites aigrettes, voltigent sur l’aile des vents, et répandent au loin l'empire de la végétation. L'homme a su se faire du vent un levier, qui, appliqué aux moulins, nous épaigne un travail immense. Si l'Océan est le grand chemin du globe, les vents sont les infatigables coursiers qui portent rapi-
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dement nos vaisseaux d’un pôle à l’autre. En ne considérant les vents que sous les rapports pittoresques, combien de jouissances ne procurent-ils pas à celui qui aime le grand spectacle de la nature, surtout aux habitants des montagnes ! Tantôt les vents étendent sur toutes les vallées un rideau de nuages qui laisse apercevoir les sommets des Alpes lointaines comme autant d’iles disséminées dans un océan ; tantôt, déchirant en partie ce rideau, ils nous ouvrent tout-à-coup les perspectives les plus étonnantes, où les jours les plus vifs forment un heureux contraste avec les ombres voisines. C’est aux coups de vent que le peintre et 1e voyageur doivent les vues les plus singulières qui peuvent s'offrir à leurs regards. Dans les soirées d'été, et surtout d'automne , ce sont les vents qui, en accumulant et modelant de longues trainées de nuages, créent et détruisent devant nos yeux ces paysages fugitifs, ces montagnes aériennes qui colorent les feux du soleil couchant. :
L’atmosphère éprouve encore diverses modifications, relatives à sa température locale ou au climat physique ; ces modifications vont faire le sujet du Livre suivant.
Suite de la Théorie de la Géographie. — De la Température locale de l’Atmosphère ou des Climats physiques.
Aucune partie de la géographie physique n’a été plus généralement livrée à l'empire de la routine et des préjugés que celle où l’on traite des causes des climats physiques. On a longtemps considéré le soleil comme la source unique de la température que nous éprouvons dans les diverses régions de la terre ; les influences que l’on accordait aux vents n’ont été déterminées qu'après quelques observations locales faites par Hippocrate en Grèce ou dans les contrées voisines. Pour que cette partie de la physique terrestre ait pu être approfondie, il a fallu que des nations civilisées non seulement eussent envoyé des voyageurs près des pôles et sous l'équateur, mais encore qu’ils y eussent formé des établissements stables. C’est en réunissant sous des points de vue généraux les résultats des observations locales, réservées pour nos descriptions spéciales, que nous essaierons de tracer ici une esquisse de climalologie conforme à l’état actuel des sciences.
Le climat physique comprend la chaleur, le froid, la sécheresse, l’humi. dité et la salubrité dont jouit un endroit quelconque sur le globe.
Les causes du climat physique sont au nombre de neuf; les voici: 4° l’action du soleil sur l’atmosphère; 2° la température intérieure du globe; 3° l'élévation du terrain au-dessus du niveau de l’Océan; 4° la pente générale du terrain et ses expositions locales; 5° la position de ses montagnes relativement aux points cardinaux; 6° le voisinage des grandes mers et leur situation relative; 7° la nature géologique du sol; 8e le degré de culture et de population auquel un pays est parvenu; 9 les vents qui y règnent.
L’air ne paraît pas acquérir, immédiatement par le passage des rayons solaires, un degré considérable de chaleur. C’est ce que prouve le refroidissement successif des différentes couches d’air observé sur toutes les montagnes. La distinction entre le calorique libre qui échauffe les molécules, et le calorique latent qui seulement les dilate 1, nous fait concevoir que l'air supérieur, plus dégagé des vapeurs et moins comprimé, doit laisser passer plus librement les rayons calorifiques; qu’au contraire, plus l’air est condensé, plus les rayons seront arrêtés, repoussés et réfléchis en plusieurs sens ; le choc des deux fluides sera plus vif; et c’est probablement d’un choc semblable que provient le dégagement du calorique latent, principale cause de la chaleur sensible de notre atmosphère.
Mais ce qui surtout contribue à échauffer l’air inférieur, c’est la réflexion des rayons qui viennent se heurter contre la terre, et qui, renvoyés vers l'atmosphère, s’y arrêtent dans la partie inférieure, emprisonnés pour ainsi dire aû milieu des vapeurs aqueuses dont elle est chargée. Cette réflexion accumule nécessairement le calorique dans certaines régions voisines de Ja surface terrestre. Nous ne pouvons exposer ici la théorie du calorique considéré comme un Corps rayonnant, théorie récemment développée ? ; mais il suffit à notre ut d’observer cette chaleur extraordinaire, qui souvent règne entre deux côtes de la même montagne, tandis que la plaine voisine n’est que médiocrement échauffée.
Le degré de la chaleur solaire immédiate est déterminé par quatre causes.5 La première est la distance du soleil à la terre; si l’on prend la distance moyenne égale à 40,000, celle qui a lieu au solstice d’été se trouve égale
1 Laplace et Lavoisier, Mémoire sur le calorique latent, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, 1780. p. 388.
2 Prevost, Théorie du calorique rayonnant, Genève , 1809.
5 Mairan, Mémoires de l’Académie des Sciences, 1719 et 1765. Bouguer, sur la gradation de la lumière. Bergmann, Géographie physique, $ 140.
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à 10,166, et celle du solslice d’hiver égale à 9,833 : le.rapport est à peu près comme 30 à 29. La quantité des rayons:tombant sur le même plan, étant comme les carrés des distances, leurs rapports seront comme 841 à 900, ou comme 4 à 4 -£. Ainsi la quantité des rayons solaires que le globe reçoit en général en hiver est plus grande que celle qu’il reçoit en été. La seconde cause que nous avons à considérer, est la direction plus ou moins oblique dans laquelle les rayons frappent la terre; ce qui dépend de la hauteur du soleil dans l’écliptique. Plus le rayon tombe directement, plus il a de force, et en même temps il en tombe plus sur une étendue donnée. Fatio, en considérant la perpendicularité des rayons qui leur donne une plus grande force, estime que, toute autre cause à part, la chaleur de l’été à celle de l’hiver devait être comme 9 à 4. Mais ces calculs supposent la surface de la terre exactement sphérique, sans la moindre pente locale. La troisième circonstance à considérer, est la durée du jour ou la longueur de l’arc semi-diurne que le solei! décrit. La continuité augmente l’effet, et les courtes nuits ne laissent évaporer qu’une petite quantité de la chaleur acquise. Enfin, la quatrième cause qui modifie la chaleur solaire, est la réfraction
que doivent éprouver les rayons en :;°"="nt par plus ou moins de couches d'atmosphère. Bouguer a calculé qu: ::: 0,000 rayons, il en parvient à
un point donné 8,123, s’ils arrivent verpendiculairement; 7,624, si l’angle de direction est de 50 degrés; 2,031, s’il est de 7 degrés; et seulement 5, si la direction est horizontale.
Le chaleur solaire, distribuée d’après ces quatre principes, serait absolument différente de celle que nous éprouvons réellement. Au solstice d’été, on aurait sous la ligne 25 degrés du thermomètre centigrade ; à Paris, 45; sous le cercle polaire, 85 ; et sous le parallèle de 74 degrés de latitude, on éprouverait la chaleur épouvantable de 100 degrés centigrades ; elle diminucrait ensuite vers les pôles. Au solstice d’hiver, le froid serait également distribué d’une manière tout à fait contraire à l’expérience. Ainsi, nous ne pouvons douter que l’action directe.et immédiate des rayons du soleil ne détermine pas à elle seule les climats physiques.
Avec l'élévation du terrain, le froid augmente dans une progression trèsrapide. Il est superflu d’en citer des exemples. Qui ne sait pas que l’hiver règne encore sur les Alpes et les Pyrénées, quand les fleurs du printemps couvrent les plaines de la France septentrionale? Cette disposition bienfaisante de la nature étend considérablement le nombre des pays habitables dans la zone torride. Il est probable que, derrière les plages brülantes de la Guinée, il existe au centre de l’Afrique des contrées qui jouissent d’une
li, 19
116 LIVRE QUARANTE-TROISISME.
température heureuse ; comme on voit la vallée printanière de Quito, située sous la même latitude que ces funestes côtes de la Guyane française, où la chaleur humide entretient l’éternel germe des maladies. D’un autre côté, c'est l'élévation continuelle du terrain qui, dans l’Asie centrale, étend la région froide jusqu’au 35° parallèle de latilude, de sorte qu’en montant du Bengale au Tibet, on se croit en peu de jours transporté de l’équateur sous le pôle.
L'exposition générale doit être distingue de l’exposition locale. LaFrance occidentale, par exemple, a l’exposition générale vers le coucher d’équinoxe; et cependant la vallée de l’Allier est exposée au nora: celle de la Mayenne au sud ; celle de l’Oust, en Bretagne, au sud-est. Ainsi, la pente générale d’une grande contrée n’exclut aucune des pentes locales les plus opposées. Cependant on peut admettre comme un principe général que la somme positive de toutes les expositions locales est dans le même sens que l'exposition générale. Ce principe ne peut s’appliquer qu’à de grandes étendues, comme, par exemple, au bassin total d’une rivière.
Tout le monde sait de quel effet, pour la température, est l’exposition d’un terrain relativement au soleil, Un coteau incliné de 45 degrés vers le midi, le soleil étant élevé de 45 degrés, reçoit les rayons solaires sous un angle direct, tandis que, sur une plaine, ces mêmes rayons frappent le sol sous un angle plus obtus de 45 degrés, c’est-à-dire avec un quart de moins d'énergie ; et le coteau incliné au nord de 45 degrés seulement sera frappé des rayons solaires sous un angle de 90 degrés, c’est-à-dire dans une direction qui le fait glisser le long de la surfsce. Si le terrain est encore plus incliné au nord, il ne recevra aucun rayon, et restera constaniment dans l’ombre. Ces différences, déjà sensibles dans les p&;3 des collines, deviennent énormes dans les contrées couvertes de hautes montagnes. C’est ainsi que dans le Valais on voit les Alpes d’un côté couvertes de glaces éternelles, tandis que les vignobles et les vergers ornent les enteaux opposés de tous les charmes de la fécondité.
Il y a encore une autre circonstance à observer. L’engle d’incidence des rayons solaires est bien déterminé, pour un moment donné du jour, par l'exposition d’un terrain; mais il varie aussi avee la marche diurne du sol. Le coteau qui le matin recevait les rayons solaires sous un angle direct, les reçoit déjà plus obliquement à midi, et peut-être les rayons de l'après-midi ne feront-ils que glisser sur la surface de ce terrain. Il arrive pricisément le contraire avec les coteaux exposés au couchant. Ceci a des conséquences très remarquables que nous allons indiquer.
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Toute exposition occidentale ( depuis sud-ouest à nord-ouest ) doit être plus chaude que lexposition orientale correspondante, toutes autres choses étant égales ; car les rayons du matin, qui frappent directement les coteaux exposés au levant, ont à combattre le froid qui s’y est rassemblé pendant la nuit. Lorsque l’atmosphère, dans l’après-midi, sera à son plus grand degré d’échauffement, le reyon solaire ne viendra plus concentrer cette masse de chaleur sur les terrains en exposition orientale, car il n’y tombera qu’obliquement. Au contraire, les coteaux qui penchent vers le couchant se sont déjà dépourvus de chaleur pendant touce la matinée ; et lorsque le rayon solaire viendra les frapper directement, en y rassemblant tout le calorique de l’atmosphère, il n’y trouvera aucun obstacle ; toutes choses, au contrair., seront disposées en faveur de son action.
Sans nous arrêter à de: explications plus détaillées, remarquons seulement qu’en vertu de ce principe, les expositions sud sud ouest et sud-ouest sont les plus chaudes de toutes, tandis que, par contre-coup, celles nordest sont pius froides. On entend bien qu’il n’est question ici que de l’hémisphère boréal, et qu’on fait toujours abstraction d’une foule de circonstances locales et temporaires.
Comme un froid modéré est très-favorable à la santé, et que d’ailleurs,
sous la latitude de la Grèce, le degré ordinaire du froid le peut faire regar-
der plutôt comme refraichissant que comme désagréable, il est évident que immortel Hippocrate avait raison de recommander les expositions orientales, sous le rapport de la salubrité !, Mais n’est-il pas contraire au bon sens de vouloir appliquer ce même principe aux climats plus voisins du pôle où l’on craint le froid, et où la chaleur, généralement plus modérée, n’amène avec elle aucune de ces maladies épidémiques dont par!e Hippocrate? Il y a tant de circonstances qui concourent à rendre un climat salubre ou malsain, agréable ou rude, qu’il serait très-imprudent de vouloir caractériser les climats uniquement d’après les exposiucns générales ou locales,
Si l’on ne considérait les expositions que par elles-mêmes, en faisant abstraction des autres circonstances, on pourrait, avec Hippocrate, comparer celles orientaies au printemps, celles du midi à l'été, celles de l’occident à l'automne , celles äu nord à l’hiver : car il est vrai que la constitution la plus commune des climats sous ces expositions répond à celles des saisons auxquelles on les rapporte. Cependant une comparaison plus exacte et plus significative serait celle avec les poën/s du jour. Le plus grand froid 1 Hippocrate, Traité des airs, des eaux et des lieux,
se fait sentir au grand matin ; ce point correspond à l'exposition nord-est qui est la plus froide ; la chaleur augmente jusqu’à trois heures après-midi; de même les expositions deviennent toujours plus favorables à la chaleur jusqu’à celle de sud-ouest; viennent ensuite le soir et minuit, points correspondants aux expositions occidentuies et boréales.
En examinant les climats p:ticuliers à chaque pays (dans les volumes suivants de cette Géographie), on verra ces observations générales confirmées par un grand nombre d'exemples.
La position des montagnes n’est pas toui’ , essentiellement liée aux pentes du terrain, puisqu'il y a des plateaux montagneux qui (à la vérité dans une petite partie de leur étendue) n’ont aucune pente générale, comme dans la Mongolie, dans le Tibet, et que, d’autre part, on trouve des pays qui se penchent de plusieurs côtés, sans que leur partie la plus élevée soit garnie de véritables montagnes, comme, par exemple, le centre de la Russie d'Europe.
Les montagnes agissent sur les climats de deux manières :elles attirent les vapeurs suspendues dans l’air ; ces vapeurs, en se condensant, produisent les nuages, les brouillards, qui ordinairement dérobent à notre vue les cimes des montagnes. Souvent aussi ces assemblages de matières aqueuses que les vents poussent çà et là sont arrêtés dans leur marche vagabonde par Jes chaînes de montagnes, où ils s’accumulent dans les hautes vallées. Ces effets sont encore plus sensibles lorsqu'une chaîne de montagnes est couronnée de forêts que respecta la hache destructive. Elles augmentent l’élévation de la montagne ; elles en resserrent les passages; elles fournissent surtout un aliment inépuisable aux eaux courantes. La destruction de’ forêts peut quelquefois être un bienfait pour un pays, en lui procurant une circulation d’air plus libre ; mais, poussée trop loin, c’est un fléau qui ravage des contrées entières. On en a vu des exemples funestes dans les îles du Cap-Vert, sans en citer beaucoup d’autres d’une moindre évidence. C’est la destruction des forêts, et non pas un prétendu refroidissement du globe, qui a rendu la partie méridionale de l’Islande plus accessible au froid épouvantable que trop souvent les glaces flottantes lui apportent en s’arrêtant sur ses côtes septentrionales, Quoique les montagnes ne puissent empêcher les mouvements généraux de l’atmosphère d’avoir lieu, elles peuvent cependant, en les arrêtant en partie, rendre certains vents plus ou moins fréquents pour une certäine étendue de terrain. On ne doute point que les Alpes ne concourent à garantir à la belle Italie son heureux climat, son printemps éternel et ses doubles moissons.
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Les exemples des climats rendus plus froids par la position des montagnes ne manquent pas. Si les Russies centrale et méridionale sont exposées à des froids disproportionnés à leur latitude et à leur exposition, qui, en grande partie, est méridionale, c’est, entre autres causes, parce qu’elles n’ont pas au nord une chaîne de montagnes qui puisse affaiblir l’action des vents glacés qui viennent de la mer Blanche et des monts Ouraliens. La Sibérie est dans un cas différent et encore plus défavorable : elle est inclinée au nord, par conséquent ouverte aux vents de la mer Gleciale; en même temps sa pente immense est au sud couronnée par les monts Altaïi, qui empêchent les vents froids de s’en aller plus loin, et qui interceptent ceux de l’Asie méridionale.
L’abri que donnent les :. sntagnes contre les vents peut quelquefois devenir nuisible par excès. Ainsi on voit la chaleur devenir insupportable dans les vallées qui concentrent et réfléchissent vivement en été les rayons du soleil.
Lorsque les vallées sont larges et évasées, qu’elles ont une pente assez considérable pour l’écoulement des eaux, et qu’elles donnent un accès libre aux vents du nord, la température peut y être sèche et froide, comme da’ < l’ancien pays de Champsaur en France. Les habitants jouiront, dans ce cas, d’un bon teint et de beaucoup de santé.
Dans les vallées basses, étroites, enfoncées, qui ne reçoivent les vents secs que très-obliquement, les eaux des torrents et des pluies s’arréêtent et deviennent marécageuses : l'air n’y circulant pas, les brouillards et l’humidité y sont perpétuels. C’est dans ces endroits qu’on trouve les êtres faibles, mous et stupides, qu’on nomme cré/ins. Devenus sourds, muets et presque aveugles, ils restent insensibles à toutes lesimpressions, excepté à des appétits lubriques ; si on les frappe, ils ne témoignent aucune <nsation; on en voit qui ne sont pas même excités par aucun besoin. Leurs bras abattus, leur bouche béante, leur cou tuméfié et pendant, leur couleur blafarde, laissent voir le dernier terme de la dégradation humaine et de la dégénérescence animale. Le froid humide qui pèse constamment sur ces contrées, et qui n’est interrompu que par les vapeurs chaudes et également relàchantes de l'été, peut être regardé comme la véritable cause du goîlre et du crétinisme : ces maladies ont beaucoup d’analogie, pour leur cause et leurs principaux effets, avec les bouffissures, les tumeurs articulaires et l’espèce d’imbécillité des Scythes efféminés dont Hippocrate fait mention. Fodéré, qui a visité en observateur le val d’Aoste et la Maurienne, où se rencontre Je plus grand nombre de crétins et de goîtreux, remarque qu’il n’en existe
que dans le centre des vallées des Alpes : la même vallée n’en présente que lorsqu'elle abandonne la plaine et qu’elle se rétrécit ; elle cesse d’en produire dès qu'elle s’évase au sommet des montagnes, et qu’elle gagne un air plus vif et plus sec où vivent des hommes parfaitement sains. On trouve de ces maladies dans le Bas-Valais, à la base des Pyrénées et des Apennins, dans quelques vallées du Dauphiné et de la Haute-Provence. Les blafards qu’on a vus dans plusieurs contrées de l'Amériqu”, les nègres blancs des montagnes d’Ethiopie et de Madagascar, les nègres pies, paraissent être des espèces de crétins dans une plus ou moins grande dégénération. Zimmermann attribue aux chaleurs étouffantes qu’on ressent dans de profondes vallées de la Suisse la cause des manies qui sont communes dans ces endroits ; il rapporte que les habitants de ces gorges sont obligés d'envoyer pendant les étés leurs enfants sur les hautes montagnes pour leur conserver la mémoire et la raison.
Le voisinage de la mer modère les températures excessives. Dans les climats ardents, les contrés maritimes sont moins chaudes que le milieu des plaines. Dans les la itudes élevées, ies côtes et les îles sont moins froides que l’intérieur des continents. Dans les montagnes de la Norvége, on a vu une armée suédoise périr de froid ; on en trouva les cadavres encore en rang : cependant les côtes de ce pays jouissent d’un climat très-doux ; le port de Bergen ne gèle pas aussi souvent que la Seine. Voici un exemple encore plus près de nous. Les lauriers, figuiers, myrtes, grenadiers, qui ne peuvent subsister en pleine terre au centre de la France, croissent naturellement et très-bien à Brest.
Le voisinage de la mer rapproche aussi les températures des saisons, L’on voit à Plymouth que, bien que la chaleur moyenne de l’année soit en totalité un peu moindre que celle de Paris, les mois d’hiver sont bien moins froids que dans cette dernière ville ; le thermomètre n’est jamais descendu, du temps d’Huxham, plus bas que — 10, et n’a pas été plus haut que + 1, 2.
La nature du sol doit influer sur le climat de plusieurs manières. Tous les terrains ne s’échauffent pas avec le même degré de promptitude ; tel sol perd vite la chaleur acquise, tel autre la conserve long-temps. Les exhalaisons, qui diffèrent selon la nature du sol, s'élèvent dans l’atmosrhère et s’identifient avecelle. Les terrains argileux et ceux qui sont imprégnés de sel refroidissent l’atmosphère ; les amas de sables, lorsqu'ils sont à sec, augmentent la chaleur. On croit, par exemple, que le grand froid et l’air malsain qui règnent dans les gouvernements d’Astrakhan et d’Orenbourg sont
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CÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 451
en partie dus à la nature saline du sol, tandis que plusieurs provinces de la France doivent en partie leur température sèche et salubre à ce que leur sol est sablonnieux, calcaire et en général léger. Les terrains rocailleux et arides fournissent le moins de vapeurs 1. Le contraire doit se dire des terrains marécageux ; ces terrains, et même les sables imprégnés d'humidité, diminuent la chaleur, et comme les eaux y sont pour la plupart stagnantes, la durée des gelées s’y prolonge sans que pour cela elles amènent un ciel serein et exempt de brouillards insalubres. Voilà pourquoi l’hiver de la Hollande, suus 52 degrés de latitude, est souvent plus désagréable que celui des îles danoises, sous le 55e parallèle. L'effet des marécages, dans les ré-
gions chaudes, est encore plus funeste : ils y fermentent, et il s’en élève
une quantité de miasmes putrides ; c'est à eux que les côtes orientales de l'Afrique et quelques parties de l’Amérique doivent leur climat pestilentiel 2.
Il est certain que le ciel, dans chaque pays, a un aspect différent. La voûte azurée, qui, par une illusion d'optique, borne partout notre vue, semble plus abaissée en Angleterre qu’en France. L'Italien cherche en vain sur les bords de la Seine ce ciel pur, serein et immense, cette atmosphère d’un bleu clair ou d’un rouge de feu, qui a tant contribué à inspirer les Raphoël et les Corrège. Mais le ciel d'Italie même est nébuleux en comparaison de celui qui, dans l’été, couvre les heureuses îles de l’océan Pacifique, ces paradis de la zone torride. C’est aux différents degrés de la raréfaction de l’air, ainsi qu’à la nature des exhalaisons terrestres, qu’il faut attribuer ces différents aspects du ciel d’où dépend en partie la beauté d'un climat.
L'homme influe lentement, mais puissamment, sur la température de l'air. Sans la culture, il y aurait peu de climats salubres et agréables. Contemplons un pays désert: les rivières, abandonnées à leur fougue, s’engorgent et se débordent, leurs eaux ne servent qu’à former de tristes marais;
1 Ainsi que l'a fait observer M. de Humboldt, une étendue de 132 degrés de longitude présente dans l’ancien continent une large ceinture presque continue de déserts sablonneux, depuis l’extrémité occidentale du Sahara en Afrique, jusqu’à l'extrémité orientale du Cobi en Asie, En se rappelant, dit-il, que l’irrad.ation élève de jour, sous celte latitude, la température des sables à plus de 50 à 60 degrés, on peut concevoir de quelle influence la continuité d’un terrain de cette nature doit être pour la distribution de la chaleur d’une vaste part'e du globe. Humboldt, Fragments de géologie et de climatologie asiatiques, tome II.
# Sous la zone extra-tropicale, les caux stagnantes et courantes, les lacs, les marais et les rivières sujettes à des inondations périodiques tempèrent l’ardeui- de l'été, parce que, dans leur évaporation, elles absorbent du calorique, Aumboldt, Fragments de géc!., etc.
un labyrinthe de buissons et de ronces couvre les plus fertiles coteaux; dans les prés, le hideux champignon et la mousse inutile étouffent les herbes nutritives; les forêts deviennent impénétrables aux rayons solaires; aucun vent ne vient disperser les putrides exhalaisons des arbres qui ont succombé sous le poids des siècles; le sol, privé de la bienfaisante chaleur atmosphérique, n’exhale que des poisons; le souffle de la mort plane sur cette contrée, Mais le courage et l’industrie viennent-ils y aborder, les marais son desséchés, les rivières coulent dans leurs lits déblayés, la hache et la flamme éclaircissent les forêts; la terre, sillonnée par la charrue, s’ouvre aux rayons du jour, au souffle des vents; l’air, le sol et les eaux prennent peu à peu un caractère de salubrité, et la nature vaincue cède son empire à l’homme qui s’est créé une patrie.
La culture d’un pays nouveau est souvent accompagnée de conséquences désastreuses qui ne doivent pas toujours être attribuées à l’imprévoyance des colons. Le sol nouveau, au premier moment où la charrue l'ouvre et où les rayons solaires y pénètrent, doit nécessairement subir une forte évaporation, et ses exhalaisons, qui ne sont pas toujours d’une nature innocente, à peine élevées dans l’air, s’y condensent par le froid encore très-vif, surtout pendant les nuits. De là ces maladies épidémiques qui ravagent les celcnies nouvellement fondées. La destruction des forêts, poussée trop loin, amène surtout des suites funestes. Nous l’avons déjà dit plus haut, dans les iles du Cap-Vert, c’est l’incendie des forêts qui a desséché les sources et l’atmosphère. La Perse, l’Italie, la Grèce et bien d’autres contrées ont perdu de cette manière leur heureuse température. La coupe des forêts qui couvraient les Pyrénées a rendu l’air malsain dans la vallée d’Azun, département des Pyrénées Orientales, parce que l’absence de cet obstacle permet aujourd’hui un libre passage aux vents du sud. On forme des plaintes semblables dans la Castille et dans l’Aragon.
Les vents régnants de chaque contrée modifient différemment l’influence réunie de tous les éléments qui constituent le climat physique, et que nous venons d’examiner. Mais la nature, la direction et l’intensité des vents, dépendent de l’exposition générale et locale, du voisinage des mers, de élévation des montagnes, et d’autres circonstances. Ainsi les causes du climat forment entre elles un cercle duquel on ne peut indiquer nile premier chainon ni le dernier. .
On ne doit point caractériser la nature physique des vents d’une manière générale d’après les points du compas d’où ils viennent. Hippocrate s’est servi de cette méthode, mais en se bornant à une petite partie du globe.
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Qu'on ne fasse point à la gloire de ce grand homme l'injure de vouloir criger ses maximes locales en règles universelles. Toutes les variations des vents dépendent de l'équilibre de l'atmosphère. Il s’ensuit que la chaleur d’un climat et le froid d’un autreent une influence continuelle l’une sur l’autre. Les parties septentrionales d’un grand continent enverront quelquefois leur air froid vers les parties méridionales, et de même elles en recevront quelquefois des souffles échauffants. La grande mobilité de l'atmosphère ne permet pas qu’on borne ces faits à des localités; toute la masse de chaleur et de froid qui entoure le globe est dans un flux et reflux continuel et universel. Ainsi l’on peut poser les principes suivants. La chaleur de la zone torride et le froid polaire se balancent mutuellement, et de la fluctuation de leur équilibre dépendent les variations du froid et du chaud qu’on ressent dans les zones tempérées. Tout vent dans la zone tempérée, venant du pôle voisin, est froid, et tout vent équatorial est chaud, sauf les exceptions dues à des localités. Ainsi le vent du sud rafraichit les environs du cap de Bonne-Espérance, tandis que le vent du nord a le même effet pour l’Europe. Un vent de terre, s’il vient par dessus des plaines trèsélevées el ouvertes, est presque toujours froid et see dans les zones tempérées. Mais entre les tropiques, s’il passe par des plaines peu élevées, couvertes de. sables brülants, il doit être sec et chaud. Les vents qui prennent origine sur les montagnes ne se plient pas non plus à une règle générale ; car il y a des montagnes couvertes de glace, d’autres où il règne une humidité singulière; les vents y prennent donc des caractères différents. Quant aux vents de mer, ils sont, presque sans exception, humides, chargés de brouillards et de vapeurs salines. Comme l’air qu’ils amènent est presque toujours ou plus chaud ou plus froid que l’air de terre, ils occasionnent constamment cette sorte de décomposition des vapeurs atmosphériques qui nous procure de la pluie.
Il s'ensuit que tout pays de la zone tempérée, qui n’est séparé de l’équateur que par une grande étendue de pays contigus, a nécessairement l'air plus habituellement chaud que tel pays qui voit entre lui et la zone torride de vastes mers. Par contre-coup, les pays des zones tempérées, qui ont entre eux.et le pôle voisin beaucoup de terres , et qui sont séparés de l’équateur par des mers, auront le climat habituellement plus froid que d’autres pays sous la même latitude, mais sous une autre combinaison de localités.
Si nous appliquons ces divers principes à la partie septentrionale de l’ancien continent, nous verrons que la diminution énorme de chaleur qu’on observe en s’avançant vers l’est sous les mêmes latitudes, est due en grande
li. 20
partie à la forme et à la position de cette masse de terre. La partie occi-
dentale est échauffée par le voisinage de l'Afrique, qui, semblable à une e immense fournaise, distribue sa chaleur à l’Arabie, à la Turquie d'Asie, à ke l’Europe. Au contraire, l'Asie, dans ses extrémités au nord-est, éprouve d des froids extrêmes; c’est en partie parce qu’elle n’a de ce côté point de M terres qui s'étendent vers l’équateur. Si le Groenland déjà sous le 60e paral- e lèle, malgré son exposition méridionale et le voisinage des mers, a un climat ve plus rigoureux que la Laponie, sous le 72e parallèle, dans une exposition n° septentrionale, quelle autre raison peut-on assigner à ce phénomène que la mi séparation de la Laponie d’avec les terres arctiques, au moyen d’une vaste sel mer, tandis que le Groenland s'étend probablement, en s’élargissant, vers ses le pôle ou du moins vers le 82e degré de latitude? L'Amérique septentrionale ’ de a peu de terres situées dans la zone torride ; elle a peu de communication vat avec l’Amérique méridionale; enfin elle s'étend probablement à l’ouest de s'él la baie de Baffin vers le Groenland ; cette partie du monde n’offre pas une l'E si grande différence de climat avec l'Europe. cha
Il résulte encore de nos principes une conséquence générale pour les exel contrées de la zone torride. Les vents alizés, en soufflant continuellement E
de l’est par-dessus la mer, contribuent à rendre toutes les côtes maritimes orientales plus froides que ne le sont les côtes exposées au couchant. D’un autre côlé, plus un continent est large d’est à l’ouest, plus ces vents s’échauffent en passant par-dessus des terres brûlées par le soleil. Voici pourquoi les îles Antilles jouissent d’une température modérée, tandis que la Sénégambie est tourmentée par la plus terrible chaleur dont on ait exemple. Le Congo est plus chaud que le Zanguebar. Si les montagnes du 3 ] Pérou ont le climat plus froid que le Brésil, c’est que l’élévation du terrain, ou toute autre circonstance locale, peut souvent avoir assez d'influence pour anéantir l'effet d’une cause générale.
: Tellcs sont les diverses causes qui concourent à former cette constitu- à Av tion générale de l’atmosphère qu’on nomme le climat. On doit sentir que l'été | les résultats de tant de causes différentes ne se laissent pas facilement soumettre à unc classification. Hippocrate l’a tenté par rapport à la Grèce; il prend pour base les exposilions et les vents. Mais il est aisé de prouver. que ses quatre climats, très-réels dans les lieux où il les a observés, ne se retrouvent pas dans toutes les régions du globe, auxquelles ses commentateurs, peu pénétrés de son esprit, veulent étendre son système.
Hippocrate commence son écrit sur les airs, les eaux et les lieux, par l'exposé du but qu’il se propose. « Îlest, dit il, essentiel pour un médecin,
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en entrant dans une ville qu’il ne connaît point, d’en examiner l'exposition, les vents dominants, les saisons, la nature et l'élévation du sol, la qualité des eaux dont les habitants font usage, et le genre de vie qu'ils suivent. Maintenant, continue-t-il, je vais exposer comment on doit épier et explorer chacune de ces choses. » N’est-il pas clair, d’après cette phrase vaguement rendue par tous les traducteurs, que l'intention d’Hippocrate n’était point de composer un fraité sur les climats physiques, traité dont les matériaux n’étaient pas encore rassemblés de son temps, mais qu’il voulait seulement, par l’exposé de ses observations propres et locales, indiquer à ses successeurs la route à suivre pour en faire de nouvelles? Ce but modeste de l’auteur a été méconnu, ou tout au plus faiblement indiqué. Des observations très-intéressantes, mais bornées exclusivement aux contrées qui s'étendent depuis la mer d’Azof jusqu’aux bouches du Nil, et des bords de l’'Euphrate aux rives de la Sicile ; ces observations locales, dis-je, ont été changées en généralités fausses et dangeureuses. Donnons-en quelques exemples.
Hippocrate nous dépeint « les contrés exposées aux vents chauds du « midi comme devant abonder en eaux saumâtres et malsaines; car ces « eaux sont ordinairement peu profondes, échauffées en été et froides en « hiver. » Puis, il décrit les maladies qui doivent y dominer : « Les « hommes y ont la tête pleine d’humidité et de phlegme ; ils sont sans force « et sans vigueur 1. »
Ces observations se rapportent aux côtes méridionales de la Grèce et de l’Asie-Mineure, voisines de l’île natale d'Hippocrate. Selon Mariti, toute la côle méridionale de l’ile de Chypre éprouve de fréquentes intempéries de l'air; les eaux saumâtres y abondent; c’est un pays très-malsain. Les côtes de la Caramanie ou de l’ancienne Cilicie sont dans le même cas. À Satalie, à Ayas et à Adana, le mauvais air force les habitants à se retirer pendant l'été sur les montagnes. Et pourquoi l'exposition méridionale de ces contrées est-elle <‘ malsaine? Strabon et Quinte-Curce nous le diront : «Parce « que la Cilicie est une plaine étroite, bornée au nord par la chaîne du mont Taurus; les vents du midi, réfléchis par les montagnes, y causens « des chaleurs étouffantes; d’ailleurs, la côte offre des marais et des « étangs?. » D’un autre côté, Cicéron nous apprend que les neiges rendaient le passage du mont Taurus difficile avant le mois de jun. Voilà pourquoi la température de l’air et des eaux de la Cilicie éprouvait des
: Hippocrat., de acre, aquis, locis. $$ 9-14, édit. de Coray. Strab., Geog XIV, 260. Casaub. Atreb. Quint. Curc., IIF, c. 9-11.
variations trop fortes pour ne pas être nuisibles. Sans doute, on peut appliquer cette observation à d’autres contrées où le même concours de circonstances a lieu ; sans doute, le vent du midi est généralement humide, chaud et malsain sur les côtes de la Méditerranée. Dans l’île de Lesbos, selon Vitruve, les vents méridionaux causent souvert des épidémies. En Attique, ils amenèrent une fois la peste. Virgile même dénonce ces vents, « dont les
« humides haleines menacent les vergers, les blés et les troupeaux. »
Étendons même ce caractère général aux côtes du golfe de Perse. Les
vents méridionaux y amènent la saison pluvieuse et des chaleurs étouf-
fantes. « À Suse, dit Strabon, les habitants n’osent s’exposer aux chaleurs
« du milieu de la journée.» A Bassorah, selon Otter, le vent du midi paralyse toutes les forces du corps humain.
Mais passons sur le rivage opposé de l'Afrique : Aristote déjà savait que les vents méridionaux y sont souvent froids et toujours secs, parce qu'ils viennent du mont Atlas. De même à Paris, nous éprouvons des vents du sud chargés de la froide atmosphère des montagnes de l’Auvergne. Ces mêmes vents sont très-froids en Souabe et en Bavière, car ils y arrivent par les Alpes. Partout les vents se modifient d’après la nature des lieux per lesquels ils passent.
Qu'ai besoin de ces exemples? Hippocrate lui-même n’ajonte-t-il pas immédiatement : « Mais, même parmi ces villes (exposées aux vents chauds du « midi), celles qui sont bien ouvertes au soleil et aux vents doivent éprou- « ver dans un moindre degré ces fâcheuses alternatives. » En effet, Tarsus, en Cilicie, offrait, malgré son exposition méridionale, un climat sain et des eaux limpides.
Le climat septentrional d'Hippocrate n’est pas plus universel que celui que nous venons d'examiner. Les vents du nord, à Arkhangel et à Dantzick, apportent l'humidité et sont moins froids que les vents du sud!; ces variations dans la nature des vents renversent les autres conséquences. Citons un exemple pris dans la Péninsule hispanique, sous la latitude de la Grèce septentrionale. Les Asturies sont exposées au nord; le climat est froid, mais extrêmement humide ; les maladies régnantes sont une espèce de lèpre, des dysenteries, des tumeurs scrofuleuses, et d’autres de la nature de celles que le père de la :aédecine attribue aux expositions méridionales.
La ressemblance qu'Hippocrate établit entre le climat du midi et celui d’orient se trouve encore fausse pour l’Europe occidentale, où les vents
1 Kant, Géographie physique, t. IT, part. 9, p. 110.
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du midi ressemblent plus généralement à ceux d’occident par leur humidité el leur douceur, tandis qu’au contraire les vents d’est sont notoirement plus froids que les vents du nord même, attendu que ces vents nous viennent, par la Russie centrale, des monts Ouraliens et des confins de la Sibérie. L’affection catarrhale qui régna en 1782 fut généralement attribuée au froid rigoureux apporté subitement par un vent d’est, à la suite d'une constitution australe et humide.
Nous ne pouvons pas non plus admettre la théorie hippocratique à l'égard des climats occidentaux. « Toutes les nations, dit-il, exposées aux a ven(s occidentaux, ont le climat insalubre ; les eaux qu’elles boivent ne « sont point limpides, parce que les brouillards du matin se mêlent avec « elles avant d’être dissipés par le soleil qui les éclaire plus tard... En « second lieu, les habitants de ces lieux sont exposès à des changements « brusques de température; car, dans les malinées d’été, il y souffle des
vents frais, il y tombe des rosées; dans l'après-midi, la chaleur les
tourmente... Ils ont le teint pâle, le corps faible... Respirant toujours
un air épais et malsain, leur voix devient forte et rauque.... L'’occident « nous présente l’image de l’automne. Les peuples qui habitent sous cette
constitution climatologique doivent participer aux maladies des peuples
septentrionaux et méridionaux. » Un commentateur ajoute : « His
doivent joindre la férocité des peuples du nord à la légèreté des peuples « du midi. »
Toutes ces observations d'Hippocrate, saines et justes lorsqu’on les explique dans leur vrai sens, deviennent puériles et absurdes lorsqu’on en
veut faire des règles générales. -
Quels peuples sont plus exposés à l'occident que les Portugais? Ont-ils pour cela la voix rauque ? Au contraire, leur langage est infiniment plus doux que celui des Espagnots, L’air qu’on respire en Portugal est-il épais et malsain? Bien loin de là; les Anglais y envoient leurs malades pour recouvrer la santé. Les Irlandais, continuellement tourmentés par les tempêtes de l’ouest, ont-ils le teint pâle? Au contraire, on reconnait un Irlandais parmi vingt Anglais à son teint vermeil.
Hippocrate a-t-il donc avancé des choses fausses? À Dicu ne plaise que je l’en accuse ! Mais il a voulu parler uniquement de certaines contrées de la Grèce; expliquées dans ie sens local, ses observations sont jnstes et profondes. Toutes les côtes occidentales äe l'Tlyrie, de l'Épire et du Péloponèse ont, en effet, le climat inconstant qu'Hippocrate compare à l’autonne, Le zéphyr y amène souvent des pluies et des brouillards; encore
de nos jours, le zéphir impétueux et pernicieux, dont Homère parle si sou. vent, se fait sentir dans ces parages. Les Eliens, selon Strabon, Hesychius et Eustathe, étaient, de tous les Grecs, ceux qui avaient ia prononciation la plus rude ; ces peuples et leurs colonies mettaient souvent une lettre canine où les autres Grecs n’en mettaient point; ils disaient Aeror ou her au lieu de héros. Les Étoliens probablement parlaient plus mal encore; leur férocité, d’ailleurs, est connue : Polybe et Thucydide les traitent de demi-barbares. Enfin, les habitants de l’ile de Zante, selon Scrofani, ont le teint pâle. Les Grecs occidentaux, en général, n’étaient pas aussi grands de corps que ceux de l’est et du nord. Ulysse fut nommé par les Étruriens le Nain vagabond.
Voilà les observations d’Hippocrate justifiées; voilà, je pense, la vraie manière de lire et d'expliquer un auteur ancien, en le comparant avec d’autres écrivains, ses contemporains ou ses.compatriotes.
L'examen critique des quatre climats d'Hippocrate doit nous convaincre de l'impossibilité de fonder une classification des températures sur leurs causes, attendu que ces causes varient toutes avec les circonstances géographiques. C’est en considérant les principales combinaisons des qualités qui caractérisent les climats, qu’on peut les classer d’une manière générale. La chaleur et le froid peuvent être accompagnés d’humidité ou de sécheresse; de là il résuite quatre climats principaux.
Nous avons d’abord le climat chaud et sec. Tel est dans un degré extrême celui des déserts de Sahara et de l’Arabie; la terre brûle, le ciel est d’airain; les eaux saumâtres se vendent au poids de l’or; les plantes languissent faute
d’aliment; les hommes et les animaux y sont nerveux, mais en petit nombre; :
les teints olivâtres et les tempéraments bilieux dominent parmi les peuples de ces contrées ; leur caractère féroce et sanguinaire répond à celui de la nature.
Le climat chaud el humide est celui du Bengale, de la Mésopotamie, des côtes de Zanguebar, de la Sénégambie, de la Guyane, de Panama; là brille une éternelle verdure; là naissent les géants du règne végétal; mais là aussi d'énormes reptiles se trainent dans la fange des eaux croupissantes qui exhalent la pesle; l’homme robuste se propage avec rapidité, mais son caractère moral le rapproche des brutes ; la peau noire et le tempérament phlegmatique appartiennent de préférence à ces régions.
Le climat froid et sec nourrit une végétation robuste, mais peu abondante; les eaux y sontordinairement pures, mais crues; les animaux et les homines, respirant plus d’oxygèn?, ont de la force, de la santé; il y a équilibre entre
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ja partie morale et la partie physique. Ils se propagent lentement, mais avec ordre; le tempérament sanguin et la peau blanche prédominent dans ce climat, qui appartient à la plus grande partie de l’Europe et de l’Asie.
Enfin le climat froid et humide dans son extrême, tel qu’on l’éprouve en Sibérie et au nord du Canida, enveloppe l’atmosphère de brouillards malsains, et réduit la végétation à de tristes broussailles, à des mousses rampantes; les animaux s’y couvrent d’une épaisse fourrure, sous laquelle ils restent engourdis une moitié de l’année ; l’homme grand, mais faible et lourd, ne pense qu’à défendre contre la nature marûtre son existence physique; la peau rouge-cuivrée et le tempérament mélancolique semblent nés de cette constitution du climat.
En développant de cette manière une idée du célèbre philosophe Æanf1, nous ne voulons qu’indiquer à la pensée les combinaisons des températures extrêmes et leurs effets les plus probables. Nous convenons que les quatre climats principaux n’existent peut-être nulle part.sans quelques modifications qui en altèrent la nature. Ces modifications sont de deux genres : les unes résultent d’une succession de deux climats différents dans la même région ; les autres sont dues au degré plus ou moins élevé de chacune des quatre qualités constitutives du climat. Ce sont ces modifications qui, malgré le système hippocratien, peuvent mériter à un climat quelconque la qualification de fempéré, attendu que le vrai sens de ce terme dénote une constitution atmosphérique dans laquelle le froid, le chaud, le sec et l’humide soni également modérés l’un par l’autre. Ainsi, ex Égypte, la succession de la chaleur humide pendant l’inondation, et de la chaleur sèche pendant le reste de l’année, tempère un climat qui, sans l’une ou l’autre alternative, serait insupportable. De même la Hollande voit avec plaisir le :roid sec succéder au froid humide, qui à lui seul rendrait ce pays extrêmement nalsain. D’autres fois cette succession se faisant trop rapidement, ou les deux températures étant trop différentes l’une de l’autre , le climat devient plus désagréable que s’il n’y régnait qu’une seule température. C’est ainsi que les habitants d’Astrakhan et de quelques autres villes éprouvent en été
"les chaleurs de l'Afrique, et en hiver les froids de la Sibérie, Les mêmes
constitutions atmosphériques se trouvent encore modifiées par le climat solaire; ainsi la chaleur sèche qui rend le Sahara presque inaccessible, devient à Madrid ou à Marseille une température très-convenable à l’homme. Les funestes effets de la chaleur humide s’affaiblissent de même en s’éloi-
Mémoire sur les quatre principales constitutions de l'espèce humaine, dans le recueil intitulé : Le Philosophe mondain, par Engel (en allemand).
160 LIVRE QUARANTÉ-TROISIEME.
gnant de l'équateur. D'un autre côté, on trouve le froid sec ou humide de plus en plus supportable à mesure qu’on descend du pôle vers les tropiques. Par exemple, à Bergen, en Norvège, et à Brest, en France, c’est toujours la même constitution de l’hiver rendu variable et humide par le voisinage d’un océan qui ne gèle jamais ; mais quelle différence dans l'intensité du froid!
Ces observations sur la véritable acception du mot climat nous conduisent naturellement à jeter un coup d’œil sur les diverses températures des cinq zones dans lesquelles on a l’habitude de diviser ie globe.
La zone torride n’éprouve que deux saisons, l’une sécke et l’autre pluvieuse 1. La première est regardée comme l’été, et l’autre comme l’hiver de ces climats ; mais ils sont en opposition directe avee l’été et l’hiver céleste ; car la pluie accompagne toujours le scleil, de sorte que, lorsque cet astre se trouve dans les signes septentrionaux, les contrées au nord de la ligne ont leur saison pluvieuse. li parait que la présence du soleil au zénith d’une contrée y échauffe et raréfie continuellement l’atmosphère ; l'équilibre est rompu à chaque moment; l’air froid des contrées plus voisines des pôles y est à chaque instant attiré ; il y condense les vapeurs suspendues dans l’atmosphère ; donc il y existe des pluies presque continuelles. Les contrées de la zone torride où il ne s’élève point de vapeurs ne connaissent point de saison pluvieuse.
Les localités, sur les hautes chaînes de montagnes qui arrêtent ou détournent les moussons et les vents, influent tellement sur les saisons physiques de la zone torride, que souvent l'intervalle de quelques lieues sépare l'été de l'hiver. En d’autres endroits, il y a deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches, qu'on distingue par les dénominations de grande et petite.
La chaleur est presque toujours la même à 40 ou à 45 degrés de la ligne équinoxiale. Mais vers les tropiques on ressent déjà une différence entre la température qui règne au moment où le soleil est au zénith et celle qui a lieu lorsque, dans le solstice opposé, les rayons de l’astre du jour tombent sous un angle qui est plus obtus de 47 degrés. Aussi on pourrait, avec Polybe, diviser la zone torride en trois autres ; la zone équatoriale proprement dite est tempérée, si on la compare à la zone du {ropique du Cancer, composée des contrées les plus chaudes et les moins habitables de la terre. La plus grande chaleur observée, qui est de 35 degrés de Réaumur,, l’a été à Bagdad à 33 degrés de latitude. La zone du tropique du Capricorne con-
1 Varen. Géog. générale, ch. XXVI, propos. 10 sgq. Bergmann, Géographie physique, $ 143.
bue on!
sole ven.
mên être avan Ri solei
ide de iques.
ujours isinage sité du
us COn- ‘ratures
tre pluhiver de céleste; cet astre > la ligne ith d’une ailibre est »s pôles y dans l’atontrées de à point de
ues sépare
celle qui à ur tombent rrait, avec
de la terre.
mul, Y'a étè jcorne CON-
graphie phy-
tient peu de terres; mais il paraît qu’elle éprouve des chaleurs momentanées
extrêmes. È La plupart des anciens, méconnaissant l'observation de Polybe, crurent
que la chaleur allait en augmentant du tropique vers l'équateur. Ils en conclurent que le milieu de la zone torride était inhabitable. On sait aujourd’hui que plusieurs circonstances concourent à ÿ élablir une température supportable. Les nuages, les grandes pluies, les nuits naturellement trèsfraiches, ieur durée étant égale à celle des jours, une forte évaporation, la vaste étendue des mers, la proximité des montagnes très-hautes et couvertes de neiges éternelles, les vents alizés et les inondations périodiques, contribuent également à diminuer la chaleur. Voilà pourquoi, dans la zone torride, on rencontre loutes sortes de climats. Les plaines sont brülées ‘les feux du soleil. Toutes les côtes omntales des grands continents, battues par les : vents alizés, jouissent d’une température douce; les contrées élevées sont même froides; dans la vallée de Quito règne un tternel printemps; et peutêtre que l’intérieur de l’Afrique renferme plus d’une contrée douée du même avantage.
Rien n’égale la beauté majestueuse de l’éié dans la zone torride. Le soleil, à son lever, traverse en un instant les nuages brülants de l’orient, et remplit la voûte des cieux d’une lumière éblouissante, dont aucune trace d'ombre n’interrompt la splendeur. La lune brille ici d’un éclat moins pâle; les rayons de Vénus sont plus vifs et plus purs, la voie lactée répand une clarté plus scintillante. A cette pompe des cieux il faut ajoutcr la sérénité de l'air, le calme des flots, le luxe de la végétation, les formes gigantesques des plantes et des animaux, toute la nature plus grande, plus animée, et cependant moins inconstante et moins mobile.
Les zones tempérées! sont dédommagées par les charmes doux et variés du printemps et de l’automne, par les chaleurs modérées de l’été et les rigueurs salulaires de l’hiver; cette succession de quatre saisons n’est point connue au delà du tropique ni vers les pôles. Même la partie de la zone tempérée boréale qui s’étend entre le tropique et le 35e degré de latitude, ressemble en beaucoup d’endroits à la zone torride. Jusque vers le 40e degré, la gelée, dans les plaines, n’est ni forte ni de longue durée; il est également rare d'y voir tomber la neige, quoique sans doute il ne soit pas vrai que lors d’une chute de neige les dames de Rome ou de Napies sortent de la comédis pour jouir d’un spectacle si extraordinaire, ni que les acadé-
miciens courent, la lorgnette à la main, examiner cet étonnant phénomène. ! Lergmann, Géographie physique, 6 144,
Il, 21
Les contrées élevées ressentent ioute la rigueur de l’hiver, et les ozbres, même dans la plaine, perdent leur feuillage et restent dépouiliés de verdure dans les mois de novembre et décembre.
C’est depuis le 40e jusqu’au 60e degré que la succession des quatre saisons se montre le plus régulière et le plus sensible, sans cependant exposer la santé de l’homme. C’est aussi entre ces latiltu4es qu’habitent aujourd’hui les peuples les plus instruits, les plus civilisés, et ceux qui montrent le plus de courage sur mer et sur terre. Il semble que daus les pays où l’on n’a point d’été, les habitants manquent de génie, ou du moins d’esprit et de gout ; tandis que là où il n’y a point d'hiver, on ne connaît guère la vraie bravoure, la consiance, la loyauté, et les autres vertus civiles et militaires. Mais rappelons-nous que c’est l'homme lui-même qui a créé en grande partie ces climats salubres; l1 France, l'Allemagne et l'Angleterre ressemblaient, il n’y a que vingt siècies, au Canada et à la Tatarie chinoise, contrées situées, aussi bien que uotre Europe, à une disiance moyenne entre l'équateur et le pôle.
Au delà du 60e degré, et jusqu’au 78e (qui parait être le terme des terrains habitables dans l'hémisphère boréal), vu 2: connait en général que deux saisons ; on éprouve un long et rigoureux hiver, auquel succèdent brusquement des chaleurs insupportables. L'action des rayons solaires, fiibles en raison de l’obliquité de leur direction, s’accumule pendant les jours extrêmement longs, et produit des effels auxquels on ne s’attendrait que dans la zone torride. [l y a des exemples de forêts qui se sont embrasées, et de goudron qui s’est fondu sur les flancs des vaiseaux. Dans l'hiver, au contraire, on voit les eaux-de-vie se congeler dans les chambres chautfées, et une croûte de glace couvrir jusqu'aux draps de lit. On a trouvé le terre gelée à 33 mètres de profondeur !. Le mercure, figé dans le thermomètre, laisse le degré de froid indéterminé. Je parle ici des extrêmes et de la zone en général. Les expositions méridionales ou.le voisinage de la grande mer adoucissent le climat jusqu'à un degré qui paraîtra incroyable aux esprits prévenus. Bergen en Norvège, et toute la côte de ce pays entre 60 et 62 üugrés de latitude, a l'hiver très-pluvieux, mais rarement de la ncige ou des gelées; cette saison est moins rigoureuse, ct on y use moins de combustible qu’à Ærakovie, à Prague, à Vienne en Autriche, sous 50 à 48 degrés de latitude, La zone froide jouit d’un calme atmosphérique qui est inconnu dans la région tempérée ; point d'orage, point de grêle, rarement une tempête ; l'éclat des aurores boréales, réfléchi par la neige, dis-
1 Gmelin, Voyazc en Sibérie.
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sipe les ténèbres de la nuit polaire; les jours de plusieurs mois, queique d’une magnificence monotone, accélèrent d’une manière étonnante le jeu de la végétation ; en trois fois vingt-quatre heures la neige est fondue et les fleurs s’épanouissent.
Cette succession des zones physiques n’est point égale pour les deux hémisphères. En parlant des glaces de mér, nous avons observé que, dans les mer, areliques, on n’en aperçoit guère de grosses masses flottantes avant le 76e degré, ni de ‘hamps fixes que vers les 75 à 80 degrés de latitude ; tandis que, dans {es mers antarctiques, on rencontre l’un et l’autre à 50 et 60 degrés de latitude australe. Dans la Terre de Feu, dans celle de Sandwich, et dans plusieurs autres îles situées vers les 54e ct 59e degrés de latitude australe, ies :onlagnes, même dans l’été austrai, restent couvertes de neige jusqu'aux bords de la mer.
Cette diminution de chaleur parait cesser tout à coup entre le 30e et le 4C° degre üe latitude ; car de l’intérieur de la Nouvelle-Hollande il sort des vents enflammés, tandis que les montagnes de la terre de Diemen restent couvertes de neiges éternelles ; aussi l’on éprouve dans ces parages les passages les plus subits d’une chaleur étouffante à un froid très-sensible.
Les astronomes semblent attribuer ce contraste uniquement au séjour plus court que fait le soleil dans les signes méridionaux, c’est-à-dire à la plus grande rapidité du mouvement de la terre, lorsqu'elle est dans son périhélie. Le soleil est 7 jours et 48 heures de moins dans les signes méridionaux. Mais la différence produite par cette cause ne scrait que de ;;, et la différence réellement existante est à peu près de +. La théorie du calorique rayonnant a fourni une autre explication ; on a cherché à démontrer que, dans un temps donné, l'hémisphère austral perd une plus grande quantité de sa chaleur propre constante que n’en perd l’hémisphère boréal. Mais cette cause ne devrait pas tout à coup cesser d’agir vers le 40e degré. II faut donc chercher sur la terre même la raison du phénomène qui nous occupe.
La vaste étendue des mers antarctiques, l’absence totale d’une grande terre, et la forme des continents qui se terminent vers le sud en pointes de peu de largeur, ouvrent un champ libre aux courants maritimes polaires, et leur permettent de pousser de tous côtés les glaces du pôle du sud vers la zone témpérée australe. Là elles s’entassent et s'arrêtent en partie, en s’accrochant l’une à l’autre; en partie elles sont empêchées d’aller plus loin par la force déjà très-sensible du mouvement général de l'Océan vers l’ouest; enfin elles se fondent en partie par l’action de la chaleur solaire, qui doit
être déjà considérable à 50 degrés, quoiqu’elle ne fasse que peu d’effet sur le thermomètre, parce que les glaces fondantes l’absorbent aussitôt qu’elle se répand dans l'air.
Comme il n’y a point de ferme fixe où le mouvement des eaux polaires vers l’équateur s'arrête et se change en mouvement général vers l’ouest, ce changement étant soumis à l’influence de plusieurs causes locales et temporaires, il n’y aura plus de limite constante pour les glaces australes. Aussi, tantôt les navigateurs en ont rencontré des iles fixes vers le 50e degré, tantôt ils ont poussé 40 degrés plus loin, vers le pôle sud, sans en rencontrer seulement des morceaux flottants. Ces variations de latitüde sous le même méridien semblent confirmer notre explication ; on ne pourrait même en assigner aucune autre cause suffisante que l’action des courants polaires.
Ces glaces mobiles, poussées de tous côtés vers le tropique du Capricorne, ne s’arrêtent que lorsqu'elles rencontrent les courants qui portent à l’est, et qui, en les entraînant, leur impriment un mouvement combiné ; mouvement qui, constamment modifié par le courant équatorial, leur fait décrire une spirale jusqu’à ce qu’elles se fondent. Elles peuvent donc entrer inopinément dans une zone d’ailleurs tempérée, où leur présence cause et ces transitions subites du chaud au froid, et ces immenses brouillards dont parlent les navigateurs.
En admettant notre explication, on n’aurait pas besoin de supposer /« quantité des glaces australes aussi énorme qu’elle le serait dans toute autre hypothèse. Car, selon nous, les glaces qui se montrent vers les 50e e: 60e degrés de latitude ne marqueraient pas la circonscription d’une calotte sphérique de glaces fixées autour du pôle, mais elles formeraient seulement une enceinte variable, derrière laquelle il pourrait se trouver de vastes élendues de mers qui, de temps en temps, ne renfermeraient aucunes glaces.
La théorie des climats physiques présente encore une dernière question : Admettons nous un changement soit réel, soit seulement possible dans la direction de l’axe terrestre? Cette question intéresse non-sculement les géographes, mais tous les peuples de la terre. Sans l’obliquité de l’écliptique, sans cet angle d’inelinaison qui existe entre le plan de rotation et le plan de l'orbite, il n’y aurait ni inégalité entre les jours d'hiver et d'été, ni changement de saisons, en tant que celles-ci dépendent des causes célestes. L'é-
quateur serait encore plus constamment échauffé qu’il ne l’est; mais des deux côtés on verrait la chaleur diminuer dans une progression très-rapide : chaque climat aurait sa température invariable, et ce serait pour chacun
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celle de son printemps et de son automne actuel, mais très-vraisemblablement un peu plus froide. La terre ne serait donc guère habitable an delà du 45e ou 50° degré. Voilà ce printemps éternel que les poëtes voudraient nous faire regretter. Beaucoup de philosophes et d’astronomes ont cru,.que l’écliptique et l'équateur tendaient réellement à coïncider ensemble. Les anciens astronomes ont trouvé l’obliquité de l’écliptique de 24 degrés. Eratosthène, 250 avant Jésus-Christ, la trouva de 23 degrés 50 minutes; Albatégnius, en 880, de 23 degrés 35 minutes 40 secondes ; Tycho-Brahé, en 4587, de 23 degrés 31 minutes 50 secondes : elle oscille aujourd’hui autour de 23 degrés 23 minutes. Sa diminution séculaire semble avoir été jusqu'ici de 57 secondes. Mais Euler et Laplace ont prouvé, par des calculs subtils et profonds, que cette diminution provient de lattraction mutuelle de toutes les planètes dont les orbites, diversement inclinées, cherchent constamment à se confondre dans un même plan ; d’où il ne résulte que des inégalités temporaires contenues entre des limites fes. Le so'eil contribue surtout à ramener constamment toutes ces variations au point d’où elles étaient parties. Sans la force attractive du soleil, les planètes, surtout Jupiter et Vénus, seraient à même de changer l’obliquité de l’écliptique de 10 à 12 degrés. Mais le puissant monarque du système planétaire réprime ces efforts, et empêche que l’obliquité ne puisse jamais varier de plus de 2 à 3 degrés. En général, tout le système du monde semble aujourd’hui osciller autour d’un état moyen, d’où il ne s'éloigne que très-insensiblement de côté et d'autre. Les combats violents des grandes forces de la nature ont cessé; nous vivons dans une époque de calme physique.
Suite de la Théorie de la Géographie. — De la Terre, considérée comme le séjour des êtres organiques. — Première section : De la distribution géographique des végilaiux,
Nous avons décomposé l: globe terrestre en ses parties solides, liquides el atriformes; passons à la considération de ces êtres innombrables qui élalent sur tous les points de ce globe le spectacle de la vie, qui en embellissent la surface, qui en consument les principaux sucs nourriciers, et, par un sort commun, y trouvent mille tombeaux divers. Sans doute ces
productions et ces habitants de la terre n’y sont point disséminés au ha-
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sard ; des lois g‘nérales ont assigné à chaque classe de ces êtres organiques son berceau et sa tombe ; ces lois, nous devons les étudier avant d’entieprendre la description des diverses parties d” monde.
Par Icur abondance et par leurs rapports intimes avec le sol, les végé. taux réclament la première place. C’est à la botanique à examiner en détail les trésors du règne végétal, ces fleurs brillantes et ces célices qui
Du choix de leurs parfums embarrassent l'abeille,
ces élamines, ces pistils, tous ces organes des amours innocentes; ces ovaires qui survivent à l’envelonpe maternelle, et en se développant deviennent des fruits succulents; ces germes qui, sous un mince volume, renferment l'espoir des générations à venir ; toutes ces charmantes merveilles revêtues de tant de formes, ei produites par le jeu simultané de tant de forces diverses, que l’on croirait volontiers la nature occupée de ce soin unique, si l’on ne savait que ce sont là ses moindres ouvrages. La géographie physique s'occupe de la distribution du règne végétal, et y trouve assez de matière à admirer cetle sagesse qui à présidé à la production de luniversi,
La température de l’air paraît seule mettre des bornes physiques à l'extension ‘une espèce végétale. L'échelle de la chaleur atmosphérique sert aussi d'échelle ordinaire aux progrès de la végétation. Voilà pourquoi, sous le climat brülant de la zone torride, on n’a qu’à s'élever sur les montagnes pour jouir des fruits et des fleuss de la zone tempérée. Tournefort trouva au pied du mont Arara’ les végétaux ordinaires de l’Arménie; au milieu, ceux de l'Italie et de la France; sur le sommet, ceux de Ja Scandinavie. Forster vit plusieurs plantes des Alpes sur les montagnes de la Terre de Feu. Si les vallées des Andes sont ornées de bansniers et de palmiers, les régions les plus élevées de cette chaîne nourrissent des chênes, des sapins, des vinettiers, et uae foule de genres communs au nord de l’Europe. L'homme, profitant de cette disposition, a transporté et disséminé presque sur toute la surface du globe ces graminées qui Jui fournissent sa principale nourriture. Quelques autres plantes utiles ont éte rendues communes à tous les climats par la nature même. Les plantes antiscorbutiques, si salutaires pour le navigateur languissant dans sa prison flottante, sont répandues partout où il y a encore un germe de vie. On trouve du cresson, de la chicorée, de l’oseille sauvage sur les rivages toujours glacés de la
1 Humboldt, Essai sur la Géograrhie des plantes. Stromayer, Specimen geozraphi® botanicæ. Gottingæ, 180$. Bergmann, Géograph. phys., sect. VE.
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baie d'Hudson, et dans la Sibérie aussi bien que dans ces heureuses iles éparses au milieu de l'océan Pacifique. Les arbustes qui se chargent de baies et de petits fruits agréables au goùt viennent dans les pays les plus inhabités. Dans le Groenland même, le groseillier porte de très-bons fruits. La Laponie possède une ressource dans ses arbustes, tels que l’épinevinette, le mürier rampant, l’aireillier et autres.
Ni le froid extérieur ni l’absence de la lumière n’arrêtent entièrement la vie végétale. Les cavernes et les mines donnent naissance à un certain nombre de plantes, surtout des cryptogames. Plusieurs saxifrages et renoncules, les saules rampants, ainsi que tous les lichens aiment je froid. La neige, loin d'empêcher les fonctions vitales de ces végétaux, les garantit de l'effet des gelées, et leur fournit en abondance l'oxygène qu’elle contient, et qui, en accroissant leur vigueur, accélère la germination des semences. Ramond a constaté que des plantes cachées pendant plusieurs années sous la neige y avaient continué de vivre. L'organisation des plantes alpines ou polaires se prête à une croissance et à un développement si rapides, qu’un petit nombre de jours chauds leur suffit pour fruclifier. Peut-être même la neige éternelle serait le séjour d’une sorte de végétation ; au moins Saussure y a trouvé une poussière rougeàtre, dout la nature a été reconnue pour être végélale par les observations récentes de M. Biot. Ce végétal a reçu le nom d’Hæmalo occus nivalis ; il est sans doute le plus simple de tous les végétaux, puisqu'il ne se compose que d’une cellule remplie de liquide. Patrin et Sokolof ont vu en Daourie des terrains couverts de végétaux, quoique entièrement environnés de neiges éternelles.
La chaleur extrême arrête encore moins la force productive de la nature dans le règne végétal, pourvu qu’elle soit accompagnée d'humidité. On voit des plantes naître non-seulement sur les bords des sources chaudes, mais même au sein de ces eaux qui semblaient devoir les faire périr. On en trouve desexemples depuis l'Islande jusqu’au Cap, et depuis le Kamtchatka jusqu’à l'île d’Amboine, Les exhalaisons sulfureuses et les mofettes des cavernes volcaniques semblent n’exercer sur la végétation qu’une influence lente, bornée, tandis qu’elles donnent aux animaux une mort instantanée.
Cest Pabsence de l'humidité qui oppose à la végétation les obstacles les plus redoutables. Voyez sous l'équateur, comme vers le pôle, ces déserts sablonneux condamnés à une éternelle stérilité! Aucune goute de pluie ne saurait s’arrêter dans ce sol incohérent ct toujours remué par les vents; aucun germe ne saurait s’y fixer. C’est sans doute à des causes à peu près semblables qu’il faut atlribuer la nudité de plusieurs montagnes dont les
flancs escarpés ou les sommets aplatis n’offrent aucun abri aux colonies végétales que les vents y font aborder ; tandis que d’autres montagnes, à une température plus froide, conservent encore quelques plantes. Par exemple, on voit dans le Derbyshire une colline qui ne produit aucune herbe, parce que ses flancs se décomposent journellement en lamelles schisteuses qui roulent en bas.
La pression de l’atmosphère exerce une influence frappante sur la configuration et la vie des plantes. Les végétaux vivent principalement par jeur surface; de là leur grande dépendance du milieu qui les entoure. Les animaux obéissent plutôt à des stimulus intérieurs, et se donnent la température qui leur convient. La respiration par l’épiderme est la plus importante fonction vitale des plantes ; et cette fonction, en tant qu’elle sert à évaporer et à sécréter des fluides, dépend de la pression de l'atmosphère. C’est pourquoi les plantes alpines sont plus aromatiques, plus garnies de poils, et couvertes de nombreux vaisseaux sécrétoires. Au contraire, elles croissent avec difficulté dans les plaines où leur respiration par l’épiderme est dérangée, parce que la pression de l’air y est plus forte.
La nature chimique du sol montre son influence sur les végétaux plutôt en modifiant leur port, leurs sucs et leurs fruits, qu’en bornaunt leur extension. Pourtant le sel commun, dissous et répandu sur le sol en quantité, y rend la naissance des végétaux presque impossible. La fusion que subissent les laves est probablement la seule cause qui y retarde pendant des siècles les progrès de la végétation, tandis que les cendres volcaniques donnent promptement naissance à de riches moissons ou à de beaux vignobles. En général , les terres ne servent guère que d’appui et d’abri aux plantes; elles se nourrissent de l’eau et des fluides huileux qui se rassemblent dans la terre et que les racines sucent. Une faible quantité de terre, dissoute dans ces fluides, est absorbée par la plante. D’autres causes contribuent encore à la vie végétale; les plantes respirent par leurs trachées les divers fluides de l’atmosphère ; la lumière surtout doit présider au phénomène chimique par lequel la nourriture de la plante s’assimile à sa substance. Les terres élémentaires que l’on retire d’une plante par Panalyse chimique paraissent plutôt être le produit et le résidu de la digestion par laquelle le végétal s’assimile ses aliments, que des parties venues directement de la terre environnante !. Les expériences de M. Schrader
1 Senebier, Encycl. méthod. physiol. végét., tome I.
Une expérience encore peu connue vient à l’appui de ces faits : elle eut lien dans ces dernières annécs, au printemps, en Sibérie, vers le 60° degré de latitude. Un
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uut toit voir que des plantes qui végétaient dans du soufre sublimé donnavat à l’analyse les mêmes terres que celles qui croissaient à la façon ordinaire. Ces observations, fournies par la physiologie végétale, peuvent expliquer pourquoi la terre siliceuse forme une si grande partie de la substance des végétaux, quoique les terrains calcaires se revêtent ordinairewent d’une végétation plus vigoureuse et plus abondante que les terrains granitiques. La terre calcaire attire l’humidité, répand la chaleur, et fournit aux plantes de l’acide carbonique. Mais c’est la silice qui domine dans la meilleure terre végétale. La terre siliceuse abonde aussi dans les graminées et dans plusieurs joncs. On a trouvé dans les cendres de la paille de seigle, jusqu’à 70 pour 400 de silice. Les jointures du bambou renferment des cristallisations de pure silice. Il y a pourtant d’autres plantes qui sont comme imprégnées de terre calcaire, telles que le chara vulgaris, l’hypnum crista castrensis, la neckera dendroïdes, et quelques autres eryptogames. Encore d’autres plantes, telles que la salsola kali, les salicornes, les mésembryanthèmes, nagent pour ainsi dire dans une dissolution de natron.
On peut réduire toutes les substances que la chimue retire des végétaux à quatre éléments, savoir : l’oxygène, l'hydrogène, l’azote et le carbone. L’alcali qu’on extrait de plusieurs végétaux doit probablement son origine à l'azote: le fannin, principe astringent qu’on trouve dans l'écorce, les racines et les feuilles de quelques arbres, semble être du carbone dans un état particulier. Tout est incertitude dans la physiologie végétale, et la géographie des plantes n’en peut encore emprunter qu’un très-pelit nombre de principes.
Ce qu’il y a de certain et d’évident, c’est que la force végétative embrasse toute l'étendue du globe depuis un pôle jusqu’à l’autre, et depuis les sommets des Andes, où le lichen rampe sur les rochers les plus durs, jusqu’au sein de la mer, d’où s'élèvent les prairies flottantes d’algues et de fucus. Le froid et la chaleur, la lumière et l’ombre, les terrains fertiles et les déserts, chaque lieu et chaque température a son genre de végétation qui s’y plait et prospère. Les cryptogames se ramifient même sur les sombres voüles des mines et sur les parois des cavernes les plus profondes. curieux mit une pomme de terre dans un vase rempli de terreau, qu’il enterra ensuite dans une couche du mème engrais, en sorte que la plante n’avait pour aliment que le terreau, A l’époque de la maturité du tubercule, celui-ci avait absorbé tout l’engrais;
il n’en restait plus dans le vase qui se trouvait si complétement rempli par le végétal, que tous les tubercules n’en formaient qu’une masse qui remplissait toute Ja capacité du vase,
! Linnée, Amœuitat, acad., IV, 64.
Il,
La marche que suit la végétation dans ses conquêtes sur la matière inorganique offre des gradations remarquables. « Que du fond de la mer, dit M. de Humboldt, un volcan soulève tout à coup au-dessus des flots bouillants un rocher couvert de scories, ou, pour rappeler nn phénomène moins terrible, que des néréides réunies! élèvent leurs demeures cellulaires pendant des milliers d'années, jusqu’à ce que, se trouvant au-dessus du niveau de la mer, elles meurent après avoir ainsi formé une île aplatie de corail; la force organique est déjà prête pour faire naître la vie sur ce rocher. Qui peut y porter si soudair2ment des semences? Sont-ce les oiseaux voyageurs, les vents ou les vagues de la mer? C’est ce que le grand éloignement des côtes rend difficile à décider. Mais à peine l'air a-t-il touché la pierre nue, que dans les contrées septentrionales il se forme à sa surface un réseau de filets veloutés qui, à l’œil nu, paraissent des taches colorées. Quelques-uns sont bordés par des lignes saillantes, tantôt simples, tantôt doubles; d’autres sont traversés par des sillons qui se croisent. À mesure qu’ils vicillissent, leur couleur claire devient plus foncée. Le jaune qui brillait au loin se change en brun, et le gris bleuâtre des lepraria prend insensiblement une teinte de noir poudreux. Les extrémités des enveloppes vieillissantes se rapprochent et se confondent, et sur le fond obseur se forment de nouveaux lichens de forme circulaire et d’un blanc éblouissant. C’est ainsi qu’un réseau organique s’établit par couches successives. Où le chêne majestueux élève aujourd’hui sa tête aérienne, jadis de minces lichens couvraient la roche dépourvue de terre. Des mousses, des graminées , des plantes herbacées et des arbrisseaux, remplissent le vide de ce loug intervalle, dont la durée ne peut être calculée. L'effet produit dans le Nord par les lichens et les mousses, l’est, dans la zone torride, par le pourpier, le gomphrena, el d’autres plantes basses habitantes des rivages.
Cette belle observation tend à établir des époques dans l'histoire de la propagation successive.des plantes qui couvrent aujourd’hui la terre. Sans doute, lorsque la végétation étendait déjà son tissu de verdure sur les montagnes primaires ei secondaires, on voyait encore les terrains tertiaires, à peine desséchés, couverts d’un limon fangeux et semés de quelques plantes languissantes, de joncs, de mousses et d’épais buissons d’osier et de saules, Les Grecs prétendaient que les hommes, les animaux et les plantes avaient i:ngtemps habité les montagnes avant de se répandre dans les plaines et sur les côtes. Tacite nous peint la Germanic remplie de marais inacces-
1 Humboldt, Tableaux de la nature, IE, 15.
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sibles, aujourd’hui en grande partie desséchés. Rudbeck lui-même convient que, d’après les traditions indigènes, les parties basses de la Scandinavie offraient le même aspect. Ainsi, l’histoire semble confirmer l'hypothèse si savamment développée par Lacépède et Ramond, d’après laquelle on doit regarder les grandes chaînes de montagnes comme autant de centres d’où la population végétale, aussi bien qu’animale, s’est répandue sur le reste du globe.
En effet, les chaînes des Alpes, de l'Atlas et du mont Taurus, le plateau central de l’Asie, celui de l'Afrique méridionale, les Andes, les Alleghanys, semblent être la patrie des végétaux qui couvrent les contrées situées à leurs pieds. À ces grands centres du règne végétal, le progrès des découvertes joindra bientôt les plateaux ou les chaînes de montagnes qui doivent occuper l’intérieur de la Nouvelle-Hollande et le nord-ouest de l'Amérique.
Ce serait, selon nous, dénaturer entièrement une :dée juste et évidente que de vouloir encore réduire ces centres de la vie végétale et animale à un seul centre, ainsi que l’ont fait plusieurs savants, trop attachés au système invraisemblable d’une retraite lente et uniforme de la mer. La force organique dont la matière a élé animée n’aurait-elle agi dans l’origine que sur un seul point du globe? La nature n’aurait-elle pas, sur les rivages du Sénégal, exercé le même pouvoir qu’au bord du Gange ? Pourquoi les blés seraient-ils nés en Tatarie avant que de naître en Europe ? Pourquoi l’Espagne et l'Italie n’auraient-elles pas produit des olivicrs sauvages, puisque la Perse, bien plus froide, en est couverte? On exagère beaucoup les prétendues migrations des plantes. On veut, par exemple, que l’Europe ait reçu le froment et l’orge de la Tatarie; le noyer, de la Perse; l’olivier, de la Syrie; la vigne, des bords de la mer Caspienne; enfin on accumule des témoignages historiques pour prouver que presque toutes nos plantes utiles sont venues d'Asie !; mais toutes ces observations des anciens peuvent se rapporter uniquement à la cullure d’une plante et non pas à son origine. Sans doute Lucullus a le premier amené de Cerasonte en Pont les cerisicrs cultivés depuis en Italie; mais en rapportant ce fait, Pline nous dit que les cerises de Lusitanie étaient les plus estimées dans la Gaule belgique, et que la Macédoine en produisait une espèce particulière. Aurait-il parlé de la sorte si les cerisiers de Macdoine et de Lusitanie descendaient de ceux du
! Hyene. Opusce. acad., vol. E, p. 330-383. Linnée, Coloniæ plantarum, etc. Sp:ngel, &i é pur Humboldt, Tableaux de la nature, 1. Dureau de la Malle, Aperçu de l'origine des plantes céréales, Annales dés voyages, X, 391 sqq.
Pont? Le même auteur semble convenir que la vigne était indigène en Gaule. La tradition unanime de l’antiquité fait naître en Sicile ou dans l’Attique la culture du froment, eulture contemporaine des premiers essais de législation. Une espèce de seigle connue sous le nom celtique d’arinca, conservé dans le terme dauphinois riguet, était indigène dans les Gaules. Ces exemples, qu’il serait aisé de multiplier, prouvent que les plantes céréales, et en général les végétaux de l’Europe, peuvent se passer de l'honneur d’une origine étrangère. D’un autre côté, l’on ne saurait nier que les migrations de l’homme aient singulièrement influé sur l’extension géographique des plantes. Non seulement l’homme transporte à dessein le caféyer de l’Arabie aux îles de Colomb, et la patate de l'Amérique aux rivages de l’Europe ; mais même le simple hasard, en laissant une graine étrangère se mêler à un ballot de marchandise, a répandu plusieurs plantes du Brésil aux environs de Lisbonne, et quelques-unes de celles du Portugal sur les côtes voisines de Falmouth et de Plymouth en Angleterre.
Il y a dans la dissémination des plantes plusieurs singularités difficiles à expliquer et même à définir. Quelques plantes semblent vivre en société et occuper exclusivement de vastes terrains, d’où elles bannissent tout autre végétal. C’est ainsi qu’à travers le Jutland, le Holstein, le Hanovre, la Westphalie et la Hollande, on peut suivre une longue chaîne de collines uniquement couvertes de la bruyère ordinaire et de la bruyère {etralix. Depuis des siècles, les peuples agriculteurs combattent avec peu de succès contre la marche progressive de ces phalanges végétales. Il est encore singulier que le genre erica ne se trouve que sur un des côtés de notre planète. Parmi les cent trente-sept espèces de bruyères connues jusqu’à présent, on n’en rencontre pas une seule dans le nouveau continent, depuis la Pensylvanie et le Labrador jusqu’à Nootka et Alaschka; elles paraissent même peu communes en Asie. On voit d’autres fois des sauts singuliers dans la distribution des plantes. La plupart des arbres forestiers de l’Europe, mème les plus robustes, disparaissent vers les monts Ouraliens, et surtout vers les bords du Tobolsk et de l’Irtyschl : ils ne croissent pas en Sibérie, quoique sous le même climat. Le chêne, le noisetier et le pommier sauvage suivent cette commune loi. On en chercherait en vain un pied depuis le Tobolsk jusqu’à la Daourie ; pourtant les deux premiers reparaissent tout à coup sur les bords de l’Argoun et de l’Amour ; le dernier se montre de nouveau dans les iles Aléoutiennes.
Ces remarques doivent faire sentir combien il serait difficile d'indiquer avec certitude des régions de géographie botanique, objet qui d’ailleurs
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semble appartenir à la partie de ce Précis qui contient les descriptions particuiières des divers pays. Ici nous devons nous borner à quelques aperçus sur laspect et les avantages de la végétation dans les diverses zones du globe.
La zone glaciale renferme peu d’espèces ; maïs comme dans les courts moments de l’été polaire la végétation est très-rapide, ces espèces deviennent plus nombreuses en individus que l’on ne le croit communément. La verdure de l’été polaire se borne aux coteaux exposés au midi; elle est momenlanée, mais elle est quelquefois brillante. Outre la mousse et les, lichens, on y voit surtout des fougères, des plantes rampantes et des arbustes à baies. tels que les groseilliers, les rubus chamæmorus, les rubus arcticus et les divers vaccinium, ressources et délices de la Sibérie et de la Laponie. Nulle part ces fruits n’abondent davantage, nulle part ils n’ont autant de saveur. La zone glaciale admet aussi quelques arbres, surtout des bouleaux ct des saules; mais ils restent nains toute leur vie, et ne s’élèvent qu’à un ou deux pieds. Tel est cependant le privilége du climat de l’Europe ; ia Laponie, qui est presque en totalité située dans la zone glaciale, produit du seigle, des légumes, et aurait, selon M. de Hermelin, de belles forêts, si une mauvaise économie n'avait pas entrainé leur destruction, Comme les mousses, les lichens de l'Islande et du Groenland se retrouvent sur les Alpes et les Pyrénées, on peut dire que la zone glaciale ne possède aucune espèce végétale exclusivement.
La zone tempérée boréale doit, sous le rapport du règne végétal, être partagée en deux moitiés; mais la limite de ces demi-zones varie, selon le climat local, depuis le 50e jusqu’au 40e parallèle.
Sur la limite de la zone tempérée et de la glaciale commence l’éternelle verdure des pins et des sapins, ces arbres dont la forme se rapproche de la cristallisation, et qui au, milieu des hivers, conservant la chaleur de la vie, ressemblent aux peuples du Nord qui, dans leur âpre climat, dévéloppent toutes les ressources du génie et du courage.
Plusieurs arbres fruitiers, les pommiers, les poiriers, les cerisiers, les pruniers; certains légumes, comme le chou, les pois, les raves, viennent mieux où sont plus cultivés dans la moitié septentrionale de la zone temperée. Le lin et le chanvre y sont indigènes; la verdure y est plus brillante, surlout dans les pays maritimes. A mesure qu’on y avance, le chêne, l'érable, lorme, le tilleul, prennent le dessus sur le pin et le sapin. Les fruits plus délicats, l’olive, le ci on, l'orange, la figue, et, parmi les arbres sauvages, le cèdre, le cyprès, le liége, appartiennent plus spécialement à
la partie la plus méridionale de la même zone. Il y a même une différence sensible entre la culture des légumes au delà et en decà du 45e degré. Les fèves, les lentilles et les artichauts paraissent indigènes au sud de cette ligne; les ognons y ont moins d’âcreté; plusieurs végétaux délicats ou aromatiques (comme les fruffes) ne viennent pas dans la même perfection au nord de ce parallèle.
La vigne et les mdriers occupent le-milieu entre le 30e et le 50e parallèle. Disons même que si la vigne a suivi la civilisation jusqu’au 50e degré et au delà, ce n’est qu’en France, en Allemagne et en Hongrie, partie du globe trop petite pour ne pas éire regardée comme une exception. La “eritable patrie de la vigne #:1 au sud du 45e degré ; les peuples qui habitent au nord de ce parallèle arrachent à leur sol, à force de travail ct de science, ce que la nature prodigue : l'ignorance des vignerons d'Italie et à la paresse de ceux d’Espagne.
Les péches, les abricots, les amandes, les cognassiers, les châtaignes et les noïx craignent également le voisinage du tropique et celui du cercle polaire.
Quant aux céréales, l’avoine ct l'orge sont les espèces qui s’accommodent le mieux du froid ; l'orge surtout semble allonger ou raccourcir la période de sa vie végétale d’après la durée des étés ; en Laponie et à Olekminsk, cn Sibérie, elle mürit en sept à huit semaines; malgré cette étonnante rapidité de croissance, hiver de Sibérie la surprend quelquefois, Entre le 60e et le 40e degré, l’agriculteur plus heureux remplit ses granges de seigle, de froment, de millet, de blé sarrasin ; riche de ces trésors, il n’envie point à des climats plus méridionaux, et situés vers le tropique, leur riz, leur maïs, ct autres espèces semblables. Ces blés, moins favorables à la santé el à la vigueur de l’homme, peuvent même réussir jusqu’à la latitude de 50 degrés; mais une bonne économie rurale leur préfère des cultures moins incertaines.
L'Européen né au nord des Alpes est sujet à se former une fausse idée du caractère de la zone comprise entre le 40e et le 25e degré de latitude. Sortant de nos belles forêts de chênes, de nos vergers riants, accouiumé à fouler même dans l'été un beau gazon, il franchit les Alpes, les Cevennes, les Pyrénées; il est frappé de l’aspect nu et brûlé de la Provence, de l'Italie ou de l'Espagne; il se représente au delà de la Méditerranée les vastes mers de sable de l'Afrique, et il est tenté de croire que touie cette zone est patureilement dénuée d’arbres : il se trompe. Il est vrai que dans tous les pays voisins de la Méditerranée, et où domine le calcaire secondaire, une
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partie de la superficie du sol n’est qu’un rocher nu. La beauté pittoresque de l'Italie a surtout pour cause le contraste agréable qu’offrent la roche inanimée et la végélation vigoureuse éparse çà ct là sur sa surface. Mais partout où celte roche moins crevassée relient l’eau à la surface de la terre, comme sur les bords enchantés du lac d’Albano, l’Italie a ses forêts de chénes aussi touffues et aussi vertes que celles qu’on admire dans le nord de l’Europe !. Les grands déserts ou mers de sable d’Afrique sont un phénomène local et qui ne lient point aux zones, puisqu'il se répète en Perse eten Tatarie, sous une latitude beaucoup plus élevée. C’est un haut fond de l’ancienne mer du globe, si l’on admet la théorie de Deluc.
Il faut cependant convenir que la zone tempérée chaude, ou celle du 40e jusqu’au 25° parallèle, offre en général moins d'humidité constante et une végétation moins belle que la zone tempérée froide; il n’y a d’exception que pour les États-Unis et la Chine, régions où, par une suite de la situation géographique, le climat de la zone tempérc froide et cclui de la zone torride se touchent immédialement, et souvent alternent ensemble, ce qui y produit le mélange le plus agréable de la végétation boréale et de celle des régions équatoriales.
La zone lorride possède des richesses végétales que l’on désirerait en vain naturaliser dans les autres régions du globe. C’est elle qui voit mürir les fruits les plus succulents et les aromates les plus piquants ; toule la végétation y a plus de force, plus de variété et plus d’éelat ; les rayons ardents du soleil y érigent la plaute en arbuste, et l’arbuste en arbre ; ce n’est pas une simple sève qui coule dans les veines des végétaux, ce sont des baumes, des gommes, des sues qui flattent et excitent le goût difficile el émoussé du volupteux Européen, des remèdes précieux et uniques contre ces maux qui assiégent l'humanité. Quel paradis, si l’on pouvait y transporter la civilisation et la morale! C’est là que s’élèvent la canne à sucre, le caféyer, le palmier, l'arbre à pain, le pisang, l'immense bacbab, les choux palmistes, le cacao, !à vanille, la cannelle, la noïx muscade, le poivrier, le campirier, eic. il y a encore beaucoup de bois de teinture et des espèces particulières de blé, comme le durra, le holcus, le cambu, le kébru, qui appartiennent presque exclusivement à la zone torride, Landis que cette zone n’est privée d'aucune espèce de celles qui viennent sous un ciel moins ardent. La plante qui en Sibérie végète dans la plaine, se trouve aux plus hauts sommets des montagnes sous la ligne, et les flancs de ces mêmes monts représentent la zone tempérée.
! Humboldt, Tableaux de la nature, 1, 20.
L'aspect de la végétation, sous l'équateur, enchante l’imagination ; c’est à que les plantes déploient les formes les plus rajestueuses. De même que dans les frimas du Nord l'écorce des arbres est couverte de lichens et de mousses, de même entre les tropiques le cymbidium et la vanille odorante animent le tronc de l’ancardium et du figuier gigantesque. Le verdure fraîche des feuilles du pothos contraste avec les fleurs des orchidées, variées de mille couleurs bizarres. Les bauhinia, les grenadilles grimpantes et les banisteria aux fleurs d’un jaune doré, enlacent le tronc des arbres des forêts. Des fleurs délicates naissent des racines du {heobroma-quazuma, ainsi que l'écorce épaisse, rude et noircie du calebassier et du gusfavia. Au milieu d: cette végétation si riche, et de cetie confusion de plantes grimpantes, le naturaliste a souvent de la peine à reconnaitre à quelle tige appartiennent les feuilles et les fleurs. Un seul arbre orné de paullinia, de bignonia et de dendrobiisn, forme un groupe de végétaux qui, séparés les uns des autres, couvriraient un espace considérable !. Dans la zone torride, les plantes, plus :;;:1dantes en suces, offrent une verdure plus éelatante et des feuilles plus grandes et plus brillantes que dans les climats du Nord. Les végétaux qui vivent ex sociélé, et qui rendent monotone l’aspect des campagnes de l'Europe, manquent presque entièrement dans les régions équatoriales. Des arbres deux fois aussi élevés que nos chênes s’y parent de fleurs aussi grandes et aussi belles que nos lis. Sur les bords ombragés de la rivière de la Madeleine, dans l'Amérique méridionale, croît une aristoloche grimpante, dont les fleurs ont plus d’un mètre de circonférence. Les enfants s'amusent à s’en couvrir la tête. Ajoutez à ce tableau les formes gigantesques des baobabs, dont la circonférence s’étend quelquefois à 30 mètres, et la taille élégamment hardie des eucalyplus et des palmiers à cire qui, atteignant de 50 a 60 mètres d’élévation, forment des portiques aériens au-dessus des forêts.
La hauteur prodigieuse à laquelle s'élèvent sous les tropiques des contrées entières, et la température froide de cette élévation, procurent aux habitants de la zune torride un coup d’œil extraordi:aire, Outre les groupes de palmiers et de bananiers, ils ont aussi autour d’eux des formes de v‘gétaux qui semblent n’appartenir qu'aux régions du Nord. Des cyprès, des sapins et des chênes, des épines-vineties et des aunes qui se rapprochent beaucoup des nôtres, couvrent les cantons montueux du sud du Mexique, ainsi que la chaîne des Andes sous l'équateur.
La zonc tempérée australe viendrait maintenant terminer le tableau phy- 1 Humboldt, Tablearx de la nature, 11, 60,
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tographique du globe si on osait assurer que sous le rapport de la végétation il existe une zone semblable. Mais il semble que les trois extrémités de l'Amérique, de l'Afrique et de la Nouvelle-Hollande, comprises dans cette zone, ne contiennent que des colonies végétales, qui, de la zone torride de ehacune de ces régions, se sont répandues au sud. D’après ce point de vue, il est probable que la végétation de ces trois extrémités de continents, même lorsqu'elle sera mieux connue, offrira plutôt des scènes locales qu’un tableau général.
Essayons maintenant de donner un aperçu de la végétation marine. !
Lamouroux, à qui l’on doit de nombreuses recherches sur la distribution des végétaux marins, à fait judicieusement observer que, de même que les plantes les moins compliquées dans leur organisation, telles que les agames, semblent braver les chaleurs les plus vives et les froids les plus rudes, et vivent par conséquent aussi bien sous la zone torride que sous la zone glaciale ; quelques hydrophytes des eaux salées, les ulvacées, par exemple, végètent indifféremment dans les mers équatoriales et sur les rochers marins du Groenland, Mais les nuances de végétation que nous avons remarquées aux différentes hauteurs pour les plantes terrestres, ne paraissent pas applicables aux plantes qui habitent le sein des mers. « Soumises, dit Lamouroux, à l'influence de la couche d’eau qui les couvre, elles suivent les courbures des côtes, et la quantité des espèces peut diminuer en partant d’un point déterminé et suivant la direction des terres, mais cette diminution ne rayonne jamais. On ne peut pas compter comme une diminution rayonnante celle que présentent quelques genres, et qui a lieu d’une mer profonde vers la côte, ou des côtes vers la mer. Pour les hydrophytes, de même que pour les phanérogames, il y a des localités centrales où des formes particulières semblent dominer, soit dans des groupes de plusieurs genres, soit dans des groupes de plusieurs espêces. À mesure que l’on s’éloigne du point où elles se montrent dans toute leur beauté et dans toute leur profusion, ces formes perdent queiquesuns de leurs caractères; elles se dégradent, se confondent avec d’autres, et finissent par disparaître pour faire place à de nouveaux eaructères, à de nouvelles formes, entièrement différentes des premières. »
Le savant naturaliste à qui nous empruntons ce passage a reconnu qu'il existe des différences marquées dans les hydrophytes qui croissent à de grandes distances. Ainsi, dans le grand bassin atlantique, on voit, depuis
* Empruntons à M. Huot un extrait de son article Végétation dans l'Encyclopédie méthodique, relatif à la distribution géographique des plantes marines. II. 23
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le pôle jusqu'au 40e degré de latitude nord, une végétation différente de celle de la mer des Antilles et du golfe du Mexique, de celle de la côte orientale de l'Amérique du sud, de celle de Pocéan Indien, de celie enfin de l'océan Pacifique et des parages de la Nouvelle-Hollande. Les hydrophytes de la Méditerranée et de la mer Noire diffèrent de celles des Océans ; cependant, on remarque aussi des différences, non-seulement dans les mers voisines, mais dans différents parages de la même mer : ainsi la Méditerranée est peuplée de plantes que l’on retrouve dans la mer Noire, et cependant celles de la côte d'Alexandrie et de Syrie ne sont pas les mêmes que celles de Suez et du fond de la mer Rouge.
On sait que la végétation marine des Canaries n’est pas semblable à celle des Antilles; mais Lamouroux nous apprend aussi que les laminaria pyrifera des mers australes remontent jusqu’à Valparaiso, c’est-à-dire jusqu'au 33e degré de latitude, et que le laminaria porroidea, que l’on observe dans les parages de Callao, remonte jusqu’à 600 lieues plus eu nord ; que cependant les hydrophytes des côtes du Portugal ne sont pas jes mêmes que celles des côtes de la Normandie et de l'Angleterre.
D’après les faits recueillis par divers botanistes et confirmés par le savant qui nous a fourni ces généralités, il existe de grands rapports entre les piantes de la baie d'Hudson, de celle de Baffin, du Spintzberg, de l’Islande et de la Norvège boréale : mais les hydrophytes du détroit de Magellan n’ont plus d’identiques à la Nouvelle-Zélande ou sur la côte de Diemen. Entre les deux tropiques, les sargasses forment d'immenses prairies flottantes; au delà du 30c degré de latitude, elies ne sont plus que-par groupes isolés. Les laminaires, si communes dans les mers froides, deviennent rares sous le 40e degré; les conferves forment environ les deux tiers des plantes des mers du Nord, la moitié de celles des côtes de France, et un peu plus du tiers de celles du golfe de Venise.
En se rapprochant des régions tempérées ou chaudes, le nombre des fucacées et des floridées augmente ; ces dernières deviennent peu à peu trois ou quatre fois plus nombreuses que les précédentes ; mais vers le 44e ou le 45e degré, elles commencent à diminuer, tandis que les fucacées paraissent au contraire s’accroître. Les diclyoléessaugmentent depuis le pôle jusqu’à l’équateur ; les ulvacées, au contraire, varient peu.
En attendant des observations plus exactes, ajoute Lamouraux, que celles qui ont êté faites jusqu’à ce jour, on peut évaluer que les eaux douces et les câtes de France offrent au moins six cents espèces d’hydrophytes.,
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GÉOGRAPIHE PHYSIQUE. 179
le 42e degré de latitude dans les deux hémisphères. Les turbinaires ne se trouvent jamais qu'entre les deux tropiques ou dans leur voisinage. Les cystoceires dominent du 25e au 30e degré de latitude et sont rares au delà; les vrais fucus, particuliers au bassin atlantique, se plaisent du #4e au 55e degré; les laminaires, communes sous les glaces polaires, sont trèsrares au 36° degré : elles dominent entre le 48° et le 60e. C’est là que commencent à paraître les desmareslies, rares au 55e. Les chordas, plantes sociales que l’on observe en petit nombre aux Antilles, n’ont qu’une seule espèce en Europe. Les claudées ne vivent que sur les côtes de la Nouvelle. Hollande. Les seminerves se plaisent dans les régions voisines des tropiques; les halyménies dans la partie moyenne es zones tempérées; les érinacées, sous les tropiques. Les laurencies, les hypnées et les acantophores sont plus répandues entre les tropiques que dans les régions froides ou tempérées : les dumonties appartiennent à ces dernières zones. Les amansies, rares partout, ne dépassent pas les tropiques. Les dic{yoptères, les padines et les dictyotées augmentent des pôles à l’équateur; les abellaires n’existent que dans la Méditerranée. Les bryopsis appartiennent principalement à la zone tempérée ; les caulerpes aux régions équatoriales ; les spongodiées enfin sont, pour ainsi dire, cosmopalites.
Telles sont, d’après Lamouroux, et dans l’état actuel de la science, les principales régions qu’habitent les hydrophytes. On voit que leurs stations sont généralement moins tranchées que celles des végétaux terrestres; mais c’est qu’aussi le milieu dans lequelelles vivent est saumis à une température plus uniforme que celle à laquelle sont exposées les diverses régions terrestres.
TABLEAU COMPARATIF du nc:nbre d'espèces de plantes connues dans les diverses régions du globe.