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alors sur l’Egypte, se déclara indépendant, et s’établit au milieu des montagnes de l’ancienne Parthie, à peu de distance de Kazvin; sa résidence Jui fit donner le nom de Chesk-al-Djebel, c'est-à-dire Cheik ou Prince de la Montagne. Les princes rui lui succédèrent pendant deux siècles ne se contentèrent pas d’avoir établi leur puissance dans la Perse, ils l’étendirent sur une partie de la Syrie, et ce fut dans les montagnes de l’Anti-Liban que se fixa leur lieutenant; ce sont aussi les Ismaéliens de ces montagnes qui furent connus des Occidentaux sous le nom d’Assassins. Il paraît que certaines préparations végétales, faites dans le but d’exalter l’imagination, furent connues de quelques chefs de cette secte, et employées par eux secrètement pour accroître leur puissance et le dévouement de quelques fanatiques. L’une de ces préparations est encore connue en Orient sous le nom d’haschich, et ceux qui en font usage sous celui d’Haschischin. La base de cette préparation est une espèce de chanvre appelée canabis indica, dont l'usage paraît s’être établi primitivement dans l'Inde, où on en fait encore une boisson enivrante{. )
Après le pays des Ansariéh, le mont Liban commence à élever dans les nues ses cimes, qu’ombragent encore quelques cèdres, et qu’ornent mille plantes rares ; l'anfhyllis tragacanthoïdes v étale ses grappes de fleurs pourprées ; l’œillet du Liban, l’amaryllis des montagnes, le lis blanc et le lis orangé mêlent l'éclat de leurs couleurs au vert des pruniers rampants. Les neiges mêmes sont bordées de zeranthemum frigidum. Les profonds ravins de ces montagnes sont sillonnés par un grand nombre d'eaux courantes qui jaillissent de toutes parts avec une extrême abondance. Les neiges en couvrent perpétuellement les vallons les plus élevés. Arvieux et Pococke les ont vues au znois de juin, Rauwolfet Korte en août, le P. Queux et Philippus à Sancté Trinilate au mois d’octobre; mais il ne paraît pas certain qu’il y ait des sommets qui portent une calotte de neige. L’eau, la fraîcheur, la bonté du terrain dans les vallées, entretiennent ici une éternelle veraure ; mais que seraient ces dons de la nature, si la liberté ne protégeait pas les travaux des habitants! C’est à une industrie plus libre que celle des autres Syriens que les montagnes du Liban doivent ces murs qui, s'élevant en terrasse, soutiennent les terres fertiles, ces vignobles plantés avec art, ces champs de blé soigneusement labourés, ces bosquets de cotonniers, d’oliviers et de mûriers qui, semés de toutes parts parmi ses rochers escarpés, rappellent la puissance de l’homme. La vigne produit des grappes énormes, dont chaque raisin a la grosseur d’une prune. Les chèvres et les écureuils,
1 Voyez l’histoire de l’ordre des assassins par M. de Hammer, 1 vol. in-8°.
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414 JIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME.
les perdrix et les tourterelles paraissent les races animales les plus nombreuses; les uns et les autres tombent souvent sous la serre de l'aigle et sous la griffe de la panthère, qu’on nomme ici tigre.
Les cèdres du Liban méritent toujours d’être visités par le voyageur, Pour arriver sur le sommet qu'ils ombragent, on traverse la vaste plaine appelée e/ Sahhel, couverte de villages maronites et de plantations de mùriers, d’oliviers et de figuiers. Cette fertile partie du Liban est gouvernée, disent les voyageurs récents, par un délégué du grand émir des Druzes. Plusieurs cheiks nommés par lui résident dans les villages; ce sont eux qui exercent le pouvoir temporel, et qui perçoivent les impôts et les adressent au délégué, qui à son tour les expédie au trésorier du grand émir. Le pouvoir spirituel est confié à des évêques ou à leurs délégués. En cinq heures on traverse la plaine, puis l'on franchit la montagne pour arriver au village d’Eden. Pendant qu’on la traverse, on suit une route au milieu de rochers nus où la végétation se borne à quelques pins ou à quelques sycomores dispersés çà et là. Une source abondante, formée par la fonte des neiges, sort d’une grotte située au pied du mont Liban, et se partage en plusieurs ruisseaux qui arrosent le chemin des cèdres. Après trois heures de marche, on aperçoit plusieurs villages maronites assis sur d’énormes masses de rochers dépourvus de végétation. Les pierres répandues sur le sol en empêchent la culture. Enfin, après neuf heures de marche depuis l’extrémité de la plaine d’el Sahhel, on arrive au village d’Eden, peuplé d'environ 3,000 habitants. Sa situation pittoresque, la vue de la plaine et de la mer, ses vergers remplis d’arbres fruitiers, les sources qui serpentent de tous côtés, l’air embaumé qu’on y respire, justifient le nom qu’il porte : selon l’opinion des Arabes, c’est dans cet endroit délicieux que Dieu plaça le paradis terrestre et qu’il créa Adam et Êve; mais le déluge de Noé et la succession des siècles l’ont entièrement défiguré.
C’est à trois lieues de ce village que se trouve la plantation de cèdres; on y arrive à travers des sentiers couverts de rochers. Ils occupent un plateau élevé d'environ 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer et sont abrités vers lorient par les cimes neigeuses du Makmel qui atteint 2,850 mètres; le thermomètre centigrade y descend à 42 degrés au-dessous zéro, tandis qu’il est à 37 au-dessus dans la plaine. Le plateau est très-accicenté et les cèdres sont disséminés sur une dizaine de mamelons, de manièrv à former une petite forêt fraiche et ombreuse, qu’une quantité d’oiseaux réjouissent de leurs chants. Les cèdres aujourd’hui existants sont, selon M. Mislin qui les comptait en 4848, au nombre de 374 ; ils atteignent une hauteur d’en-
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Dans ces asiles inaccessibles aux armes, mais non pas malheureusement aux intrigues des pachas turcs, vivent deux peuplades qui diffèrent de religion et de mœurs, mais qui se ressemblent par leur penchant pour lindépendance, les Maronites et les Druzes.
Le pays des premiers s’appelle le Æesraouan, d’où les historiens des croisades ont fait Castravan ; il s’étend depuis le cours du Nahr-el-Kebir jusqu’à celui du Æelb. Les Maronites, au nombre d’environ 450,000, vivent dans des villages et des hameaux. Le village de Æanobin, où leur patriarche réside dans un couvent, peut être considéré comme leur chef-lieu. La plupart des cellules de ce monastère, bâti par Théodose le Grand, sont taillées dans le roc ainsi que Péglise et les deux souterrains qui servent de sépulture, un aux moines et l’autre aux patriarches. Les Maronites exportent leurs blés, leurs vins, leurs cotons par Tripoli et Djebail. Divisés en peuple et en cheiks ou notables, tous s’adonnent avec ardeur au travail, cultivent la terre de leurs propres mains; tous vivent frugalement au sein de leur
. Chaste famille, et sous un toit rustique où le voyageur chrétien trouve tou-
jours une réception hospitalière.
Le son des cloches et la pompe des processions attestent la liberté dont jouit ici le culte des chrétiens. Deux cents monastères observent rigoureu-
1 C’estdans ce monastère que se retira vers le milieu du septième siècle, le premier patriarche du Liban Maron ; les chrétiens rassemblés autour de lui et poursuivis par les arabes, s’habituèrent aux combats, et se firent redouter de leurs ennemis, sous le nom de Maronites. Ve ;»4 la description des lieux saints, par M. Mislin, 2 vol. in- 8° 1951. -
sement la règle de saint Antoine. Un grand nombre d’ermites demeurent dans les antres et les cavernes. Quoique réunis à l'Église romaine, et ayant renoncé à l’hérésie de Maron leur fondateur, en conservant toutefois l’usage de célébrer l’office divin suivant leur rite et dans leur propre dialecte qui est un mélange de syriaque et d’arabe, les Maronites maintiennent l'antique institution du mariage des prètres. Il règne ici une ferveur de dévotion qui rappelle les siècles de l'Eglise primitive.
Les Bruzes, au nombre de 450,000, habitent au sud des Maronites. Ils peuvent mettre sous les armes 45,000 hommes, y compris 4,000 chrétiens qui habitent plusieurs villages où ils ont leurs églises. Leur contrée est divisée en plusieurs quartiers qui diffèrent par le sol et les productions. Le Matnéh, qui est au nord, renferme, au sein de ses rochers, de riches mines de fer. Le Gharb, qui vient ensuite, nourrit de belles forêts de sapins. Le Sahhel, dont nous avons parlé, ou le pays plat, voisin de la mer, produit des müriers et des vignes. Le Choû/, canton central, donne les meilleures soies. Le Fefah ou le district des pommes, est au midi. Le Chakif a les meilleurs tabacs ; enfin, on désigne sous le nom de Djourd la région la plus élevée et la plus froide, où, dans l’été, les pasteurs se retirent avec leurs troupeaux?. Deir-el-Kamar ou Dalil-Camar, c’est-à-dire la maison de la lune, gros bourg mal bâti dans le canton de Choûf, est la résidence de l’émir ou prince de Druzes, qui y habite une forteresse.
C’est la religion qui élève une barrière entre cette peuplade et les autres Syriens. Longtemps ignorée en Europe, concentrée parmi les Okhals ou docteurs des Druzes, elle est à présent connue par la publication de plusieurs livres dogmatiques écrits en arabe, mais d’un style très-obscur. Les Druzes croient à un seul Dieu qui s’est montré pour la dernière fois sous une figure humaine dans la personne de Hakem, calife d'Égypte, en 1030. Ils ne pratiquent ni circomcision, ni jeùnes, ni prières ; ils boivent du vin, mangent du porc, se marient entre frère et sœur, et ont le droit d’avoir
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fondre dans celle qu’ils professent, ils les regardent toutes avec une indif- - férence égale; cependant les chrétiens ont cru voir qu’ils méprisaient particulièrement le mahométhisme. D’autres doctrines, qui respirent la plus haute antiquité, se mêlent à ce système de déisme : telles sont la croyance en la métempsycose et l’adoration d’un veau. Ces traces d’anciennes religions des Samaritains et de gwelques sectes juives, autorisent bien la judi-
1 Dandini, Voyage au mont Liban, passim.
2 Volney, Voyage en Syrie, Il, 173.
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cieuse conjecture d’après laquelle la société politique des Druzes serait antérieure à l’époque du kalife Hakem et de son prophète Hamzah ou Haruzeh. Cette conjecture prend le caractère d’une grande vraisemblance lorsqu'on rapproche les passages où les Hébreux parlent d’une nation d’Ztur's, ceux où les Grecs et les Romains peignent la valeur indomptable des Zluræi, maitres du Liban depuis Beryte jusqu’à Damas, et le témoignage d’un voyageur moderne, selon lequel le vrai nom des Druzes serait Durzi ou Turzt. On est tenté de penser que les anciens Zturæi, Ilturs, ou Turzi, se sont toujours maintenus dans une sorte d’indépendance au milieu des révolutions qu’a éprouvées la Syrie, et que la doctrine d’Hakem n'a fait que prêter une nouvelle énergie à une association déjà formée.
On croit encore que le nom de Druze indiquerait une secte qui étudie les mystères ; il dériverait du verbe darass, qui signifie étudier. Le fondateur de cette secte serait Mansour-ebn-el-Aazir, que les Druzes nomment Mohamed-ben-Ismael, qui naquit au Caire l’an 985 de notre ère, succéda à son père, et se déclara troisième calife de la rage des Fathmioun en Egypte; puis il prétendit être un dieu incarné et descendu de Fatime, fille de Mahomet. Ses prosélytes devinrent nombreux; il conquit la Syrie, persécuta les juifs et les chrétiens, et fut massacré en 1021. Hamzeh, son disciple, déclara qu’il avait disparu, et avait laissé un manuscrit précieux sur sa doctrine : on peut considérer celle-ci comme un tissu de rêveries mêlées de doctrines juives, chrétiennes et musulmanes.
Quelle que soit l’origine des Druzes, cette nation peu nombreuse représente seule, en Purquie, la dignité de la nature humaine. Républicains par l'austérité de leurs mœurs, toujours redoutés comme rebelles, ou respectés comme vassaux libres par les pachas voisins, ils obéissent pourtant à un prince héréditaire.
Quand la famille régnante est éteinte, un autre prince est porté au trône par les suffrages du peuple. Il est toutefois obligé de se reconnaître tributaire de la Porte. Le hakem ou émir régnant ne peut faire la paix ou la guerre qu'après avoir consulté les notables; mais tout paysan qui, par son esprit et son courage, a acquis quelque crédit, a droit de donner sa voix dans l’assemblée générale. Les prêtres ou okhals ont plusieurs degrés d'initiation, dont le plus élevé exige le célibat. ’
Plusieurs familles jouissent d’honneurs particuliers, mais une noble simplicité les rapproche tous dans la vie sociale. Invincibles dans leurs montagnes, ils ignorent l’art de combattre en plaine; leur fidélité égale leur courage : jamais ils ne trahissent l’infortuné qui vient implorer leur ll. 53
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