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ASIE. — ARABIE. 469 tout l'Orient on ait répandu le bruit que c'était une religion entièrement nouvelle, et que les Wahabys ne traitaient les Tures avec cruauté que parce que ceux-ci étaient musulmans.
D'abord il répandit sa doetrine en secret, et se fit quelques prosélytes. El fit un voyage en Syrie pour le mème objet. N'ayant pas réussi, il revint en Arabie au bout de trois ans d'absence. H y (mtplus heureux, et trouva un protecteur dans un chef arabe nommé Mohamed-[bd-Souhoud 01 Saoud, issu de la tribu de Negedis, comme l'aieul de Chetk-Mohamed. Cet Ibn Souhoud était un homme ardent et brave, qui, après s'etre rendu chel 4 sa tribu, en avait subjugué deux autres de l'Y, yen. et avait attiré dans sun parti tous les Arabes vagabonds de cette contrée. Avec eux il se vit en état le faire des excursions, et dans l’espace de quinæe ans il avait déjà beaucoup étendu ses conquêtes. Curieux de les étendre encore, il erut que le cheik Ibn-Abdoul-Wahab pourrait servir ses vues en inspirant plus d'ardeur et d'enthousiasme à ses Arabes. Il seconda donc la prore “ation d'une doctrine qui avait déjà fait quelques progrès parmi les siens; et le cheik de son côté se livra volontiers à celui dont il attendait le plus solide appui pour sa secte. Ses dogmes furent bientôt adoptés par tout le peuple. Le nouveau culte prit une forme régulière. Le fils d’Abd-El-Wahab fut déclar pontife suprême des Wahabytes. Ibn-Souhoud retint l'autorité temporelle sous le titre d'émir; et ce partage de puissance s’est conservé entre les descendants des deux chefs, qui choisirent pour leur capitale Derayeh, au sud-ouest de Bassorah, dans le désert.
« S'il fallait, dit Burckhardt, d’autres preuves pour constater que les « Wahabites sont des musulmans très-orthodoxes, leur catéchisme les « fournirait. Quand Ibn-Souhoud prit possession de la Mekke. il distribua « aux habitants des exemplaires de ce livre, et ordonna que les écoles « publiques l’apprissent par cœur. On n'y trouve que ce que le Turc le « plus orthodoxe doit admettre comme vérité. Souhoud avait l’idée absurde « que les habitants des villes étaient élevés dans une ignorance entière de « leur religion, c’est pourquoi il désira que ceux de la Mekke fussent « instruits de ses premiers principes. Cependant ce catéchisme ne con- « tenait que ce que les Mekkaouis savaient déjà ; et quand Souhoud re- « connut qu’ils avaient plus d'instruction que ses prosélytes, il s’abstint « de le répandre parmi eux !. »
Ibn-Souhoud s’occupa dès lors à réaliser ses projets d’agrandissement.
1 J. Burchkhardt : Voyages en Arabie, traduction de M. Eyriés, tom. IL, p. 260. — Paris, 1834,
I forma une armée bien disciplinée, dont le cheik augmentait l’enthousiasme par ses prédications. Souhoud mourut au milieu de ses projets ; mais son fils, Abd-el-Aziz, hérita de son courage et de son zéle. Quand il voulait réduire une tribu, il envoyait la sommer de croire au Koran tei qu'il l’expliquait, la menaçant de l’exterminer si elle s’y refusait. Prenaitelle en effet ce dernier parti, on passait tout au fil de épée, ne respectant que les femmes et les filles, et enlevant toutes les richesses des vaincus. Si au contraire la tribu consentait à se soumettre, Abd-el-Aziz lui nommi, ‘ un gouverneur, et se faisait donner la dime des troupeaux, de l’argent, des meubles, et même des hommes, que l’on tirait au sort. Il amassa ainsi de grands trésors en peu de temps, et se forme une armée nombreuse, que l’on estima au moins à 120,000 hommes. Les Arabes-Bédouins, cédant les uns après les autres, ont ployé sous une puissance qui embrassait tout le vaste désert compris entre la mer Rouge, le golfe Persique et les environs d'Alep et de Damas.
Ce fut vers la fin de l’année 1767 que les habitants du pays de Nedjed, qui avaient embrassé les principes répandus par le cheik Mohamed-Ibn- Abdoul-Wahab, reçurert des peuples voisins le nom de Wahabys. En 1791, le 44 juin, ce chef de secte mourut à l’âge de 95 ans, après avoir aplani à la famille de Souhoud le chemin qui la conduisit au trône. Îl avait épousé vingt femmes dont il eut dix-huit enfants. En 1803, le 44 octobre, Abd-el- Aziz, dans sa 82e année, fut assassiné par un fanatique que les Persans avaient gagné pour se venger de ce que deux ans auparavant ses troupes avaient pillé la ville de Kerbelé, et profané le tombeau d’un saint personnage. Son fils, l’intrépide Souhoud, lui succéda. Il soumit la plus grande partie de l'Arabie, et mourut à Derayeh au mois d'avril 1814, Sous son successeur Abdallah, les Wahabys étaient maitres de toute la contrée et s’étendaient jusqu'aux portes de Damas et de Bagdad, lorsqu’en 1818 le fils du pacha d'Egypte, Ibrahim-Pacha, à la tête d’une armée aguerrie, parvint, non pas à les soumettre, mais à les détruire, après avoir saccagé leurs principales villes, et avoir fait prisonnier leur chef Abdallah, qui fut décapité à Constantinople. Cependant comme le wahabysme est le mahométisme réformé, il a isté dans les cœurs arabes de profondes racines que la force ne pourra jamais extirper.
Les Wahabys ont les mahométans en horreur. On a vu plus haut qu’ils ont cependant retenu d'eux beaucoup de pratiques religieuses ; mais leurs mosquées n’ont ni décorations ni minarets. Ils ne professent aucun respect pour la mémoire des cheiks et des imams, et ils enterrent leurs morts sans
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aucune pompe. Ils vivent de pain d’orge, de dattes, de sauterelles, de poissons. Ils ne mangent que rarement du mouton et du riz. Le café leur est interdit, Leurs vêtements et leurs cabanes sont fort simples. La nation peut se partager en trois classes : les guerriers, les laboureurs et les artisans; car ils cultivent et travaillent à différents métiers. Leurs ouvrages en osier, en laine, en coton, en cuivre, en fer, ne le cèdent pas à ceux des autres Arabes.
Le pays qui s'étend à l’est de Derayeh, vers le golfe Persique, jusqu'aux limites de la province du Lahsa, à six journées de distance de Derayeh, porte le nom de Zedeïr. Pendant trois jours on n°y rencontre pas d’eau. En descendant du plateau de l'Arabie, nous arrivons dans le Æadjar ou Lahsa, appelé aussi £l-Ahsa, province qui borde à l’ouest le golfe Persique, mais qui est une des moins connues de l'Arabie. Les Wahabys y avaient fait un grand nombre de prosélytes. Lahsa où El-Ahsa, ville considérable sur la rivière d’Aftan, en est la ville principale, et donne son nom à toute la contrée. Cette ville fut bâtie dans le dixième siècle par les Karmates; ses murs sont flanqués de tours. La petite place maritime d’Akr, sur le golfe Persique, lui sert de port. Le territoire d'El-Ahsa est célèbre chez les Arabes par ses puits nombreux. Il renferme une vingtaine de villages.
El Katif, sur une baie dans laquelle s'élève l’île de Tarout, l'une des îles Bahreïn, paraît être l’ancienne Gerra, bâtie en picrte de sel. Les habitants de cette ville, au nombre de 5 à 6,000, subsistent principalement par la pêche des perles ; et lorsqu'ils ne sont pas assez riches pour pêcher à leurs propres frais, ils se louent pour ce travail à des marchands étrangers, On y trouve encore les ruines d'un ancien fort portugais. Une autre ville considérable est £l-Koueit ; les Persans l’appellent Grain, Ses habitants vivent aussi du produit de la pêche des perles et de celle des poissons, sur la côte de Bahréin. On assure qu’ils sont au nombre de 10,000. Toute cette côte est très-peuplée; elle abonde en dattiers, en riz et en coton; les lis et les troënes bordent les rivières ; mais les sables mouvants
y envahissent souvent des cantons entiers !.
Tarout, petite ville à Porient d'EI-Katif, possède d'excellents vignobles; ils sont quelquefois inondés par la haute marée; c’est là qu'il faut placer la regio macina de Strabon, où les vignes, cultivées dans des corbeilles de jone, étaient quelquefois entrainées par les flots de la mer, et ensuite remises dans leurs places à coups d’aviron?, Dans quelques villes de l'Hadjar
1 Hadgi-Khatfah, p. 1370. Nichuhr, Description de l'Arabie, H, p. 198,
? Abouljeda, Gagn., p. 13, Strab., AVI, 528, edit. Atreb.
il y a des manufactures de tissus de laine ; on y fait des abbas ou manteaux. El-Fouf ou El-Hofhouf, chef-lieu du pays de l’Hadjar ou du Lahsa, est un gros bourg dont on porte la population à 15,000 âmes, et qui est défendu par un fort. La ville de Ras-El-Khyma, située à 100 lieues au sud-est d’EI-Katif, est bâtie sur une presqu’ile sablonneuse que défendent plusieurs batteries. Son port est le meilleur de toute la côte. C'était autrefois un repaire de pirates redoutables appelés Djoasmis, dont les flottes furent détruites en 4809 par les Anglais.
On doit considérer comme une partie du Hadjar les îles Bahreïn dans le golfe Persique, tout près de la côte d’Arabie. Elles sont remarquables par la riche pêche de perles qui se fait dans leur voisinage aux mois de juin, juillet et août, pêche qui rapportait, dans le seizième siècle, la valeur de 50,000 ducats. Aujourd’hui son produit est estimé à 2,500,000 francs.
C’est le mollusque bivalve nommé avicule perlière (avicula margaritifera) qui fournit la substance appelée nacre, et ces sécrétions calcaires, connues sous le nom de perles, et si recherchées lorsqu’elles ont un vif éclat et une sphéricité parfaite. Ces mollusques forment, le long de la côte du pays de Bahréin, mais principalement autour des îles de ce nom, des bancs épais qui sont à 5 et 6 mètres au-dessous de la surface de l’eau, et qui s’étendent sur une longueur de plus de 25 lieues. Les perles des îles Babréin sont moins blanches que celles de Ceylan et du Japon, mais beaucoup plus grosses et plus régulières
Le nom de Bahréin signifie deux mers, et semble moderne; car Aboulfeda aussi bien que les Arabes du Lahsa, appellent la plus grande de ces îles Aoual, nom que d’Anville a mal à propos transporté à la presqu'île de Ser, située à environ 300 milles à l’est, Cette grande île appelée aussi Bahréïin, a 41 lieues de longueur sur #4 ou 5 de largeur, elle possède une ville fortifiée que l’on nomme Menaïna, qui a, dit-on, 5,000 habitants ; elle est entourée de plusieurs villages. Le sol de l’île est fertile et bien cultivé, il nourrit un grand nombre de bestiaux, et il aponde en dattiers, selon les modernes; les anciens l'ont mieux décrite sous le nom de Tylos; plane et peu boisée, elle produit des figuiers, des vignes, des palmiers, des cotonniers; un arbre à fleurs et à feuilles semblables au rosier, s'épanouit et se contracte avec la lumiere du jour; le tamarinier, arbrisseau dans nos climats, devient un grand arbre : les pluies ne sont pas favorables à la végétation ; c’est avec de l’eau salée que les habitants arrosent leurs vergers ; les côtes sont bordées de palétuviers. Tout cela serait-il changé? Parmi les autres îles Bahréin, il n’en est que trois qui méritent d’être citées : Arad est basse, sablon-
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Après un grand espace inconnu où l’on place une ville de Wascalat, nous trouvons Île pays d’Oman. Il est rempli de montagnes qui, presque partout, s’étendent jusqu'à la mer. Il abonde en grains et en fruits. La mer qui le baigne est si poissonneuse, qu’on y nourrit de poisson les vaches, les ânes et d’autres animaux, et qu’on s’en sert même pour fumer les champs. On exporte des dattes. Il y a des mines de cuivre et de plomb.
L'Imdmat d’Oman ou plutôt de Wascate, est l'État le plus puissant de celle partie de l'Arabie; l’imam réside à Boréka, près de Rostak. Sa domination s’étend sur toute la côte orientale d'Arabie, sur ie golfe persique, les iles Keischma et d’Ormuz, une grande partie des côtes des provinces persances de Farsistan et Kerman; enfin sur la côte orientale de l'Afrique, où il possède dans l’île de Zanzibar une résidence favorite. Cet état de formation nouvelle a une superficie de 430,000 kilomètres carrés, et une population d'environ 1,600,000 âmes,
L’iman de Mascate est à la fois le chef temporel et spirituel des habitants de ces contrées qui professent l’islamisme, et le premier commerçant de ses états : sa flotte se compose de 75 navires de toute grandeur ; quelquesuns ont j"<qu'à 64 canons. La France, les Etats-Unis, l'Angleterre entretiennent avec lui des relations diplomatiques, et son alliance ne peut qu'être utile à notre marine marchande dans ces mers dangereuses. Hascate où Maskat, capitale de cet imâmat, est la ville la plus considérable et la plus connue des Européens. C’est l'antique cité appelée Moscha portus. Elle est située à l'extrémité méridionale d’une baie d'environ 900 pas géométriques de long, sur #00 de large. A l’est comme à l’ouest ce golfe est bordé de rochers escarpés, dans l'enceinte desquels les plus grands vaisseaux sont à l’abri de tous les vents, Des deux côtés de ce beau port il y a plusieurs batteries et quelques petits forts. Partout où la ville n’est pas défendue par la nature, elle est enfermée par une muraille. Derrière cette muraille s'ouvre une assez grande plaine, terminée aussi par des rochers qui n’ont que trois issues étroites. Mascate était anciennement, comme aujourd'hui, f'entrepôt des marchandises d'Arabie, de Perse et des Indes. Sa population est estimée à 12,000 âmes par les anciens voyageurs, et à 60,000 parles modernes, On y trouve aujourd’hui les mœurs poles des villes européennes, grâce à la sage initiative et aux habiles réformes de l'imam Seyd-Said,
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Les habitants de l’Oman sont les meilleurs marins de l’Arabie, Ils ont de petits vaisseaux marchands appelés frankis, dont les voiles ne sont pas de nattes comme dans l’Yémen, mais de toiles comme en Europe. Ces navires sont très-larges à proportion de leur longueur, très-bas par devant, fort hauts par derrière ; ils ont ceci de particulier, que les planches n’en sont point clouées, mais liées et comme cousues ensemble. La plupart des soldats &e l’imam sont des esclaves cafres #
L’Oman, et par conséquent toute l'Arabie, se terminent à l’est par le cap Ras-al-Had, communément Rasalgate.
Au sud-est de l’'Oman se trouve l’état de Beladser, dont les habitants font le métier de corsaires, et dont l’une des principales villes est Ser, appelée aussi Séer, Omana ou Djulfar, résidence d’un cheik qui reconnait la souveraineté de l’imam de Mascate.
La côte méridionale se dirige d'abord au sud-sud-ouest jusqu’au cap Kanseli; elle court ensuite au sud-ouest vers le détroit de Bab-el-Mandeb, Elle est, dans la partie orientale, précédée par des bas-fonds et des récifs de corail; il y croit, selon Strabon, des arbres que la mer couvre à haute marée; ce sont probablement des palétuviers. On passe & : ‘ut le pays de Gad, dont l’une des bourgades sur la côte est Æarmin, peuplée de pêcheurs. A peu de distance de la côte s’étend l’île de Mazera ou Messirah, qui a environ 45 lieues de longueur, et qui est rarement visitée par les Européens. Vient ensuite la côte la plus montagneuse du pays de Chedeher ou Chedjer, où croît l’encens; ses ports sont Husec, sur le grand golte de ÆKourya Mourya, environné d’iles; Merbat ou Morebat, Dafar ou Dofar, résidence d’un cheik indépendant, et Æalhat ou Calajate, dont le port est très fréquenté. Derrière le pays de l’encens est le Mahrah, grand district montagneux, qui paraît être un vaste plateau où l’on parle un dialecte particulier.
Tous ces cantons pourraient être compris dans l'Hadramaout, en prenant ce nom dans le sens le plus large; mais l’Æadramaout propre est au sudouest et avoisine l’'Yémen. Doan y est une jolie ville , située dans une vallée profonde, et résidence d’un cheik irdépendant; elle est à environ 125 lieues de Sana, et à 50 lieues de Keschin ou Kesem. Cette dernière est sur la mer; elle manque d'eau, et n’a que celle d’un puits situé dans ses environs; les habitants sont très-polis envers les Européens et tous les étrangers; le cheik qui les gouverne possède un district considérable,
2 Nichuhr, Description de l'Arabie, I, p. 141-160,
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Makalla ou Macoula, avec un bon port, est la résidence d’un cheik qui prend le titre de sultan : le commerce de cette ville avec Moka se fait par des caravanes. À Térim, dans les montagnes, on fabrique des châles de soie; Chibam, que l'on dit plus importante que Térim, est la résidence d’un cheik indépendant, l’un des plus puissants de la région montagneuse où demeurent 'es Aabaïles.
L'Hadramaout, déjà célèbre du temps d’Auguste par la bravoure de ses habitants, offre en plusieurs endroits des contrées montagneuses très-fertiles, et des vallées bien arrosées par les eaux qui tombent des montagnes. Des différents port de ce pays on exporte, pour Mascate et pour les fndes, de lencens, de la gomme, de la myrrhe, du sang-dragon, de l’aloès; et pour l’Yémen, des toiles, des tapis, et beaucoup de ces grands couteaux nommés jambea, que les Arabes portent sur le devant à la ceinture.
Les habitants de PHadramaout, Arabes Sunnites, ou Sounnites, trèsattachés à leur croyance, sont en partie sédentaires et en partie nomades. Il serait difficile de nommer toutes les petites principautés qui divisent ce pays : chaque ville a son cheik, qui prétend à l'indépendance.
La plus belle province de l’Arabie demande notre attention. C'est l'Yémen, autrefois un royaume considérable, que l’on a prétendu être identique avec celui de Saba. Soumis par Mahomet, et ensuite par Saladin, Yémen dépendait des sultans mamelouks d'Egypte. Devenu libre par l’'affaiblissement des Mamelouks en 1517, il fut menacé d’une invasion ottomane ; mais en 4630 le sultan Amurat IV reconnut Scjid Khassen-ib- Mohammed pour roi d'Yémen, en se réservant toutefois une suzeraineté nominale. Depuis cette époque, ces rois ont perdu plusieurs provinces, surtout au nord et à l’est. L’Yémen est partagé en plusieurs états indépendants dont le plus important est l’imdmat de Sana qui reconnait nominalement la vassalité du grand seigneur, et lui paie un tribut annuel de 2,000 quintaux de café. Cet imämat, et quelquefois désigné sous le nom de royaume d'Fémen. Cependant l'Etat d'Yémen proprement dit peut avoir 2,500 lieues carrées, et contient peut-être 3,000,000 d'habitants. Le souverain est en méme temps chef de la secte des Zéidites, qui domine dans tout l'Yémen. Voilà pourquoi ce prince a d'abord pris le titre d’‘nam, titre qui, en Turquie, s'applique aux simples desscrvants des mosquées, mais qui, en Arabie eten Perse, parmi les adhérents des sectes Zéidite et Schiite, désigne un docteur, un successeur du grand prophète. Les modestes imams d’Yémen n’ont pas tardé de prendre sur leurs monnaies le titre plus imposant de prince des fidèles, émir al-moumenim ; on dit même que
les croyants de leur secte les traitent de califes. Le trône de l’Yémen est héréditaire. L’imam ou émir y est indépendant, et ne reconnaît, comme nous lavons dit, que nominalement l'autorité de sultan. Il a le droit de faire la paix et la guerre. Cependant le fier et brave Arabe ne supporte jamais le moindre abus de pouvoir; l’imam ne peut pas même ôter ja vie ni à un juif, ni à un païen, à moins que le prévenu n'ait été mis en jugement devant le tribunal souverain de Sana, composé de plusieurs cadis, dont l’émir n’est que le président. Si un émir parait tendre au despotisme. on le détrène. La dénomination de fakis semble embrasser toutes les personnes au-dessus du commun. On donne le nom de dolas aux gouverneurs des districts; et si ceux qui exercent ces fonctions sont d’une naissance distinguée, ils sont nommés oualis. Le magistrat d’une petite ville sans garuison est appelé cheïk; s'il exerce son autorité das un endroit plus important, il s’aitribue le titre d'émer. I y a encore des contrôleurs publics qui inspectent la conduite des gouverneurs.
Autrefois la force armée, en temps de paix, était entretenue sur le pied de 4,000 hommes d'infanterie, et de 4,000 de cavalerie. Les soldats, suivant l'usage de l'Orient, n’y ont point d’uniformes; ils ne connai. ent aucune espèce de tactique ; à peine savent-i!s inañier un fusil, L’Yémen n’a point ac marine; les vaisseaux, grossièrement construits, portent des voiles faites avec des nalles.
Les revenus annuels du prince montent, selon Niebuhr, à 480,000 écus de Danemark, environ 4,900,000 francs. Ce voyageur pense qu'ils proviennent surtout des droits d'exportation sur le café. Outre cette précicuse denrée, l’Yémen exporte l’aloès, la myrrne, dont la meilleure vient de lAbyssinie; l’oliban ou l'encens de qualité inférieure; le séné, Fivoire et l'or de PAbyssinie. Les importations d'Europe sont le fer, l'acier, des canons, du plomb, de l’étain, de la cochenille, des miroirs, des couteaux, des sabres, du verre laillé et des perles fausses. C’est dans des manufactures tenues par les juifs que se fabriquent les ouvrages d’or et d'argent, et jusqu’à la monnaie, ll se fait quelques mousquets dans le pays, mais ils sont d’une médiocre exécution. Il y a une verrerie à Mokha. On trouve aussi dans Yémen quelques fabriques de toiles, la plupart grossières. Les juifs, au nombre de 5,000 familles, exercent un commerce très-actif; mais la jalousie et la superstition se réunissent pour les persécuter.
Telest l’état du plus puissant royaume de l'Arabie. H se divise en un grand nombre de départements, et généralement en haut pays, nommé en arabe Djebel, et en bas pays ou Téhama. La princigele ville est Sana où Sanao,
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située au pied d’une montagne appelée Nikkom, sur laquelle on voit les ruines d’un vicux château, qui, suivant les Arabes, fut bäti par Sem.
En venant de Mokha on entre dans cette ville par le faubourg de Yaboud; ou Oser, et par la porte appelée Bab-Ka-el-Yaoudi (Porte de la Plaine des Juifs). Les rues de ce faubourg sont larges et propres. Sana est entourée de murailles qui, en y comprenant celles du faubourg de Bir-el-Azab, ont près de six milles de circonftrence. Elle est défendue par quelques canons en trèsmauvais état. Les maisons, construites en briques séchées au soleil, sont grandes et garnies de beaux carreaux de verre. Un joli pont de pierre traverse Ja principale rue, qui dans les saisons humides est arrosée par une rivière, Les rues sont en général étroites, bien qu’elles soient plus larges que celles des autres villes de l'Arabie. On compte à Sana une vingtaine de mosquées toutes magnifiques; plusieurs, notamment celles qui renferment les imans, ont leurs dômes dorés. Les bains sont aussi très-beaux. Les autres édifices remarquables sont des palais de riches particuliers. L’imam possède deux grands palais entourés de vastes jardins, le tout environné de murs et fortifié. Le premier et le plus considérable est appelé Bastan-el-Sultan (jardin du Sultan); Pautre, qui est le plus ancien, porte le nom Bastan-el- Metoua-Kkil (jardin de celui qui se confie en Dieu }, parce que parmi les litres que prend l’imam se trouve celui de Metoua-Kkil. Ces palais sont construits en pierres de taille, revêtues d’un ciment gris; les fenêtres et les corniches sont d’un blanc éclatant. La population est considérable : on l'évalue à 40,000 âmes. Les principaux artisans de Sana sont des juifs, qui vivent au nombre de 3,000 dans un quartier particulier dont nous avons parlé. Comme infidèles ils sont exposés à beaucoup d’exactions et à des insultes répétées. Chacun d’eux paie une piastre par an pour avoir la permission de demeurer dans la ville. Un cheik est spécialement chargé de la perception de cet impôt et de toutes les taxes pesantes dont on charge leurs vignes, leurs jardins et leurs autres propriétést.
Selon le récit très-obseur de Pline et de Strabon, Mareb ou Mariaba aurait été l’ancienne capitale de l'Yémen; d’Anville s'empresse même d’y reconnaître la fameuse ville de Saba, connue des Hébreux, et citée par Ptolémée, Agatharehide et quelques autres géographes grecs. Cette ville, entourée de murailles et contenant 300 maisons, est aujourd'hui l'endroit principal du pays de Djof, qui s’est rendu indépendant de limam de P'Yémen.
1 Voyage de Mokha à Sana en juillet et août 1836, par M. C. Cruttenden, oflicier de la marine de la compagnie des Indes.
Ce pays, appelé plus correctement Beled-el-Djol, s'étend au sud-est de Sana jusqu'à l’Hadramaout. Il consiste généralement en vastes plaines, quelques-unes sablonneuses et désertes, d’autres fertiles et arrosées de ruisseaux. Près de Mareb on exploite une grande quantité de sel gemme, Le Beled-el-Djol se divise en trois parties : à l’est le Beled-el- Bedaoui, habité par les Bédouins; au centre le Beled-el-Saladin, qui comprend la partie montagneuse occupée par des Arabes sédentaires, et à l’ouest le Peledel-Cheraf, gouverné par des descendants de Mahomet,
Dans une vallée d’environ 6 lieues de longueur près de Marcb, sont réunis 6 ou 7 ruisseaux. Quelques-uns sont poissonneux, et conservent de l’eau toute l’année. Les deux chaînes de montagnes s’approchent si près l'une de l’autre à l'est, que l’on peut franchir l'intervalle en 5 ou 6 minutes. On dit que cette ouverture fut fermée jadis par une épaisse muraille qui retenait l’eau superflue pendant et après les pluies, et qui servait à la distribuer dans les champs ct les jardins situés au pied de ces hauteurs. Cet ouvrage passait en Arabie pour une des merveilles du monde; les historiens arabes ont même fait de la rupture de cette digue, et des désastres qui la suivirent, le point de départ d’une époque historique sur laquelle les savants n’ont pu tomber d’accord.
Entre Taïf et Sana, la ville de Beïsché, sur un territoire fertile et riche en dattiers, est regardée par les Arabes comme la clef de l'Yémen. Elle est située dans une large vallée, longue de 8 à 40 lieues, où les ruisseaux, les puits et les jardins abondent. Les maisons de cette ville sont assez bien bâties et éparses dans tout l’Ouadi; le château, solidement construit, est entouré de murailles hautes et solides, et d’un fossé. À quatre ou cinq journées au sud-est de Beisché, demeurent en hiver les Arabes Douaser qui, en été, se transportent dans les fertiles pâturages du Nedjed. Près d’eux vivent les Beni Æëlb, Bédouins sur lesquels on débite dans l’Hedjaz plusieurs fables absurdes : ainsi ils passent pour aboyer comme des chiens, bien que leurs femmes parlent arabe. Cette idée est peut-être due à ce que le nom de Æëlb signifie chien ?.
Dans le Djebel ou haut pays, l’imam de Sana possède Damar, ville de 5,000 maisons, dans laquelle les Zéidites ont leur grande université, trequentée par 500 étudiants; Doran, autre ville, avec de grands magasins de blés taillés dans les rochers; Djobla, distinguée par ses rues pavées, ses 14,200 maisons, la plupart hautes et bien bâties, et ses fabriques de savon;
! Reiske, de Arabum epochà vetustissimà, etc. Lips., 1748. ? J. Burckhardt : Voyages en Arabie, tome I.
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Taas, ou Taës, qui s'enorgueillit de ses mosquées, et dépend aussi de l’imam de Sana. On monte à Aousma par des escaliers; on emploie une journée pour y grimper en venant de Téhama. A Mnakeh, toutes les maisons sont taillées dans le roc vif.
Le Djebel indépendant comprend de grands cantons, entre autres le Sahan, dont Saade ou Saadeh est le chef-lieu. On y trouve en abondance des fruits, des raisins et de plus quelques mines de fer exploitées. Les habitants de cette province communiquent peu avec les étrangers ; l’on croit que leur dialecte approche le plus de celui du Coran, livre dont cependant ils ne connaissent guère que le nom. Leur nourriture est de la viande, du miel, du lait, des légumes. Mariés plus tard que les autres Arabes, ils parviennent à un âge avancé, et conservent la vue jusqu’à la fin de leurs jours. Le brigandage leur donne de quoi exercer l’hospitalité. Le Nedjran ou Nedjerän, petit domaine, est situé dans une contrée agréable où il y a beaucoup d’eau. Il se trouve à l’est-nord-est, et à quatre ou cinq journées de Saadeh. Il est très-fertile en blé, en fruits, et surtout en dattes. La ville de Nedjerän doit son nom à son fondateur, Nedjerän-Ibn-Sadan.
Les Arabes appelfent le district de Nedjeran Ouadi Nedjerän. C’est une vallée ferule située entre des montagnes inaccessibles, où les défilés sont si étroits que deux chameaux ne peuvent y passer à la fois. Elle est habitée par les Beni Fam, ancienne tribu qui ne s’est jamais soumise aux Wahabys. Quand un homme de cette tribu entreprend un voyage, il envoie sa femme dans la maison d’un ami qui doit remplacer en tout le mari, et la lui rendre à son retour. Les tanneries du Nedjeran sont célèbres dans toute l'Arabie.
Les cheiks sans nombre du pays de Hachid-el-Bekil ou du pays de Æobail, forment une confédération très-redoutte de limam, et qui fournit des soldats à plusieurs Etats de l'Arabie. Ce pays est montagneux, et s’étend entre le Nedjed et l’Yémen. I se divise en plusieurs cantons, dont les principaux noms sont ceux de Beni-Ali, Beni-Cheiar, Deiban et Ghoula- Ibn-Kossein, dont les villes sont Deïfan, à 14 lieues au nord de Sana, Karres, Debin, à 25 lieues de la même ville, et Barad, où se tient un marché important, Chamir, fortifiée et considérable, est enclavée avec son canton dans le pays de Æobail.
Dans la plaine ou le Tékamah, territoire qui borde la mer Rouge sur une longueur d'environ 200 lieues, il v a de petits Etats qui ont bravé la puissance de lPimam.
A l'extrémité sud-ouest de la péninsule, est la ville d’Aden, très-ancien-
nement célèbre par son commerce et la bonté de son port sur locéan indien. Elle fut pendant plusieurs siècles avant la découverte du passage du cap de Bonne-Espérance, Pun des principaux entrepôts du commerce de l'Orient; déchue de sa splendeur, elle comptait à peine 1,000 habitants, lorsque dans ces derniers temps, elle a été cédée par limam de Sana à la Compagnie anglaise des Indes orientales qui après Pavoir fortifiée en à fait une station des bateaux à vapeur naviguant entre Bombey et Suez. Elle compte dit-on aujourd’hui près de 12,000 âmes : c’est la clef de la mer Rouge.
Mokha, dont le nom est béni de tous les amateurs de café, était jadis une des villes les plus célèbres de Arabie; elle n’a plus rien de sa splendeur passée. Son port est désert; son cornmerce est anéanti, et ce n'est plus que par habitude que l’on donne son nom au café que produit PYémen. Au commencement de 183#, les Bédouinsen ont fait la conquête, et ont vendu comme esclaves la plupart des habitants : aussi la ville estelle aujourd’hui presque déserte ; mais c’est à l’état de décadence où elle élait tombée qu’il faut attribuer ses derniers désastres. Plusieurs années avant ces événements, lord Valentia ne lui donnait que 5,000 habitan's.
Beit-el-Fakih, ville de 8,000 âmes, est aujourd’hui Pentrepôt réel de tout le café de P'Yémen : un fort en bon état placé au centre, la défend contre les excursions des Bédouins. Du reste elle n’est point entourée de murailles. Ses maisons vastes et bâties partie en briques et partie en terre, ont leurs toits couverts de branches dedattiers. Cette ville a pour port la petite ville maritime de Æodeïdah. Ele esi est bâtie en torchis, et n'a que ses édifices publics qui soieni bâtis en pierre.
Loheïa, le port le plus septentrional de Yémen, est peu sûr pour ls navires un peu forts. La mosquée, la douane, la demeure du gouverneur etles grands magasins à café, sont les principaux édifices de cette ville bâtie en bois et en torchis. Zebid est, de toutes les cités du Téhamabh, celle qui a le plus d'apparence. Elle est bâtie en briques; elle à une académie mahomélane où l’on instruit la jeunesse , et une population de 7 à 8,000 âmes, Son aspect est triste, à cause la couleur sombre des briques employées dans la construction des maisons et de Pétat de dégradation de beaucoup d’entre elles. Elle passe pour la plus ancienne ville de Féhamah. Suivant une tradition des Arabes, elle a été détruite trois fois par des inondations, à Pexception du Mesjid-el-Djami (la grande mosquée), bel édifice avec un minaret octogone en pierre, orné d’une sculpture à jour très-délicate, Le Souk où marché est très-bien construit et partagée en
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trois divisions : l’une pour les poissons, la seconde pour k: vande, et troisième vour les comestibles végétaux. Zebid est environnée de hautes murailles surmontées de nombreuses tours percées de meurtrières pour la mousqueterie ; mais à exception de quelques caronades de 24 rouillées et placées à la principale porte, elle est dépourvue d'artillerie.
A 6 ou 7 lieues de Mokha, sur la route de Sana, on trouve Mâchidj que Niebuhr nomme Mauchid, grand village de 8 à 900 habitants, célèbre par la quantité de jasmin qu’il produit, et dont les fleurs sont transportées journellement à la Mekke, où elles sont achetées avec empressement par les femmes pour orner leurs cheveux. Chaque buisson de jasmin entoure un puits d’eau douce et limpide, de sorte que ces bosquets forment une retraite délicieuse pendant la forte chaleur du jour. La mosquée de Mâchidj jouit d’une grande célébrité, comme ayant été un lieu de prédilection pour limar Ali, gendre de Mahomet : les Arabes croient qu’il y descend toutes les nuits sous une forme invisible pour y faire ses dévotions.
Le Téhamah renferme si peu de terrains fertiles; il y pleut si rarement, que ses habitants, à l’exception de ceux qui font le commerce, sont presque tous pauvres.
Parmi les nombreuses petites îles qui bordent la côte, celle de Kameran ou Kamaran, fertile et malsaine, conserve un bel aqueduc construit par les Portugais, et possède un assez bon port.
Nous avons étudié le pays; jetons un coup d’œil rapide sur ceux qui l’habitent,.
Les habitants de l’Arabie se partagent en deux classes : les Bédouins ou nomades, et les Arabes sédentaires. Les uns et les autres se divisent en un grand nombre de tribus. Le nom de Bédouin vient de Bedouy, qui signifie habitant de la plaine ou du désert : c’est dans le désert de Syrie qu’ils sout en plus grand nombre. Ils se distinguent en deux classes : celle qui, au printemps et en été, s'approche des cantons cultivés de la Syrie et les quitte l'hiver; et celle qui reste toute l’année dans le voisinage des terres en culture. Dans la première, dit Burckhardt, on compte les tribus des Â’nexé ; dans la seconde celles d’Akl-el-Schémal et Arab-el- Kebli. ,
Les A’nezé forment l’un des corps de Bédouins les plus puissants des déserts de l’Arabie. La plupart ont embrassé la doctrine des Wahabites. Ceux du nord se divisent en quatre branches principales : Aoulad-ali, El- Hesscnné, El-Raoualla et El-Bescher. Burckhardt pense que l’on peut
évaiuer la population de tous les A’nezés à environ 350,000 âmes. ITR 61
Les Arabes nommés AÂl-el-Schémal, c'est-à-dire nations du nord, campent en effet toute l’année, soit parmi les villages de la Syrie, soi dans le désert depuis Haourân jusqu’à Palmyre. Parmi leurs nombreuses tribus se trouvent les Mrcucl, les Hadédiéin, dont les femmes sont célèbres par la blancheur de leur peau; les Ssoleïb qui sont vêtus de peaux de gazelles; les Djebel-Haourdn, qui vivent dans les montagnes du pays d'Haourân; les Faddhal, dont le cheik prend le titre d’émir; et les Beni- Ssakher, hommes vigoureux, aux traits larges et à la barbe touffue,
Les Arabes appelés Arab-el-Kebli, ou nation du sud, comprennent les Haoueïtat, qui envoient tous les ans au Caire une caravane de plus de 4,000 chevaux; et les Schera’ra’t, qui ont peu de chevaux, mais qui sont tous bien armés.
Les mœurs ont plus ou moins dégénéré chez l’Arabe sédentaire, tandis que l’A’nezé a conservé les mêmes lois et les mêmes coutumes dés la plus haute antiquité. Celui-ci est nomade dans toute l'acception de ce mot. Il reste rarement plus de trois ou quatre jours dans le même endroit. Les camps varient pour le nombre de tentes : les plus petits en comprennent une dizaine, les plus grands en ont jusqu'à 800. Chague père de famille plante sa lance à côté de sa tente, et attache par devant son cheval ou sa jument. Ses chameaux restent aussi à Pextérieur, ainsi que ses moutons et ses chèvres, confiés jour et nuit à la garde d’un berger. La tente porte chez les Bédouins le nom de maison (beith). Faite en poil de chèvre, elle est divisée en deux parties; l’appartement des hommes à gauche de l'entrée, et celui des femmes à droite. Sa hauteur est d’environ 7 pieds, sa longueur de 25 à 30, et sa largeur de 40 au plus. L’A’nez le plus riche n’a qu’une tente, à moins qu’il n’en dresse une petite pour celle de ses femmes qu’il ne veut pas répudier, et qui ne vit pas en bonne intelligence avec l’autre ; quelquefois aussi il prend avec lui la famille de son fils ou celle de son frère défunt, et place alors une ou deux tentes à côté de la sienne.
L’habillement des Bédouins consiste, pour l’été, en une chemise de grosse toile de coton, par-dessus laquelle les riches mettent une longue robe de soie ou de cotonnade ; la plupart n’ont cependant qu’un long manteau de laine sur la chemise. Les cheiks en portent qui sont brodés en or et d’une grande valeur. Au lieu d'un bonnet rouge comme les Turcs, les Bédouins se coiffent d’un fefié, turban ou mouchoir, qu’ils roulent autour de leur tête, en laissant tomber un bout par derrière et deux autres sur les épaules, de manière à préserver leur visage de la pluie, du vent ou du soleil : autour
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du keflié, une corde en poil de chameau fait le tour de la tête en guise de turban, Leurs cheveux, qu'ils ne rasent jamais, tombent par derrière en longues tresses noires. En hiver ils mettent sur la chemise une pelisse faite de plusieurs peaux de moutons. Les femmes ont une large robe de cotonnade de couleur foncée, et sur la tête un mouchoir rouge pour les jeunes , et noir pour les vieilles. Elles portent des anneaux d'argent aux oreilles et au nez; dans quelques tribus elles se tatouent les joues, la poitrine et les bras. Elles se couvrent le visage avec un voiie de couleur foncée, qui est noué de manière à cacher le menton et la bouche, La plupart ont des bracelets, soit en verroterie, soit en argent, et quelques-unes mêmes des chaînes d’argent. En hiver comme en été, les hommes et les femmes sont nu-pieds.
La plupart des Bédouins sont armés d’une lance qu'ils jettent quelquefois à l'ennemi qu'ils poursuivent, lorsqu'ils n’en sont qu'à une petite distance, d’un sabre qu’ils ne quittent jamais, et d’un fusil à mèche. Le cavalier qui n’a pas de lance se sert d’une masse. Les fantassins ont quelquelois un bouclier rond de 50 centimètres de diamètre, fait en peau de bœuf sauvage et recouvert de lames de fer. La cotte de mailles est aussi en usage parmi eux; enfin ils se coiffent d’un bonnet de fer, rarement orné de plumes.
L'ignorance qui distingue les Bédouins est une conséquence naturelle de leur vie nomade et de leur amour pour le pillage et pour la guerre : il y a des tribus entières, telles que les Zbn-Dhouahi, où personne ne sait ni lire ni écrire. Cependant la poésie est très-estimée chez eux : leur talent naturel s'exerce à chanter le mérite d’un chef et les charmes d’une maitresse. L'objet de son amour n’est jamais un mystère pour un Bédouin; le nom de la jeune fille est connu de toute la tribu ; les rendez-vous et les rencontres clandestines sont les seuls secrets des amants.
Les Bédouins peuvent avoir plusieurs femmes ; cependant la plupart n’en ont qu’une; très-peu en ont deux, et il est infiniment rare qu’ils en aient quatre ; mais ils en changent fréquemment, et avec d’autant plus de facilité que le mari n’est pas obligé de dire pour quel motif il répudie sa femme; il lui suffit de la renvoyer à sa famille en lui donnant une chamelle. La loi accorde anssi à la femme la faculté de se séparer de son mari; si elle n’est pas heureuse avec lui, elle se réfugie chez ses parents, et époux ne peut la réclamer; mais il peut l'empêcher de se remaricer en refusant de prononcer la formule du divorce : ent ta’lek (tu es répudiée).
Les formalités du mariage sont très-simples : un Arabe qui recherche une
fille envoie dans la famille de celle-ci un ami qui la demande en son nom; le père consulte sa fille, et si celle-ci y consent, et si le père répond affirmativement, l'union est arrêtée : ce sont les fiançailles ; jamais il n’est question de dot, ce n’est pas l’usage chez les Bédouins. Cinq à six jours après, le futur porte à la tente du père de la fille un agneau qu’il égorge devant des témoins, et dès que le sang coule à terre, la cérémonie du mariage est accomplie; les amis des deux fam:lles ne songent plus qu’à se régaler et à se divertir. Peu de temps après le coucher du soleil, le nouvel époux se retire dans une tente dressée pour lui à une certaine distance du camp; la jeune fille court de la tente d’un ami à celle d’un autre, jusqu'à ce qu’enfin quelques femmes parviennent à la saisir et la conduisent en triomphe à la tente du mari.
Les Bédouins et tous les Arabes exercent envers les étrangers l’hospitalité la plus empressée ; un simple voyageur qui se rendrait chez un cheik considéré pourrait s’attendre à un très-bon accueil. On prétend que lorsqu’un cheik bédouin mange du pain avec les voyageurs, ils peuvent être assurés qu’il les protégera de son mieux. Quelquefois celui qui vient d’être dépouillé entre, sans le savoir, dans la tente du voleur, qui le plaint, en disant que Dieu est miséricordieux, et lui donne d’autres vêtements que les siens, que l’autre ne fait pas semblant d’apercevoir. Chez les Mérékedé, tribu qui habite les frontières de l’Yémen, l'hospitalité va même plus loin qu’on n’a droit de s’y attendre de la part d’un peuple de l'Orient. Il est d'usage d'offrir à l'étranger, pour passer la nuit avec lui, une femme de la famille, et ordinairement c’est celle de l’hôte, car ce n’est jamais une fille ?.
Les Arabes, et particulièrement les Bédouins, se regardent comme une nation libre, qui n’a d’autre maître que Dieu. Aussi le cheik le plus puissant n’a-t-il aucun pouvoir pour empêcher les querelles et arrêter l’anarchie qui les divise; il n’oserait même infliger la punition la plus légère à l’homme le plus pauvre de sa tribu sans encourir la vengeance mortelle de celui-ci et de ses parents. C’est donc une erreur de la part de quelques voyageurs de représenter ces cheiks ou émirs, ainsi qu’ils se qualifient eux-mêmes, comme des princes du désert. Leurs seules prérogatives consistent à conduire leur tribu à l'ennemi, à négocier les conditions de la paix ou de la guerre, à fixer le lieu où l’on doit camper, et à traiter les étrangers de distinction. Un cheik ne tire aucun revenu de sa tribu, et quelquefois même il est déposé par celle-ci et remplacé par un autre qui
1J. Burckhardt : Voyages en Arabie, tom. III.
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ASH", — ARABIE. 485
passe pour plus brave ou plus géné'eux. Cependant, autant qu’il est possible, on prend toujours le cheik dans la même famille.
Les Arabes sont de moyenne taille, maigres et comme desséchés par la chaleur. Ils ont le teint basané, les yeux et les cheveux noirs; légers à la course et excellents cavaliers, ils passent généralement pour braves, pour habiles à manier Parc et la lance, et très-bons tireurs depuis qu’ils sont familiarisés avec les armes à feu. La gravité, considérée chez tous les peuples orientaux comme la qualité distinctive d’un homme bien élevé, paraît moins naturelle aux Arabes qu'aux Turcs. Si le brigandage est le métier avoué des nomades ou Bédouins, l'art de tromper y supplée dans les villes commerçantes. A côté de ces vices, nés de l’absence d’un gouvernement régulier, subsiste encore l’ancienne hospitalité patriarcale. On trouve dans quelques villages du Téhamah des maisons publiques où ies voyageurs sont logés et nourris quelques jours sans payer. Quand les Arabes sont à table, ils invitent ceux qui surviennent à manger avec eux, qu’ils soient chrétiens ou mahométans, grands ou petits. Les Arabes le disputent aux Persans en politesse; ils baisent la main des personnes au-dessus d'eux, en signe de respect.
Les maisons, quoiqu’en pierre, sont bâties sans goût. Les appartements des hommes occupent la face de l’édifice; la jalousie a placé ceux des femmes par derrière. Nous avons vu plus haut que le pauvre Bédouin même partage sa tente en deux par un voile, derrière lequel les femmes se dérobent à tout œil indiscret.
L’Arabe est très-sobre. Les gens du peuple ne font qu’un repas de mauvais pain de doura, espèce de millet ; ils y joignent du lait de chameau, de l'huile, du beurre ou de la graisse ; Peau pure étanche la soif; la viande est peu en usage; celle du porc était défendue longtemps avant Mahomet. Pour le repas, on place de petites tables de 30 centimètres de haut sur un large tapis ou sur des nattes, où les personnes invitées s’asseyent. Les Orientaux aiment passionnément la pâtisserie. On sait que leur liqueur favorite est le café; ils le préparent en le brülant dans une poêle ouverte; ils le broyent ensuite dans un mortier de pierre on de bois. Cette méthode conserve au café un parfum qu’il perd lorsqu'on le réduit en poudre dans un moulin. Les habitants de l’Yémen prennent rarement cette boisson, qu’ils regardent comme très-échauffante; mais avec les cosses du café ils préparent une liqueur semblable au thé. Les Arabes de distinction se servent de porcelaine de la Chine. Quoique interdites par la loi, les liqueurs spiritueuses ne sont point inconnues en Arabie. Où fume quelquefois, ainsi
que nous l'avons fait remarquer à propos du peuple nommé Assassins, une plante qui ressemble au chanvre, et qui produit une sorte d'ivresse,
Les Arabes, comme les Turcs et les Persans, aiment les habits longs. On les voit aussi porter de larges culottes, avec une ceinture de cuir brodée, et sous laquelle brille un poignard ou dague. Tous les Arabes portent le manteau, qu’ils appellent habba; c’est un grand carré double, fendu au milieu, ayant une échancrure pour le cou ; avec deux ouvertures aux deux côtés pour y passer les bras. Le tissu de ces manteaux est de poil de ehevreau bien tordu avec celui de chameau; l’épreuve qu’on en fait avant de les acheter, c’est d’y verser un seau d’eau, dont quelquefois il ne s’échappe pas une seule goutte durant près d’un quart d'heure. Les Arabes se surchargent la tête d’un grand nombre de bonnets, qu’ils entourent encore d’une écharpe. Communémentils ne portent point de chaussure ; la plante de leurs pieds s’endurcit au point de braver les sables brülants. Dans les montagnes cependant ils les garantissent avec des peaux de moutons, Quelques-uns se rasent la tête; d’autres portent leurs cheveux.
Les femmes du peuple ont pour tout vêtement une large chemise et un pantalon. Dans l’Hedjaz, comme en Égypte, leurs yeux ne paraissent qu’à travers les mousselines qui enveloppent leurs têtes; mais dans l’Yémen elles portent de longs voiles. Une femme arabe, surprise sans vêtement par Niebubr, cacha avec les mains son visage, laissant à découvert le reste. La coquetterie arabe prodigue les anneaux, les bracelets, les colliers de perles fausses. Quelquefois les femmes ajoutent à leurs pendants d’oreilles un anneau au nez, comme dans l’Hindoustan. Avec le jus de l’henné elles se se teignent les ongles de rouge, et les pieds et les mains d’un brun jaune?; elles se noircissent les paupières avec de l’antimoine. L'usage de graver sur la peau des figures d’animaux, de fleurs ou d’étoiles, usage antérieur au siècle de Mahomet, a laissé quelques traces chez les femmes bédouines. Les modes changent peu dans l'Orient ; le costume d’Esther, de Sulamite ou d’autres personnages du Vieux-Testament, offre déjà le modèle de celui d'une dame arabe moderne.
La contrainte dans laquelle vivent les femmes arabes n’exclut pas les intrigues amoureuses; mais les périls, les combats, la mort, entourent les pas du jeune audacieux qui cherche à s’introduire dans le sanctuaire du harem. La vie pastorale des Bédouins procure aux deux sexes un peu plus de facilité de se voir ; aussi le désert est-il le théâtre de ces vives passions
? Niebuhr, Descript. de l'Arabie, 1, passim.
+ Voyez sur la henné la note de Langlés, Collection portat. des Voyages, I, 127,
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que les romans arabes nous peignent. Unetaille élancée, semblable au jonc flexible ou aux longues lances d’Yémen, des hanches d’un volume immense et qui peuvent à peine passer par la porte de la tente, deux pommes de grenade sur un sein d’albâtre, des yeux vifs et languissants comme ceux de la gazelle, des sourcils bien arqués, une chevelure bouelée et noire qui flotte sur un cou long comme celui des chameaux : voilà, selon les poûtes du pays, le portrait d’une beauté arabe. Les femmes du peuple, dans les plaines maritimes, ont le teint d’un jaune foncé; mais dans les montagnes on rencontre même des paysannes qui ont des traits, une taille et un teint que ne désavoueraient ni la Grèce ni l'Italie.
La langue arabe ancienne semble se rapprocher de l’hébreu. Avant Mahomet, il y avait deux dialectes principaux, celui des Zamiariles où Homérites, qui régnait dans l’Yémen ; et celui des Æoréischiles, qui était répandu aux environs de la Mekke; ce dernier, le moins pur et le moins agréable, triompha, grâce au Coran et aux victoires de Mahomet. Cette langue est enseignée dans les éeoles d’après des règles invariables ; c’est la seule qui serve aux lectures publiques faites dans les temples. La langue savante d'aujourd'hui, employée dans les discours solennels et parmi les gens instruits, n’en diffère pas quant à l’essence des mots et des constructions; mais cette conformité ne s’étend pas à l’arabe vulgaire, qui, comme toutes les langues très-répandues, a éprouvé des mélanges et des altérations ?. Non-seulement on parle tout autrement dans les montagnes de l’Yémen que dans le Téhémah, mais les gens distingués ont une prononciation difficile, et d’autres mots que les paysans, pour exprimer différentes choses; et tous ces dialectes n’ont qu’un faible rapport avec celui des Bédouins, La différence est encore plus grande dans les provinces éloignées. C’est à la fusion de tant de dialectes que la langue arabe doit sa richesse en mots. On lit dans les livres qui en traitent, qu’elle n’a pas moins de 1,000 noms pour exprimer chameau, et de 500 pour exprimer lion. La prononciation des Arabes du sud et de lest paraît plus facile à un gosier européen que celle des Arabes d'Égypte et de Syrie. Les conquêtes des Arabes ont répandu leur langue au sud de la Méditerranée, depuis l'Égypte jusqu’au détroit de Gibraltar, et le long de l’océan Indien, du côté de l’ile de Madagascar.
Il paraît que très-anciennement les caractères en forme de clous, appelés
! Aryda, archiprètre à Tripoli en Syrie, Mémoire contre Niebubr, en arabe ; voyez Zahn, Chrestomathie arabe, p. 222 ( Vienne, 1809). # Nicbuhr, Description del’Arabie. L, 118 sgg.
persépolitains, étaient en usage en Arabie. Ces caractères furent remplacés par les caractères hamiariques, ainsi appelés d’une dynastie de ce nom; et ceux-ci cédèrent la place aux koufiques.
Quoique les sciences en Arabie se réduisent à quelques grossières notions de médecine et à des rêves d’astrologie, on ne peut pas méconnaître chez les Arabes ce génie ardent qui a répandu dans le Coran tant de tournures poétiques. La morale et la poésie sont encore les objets favoris de leurs études. Le pays de Djof, dans l’Yémen, produit beaucoup d’improvisateurs.
Chez les Bédouins mêmes il existe un grand nombre de poëtes qui se distinguent par leurs hymnes et leurs chants héroïques. Habitués dès l’enfance à entendre ces chants, presque tous les Bédouins font leurs récits en prose rimée, tant la langue arabe est riche en rimes. Leurs contes sont pleins de charme et de naïveté : ils se transmettent de bouche en bouche, et rarement par écrit. Aprés avoir brillé dans toutes les sciences, après avoir possédé, à l’époque où l’Occident était plongé dans les ténèbres de la barbarie, des astronomes, des mathématiciens, des historiens, des géographes, des médecins et des philosophes qui s’étaient instruits en lisant les écrits d’Aristote et de Platon, les Arabes ne possèdent plus qu’une instruction grossière : ces connaissances ont presque entièrement été oubliées chez eux : leur astronomie n’est plus que de l'astrologie; les mathématiques se réduisent aux règles d’un arpentage grossier; leur histoire n’est plus qu’un tissu de fictions ; leur géographie se réduit à ce qu’en ont laissé leurs anciens auteurs; leur médecine n’est plus qu’une sorte d’empirisme, et leur philosophie qu’un tissu d’argumentations sur le Coran.
L'éducation, quoique déchue en Arabie, n’est point entièrement négligée; beaucoup de personnes, parmi les Arabes sédentaires, savent lire et écrire. Ceux d’un plus haut rang tiennent des instituteurs chez eux pour instruire leurs enfants et leurs jeunes esclaves. Communément une école est attachée à chaque mosquée; de pieuses fondations assurent l'entretien du maître et des enfants pauvres. Les grandes villes possèdent beaucoup d’autres écoles où la classe mitoyenne du peuple peut envoyer ses enfants. Ils y apprennent à lire, à écrire, à compter. Les filles sont instruites séparément par des femmes. Dans quelques villes principales il y a des collèges pour l'astronomie, l’astrologie, la philosophie, la médecine. Le royaume d’Yémen a deux universités ou académies célébres : l’une à Zébid pour les Sunnites, et autre à Damar pour les Zéidites. L'interprétation du Coran, avec l’histoire de Mahomet et des premiers califes, forment les branches d’études les plus suivies.
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L'homme extraordinaire qui a fondé la religion mahométane eut à combattre l’idolâtrie des anciens Arabes. Il paraît qu’anciennement les sacrifices humains étaient en usage parmi eux, comme chez leurs frères les Syriens et les Carthaginois. Le sabéisme, ou le culte des astres, leur fut commun avec les peuples de la Syrie et de la Chaidée. La religion chrétienne y eut quelques prosélytes avant Mahomet. Les Juifs y vivaient en tribus nombreuses. Le prophète arabe eut de la peine à les subjuguer. Son Eglise, comme toutes les autres, s’est partagée d'opinion. Outre la secte des Sunnites, il s’en est formé une autre fort considérable; ceux qui la suivent se nomment les Zéidites. Ils paraissent d’accord avec les premiers sur les principaux points de doctrine, mais ils observent avec peu de rigueur les pratiques religieuses. Vers le milieu du siècle dernier, un cheik d’Yémen, appelé Mékrami, établit une secte nouvelle parmi les mahométans. Ce fut vers le même temps que naquit dans le centre du Nedjed la nouvelle religion des Wahabys, dont nous avons décrit plus haut l’origine et les rapides progrès. Les Schüles, ou la secte d’Ali, dominent le long du golfe Persique. L’Oman a vu naître une autre secte, plutôt politique que religieuse; ses adhérents s’appellent Bejas, cet n’accordent aux descendants de Mahomet aucune de ces grandes prérogatives qu’ils exercent, surtout dans l’Hedjaz.
Nous avons déjà donné quelques idées de Pétat des arts et du commerce dans l'Yémen et dans l’Oman : ajoutons ici quelques remarques générales. Les arts sont négligés en Arabie. Il n’y a aucune imprimerie dans ce pays. L’obstacle principal vient de ce que les lettres arabes modernes, liées ensemble, et souvent piacées l’une sur l’autre et entrelacées, sont plus belles lorsqu'elles sont ; ‘oprement écrites que lorsqu'elles sont imprimées. Les rélés Sunnites ne: uvant souffrir les figures, on ne trouve parmi les Arabes ni peintres ni sculpteurs; cependant ils exécutent très-bien leurs inscriptions en relief. On travaille bien l’or et l'argent dans Yémen; néanmoins, la plus grande partie des ouvrages d’orfévrerie se font par les juifs et les Banians ; la monnaie même est fabriquée à Sana par les premiers. L'art de l'horlogerie n’est ni avancé ni considéré. Celui de la musique est tout aussi négligé, du moins n’y entend-on que des tambours et des chalumeaux. Tous les ouvriers travaillent assis. [Il y a plusieurs sortes d’ouvrages pour lesquels les Arabes se servent aussi adroitement de leurs orteils que nous de nos doigts. On ne trouve en Arabie ni moulins à vent ni moulins à eau ; mais comme Niebuhr a vu dans le Téhamah un pressoir à huile tourné par un bœuf, ce voyageur présume que les Arabes ont des moulins à grains du
même genre.