ASSYRIE
BABYLONIE
rdistan
DIVISIONS ANCIENNES
RMÉNIE
ÉSOPOTAMIE:.
SSYRIE.
BABYLONIE
Suite de la Description de l'Asie, — Turquie d’Asie, — Troisième partie. — La Syrie ave” la Palestine,
Les contrées qui nous restent à décrire dans la Turquie d’Asie ont tant de fois attiré l'attention des voyageurs, qu’on formerait une assez nombreuse bibliothèque des relations dont elles ont été l’objet. Deux ou trois pages ne contiendraient qu’à peine les noms des pèlerins qui nous ont laissé des itinéraires de la Terre-Sainte, ouvrages naturellement remplis de répétitions et de puérilités, mais qu’une saine critique doit cependant consulter, et qui, soigneusement comparés avec Aboulfeda et Josèphe, ont fourni au docte Busching un excellent morceau de géographie. Dans les temps modernes, des missionnaires comme Dandinÿ, des antiquaires comme Wood, des naturalistes comme Maundrell et Hasselquist, ont jeté un grand jour sur des parties isolées; mais il était réservé à un homme de génie, à Volney, en combinant toutes ces notions fragmentaires avec ses propres observations et études, de nous tracer un tableau complet de la Syrie. On conviendra donc que, puisque la nature d’un précis exclut la discussion minutieuse d’objets de topographie, nous pouvons nous rapporter, en général, aux recherches de Busching, de Volney, de Russegger et de Lynch.
La Syrie a des limites fixes au nord-est dans l’Euphrate, au nord dans le mont Amanus, aujourd’hui A/ma-dagh, et à l'occident dans la Méditerranée ; mais à l’est elle confond ses déserts avec ceux de l’Arabie, sans que jamais les anciens ni les modernes aient pu marquer une ligne fixe de frontières. Palmyre, Damas et la mer Morte étaient les points extrêmes, selon les anciens ; aujourd’hui, les ruines de la première ville sont plutôt censées appartenir à l’Arabie Déserte. De même au midi, une ligne mathématique tirée de l’extrémité de la mer Morte sur l’embouchure du torrent d'El-Arisch, paraît offrir la seule limite possible entre la Syrie d’un côté, et l’Arabie Pétrée avec l'Egypte de l’autre.
Ce pays portait originairement le nom indigène d’Aram, d’où viernent les Arimi d’Homère. Les Arabes le désignent sous le nom de Bahw-el-Cham (le rivage de la gauche), en opposition avec l’Yémen ou le pays de la droite.
Ces dénominations ont rapport à la position de la Mekke, et à l’idée asscz juste que la Syrie n’est qu’une côte de l’Arabie.
Les montagnes de la Syrie ne sont pas toutes des ramifications du Mont Taurus. Le mont Rhossus, venant de l'Amanus, aujourd'hui l’Alma-dag, se termine à la vallée de l’Oronte. D’autres hauteurs longent l’Euphrate et s'étendent vers Palmyre ; ce sont en partie les monts Pierius des anciens qui vont se joindre à l’Aÿ/{ab des modernes. Mais la chaîne propre de la Syrie commence au sud d’Antiochie, par l’énorme pic du mont Casius « qui, au dire d’'Ammien-Marceilin, élève dans les airs une pointe aiguë, ceinte de forêts. » La chaîne de Syrie, sous divers noms, suit la direction des rivages de la Méditerranée, dont elle ne s'éloigne généralement que de 7 à 8 lieues. Le mont Liban paraît en former le sommet le plus élevé 1. Cette chaine, qui s'étend entre les parallèles d’Acre et Tripoli, et dont le sommet, nommé Hermon dans la Bible, est entre Damas et Héliopolis, se divise en deux chaînes, l’une occidentale, qui regarde ia Méditerranée, l’autre orientale, qui borde les plaines de Damas. Celle-ci reçut des Grecs de la Syrie le nom d’Anti-Liban, nom inconnu des indigènes, et qui, employé arbitrairement par les historiens, a fourni matière à des discussions très-épineuses.
L’Anti-Liban a pris chez les modernes le nom de mont Ansariëéh. Les partes les plus remarquables de la chaîne occidentale sont le Thabor, le Carmel, les monts Ebal et Garizim, le Golgotha ou Calvaire. Les parties orientales nous montrent les monts Galaad, Aburim et Moab à l’est de la mer Morte.
Le Liban et toutes les montagnes de Syrie représentent souvent des ruines de tours et de châteaux. Elles sont composées d’une pierre calcaire, dure, blanchâtre et sonnante ?. Le granit ne commence guère à paraître que dans le voisinage du mont Sinaï. Il y a près de Damas d’immenses cavernes, dont l’une peut contenir 4,000 hommes. Dans la Palestine plusieurs montagnes sont aussi creusées de cavernes immenses.
Sur la côte de Caïffa, près Saint-Jean-d'Acre, il se forme dans la mer un gros coquillier à gros grains, très-solide, qui rend certains points de cette côte fort dangereux pour le navigateur. On l’exploite pour la bâtisse.
D’après M. Russegger, les plus hautes cimes du Liban, sont le Sannin qui a 2210 mètres, le Makmel qui en a 2860, et le Djebel Scheik qui en a 3200. Elles n’atteignent donc pas la limite des neiges perpétuelles, qui sous cette latitude de 34°, est d’environ 3300 mètres, cependant on en trouve toujours dans les enfongements qui ne sont pas exposés au soleil.
2 Volney, Voyage en Syrie, I, 279.
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Un peu de fer et d yeouille, de la pierre à bâtir, du sel et de l’asphalte, sont les seuls minéraux que l’on rencontre en Syrie.
Le bassin du Jourdain offre beaucoup de traces de volcans. Les eaux bitumineuses et sulfureuses du lac Asphaltite, les laves, les pierres ponces rejetées de ses bords, et le bain chaud de Tabariéh, prouvent que cette vallée a été le siége d’un feu qui est à peine éteint. On observe qu'il s'échappe souvent du lac Asphaltite des tourbillons de fumée, et qu’il se fait de nouvelles crevasses sur ses rivages. Strabon dit que la tradition des habitants du pays portait que jadis la vallée du lac était peuplée de treize villes florissantes, et qu’elles furent englouties par un tremblement de terre; il avoue toutefois que le savant Eratosthène attribuait cette catastrophe à un simple affaissement du terrain. Les éruptions ont cessé depuis longtemps ; mais les tremblements de terre qui en sont les entr’actes se montrent encore quelquefois dans ce canton. La côte en général y est sujette, et l’histoire en cite plusieurs exemples qui ont changé la face d’Antioche, de Laodicée, de Tripoli, de Béryte, de Sidon, de Tyr. Presque de nos jours, en 1759, il en est arrivé un qui a causé les plus grands ravages. On prétend qu’il tua, dans la vallée de Baalbek, plus dé 20,000 personnes. Les pertes ne sont pas encore réparées. Il y en eut encore en 4778 un qui ruina Alep; un autre, en 1788, qui se fit sentir à Alep, à Tripoli et dans le Liban ; un autre en 4819, enfin un autre en 1822. On a observé en Syrie que les tremblements de terre n’arrivent presque jamais que dans l'hiver, après les pluies d’automne.
L'Oronte et le Jourdain descendent tous les deux du Liban ; le premier coule au nord, l’autre au sud. L’Oronte que les Arabes nomment Nahr-el-Aaszi ou Makloub, est, sans contredit, le roi des fleuves de la Syrie ; cependant, sans les nombreuses barres qui en arrêtent les eaux, il resterait à sec dans l’été. Pre ‘ondément encaissé, il ne fournit de l’eau aux campagnes voisines qu’au moyen de machines à roues placées sur ses bords, ce qui lui a valu le nom moderne d’Aaszi ou d’Obstiné. Il prend sa source au pied d’un contre-fort du Liban, coule vers le nord, forme le lac Famiéh, reçoit les eaux de celui d’Antakiéh et se jette dans la Méditerranée après un cours de 80 lieues. Sa largeur est d’environ 80 mètres; ses eaux coulent avec lenteur; sa profondeur est seulement de 4 mètre 50 centimètres, mais ses bords sont élevés et argileux.
Le Jourdain, dénigré par Voltaire, a paru à Pline le naturaliste, « une « rivière jolie, limpide, assez large pour la vallée qu’elle arroses » et cette manière de voir est conforme à celle de la plupart des voyageurs,
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Cette rivière était appelée Farden par les Hébreux ; les Arabes et les Turcs la nomment Urdun ou Scheriat-el-Kebir. Elle a trois sources dans l’Anti- Liban : le Banias, qui sort d'une groite près de Césarée de Philippes ; le Dan, qui a sa source au nord du Banias près de Tel-el-Kadi; et le Nahr- Hasbans, qui vient de Hasbeya, au pied du Djebel-el-Scheik. Ces trois rivières réunies forment le Jourdain, qui se jette d’abord dans le lac Houlé ou eaux de Mérour, puis dans celui de Tibériade ou de Tubariéh, et enfin après un cours d’environ #2 lieues dans la mer Morte. La plus grande largeur du Jourdain en été ne dépasse pas 20 mètres, et sa profondeur 2 mètres; ses sources sont à plus de 260 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée, et son embouchure à 427 mètres au-dessous, ce qui donne pour le fleuve une pente totale de 687 mètres; ses eaux sont blanchâtres, elles coulent en bruissant sous un dôme de feuillage formé par des saules, des tamarisques et des acacias. Une grande quantité d’oiseaux chantent dans ces bosquets, et parmi eux, on reconnaît la voix aiméeet mélodieuse du rossignol.
Parmi les autres rivières qui, pour la plupart, ne sont que des torrents, le Kasmié ou Casimir, au nord-est de Tyr, semble répondre au ZLéontés des anciens ; le Nahar-el-Kebir estl’Eleuthérus, qui terminait la Phénicie, et dans lequel une fausse tradition fait périr l’empereur Frédéric Barberousse.
Les nombreuses chaînes transversales qui arrêtent le cours des fleuves de la Syrie donnent naissance à beaucoup de lacs. Nous avons vu que le bassin de l’Oronte renferme le lac Famiéh ou d’Apamée que traverse le fleuve, et celui d’Antakiéh ou d’Anfioche. On y trouve aussi le Babhr-el- Kades près d’Hems.
Il y a dans les parties orientales et méridionales plusieurs lacs sans écoulement. Tels sont le lac d’Acla, celui du Vieux-Alep, et ceux de Geboul et d’AI-Zarka, qui tous ont les eaux salées. Le lac dit Bahr-et-Mardjs ou du Pré, non loin de Damas, rassemble les eaux séléniteuses des montagnes voisines. Enfin, le plus fameux de tous, le lac Asphallite, ou la mer Morte, a probablement toujours été, comme aujourd’hui, sans communication avec la mer.
La Syrie renferme trois climats très-différents ; les cimes du Liban, couvertes de neige, répandent une fraîcheur salubre dans l’intérieur, tandis que les parties maritimes, plus basses, éprouvent constamment des chaleurs humides, et que les plaines voisines de l'Arabie Déserte sont exposées en été à une chaleur sèche. Les saisons et les productions varient en conséquence. Dans les montagnes, l’ordre des saisons est presque le même qu’av milicu de la France; l'hiver, qui dure de novembre en mars, est vif et
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rigoureux. Il ne se passe point d’année sans neiges, et souvent elles y couvrent la terre de plusieurs pieds, et pendant des mois entiers. Le printemps et l’automne y sont doux, et l’été n’y a rien d'insupporta”in. Dans les plaines, au contraire, dès que le soleil revient à l'équateur, . . passe subitement à des chaleurs accablantes qui ne finissent qu’avec octobre. En récompen®. , l’hiver est si tempéré, que les orangers, les dattiers, les bananiers et autres fruits délicats croissent en pleine terre. Ainsi un chemin de ouelques heures sépare ici le printemps de l’hiver!.
Si l’art venait au secours de la nature, on pourrait rapprocher en Syrie, dans un espace de vingt lieues, les richesses végétales des contrées les plus distantes. Outre le froment, le seigle, l’orge, les fèves et le coton, qu’on y cultive partout, on y trouve encore une foule d’objets utiles ou agréables, appropriés aux diverses localités. La Palestine abonde en tabac, en blé, en orge, en millet, en sésame propre à l’huile,et en doura pareil à celui d'Egypte. Le maïs prospère dans le sol léger de Baalbek, et le riz même est cultivé avec succès sur les bords du marécage de Haoulé. On ne s’est avisé que vers la fin du dernier siècle de planter des cannes à sucre dans les jardins de Saïde et de Baïrout ; elles y ont égalé celles du Delta. L’indigo croit sans art sur les bords du Jourdain, au pays de Basan, et il ne demande que des soins pour acquérir de la qualité. Les coteaux de Latakiéh produisent des tabacs à fumer qui font la base des relations de commerce avec Damiette et le Caire. Cette culture est à présent répandue dans toutes les montagnes. Voulez-vous des arbres ? L’olivier de Provence croit à Antioche et à Ramlé à la hauteur des hêtres. Le mürier blanc fait la richesse de tout le pays des Druzes par les belles soies qu’il procure ; et la vigne, élevée en échalas ou grimpant sur les chênes, y donne des vins rouges et blancs qui pourraient égaler ceux de Bordeaux. Dans l’ancienne Judée les flancs des montagnes sont couverts aussi de vignes, d’oliviers et de sycomores, et leurs sommets sont couronnés de cyprès et de chènes. Jaffa vante ses limons et ses pastèques. Gaza possède à la fois les dattes de la Mekke et les grenades d'Alger. Tripoli produit des oranges aussi bonnes que celles de Malte; Bairout a des figues comme Marseille et des bananes comme Saint-Domingue. Les pistaches ne viennent nulle part aussi bien qu’à Alep; et Damas se vante, avec justice, de réunir tous les fruits de notre Europe. Son sol pierreux convient égaiement et aux pommes de la Normandie, et aux prunes de la Touraine, et aux pêches des environs de Paris, :
© Volney, 1, 284 sgq.
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Niebubr pense que la Palestine pourrait s'approprier la culture du café d'Arabie.
Ajoutons que la garance, le lin, le safran, le pêcher, l’amandier et l’abricotier, garnissent la plupart des coteaux de la Syrie; que cette contrée possède la canne à sucre, et le nopal, espèce de cactier qui nourrit la cochenille; que dans la vallée qui s’étend entre le Liban et la Méditerranée on trouve le palmier et le chéne qui produit la noix de galle; que cette montagne offre des forêts de sapins, mais que les cèdres y sont devenus fort rares.
La Syrie produit tous nos anir:aux domestiques, mais elle y ajoute le buffle et le chameau; les mulets et les ânes y sont d’une légèreté remarquable ; les moutons à large queue y sont très-nombreux ; les chevaux y sont d’une belle race; les gazelles remplacent nos chevreuils; au lieu de loups, on a des chacals, des hyènes, des caracals et des gnépards; ces derniers ont mal à propos été pris pour des tigres. Aucun de ces animaux féroces ne cause des ravages comparables à ceux qu’orcasionnent les sauterelles; un hiver trop doux fait éclore ces insectes dans les déserts de l'Arabie; leurs légions, qui obscurcissent le ciel, vienneni fondre sur les campagnes de la Syrie; les herbes, le feuillage, tout périt sur leur passage; la terreur précède ces redoutables essaims, et la famine les suit. Le Syrien, en les voyant arriver, espère dans l’oiseau samarmar, qui les dévore, et dans les vents du sud-est, qui les noient ‘ans la Méditerranée. Il y a une espèce de sauterelles dont la chair fournii une nourriture passable.
La Syrie, successivement envahie par les Persans, les Grecs, les Arabes, les croisés et les Turcs, présente une population très-mêlée; les indigènes du pays se sont fondus avec les Grecs, et forment une très-petite portion des habitants. Les Turcs occupent les places civiles et militaires. Un grand nombre d’Arabes s’y sont fixés comme cultivateurs ; il y a aussi beaucoup d’Arabes-Bédouins ou nomades, surtout dans le pachalik de Damas; dans celui d'Alep on voit errer des hordes de Turcomans et de Kourdes. Enfin, les Druzes, les Métualis, les Ansariéh et les Maroniles constituent de petites nations qui seront décrites à part à l'endroit convenable.
La population de la Syrie est évaluée à 4,864,000 habitans dont 997,000 Musulmans, 22,000 Bédouins. 17,000 Métualis ou Yezidis, 48,000 Druzes, 260,000 Maronites et catholiques, 345,000 Grecs, et 175,000 Israélites. Elle comptait, dit-on, sous les Romains 1 5,000,000 d’habitants,
! Hasselquist, Voyage en Palestine, p. 252, 452 sgq., 563 (en allem.). Description des Saints-lieux par Mislin, 2 vol. in-S° 1851.
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L'ancienne langue syriaque ne se parle plus que dans uw petit nom de cantons, principalement aux environs de Damas et du mont Liban, mais avec moins de pureté que dans la Mésopotamie, à Orfa et à Harran ; l’arabe prédomine dans les campagnes comme dans les villes. Le nabathéen est un dialecte syro-chaldéen très-corrompu, et que parlent les Nabayoth, c'est-à-dire les paysans. Parmi les diverses sectes chrétiennes que les Turcs tolèrent dans ce pays, les Syriens du rit grec sont les plus nombreux ; le sobriquet de Melchites ou royalistes, qu’on leur donne, rappelle la mauvaise politique des empereurs byzantins qui se mélaient de disputes théologiques. Les Jacobites comptent beaucoup de partisans ; les Maronites sont réunis à l'Eglise romaine. La religion des Druzes, et plus encore celle des Ansariéh, semble un mélange d’anciennes croyances syriennes et de quelques idées mahométanes. Les Mélualis suivent la doctrine d’Ali, détestée par les Turcs. Ajoutons à cela des Chinganés ou Bohémiens, et des Arabes-Bédouins, vivant à peu près sans religion ou du moins sans culte; ajoutons-y encore des chrétiens d'Europe, des Juifs, des Arméniens, des Nestoriens, et l’on conviendra qu’il n’y a point de contrée qui offre, plus que la Syrie, le rapprochement de toutes les croyances religieuses. Les diverses sectes mahométanes et chrétiennes rivalisent ici de zèle et de dévotion apparente.
La Syrie, avant la nouvelle division administrative de l’empire ottoman en eyalets ou gouvernements généraux était divisée en quatre pachaliks, ceux d'Alep, de Damas, üe Saint-Jean-d’Acre et de Tripoli. L’anarchie désolait ce malheureux pays, que se disputaient les pachas, les émirs druzes et Ics cheiks arabes; aujourd’hui l’ordre y règne davantage, grâce aux sages réformes de la cour js Constantinople.
Examinons les lieux les plus remarquables, en commençant par la partie voisine de l’Eup'rate, ou par le pachalik d’Alep. La ville de ce nom, qui, selon la Byzantine, est bien certainement l’ancienne Beræa, l'emporte sur toutes les villes de la Turquie d’Asie, tant pour la politesse des habitants que pour la grandeur et la richesse. Les Orientaux la nomment Haleb-el-Chahba. Elle contenait 230,000 habitants avant 4822. Les édifices étaient en pierres de‘taille; les rues pavées de même. Les cyprès, dont le sombre feuillage contrastait avec la blancheur des nombreux minarets, produisaient un aspect très-pittoresque. Les manufactures de soie et de coton étaient dans un état florissant, de grandes caravanes de Bagdad et de Bassorah y portaient les productions de la Perse et de l'Inde. Alep était la Palmyre mo-
Elle s’est à peine relevée des désastres terribles qu’elle a éprouvés : le 13 août 1822 elle fut ravagée par un tremblement de terre qui se renouvela avec plus de force trois jours après. Ces deux événements renversèrent 40,000 maisons et firent périr plus de 20,000 individus. Au mois d’octobre de la même année de nouvelles secousses répandirent l’alarme chez les habitants; enfin la crainte d'un fléau non moins terrible, la peste, força la plus grande partie de la population à abandonner la ville : à peine si aujourd’hui elle est sortie du milieu de ses ruines. Sa population ne s'élève pas à plus de 65,000 habitants. Elle est la résidence du patriarche catholique syrien, qui a sous ses ordres huit archevêques et évêques. Cette ville est située dans une plaine découverte, entourée, dans un rayon de quelques milles, de collines peu élevées. Elle est environnée d’un mur en pierres de taille, haut de 40 mètres et large de 6, qui paraît être de construction sarrasine. En dehors de ce mur s'étendent de vastes faubourgs. Il y avait autrefois un fossé profond autour de cette muraille; mais il a été en partie converti en jardin et en partie comblé par les décombres qu’on y a jetés depuis les désastres de 1822. Ces monceaux de ruines s’élèvent en quelques endroits, ct particulièrement du côté du midi, jusqu’à la hauteur des murs mêmes, et forment des passages par lesquels on peut entrer dans la ville sans passer par les portes. Les maisons, toutes bâties en pierres, sont remarquables par leur élégance et leur solidité. Tous les toits sont plats et recouverts d’une terrasse cimentée. C’est là que les habitants se rendent pour jouir de la brise rafraîchissante du soir ; c’est là qu’ils passent les nuits pendant les chaleurs de l'été. Par suite du tremblement de terre de 4822, un nouveau faubourg bâti provisoirement en bois au sud de la ville a acquis de l'importance, parce qu’un grand nombre d’habitants n’ont pas osé retourner dans leurs maisons de la ville : et en effet, depuis 1822 de fréquentes secousses se sont fait sentir à diverses époques 1,
Les environs d'Alep, plantés en vignes et en oliviers, produisent aussi du blé en abondance; mais les Arabes et les Turcomans enlèvent au cultivateur le fruit de ses peines. Le bouton d’Alep, maladie endémique nullement dangereuse, paraît dû à des eaux un peu saumâtres.
A environ six ou sept lieues au sud-est de la ville se trouve la vallée du Sel, dont le fond est occupé par un lac salant long de cinq milles sur deux ou trois de large. Il se couvre d’une couche de sel cristallisé que l’on recueille au mois d’août, et que l’on porte au village voisin de Jiboul, où on le garde en magasin jusqu’à l’époque de la vente.
? Travels in Palestine 1nd Syria, by G. Robinson.
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A six lieues au nord-est de la ville se trouve le couvent en ruine de Saint- Siméon Stylite, qué au sixième et au septième siècle était célèbre par la grandeur et la magaificence de ses bâtiments.
Près de la froñtière du pachalik, non loindes bords de l'Euphrate, sont les restes imposants d’ÆHiérapolis ou Bambice, connue aujourd'hui sous son ancien nomde Mabogq, queles Arabesprononcent Membedge;lesmurs, encoredebout, attestent l’ancienne grandeur de cette ville consacrée au culte d’Astarté.
Les déserts qui s’étendent aujourd'hui depuis Alep et Mabog jusqu’à Palmvre, offraient jadis une culture soignée; c’était la province Chalybonitis, dont le chet-lieu Chalybon, appelé aussi Beræa, ne diffère pas d’avec Alep.
L’illustre Antioche (Antiochia Magna), « cette reine de l'Orient» agrandie et embellie par Seleucus Nicator, qui lui donna le nom de son père Antiochus, cette capitale du royaume de Syrie pendant plus de deux siècles, Antioche enfin aui fut plus grande et plus riche que Rome, n’est plus qu'une misérable ville remplie de jardins, et connue sous le nom d’An/akiéh.
Elle parait renfermer encore environ 7,000 habitants; mais ils sont discéminés au milieu des restes de son antique enceinte qui comprenait 6 à 700,000 individus; une partie de ses murailles et de ses aquedues, échappés aux ravages de plusieurs tremblements de terre, sont ies seuls témoins de son antique magnificence.
Ce qui distingue principalement cette ville de celles du reste de la Syrie, c’est le peu d’élévation des maisons qui, au lieu de terrasses, ont des toits en pente couverts de tuiles, et n’ont qu’un seul étage. Ce genre de constructions et les matériaux légers dont elles se composent doivent leur origine à la nécessité de se prémunir contre les secousses des tremblements de terre si fréquents en Syrie. Antioche renferme 10 à 12 mosquées presque toutes d’une architecture médiocre. Lors de la première croisade, les croisés conquirent la ville en 1098, et en firent la capitale d’une principauté chrétienne qui exista jusqu’en 1269.
D’Antioche à Iskenderoun, la route pénètre dans les montagnes de Beylan, anciennement les monts Amanus, par un défilé que les anciens nommaient Pylæe Syriæ, et qui est célèbre dans l’histoire pour avoir été le passage par où Darius conduisit sa formidable armée, des plaines de l’Assyrie à la côte de Cilicie quelques ‘surs avant la bataille d’Issus. De sa possession dépendent encore les communications entre la Syrie et l’Anatolie.
Après six ou huit heures de marche on arrive à Beylan, petite ville située sur les deux penchants d’une vallée profonde, étroite et élevée, d’où l’on jouit d’une belle vue sur la Méditerranée et sur le pays qui l’en sépare. On
a devant soi la magnifique baie d’Iskenderoun, formée par le cap Khanzir (Rhossus) au sud, et celui d’Ayash au nord, avec une ligne de côtes trèsétendues, qui appartiennent à la Cilicie, aujourd’hui la Karamanie.
Le port d’Alexandrette ou Iskenderoun, a un climat presque mortel. Cette petite ville, qui est l’ancienne Alexandria ad Issum, a été presque abandonnée depuis les tremblements de.terre de 1822. Ses pigeons sont fort célèbres dans tout l'Orient; on les dépéchait autrefois pour porter des nouvelles promptes à Alep, dont Alexandrette est, pour ainsi dire, le port : les moniagnes intermédiaires sont remplies de bourgs et de villages. Dans ceux de Kesfin et de Martaouan, les femmes poussent l'hospitalité aussi loin que jadis les Babyloniennes ; cette prostitution légale semble être un reste des anciens cultes asiatiques !. Le jasmin jaune et blanc embaume les monts Casius; on y distingue de loin deux espèces de genévriers, qui égalent presque le cyprès en hauteur; les sapins, les mélèzes, les chênes, les buis, les lauriers, les ifs et les myrtes couvrent partout l’aridité des rochers.
Killis, à A2 lieues au nord d’Alep, est l’ancienne Ciliza. Sa population industrieuse s’élève à 42,000 âmes; on y fabrique des cotonnades, des harnais de chevaux et la meilleure huile de l'Orient. Entourée de beaux vergers et située dans une vallée profonde où coule lOronte, que l’on traverse sur un pont de sept arches, la ville de Chogr, ou de Gesser- Chous:i, renferme environ 8,000 habitants.
En suivant les bords de l’Oronte, on trouve les squelettes de deux villes jadis célèbres, Apamen, aujourd’hui Famiéh, et Hems, ou Homs, qui est Vancienne Emesa, où l’on adorait une pierre noire dans un fameux temple dont les ruines mêmes ont disparu.
On sait que la première de ces deux villes fut fondée par Séleucus Nicator, qui lui donna le nom de sa femme, et qu’elle était célèbre pour ses haras ; on sait aussi que la seconde, qui renferme encore quelques antiquités, est la patrie d’Héliogabale. La première est peu importante; mais la seconde compte environ 30,000 habitants, qui s’occupent beaucoup de la fabrication et du commerce des étoffes de soie.
Hamah, ancienne Epiphania, a repris l'importance qu'elle avait du temps des Hébreux : elle compte près de 50,000 habitants. On y trouve une douzaine de mosquées. C’est dans ses murs que se fixent les grands seigneurs turcs disgraciés ou retirés des affaires. Divisée en deux quartiers par l’Cronte, elle s’approvisionne d’eau à l’aide d’une vaste machine hydraulique dont la grande roue a 22 mètres de diamètre. Cette ville com-
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merçante passe à tort.pour avoir vu naître Aboulfeda, prince et géographe arabe, qui vante beaucoup la fertilité et les riches cultures du pays arrosé par l’Oronte !; ce célèbre. auteur naquit à Damas, mais il reçut le titre de prince de Hamah et gouverna pendant douze ans cette principauté.
De Hamah, ou plus exactement de Famiéh, une ancienne route romaine conduisait à Palmyre, le Tadmor de Salomon et la résidence de l’immortelle Zénobie. Cette ancienne ville est à 67 lieues au sud-est d’Alep et à une distance égale au nord-est de Damas, dans un petit canton environné de déserts, et désert lui-même. Le voyageur aperçoit tout à coup une vaste étendue de ruines; ce ne sont de tous côtés qu’arcs et voûtes, temples et portiques ; une colonnade qui a dù avoir 4,300 mètres de longueur, commence à un magnifique portique et aboutit à un beau mausolée; le temps a conservé en partie les péristyles, les entre-colonnements, les entablements; le tout est d’une élégance égale à la richesse des matériaux, On y distingue deux époques reconnaissables à l'architecture des monuments : l’une est représentée par quelques monceaux de ruines qui semblent attester que cette ville fut détruite par Nabuchodonosor lorsqu'il marcha sur Jérusalem ; l’autre, qui comprend les monuments en partie renversés, est celle qui se termina à la défaite de Zénobie, à la prise de Palmyre par Aurélien. Quel contraste que celui de ces ruines imposantes qui surpassent tout ce que la Grèce a de plus remarquable, et qui occupent plus de 3 lieues de circonférence, aec les misérables cabanes de quelques Arabes sauvages, seuls habitants actuels d'une ville qui osa se croire la rivale de Rome!
Après avoir parcouru les parties de la Syrie voisines de l’Euphrate et l'Oronte, nous allons revenir sur la côte maritime pour visiter les deux pachaliks de Tripoli et d'Acre, qui comprennent la Phénicie et en outre une partie de la Cœlé-Syrie, et quelques autres petites divisions anciennes. La chaleur humide, qui rend le climat de cette côte dangereux pour les Européens, y entretient une verdure éclatante; les orangers, les limoniers, les grenadiers forment de riants bosquets au pied des montagnes, dont les saillies s’avancent sous différents aspects pittoresques; c’est encore, malgré le défaut de culture, « une contrée pleine de charmes et de grâces !. » Ladikiéh ou Latakiéh, l'ancienne Laodicea-ad-mare, est une ville florissante par le commerce; elle exporte des tabacs : un aga turc a rebâti cette ville entièrement ruinée en 4796 par un tremblement de terre. C’est une curiosité qu’une ville reconstruite par des gens qui ordinairement se bornent à
! Aboulfeda, Tab. Syriæ. 104, 108, etc.
*« Regio plena gratiarum et venustatis. » Ammian. Marcellin., XIV, cap. 8.
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détruire. Ladikiéh est la résidence d’un évêque grec et des consuls des puissances de l’Europe : elle est ouverte et elle occupe une vaste superficie, bien qu’elle ne renferme que 7,000 habitants, parce qu’elle fut de nouveau ruinée par {es tremblements de terre qui, en 4822, détruisirent Alep. Son nom de Laodicea est celui qui lui fut donné par Seleucus Nicator en l’honneur de sa mère. Antérieurement elle se nommait Ramitha. On y voit encore d’immenses catacombes, des restes de l’ancienne citadelle, et un bel arc de triomphe qui, situé à près d’une demi-lieue de la ville, indique l'étendue considérable qu'avait celle-ci. On y a construit depuis peu d’années une belle mosquée. Le port de Ladikiéh appelé la Scala ou la Marina, ne peut recevoir que des bâtiments de moins de 400 tonneaux, il forme une ville distincte de la ville haute, et en est séparé par des jardins et des enclos plantés. Ce quartier se compose de deux rues parallèles au rivage, et d’unc autre qui conduit de la ville à la mer. Il est rempli de cafés et d’autres lieux de rendez-vous pour les marins.
L'île de Rouyad renfermait autrefois la ville d’Aradus, dont les maisons, comme les nôtres, avaient cinq à six étages ; la liberté et le commerce y rassemblaient une immense population ; aujourd’hui l’ile déserte ne présente pas même une seule ruine de cette antique cité, et la tradition n’a pas même conservé le souvenir d’une source d’eau douce que les Arcadiens avaient découverte au milieu de la mer!. I n’y a plus dans l’île qu’un petit fort défendu par quelques pièces de canon.
Tripoli est nommée Tarabolos en turc et en arabe; c’est une ville trèscommerçante, qroique son port, comme tous ceux de cette côte, n’offre ni commodité ni sûreté; elle exporte des soies, des cotons et des cendres. Longue, étroite et traversée par la petite rivière de ÆKadéchah, c’est-à-dire la Sainte, appelée aussi Nahar-Abou-Ali, elle est bâtie au pied d’une montagne qui appartient à l’une des branches du Liban, et qui est couronnée par un château fort. Les maisons en sont bien bâties en pierres et entourées de jardins bien entretenus qui produisent beaucoup d’oranges et de citrons; les rues la plupart pavées sont ornées de nombreuses fontaines. Sa population est d’environ 45,000 habitants, dont 3,000 seulement sont chrétiens et suivent le rite grec catholique. Cette ville ne renferme aucun édifice public digne d'attention. Elle fut prise en 4108 par les croisés qui brûlèrent une précieuse bibliothèque réunie par ses princes. Elle devint alors le siége du comté féodal de Tripoli, qui dura jusqu’à la destruction du royaume de Jérusalem en 4445. On y voit encore plusieurs mosquées que
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l'on prétend avoir été anciennement des églises; et il paraîtrait également, d’après les arcades ogivales des bazars de cette ville, que ces édifices ont fait jadis partie de monastères et de couvents. Parmi les nombreux restes des croisades, on remarque des croix sculptées en relief au-dessus de la porte d’entrée de quelques maisons et en d’autres endroits des calices. Plusieurs belles colonnes en granit et des chapiteaux en marbre blanc sculptés avec goût, couchés sur le rivage, au sein de la mer même et dans des jardins voisins, indiquent d’une manière certaine l’ancienne splendeur de cette ville ; mais le monument le plus important de sa grandeur passée est ce qui reste d’un magnifique théâtre à la porte du Nord. Les Turcs en ont fait sauter des parties considérables au moyen de la mine : c’est ainsi qu’ils se sont procuré la grande quantité de marbre dont ils ont orné leurs bains et leurs mosquées.
Le nom de Tripoli signifie trots villes, parce que cette antique cité doit son origine à trois colonies distinctes venues de Tyr, de Sidon et d’Aradus, qui s’établirent à trois endroits différents du promontoire et de la plaine triangulaire qui de la ville s’étend jusqu’à la côte. Leurs faubourgs s’étant accrus progressivement, ces trois villes finirent par se confondre l’une avec l’autre. Du nom de Tripoli les indigènes firent par corruption Tarabolos; puis ils l’appelèrent ensuite Tarabolos-el-Cham (Tripoli l’oriental) pour le distinguer de Tripoli en Barbarie, qu’ils nomment Tarabolos-el-Gharb (Tripoli occidental).
Depuis El-Mina ou ie Port jusqu’à l'embouchure de la Kadéchabh, il y a sur le bord de la mer six tours carrées et isolées, à dix minutes de marche l’une de l’autre. Elles ont été élevées pour la défense du port; leur construction paraît être due aux Sarrasins. La partie inférieure ue leurs murs est renforcée par des fragments de colonnes en granit placées horizontalement. Chacune de ces tours a un nom particulier : ainsi l’une d’elles s’appelle Bourdje-el-Sebaa ou la tour du Lion, probablement à cause d’un bouclier sculpté au-dessus de la porte d'entrée, sur lequel sont représentés deux lions qui formaient les armoiries du comte Raymond de Toulouse !,.
Batroun et Djebail sont les échelles du pays des Maronites ; la première représente l’antique Bofrys et la dernière Byblos. Non loin de cette ville coule le fleuve jadis nommé Adonis, aujourd’hui Ibrahim-Pacha, et dont les eaux ne se rougissent pas du sang du favori de Vénus, mais bien de la craie rougeàtre qu’elles tiennent en dissolution à certaines époques de l’année
! Voyage en Palestine et en Syrie, par M. G. Robinson. IL, 52
L'ancienne Berytus, aujourd’hui Baïrout ou Beyrouth, estle débouché pour les cotons et les soies du pays des Druzes. On y remarque les restes d’un palais élégant bâti par le fameux émir des Druzes, Facardin ou Fakhr-ed- Din, et différen.s débris antiques. La ville, entourée de superbes plantations de müriers, jouit d’un climat salubre. Résidence d’un évêque grec et d’un évêque maronite; on y voit des églises, un couvent de capucins et des mosquées. Mais dans le courani de septembre 1840 elle a été presque entièrement réduite en cendres par les Anglais, qui la bormbardèrert pendant huit ou dix jours. Elle renfermait 10 à 12,000 âmes avant cet événement. À quelque distance de Beyrouth, et dans la montagne, se trouve le monastère de Bzommar, où réside le patriarche arménien catholique ; il a sous ses ordres deux évêques diocésains, quatre évêques tn partibus, une soixantaine de religieux et de missionnaires, et environ 42,000 fiéèles épars en Cilicie, en Syrie et en Mésopotamie.
L’antique Sidon, cette mère de toutes les villes phéniciennes, n’est plus, sous les noms de Tsaïda, Saïde ou Seyde, qu’une ville de commerce de & à 5,000 âmes; c’est le principal débouché de Damas. Le port de Sidon, comme ceux des autres villes de cette côte, était formé avec beaucoup d’art, et à des frais immenses, par de longs môles; ces travaux, qui subsistaient encore sous le Bas-Empire, ont été négligés, et le port s’est comblé, L’émir Facardin, qui redoutait les visites des bâtiments turcs, a achevé la destruction des fameux ports de l’ancienne Phénicie. On y remarque les restes de son beau palais, bâti dans le goût italien, et dans ses environs d’antiques tombeaux creusés dans le roc, et qui servent d’asile à des bergers. Du côté de la mer, une haute muraille est dominée par une tour dont la construction est attribuée à saint Louis.
Un sort plus triste encore a frappé Tyr, la reine des mers, le berceau du commerce qui civilise le monde; ses palais ont fait place à quelques chétives habitations; le pêcheur indigent habitait naguère les caves voûtées où jadis s’entassaient les trésors du monde; une colonne, debout au milieu des ruines, marque la place où était le chœur de la cathédrale consacrée par Eusèbe!. La mer, qui ordinairement détruit les ouvrages de l’homme, a non seulement respecté, mais agrandi et changé en un isthme solide le môle par lequel Alexandre joignit l’île de £yrus au continent. Cependant, depuis 4815, cette ville, que les Orientaux nomment Sour, a changé d’aspect : 7 ou 800 maisons en pierres, une mosquée, trois églises et des bains publics en font une assez jolie petite ville moderne dont les habitants sont
1 Maundrell, Journey, etc., p. 50. Busébe, Hist. Eccles., X, 4.
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au nombre d'environ 2,000, et dont les trois quarts se composent d’Arabes catholiques, et le dernier quart d’Arabes mahométans et de Turcs. Dans la belle saison, qui dure depuis avril jusqu’en octobre, son port est fréquenté par des navires des îles de l’Archipel et des caboteurs de l'Égypte et de l’Asie-Mineure. Il y a deux ports : le septentrional est assez spacieux et assez profond pour les petits bâtiments qui fréquentent ces parages, et une fois entrés ils y trouvent un abri contre tous les vents; mais le passage du Bogaz ou de la Barre en rend l’entrée assez difficile et même quelquefois dangereuse.
Acre ou Saint-Jean-d'Acre, en arabe Acco, qui joue un grand rôle dans l'histoire des croisades, et dans l'antiquité sous le nom de Ptolémaïs, était, vers le milieu du dix-huitième siècle, une place presque déserte; le cheik Daher, rebelle arabe, y ramena le commerce et la navigation. Ce prince habile, qui dominait sur toute l’ancienne Galilée, fut suivi par le fameux tyran Djezzar-Pacha, qui a fortifié la ville d’Acre, et l’a ornée d’une mosquée enrichie de colonnes de marbre antique, recueillies dans les villes voisines. Le port, étroit et peu profond, est cependant un des meilleurs de toute la côte. Cette ville, dont la population est d'environ 20,000 âmes, est célèbre par les événements dont elle a été !e théâtre et par les siéges mémorables qu’elle a soutenus : enlevée aux Sarrassins par les premiers croisés en 4104; reprise par Richard Cœur-de-Lion, et Philinpe-Auguste en 1191, et devenue alors le siége de l’ordre des Templiers ou Hospitaliers de Saint-Jean, qui n’en furent chassés qu’en 4291. Défendue par Djezzar- Pacha et le commodore sir Sydney-Smith contre l’armée française qui, après 70 jours de siège ei 60 jours de tranchée ouverte, fut obligée de se retirer le 20 mai 4799; prise d'assaut le 27 mai 4832, par Ibrahim-Pacha, après un siége de 5 mois et # jours qui l’avait ruinée, elle fut de nouveau bombardée par la flotte anglo-autrichienne en 4840; aujourd’hui enfin elle se relève lentement de ses ruines, et son activité commerciale lui aura bientôt rendu son antique splendeur.
Quittons ces rivages brülants pour parcourir la contrée montagneuse qui le; domine. Celle qui s’étend depuis Antioche jusqu’à la rivière dite Vaharel-Kebir , est habitée par les Nassariens ou Ansariéh, que les savants les plus versés dans les langues et les histoires de l'Orient regardent comme une secte mahométane fondée dans le septième siècle par un certain Nassar, mais qui, d’après un passage de Pline, remarqué par le judicieux Mannert, nous paraît une ancienne peuplade syrienne, qui, même sous les Romains, conservait son tétrarque ou prince particulier.
Selon Burckhardt, les Ansariéh occupent des montagnes d’un accès diff- : alo cile, et peuvent armer 42 à 45,000 hommes. On a fait beauconp de suppo- tagn sitions sur la nature de leur culte, qui paraît admettre l’existence d’un Dieu lui en cinq personnes; mais ce qu'il y a de c:rtain, c’est qu’ils ont plusieurs la M degrés d'initiation. con
C’est dans la même contrée que les croisés rencontrèrent la fameuse sur nation des Assassins, gouvernée par le Vieux de la Montagne, prince re- que doutable par le zèle aveugle de ses sujets, qui, d’après ses ordres, allaient qui donner la mort à ceux qu’il désignait pour victimes; et il en désignait certa jusque sur les trônes les plus augustes. L’Assassin périssait-il dans ces fure sortes d’expéditions, les nymphes du Paradis, qu’on lui avait fait connaître crète dans une vision, lui tendaient les bras, et lui offraient leurs charmes divins. fanat Burchard ou Brocard, auteur d’un célèbre Itinéraire de la Terre-Sainte, nom
parcourut dans le treizième siècle le pays des Assassins, et le trouva non 4 base moins fertile que bien cultivé !. Il est difficile de choisir parmi les diverses dica
| | explications qu’on a données de cette énigme historique; nous penchons à fait €
croire, avec le savant M. de Sacy, que le nom d’Assassins vient de kaschich, AI
Ll plante qui enivre, et que ce nom a été donné à une tribu arabe chez qui on nues
El aura employé ce moyen pour exalter le courage. Le Vieux de la Montagne plant
| n’est autre chose qu’un cheïk arabe; ce mot signifiant en même temps vieil- pour
Fil lard et seigneur. Il ne serait pas impossible encore aujourd’hui à un prince lis or il arabe d’armer le bras d’un tanatique, qui irait frapper un monarque au Les
| | milieu de sa cour, pour satisfaire à ce système de vengeance du sang qui ravin
| | semble héréditaire chez cette nation. Voilà, ce nous semble, les faits ; l’ima- rante
gination aura produit le reste. Joinville et plusieurs autres auteurs ont en
parlé de cette tribu d'Ismaéliens : le premier les appelle Haussaci, les autres cock
\ Heissessini, Assissini, et enfin Assassini. Voici en peu de mots quelle fut leur Phili
| origine : après la mort de Mahomet, ses disciples se divisèrent, comme on qu’il
sait, en plusieurs sectes ennemies; c’est de celle des Ismaéliens que sor- la bo
tirent les califes fatimites qui enlevèrent aux Abbassides l'Égypte et la mais
Syrie. Ces califes, pour assurer et augmenter leur puissance, envoyèrent trava
dans les différentes provinces soumises à l’autorité spirituelle et tempo- Syrie
relle des califes de Bagdad, des missionnaires qui enseignaient en secret terra:
les dogmes Ismaéliens et qui poussaient même les peuples à la révolte. cham
L'un de ces missionnaires était, vers le milieu du cinquième siècle de vicrs
l’hégire, un certain Hassan, fils d’Ali, qui, après avoir longtemps travaillé Tappe
à faire reconnaître la suprématie du calife fatimite Mostanser qui régnait dont
? Burchard, Descriptio Terræ Sanctæ, in fine. pa: