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marche, puisque chaque espèce d’êtres n’a paru sur cette terre qu’à l’époque la plus convenable pour sa conservation. Les oiseaux aquatiques ont nécessairement vécu avant les mammifères terrestres, parce qu’ils prennent leur nourriture dans les eaux, et qu’ils n’ont besoin que de quelques portions de terre pour reposer. Le calcaire de Pappenheim recèle des ossements d’oiseaux nageurs ; ce qui prouve qu’à l’époque où ils vivaient, quelques rivages peu étendus circonscrivaient de vastes amas d’eau; mais les débris d'oiseaux échassiers trouvés en Angleterre montrent, par leur organisation même qu’à l’époque où des terrains secondaires se formaient encore, des îles s’élevaient au sein de l'Océan, et que, sur ces premières plages, des oiseaux à longs tarses, au bec effilé, au vol rapide, pouvaient trouver, dans une vase que leur conformation leur fait rechercher, les larves etles petits mollusques qui forment leur nourriture habituelle.
Troisième époque. — Les animaux mollusques qui appartiennent à cette époque forment une série de genres et d’espèces extrêmement nombreuse.
Ils constituunt trente-six genres de polypiers, cinq d’oursins ou d’échinides, quatre de sfellerides, deux d’annélides, trois de serpulés, cinq de tubicolés, deux de pholadères ; cinquante-un genres de mollusques à coquilles univalves, dix à coquilles cloisonnées et neuf de crustacés.
Les mollusques de largile plastique, dépôt que nous avons vu être placé entre la craie et le calcaire grossier, se divisent entre deux groupes, dont l’un n’est composé que d'animaux d’eau douce et terrestre, et l’autre d’animaux marins; les premiers se rapportent aux genres suivants : planorbe, : lymnée, paludine, mélanie, physe, mélanopside, nérite et cyrène. Au-dessus à de ceux-ci se trouvent des huftres, des cériles et des ampullaires. A
Les mollusques qui ont succédé à ceux de l'argile plastique, et dont on trouve des traces dans le calcaire grossier, comme la pierre à bâtir des environs de Paris en offre tant de preuves, sont des nummulites et diverses espèces de polypiers, des cérites, des lucines, des buccardes, des volutes, des crassalelles, des turritelles, des cardites, des pétoncles, des calyptrées, à | des cythérées, des ampulluires, des olives, des fuseaux, &es vénus, des 4 huîtres, etc., auxquels il faut ajouter de petits mollusques multiloculaires appelés ovulites et miliolites. Ces divers mollusques, et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de nommer, diffèrent généralement de ceux qui vivent dans nos mers.
Le nombre des vertébrés aquatiques dont on retrouve les débris dans les terrains appartenant à cette époque, forme une réumion de 55 genres. Ils sont beaucoup plus riches en espèces que les préeédents; plusieurs parais-
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sent voisins des nôtres; un grand nombre se retrouve encore dans nos mers. Nous pourrions faire une longue liste de ces animaux, si nous voulions en détailler les genres et les espèces, et si nous y ajoutions celles que l’on ne connaît que par les dents fossiles, que l’on a si longtemps appelées glossopètres, ou langues pétrifiées, parce que ces fossiles étaient regardés autrefois comme des langues de serpents; opinion qui se répandit d’abord à Malte, où saint Paul Létrifia tous les serpents, parce qu’il avait été mordu par un de ces reptiles.
L’Océan de l’Ancien-Monde a nourri, ainsi que tout le prouve, des mammifères d’une taille considérable ; on en jugera par l’énumération du petit nombre de ceux dont on retrouve les ossements.
Les phoques sont rares à l’état fossile. Deux espèces seulement ont été … trouvées dans les environs d'Angers; elles diffèrent de celles qui vivent * dans nos mers; l’une est deux fois plus grande que Je phoque commun, l’autre est un peu moins grande que celui-ci.
Les espèces fossiles que l’on peut attribuer aux lamantins se rapprochent
un peu de celles du Brésil, quoiqu’elles en diffèrent par des caractères … tranchés et par une taille plus considérable. Il est à remarquer que ces animaux, qui ne vivent plus que près la zone torride, ont dù être très-communs dans les eaux marines qui couvraient le sol de la France, puisqu’on les trouve dans les terrains tertiaires d'Angers, de Bordeaux, de l’île d’Aix, et dans les environs de Mantes, d’Étampes et de Lonjumeau, et qu’en 4830 … Huot en découvrit des débris dans l’enceinte même de Versailles. On connaît une espèce gigantesque de lamantins fossiles, qui a été décou- … verte dans les terrains argileux de la côte occidentale du Maryland, en Amérique.
… Ona trouvé plusieurs espèces de dauphins en France et en Italie. Maïs celle dont on a découvert le squelette presque entier dans la vallée du P6, … on 1793, diffère des espèces vivantes par ses caractères autant que par … sa taille; elle avait environ quatre mètres de longueur.
. Les Ayperoodons, animaux qui servent de passage des cachalots aux dauphins, ont laissé des débris plus ou moins considérables dans les terrains de sédiments supérieurs. Cuvier en a reconnu trois espèces distinctes. On Sait jusqu’à présent qu’ils ont dù habiter l’espace compris depuis Anvers jusqu’à Marseille, à en juger par les ossements trouvés dans les environs de ces deux villes.
Les débris de baleines fossiles diffèrent complétement de ceux des baleines vivantes. En 1806, on découvrit, à mi-côte du mont Pulgnasco, à
environ 495 mètres au-dessus du sol de la vallée du P6, plusieurs osse- : ments appartenant à une baleine du sous-genre rorqual, dont la taille ne paraissait point avoir excédé 6 ou 7 mètres. On en a également découvert aux environs de Bordeaux, en Angleterre et dans l’Amérique septentrionale. Les restes de ces animaux sont rares dans les environs de Paris.
C’est daus les dépôts appartenant à la dernière époque géologique que l'on retrouve des reptiles qui peuvent être rapportés à diverses espèces de crocodiles; on a même reconnu parmi leurs débris une espèce qui paraît être voisine du caïman à lunettes. D’après les calculs de Cuvier, leur tailie a dû avoir de 3 à 5 mètres de longueur.
Si nous parlons des fortues, nous dirons que les restes de ces animaux sont assez nombreux dans les dépôts de sédiments supérieurs; on y a reconnu des tortues {rionyæ et des émydes. Leurs caractères spécifiques les rapprochent des tortues exotiques; ainsi le genre trionyx fossile ressemble beaucoup à la même tortue qui vit à Java et dans les eaux du Nil.
La quantité prodigieuse d’ossements fossiles de mammifères terrestres, recueillis depuis le peu d’années que lu science s’occupe à les.rassembler, prouve que les animaux perdus, voisins des tapirs, sont très-nombreux; que plusieurs réunissent les caractères de divers autres animaux, comme les lophiodons, qui se rapprochent des tapirs et des rhinocéros, et l’anthra cotherium, qui offre quelque rapport avec l’hippopotame. Quant aux terrains qui renferment la plupart de ces débris, leur origine d’eau douce, attestée par un grand nombre de lymnées, de planorbes et de beaucoup d’autres coquilles , prouve l’existence d’anciens grands lacs répandus à la surface de notre continent, et particulièrement sur le sol de la France, Ces lacs ont été longtemps peuplés de crocodiles et de diverses espèces de tortues qui habitent les eaux douces des pays chauds. Les dépôts calcaires sur lesquels les lacs se sont formés annoncent aussi la présence antérieure des eaux marines. Ainsi, nous le répétons, il faut admettre dans les mêmes lieux le retour successif des eaux salées et des eaux douces, ou, ce qui est plus conforme avec ce qui se passe encore sur la terre, que, dans des mers intérieures, il se formait, par l’action des grands cours d’eau, des dépôts fluviatiles.
Cependant nous devons encore faire remarquer un fait qui n’a point échappé à la sagacité de Cuvier, c’est que nos carrières à plâtre fournissent la preuve de l’antique existence de deux animaux qui ne trouvent leur ressemblance que parmi ceux du Nouveau-Monde, le tapir et le sarigue.
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les ossements de plusieurs herbivores dont les genres et les espèces ne vivent plus sur la terre. Ils appartiennent aussi, comme les tapirs et les rhinocéros, à l’ordre des pachydermes ou animaux à peau épaisse. C’est à Cuvier que l’on en doit la connaissance complète. La première espèce de son genre palæotherium, c’est-à-dire animal ancien, ressemblait par la taille à un petit cheval, mais elle en différait par ses formes lourdes, par ses jambes grosses et courtes, par ses pieds que terminaient trois doigts enveloppés chacun d’une corne arrondie. Comme le tapir, cet animal avait la queue courte et effilée, le museau allongé et recourbé comme une sorte de petite trompe ; enfin il avait avec celui-ci la plus grande analogie par ia conformation de sa tête et par l’arrangement et la forme de ses dents. Le savant naturaliste l’appelle palæotherium magnum; c’est la plus grande espèce du genre ; elle avait plus de {mètre 50 centimètres jusqu’au garrot.
Les autres espèces différaient plus de celle-ci par leur taille que par les nuances des principaux caractères spécifiques. La seconde (palæotherium medium) est comparée par Cuvier au babiroussa ; la troisième (palæotherium crassum) né différait du tapir d'Amérique que par sa taille, qui ne dépassait pas celle d’un cochon de médiocre grandeur; la quatrième (palæotherium latum), plus ramassée dans sa forme et plus petite que les précédentes, devait être la plus lourde et peut-être la plus paresseuse de toutes les espèces de ce genre; la cinquième (palæotherium curtum) ne différait de la précédente que parce qu’elle était plus petite; la sixième (palæotherium minus) avait 50 à 60 centimètres de hauteur; ses jambes grêles et fines lui donnaient l’extérieur d’un tapir presque aussi élancé qu’un chevreuil ; la septième (palæotherium minimum) ressemblait au lièvre par sa taille.
Les espèces et les sous-genres compris d’abord sous le nom d’anoplo-
| therium, c’est-à-dire animal sans défenses, ont pour caractère un système . dentaire qui les rapproche des ruminants, et particulièrement du chameau, : et deux doigs comme celui-ci renfermés chacun dans une corne.
La première espèce (anoplotherium commune) avait plus d’un mètre de
haut; son corps était long de 1 mèt. €2 centim., sans y comprendre la … queue, dont la longueur, de près d’un mètre, lui donnait quelque res-
semblance avec la loutre. Comme le rat d’eau ou l’hippopotame, elle vivait tantôt sur terre, tantôt dans l’eau, où elle allait chercher les racines et les plantes qui y croissaient. La seconde espèce (anoplotherium secundarium) ressemblait parfaitement à la précédente ; mais, au lieu d’avoir la taille d’un
âne, elle avait celle d’un porc.
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Le sous-genre ryphodon, remarquable par l'élégance de ses formes, était la gazelle de l’Ancien-Monde; sa queue était courte, et, comme tous les animaux agiles, légers et craintifs, il avait de longues oreilles propres à être averties au moindre danger. Le sous-genre dichobune comprend trois espèces, dont l’une, appelée leporinum, avait la taille et les habitudes du lièvre, et les deux autres celles du rat.
Le æyphodon et le dichobune avaient le poil ras, et n’étaient point aquatiques comme l’anoplotherium. à
Pour compléter la série des animaux de la troisième époque, nous devons dire un mot des rongeurs, des cerfs, des carnivores et des oiseaux. Les premiers paraissent être voisins des campagnols et des castors; les débris des seconds, trouvés dans les couches régulières pierreuses, diffèrent de tous ceux qu’on connaît vivants. Les troisièmes sont peu nombreux; ils sont voisins du genre cants, quoiqu'’ils diffèrent de nos diverses espèces de chiens, ainsi que du loup, du renard et du chacal. Quelques-uns cependant paraissent appartenir aux coatis, aux ratons et aux genettes. Un seul, dont la taille est un peu au-dessous de celle du loup et de l’hyène, vivait sur le sol des environs de Paris, à la même époque que les anoplotheriums et que les palæotheriums, et devait faire de grands ravages parmi ces herbi-
vores.
Quant aux oiseaux, ils font généralement partie de la famille des galli-
nacés. Les gypses des environs de Paris recèlent des os qui ont appartenu à une espèce voisine de la caille, d’autres qui se rapprochent de ceux de la bécasse, de l’alouette de mer, de l’ibis, du cormoran, du busard, du balbusard et de la chouette ; mais, ce qui peut paraître extraordinaire, c’est qu’on a même trouvé des œufs d’oiseaux.
L'époque dont nous nous occupons comprend un très-grand nombre de poissons fossiles. Il serait trop long de relater ici toutes les espèces que l'on a cru y reconnaître ; presque toutes diffèrent des espèces vivantes; il en est même quelques-unes qui n’ont aucune analogie avec celles de nos mers, |
On pourrait croire que les restes organiques dont nous venons de donner l’'énumération reposent tous, comme aux environs de Paris, dans des terrains placés à une médiocre élévation au-dessus de l'Océan; cependant il en est tout autrement : il existe, par exemple, en Suisse, une localite intéressante par les nombreux ossements qu’elle renferme, c’est le mont de la Molière, près du lac de Genève. Sa formation parait être d’une époque analogue à celle des terrains parisiens; on y à trouvé des débris de toutes
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sortes d'animaux; parmi les poissons, on cite des vertèbres et des dents appartenant à des requins, à des rousselles, à des marteaux, à des grisels et à des cestracions ; parmi les reptiles, des tortues terrestres; parmi les mammifères carnassiers, des hyènes inconnues; parmi les pachydermes, des éléphants, des rhinocéros et une espèce de cochon ou tapir; enfin, parmi les ruminants, un animal voisin de l’antilope. La roche qui renferme ces débris est placée à plus de 680 mètres au-dessus du niveau dela mer. : Quatrième époque. — Les animaux dont nous allons rappeler les espèces paraissent appartenir à une époque que nous considérons comme étant la quatrième. Elle diffère des précédentes plutôt par la nature des terrains qui renferment ces débris que par ces débris mêmes ; cependant nous n°y ver- Lrons plus les palæotheriums ni les anoplotheriums, ou du moins ils sont | fort rares ; nous y trouverons encore moins les animaux d’une époque plus lancienne : tout semble annoncer que, victimes de quelque éruption des eaux, ils avaient disparu de la surface de la terre. Nous trouverons à leur place des rhinocéros, des élephants, des mastodontes et un grand nombre de ruminants. Il est probable que ceux-ci se virent pendant longtemps paisibles possesseurs des contine‘ au des îles qui constituaient la partie } sèche de notre globe jusqu’à ce «:° : : nouvelles irruptions des eaux, descendues de bassins plus élevés, v:ussent entraîner leurs dépouïles dans les vallées où on les trouve aujourd’hui.
‘Quelques-uns de ces animaux étonnent par leur taille; des ossements Lréunis avec soin ont prouvé l'existence de tapirs hauts de 3 mêt. 60 cent. et longs de 6 mèt.; celle de quatre espèces de rhinocéros, l’une à narines -cloisonnées, l’autre dépourvue de ce caractère; une troisième munie de ents incisives, et une quatrième qui diffère principalement des autres Dpar l'a taille. Celle à narines cloisonnées parait avoir habité particulièrement ba Sibérie, quoiqu’on en ait trouvé quelques ossements en Allemagne; elle vait la tête plus grosse et le ventre plus près de terre que l’espèce unicorne ‘qui vit encore. Sa tête n’est point, comme dans celle-ci, couverte de protubérances et de callosités irrégulières ; elle était lisse comme celle du bicorne qui habite la contrée du cap de Bonne-Espérance, mais elle était tellement couverte de poils, principalement aux pieds, qu’il y a lieu de croire qu’elle était destinée à vivre dans les pays froids. Comme on n’en trouve plus dans ‘les contrées hyperboréennes, on doit ajouter cette espèce à toutes celles qui ont disparu de la surface de la terre.
! Bourdet : Sur le gisement des ossements fossiles du mont de la Molière. Annales de la Société linnéenne de Paris, 1896.
52 LIVRE TRENTÉ-PUITIÈME.
Nous ne détaillerons point la descripuon que Pallas donne de la découverte qui fut faite au mois de mars 1772, dans un dépôt d’alluvions, sur le bord du Vilhoui en Sibérie d’un rhinocéros appartenant à i’espèce dont nous venons de parler, et qui était couvert de sa chair et de sa peau. Cette découverte en rappelle une autre beaucoup plus récente, et qui prouve qu’à l’époque dont nous nous occupons, un animal voisin de l’éléphant et appelé mammouth habitait l'Asie seplenirionale.
Le nom de mummouth ou de m..mont paraît venir du mot tatar mamma qui signifie {erre ; parce que, suivant les idées populaires des Tatars et des Sibériens, ce grand animal vit dans la terre et meurt dès qu’il voit la lumière. Le même préjugé existe chez les Chinois pour le même animal, qu’ils nomment fyn-chu, et dont ils trouvent, comme les Sibériens, de nombreuses dépouilles dans leurs provinces septentrionales.
Ce sont principalement les rivières qui descendent ‘e la mer Glaciale qui mettent à découvert le plus d’ossements de mammouths, parce que, coulant au milieu des vastes plaines sablonneuses ou limoneuses de la Sibérie, elles s’enflent considéranlement à l’époque du dégel, et entraînent facilement des portions de leurs rives, qui, dans les déchirements que cause la crue des eaux, emportent ces nombreux ossements. Cependant il faut dire que partout où dans les plaines basses on creuse un puits ou des fondations, on découvre un grand nombre de ces débris. C’est surtout dans les bassins qu’arrosent la Lena, l'Indighirka, l'Anadyr, l'Irtyche, l'Angara, la Toungouska, la Khatanga, V’Ob et le Teniseï, qu’on en trouve le plus ; mais les bords de l’Irtyche en renferment surtout une quantité prodigieuse.
Plusieurs corps de ces mammouths ont été trouvés revêtus encore de leur peau et de !eurs chairs. En 1799, un pêcheur toungouse aperçut, près de l'embouchure de la Lena, une masse informe recouverte de glaces; l’année suivante il vit que cette masse était un peu moins engagée dans les glaçons ; pendant l’été de 4801 il découvrit les flancs charnus et les défenses d’un grand animal que la fonte des glaces avait mis en partie à découvert, Enfin, eu 1804, les chaleurs ayant été plus grandes et les glaces ayant fondu plus vite, cette masse vint échouer sur la côte. Le pêcheur enleva les défenses et les vendit; mais Adams, membre de l’Académie de Pétersbourg, qui voyageait alors dans la Russie asiatique, instruit de cette découverte, se rendit sur les lieux en 14806. Il y trouva l'animal fort mutilé : quelques Takoutes l'avaient en grande partie dépecé pour en donner la Chair à leurs chiens ; les ours et les loups en avaient dévoré le reste; co-
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GÉOGRAPHIE PiIYSIQUE. 03
pendant, à l'exception d’un pied de devant, le squelette était resté intact. La peau sèche de la tête pouvait donner une idée de celle qui recouvrait le corps, et dont quelques lambeaux se voyaient, ainsi que plusieurs ligaments, sur des parties charnues assez bien conservées. Adams ‘emarqua sur une des oreilles, restée entière, une touffe de crins ; il distingua même la prunelle de l'œil, et de plus il retrouva dans le crâne la cervelle desséchée. Le cou était garni d’une longue crinière, et quelques portions de peau couvertes de crins noirs et d’une laine rougeâtre lui prouvèrent que ce mammouth en était entièrement revêtu. En effet, la masse de poils que les chiens et les autres animaux avaient laissée en dévorant les chairs pesait plus 45 kilog. Cet &nimal était mâle; ses défenses, que Adams retrouva et rauhela à Iakoutsk, étaient longues d’environ # mètres en suivant leur courbure; une seule pusait 137 kilog. Sa tête, sans les défenses, en pesait plus de 495. Adams obser va que l’animal devait avoir une queue très-courte et épaisse. La peau est d’un gris foncé ; elle ne diffère de celle des éléphants des Indes que parce qu’on n’y distingue pasles points bruns qu’on remarque dans la peau de ces derniers. Les poils dont il était couvert sont de trois sortes : les plus longs, qui ressemblent à des crins, ont de 30 à 40 centim. ; leur couleur est brune ; d’autres n’ont que 24 à 27 centim. : ils sont plus minces et de couleur fauve; enfin, une laine de 40 à 12 centim. de lon- | gueur, mais fine et douce, et de couleur fauve clair, garnissait la racine des , autres. Tout annonce donc dans le mammouth un animal destiné à vivre dans une contrée froide avec les rhinocéros de la même espèce que celui de Vilhoui,
Les défenses du mammouth sont généralement très-grandes, plus ou moins arquées en spirales et dirigées en dehors, de manière que celle de gauche et celle de droite se distinguent facilement, parce que le côté extérieur est toujours usé par les frottements que leur a fait subir l’animal. Sa taille ne dépassait généralement que d’environ 4 mètre celle de l'éléphant des Indes, qui en atteint ordinairement 3 de hauteur; mais il avait des formes plus trapues, et quoique l’espèce des Indes soit celle dont il se rapproche le plus, on remarque entre ces deux animaux, dit Cuvier, plus de différence qu’il n’y en a entre l’âne ét le cheval ?,
! Mémoires de l’Académie de Pétersbourg ; année 1815.
* Voyez dans l'Encyclopédie méthodique, Dictionnaire de Géographie physique, l'article Ossements fossiles : et dans les Annales des Sciences naturelles ; 1. X, le Mémoire intitulé : Quelques considérations géologiques sur la présence des débris d'animaux vertébrés dans les différentes couches de notre globe ; par M. Huot.
Le mammouth n’était point un animal particulier à l’Asie septentrionale; malgré les longs poils qui recouvraient sa peau, il habitait plusieurs contrées méridionales de l’Europe orientale. En 1820, on en découvrit un fémur sur les bords du Boug, à quelques lieues de l'embouchure de cette rivière dans le Dnieper ; il annonce un animal de 5 mètres de hauteur : on en voit un fragment dans le Muséum d’histoire naturelle de Paris; celui de Pétersbourg en pos:ède un crâne long de 4 mèt. 3 centim., qui fut découvert près du Volga, dans une couch: de sable ferrugineux ; le même établissement en renferme une mâcu : gigantesque qui fut mise à découvert par les flots de la mer à peu de: ar ze d’Azof.
Il paraît que tous les restes de mammouth se rapportent à la même espèce ; mais il n’en est pas de même de ceux des rhinocéros. Cuvier a divisé ceux-ci en quatre espèces : celle à narines cloisonnées, qu’il appelle rhinoceros tichorhinus, appartient plus spécialement à la Sibérie; celle dont les os du nez sont plus minces, et qu’il nomme pour cette raison leptorhinus, se trouve en Italie; il donne le nom d’incisivus à celle que l’on trouve en Allemagne, parce qu’elle est munie de de”ts incisives ; enfin la plus petite espèce, appelée minutus, et qui dépassait à peine la taille du tapir ordinaire, a été trouvée en France, dans les environs de Moissac !,.
Un savant naturaliste étranger a reconnu, dans des ossements fossiles découverts en Sibérie, un animal qui n’existe plus sur la terre et qu'il a nommé elasmotherium ?. Cuvier présume qu’il devait tenir à la fois de l’éléphant, du cheval et du rhinocéros, dont il avait à peu près la taille, et qu’il se nourrissait de graminées.
L’innombrable quantité d’ossements fossiles d’éléphants a de quoi fatiguer l'imagination la plus familiarisée avec l’idée de la fécondité :: la nature, lorsque l’on considère que, depuis les temps les plus reculés, l’ivoire fossile est connu; que Théophraste et Pline en ont parlé, et que, dans les temps modernes, on en a découvert en Espagne, en Italie, en France, en Allemagne, en Bohême, en Hongrie, en Suède, en Danemark, dans presque toute l’Europe, en Amérique et dans PAsic septentrionale. On en connaît plusieurs espèces; elles sont ordinairement plus grandes que celles qui vivent dans les contrées méridionales de l’Asie et de PAfrique; on peuts’en faire une idée par les dimensions de leurs défenses : la plupart dépassent 2 mèt. 60 centim. de longueur , et quelques-unes ont au delà de 4 mêt. 21 centimtres.
1 G. Cuvier : Recherches sur les ossements fossiles. # M. Gotel/ de Fischer : Mémoires de la Société impériale des saturalistes de Moscou.
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Plusieurs auteurs ont imaginé que les débris de rhinocéros et d’éléphants que l’on trouve en si grande quantité jusque dans les contrées les plus septentrionales de l’Asie, prouvaient que ces contrées avaient jadis éprouvé la même température que sous les tropiques, et que ce n’était que depuis que le climat avait changé que ces animaux avaient péri. Il faut avouer que la question est difficile à résoudre. Cuvier nie la possibilité d’un changement graduel de température : « En effet, dit-il en parlant du rhinocéros qui fut trouvé revêtu de se peau, comment serait-il arrivé des Indes ou d’un aut:e pays chaud sans se dépecer? Comment se serait-il conservé, si la glace ne | l’eût saisi subitement? et comment l’cùt-elle pu saisir de cette manière, si Je changement de climat eût été insensible ? »
Un changement subit de climat, dans l’une des grandes contrées de la terre, est inadmissible en physique, si l’on suppose qu’il ne puisse être produit que par un changement égaivment subit dans l’axe de la terre, ce dont > le savant Laplace a prouvé l’impossibilité. Mais le soulèvement des grandes } chaînes de montagnes, prouvé par tant de faits qu’il n'est pas un savant : familiarisé avec les questions géologiques qui se refuse à l’admettre, ne peut-il pas conduire à la solution de cette grande question? Déjà M. de ! Humboldt a reconnu, en parcourant l'Asie, que les monts Ourals o à | être soulevés à une époque assez récente. D’autres faits rapportés par ce savant expliquent la conservation des grands animaux qui nous occupent. Ainsi il est constant que, depuis le 54e jusqu’au delà du 63e parallèle, la terre conserve une très-basse température pendant les grandes chaleurs de Pété. Sous le 62e degré, le sol reste gelé à # ou 5 mètres de profondeur ; à - Iakoutst, à 4 degrès et demi au sud du cercle polaire, la glace souterraine est un phénomène général et perpétuel, On peut donc concevoir comment, du 62e au 72e degré de latitude, de Iakoutsk à l’embor.chure de la Lena, l'épaisseur de cette couche de terre congelée doit augmenter rapidement. On » peut par conséquent concevoir aussi comment, dans le nord de la Sibérie, on trouve de grands animaux fossiles qui ont conservé leur chair et leur peau.
Quant à la cause qui doit avoir changé brusquement la température de cette contrée, ne pourrait-elle pas être attribuée au soulèvement de l’Oural et de l’Altaï, qui, en élevant le sol de la Sibérie, en la privant de l'influence : des vents du sud pour la livrer au souffle glacial de Borée, aurait tout à * coup fait périr des animaux qui y vivaient auparavant à la faveur d’un | climat tempéré?
Au surplus, voici comment M. de Humboldt explique le phénomène qui nous occupe :
« Parmi les animaux, quelques-unes des races les plus vigoureuses se sont retirées sans doute vers le sud, et ont vécu quelque tempsencore dans des régions plus rapprochées des tropiques. Des espèces ou des variétés (je rappelle les lions de l’ancienne Grèce, le tigre royal de la Dzoungarie, la belle panthère Irbis à longs poils de la Sibérie) sont allées moins loin ; elles ont pu, par leur organisation et les effets de l’habitude, s’acclimater au centre de la zone tempérée, et même (c’est l’opinion de Cuvier relativement aux pachydermes à poils épais) à des régions plus boréales. Or, si dans une des dernières révolutions qu’a éprouvées la surface de notre planète, par exemple dans le soulèvement d’une chaine de montagnes très-récente, pendant l’été sibérien, des éléphants à mâchoire inférieure plus obtuse, à dents mâchelières plus étroitement et moins sinueusement rubanées ; si des rhinocéros à deux cornes, très-différents de ceux de Sumatra et d’Afrique, ont couru vers les bords du Vilhoui et vers l'embouchure de la Lena, leurs cadavres y ont trouvé, dans toutes les saisons, à la profondeur de quelques pieds, d’épaisses couches de terre congelée, capables de les garantir de la putréfaction. De légères secousses, des crevassements du sol, des changements dan: l’état de la surface bien moins importants que ceux qui ont eu lieu encore de nos jours sur le plateau de Quito ou dans l’archipel des Grandes-Indes, peuvent avoir causé celte conservation des parties musculaires ou ligamenteuses d’éléphants et de rhinocéros. La supposition d’un refroidissement subit du globe ne me paraît par conséquent aucunement nécessaire. Il ne faut pas oublier que le tigre royal, que nous sommes accoutumés à appeler un animal de la zone torride, vit encore aujourd’hui en Asie depuis l'extrémité de l’Hindoustan jusqu’au Tarbagataï, au haut Irtyche et aux steppes des Kirghiz, sur une étendue de 40 degrés en latitude, et que, de temps en temps, en été, il fait des incursions cent lieues plus au nord, Des individus de cette race qui arriveraient dans le nord-est de Ja Sibérie, jusqu’au parallèle de 62 et 65°, pourraient, par l'effet des éboulements ou sous d’autres circonstances peu extraordinaires, offrir, dans l’état actuel des climats asiatiques, des phénomènes de conservation trèssemblables à ceux du mammouth de Adams et des rhinocéros du Vilhoui. J'ai cru devoir soumettre aux naturalistes el aux géologues ces considérations sur la température habituelle du sol dans le nord de l’Asie, et sur la distribution géographique d’une même espèce de gros carnassiers (le tigre royal) depuis la zone équatoriale jusqu’à la latitude du nord de l’Allemagne. On ne confondra pas, j'ose m’en flatter, ce qui est du domaine des hypothèses probables et ce qui appartient aux éléments numériques de
vigoureuses se psencore dans des variétés (je Dzoungarie, la oins loin ; elles s’acclimater au ier relativement Or, si dans une tre planète, par >s-récente, pen- obtuse, à dents ées ; si des rhira et d'Afrique, de la Lena, leurs leur de quelques es garantir de la sol, des changeceux qui ont eu ins l'archipel des s parties musCusupposition d’un ent aucunement ous sommes ace aujourd’hui en hi, au haut Irtyche 5s en latitude, et ent lieues plus au e nord-est de la l'effet des ébouires, offrir, dans onservation trèscéros du Vilhoui.
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la climatologic susceptibles de précision et d’un haut degré de certitude !. » Il en est du mastodonte comme du mammouth; la patrie du premier est principalement l'Amérique, comme celle du seceud est i' Asie, Rival de l'éléphant par sa taille, semblable à lui par sa trompe et ses longues défenses, le mastodonte en différait par la forme de ses dents, qui, au lieu d’être plates, sont mamelonnées ou tuberculeuses. C’est sur le territoire des Etats-Unis que cet animal fut d'abord découvert ; mais, depuis que la forme caractéristique de ses dents est bien connue, le nombre de ses espèces s'élève à six qui ont habité diverses contrées de la terre. C'est à l’uné des plas petites qu’appariiennent quelques ossements très-bien conservés qui | ont été découverts depuis peu, avec d’autres ossements, aux environs d’Issoire, dans une localité que M. Huot eut l’occasion d’examiner, et qui est couverte d'environ 100 mètres de produits volcaniques. ! Dans les terrains d’alluvion qui renferment la plupart des grands ani- D maux fossiles dont nous venons de parler, on trouve plusieurs espèces ; d'hippopotames, d'ours, d’hyènes ct de cerfs, dont quelques-unes étaient » d’unc taille gigantesque en comparaison de celles qui existent; enfin de à divers bœufs et de chevaux, tous plus ou moins différents de la plupart de 2 ces animaux vivants.
à Leur destruction semble avoir été, dans nos régions tempéréos, le résul- - tat de plusieurs inondations produites, non par des pluics semblables à celles du déluge de la Genèse, mais par la rupture de certains lacs, qui, placés sur des plateaux élevés, formèrent plusieurs déluges particls, en répandant leurs caux sur des terrains situés au-dessous d’eux. C’est à ia même cause, provoquée peut-être aussi par le soulèvement de certaines montagnes, qu’il faut attribuer ces dépôts argileux, si riches en ossements qu’ils ont reçu le nom de brèches osseuses, ct qui remplissent les fentes de ‘certains rochers calcaires citués sur les bords de la Méditerranée. Les ossements que l’on trouve dans ces brèches appartiennent à des ruminants, à des lapins, à des campagnols, à des bœufs et à d’autres animaux qui dif- Lfèrent si pou de ceux de nos jours, quoiqu’ils paraissent avoir appartenu à des climats différents, qu’ils semblent avoir été compris dans l’une des dernières inondations qui ont sillonné la surface de la terre. | Les mêmes inondations qui ont rassemblé dans les terrains d’alluvion les ossements des divers animaux que nous venons de nommer, semblent avoir entraîné dans la plupart des cavernes naturelles les carnassiers et les
!JHumboldt : Fragments de géologie ct de climatologic asiatiques.
herbivores qu’on y a reconnus !. La disposition des différentes cavités qui constituent ces cavernes ne permet point de supposer que les herbivores y aient été entraînés par des carnassiers qui en faisaient leur demeure, puis que les plus remarquables de ces cavernes, telles que celles du Harz, celles de la Bavière, celles que l’on connaît sur le revers des Alpes, le long de la route de Laybach à Trieste, sont formées de diverses cavités qui communiquent des unes aux autres par des puits ct des galeries placés à des niveaux très-différents ; et que les premières comme les dernières des grottes qui composent une même caverne sont presque également remplies d’ossements. Cependant quelques-unes paraissent avoir servi de repaire aux carnassiers dont on y trouve les débris; celle de Kirkdale, en Angleterre , et celle de Lunel-Vicil, près de Montpellier, semblent avoir été de ce nombre. Dans l’une ct dans l’autre, le nombre des os de ruminants est beaucoup plus considérable que celui des carnassiers; de plus, ils présentent les traces des coups de dent de ces animaux, et, bien que les dernières inondations aient pu y entrainer un grand nombre d’autres ossements, clles paraissent bien avoir dù servir &’asile à la plupart des carnivores dont on y reconnaît les débris. Dans la caverne de Kirkdale, les carnassicrs sont des tigres, mais principalement des hyènes; on y a remarqué aussi des os de renards ct de belettes mêlés à un grand nombre de débris d'éléphants, de rhinocèros, d’hippopotames, de chevaux, de bœufs, de cerfs, de lapins, de campagnols et de rats. Ce qu'il y a de singulier, e’est qu’on y a retrouvé des excréments fossiles parfaitement semblables à ceux de l’hyène. La même observation a été faite dans la caverne de Lunel-Vieil , ct de plus on y a reconnu trois espèces distinctes de cct animal. Jusqu’à ce jour on ne connaissait que Pespèce qui paraît se rapporter à celle du Cup, lhyène tachetée. Aujourd’hui il paraît certain que la même caverne recèle les os de deux autres cspècés, dont l’une se rapproche de l’hyène rayée, et l’autre de l’hyène brune; mais en général ces animaux fossiles sont d’une taille plus élevée
1 Ou n’est point d'accord sur l'orig'ne de ces cavernes : les uns n’y voient que le résultat d’une désagrégation naturelle qui s’opère dans certains calcaires des terrains de sédiments moyens et supra-inférieurs; d’autres veulent qu’elles aient été creusées par des eaux souterraines. Mais comment ces eaux auraicnt-elles pu se rassembler dans les entrailles de la terre, si cl'es n’y avaient pas trouvé des cavités déjà toutes formées? Eufin on a supposé avec plus de raison que ces excavations si vastes, ou qui n'ont quelquefois qu’une étroite ouverture, avaient pu ètre formées par l’action de certains gaz sur la matière de la roche encore molle, et qui, cherchant à se dégager à l'extérieur, ont étendu dans différents sens ces cavités jusqu’à ce qu’ils aient pu trouver une issue cu se frayÿant un passage.
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que celle des hyènes vivantes. Il n’est pas étonnant que dans les deux cavernes de Kirkdale et de Lunel-Vieil, qui renferment à peu près les mêmes débris de carnassiers et d’herbivores , le nombre d’ossements de ces derniers soit pour ainsi dire prodigieux. On sait que l'hyène se nourrit rarement d'animaux vivants; sa poltronncrie naturelle l'empêche d'attaquer les animaux même plus petits qu’elle. Un chien lui fait prendre la fuite ; mais elle s'empare de tous les cadavres qu’elle rencontre ei les emporte dans sa rciraile, où souvent elle les accumule.
Les grandes cavernes de l'Allemagne diffèrent de celles des environs de 27 Montpcllicr et de Kirkdale, moins par le nombre des ossements de rumi- Lpants, que par celui des carnassiers qui y sont ordinairement très variés. D'après les calculs d’un savant, il paraît que sur cent os trouvés dans celle e Gailenreuth en Bavière, il y en a presque toujours quatre vingt-sept de diverses espèces d'ours, trois de gloutons, deux de tigres ou de lions, en de renards ou de putois, et trois d’hyènes. Presque tous ces animaux > diffèrent de ceux qui vivent encore.
Ce n’est que dans les dépôts très-récents, comme ceux des tousbitéres de : différentes contrées, que l’on trouve des restes d'animaux tout-à-fait sem- D blables à ceux de nos jours; cependant on voit encore, par leur taille, que à l’homme, leur ennemi déclaré, n’exercait point sur la terre un empire aussi L absolu qu’aujourd’hui; il n’y était certainement point en aussi grand nombre. à Les ossements de bœufs y dépassent en grandeur cct awrochs qui habitait ) jadis les forêts de la Gaule, et qui ne se retrouve plus que dans quelques unes de celles de la Lithuanie. Les daims, les cerfs et les élans étaient d’une haute stature, et portaient des bois dont les dimensions surpassent de beaucoup ceux de ces animaux qui peuplent encore nos contrées ou les forêts seplentrionalces.
Nous n’avons point parlé des dépouilles de l’homme, parce qu’il n’est pas encore suffisamment prouvé que les ossements humains que l’on a trouvés 2 dans les cavernes ou dans les brèches osseuses appartiennent réellement à 2 la même époque que les débris d'animaux perdus qu'ils accompagnent. Les faits les mieux constatés semblent devoir faire admeltre que l’homme ne parut sur la terre qu’après l’époque de ces grandes inondations qui accumulèrent lant d'animaux dans les terrains d’alluvion, dans les brèches ct . dans les cavernes. Ce n’est que dans les terrains tourbeux qu’il a laissé des traces de son existence; il est tellement nouveau sur ce globe dont il s’est rendu le maitre, que tout porte à le considérer, pour Ja date de sa naissance, comme le dernier chef-d'œuvre de la création, selon l'esprit de la Genèse.
ER
De l’ensemble de tous les faits que nous venons d'exposer, on ne peut sc dispenser de tirer plusieurs conséquences : c’est que les plantes et les moljusques sont les plus anciens corps organisés dont on retrouve des traces; que les poissons commencent la série des vertébrés, et que leurs dépouilles devraient être extrêmement nombreusess'ils étaient en proportion desanimaux à coquilles; que leur nombre est moinsconsidérable que celui de ces derniers, parce que leurs corps se corrompent plus facilement, et que beaucoup d'espèces servent de nourriture aux autres; que les reptiles marins ont succédé aux premiers poissons; que plusieurs de ceux-ci semblent, par di verses nuances dans leurs formes, avoir servi de passage aux reptiles qui vivent encore, mais que ces passuges ont élé si lents que des crocodiles conservés depuis 4000 ans dans les catacombes de Thèbes , et comparés à ceux qui vivent dans le Nil, n’ont offert aucune différence aux recherches des anatomistes ; qu’après les premiers reptiles paraissent les mammifères marins; que les premiers continents furent habités par des volatiles avant que de l’êlre par des mammifères herbivores auxquels se sont joints ensuite les animaux carnassicrs; que les quadrumanes, ou, si l’on veut, les singes, sont postéricurs à la création de tous les animaux fossiles, et qu’on n’en trouve pas plus de débris que d’ossements humains ; qu’enfin les diverses espèces d'animaux dont on retrouve les traces prouvent de la manière la
plus évidente cette grande vérité, si féconde en résultats philosophiques, que, plus les couches qui forment l’écorce de notre planète sont anciennes, plus les animaux qu’elles recèlent s’éloignent des genres et des espèces qui couvrent aujourd’hui sa surface, et que ce n’est que dans les dernières couches que l’on retrouve des espèces qui offrent plus ou moins d’analogie ou de r.ssemblance avec les êtres vivants.
Suite de la Théorie de la Géographie. — Aperçu des systèmes géologiques ou des opinions sur la formation du Globe.
Rien n’arrête l’essor de la curiosité humaine ; en vain la terre, les eaux et les airs, en nous offrant mille difficultés insolubles, nous ont-ils rappelé l'impuissance de notre esprit : nous ne connaissons qu’imparfaitement ce qui existe autour, et nous osons rechercher comment lout a commencé à
r, On ne peut sc antes et les molouve des traces; 1rs dépouilles detiondesanimaux i de ces derniers, t que beaucoup , marins ont sucmblent, par di > aux reptiles qui s crocodiles con- , et comparés à e aux recherches tles mammifères es volatiles avant ont joints ensuite | veut, les singes, s, et qu’on n’en enfin les diverses de la manière la s philosophiques, e sont anciennes, et des espèces qui les dernières couins d’analogie ou
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GÉOGRAPINIE PHYSIQUE. 61
exister ! Nous prétendons remonter de l’état présent de la terre à l'état qui l'a précédé, et ainsi de suite, jusqu’à l'origine du globe; nous voulons tracer l'histoire de la terre, d’après des inductions et des analogies : quelle témérité ! Dans le cours de cet ouvrage, on a vu que la géographie physique ne
2. peut s'empêcher de lierensemble quelques faits qui se reproduisent souvent, “0 et d'en tirer des conclusions générales; elle est même forcée quelquefois
L de présenter les faits d’une manière hypothétique, parce que les observa- Leurs nous ont fournileurs remarques sous celte forme. Mais la géographie à physique n’adopte ni n’affirme que ce qui est prouvé par l'expérience. Les Isystèmes géologiques, au contraire, ont pour but avoué d'expliquer la marche des révolutions inconnues, d'après des monuments souvent équi- Mvoques ; ils se permettent de suppléer au silence des faits par des analogies; t ainsi, d’hypothèse en hypothèse, ils décomposent le globe et le recompolent, comme si ce vaste corps élait un morceau de métal, que lc chimiste püt fondre dans son creuset.
D'abord, la partie du globe qui nous est connue n’est qu’une millième partie tout au plus de son volume entier. Nos fouilles à peine effleurent la . erre ; la masse des observations est infiniment petite, et cependant on accorde à la spéculation une sphère immense.
L’argument le plus fort contre la possibilité d’une théorie de la terre paraît être donné par la considération de cette admirable mécanique céeste, dont les lois immuables maintiennent les globes dans leur position respective et leur dépendance mutuelle. Il est difficile de concevoir dans ce ystème du monde, si bien prouvé par l’astronomie, un dérangement partiel ui n’influe sensiblement sur le tout ensemble. Or, la géologie spéculative le vit que de dérangements et de bouleversements. Les changements des Joles, les augmentations et diminutions du volume de la terre, les immenses enveloppes d’eau pour tenir toutes les substances terrestres en dissoluion, le refroidissement, le desséchement et tant d’autres grandes révotions hypothétiques, nécessaires dans la théorie de la terre, n’ont guère pu voir lieu sans altérer l'équilibre établi par la gravitation universelle. Telles sont les raisons qui nous semblent prouver à priort l’impossibilité d'établir aucun système général sur la formation primitive du globe.
F * Presque toutes les anciennes opinions géologiques se rapportent à deux … bases, l’une adoptée par les vulcanistes, l’autre préférée par les neptuniens.
Les premiers disent : la terre fut au commencement dans une fusion > ignée; elle s’est refroidie, elle n’a été couverte des eaux que dans la suite,
Les forces qui lui donnèrent sa figure actuelle furent Pair ct le calorique, ou le feu. Les terres ont été soulevées par une force intérieure; les bouleversements ont été occasionnés par des éruptions volcaniques. Les terrains de transport ont été formés par les débris des terrains supérieurs.
Les neptuniens assurent que la terre se trouvait dans une dissolulion aqualique et froide, du moins jusqu’à une certaine profondeur. Les corps solides se formèrent par desséchement, par précipitation, par crislallisation, ete. L’Océan ancien s’est retiré ou a disparu. Les terres se sont bouleversées en s’affaissant par leur propre poids. Les terrains tertiaires se sont formés dans le sein des eaux.
Ces idées plus ou moins développées et approfondies, diversement nuancécs et mêlées, constituent la base de toutes les théories de la terre, recucillies par le savant Delamétherie \.
Les Egyptiens paraissaient avoir tenu pour le système neptunien. Les caux avaient, selon eux, couvert toute la terre; elles s’étaient enfouies dans les vastes cavités qu’ils supposaient exister dans l’intérieur du globe; ils croyaient qu’elles en pourraient ressortir un jour. Uue grande île ou un continent, selon eux, s’était affaissé dans le sein des mers; ils le nommaient l’Atlantide. C'est Platon qui nous a transmis ces restes du système égyptien.
Il paraît que les Hébreux ct les Chaldéens avoient les mêmes idées que les Egyptiens, excepté que les Chaldéens croyaient à l’existence d’un fluide central semblable à l’atmosphère, et qu’ils considéraient le globe comme ayant été deux fois couvert des eaux, d’abord par les caux chaotiques, ensuite par un déluge universel. La cause de ce déluge était, selon les Chaldéens, le changement de l'axe du globe, produit par une attraction irrégulière des planètes supérieures. Chez les Hébreux, ce déluge figure comme un miracle opéré par la toute-puissance.
Les plus anciens écrits des Hbreux, attribués à leur législateur Moïse, nous ont conservé encore très complétement unc tradition intéressante dont les traces se retrouvent chez beaucoup d’autres peuples, savoir, celle de six époques géogoniques ou d’une formation successive du globe. Si les Hébreux parlent de six jours, ct les Etrusques de six mille ans; si les Indiens ont étendu ces époques à des millions d'années, cela ne change rien au fond de l'idée, et ces expressions, toutes contradictoires qu’elles paraissent, ne sont que des tournures diverses du langage poétique et pro-
! Delamétherie, Théorie de la Terre; tome V, page 280-533.
ct le calorique, urc; les boulees. Les terrains ricurs.
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phétique des peuples anciens. M. Delue, dont la foi chrétienne n’est pas suspecte, n’a jamais cru pouvoir expliquer le système géogonique de Moïse autrement qu’en prenant le mot jour dans un sens figuré, pour une époque quelconque. Tout théologien instruit sait que, pour expliquer les prophètes hébreux, et surtout Danicl, on a recours à la même méthode d’interprétation !.
On s'aperçoit facilement que ces systèmes neptuniens sont nés dans les | pays nouveaux qui ont été formés par la retraite lente ou subite de la mer, À tels que l'Égypte, la Chaldée, les bords du golfe Arabique. Quant aux déluges universels survenus après le premicr desséchement du globe, il est remarquable qu’on les représente la plupart du temps comme subifs et de peu de durée. On ne voit pas comment de semblables révolutions auraient pu s’opérer, à moins d’adopter l’idée que le globe terrestre soit creux dans son intérieur, et que les terres s’y soient enfoncées. Ainsi la formation des montagnes par affaissement a dù nécessairement faire partie de tous les systèmes géogoniques qui procèdent par la voie humide.
Le système vulcanique paraît également être né chez quelques nations orientales; car ceux des Grecs qui le professaicent avaicnt puisé leur instruction dans l'Orient. A ce système appartient l’hypothèse du soulèvement » des montagnes, à laquelle quelques prophètes hébreux bien postéricurs à Moïse semblent avoir fait allusion.
Bélus, législateur assyrien, parait avoir admis que la terre sc trouve périodiquement dans un état de conflagration universelle, et dans celui d’une inondation générale. Suivant un passage de Troguc Pompe, les deux systèmes qui attribuent l’origine du monde au feu et à l'eau partagcaient les suffrages des philosophes de l'Orient. Ceux qui adoptaient le premier penaient que la terre s’était successivement refroidie en commençant par les pôles; leurs antagonistes soulenaient que la mer s’était retirée peu à peu.
Les idées des Orientaux fournirent aux Grecs le fond sur lequel ils ont brodé toutes leurs réverics géngoniques. Thalés apporia d'Egypte le sysme nepluuien, qui fut probablement eclui de tous les anciens poëles et Mhéologiens grecs. JJomère semble l’adopter, Aristote ct Plutarque indiquent - Îes raisons sur lesquelles ces anciens neptuniens se fondaient; clles se ré-
! Comp. Deluc, Lettres à Blumenbach, 1798, Zd., Traité de géologie, 1809. La Géogonice, en 2 vol., en allemand, par Silberschlag, Berlin, 1780, contient une trèsbonne explication du système mosaïque, regardé du point de vue historique. Le célèbre orientaliste Zichhorn, à Gouingue, l’a expliqué sous rapport poétique ; voyr4 son Répertoire de littérature biblique et orientale, tone IV.
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duisent à une seule, savoir, que l’on voit les animaux, les plantes, ct même le feu naître de l'humidité.
Les tableaux que Lucrèce, Virgile et Ovide nous tracent de la première formation du globe terrestre renferment toutes les idées principales des théories neptuniennes modernes : dissolution dans un vaste fluide ou dans le chaos, précipitation chimique par attraction ou affinité, précipitation mécanique par sédiment, enfin, coagulation et consolidation.
Le nombre de philosophes grecs qui attribuaient exclusivement au feu élémentaire l’origine de la terre, ne paraît pas avoir été considérable; car on ne saurait affirmer que telle fut opinion de Pythagore, quoiqu'il regardât l’âme de tous les êtres comme une parcelle du feu divin. L’obscur Héraclite dit le premier que «le feu a tout formé et peut tout dissoudre. » Les stoiciens, selon Cicéron, auraicnt partagé cette opinion; mais Sénèque déclare au contraire qu’ils regardaient l’eau comme le principe du monde. Au surplus, quand Héraclite disait « que la terre était le sédiment le plus » épais du feu, que l’eau était de la terre dissoute rar le feu, et l’cau vapo- » riséc formant l’air », il est évident qu’il ne pensait point au système des vulcanistes;s il ne faisait que composer une philosophie corpusculaire générale.
ÎlL'en fut de même à l’égard de ceux qui créaient la terre et le monde en général par le concours de molécules ou a{omes épars dans le vide. Dans les atomes de Démocrite et d'Épicure, qui s’attachaient l’un à l’autre au moyen de quelques petites inégalités de figures, lesquelles faisaient, pour ainsi dire, fonction de crochet, dans les corpuscules qui s'aiment, ct qui s’aitirent en vertu de leur nature semblable, on croit voir toutes les bases de notre théorie des affinités chimiques, et par conséquent de nos géologies les plus modernes et les plus vantées. La réunion des atomes est bicn évidemment la même chose que l’atfraction simple des molécules ; et si l’on dit: ces corpuscules aiment à se réunir, parce qu’ils sont d’une nature semblable, ou ; ces molécules tendent à sc réunir par une at{raclion élecfive, toutc la différence ne consiste que dans un peu plus ou moins de précision dans les termes.
L'idée de Franklin, qui fait tout naître de l'air, avait été proposée par Anaximène de Milct, dont les opinions sont sans doutc défigurées par les esprits bornés qui l’accusent d'athéisme.
Les Grecs ne se bornèrent pas à ces systèmes généraux ; il se formèrent des Hypothèses plus positives, fondées sur les faits qu’offrait la géographie physique des contrées alors connues. L’écoulement des lacs ou étangs ma-
plantes, ct même
it de la première principales des le fluide ou dans précipitation méusivement au feu onsidérable; car quoiqu'il regarin. L’obscur Hédissoudre. » Les nais Sénèque déncipe du monde.
sédiment le plus u, et l’eau vapo- 1t au système des orpusculaire gé-
re et le monde en ans le vide. Dans Pun à Pautre au es faisaient, pour i s'aiment, ct qui r toutes les bascs nt de nos géolos atomes est bicn lécules ; et si lon ont d’une nature attraction élecou moins de pré-
èté proposée par léfigurées par les
; il se formèrent ait la géographie cs ou étangs ma-
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trécageux qui couvraient la Thessalie avant la formation ou plutôt avant H’agrandissement de la vallée de Tempé, fit naître l’idée que les toutes médilterranées, etspécialemeni le Pont-Euxin, avaient été originairement des lacs ermés auxquels des révolutions violentes avaient ouvert une issue. Xanthus et Straton ayant observé que le sol de la Haute-Asie renfermait des coquillages de mer, en conclurent avec beaucoup de raison que ces Contrées avaient été couvertes d'eaux marines ; mais lorsque Straton préend expliquer ce phénomène commun à tout le globe par une cause locale, par l'existence d'une ancienne méditerranée, formée par la réunion du Pont Euxin avec la mer Caspienne, il tombe dans une crreur grave. Nous : ouverons, dans endroit convenable, qu’une semblable méditerranée n’a Point existé depuis le commencement des temps historiques, de même que ds grandes révolutions, causées par les débäcles des grands lacs et des ers intérieures, paraissent absolument antérieures à l’existence du genre main, les déluges causés par le dérangemeut de la mer, appartiennent à ge que l’histoire ne connait point. La considération des débris d’anijaux mot ces vérités hors de doute. Mais la Grèce, par la nature de son l, dut éprouver beaucoup d’éboulemements et d’excavations, par conséent beaucoup d’inondations particulières ; le déluge de Deucalion désola Thessalie, et spécialement le canton montagneux nommé Æellas ; celui POgygès bouleversa la Béotie ?, Naturellement, les traditions populaires rathèrent à ces catastrophes, qui avaient frappé des provinces entières, aque ancienne inondation dont le souvenir s’était conservé dans quelque hton. Ainsi, un seul enfonnoir peu considérable fut montré dans l’Atue, comme monument du déluge de Deucalion : c’était par là, disait-on, . qe s'étaient écoulées toutes les eaux de cette inondation. Douze ou quinze cles après l’époque assignée à ces événements, des historiens sont venus Bsembler ces traditions éparses, et en composer les brillants tableaux de tendus déluges universels, inconnus aux auteurs plus anciens. D’autres rivains grecs, peu satisfaits de ces débâcles, de ces irruptions et déluges, ntèrent l’hypothèse du desséchement successif de la mer. Aristote leur Wjecla qu'ils tiraient des faits authentiques une conclusion fausse : «Il est » Vrai, disait ce grand naturaliste, que plusieurs contrées, jadis couvertes # d’eau, sont maintenant réunies au continent; mais le contraire arrive Moussi, la mer a fait plusieurs irruptions. » L'hypothèse des atterrissements M aussi proposée : Polybe s’imagina que le Pont-Euxin se comblerait par la ds
… " Fréret, Mémoire sur les déluges d'Ogygès et de Deucalion, Académie des Inscrip- Mons, t. XXII, p. 129.
vase qu'y apportent les rivières; mais deux mille ans n’ont point suffi pour réaliser cette prophétie géologique. Le fleuve Pyramus de Cilicie n’a pas non plus porté ses atterrissements jusqu'aux rivages de Chypre, comme l'avait annoncé un oracle, Enfin, pour achever de parcourir le cercle des systèmes géologiques, plusieurs Grecs attribuèrent aux éruptions volca-. : niques des effets plus considérables que ceux dont nous avons des témoignages historiques. Strabon pense qu’elles peuvent soulever et engloutir des contrées entières, et il cite pour preuve deux bourgs du Péloponèse abimés à la suite d’un tremblement de terre.
Parmi les modernes, Palissy (1581) annoaça le premier des idées saines sur les coquilles fossiles ; il réclama contre le préjugé qui voulait n’y voir que des jeux de la nature; i! osa même soutenir que ces débris fossiles d’animaux marins étaient trop abondants pour avoir pu être apportés dans les lieux où ils se trouvent, par un déluge instantané comme celui dont Moïse nous a conservé le souvenir. Ces vérités étaient trop fortes pour le siècle où vivait Palissy; elles furent mal appréciées. Senon les démontra de nouveau, et, partant de cette base, il prétendit que les couches de la terre ont dû être formées comme des sédiments dans un fluide, et que les montagnes doivent leur origine à l’affaissement et aux ruptures des couches originairement horizontales.
L’Anglais Burnet (1681), homme de beaucoup d’esprit, mais qui n’avait pas observé les phénomènes, créa le premier une théorie complète. Avant le déluge, dit-il, la surface de la terre était plane, sans montagnes, sans vallées. Toutes les matières s’étaient disposées autour du centre du globe, conformément à leur pesanteur ; l’eau surnagea de toutes parts. Cependant, des matières huileuses plus légères que l’eau formèrent peu à peu unc dernière couche qui enveloppait les eaux et tout le globe. Sur cette croûte extrêmement fertile vivaient, dans un printemps perpétuel, les générations antédiluviennes. Le déluge fit tout changer de face, la croûte se dessécha, et les eaux accrues firent des efforts contre cette enveloppe légère; elle creva et s’écroula dans l’abîime des eaux. Sa chûte fit changer l'axe du globe et par conséquent la température des climats, Les bords redressés de la croûte formèrent nos montagnes.
I n’est pas nécessaire de démontrer à nos lecteurs combien ce système, puisé dans la seule observation des iles flottantes, est peu suffisant pour expliquer la naissance de ces lourdes et dures roches dont se composent le: montagnes,
Descartes (1610) et Leibnils (1683) prirent un essor plus audacieux : k
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® terre, disaicnt-ils, est un petit soleil qui s’est couvert d’une croûte opaque, 0 laquelle, en s’affaissant, a donné naissance aux montagnes. Leibnitz considérait toute a masse du globe comme ayant été vitrifiée, idée dont Buffon ! s’est emparé.
Un autre système arbitraire fut proposé par l'Anglais Whiston (1708). Cet astronome regarde la terre comme une comète qui aurait quitté sa » marche pour une cause qu’il n’indique point, pour prendre la marche cir- “eulaire d’une planète ; n'étant plus sujette à des alternatives d’un extrême “échauffement et d’un extrême refroidissement, la matière chaotique de l’ex- … comète se précipita selon les lois de la pesanteur spécifique. Une partie de la chaleur primitive de la comète se conserva dans son c:atre ; ce centre était entouré d’eau, la croûte extérieure du globe était d’une fertilité exà raordinaire, et les hommes vivaient plusieurs siècles. Mais la trop grande haleur leur échauffait trop lesang ; ils devinrent si impies que le Créateur *y vit pas d’autre remède que de les noyer. À ce dessein, il fit venir une L utre comète qui enveloppa la terre de sa queue immense; or, comme une … queue de comète est composée de vapeurs et d’eau (qui oserait en douter ?), il a terre fut considérablement rafraîchie. D'ailleurs, l'attraction de la co- : imète troubla l'équilibre des eaux intérieures ; il y eut dans ces ea:x un … violent flux et reflux ; la croûte extérieure de la terre, ébranlée dans ses fondements, s’écroula dans un endroit, se fendit dans un autre: voilà comme quoi le déluge universel arriva. La comète exécutrice de la volonté Li u Créateur s’en alia; les eaux, reprenant leur équilibre, rentrèrent dans
Mes cavités souterraines, lesquelles avaient été assez élargies pour recevoir
les eaux de la comète; la froieur et les autres mauvaises qualités de ces eaux ont réduit la terre à ce degré de stérilité et d’épuisement où elle se ….irouve aujourd’hui.
. Cette hypothèse de Whiston a été souvent renouvelée en tout ou en par- Mie. Dolomieu y a puisé ses principales idées, 0 Un compatriote de Whiston, un observateur infatigable et scrupuleux , Woodward, composa une théorie bien plus modeste. 11 admet que toutes les substances terrestres ont été dans une fluidité aqueuse. Comme il faut Pour cela une grande masse d’eau, il suppose que tout l’intérieur du globe n'est qu’un vaste abîme d’eau. Le déluge de Moïse consista dans un écrou- … lement de la croûte du globe dans ce grand abime, dont les eaux, selon
À Woodward, eurent une force dissolvante toute particulière, laquelle cepenne dant n’agit point sur les coquillages et les autres restes du règne animal, et 4
On voit que l'esprit observateur de Woodward, lui faisait sentir qu’il est
impossible d'expliquer par une seule inondation passagère la position de tant de couches de coquilles au milieu de bancs pierreux. Mais sa force dissolvante est, comme il en convient lui-même, une qualité occulte et miraculeuse.
Un savant allemand, Camerurius, en attaquant Woodward, émet l’opinion, aujourd’hui démontrée, que les bancs de cuquilles n’ont jamais été transportés ni pu l’être par un déluge quelconque, et qu’au contraire les animaux auxquels ils doivent leur existence ont vécu et sont morts dans l'endroit même où on les trouve. Il est vrai que Camerarius exposa cette opinion d’une manière très-confuse. En lui répliquant, Woodward avança que les éruptions volcaniques n’ont donné naissance à aucune montagne considérable, encore moins à des îles et à des contrées entières.
Nous ne parlerons point de la végétation des pierres qu'avait rêvée le célèbre Tournefort (1700), ni de quelques propositions isolées de Scheuchzer, dont le grand génie observaicur était enchaîné par les préjugés qui attribuaient tous les changements du globe à un seu! déluge, Le spirituel Fontenelle a eu le mérite de dire le preinicr qu'il a certainement fallu plusieurs révolutions pour modeler ia surface du globe et pour amonceler ces vastes ruines qui nous environnent de toutes parts.
Le système volcanique trouva à cette même époque plusieurs défenseurs ardents ét habiles, que l’on aurait tort de passer sous silence. Ray croyait qu’au moment même de la création, lors de la séparation des substances humides et sotides, il y eut des tremblements de terre qui soulevèrent les montagnes. La terre sortit peu à peu de l'Océan, ce qui donna aux animaux marins le temps di: déposer leurs dépouilles au sein des eaux. Hook, en supposant l’origine primitive des couches par la voie de sédiment dans un fluide, admettait des éruptions volcaniques assez fortes pour soulever de “vastes terrains, et même pour les fondre et les calciner. ZLaz1ro Moro, en observant qu’il y à des montagnes qui n’offrent ni débris de corps marins ni indice de stratification, attribuait à toutes les montagnes secondaires une origine volcanique; ce sont, à ses yeux, des coulées de lave qui ont pris naissance sous les eaux. En modifiant ct combinant ces diverses idées, le savant Raspe en composa sa théorie volcanique de la naissance des îles nouvelles, ouvrage souvent copié avec inexatitude par des vulcanistes célèbres.
Ces divers systèmes s’éclipsèrent devant celui que créa Buffun (1745), et auquel sa plume brillante donna tout l’éclat d’un poëme. Ce grand écrivain suppose que les soleils et les comètes ont été produits comme nous les
re la position de x. Mais sa force lité occulte et mi-
ward, émet l’opis n’ont jamais été ’au contraire les sont morts dans rius exposa cette Joodward avança ucune montagne tières.
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a Buffon (1745), >. Ce grand écricomme nous les
voyons et avec les forces nécessaires pour leur faire parcourir leurs orbites. Mais il y a 96,000 ans qu’une comète tomba obliquement dans le soleil et %en détacha la 650e partie. Cette masse lancée dans l’espace se divisa et forma toutes les planètes de notre système solaire, qui, par le mouvement Au le rotation, acquirent une figure sphéroïdaie. Notre globe était dans un état L: 'incandescense, mais sa surface sc refroidit et se consolida ; il s’y forma Toutrfois das caviés immenses. Une partie des vapeurs qui s'étaient élevées Vans l'atmosphère se condensa et forma les mers. Ces eaux attaouèrent la partie solide du globe et en dissolvèrent une portion; c'est ainsi que se for- » Méèrent les terres et les pierres. Les eaux de l'Océan, attirées vers l'équateur par les marée, yentraîinèrentune grande quantité de suhstances dissoutes; C'est ainsi, dit Buffon, que naquirent les grandes .chaînes de montagnes dirigée: Vorient en occident. Malheureusement ces chaînes n’existent point; “+ grande rangée de montagnes qui environnele globe a une autre direction; Buffon s’est donné le tort d'expliquer par une supposition invraisemblable ! on elle-même un fait absolument imaginaire. Mais continuons à exposer sa “théorie. Les eaux primitives du globe s’enfuirent dans les cavités dont on déjà parlé, alors les continents parurent. La terre, dans l’espace de 3,000 ans, se refroidit au point que les végétaux et les animaux purent ivre à sa surface. Ces êtres naquirent vers le pôle et se répandirent sucessivement vers les régions équatoriales. Les couches secondaires se for- “mèrent par la décomposition de la matière vitrifiée mêlée de sédiments Marins; des causes accessoires, les vents, les couranis d’eau, les éruptions Volcaniques et les tremblements de terre, modelèrent ensuite les montagnes et les vallées. L’Océan change lentement ses rivages, en attaquant par son mouvement général les côtes orientales qu’il détruit; il a de cette ma- Bière pu faire plusieurs fois le tour du globe 1. "\ Le système de Buffon, réfuté dans ses points principaux par des naturaistes observateurs, ne compte plus de partisans exclusifs, même parmi ceux qui regardent le feu comme l’agent principal qui a formé notre globe. Un regarderait aujourd’hui comme une folie toute hypothèse qui tendrait à expliquer la première origine de notre globe et la manière dont il a été lancé dans l’espace. La géologie ne cherche plus à remonter, par l’examen des monuments physiques, d’une époque à une autre, jusqu’à ce qu’elle arrive à un état de choses antérieur à tous les monuments 2,
! Buffon, Théorie de la Terre, dans le 1°" volume de son Histoire naturelle, Paris,
2 Deluc , Éléments de géologie, 6 10, p. 11.
La théorie la plus fortement soutenue et la plus vivement contestée de cette époque moderne, est celle de Deluc. Ce savant suppose que la terre et tous les corps célestes étaient des masses d'éléments confus dans lesquels une volonté divine, en leur communiquant une certaine quantité de lumière, fit naître les précipitations chimiques par lesquelles se formèrent les croûtes de roches solides dont nous voyons les fragments. Cette croûte consolidée s’affaissa plusieurs fois ; ses bords qui sont cités, appuyés sur des cloisons de cavernes souterraines formèrent les montagnes. Les eaux , qui d’abord couvraient le globe entier, s’infiltrèrent dans les parties centrales où subsista toujours l’ancien chaos. Alors parurent les premiers continents plus étendus que les nôtres, mais suspendus au-dessus des immenses cavernes. Le soleil ne les éclairait pas encore. Lorsqu'il y naquit des végétaux d’une nature différente des nôtres, leurs débris formèrent nos houillères. Les continents actuels, cachés sous la mer, se couvrirent de dépôts de coquillages; les éruptions volcaniques y répandirent des couches de laves. Par un grand et dernier affaissement, les continents primitifs s’écroulèrent au sein des cavités souterraines; la mer se précipita sur ces terres et engloutit dans ses profondeurs les générations qui les habitaient ; cette catastrophe est le déluge universel décrit par Moïse, et dont on a cru retrouver le souvenir chez beaucoup de nations. C’est alors que parurent soudain à la face du jour nos continents actuels formés sous la mer. Dans les terrains meubles de nos continents se trouvaient ensevelis pêle-mêle les restes des quadrupèdes qui avaient habité des îles écroulées avant le déluge universel, et les débris des cétacés qui avaient peuplé la mer. La conservation de ces restes qu’on trouve encore presque entiers dans les pays froids, et le peu d’épaisseur des couches de terre végétale formée au-dessus de nos continents, concourent à prouver que leur antiquité, ou pour mieux dire leur apparition au-dessus des eaux, ne date point de siècles extrêmement éloignés de nous 1,
Telle est la théorie du célèbre naturaliste de Genève. L’idée principale de ce système, celle de plusieurs affaissements de la surface du globe, et plusieurs détails, surtout ceux qui regardent l’origine des restes d'animaux, réunirent les suffrages des savants. On trouve quelques difficultés à concevoir les vastes cavités dans iesquelles le monde antédiluvien a dû s’engloutir; il semble que celte idée, empruntée de Woodward, n’a été introduite dans la théorie que par le désir d’expliquer le déluge.
1 Deluc, Leures sur l'histoire de la Terre, adresséss à M. Blumenbach. Zd, Éléments de géologie.
ent contestée de pose que la terre fus dans lesquels antité de lumière, ièrent les croûtes -roùte consolidée sur des cloisons ux, qui d’abord trales où subsista inents plus étenses cavernes. Le végétaux d’une ; houillères. Les dépôts de coquilde laves. Par un roulèrent au sein et engloutit dans catastrophe est le uver le souvenir dain à la face du terrains meubles stes des quadru-
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Divers naturalistes, qui tous admettent avec Deluc que la terre s’est formée dans un fluide aqueux, diffèrent sur le rang qu'ils assignent aux agents qui ont opéré les révolutions et les ruptures de la croûte du globe. Saussure 1 s'est quelquefois exprimé comme s’il admettait des soulèvements du terrain par le feu volcanique « ou par d’autres fluides élastiques, » afin d’expliquer comment les couches granitiques qui servent de base à toutes les autres ont été élévées en certains endroits, au point de former des crètes de montagnes. Mais l’idée qu’il a le plus constamment soutenue, c’est celle des courants très-violents qui, en agitant l’ancienne mer, ont entraîné à de grandes distances les débris de roches primaires, surtout du granite que l'on trouve épars à la surface des terrcirs de sédiments supérieurs. Il est difficile de concevoir des courants doués d’une force capable de rouler au loin des pans entiers de montagnes, même en supposant les vallées comblées et formant un plan incliné. Il est plus naturel d’attribuer le phénomène dont il s’agit aux glaces marines qui ont pu porter ces débris de
montagnes à travers l’ancienne mer.
| Le célèbre Werner, en attribuant aux affaissements une grande influence, » pense pourtant que divers faits, entre autres le gisement des basaltes, ne s’expliquent que par une hausse et baisse périodique de la masse des éléments fluides.
+ Lorsque Pallas , ? pour expliquer la présence des débris d’éléphants en Sibérie, fait déborder toute la masse de l'océan Indien qui, selon lui, aurait Li] couvert et traversé le plateau central de l’Asie, en roulant du sud-est au nord- ouest, c’est par des éruptions volcaniques et des tremblements deterre qu'il veut produire un mouvement si extraordinaire et si inconcevable 5. à Le savant et laborieux Delamétherie (1798) a composé une théorie très- À, * Sirconstanciée, très-riche en faits et en idées, dans laquelle il cherche à “ramener les révolutions du globe à des lois chimiques, sans pourtant dédaigner les causes mécaniques. Toutes les montagnes, toutes les vallées se sont formées par cristallisation dans un immense fluide dont ce chimiste . se débarrasse au moyen de l’évaporation, parce qu’il s’est décidé à regarder nm masse centrale du globe comme un cristal solide. L'opinion de Deluc sur l’antiquité peu reculée de nos continents a été adoptée par un grand observateur qui, sans faire de système, a lancé dans le monde savant des idées isolées, mais fécondes en résultats. Dolomieu, ce
D à vo.
Pallas, Observation sur l'origine des montagnes, p. 74, traduction française,
nous semble, ne tendait guère qu'à épurer le système de Whiston de ce qu'il avait de trop hypothétique. Toutes les bases géologiques de ce savant, la dissolution de toutes les substances terrestres dans un dissolvant qui a été détruit; la coagulation de ces substances qui, après la destruction du dissolvant primitif, se précipitèrent et se cristallisèrent pour former une écorce ; la cause exlérieure quelconque qui vient briser et concasser ceile écorce; enfin, les marées de dix-huit cents tloises d’élévation qui remuèrent toute la masse des eaux, balayèrent le fond des mers, soulevèrent et transportèrent des bancs de coquillages, creusèrent les vallées et modelèrent tout le terrain secondaire; toutes ces bases, dis-je, existent déjà dns ie système de Whiston. Il est même difficile de concevoir la possibilité de toutes ces révolutions violentes et subites, sans la concurrente d’un corps céleste quelconque; or, comme tout prouve la stabilité du système planétaire, il n’y a que les comètes auxquelles on puisse avoir recours. Mais ces comètes, comment prouver qu'elles sont des corps assez solides et assez denses pour exercer de si fortes attractions sur le globe terrestre? Ticho Brahé, Galilée, Kepler, Lahire et Herschell, ont regardé les comètes comme des météores éthéréens. Ainsi, les théories de la terre aboutissent toujours en dernier licu à des questions insolubles, et tout ce qu’on apprend en les étudiant, c’est d'en “outer,
D’eu douter ! s’écrieront quelques Ecossais en lisant ces lignes. Non, il n’y a plus lieu à des doutes depuis que Hutton et Playfair ont découvert la vraie constitution de notre globe !. Ne savez-vous pas que les conlinents actuels se détruisent par les actions de l'air, de la gravité et des eaux courantes ; que leurs matériaux, transpo,iés sur les côles de celles-ci, sont répandus par les différents mouvements de la mer sur toute l’étendue de son fond ; qu’une grande chaleur interne endurcit ces matériaux dont il résulte une masse semblable à celle des couches minérales dont nos continents sont composés ; que, lorsque cette dégradation a détruit nos continents, la chaleur interne sou'eva en masse les couches formées sur le fond de la mer, ce qui repoussa la mer sur les continents rasés, et produisit de nouveaux continents, livrés à leur tour à une lente dégradaiion ? Ces alternatives de continents naissants ct périssants out déjà été répétées plusieurs fois, et on ne peut point fixer un terme à cet enchainement de métamorphoses.
Nos lecteurs sentiront d'eux-mêmes combien ce nouveau système est contraire à l’évidence des faits; seulement nous les prierons d'observer que
n de ce qu’il e savant, la ant qui a été ction du dis- F une écorce ; ceite écorce ; i romuèrent rent et tranet modelèrent déjà duns 1€ ilité de toutes corps céleste inétaire, il n’y ces comètes, 4 denses pour rahé, Galilée, des météores en dernier iicu étudiant, c’est
ignes. Non, il it découvert la les conlinents des eaux coules-ci, sont rétendue de son dont il résulle ontinents sont inents, la chand de la mer, t de nouveaux alternatives de urs fois, et on phoses.
vstème est cond'observer que
l'idée d’une formation des couches minérales, par une cuisson souterraine semblable à celle qu’a opérée M. Hall dans ses fameuses expériences, mériterait d’être approfondie d’une manière indépendante du système exclusif des Huttoniens.
} Pendant que les savants d'Europe disputaient sur les théories que nous venons d’énumérer, le Nouveau-Monde en vit naître ou plutôt renouveler }'un système différent de tous les autres. Franklin supposa, d’après Anaximène, que non seulement toutes les substances terrestres, mois même toule Da matière en général, avaient existé comme un gaz aériforme élastique consément répandu dans les espaces célestes. La gravitation commença à se foire sentir, les molécules gazeuses furent attirées vers les centres ; il se Morma des globes d'air. Ceci supposé, ilest facile de concevoir tout le reste du “système de Franklin; toutes les substances se laissent réduire à l'état aéri- “orme ; donc, conclut Franklin, elles ont toutes pu naître par la condensafion de l’air ; ainsi a dû se former la croûte extérieure du globe qui, dans se système, n’est qu’une mince enveloppe solide autour d’un vaste fluide élastique; les mouvements de cet air central produiraient, comme on voit, sans difficulté les tremblements de terre. Enfin, ce système n’est pas une simple satire des théories de la terre, comme on paraît l'avoir cru, c’est une hypothèse tout aussi raisonnable et aussi ingénieuse que celles de tant ’autres géologues.
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Suite de la Théorie de la Géographie. — Des Révolutions physiques arrivées à la 7 surface du Globe depuis les temps historiques. — Des soulèvements de Montagnes et du Feu central.
Nous avons décrit l’état physique actuel du globe terrestre ; à chaque à po s que nous avons fait dans cette carrière, nous avons pu nous convaincre jue l’ordre de choses qui subsiste aujourd’hui a dù être précédé par plu- Yieurs ordres différents. L'existence du monde matériel n’est qu’une série de métamorphoses ; comme l’onde se mêle à l’onde, les éléments, agités d’un mouvement continuel, se confondent, se remplacent, se combinent sous mille formes renaissantes. Dans ce flux et reflux de l’être et du néant, nous ottons comme la feuille légère qu’une seule et même vague apporte, sou- Hôve, Si et engloutit. Comment donc espérerions-nous embrasser par
la pensée l’immense chaîne des révolutions que notre monde a pu subir? Nous marchons sur des débris; mais savons-nous de combien de mondes antérieurs? Les siècles ont entassé ruines sur ruines; à chaque pas nous foulons des monuments où la main de la nature grava l’histoire du globe; mais leurs inscriptions sont conçues dans un langage hiéroglyphique dont la clef peut-être ne sera jamais trouvée.
Les faibles clartés que le raisonnement ou l’expérience ont fournies se rapportent à deux classes de changements qui se sont opérés sur le globe, Les uns se renouvellent sous nos yeux, ou du moins ont eu pour témoins des hommes qui nous en ont transmis la mémoire. D'autres révolutions ne nous sont connues que par des effets qui nous étonnent, par des traces qu’on doit suivre en silence, bien résolu de s’arrêter où elles cessent de nous guider.
Les changements dont on peut prouver la réalité portent des caractères très-différents. Les uns ont été opérés avec la plus inconcevable rapidité; dans la progression imperceptible des autres, on s’aperçoit que la puissance du temps est infinie.
De toutes les forces connues, il n’y en a aucune qui n’ait contribué, pour si peu que ce soit, à changer la surface du globe. Le feu joue le rôle le plus brillant, mais l’eau semble avoir eu une sphère d’activité encorc plus grande. L'air cache derrière son apparence de faiblesse une trèsgrande force dectructive et recomposante. La terre elle-même, cr obéissant aux lois de l’équilibre, a concouru à modeler sa surface, Enfin les travaux de l’homme, quoiqu’au dernier rang, figurent dans quelques coins de ce vaste tableau.
Nous allons parcourir rapidement les fastes du globe,
L’atmosphère produit des météores dont les effets lents, mais continucls, doivent, en s’accumulant de siècle en siècle, former une somme immense. Les vents, qui déracinent des forêts entières, ont posé de loin les fondements des houillères. Les pluies, en ruisselant des flancs de la montagne, en dégarnissent et en hérissent une partie, tandis qu’elles en arrondissen! et en élèvent d’autres. La grêle, la neige se rassemblent en vastes glaciers, d’où sortent les fleuves impétueux qui excavent la vallée. Ramond a vu que les sommets des Pyrénées étaient partout sillonnés par la foudre.
Mais l'air, à lui seul, a une force dissolvante très-considérable. Il décompose à la longue toutes les substances connues. La roche la plus solide se fend et se divise en fragments; ceux-ci se brisent, se délaient et forment du gravier, du sable, que les vents et les eaux courantes entrainent loin
onde a pu subir?
mbien de mondes chaque pas nous histoire du globe; sroglyphique dont
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ten vastes glaciers, lée. Ramond a vu par la foudre.
pnsidérable. Il déroche la plus solide délaient et forment tes entraînent loin
ds ol qui jes vit naître. La chaleur ct l'humidité, en se succédant, aecélèrent cette dégradation lente qui se continue sous nos yeux.
L'air dissémine la poussière fructifiante des plantes, transporte des * nuages entiers de sable et de cendre volcanique, tient en dissolution des parties aqueuses, salines et terreuses. 11 contribue donc incontestablement > à changer la surface de la terre.
» Cette action de l’air devient surtout sensible dans l’extension continuelle » des sables mouvants. On en a vu de grands effets près Saint-Pol-de Léon, cn Bretagne, où un village entier a été enterré sous les sables, de manière qu'on n’en voit plus que le clocher !. L’Angleterre, le Jutland et la Scanie ont | “éprouvé el éprouvent encore des inondations semblables. Au Groënland, la
fameuse chaîne de collines de pure glace, nommée l’Isblink, est située entre deux caps formés de sables mouvants que les vents portent quelquefois sur s Vaisseaux éloignés de plus de douze lieues. Ainsi les phénomènes des déserts africains se retrouvent près du pôle. Nous avons vu dans le Jutland es endroits où le sable, étant d’une extrême finesse, présente comme une tasse fluide dans laquelle on peut se noyer. On conçoit que le vent puisse entrainer cette poudre à des distances considérables et créer de celte ma- Mnicre les déserts de sable.
Les :ravaux de l’homme, en pavant des rues, en bâtissant des maisons, en portant de l’engrais sur les champs, en élevant des digu:s le long des Lfeuves, tendent insensiblement, mais puissamment, à exhausser le terrain. n s’en aperçoit surtout dans les villes, auprès des anciens édifices. Pour ntrer au Panthéon de Rome, il fallait autrefois monter huit degrés, aujour- $ “hui il faut en descendre autant. Il n’est pas à présumer que l'édifice se Soit enfoncé, car il a conservé le même niveau depuis deux siècles 2. Les plantes aquatiques changent souvent un marais en une prairie huhide. Ce sont d’abord les hippuris, les utriculariæ, les equiselum et divers Dnes, qui forment avec leurs racines entrelacées un tissu flottant sur l’eau oueuse ; ensuite le sphagnum palustre se répand sur toute la surface, aspire l’eau comme une éponge et crée un lit aux bruyères et aux lichens qui - fous les ans exhaussent le terrain par leurs dépôts. D’autres fois, une baie
Drranquille se peuple de nymphea, d'arundo phragmites et d’autres plantes “ qui retiennent les parties terreuses rejetées par les eaux du dehors. Dès que ce limon a pris un peu de solidité, on y voit germer des saules, des
k Mémoires de l’Aradémie des Sciences de Paris, 1799, Bergmann, Géographie physique , 6 148, IT, 170.
osiers et d’autres arbres appartenant aux espèces qui aiment le sol aquatique.
La végétation contribue encore de diverses manières à changer l’aspect de la terre. Regardons cette plante si mince, cette mousse qui s’élève le long des murs d’un palais désert; en se décomposant et en renaissant, elle aura, dans quelques siècles d’ici, couvert et enterré ces masses orgueilleuses que le luxe élève pour loger la suprême puissance. Les cadavres des plus vils animaux s’entassent où brillaient les trônes des monarques. Les broussailles couvrent le temple de Jupiter Olympien, et les tours de Babylone rampent sous l’herbe.
Les éb ulements et renversemen:s de montagnes ont souvent des causes étrangères aux explosions volcaniques et aux tremblements deterre. Tantôt ce sont les eaux d’un fleuve rapide, d’un lac agité ou même d’un courant souterrain, qui rongent, creusent, minent sourdement une masse de rochers ou de terrains solides. Des couches de sable, de gravier, d'argile, de craie, qui servaient de support, sont dissoutes ou en‘raînées ; un vide existe, la masse supérieure s’y enfonce par son propre poids. D’autres fois des eaux souterraines pénètrent sous un terrain nouveau, sous une couche végétales elles supportent d’abord cette croûte, puis la détachent, la déchirent, et enfin l’entraînent par lambeaux ou l’engloutissent tout entière.
Tantôt c’est une fissure quelconque au moyen de laquelle une partie d’une montagne se détache de sa masse principale, et, privée par là de son point d'appui naturel, est obligée d’en chercher un autre en se renversant ou bien en glissant. Les montagnes peuvent se détruire même par l’influence des fluides atmosphériques ; et, comme l’a dit un savant naturaliste, la foudre les brise, l’air les décompose, l’eau les divise et en entraine les débris dans les vallées et dans les plaines qu’ils exhaussent.
Sans doute ces différents genres de destruction ont dù contribuer à la formation de la surface actuelle du globe. Partout nous n’apercevons que débris e: ruines; ces bancs de roche courbés, renversés, brisés; ces lacs profondément creusés, ces cavernes qui descendent vers l’abime; ces pics qui cherchent les cieux. ces immenses escarpements autour de toutes les mers du globe, ces Alpes qui se penchent au-dessus de l’Italie, ces Andes qui plongent dans l'Océan leurs flancs gigantesques; ces forêts, ces races de quadrupèdes, ces animaux aquatiques ensevelis pêle-mêle, tout indique à notre pensée effrayée et attristée que de vastes catastrophes ont contribué à donner au globe son aspect actuel.
Mais nous ne voulons parler ici que des faits dont l’histoire a conservé les détails,
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Les éboulements qui proviennent d’une excavation faite par les eaux arrivent tous les ans dans les pays montagneux, le long des rivières. C’est ainsi que le Rhône a formé la voüte sous laquelle il semble se perdre; c’est ainsi que l’Adige, en 1767, engloutit le bourg de Neumarkt et autres. Dans la Norvége méridionale, le rapide Glommen descend du sommet des monts Dofrines vers la mer du Nord, et forme un peu au-dessus de son embouchure la belle cascade de Sarpen. Le remous des eaux de la cascade avait creusé sousle rivage une mare souterraine de 200 mètres de profondeur. Le . 5 février 1702, le château de Borge, avec toutes ses dépendances, s’en- L fonca dans ce trou +1 y disparut totalement, de sorte qu’on ne ne vit à sa
pince qu’un lac de 260 mètres de long sur 400 à 130 de large 4 Le désastre du bourg de Pleurs, dans le pays de Glidvenns; provint
d’une cause semblable. Des ruisseaux et des sources sans nombre creu- “'saient les fragiles bases du mont Conto. Le 25 août 4618, les quartiers de Lrocher dont cette montagne était composée se détachèrent l’un de l’autre et roulèrent sur le bourg qu’ils ensevelirent, ainsi que celui de Schilano; il y périt 2,430 individus; un lac couvrit la place où s’élevaient 200 maisons … élégante: ; tout l’or que le commerce y avait amassé pendant un siècle fut ven un clin-d’œil rendu au sein maternel de la terre.
De grandes étendues de terre s'enfoncent quelquefois tout-à-coup, et
font place à de vastes cavités.
… Les plaines éprouvent d’autres sortes d’éboulements. Les terrains tour-
beux, suspendus sur l’eau, s’affaisent sous le poids des forêts, des maisons
‘et des habitants. L’Irlande voit tous les ans le nombre de ses lacs s’accroitre
“par l’enfoncement des tourbières. C’est à ces enfoncements que les foréts
-soulerraines, du moins en partie, doivent leur origine. Il y en a, comme eur les côtes de Lincoln, qui sont formées conjointement par l’affaissement des côtes marécageuses et par d'anciennes invasions de la mer; mais pour + Ja plupart elles se rencontrent dans des tourbières. Ainsi dans l’île de Man,
“il se trouve au milieu d’un marais, à 7 mètres de profondeur, des sapins encore sur leurs racines, Au village d’Hatfeld, dans le comté d’York, on voit des arbres qui ont à côté d’eux leurs noix et leurs glands. La Hollande,
de La Suisse, {a France offrent d’autres faits semblables; mais c'est la Suède, no qui nous fournit l'exemple le plus curieux. Près d’Asarp, èn Westrogothie, il y a des tourbières composées d’un limon épais et d’une tourbe légère ; "on y voit une grande quantité de troncs et de racines qu’on enlève tous les ans pour s’en servir en guise de combustible ; l’année suivante, on en trouve ‘ncore la même quantité, ce qui provient sans doute d’un immense
amas d’arbres censevelis dans cette tourbière, et que le dègel annuci soulève 1,
Dans la marche électorale de Brandebourg , il y le lac d’Arend, formé par deux écroulements, l’un arrivé, à ce qu’on croit, en 815, l’autre en 1685. Combien de lacs ainsi formés en Prusse et en Pologne! Combien d’autres événements de cette nature dont la mémoire s’est perdue ou que la tradition a défigurés! Strabon nous apprend qu’à l’entour du lac Copais, en Béotie, les écroulements étaient très-fréquents et changeaient souvent le cours de la rivière de Cephissus, qui, à la fin, s’écoulait par des canaux souterrains construits de mains d'hommes. Comme aujourd’hui ces canaux ne sont plus entretenus , et que le lac Copaïs est changé en un marais, on demande ce que deviennent les eaux de Cephissus, Il ne paraît que trop probable qu’elles ont creusé un réservoir souterrain, un lac invisible, mais qui peut-être un jour engloutira la Béotie, et renouvellera ainsi le déluge d'Ogygès.
Nous avons parlé des jacs souterrains, et entre autres de celui de l’Osf- Frise, qui était à découvert dans le douzième siècle: peu à peu il s’est formé à sa surface une croûte de matières tourbeuses et limoneuses, qui à leur tour se sont recouvertes de terres végétales. Aujourd’hui cette croûte est assez forte pour qu’on passe en voiture dessus et pour qu’on y laboure, sème et moissonne. Cependant les habitants y font des trous de deux à quatre pieds de profondeur , pour trouver l’eau qui leur sert à rouir leur lin. Il existe problablement un lac souterrain près de Narbonne, dans le territoire de Livière. On y voit cinq gouffres, nommés les Œliols, d’une profondeur extraordinaire et remplis de poissons; la terre qui lesenvironne tremble sous les pas des paysans hardis que la pêche y attire.
On conçoit facilement les désastres qui de temps en temps manifestent l'existence de ces lacs souterrains dans des endroits où personne ne les soupçonnait, En 1792, on vit un lac se former dans la ville de Lons-le- Saulnier ; plusieurs maisons y disparurent, ainsi qu’une portion de la grande route de Lyon à Strasbourg. On pense que c’était un ancien étang d’eau salée, où il s'était d’abord formé une pellicule, puisune croûte légère de végétaux, et enfin un terrain solide en apparence; mais une grande sécheresse ayant fait baisser les eaux souterraines, cette croûte manqua de support et dut s’enfoncer. Le mont Jura présente de nombreux vestiges d’enfoncements semblables. Les Pyrénées, dans leurs parties calcaires, en offrent également, Buffon rapporte qu’une montagne, en 1678 , s’étant
! Bergmann , Géographie physique, 11, 244.
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écroulée dans des cavités souterraines remplies d’eau, causa une forte inondation dans une partie de la Gascogne. Les Alpes Juliennes, où est le fameux Jac de Zirknitz, renferment dans leur: nombreuses cavernes beaucoup de réservoirs semblables.
Senèque avait donc raison de dire : « Dans quel lieu du globe la » nature n’a-t-elle pas des eaux à sa disposition pour nous assaillir quand » elle voudra? Presque partout nos fouilles aboutissent à trouver de l’eau. » Ajoutez ces immenses lacs invisibles, ces mers souterraines, ces fleuves » qui roulent dans une éternelle nuit. Combien de causes d'inondation » dans ces eaux qui coulent et au-dessous el autour de nous ! Longtemps » captives, elles se mettront en liberté... Ls roches entr’ouvertes de » toutes parts fourniront autant de courants d’eau qui s’élanceront vers » l'Océan... Ces déluges d’eau ou de feu arrivent quand il plait à
® » Dieu de recommencer un ordre plus parfait de choses. »