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M. Rüppel, en se rendant du golfe de Suez à celui d’Akabah, a signalé la vallée de Koubab, réservoir naturel des eaux pluviales de la contrée, petite vallée couverte de pâturages et de buissons. À Ras-el-Sat on est étonné de voir, entre les blocs de granit décomposé, un bassin naturel d’eau de pluie à 500 mètres au-dessus de la mer Rouge. Aux environs d’Akabah il suffit de creuser la terre pour avoir de bonne eau. L’Hedjaz avait été conquis par Méhémet-Ali, et réuni à la vice-royauté d'Égypte; mais à la suite du traité d'Alexandrie en 1842, cette province, ainsi que la Syrie et la Palestine, sont retombées au pouvoir du sultan de Constantinople. Aujourd’hui l'Hedjaz forme l’eyalet d’Habech (Arabie et Ethiopie), et se subdivise en deux livahs, ceux de Djedda et d’Femen.
A l’est de l’Hedjaz s'ouvrent les vastes déserts du Vedjed. Selon Niebuhr, ce grand pays s’étend depuis le désert de Syrie au nord jusqu’à l’Yémen au sud, et de l'Irac-Araby à l’est, à l’Hedjaz à l’ouest. De la sorte, il comprend principalement ce que les géographes européens ont désigné sous le nom d’Arabie-Déserte, division inconnue aux Arabes. La partie de cette province que l’on connait plus absolument sous le nom de Nedjed est montagneuse, couverte de villes et de villages, remplie de petites seigneuries; presque chaque petite ville est gouvernée par un cheik indépendant. Elle est trèsfertile en toutes sortes de fruits, et principalement en dattes. On y trouve peu de rivières, et même celle d’Affan, qui est marquée sur la carte de d'Anville, et qui descend des montagnes de Toueyk, n’est qu’un ouad ou torrent, qui n’a de l’eau qu'après les grandes pluies. Le Nedjed ou Vedjd, comme l’appellent la plupart des voyageurs modernes, est célèbre dans toute l'Arabie par ses beaux pâturages, qui nourrissent une excellente race de dromadaires : aussi les Arabes appellent-ils le Nedjed Om el Bel, c’est-àdire la mère des chameaux. On y élève des chevaux qui passent dans toute l'Arabie pour être du sang le plus pur.
Les pays qui divisent le Nedjed peuvent être généralement regardés comme autant d’oasis arrosées par des sources ou par des torrents. Cependant il arrive souvent que le Nedjed est en proie à la disette dans les années peu pluvieus:s. La plupart des montagnes de ce pays sont couvertes de forêts peuplées d’hyènes, de loups, de tigres, de cerfs, de gazelles, et même d'ânes et de vaches devenus sauvages. On trouve dans cette province beau-
coup d'anciens puits construits en pierre et dont l’origine, inconnue aux habitants, est attribuée par ceux-ci à une race primitive de géants, Il en est de même de nombreux restes d'anciens bâtiments d’une construction trèsmassive, mais complétement ruinés.
I y a dans le Nedjed un grand nombre de districts ; celui d’£El-Ared, qu’on appelle quelquefois Nedjed-el-Ared, confiné à l’est à l'Hajar ou Lahsa. On ytrouve le Hanifa, canton autrefois célèbre, plus connu aujourd’hui sous le nom de Daraïeh ou Dreyeh, ct appelé aussi Derayeh!. Sa capitale, qui porte le même nom, était la principale ville des Wahäbys avant sa destruction par Ibrahim-Pacha en 1819. Elle se composait de cinq quartiers séparés, entourés chacun d’une muraille garnie de bastions. On y comptait 28 mosquées, 30 collèges, 2,500 maisons, et 15 à 18,000 habitants. L'armée égyptienne s’en empara après un siége de sept mois, la ruina, et c'est aujourd’hui une vaste solitude. Les coteaux voisins produisent toutes sortes de fruits; on y élève d'excellents chevaux et d'innombrables troupeaux de moutons noirs.
Le village appelé £l-A’yeyneh a donné naissance au nouveau prophète Wahab, fondateur de la secte des Wahabys. £l-Manfoulah, ville de 2,000 familles, a vu détruire ses murailles par l’armée égyptienne. Anizeh ou Aneyzeh, ou encore A’neïzi, ville commerçante, située presque à égale distance de la mer Rouge et du golfe Persique, à éprouvé le même sort. C’était le lieu le plus considérable du pays appelé Æassèm : on y comptait près de 3,000 maisons. Ce pays renfermait plus de 26 petites villes ou villages bien peuplés; la principale est Bereïda, où réside le cheik.
Niebubr place le district de Æerjé dans la partie sud-ouest du Nedjed, et par conséquent sur les frontières de l’Yémen. Il paraît qu’on l’a trompé. Le Khardj ou Kherdjé est, selon les Arabes, le même canton qui comprend la ville d’Iémamah, renommée du temps de Mahomet, à cause de l’anti-prophète Moseilama; elle forme, avec les villes de Lahsa et fébrin, un triangle équilatéral, dont chaque côté est de trois journées de distance. El-Soulemyeh est la capitale du Khardj. Il paraît que c’est le même lieu que celui que les écrivains arabes nomment Salemia. Le mont El-Ared des géographes arabes paraît être un plateau de rochers calcaires, escarpé à l’ouest, incliné doucement à l’est, et étendu dans la direction du nord au sud. Ce sont les montes Marithi de Ptolémée.
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! Niebuhr, Descript., LE, p. 203. Burckhardt : Voyages en Arabie, tom. IE, p. 237, traduction de M. Eyriés.
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sans rivières, sans sources permanentes, sans la moindre élévation, sans
trace de ville ni de village, mais où cependant plusieurs arbustes épineux
et quelques plantes agréables à l’œil croissent avec vigueur. Cette plaine
s'appelle El-Hamad. C’est l'Al-Dahna d'Aboulfeda et de d'Anville. Elle
n'offre qu'un sol aride, couvert de sable mouvant; mais il s'y trouve quel-
ques oasis fertiles et de bons pâturages. C’est là qu’errent les Aneséh, les
Beni-Shaler, les Sseleb, et d'autres tribus nomades. Les Montefik occupent les deux rives de l'Euphrate, depuis Korna jusqu’à Arasje. Au sud de cette plaine les caravanes de Damas, en partant d’Esrak, à une journée et demie de Bostra, suivent pendant sepi journées une vallée, ou, si l’on veut, le lit d'une rivière sans eau, dans l'été du moins, nommée Ouady-Arab-es- Szyrhan. Cette route, dirigée au sud-est, les conduit au canton Zjof ou Dclof-es-Szyrhan. C'est V'Al-Giouf, que d’Anville a bien placé : on y voit une haute tour pyramidale. Les habitants vivent dans un état de guerre civile perpétuelle, H y a ici, dit-on, des chiens sauvages qu’on mange. On traverse ensuite un désert pierreux de deux journées de long, etun autre désert de sable de trois journées ; on y va à la chasse aux bœufs sauvages. Derrière ce désert s'élève le mont Chemmar ou DjebelChammur, couvert de forêts et de villages. Sa hauteur et son étendue semblent l’égaler au mont Liban. Cette montagne donne son nom à un pays dont l’une des prineipales villes était £l-Mostadjeddé. ci se termine la route du voyageur damasquin, auquel nous empruntons ces renseignements ; il n’entra pas même dans le canton &e Chemmar, qui est le mont Zametas de Ptolémée, et le Belad-Shemer de d’Anville, mais que ce géographe parait mettre trop à l'ouest, et peut-être un peu trop au sud. Notre. voyageur apprit que la ville de Derayeh, capitale des Wahabys, est éloignée du mont Chemmar de dix journées; elle doit être à la même distance des rivages du golfe Persique, selon l'estimation des Arabes; mais M. Reinaud, voyageur anglais, qui s’y est rendu en venant de Bassorah par mer, a d’abord fait sept journées d'EI- Katif à la ville d’Ascha, où il y a des chevaux d’une beauté singulière, mais qui n’ont que À mètre 35 c. de hauteur ?. De là il fit huit journées à travers les déserts avant d’arriver à Derayeh, qu’il appelle Drahia.
Au sud et sud-est, le Nedjed est séparé de P'Yémen et de l'Oman par le désert d’Ahkaf. jadis, selon la tradition, un paradis terrestre, habité par des géants impies, nommés les 4’adiles ; un déluge de sable fit périr ce peuple; cependant leur langue est encore parlée dans les îles Kurian et Murian,
1 Reinaud, lettre à Seetzen, dans Zach, Corresp., cah. sept. 1805,
Les villes qui subsistent encore dans le Nedjed font un commerce considérable, soit entre elles, soit avec des places voisines de l'Hedjaz, de l'Y6men et de Lahsa. C'est du Nedjed qu'est sortie la redoutable secte des Wahabites où Wahabys, dont la puissance fixa jusqu’en 1849 les yeux de l'Asie et de l'Europe. Voici un précis de ce qu’on a pu savoir jusqu'ici sur l'origine, les progrès et les revers de cette secte célèbre,
Une tradition répandue dans l'Arabie, et surtout dans l’Yémen, raconte qu’un pauvre pasteur, nommé Souleiman, vit en songe une flamme qui sortait de son corps ét se répandait au loin, dévorant tout sur son passage. Il consulta les devins sur le sens de cette vision, et ils lui répondirent qu’elle présageait la fondation d’une nouvelle puissance qui serait etablie par son ils. Ils ne se sont pas beaucoup trompés ; car si la prédiction ne s’est pas vérifiée dans la personne du fils de Souleiman, nommé Abd-El- Wahab, clic s’est réalisée dans le fils de celui-ci, le cheik #Mohamed-Ibn-Abdoul-Wahab, qui naquit à El-A’yeyneh en 4696. C’est lui qui est le véritable fondateur de la secte, que l’on a appelée Wahabys. I sut se prévaloir auprès de ses compatriotes de ce songe vrai ou faux. Il leur persuada qu’il descendait directement de Mahomet, dont il portait le nom. Ses dogmes sont peu nombreux. Il prescrit le culte d’un Dieu unique, éternel, tout-puissant, juste, miséricordieux, qui récompense et qui punit. Il apprend à regarder le Coran comme un livre écrit dans le ciel même par les anges. Il veut qu’on en suive les préceptes, mais il rejette toutes les traditions des musulmans. [regarde Moïse et Jésus-Christ comme des êtres privilégiés. Il consent à voir dans Mahomet un sage aimé de Dieu; mais il blâme les hommages qu’on lui rend. Il dit que Dieu, blessé de cette sorte de ulte, l’a envoyé sur la terre pour en détromper les hommes, et que tous ceux qui repousseront ses instructions méritent d’être exterminés. Il ordonne de prier cinq fois par jour; de jeüner pendant le mois de rhamadan ; de ne point faire usage de boissons spiritueuses; de ne point tolérer les femmes prostituées; de prohiber les jeux de hasard et la magie; de donner en aumônes la centième partie de son bien; d'empêcher l’usure; de faire au moins une fois le pèlerinage de le Mekke; de ne point fumer; de ne point se vêlir de soie: de ne point élever de dômes ni de mausolées, et de détruire ecux qu' °*'sient, par:c que ce luxe de monuments favorise lidolâtrie. Entin on voit que, relativement au mahométisme, le wahabysme est une véritable réformation, bien que dans
‘Histoire des Wahabys, par L. 4. Paris, 1810. Notice sur les Wahabys, par M.
Rousseau, ccusul général, à la suite de sa Description du pachalik de Bagdad, 1809, tüstoir: de Méhémet-Ali, par M. Hengin. Voyages en Arabie, par J, Burckhardt..
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