PAYS DE L'EUPHRATE
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Hamah, ............ | 36 25 0 3% 42 0 | ldem
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Sanctd. . .....,,,.,., 1 31 47 46 33 21 10 | Ra
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Suite de la Description de l'Asie. — Arabie, avec les golfes Arabique et Persique.
Intermédiaire entre l'Afrique et le reste de l'Asie, la péninsule arabique borde, au sud-est, une partie de l’océan Indien, et du côté opposé elle toucherait à la Méditerranée sans l’interposition de la Syrie ; au nord-est ses limites variables suivent assez souvent l’Euphrate. Le golfe qui est à l'est la sépare de la Perse, prend le nom de ce dernier pays ; mais l'Arabie donne elle-même le sien au golfe occidental, au delà duquel nous trouvons l'Egypte et ;’Abyssinie.
Cette position rend l’Arabi: on quelque sorte le centre de l’ancien continent. Tantôt elle a offert une route et un entrepôt au commerce qui lie les peuples ; tantôt elle a vu naître dans son sein les révolutions qui bouleversent le monde. Mais la nuit de l'antiquité enveloppe tout ce qui regarde la parenté des Arabes avec les Assyriens et les Phéniciens, parenté indiquée par le langage ; il en est de même des conquêtes des rois nommés Tobba, et de la puissance des Æomérites ou princes du pays d'Himiar. Les
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écrits de Moïse et de Job nous retracent la touchante image de cette civilisation patriarcale dont les mœurs des Arabes portent encore l'empreinte ineffaçable. Alexandre le Grand, selon quelques-uns, voulait placer en Arabie, ou du moins sur les confins de ce pays, le siége de son vaste empire; la flotte de Néarque se préparait déjà à faire le tour de l'Arabie, lorsque la mort du conquérant interrompit ces grands desseins. Sous les Ptolémées et sous les Romains, l'Egypte recevait par la mer Rouge, et des mains des Arabes, une quantité de marchandises précieuses que l’on croyait d’abord originaires de l’Arabie-Heureuse. On apprit, il est vrai, que les meilleurs arumates, l’ivoire et les vases murrhins venaient de l'Inde, de la Caramanie et de la Sérique; mais rien ne put effacer la brillante idée qu’on s'était formée de l'Arabie. Un général d’Auguste fit une tentative pour pénétrer au pays des riches Sabéens. Les déserts défendirent l’Arabie, divisée alors, comme aujourd’hui, er plusieurs petits Etats qui florissaient par le commerce.
Les villes des Arabes, leurs temples, leurs palais s’embellissaient des métaux précieux que les Romains et les Perses donnaient en échange des aromates, du baume de la Mekke, de l’encens, des pierres précieuses et des vases murrhins, tandis que les Arabes n’achetaient aucune denrée étrangère. L’art de la navigation était bien peu avancé; les richesses de l'Inde, et peut-être de l'Afrique orientale, étaient appr.tées sur de misérables pirogues ; le trajet et le retour exigeaient cinq ans; et ce ne fut que dans le premier siècle de notre ère vulgaire que l’on apprit à connaître les moussons, et à traverser la haute mer. Voilà, ce nous semble, à quoi se réduit l’ancienne civilisation des Arabes, objet des rêveries de quelques auteurs modernes. [Il paraît toutefois que des colonies arabes se rendirent de bonne heure dans l'Afrique et dans l'Inde.
Le commerce entretenait encore en Arabie une grande opulence, lorsque, dans le septième siècle de l’ère chrétienne, Mahomet y fit une revolution politique et religieuse. L’Arabie, premier siége d’une secte fanatique et conquérante, devint bientôt la maitresse de la plus belle partie de l’ancien continent, Le croissant victorieux s’élevait dans la froide Tairie et dans la brülante Ethiopie; il dominait depuis l'Espagne jusqu'aux iles Moluques, peut-être même jusque dans l’archipel des Carolines; son empire dépassait au midi et Mozambique et Madagascar.
La nation arabe a évité le sort ordinaire des peuples conquérants ; elle jouit encore de son ancienne indépendance ; mais elle n’a plus d’Avicenne, ni d'Aboutiféda, ni d'Edrisi; mais elle est rétrogradée vers ce bas degré
de civilisation d’où l’ardent et vaste génie de Mahomet l'avait tirée en la réunissant dans un seul Etat. Divisée aujourd’hui entre plusieurs souverains, faible, vexée par une foule de petits tyrans, elle n’offre plus aux regards de l’univers ces magnifiques cours de califes, où le génie et le savoir trouvaient de si généreux protecteurs, où les Européens demi-sauvages allaient chercher les règles des beaux-arts et le; modèles du luxe.
Le premier objet à considérer dans la description àe l'Arabie, c’est la nature des deux golfes qui la baignent. Une simple continuation du bassin de l’Euphrate forme le golfe Persique, tandis que le golfe Arabique oceupe à lui seul un enfoncement dans iequel ne s’écoule aucun fleuve. Ainsi ce golfe présente aux amateurs d'hypothèses l’aspect d’un ancien détroit qui aurait uni la Méditerranée à lovéan Indien, mais qui aurait été comblé à son extrémité septentrionale. Strahon l’a justement comparé à un grand fleuve. Ses eaux, qui paraissent avoir été autrefois plus élevées que celles de la Méditerranée, sont aujeurd’hni plus basses que celles de cette mer. Il a 550 lieues de longueur sur 59 à 60 de largeur. L’un ct l’autre golfes n’offrent à la navigation que peu d’espace libre et sûr. La mousson du nord-est, qui dure du 45 octobre au 45 avril, facilite l'entrée du golfe Arabique, qui est impossible avec la mousson contraire. Ces vents périodiques font considérablement augmenter ou diminuer la force des marées ; de sorte qu’on peut quelquefois passer à pied sec l'extrémité du bras d’eau qui sépare Suez de l'Arabie 1.
Dans le golfe Persique, les vents du nord-ouest, quelquefois interrompus par des tempêtes du sud-ouest, règnent depuis octobre jusqu’en juillet ?. Les vents du sud-est, qui soufflent le reste du temps, sont favorables aux vaisseaux qui entrent dans le golfe ; ils apportent une humidité excessive. Les marées et le niveau moyen du golfe varient beaucoup selon ies vents. Sa longueur est d'environ 200 lieues et sa largeur 23. Les rivages et les parois de l’un et l'autre golfe se composent principalement de rochers calcaires coquilliers; cependant le golfe Persique offre des rochers basaltiques ou du moins foriués de roches d’origine volcanique. Les fonds sont tapissés de coraux verdâtres; par un temps calme, on croirait voir s'étendre sous les eaux des forêts verdoyantes ct de fraiches prairies; spectacle qui contraste agréablement avec la triste monotonie d’un rivage de sables arides. Ce corail est ‘nférieur à celui de la Méditerranée. De beaux fucus avaient attiré l'admiration des anciens.
1 Niebuhr, Description de l'Arabie, IE, 303 sgg., édic. de Paris. ? D'Après de Mannevillette, Neptune oriental, instructions, p. 24c
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C’est de ces plantes marines que le golfe Arabique a reçu le nom hébraique de Bahr-Souph, c’est-à-dire mer des Algues. Celui de mer Rouge, que les Grecs donnaient à toutes les mers qui baignent l’Arabie, paraît venir du nom propre Edom ou Idumée, qui signifie aussi rouge.
Les grandes plaines qui bordent les deux golfes paraissent avoir été couvertes d’eau à une époque peu ancienne ; mais la plaine dite de Tetama longe seulement le golfe Arabique du côté oriental, tandis que la plaine de la Chaldée et de la Mésopotamie se trouve au nord du golfe Persique, et dans la même direction que ce golfe. Nulle part, dit un ancien, les atterrissements des rivières ne sont plus sensibles qu'aux embouchures de l'Euphrate. Le détroit d'Ormus est moins étroit et moins encombré d’iles que celui qui porte justement le nom de Bal-el-Mandeb, c’est-à-dire « Porte de Malheur » ou « Détroit des Naufrages. » Nous indiquerons ailleurs les iles de ces mers; mais il faut remarquer ici que dans le golfe Persique il jaillit en plusieurs endroits, et particuliérement près de l’île Bahrein, des sources d’eau douce au milieu des flots salés, et que le golfe Arabique renferme dans l'ile Djebel-Tar un volcan dont l’activité semble être réduite à une émission fréquente de fumée et quelquefois de flammes, et que c’est dans les parages de cette ile que se trouvent les célèbres pécheries de perles.
La principale chaine de montagnes d'Arabie paraît suivre la mer Rouge à une distance de 40 à 30 lieues. Elle s'élève davantage en se prolongeant au sud, et il paraît très-certain qu’elle se continue le iong de l’océan Indien jusque dans l’'Oman. Il est probable que cette chaîne renferme des sommets très-élevés. Les pèlerins, en allant de Damas à la Mekke, aperçoivent à deux journées de distance le mont Schahäk, qui s’élève comme une tour du milieu de la plaine. L'intérieur de l’Arabie est probablement un plateau qui paraît s’incliner vers le golfe Persique; de vastes déserts en oceupent une grande partie ; mais ces déserts sont séparés par de petites oasis montagneuses, qui semblent former une série continue depuis le sud-est de la Palestine jusque vers lOman.
Tous les cours d’eau de l'Arabie partagent plus ou moins la nature des torrents. Leur nom commun en arabe est ouadi. La sécheresse du sol de l'Arabie est presque devenut un lieu commun; mais un géographe ture nous apprend que le Nedjed, le plateau intérieur de l’Arabie, renferme queiques lacs ?. Strabon, témoin oculaire, parle aussi de lacs formés par des rivières.
lSeetzen, Correspondance de Zach, XVIII. 389.
? Hadgi-Khalfah, Djéhan-Numa, p. 1298. Tard. M.
L’Arabie partage le climat de l’Afrique septentrionale. Les montagnes de l’Yémen éprouvent des pluies régulières depuis le milieu de juia jusqu’à la fin de septembre, mais même alors le ciel se couvre rarement vingtquatre heures de suite; pendant le reste de l’année, à peine aperçoit-on un nuage. À Maskat, et dans les montagnes d'Omar, la saison pluvieuse commence au milieu de novembre, et continue jusqu’à la mi-février. Dans les plaines, il se passe quelquefois une année entière et quelquefois davantage sans qu’il pleuve. En juillet et en août, le thermomètre monte, à Moka, à 98 degrés, tandis qu'à Sana, dans les montagnes, il ne s’élève que jusqu'à 85 degrés, échelle de Fahrenheit. Il gèle quelquefois à Sana, quoique rarement. Edrisi nomme des montagnes où il gèle même en été.
Sur le bord de la mer la rosée est abondante en toutes saisons. Les pluies sont périodiques sur la côte occidentale; sur la côte méridionale elles commencent en février et finissent en avril ; sur la côte or‘entale elles durent depuis la mi-novembre jusqu’à la mi-février ; dans ies plaines du nord elles ont lieu régulièrement en déceiabre et en janvier. Pendant la saison des chaleurs, celles-ci seraient insupportables si elles n’étaient teripérées par la brise venant de la mer. En général le climat de l'Arabie est sain ; et si cette contrée renferme peu de vieillards, il faut l’attribuer à la vie misérable des habitants, et à la mauvaise qualité de l’eau, causes qui produisent aussi la lèpre et plusieurs autres maladies endémiques. L’inoculalion est généralement répandue chez les Arabes.
{’est dens le désert entre Bassorah, Bagdad, Hâleb et la Mekke, que l’on redoute le plus le vent mortel qu’on nomme sam, samoum, samiel ou sume, suivant les différentes prononciations des Arabes. Il n’est à craindre que dans le temps des plus grandes chaleurs de l'été. Comme les Arabes du désert respirent ordinairement un air pur, quelques-uns d’entre eux ont, dit-on, l’odorat assez fin pour reconnaître le samoum à l’odeur du soutre. On assure qu’un autre indice de ce vent est que l'air, du point où il vient, paraît rougeâtre. Quand les Arabes en sentent l’approche, ils se couchent à terre. Ils disent que la nature enseigne aux animaux à tenir la tête baissée dans cette circonstance. Des hommes téméraires, qui ont osé braver ce souffle brûlant, ont été subitement suffoqués ; le terrible gonflement de leurs cadavres a fait croire aux Arabes que ce vent funeste portail avec Jui un poison subtil.
Dans l'hiver, surtout dans la région occidentale, le vent du sud-ouest est insupportable ; il fait gercer la peau ; il s’oppose à la transpiration, et, pour s’en garantir, il faut faire usage de vêtements de laine ; tandis que
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sur les côtes du golfe Persique le vent sud-est est si humide qu'avec une chaleur très-modérée il provoque une abondante transpiration. Le vent du nord-ouest, bien que sec et brülant, est moins dangereux; cependant, lorsqu'il souffle à l’improviste, et violemment, ses effets ressemblent à ceux du samoum : il est capable d’étouffer les hommes et les animaux. Enfin, sur la côte de l’Yémen, le vent du sud-est qui règne pendant huit mois est si violent qu’il rend impossible la communication des vaisseaux avec les ports.
Malgré les montagnes qu’elle renferme, il n’existe pas sur le globe de contrée plus dépourvue d’eau qi abie. On n'y trouve pas un cours d’eau qui mérite le titre de fler n et le Chab, qui se jettent dans l'océan Indien, ont reçu impro; dénomination : ils n’ont que 30 à #0 lieues de longueur. L’A/ . a rivière de Lahsa, qui tient un rang important sur nos cartes, parce qu'elle a dans certaines saisons jusqu’à 100 lieues de cours pour aller se jeter dans le golfe Persique, n’est qu'un grand torrent qui se dessèche pendant l’été. Les autres rivières sont l’Abbacy, le Kebyr, le Séhan et le Zebyd, tributaires de la mer Rouge, le Masora ou Couriat, et le Prim, qui coulent dans l'océan Indien. La principale cause de l'absence de grands cours d’eau dans la presqu’ile doit être attribuée à ce qu'aucune chaîne de montagnes n’y conserve sous un ciel brülant assez de neiges pour les alimenter.
Une partie des prétendues montagnes de l’intérieur de cette presqu'île ne sont que des collines de sable amoncelé par les vents et que les ouragans déplacent. Les bords de la mer offrent généralement un sol formé d'argile et de sable qui devient très-productif lorsqu'il est suffisamment arrosé. A côté de ces régions fertiles on trouve souvent d’immenses espaces couverts de sable stérile. Près de Médine on voit d’anciennes traces de volcans, attestées par les laves poreuses qui couvrent le sol; les auteurs arabes font mention de plusieurs voleans en activité qui existent sur le plateau central, et nous croyons qu’on peut en porter le nombre à trois au moins.
Les côtes de la mer présentent un aspect plus riche et plus varié. De nombreux ruisseaux qui descendent des montagnes entretiennent le long de leurs bords une verdure agréable. Les plantes nées dans les sabies qui couvrent le voisinage de la mer participent de la nature de celles des dé-
serts. Mais les bords des rivières, les vallées, les plaines jouissent d’une
fertilité qui contraste avec l’aridité des montagnes. Beaucoup de plantes de l'Inde et de la Perse, que leur beauté ou leur utilité a rendues célèbres, y ont de tout temps été indigènes, Tels sont le tamarinier, le cotonnier, le
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bananier ou figuier de l’Inde, la canne à sucre, une espèce de muscadier, le bétel, toutes sortes de melons et de courges. L’Arabie-Heureuse s’enorgueillit surtout de deux arbres précieux : l’un est le caféier, l’autre le baumier. Ce dernier produit le baume de la Mekke, la plus odorante et la plus chère de toutes les gommes-résines. Les plantations de café s’élèvent en terrasses sur le penchant occidental! des grandes montagnes qui traversent Yémen. On trouve beaucoup de café dans les provinces d’Æachid-el-Bekil, de Aatuba et de Jafa; mais il paraît que le climat des cantons d’Oudden, de Æousma et de Djebs lui est plus favorable; on en tire le meilleur et en abondance. On dit que les Arabes ont défendu, sous des pcines très-sévères, d'exporter cet arbre, et que les Hollandais, les Français et les Anglais ont cependant trouvé moyen de le faire passer dans leurs colonies ; mais le café de l’Yémen conserve toujours sa supiriorité. Les Arabes assurent qu’ils ont tiré l'arbre à café de l’Abyssinie ; peut-être les Abyssins en ont-ils les premiers découvert l'utilité et les moyens de culture.
Les Arabes distinguent plusieurs variétés de café : le chardji et le habbat , dont le grain est le plus petit, sont celles que l’on préfère ; les autres sont l’addeïni, le matari, le harrazi, le haïmi et le chirazi. Le caféier demande un terrain humide : il prospère dans le voisinage d’une source; on le plante ordinairement sur la pente d’une vallée ou de tout autre lieu abrité, dans la terre que les pluies oni enlevée des hauteurs voisines. Quand cette terre est jetée sur un des côtés de la vallée, on la soutient soigneusement avec des murs en pierres qui présentent l’aspect de terrasses. La graine se récolte deux fois par an. Ce qui peut paraître étrange c’est que dans les parties de l’Arabie où l'on cultive le café on n’en prend jamais parce qu’on le regarde comme trop échauffant; on lui substitue l’infusion de kechr, qui est la pulpe desséchée du fruit entourant la graine. Cette infusion est d’ailleurs très-savoureuse!.
Anciennement lArabie n’était pas moins célèbre par l’encens que par l'or; mais tout l’encens que les pays septentrionaux tiraient de l’Arabie Heureuse n’était pas de cette province. Actuellement on ne cultive que sur la côte sud-est d'Arabie, dans les environs de Reschein, Dafar, Merbat, Hasek, et surtout dans la province de Char, l'espèce seule d’encens nommée libân ou olibân par les Arabes, et cette espèce est très-mauvaise. Le sol des montagnes où croît l’encens est argileux et nitreux. Les Arabes tirent beaucoup de sortes d’encens de l’Abyssinie, de Siam, de Sumatra, de
1 Voyage de Mokka à Sana en juillet et août 1836, par M. C. Cruttenden, officier de ja marine de la compagnie des Indes.
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Java. On en exporte de grandes quantités en Turquie; et la moindre des trois espèces de benjoin que vendent les marchands est réputée meilleure que l’olibân d’Arabie.
Quelques bocages couvrent les montagnes de l'Arabie; mais il ne paraît pas qu’on y trouve de forêts proprement dites. Dans la classe des palmiers, l’Arabie possède le dattier, le cocotier et le grand palmier à éventail. On distingue, parmi ses autres arbres naturels ou cultivés, le figuier, l'oranger, le sycomore, le plantain ou bananier, l’amandier, l’abricotier, l'arbre à chapelet, l’acacia du Nil, la sensitive et d’autres mimosées. On ire parti du cognassier et de la vigne. Parmi les arbustes et les plantes, il faut remarquer le ricin, le séné, tous deux d'usage en médecine, l’amarante globuleuse, le lis blanc et le grand pancraltium, tous distingués par leur odeur et leur parfum; l’aloès, moins bon que celui de Socotora, le styrax et le sésame qui remplace l'olivier, Le buisson appelé tarfa, qui produit la manne, ne se trouve en abondance, selon M. Rüppell, que dans quelques vallées, particulièrement à Ouadi-Firan. La plupart des vallées produisent de gros acacias.
Le froment, le blé de Turquie, le dowra, couvrent les campagnes de l’Yémen et de quelques autres contrées fertiles. Les chevaux y sont nourris avec de l’orge, et les ânes avec des fèves. On y cultive a‘ssi l’indigo, louars, plante qui teint en jaune, et que l’on exporte en grande quantité de Moka dans l’Oman, et le foua, employé pour teindre en rouge. La charrue est simple; on se sert de pioches au lieu de bêches. Les soins principaux de l’agriculture y consistent à amener dans les terres ensemencées l'eau des ruisseaux, des puits ou des mares. À la moisson on arrache les épis avec leurs racines, le fourrage se coupe avec la faucille.
Le chameau à une bosse a justement été appelé un navire vivant sans lequel l’Arabe ne saurait traverser les mers de sable dont sa patrie est couverte. Pline et Aristote ont très-exactement décrit les deux seules espèces distinctes de ce genre que l’on ait encore découvertes jusqu’à ce jour : l'une, qui est la plus répandue dans l'Arabie, l'Égypte et toute la moitié septentrionale de Afrique, n’a qu’une bosse sur le dos; ils l’ont nommée chameau d'Arabie; l’autre, qui se trouve en Perse, dans la Russie méridionale, et dans la Boukharie ou l’ancienne Bactriane, a été appelée chameau de la Bactriane. Mais parmi les variétés de l’espèce d’Arabie, on a
distingué celle qui était la plus propre à porter des fardeaux d’avec celle qui était propre à la course. Diodore, Strabon et Isidore ont nommé les variétés qu’on employait à ce dernier usage camelos dromas, ou chameaux
coureurs; de ce dernier substantif, qui ne servait que d’épithète, les Européens ont fait le nom de dromadaire, dénomination qu’ils ont mal à propos étendue à toute l'espèce du chameau d'Arabie, ou à celui qui n’a qu’une bosse. Les noms arabes de hadgin et de raguahil paraissent s’appliquer à deux races distinctes de chameaux arabes destinés, les premiers au portage, les seconds à la course; celui de becht ou bacht dénote le chameau bactrien. Il est démontré que le chameau arabe peut produire des métis avec le chameau bactrien, mais il n’est pas certain que cette race mixte soit féconde.
Burckhardt nous donne quelques renseignements peu connus sur le chameau du désert de Syrie ou de la partie septentrionale de l'Arabie. Selon lui, cette race est plus petite que celle de l’Anatolie et du Kourdistan ; elle supporte mieux la chaleur et la soif, mais elle est très-sensible au froid. Les Arabes ne se servent pas du chameau à deux bosses : aussi en trouvet-on très-peu dans l'Arabie. Selon son âge le chameau reçoit des Arabes un nom différent : à 4 an on le nomme honar ; à 2 ans méfroud ou müikhlal ; à 3 ans Ahudj ; une chamelle de 4 ans reba’a ; un mâle du même âge dyéd'a. Cet animal vit jusqu’à 40 ans. En Arabie on n’estime pas la couleur brune chez les chameaux ; on préfère le rougeâtre ou le gris-clair. Tous ceux des Bédouins sont marqués sur l'épaule gauche avec un fer rouge, afin de pouvoir être reconnus. Chaque tribu a sa marque particulière. Les chameaux du désert sont sujets à plusieurs maladies.
Les bœufs d'Arabie ont en général une ou deux bosses sur le dos comme ceux de Syrie : ils appartiennent à l’espèce appelée zébu. Dans le Nedjed occidental le beurre remplace l’huile. On à peu de renseignements particuliers sur la race des moutons; on a dit ‘ils traînaient leur queue épaisse sur une petite charrette; mais c’est uw reur: Burckhardt dément ce fait. Il dit positivement que leur queue n’est pas grosse, et qu’ils ont les oreilles plus longues que celles de la race anglaise ordinaire. Il paraît que leur laine est grossière, et leur: chair peu délicate.
On trouve la chèvre des rochers dans les montagnes de l’Arabie-Pétrée. Les autres animaux sont le chacal, l’hyène, des singes, le gerboah ou gerbo, espèce du genre gerboise, des antilopes, des bœufs sauvages, des loups, des renards, des sangliers, enfin la grande et la petite panthère.
On rend presque une sorte de culte à un oiseau de l'espèce de la grive, qui chaque année vient de la Perse orientale, et qui détruit les sauterelles,
1 J. Burckhardt, Voyages en Arabie, trad. de l'anglais par M. Eyriès, tom. [IL — Paris ; 1834.
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Pétrée.
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fléau de toutes les cultures. Une cspèce de sauterelles est regardée comme un mets délicat, La perdrix peuple les plaines, la poule-pintade les bois, et le faisan les montagnes. La stupide autruche abandonne quelquefois ses œufs dans les déserts.
Ce dernier fait mérite cependant quelque explication. On a supposé que la chaleur du soleil suffisait pour faire éclore les œufs d’autruche; mais Burckhardt a acquis la preuve que cette opinion est erronée, et que, du moins dans la saison pluvieuse, l’autruche couve ses œufs, et que ses petits éclosent au printemps avant que le soleil ait acquis une force considérable. « Cet oiseau, dit-il, s’apparie au milieu de l’hiver ; la femelle place son nid au pied d’une colline isolée, et pond 12 à 21 œufs, qu’elle dépose en cercle les uns à côté des autres, à moitié enterrés dans le sable, afin de les préserver de la pluie; elle a même soin de crexiser tout autour une tranchée par laquelle l’eau s'écoule. A 3 ou #4 mètres de ce cercle, elle place 2 ou 3 œufs qu’elle ne couve pas, et qu’elle réserve pour la nourriture de ses petits lorsqu'ils viendront à éclore. Le mâle et la femelle couvent alter nativement, de manière que l’un des deux fait le guet sur le sommet de la colline. Quand les Arabes aperçoivent un de ces oiscaux dans cette position, ils en concluent qu’il y a des œufs dans le voisinage, et le nid est bientôt découvert. A l'approche de l’homme, lautruche s’enfuit; alors PArabe creuse près des œufs un trou, dans lequel il place son fusil chargé et dirigé du côté des œufs, après avoir attaché au ressort une mèche allumée. Il se retire: le soir les oiseaux reviennent, et, n’apercevant plus d’ennemis, se placent ordinairement tous deux sur leurs œufs; le fusil part, et le lendemain matin l’Arabe retrouve l’un des oiseaux, et quelquefois tous les deux abattus sur le coup.
Le poisson abonde sur toutes les côtes ; celle du sud-est nourrit la pinnemarine avec son byssus éclatant, et d’immenses quantités de tortues de mer, ressource de tribus entières. Les tortues de terre sont en grande abondance en Arabie; c’est la nourriture des chrétiens les jours d’abstinence. On y a remarqué un petit serpent tacheté de blanc et très-venimeux ; on le nomme baélan; sa morsure passe pour causer une mort soudaine. Le grand lézard guaril égale, dit-on, en force le crocodile.
N'oublions pas le cheval, la gloire de l'Arabie; il y en a de deux classes : les kadishi ou espèce commune, et les kochlanti ou chevaux nobles, qu’on prétend issus des haras de Salomon, et dont on conserve la généalogie
1 J. Burckhardt : Notes onthe Bedouins, etc, Nouvelles Annales des Voyages et des Sciences géographiques, ann. 1831. Tom. IV.
depuis 2,000 ans. On a le plus grand soin d’en tenir la race pure. Ils supportent les plus grandes fatigues, passent des jours entiers sans manger, et se jettent sur l’ennemi avec impétuosité. Les meilleurs sont élevés par les Bédouins dans les déserts du nord.
Ceux-ci, selon Burckhardt, distinguent jusqu’à cinq races de chevaux nobles, qui «escendent, disent-ils, des cinq juments de prédilection du prophète, et ces cinq races se subdivisent en une infinité de ramifications, en sorte que les noms des différentes races du désert sont innombrables. Les Arabes tiennent leurs chevaux en plein air toute l’année ; jamais ils ne les étrillent ni les frottent : ils ont seulement soin de les faire marcher doucement toutes les fois qu’ils reviennent d’une course. Ils ne les marquent jamais ; les empreintes que portent leurs chevaux sont celles d’un fer rouge appliqué sur la peau de ces animaux, pour les guérir de certaines maladies.
L’Arabie possède aussi une excellente race d’ânes qui se vendent à grand prix, et dont les qualités approchent de celles des mules. Dans l’Yémen, les soldats font, avec ces ânes, leurs patrouilles et tout le service qui n’est pas de parade. Ils servent aussi aux pèlerins musulmans pour la longue ct pénible route de la Mekke. Niebuhr évalue le chemin que font en voyage les ânes arabes, dans une demi-heure, à 1,750 pas doubles de ceux de l’homme; les grands chameaux arabes n’en font que 775, et les petits tout au plus 500. Le trot du chameau est très-incommode.
Selon Nieburh, ce pays n’a ni mines d’or, ni mines d’argent; seulement on trouve une petite quantité de ce dernier métal mêlé au plomb que l'on tire de la province d’Oman. Le district de Saade, dans la partie septentrionale de l’Yémen, a des mines de fer, mais il y est cassant. L’Yémen fournit des onyx: l’agate, appelée pierre de Moka, vient de Surate, et l’on tire les plus belles cornalines du golfe de Cambaye. Le même voyageur ne croit pas que l'Arabie pioduise aucunes pierres précieuses ; celles qu’on y trouvait y avaient été importées de PInde. Mais les témoignages positifs et unanimes des anciens ne permettent pas de douter de l’ancienne richesse des mines d'Arabie; et comment un pays aussi vaste n’en offrirait-il pas? C’est dans les montagnes de l'Yémen qu’on exploitait les mines d’or, les unes cachées dans les entrailles des rochers, les autres déposées par rognons dans les terres meubles. On exploite encore du sel gemme près de Lohéia et en beaucoup d’autres endroits. La ville de Gerra, sur le golfe Persique, était construite en sel gemme. Les anciens désignent probablement le sucein sous le nom de pierre aromatique; l’émeraude boiteuse de Juba pourrait être la diallage, On place encore parmi les pierres fines d’Arabie le béryl et la
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topaze. Niebuhr a observé dans l'Yémen des colonnes de basalte à cinq pans, de l’albâtre bleu, de la sélénite, et différentes sortes de carbonates calcaires.
Nous allons examiner l’Arabie province par province. Les anciens la divisent en trois parties inégales : l’Arabie-Pétrée, petite province située entre l'Égypte et la Palestine, au nord de la mer Rouge. L’Arabie-Déserle s'étendait vers l'Euphrate et vers le centre. Tout le reste formait l’Arabie- Heureuse. Selon Niebuhr, les divisions de ce pays sont absolument ditférentes de celles des anciens. Le centre de l’Arabie est occupé par une vaste province, ou plutôt par une série de déserts appelés Vedjed, Nedjid ou Nedjd, tachetés d’oasis verdoyantes qui rappellent celles de l'Afrique. L'AHedjaz est sur la mer rouge ; c’est là que se trouvent la Mekke et Médine ; l'Yémen est au sud, vers le détroit de Bab-el-Mandeb; l Hadramaout s'étend sur les rivages de Pocéan Indien : l’Oman se trouve au sud de l’entrée du golfe Persique; et le Lahsa ou Hadjar, que d’Anville appelle Hejer, et que l’on nomme :ussi Hesse, occupe le bord septentrional du même golfe.
La presqu'île formée par les golfes d’Ailah ou d’Akabah ei de Suez, ou le désert du mont Sinaë, attire les voyageurs par son ancienne célébrité; car les'villes d’Aëlah, sur un bras du golfe Arabique, d’Hérac ou Karac, au sud de la mer Morte, ainsi que le port de Tor, ne présentent rien d’intéressant.
Ailah, l'antique Ælana, est le port d’où Salomon faisait partir ses flottes pour Ophir. C’est aujourd’hui le rendez-vous des pèlerins qui se rendent à Médine et à la Mekke; les Tures y ont construit une petite citadelle. Karac est un fort situé au sommet d’une colline, et auquel on monte par un escalier taillé dans le roc. Tor ou Zour n’est plus qu’un village depuis que son port est fegmé par un banc de corail; cependant les navires s’y arrêtent pendant les gros temps et pour y prendre de l’eau, qui passe pour la meilleure de la côte.
Le mont Sinaï, masse imposante de roches granitiques, au pied duquei est le couvent grec de Sainte-Catherine, s’élève au-dessus d’une chaîne de montagnes que les Arabes appellent Djebel-Mousa, et dont on ne peut faire le tour qu’au moyen de plusieurs journées de marche. Cette chaîne est en partie composée de grès!. On y trouve plusieurs vallées fertiles, dans les-
1 Le massif du mont Sinaï comprend le mont Horeb, où Khouryby, c'est simploment un mamelon du mont Sinaï situé à Pouest de celui-ci. C’est par erreur que dans nos cartes on l'indique comme un pic séparé et peu distant. Ce pic situé à l’est du Sinaï, n’est autre que le mont Ste-Catherine.
Dans un rapport fait à l'académie des sciences le 27 février 1851 sur le troisième
quelles sont des jardins plantés de vignes, de poiriers, de dattiers et d’autres excellents fruits, que l’on transporte au Caire, et qu’on y vend très-cher. Mais, en général, la péninsule entre les deux golfes d’Aïlah et de Suez présente aux voyageurs le spectacle d’une effrayante stérilité. La rose de Jéricho, la coloquinte, l’apocyn, aiment ce sol aride. Divers arbres buissonneux y viennent aussi; tels sont l’acacia gummifera ou l’épine d'Égypte, qui fournit la gomme arabique, substance qui, au besoin, peut servir de nourriture, le tamarinier, qui, dans les mois de juin et de juillet, laisse transpirer un suc doux et aromatique nommé encore elmann, et qui est la manne de Moïse ; enfin, le ban ou balanus myrepsica, dont les fruits donnent une huile recherchée. Le càprier, le laurier-rose, le cotonnier, et divers autres arbustes, forment çà et là une touffe de verdure au milieu des rochers noirâtres de granit, de jaspe, de syénite, et des plaines couvertes de sables, de pierres à fusil et de cailloux roulés. Les Arabes peu nombreux qui errent dans ce désert paraissent vivre d’abstinence. Il y a pourtant beaucoup de gazelles et d’autres sortes de gibier. Les côtes de cette presqu’ile sont bordées de récifs de corail, et couvertes de pétrifications sans nombre.
Le Sinaï offre, vers la moitié de sa hauteur, deux cimes séparées par une petite plaine : la plus haute est celle de Sainte-Catherine, qui est à 2,477 mètres au-dessus de la mer Rouge. Le couvent qui lui donne son nom, situé sur sa pente, est à 1,700 mètres de hauteur. Il date du siècle de Justinien; c’est le siége d’un archevéché dont le titulaire fait sa résidence au Caire. Il est entouré de fortes murailles ; les personnes qui le visitent y sont introduites au moyen d’un grand panier attaché à une corde : la porte ne s’ouvre que pour recevoir un nouvel archevêque. Les moines montrent avec orgucil un petit arsenal qui leur permet de résister aux attaques des Arabes. L'église du couvent a été bâtie par l'ordre de l'empereur Justinien et de sa femme Théodora; elle est assez remarquable, mais il reste peu de chose du monument primitif. On monte de ce couvent au sommet de la montagnes par des degrés tailles dans le roc.
La tradition a consacré les monts Sinaï et Horeb aux yeux des chrétiens, des juifs et des musulmans ; ces derniers, à leur retour de Médine, honorent, par le sacrifice de quelques agneaux, le lieu où Dieu daigna se montrer à
voyage de M. Rochet d’héricourt, on trouve que ce savant voyageur donne à la montagne Ste-Catherine, le pic le plus élévé du massif des monts Horeb et Sinaï 2477 mètres d’altituile au-dessus du niveau de la mer ; que le sommiet de la montagne Dieu, la pierre où Moïse écrivit les tables de la loi, est à 2174 mètres ; enfin que le sommet du mont Sinaï proprement dit atteint 1978 mètres,
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Moïse dans tout l’appareil de sa puissance. Le Djebel-el-Mokateb est un grand rocher situé sur la route du Sinaï à Suez, et couvert d'inscriptions hieroglyphiques qui ont été le sujet de beaucoup de discussions entre les savants. En s’y rendant, Niebuhr vit des catacombes remplies de magnifiques pierres sépulcrales, avec de très-beaux hiéroglyphes, monuments qui prouvent l’ancienne existence de villes populeuses et florissantes.
M. Rüppell a signalé dans le nord de l'Arabie, ou l’Arabie-Pétrée, cinq races d'hommes : les Arabes, les Djebellies, les Hatteries, les Chrétiens et les Telmis. Les premiers sont originaires de l’Hedjaz et du Nedjed, et vivent de leurs troupeaux : leur tribu la plus nombreuse est celle des Misènes, qui parcourent les pâturages situés entre Akabah, Cheroum et le mont de Sainte- Marguerite; elle compte 450 hommes en état de porter les armes ;-une autre, celle des Soëlhe, habite Ouadi-Firan, et s'éend jusqu’au village de Tor. Les Djebellies descendent, suivant l'opinion des moines de Suinte- Catherine, des esclaves que l'empereur Justinien fit venir du Pont-Euxin et de la Haute-Égypte, et dont il fit présent à ce couvent. Établis d’abord comme serfs aux environs du mont Sinaï, ils ont fini par être émancipés, en embrassant l’islamisme. Mais ils ont continué à travailler pour ies moines qui leur paient un salaire. Les Arabes ne les estiment pas plus que les Hatteries, qui descendent des soldats maugrebins que le sultan Selim mit en garnison au château de Tor. Les chrétiens se réduisent aux moines du couvent de Sainte-Catherine et à neuf familles domiciliées à Tor. Ils vendent des vivres aux pèlerins qui se rendent à Djeddah ; chaque père de famille a parmi les Arabes un patron qui lui garantit sa propriété, moyennant l’obligation de donner chaque année une pièce de toile et d'accorder l'hospitalité à l’Arabe. Les Tehmis paraissent être venus de l'Yémen, à en juger par leur physionomie. Les Arabes, comme les «nciens fsraélites, exagèrent par vanité la force de leur tribu ; mais M. Ripseil n’estime qu’à 6 ou 7,000 âmes la population de toute la péninsule du mont Sinaï, et même il croit cette estimation au-dessus de la vérité, à en juger par la stérilité du sol. Cette population ne vit que de lait caillé, de dattes sèches et de pain non levé.
Dans la partie septentrionale de l’Arabie-Pétrée, les ruines imposantes d’une cité antique, de cette magnifique Petra qui fut la capitale de la troisième Palestine, de ce pays habité par les Édomites, les Amalécites et les Moabites, réunis depuis sous le nom de Nabathéens, méritent de fixer l’attention. Entrons avec Léon de Laborde, le seul voyageur qui ait décrit cette brillante cité oubliée depuis tant de siècles, dans l’agréable vallée appelée
Ouadi-Garandel ; nous trouverons sur un rocher à droite du côté d’Ouadi- Araba lesruines d’un édifice dont il est difficile de déterminer la destination. Mais, ainsi que le fait observer le savant voyageur, tout porte à croire qu’elle sappartiennent à quelque fort qui défendit l’entrée du territoire de Petra, accessible par cette vallée, en même temps qu’il protégeait l'établissement que les communications du commerce avaient fondé près de la source etdes palmiers que l’on voit à l’entrée de la vallée. Les rapports de distance coincident ici avec le Gypsaria de Ptolémée et le Gypsaria des Tables de Peutinger, à 48 milles d’Aïlah. On traverse pendant quelques heures une contrée désolée; enfin, après avoir suivi un chemin difficile parce qu’il s'élève sur les bords d’un ravin qui s’encaisse et se creuse un lit au pied d’un rocher coupé à pic, après avoir suivi l’Ouadi-Pabouchèbe, dont le lit est délicieusement ombragé de grands lauriers roses, on approche de la ville célèbre.
Petra est située dans un bassin entouré de tous côtés par des rochers ct des montagnes qui se perdent dans le désert. Ces rochers sont percés de milliers de tombeaux tous plus ou moins riches de sculpture, et dont quelques-uns sont d’un grandiose qui étonne. Au fond de la vallée (Ouadi- Mousa), s’élève une colonne isolée, reste d’une ancienne basilique; puis se présente, à la suite d’une longue avenue de tombeaux, un temple, le seul qui soit resté debout à Petra; on remarque encore deux ares de triomphe, dont un qui traverse le défilé qui conduit à la ville; plus loin, un théâtre, puis un tombeau gigantesque appelé El-Deir, sculpté en relief sur le front de la montagne et présentant, comme dans le style de la renaissance, un fronton triangulaire coupé au milieu par une sorte de tour ornée de colonnes comme les autres parties du monument; enfin un autre appelé Klhasné Pharaon par les Arabes, c’est-à-dire Trésor de Pharaon. Sa façade, taillée dans le roc, est une des plus élégantes que l’on puisse imaginer. La conservation en est admirable : ses colonnes, ses frontons, ses chapiteaux corinthiens et ses bas-reliefs ont conservé tous leur fini primitif. L’urne qui le couronne renferme, suivant les Arabes, toutes les richesses de Pharaon. L’architecture de toutes ces constructions n’est ni d’origine grecque ni d’origine latine; elle rappelle plutôt, comme à Baalbek et à Palmyre, le style hindou.
La côte orientale du golfe Arabique est formée de roches granitiques. On y remarque les villages de Mohiluh et de Magnah. Entre ces deux villages les Bédouins font paître leurs troupeaux dans de petites vallées creusées au milieu du granit. Aux environs, les Æouadats se font redouter
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par leur brigandage!. Le village de Magnah est habité par des Arabes qui se font des maisons en blocs de granit recouverts de nattes. On dit que dans les montagnes il existe une tribu presque sauvage qui se couvre de peaux d'animaux et vit de viande et de lait : elle parle une langue particulière, et l’on vante la beauté de ses femmes.
S'il nous était permis de nous acheminer avec la grande caravane des pèlerins, nous chercherions la ville de Maan ou Maanan, située sur la frontière de l'Arabie, au sud-est de la mer Morte. Les habitans ne vivent que du profit qu'ils retirent en logeant les pèlerins de la Mekke. La ville est divisée en deux quartiers, situés chacun sur une colline, et qui sont presque constamment en guerre l’un contre l'autre.
Dans des oasis fertiles, au milieu de l’Hedjaz, contrée un peu moins déserte que les environs du mont Sinaï, nous trouvons Tebouk ou Tabihat, puis Æadjar, dont les habitants se sont creusé des habitations dans le roc, et plusieurs autres villes peu importantes.
Nous laisserons à droite la côte où se trouvent peut-être les restes de Madian ou Midian, appelée aussi Madajin, de Haoura, et de quelques autres endroits; mais nous visiterons à gauche Médine. Cette ville, qui porte en arabe le nom de Médinet-al-Nabi, c’est-à-dire ville du Proplièle, passe pour être l’antique Zatrippa, dans laquelle se réfugia Mahomet, en 622, pour échapper aux poursuites de ses ennemis. C’est de cette époque, appelée la fuite ou l’hégire, que les Arabes comptent le commencement de l'ère mahométane. Cependant M. Jomard a fait remarquer que la latitude de Tatrippa n’est pas la même que celle de Médine, et que ce qui a fait croire que celle-ci occupe l'emplacement de l’autre, c’est qu’elle porte chez les auteurs arabes le nom d’Zatrib, mais que la similitude des noms prouve séulement ici que deux villes différentes ont été appelées de mème, ou bien que [atrippa, située plus au nord, a cédé son nom à latrib, quest moins ancienne?. Médine est située dans une vallée arrosée par le ruisseau appelé les Sources-Bleues (AïounZarkéh). Elle est précédée d’un faubourg ; une muraiile et un fort la défendent, et la font considérer comme la principale place de l'Hedjaz. On y entre par trois belles portes. Sa population n’est que de 7 à 8,000 habitants, qui rançonnent les pélerins
1 Quoique l’Arabie soit rentrée depuis le traité d'Alexandrie sous le joug immédiat de la Porte, le vice-roi d'Egypte conserve encore quelques points sur la côte, ainsi par exemple, Mohilah dépend du gouvernement de Kosseir.
? Jomard, Notice géographique, à la suite de l’Histoire de l'Egypte sous le gouvernement de Mohammed-Ali, par M. F, Mengin. Tom. II.
et ne vivent que de la dépense que font ceux-ci. C’est une des villes les mieux bâties de l'Orient : ses maisons sont en pierre, et quelques-unes de ses principales rues sont pavées; mais depuis qu'elle a été au pouvoir des Wahabys, elle n’a plus repris sa première splendeur, et beaucoup de maisons tombent en ruines. Les deux principales rues sont celle qui mène de la porte du Caire à la grande mosquée, et celle qui va de la mosquée à la porte de Syrie. Ce sont les seules qui renferment des boutiques. Sous ce rapport, Médine ne ressemble pas à la Mekke, qui est pour ainsi dire un marché continuel: la grande mosquée est le seul édifice public. Les faubourgs occupent une plus grande étendue que la ville même; ils en soft séparés par un espace vide, étroit au sud, qui s’élargit à l’ouest devant la porte du Caire, il forme une vaste place publique appelée Honakh, nom qui indique que les caravanes y font halte. L’une des deux mosquées du : nakh, nommée Mesdjed-Ali, remonte, dit-on, au temps du cousin du prophète. Médine et ses faubourgs sont approvisionnés d’eau par un canal souterrain, qui commence au village de Koba, à trois quarts de lieue au sud. En outre les faubourgs sont arrosés par un torrent considérable que l'on traverse sur un beau pont en pierre dans le quartier de l’Ambarich.
Médine possède deux ou trois mosquées et trente medressehs ou écoles. C'est dans cette ville que mourut Mahomet, et la mosquée foudée par celui-ci est vénérée presque à l’égal de celle de la Mekke, parce qu'elle renferme son tombeau. Les pèlerins ne sont pas obligés de visiter ce tombeau qui est de la plus grande simplicité. Le temple de Médine, appelé El-Haram, comme celui de la Mekke, est un des plus anciens que possède l'islamisme. On le nomme plus généralement Mesdjed en Nebi; il est soutenu, suivant l’arabe Samboudi, par 296 colonnes ornées de pierres précieuses et d'inscriptions en lettres d'or. Sa longueur est de 165 pas, et sa largeur de 130. Il est plus petit que celui de la Mekke, mais du reste il est bâti sur un plan semblable. C’est une grande cour carrée entourée de tous côtés par des galeries couvertes et ayant au centre un petit édilice. Les colonnes qui forment ces galeries offrent la plus grande irrégularité : elles n'ont même pas toutes les mêmes dimensions ; il n’y en a pas deux semblables. Elles n’ont pas de socle, et leurs füts posent immédiatement à terre. Ces colonnes sont en pierre et revêtues de peintures grossières représentant des fleurs et des arabesques. C’est près de l’angle du sud-est de la mosquée que se trouve le tombeau de Mahomet. Ce n’est point en Orient qu’a pris naissance le conte répandu autrefois en Europe, que le cercueil du législateur arabe est suspendu en l’air. Il est renfermé dans un
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édifice carré construit en pierres noires et soutenu par deux colonnes : ceux de ses deux disciples et successeurs l’accompagnent, mais celui de Mahomet, le plus grand des trois, est placé le premier, celui d’Abou-Bekr le second, et celui d'Omar le troisième, Es sont couverts d’ét: ffes précieuses, et en forme de catafalque, comme celui d’Abrah4r dans la grande mosquée de la Mekke. Les historiens arabes prétendent que le cereueil qui renferme les cendres de Mahomet est revêtu d’argent. Autour de son tombeau règne une grille en fer du plus beau travail, imitant le filigrane, et entrelacte d'inscriptions en cuivre, que les Arabes prétendent être de l'or; l'enceinte formée par cette grille présente un espace irrégulier d'environ 20 pas carrés; on y entre par quatre portes, dont trois sont toujours fermées. Le Hedjira, lieu qui comprend et les tombeaux et le trésor de la mosquée, trésor qui était considérable avant le pillage qu’en firent les Wahabys, est surmonté d’une belle coupole qui s’élève au-dessus de toutes celles de la galerie, et que l’on aperçoit d’une grande distance; cette coupole est couverte en plomb, et surmontée d’un globe et d’un croissant dorés, d’una grande dimension.
Suivant la tradition musulmane, lorsque la trompette du jugement dernier sonnera, Aïsa (Jésus-Christ) descendra sur la terre, annoncera le dernier jour, puis mourra et sera enterré auprès de Mahomet ; à la résurrection générale, tous deux se lèveront et monteront au ciel, et Aïsa recevra de Dieu l’ordre de séparer les bons des méchants.
Les pèlerins qui visitent Médine viennent presque tous de la Syrie; les autres mahométans se contentent d’y envoyer de riches présents, en sollicitant des prières. Telles sont les particularités que l’on possède sur cette ville, qui chez les sectateurs de Mahomet perte 95 noms différents, dont l’un des moins mérités est celui de Cité resplendissante (Medineh-Mounevéré).
Parmi les lieux que les pêlerins visitent aux environs de Médine, nous citerons, d’après Burckhardt, le mont Ohod, où se trouve le tombeau de Hamzé, oncle de Mahomet, qui fut tué dans une bataille que Mahomet perdit en cet endroit contre les habitants de la Mekke; le village de Æoba, entouré de vergers et de jardins qui approvisionnent Médine de citrons, d’'oranges, de grenades; de bananes, de pêches, d’abricots, de raisins et de figues ; une jolie mosquée, entourée d’une quarantaine de maisons, s'élève au milieu des arbres fruitiers.
Les Médinaouis ou habitants de Médine sont pour la plupart des étrangers établis dans cette ville : il ne se passe pas d’année que plusieurs pêlerins ne s’y établissent. Ils portent tous le costume des Tures. Les faubourgs
k56 LIVRE CINQUANTE-TROISIÈME.
sont peuplés de Bédouins. Médine est peut-être la seule ville de l'Orient d’où les chiens soient exclus : tous les ans les gens de la police chassent ceux qui auraient pu s’y introduire.
Médine est gouvernée par un commandant militaire ayant le titre d’aga; l'autorité ecclésiastique et administrative est confiée à l’aga el haram, qui a à son service environ 80 soldats; le plus important personnage qui vient ensuite est le kahdi; enfin le sadat ou chef des chérifs y jouit d’une grande considération.
Fambo-el-Bakr es: le port de Médine. Les grandes frégates peuvent y mouiller, bien que l’entrée en soit difficile à cause des récifs de corail qui l’obstruent. La ville, qui renferme 5 à 6,000 âmes, est bâtie sur la côte septentrionale d’une baie profonde ; elle a deux murailles, dont l’une entoure le quartier central, et l'autre l’extérieur*; La plupart des maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée ; les seuls édifices publics sont trois ou quatre inosquées, la maison du gouverneur et quelques khans à demi-ruinés. Yambo répond parfaitement, pour la position astronomique, au Zambiavicus de Ptolémée. Les riches Yambouis ont des maisons de plaisance dans une fertile vallée appelée Fambo-el-Nakel, Kara-Yambo ou Fambo-el-Berr, située à 6 ou 7 lieucs, au milieu des montagnes. Elle est longue de 12 lieues, et renferme une douzaine de hameaux.
La route de Médine à la Mekke traverse la vallée d’El-Ssafra, près du village de ce nom, où s'arrêtent les caravanes. Ce village est peuplé de Bédouins de la tribu des Beni Salem ; la vallée est étroite et arrosée par un ruisseau qui la fertilise. Elle est célèbre dans tout l’Hedjaz par ses dattiers et par l’abondance des fruits qu’ils produisent. C’est dans les montagnes voisines, ct principalement dans celles appelées Djebel Subl que croît l’arbre qui fournit le baume-de la Mekke ; les Arabes le nomment beschem ; il s'élève à la hauteur de 3 à 5 mètres, et donne deux sortes de résine : l’une blanche et l’autre un peu jaunâtre. Il y a deux manières de recormaitre si cette substance est pure: la première est d’y tremper le doigt et de le mettre au feu ; si le baume brûle sans faire du mal ou sans laisser une marque sur le doigt, il est bon; la seconde consiste à en laisser tomber une goutte dans un vase plein d’eau ; s’ii se coagule et se précipite au fond, il est pur.
On regarde comme sacré tout le terrain de la ville de la Mekke. Cette ancienne capitale de l'Arabie porte chez les mahométans un nombre si considérable de noms qu’on a pu en faire un petit recueil en un volume;
1 Rüppell : Voyage dans la Nubie le Kourdofan et l’Arabic-Pétrée, —1829,
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elle était connue des Grecs sous le nom de Macoraba. La terminaison de ce nom exprime sa grandeur, qui néanmoins, dans ses temps les plus florissants, n’a point égalé le quart de Paris. Le sol n’est qu’un rocher stérile; l’eau même du puits sacré de Zemzem est amère et saumäâtre!. Les pâturages sont éloignés de la ville; les fruits y sont apportés des jardins de Tayef, situé dans un canton montagneux, où il gèle quelquefois même en tté?. Le courage des Koréischites, qui régnèrent à la Mekke, les rendit célèbres parmi les Arabes ; mais leur sol se refusait aux travaux de l’agriculture. Leur position, en revanche, était favorable aux entreprises commerciales par le port de Gedda ou Djeddah, qui n’était distant que de 40 milles. Ils pouvaient entretenir une correspondance aisée avec l’Abyssinie. Les trésors de l’Afrique étaient transportés à travers la péninsule jusqu'à El-Katif, dans la province de Hadjar. Embarqués sur des radeaux avec les perles du golfe Persique, ils arrivaient à l'embouchure de l'Euphrate. La Mekke est placée à une distance à peu près égale d’environ trente jours de marche de l’Yémen à droite, et de la Syrie à gauche. Les caravanes d'Arabie faisaient leur station d’hiver dans le premier de ces pays, et celles d’été dans l’autre. Le plaisir de les voir arriver consolait les navigateurs de l’Inde de l’ennuyeuse et pénible route de la mer Rouge. Les chameaux des Koréischites se chargeaient d’une précieuse cargaison de parfums dans les marchés de Sana et de Mérab, ou dans les ports d'Oman et d’Aden. On se procurait des provisions de blé et d'objets manufacturés dans les foires de Bostra et de Damas. -
Mais le commerce a changé de route, et la Mekke, dont la population n’était que de 18,000 âmes lorsqu’Ali-Bey la visita, et qui paraît avoir aujourd’hui plus de 30,000 habitants 5, ne subsiste plus que par l’affluence des pèlerins qui viennentoffrir un hommage de vénération à la sainte Xa'aba, temple principal des mahométans. On y remarque plusieurs quartiers abandonnés ou en ruines, depuis qu’elle fut prise par les Wahabys en 1804.
Dans les géographies ordinaires on vante la magnificence du temple de la Mekke, de ses cent portes et de son dôme doré; voyons ce qu'en dit Burekhardt qui, s’étant fait passer chez les Arabes pour un véritable musulman,
1 Aboulfeda, édit. Gagn., p. 29. Bakouï, Notices et extraits, II, 417. Bârthemal ap. Ramus., Navig., 1, 151 Niebuhr.
2 Aboulfeda, Gagn., p, 43. Edrisi, clim. IE, p. 5.
5 J. Burckhardt estime la population de la Mekke à 25 ou 30,000 âmes, en y com prenant les faubonrgs ; à quoi il faut ajouter, dit-il, 3 à 4,000 Abyssins et esclaves noirs. Mais la ville pourrait loger une population trois fois plus considérable. Elle
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a pu l’examiner dans le plus grand détail. La grande mosquée de la Mekke, appelée la Maison de Dieu (Beithou’illah)}, ou El-Haram, n’est remarquable que parce qu’elle renferme la Xa’aba. Elle est ornée en dehors de sept minarets inégalement distribués. On entre dans une cour longue de 250 pas et large de 200, entourée à l’est de quatre rangs de colonnes et de trois sur les autres côtés; ces colonnes sont unies par des arcades en ogives, d’où pendent des lampes, dont quelques-unes sont allumées le soir et toutes pendant la nuit du ramadhan. Au-dessus de cette colonnade s'élèvent de petites coupoles dont on porte le nombre à 152. Les colonnes ont 7 mètres de hauteur : les unes sont en marbre blanc, les autres en granit ou en porphyre, et la plupart sont en pierre. Les auteurs arabes ne sont pas d’accord sur la quantité de ces colonnes : les uns disent qu'il y en a 589, les autres 553; mais ces évaluations sont antérieures à l’année 1626 de notre ère, époque de la destruction d’une partie de cette mosquée par un torrent qui se forma pendant un terrible orage. Parmi les 450 à 500 colonnes de galeries qui ornent l’enceinte de la mosquée, Burckhardt dit qu’il n’en a pas vu deux dont les bases et les chapiteaux fussent exactement semblables ; quelques-unes portent des inscriptions arabes ou koufiques. En dedans du grand mur qui renferme les galeries, on lit les noms de Mahomet, Abou-Bekr, Omar, Othman et Ali; celui d’Acrau, en grandes lettres, se lit en plusieurs endroits. En dehors, au-dessus des portes, les noms de ceux qui les ont construites sont écrits en caractères solouth. On entre dans la mosquée par 47 portes distribuées irrégulièrement autour de son enceinte.
C'est à peu près au milieu de la cour que s’élève la Ka’aba, ou la maison sainte; elle est à 415 pas de la colonnade du nord et à 88 de celle du sud. Sept galeries assez larges pour que quatre ou cinq personnes y marchent de front conduisent des galeries à la Ka’aba. Celle-ci est placée sur une base haute de près d’un mètre et présentant une pente fortement inclinée. Son toit plat, la régularité de ses faces, lui donnent l’aspect d’un cube parfait. L’unique porte par laquelle on y entre est située du côté du nord: elle est entièrement revêtue d'argent, ornée de quelques dorures, et fut apportée de Constantinople en 1633. |
L'édifice doit son nom à sa forme carrée; il n’a que 8 mètres de largeur sur {1 de hauteur, et est entièrement couvert d’une grande tenture en soie noire sur laquelle est brodée en or la profession de foi des musulmans : Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophèle. L'usage de couvrir la kaaba existait avant Mahomet chez les Arabes idolàtres. Cette
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Sur le côté septentrional de la Ka’aba, tout près de la porte et contre le mur, il y a une fosse appelée £l-Maagen, revêtue en marbre et assez grande pour que trois personnes s’y asseyent. On regarde comme très-méritoire d'y faire sa prière, parce qu’elle passe pour être celle dans laquelle Abraham et son fils Ismaël gâchaient le mortier dont ils se servirent pour bâtir la Ka’aba,
Sur le côté occidental, à 75 centimètres au-dessous du sommet, est le fameux mizab ou la gouttière par laquelle coule Peau de pluie qui tombe du toit. Elle a 4 mètre 20 de long sur 15 centimètres de large, et passe pour être en or massif. Au-dessous du mizab, autour de la Ka’ aba, le pavé consiste en une jolie mosaïque en pierres colorées ; au centre se trouvent deux grandes dalles de beau vert antique, sous lesquelles les musulmans prétendent qu'Ismaël et sa mère Agar sont enterrés. Les pèlerins vont y faire une prière et s’y prosterner deux fois. Le reste du pavé autour de la Ka’aba est en marbre; il est entouré d’une balustrade en bronze doré, à laquelle sont suspendues sept lampes que l’on allume après le coucher du soleil. Le terrain sablonneux de la cour ct une partie du pavé extérieur de la Ka”aba sont couverts pendant la prière de tapis longs d’environ 20 mètres sur 4,20 de largeur,
! J. Burckhardt: Voyages en Arabie.
Vis-à-vis les quatre côtés de la Ka’aba s'élèvent quatre petits édifices où les imans des quatre rites musulmans se placent et dirigent la prière de leur communauté. Sous plusieurs parties de la colonnade de la cour de la mosquée, se tiennent des écoles publiques pour les enfants. L'intérieur ne consiste qu’en une seule pièce qui ne reçoit la lumière que par la porte, et dont le toit est supporté par deux colonnes. Le plafond et les parois, jusqu’à la hauteur de 4 mètre 75 centimètres au-dessus du plancher, sont garnis de tentures en soie rouge, richement ornées de broderies en argent, représentant des fleurs et des inscriptions. Au-dessous des tentures, les murs et le plancher sont revêtus de dalles en marbre de différentes couleurs. Un grand nombre de lampes d’or, ou peut-être dorées, sont suspendues entre les colonnes.
Avant Mahomet il y avait sur l'emplacement qu'occupe la Ka’aba un temple célèbre, rendez-vous religieux de toutes les tribus d’Arabie, qui, après avoir fait sept fois le tour de l'édifice sacré, baisaient avec respect la pierre noire. Des sacrifices de moutons et de chameaux étaient adressés aux 360 images placées dans le temple, et que Mahomet détruisit. Etaient-ce les génies des jours de l’année ? et le dieu Æobal, placé sur le sommet du temple, n’était-ce pas le soleil?
La porte de la Ka’aba ne s’ouvre que trois fois par an : une fois pour les hommes, une autre pour les femmes, et la troisième pour la nettoyer. Les pèlerins en font sept fois le tour en récitant des prières et en la baisant chaque fois. Les quatre premiers tours doivent être faits d’un pas accéléré, à limitation du prophète qui, pour démentir ses ennemis qui faisaient courir le bruit qu’il était dangereusement malade, se mit à courir quatre fois autour de la Ka’aba. Dans une partie de la grande mosquée se trouve le puits de Zemzem, dont l’eau laiteuse est bue par les pèlerins et employée aux ablutions. Cette eau est regardée comme un remède infaillible pour toutes les maladies. Le chef des gardiens du puits est un des premiers ulémas ‘le la Mekke. Il paraît que cette ville doit son antique origine à cette source. Les pèlerins vont aussi prier, au centre de la ville, sur la colline de Ssafa ; puis à 600 pas de là au Merouah, plate-forme en pierre, élevée de 2 à 3 mètres, à laquelle on monte par de larges degrés ; et hors de la ville, aux sources qui alimentent le puits de Zemzem ; enfin, à une lieue et demie de la Mekke, à la montagne de l’'Omrah, où Mahomet allait fréquemment faire sa prière du soir.
La Mekke porte chez les Arabes les titres les plus pompeux : les plus ordinaires sont Om el Kara (la mère des villes), el Moscherefé (la noble), et
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Balad el :Emïn (la patrie des fidèles). Elle est située dans une vallée étroite et sablonneuse, dirigée du nord au sud, et fermée par des collines de 70 à 150 mètres de hauteur. La ville est ouverte de toutes arts et n’est défendue que par une forteresse d'une construction grossière, dans laquelle réside le chérif et placée sur une colline appelée Djebel-Lwla. Les rues sont généralement régulières et sablées, et les maisons bâties en pierre. En un mot, elle peut passer pour unejolie ville. La seule place publique qu’elle renferme est la vaste cour de la grande mosquée. Elle n’est ombragée par aucune plantation ; mais à l’époque des pèlerinages elle est animée par l’affluence des étrangers et par une multitude de boutiques. Les mnurs extérieurs de la grande mosquée sont ceux des maisons et des autres bâtiments qui l’entourent de tous cètés. Le plus remarquable de ces bâtiments est le Mekham ou la maison de justice, bel édifice solidement construit, avec de hautes arcades dans l’intérieur. On fait voir dans la ville le Mouled-el-Nebi, lieu de naissance du prophète, dans le quartier qui porte le mème nom ; c’est une rotonde dont le sol est à 8 mètres au-dessous du niveau de la rue ; on y montre aux fidèles un petit enfoncement dans le pavé : c’est là, dit-on, qu'était assise la mère de Mahomet quand elle le mit au monde. La maison appelée Mouled-Sittna-Falmé est vénérée comme le lieu où naquit Fatmé, fille de Mahomet: on y montre une petite chambre dans laquelle l’ange Gabriel apportait à celui-ci les feuilles du Coran. Dans le grand cimetière du quartier appelé Ma’ala se trouve le ÆKaber-Silina-Khadidjé, ou le tombeau de Khadidjé, la femme du prophète. Avec ses faubourgs, la ville occupe une longueur de 3 à #,000 pas. Les rues sont remplies de mendiants, surtout à l’époque du pèlerinage ou kadÿ, car il n’y a que les pèlerins qui fassent l'aumône ;"la plupart des habitants s’en abstiennent. Malgré la sainteté du lieu, la-Mekke renferme un grand nombre de femmes publiques : elles habitent le quartier appelé Scha'b A’amér ; elles sont assujetties à un impôt particulier, comme dans beaucoup d’autres villes mahométanes, mais elles sont plus modestes que celles d'Egypte, et ne se montrent jamais sans voiles dans les rues : il y a parmi ces femmes beaucoup d'esclaves abyssines, dont on prétend que les anciens maitres partagent les profits. Le célèbre baume de la Mekke, objet de son principal commerce, y est apporté de l’intérieur de l'Arabie. On l'extrait de la plante appelée par Linné amyris balsamifera. Sa graine est employée par les Mekkaouis à faire avorter leurs esclaves,
Le nombre de pèlerins ou Æadji qui vont chaque année à la Mekke est très-considérable ; mais il le serait encore plus si tous les mahométans
riches et bien portants regardaient comme un devoir de s’y rendre. Il en est beaucoup parmi ceux-ci qui, pour un salaire bien moins coûteux que le voyage, y envoient à leur place quelque pauvre qui ne craint point la fatigue : ce métier d’ailleurs est assez lucratif. La plupart des mahométans contractent avec un de ces pèlerins de profession un marché par lequel celui-ci s'engage à faire le pèlerinage après la mort du riche. Il arrive aussi très-fréquemment que les héritiers d’un homme opulent, s'ils sont dé. vots, envoient à la Mekke en son nom un de ces pèlerins, qui au retour reçoit son salaire, sur Pattestation de quelque iman qu’il a rempli toutes les formalités voulues. Les pèlerinages de la Mekke forment six ou sept aravanes : celle de Damas ou de Syrie, la plus importante, conduite par un pacha à trois queues, celui de Damas même ; celle d'Egypte, commandée par un beyÿ qui, pendant tout le temps qu'il remplit ses fonctions, reçoit le titre d’£mir-Hadji; celle des Arabes de Barbarie, qui se joint à celle de Damas à quelques journées de marche de la Mekke; la quatrième, celle de Perse, vient de Bagdad, sous la conduite d’un chef nommé par le pacha de cette ville ; la cinquième vient du Lahsa ct du Nedjed ; enfin il en vient une du pays d’'Oman, et une autre de l’Yémen ; sans compter une foule de pèlerins qui partent de l’Inde, de Java, de Sumatra, et même de la Nubic et de la côte méridionale de l'Afrique. La caravane de Damas est de # à 5,000 personnes.
Autant la durée du pèlerinage offre un spectacle animé et imposant, autant sa fin présente un aspect lugubre et pénible. Aux fatigues supportées pendant un long voyage succèdent les tristes conséquences de la mauvaise nourriture et des logements insalubres que l’on est obligé de prendre dans une ville comme la Mekke, qui, à cette époque surtout, offre peu de ressources pour un accroissement de 60 à 70,000 àmes : ces causes, et quelquefois le manque absolu de vivres, remplissent la mosquée de cadavres et de mourants qui s’y font apporter afin d’être guéris par la vue de la Ka’aba.
Parmi les lieux que l’on visite hors de la ville, nous citerons le Debel .
Abou Koubeis, l’une des plus hautes montagnes qui environnent la Mekke, et celle qui, selon les Arabes, fut une des premières créées sur la terre. On peut, à l'exemple de Burckhardt, dire que tous les habitants de la Mekke sont des étrangers ou des fils d’étrangers, à l'exception de quelques Bédouins ou de leurs descendants qui se sont établis dans cette ville, où d’un petit nombre d'anciens Arabes appelés Schérifs ou descendants de Mahomet. A chaque pèlerinage, quelques-uns de ceux qui en font partie
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Chez les riches Mekkaouis, c’est une honte de vendre une esclave concubine. Si elle devient mère et que le maître n’ait pas plus de trois femmes légitimes, il l'épouse, sinon elle reste toute sa vie dans la maison. El y à des Mekkaouis qui ont plusieurs douzaines de concubines.
Depuis la conquête de l'Arabie par Mohamed-Ali, le khadi de la Mekke a recouvré l'autorité que lui avait enlevée la Porte ottomane ; il nomme aux offices de judicature de cette ville et de celles de Djiddah et de Taif, et ne les confie qu'à des Arabes. Les quatre mouftis des quatre sectes orthodoxes siégent au tribunal que préside le khadi. La Mekke est sous les ordres d'un gouverneur qui jouit du rang de prince, mais qui n’a ni le titre d’iman ni celui de calife.
Il ya aussi plusieurs petits États souverains dans les montagnes de l’'Hedjaz. Les Arabes qui y demeurent ne vivent pas sous des tentes comme ceux des plaines ; ils possèdent des villes et des villages murés; ils se défendent dans de petites citadelles situées sur des rochers et des montagnes escarpées. Parmi ces États se trouve le district de Æheiber qui est au nordest de Médine, et qui est habité, dit-on, par des juifs indépendants, soumis à leurs propres cheiks comme les autres Arabes. Les Tures les ont en horreur, et les accusent de piller leurs caravanes. 1 parait que les juifs de Kheiïber n’ont aucune liaison avec ceux qui demeurent dans les villes sur les confins de l'Arabie. Peut-être sont-ils karaîïles ; on sait que les juifs de cette secte sont plus odieux aux juifs pharisiens que ne le sont les mahométans et les chrétiens,
La ville de Tayef ou Taïf, surnommée le jardin de la Mekke, mérite d’être citée. Bâtie au milieu d’une plaine sablonneuse dont on peut faire le tour en quatre heures de marche, et qui est renfermée entre des montagnes peu élevées appelées Djebel-Ghazouan, elle est renommée dans toute l’Arabie par la beauté de ses jardins, situés aux pieds de ces montagnes, et plantés de rosiers, de vignes ct d’arbres fruitiers. Elle est assez belle et renferme deux petites mosquées. Les Wahabys la ruinèrent en 1802, mais elle a été presque entièrement réparée. Ses maisons sont généralement petites et bâties en pierre ; ses rues sont plus larges que dans la plupart des villes de j’Orient. El n°y a qu’une place publique où se tient le marché; elle est devant le château, édifice qui ne mérite ce nom que parce qu'il est plus grand que le reste des bâtiments de la ville. Ce château est situé sur un rocher élevé. Taif est entourée d’un mur et d’un fossé dont on peut faire le tour en 35 minutes pour peu qu’on marche vite. Sa population se compose principalement d’Arabes de la tribu de Thékif qui ont quitté la vie nomade pour s'y établie. Sur le sommet des montagnes voisines, le froid est assez rigoureux pour qu’il y gèle quelquefois. Suivant Burckhardt, d’après lequel nous venons de donner sa description, elle est à 48 grandes lieues de Dyeddah ou Djiddah, que M. Rüppel écrit Djetta. C’est le Bacléo-Regium de Ptolémée. Celle-ci est la résidence d’un pacha ou gouverneur dont le pouvoir s’étend sur tout l'Hedjaz ct qui relève directement de la cour de Constantinople. Le port de Souakim sur la côte africaine, dépend de son gouvernement. Située sur le bord de la mer Rouge, Dyeddah est le centre du commerce de cette partie de l'Arabie. Elle n’a cependant qu’un petit port et une rade entourée de récifs de coraux et de madrépores ; la côte est stérile et manque d'eau, mais la ville, entourée de faubourgs composés de cabanes en jones et en roseaux, est helle et riche; ses rues ne sont point pavées, mais elles sont grandes; ses maisons sont élevées de deux étages et construites en une pierre qui se forme journellement dans la mer par une agrégation de polypiers et de coquilles. Cette pierre se décomposant facilement par l'action continuelle d'un air humide, tel que celui qu’on respire sur cette côte, il n’est pas étonnant que Djiddah ne renferme aucun édifice de quelque ancienneté et de quelque importance : il y a cependant plusieurs mosquées don tdeux sont d'une dimension considérable. Cette ville peut avoir 10,000 habitanis, et quelquefois plus du double à l’époque des pêlerinages ou lorsque les marchands y affluent. |
Sur la côte de l'Hedjaz, entre Mohilah et Djeddah, lun des ports les plus fréquentés est celui de Vouchk; le château fort du même nom, à 4 lieues à