MP LISE
Les révolutions politiques auxquelles les différentes provinces de la monarchie persane ont toujours été en proie, ont constamment fini par les réunir sous un seul sccptre. A l'aurore de l’histoire nous y voyons plusieurs nations indépendantes ; les Perses au midi, les Ariens à l’est, res Mèdes au centre; diverses hordes barbares, telles que les Hyrcaniens, les Parthes, les Cadusiens, au nord, Il est très-douteux que les antiques empires de Ninive et de Babylone aient jamais compris la Perse ancienne, c’est-à-dire le Farsistan actuel, avec le Kerman et le Laristan, L'histoire n'ose ni garantir ni rejeter les merveilleuses expéditions de Sémiramis; mais il est certain que toute invasion momentanée figure comme une conquête dans le chaos de l’histoire primitive, Les Mèdes subjuguèrent réellement les Perses. Ce peuple parait avoir fait ses premières ares contre les Scythes d'Asie, dans le Touran ou la Tatarie actuelle, et contre les Indiens. Cinq siècles et demi avant Jésus-Christ, Cyrus délivra sa nation et la rendit maitresse de toute l'Asie occidentale. Mais à l'entrée de PEurope, une petite nation arrête les innombrables essaims de l'Asie; Lientôt réunis sous Alexandre, les Grecs renversent le faible colosse de la puissance persane; la discorde des vainqueurs fait naître une foule de royaumes; la tribu guerrière des Parthes (vers l’an 248 avant J.-C.) s'empare des provinces qui forment la Perse moderne. Pouriant les Grecs se maintiennent dans la Bactriane; leur roi, Démétrius, soumet et civilise l'Hindoustan; Eucratides Le règne sur mille cités; mais les Seythes, ou plutôt des nations nouvelles qui avaient remplacé les Seythes, réunis aux Parthes, renversent le trône de la Bactriane. Les Parthes, sous leurs rois de la dynastie Aschkanienne, les &psacides des auteurs grecs, balancèrent la puissance des Romains. Vers lan 220 de 3.-C., un particulier mommé Ardchour, persan, selemtes Grecs, enleva le pouvoir aux Parthes, et fonda Ja dynastie des Sassamdes, mais les Orientaux ne distinguent point les Persans modernes des Parthes; et le premier momarque persan, Artaxerxès ou Ardchour, est, selon eux, un prince du samg royal des Parthes. Quoi qu’il en soit de ce point obscur, l'empire persam, après avoir batlé contre celui de Constantinople, après avoir jeté un ærand éclat sous le règne du sage Nouschirvan ou Khosrou Ier, plus connu sous le nom de Chosroës le Grand, subit le joug des Arabes et du mahométisme, vers l'an du Christ 636 ou 642, par la défaite d’Isdegerte à la bataille de Néhavend.
Deux siècles après, le royaume de Perse se trouva rétabli dans le Khorassan, et après plusieurs révolutions, il reprit sa première extension. En l'an 93%, la maison de Bouiah parvint au trône; elle résidait à Schiraz, il, C:
C’est à cette maison qu’appartient le célèbre Mahmoud, troisième ou quatrième prince de la dynastie des Ghaznevides, mais que l’on peut regarder comme en étant le fondateur, qui fit de la Perse un grand empire que conquit Togroul-beg, fondateur de la dynastie turque des Seldjoukides. La Perse enveloppée dans les conquêtes de Djenghiz-Khan et de Tamerlan, respire sous la dynastie des Sophis, qui monte au trône en 1506. Schah- Abbas, surnommé le Grand, prend les rênes de l'empire en 1585, et gou verne près d’un demi-siècie avec éclat, quoique d’une manière tyrannique. Les Afghans conquirent la Perse en 1722. Cet événement fut suivi, en 1735, de l’extinction de la maison des Sophis, et de l'élévation au trône impérial de Nadir, surnommé Thamas-Khouli-Khan. Ce chef féroce, mais habile et heureux, était né dans le Khorassan. Le 20 juin 1747, il fut tué après un règne de onze ans, qu’illustra surtout la rapide conquête de l’Hindoustan.
lci nous voyons commencer une période absolument nouvelle, et qui intéresse de plus près la géographie moderne. La faiblesse des successeurs de ladir-Schah, et Paffreuse guerre qui en sanglantait la Perse occidentale, permirent aux Afghans de consolider un nouvel empire, dont Candahar devint la capitale, et qui embrassait toute la Perse orientale. Le Khorassan oriental, le Ségistan, l’Arokasche, le Candahar, sont les principales provinces des Afghans en Perse; ils possèdent dans l’Ende le Koutar, le Kaboul et le Cachemire; ils ont envahi une partie de le Boukharic.
Les plus sûrs matériaux concernant ce royaume de Candahar ou des Afghans, semblent être ceux qu'a recueillis le major Rennell. Il en résulte qu’Ahmed-Schah-Abdallah, premier roi de Candahar, était originairement chef d’une tribu d’Afghans, que Nadir-Schah réduisit sous son obéissance, A la mort de celui-ci, Ahmed reparut soudain au milieu de ses anciens sujets. Il s’empara des provinces de PInde cédées par le Mogol à Nadir-Schah, Ahmed choisit Kaboul pour capitale, parce que cette ville lui paraissait le le plus à l'abri d’une attaque des Persans occidentaux. Ahmed mourut vers 1773. Timour, son successeur, continua de résider à Kaboul. Timour laissa le trône à Zemaoun, qui régnait encore au commencement du dixneuvième siècle. Après la grande bataille de Panniput contre les Mahrattes, donnée par Ahmed-Abdallah, en 1761, le royaume de Candahar parail avoir conservé ses premières limites.
Quant à la partie occidentale de la Perse, elle jouit de quelque repos sous le gouvernement de Keryim-Khan, qui néanmoins ne prit point le titre de Schah, se contentant de celui de vékil on régent. Ce bon prince avait servi
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sous Nadir, dont il avait été le favori. À la mort du tyran il était à Schiraz. Ils’empara du gouvernement, et fut soutenu oar les habitants de cette ville, charmés de sa bienfaisance et rassurés par sa justice. Pour reconnaitre cet attachement, Kerym embellit leur ville de beaux palais, de mosquées et de jardins magnifiques. Il répara les grandes routes et rebâtit les caravansérails. Son règne ne fut souillé d'aucun acte sanguinaire. On loue sa charité envers les pauvres, et les efforts qu’il fit pour rétablir le commerce. Il paraît qu’il mourut vers 1779, après un règne de seize ans.
Une nouvelle période de malheurs etde confusion suivit la mort de Kerym. Ses frères cherchèrent à s’emparer du pouvoir à l’exelusion de ses fils. Un prince du sang, Ali-Mourad, resta, en 178%, paisible possesseur du trône de Perse. Cependant, après la mort de Kerym, un eunuque, appelé Aga- Mehemed-Khan, s'était emparé du Mazanderan, où il se rendit indépendant. En marchant contre lui, Ali-Mourad fit une chute de cheval, dont ii mourut sur-le-champ. Son fils Djaafar prit le sceptre; mais il fut défait par Aga- Mehemed à Yezd-Khast, et il se retira à Schiraz.
En 1792, Aga-Mehemed attaqua cette ville, où Djaafar périt dans une insurrection, Le vainqueur brise letombeau de Kerym et insulte à ses cendres. La valeur héroïque de Louthf-Ali, fils de Djaafar, balance en vain dans plusieurs combats désespérés la fortune de l’eunuque, qui enfin reste maitre de toute la Perse occidentale, Il nomma pour son successeur son neveu Baba-Khan, qui, depuis 1796, régna paisiblement sous le nom de Feth-Ali-Schah. Feth-Ali üt plusieurs guerres aux Russes ; et pour micux défendre contre eux les provinces septentrionales, il établit sa résidence à Tahiran ou ‘Téhéran; les provinces qui obéissaient à son sceptre étaient, en 1810, l'Érivan, l'Azerbaïdjan, le Ghilan, le Mazanderan, le Khorassan occidental, l’rak-Adjemi, le Kourdistan persan, le Farsistan et le Kerman ; les cheiks arabes sur le golle Persique lui payaient tribut, et le vely ou prince de Mekran lui envoyait des présents respectueux. A la mort de Feth-Ali, son successeur, Mohamed-Schah trouva un rival; des batailles furent livrées; enfin il resta seul maître de la couronne qu’il a transmise dans ces derniers temps à l’un de ses fils, Celui-ci en appelant à sa cour des officiers français et anglais, cherche à introduire dans ses états d’utiles et sages réformes,
Avant le règne de Feth-Ali, on avait pris en Perse l'habiture de ne plus couronner les souverains, mais seulement de proclamer tous les matins : Un tel khan règne aujourd'hui; mais ce prince porta toujours avec dignité le titre de Schañ ou roi; ferme et sévère, il délivra le peuple et le
gouvernement de l'autorité arbitraire et des exactions de nombreux Kkhans. Ce titre, établi par les Tatars, répond à ce que les Persans désignaient par celui de merza, donné aujourd’hui à tous les gentilshommes. Ces khans sont quelquefois gouverneurs de provinces, quelquefois seulement propriétaires de petits districts, et prétendent à une succession htridilaire, quoique assujettis à la confiscation et à la peine de mort d’après un ordre arbitraire du souverain. Les grands khans sont quelquefois appelés beglerbegs, et en temps de guerre serdars ou généraux. Ceux qui commandent les villes sont communément désignés sous le nom de daroghas ou gouverneurs.
La Perse peut, malgré la perte de l'Arménie ou du Khanat d’Erivan, cédé en 1828 aux Russes, mettre sur pied plus de 100,000 hommes et le noinbre de ses habitants, après tant de guerres et de revers, monte probablement encore à 9 ou 10,000,000.
Passons à la description du pays, pour l'intelligence de laquelle cet ample préambule était indispensable. La Perse occidentale avoisine au nord la mer Caspienne et la Géorgie, l’une et l’autre dominées aujourd’hui par les Russes. Les frontières vers la Turquie n’ont pas été changées depuis qu’Ali-Mourad rendit aux Tures la ville de Bassorah. Le golfe Persique, déjà décrit avec l'Arabie, baigne les côtes méridionales de ce pays; mais les Persans, situés entre deux mers, ont de tout temps négligé la marine. La Perse orientale a ses limites sur celles de l'Afghanistan et du Beloutchistan ; les frontières du côté de la Boukharie sont au nord.
Le royaume actuel de Perse porte le nom d’Zran, nom qui, sous les Darius et les Sapor, désignait toutes les contrées situées entre la Mésopotamie ou le Djézireh, et l'Inde ou l’Hindoustan. Cette dénomination fastueuse contraste avec la faiblesse réelle et les limites actuelles de la Perse, qui mérite bien mieux celle de Schahistan ou de pays du Schak quan lui donne aussi. Sa plus grande longueur du nord-ouest au sud-est est d’environ 400 lieues; sa plus grande largeur de 350, et sa superficie doit être, d’après nos calculs, de 65,000 lieues géographiques carrées. Cette vaste étendue n’est point en rapport avec la population, parce qu’elle comprend des déserts considérables.
Toute la Perse est un plateau très-élevé, comme l’abondance de la neige le prouve. Ce plateau se joint à celui de P'Asie mineure et de l’Arménie à l'occident, tandis qu’à l’est il se confond avec le plateau de l'Afghanistan et du Beloutchistan, C’est cette chaîne de terres hautes que les anciens appelaient Taurus; elle divise l'Asie en deux, ou plutôt, selon l’idée de
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Strabon, en trois parties. La première est située au nord des montagnes ; la seconde est placée sur le dos même du Taurus, entre les diverses chaines de montagnes qui le couronneut; enfin la troisième se trouve au midi. L'idée de cette division est fondée sur des observations très-exactes relatives à la différence des climats et des productions. Mais les anciens savaient très-bien que les chaînes nombreuses comprises sous le nom du Taurus, étaient « entrecoupées par beaucoup de vallées et de plaines élevées 1. » Iis savaient aussi « que plusieurs montagnes de la Perse, après s’être élan- « cées brusquement du milieu de la plaine, s’aplanissent tout à coup et «offrent un plateau absolu?. » Les voyageurs modernes confirment ces observations. Les montagnes de la Perse, selon Olivier, ne semblent en quelque sorte former aucune chaîne suivie, ni avoir de direction principale. Elles s'étendent sans ordre dans tous les sens, elles sont entassées les unes sur les autres, et jetées comme au hasard; des groupes qui semblent former un commencement de chaînes, se trouvent tout à coup interrompus par des plaines unies très-étendues et élevées 5. Mais le plateau même qui porte cet amas de montagnes doit avoir deux escarpements, l’un vers l’'Eurhrate et le golfe Persique, l’autre vers la mer Caspienne. Ce sont là les ‘eux branches du Taurus dont les anciens ont parlé.
C'est au sud du bassin de la rivière de Kour ou Cyrus qu’il faut chercher la continuation septentrionale du mont Taurus. L’Ararat et la chaine dont il dépend se joint aux hautes montagnes qui séparent le lac Van du lac Ourmiah; ces dernières font partie du Niphates des anciens. Mais, au sud de la rivière d’Araxe, une chaîne de montagnes très-froides embrasse l’Azerbaïdjan, l’ancienne Afropatène, au sud ; ces montagnes bravèrent les armes d'Alexandre le Grand. De leurs flancs se détachent vers l’est les monts A/pons, bande de montagnes calcaires assez hautes qui entourent la partie méridionale de la mer Caspienne. Dans l’ancienne Hyrcanie ces montagnes « présentaient à la mer des flancs non-seulement escarpés, « mais qui surplombaient même de manière que les rivières s’élançaient « de leurs bords dans la mer, en formant dans l'air un arc liquide, sous « lequel on passait à sec 4, »
Les Portes Caspiennes étaient un passage long de 28 milles romains, bordé de noirsrochers, d’où ruissellent des courants d’eau salée; la largeur
4 Strab., lib. XE, p. 358 ct suiv.
2 Curt., lib. VE, cap. Xv£, lib. VIE, cap. XXx1x.
5 Olivier, Voyage dans l'Empire otonan, la Perse, etc, V. ch. vir, + Strabon, liv. XI, p. 551.
oU2 LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME.
du passage n'admet qu’un seul chariot; la route a été construite de main d'homme. Ce passage parait tre près Damavend, à 10 farsangs de Téhéran. Selon ‘es anciens, ces montagnes d’Hyrcanie continuaient vers la Bactriane, où elles se joignaient aux monts Paropamisus, les monts Gaur des modernes. Rien ne prouve que cette opinion soit fausse. Un voyageur, Forster, n’a point vu de montagnes entre Candahar et Hérat; ce récit prouve seulement que le voyageur cheminait sur un plateau, et qu’il a né- :gé de pousser assez loin ses recherches; il appuie lui-même notre opinion, en observant qu'il y a au nord de Therchych une haute chaîne couverte de neige; ce sont les monts de la Parthiène des ancieas.
La chaîne méridionale entre en Perse au sud du lac Ourmiah. La branche d’Aiagha-Tagh, qui se détache au sud, et qui forme les limites du royaume, est le Zagros des anciens, demeure constante des Kourdes. La première grande chaîne qui en.& en Perse s'appelle £lvend. Le géographe persan {bn-Haukal nous informe que depuis le voisinage du Kourdistan jusque vers Ispahan, le pays est entièrement montagneux; il indique parmi les pius fameux monts qui s’y trouvent, le Damavend, du haut duquel l'œil parcourt un espace de 50 farsangs ou 72 lieues, tandis que celui de Bisou- {oun, dans la même contrée, était célèbre par ses singulières sculptures, qui existent encore. Les /Letzerdara où mille montagnes embrassent, au nord et à l’ouest, le bassin où se trouvent Schiraz et les ruines de Persépolis. Cette chaîne ne fut franchie par Alexandre qu'avec beaucoup de peine, un corps de troupes persanes ayant occupé le passage appelé Portes de Suse ou de la Perside. Un autre défilé menait de la Perse en Mécie; on lappelait Climax mégalé, le grand escalier, parce que le chemin était taillé par degrés. Les montagnes se rapprochent, au sud, du golfe Persique, et passent à travers le Kerman ou la Carmanie; et quoiqu’une de leurs branches semble se perdre dans le désert, à l’est du lac Bakhteghan, la chaîne principale paraît se joindre à celle qui sépare le Ségistan ou Pancienne Drangiane du Mékran, ou de l'ancienne Gédrosie, Un auteur moderne les nomme Djebel-Âbad. Cette chaîne joint les monts Soleyman, qui, avec les monts Voulli, forme un long plateau entre l'Inde et la Perse. Ce plateau , qui peut bien n'être couronné que des collines éparses, comme Forster en à vu près Candahar, est pourtant en soi-même assez élevé, à en juger d’après la température; il se joint au grand plateau central de l'Asie.
Tel semble être le système de montagnes et de plateaux qui s'élève entre la mer Caspienne et l’océan Indien; mais si notre respect pour les anciens, 1 Pline, lib. VI, cap. XXVI11:
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et surtout pour Strabon, nous a porté à suivre avec attention les traces de chaque chaîne, l'amour de la vérité nous oblige à dire que cette matière exige de nouvelles observations locales avant de pouvoir être discutée d’une manière utile.
En ne considérant les montagnes de la Perse qu’isolément, elles sont en général très-peu élevées, quoique leurs sommets soient couverts de neige une grande partie Ac \'année : ce qui prouve combien doit être élevée la base sur laquelle elles sont placées 1, '
Un des caractères distinctifs du plateau de la Perse, c’est la grande étendue qu’y occupent des déserts salins plutôt que sablonneux. On en trouve cinq principaux. Le plus éloigné est celui de Æarakoum, au nord du Khorassan ; il est sablonneux. Celui qui sépare le Khorassan de l'Irak- Adjemi, nommé le Grand-Désert salé, long de 430 lieues, et large de 70, semble se joindre à ceux qui occupent tout le nord du pays de Kerman, la Carmania deserta des anciens. On remarque encore celui de Æiab et celui de Mékran. Ces déserts occupent les trois dixièmes du pays. Dans le Grand-Désert salé, la couche de sel marin très bien cristallisé qui recouvre la surface du sol est, dans plusieurs endroits, de l'épaisseur d’un pouce. Suivant Beauchamp, c’est dans ce désert, non loin de Kom, que l’on trouve le Æouhi-Telism, c’est-à-dire le mont Télesme ou enchanté, d’où nous avons pris le mot falisman. Ce mont aride et escarpé semble changer de figure selon les points de vue du spectateur. Le sable noir et mouvant qui le recouvre aide à multiplier ces aspects illusoires. Près de là passe une petite rivière dont l’eau est extrêmement pesante et salée.
Ces déserts de la Perse, si semblables d’ailleurs à ceux d'Afrique, nous offrent le même genre de lacs, mais plus grands. Celui de Baktehghan, Maragha où Chahi, qui est sans écoulement et dont les eaux sont salées, quoiqu'il reçoive une infinité de rivières d’eau douce, entre autres le Bend- Émir, paraît avoir environ 20 lieues de longueur et une circonférence de 60.
On y remarque plusieurs îles inhabitées, dont les plus importantes sont Aghadj, Coïoun et Echek, forméc, d’une roche calcaire recouverte d’une ierre fertile en riches pâturages où l’on fait paître l'hiver de nombreux troupeaux de moutons. Celle de Schahi, autrefois séparée de la terre ferme par un passage assez large, n’est plus maintenant qu’une presqu’ile, Ses eaux ne paraissent nourrir aucun poisson ; leur profondeur ordinaire n'est que de 6 mètres, ce qui fait qu’on n°y peut naviguer qu'avec des bateaux.
Les eaux courantes de la Perse suivent les pentes de deux principaux
1 Le Plateau de la Perse a une altitude qui varie entre 850 et 1200 metres.
versants : celui de la mer Caspienne au nord, et celui du golfe Persique au sud,
On compte en Perse plus de trente lacs sans écoulement. Entre les plus hautes montagnes de l'Azerbaïdjan ct de l'Arménie paraît le grand lac Ourmiah, ainsi appelé du nom d’une ville qui est près de son extrémité méridionale. Ce lac est représenté comme ayant environ 30 lieues de long sur une largeur de moitié. D’Anville suppose que le lac Van, à peu de distance du précédent, est l’Arsissa de l'antiquité; le lac Ourmiah serait aloi à Spaula de Strabon et le Capoton de la Géographie arménienne, Cc :e°t fortement salé; un sel très-âcre s’y montre par efflorescence. La crue desrivières qui s’y jettent fait hausser de 10 mètres le niveau de ses eaux. Des plages formées de coquillages semblent attester qu’il avait autrefois plus d’étendue au sud et au nord. Les montagnes calcaires qui l’avoisinent sont remarquables en ce qu’elles étaient le pays des fameux Assassins ou Aaschischins.
L’Euphrate et le Tigre ne peuvent plus être comptés au nombre des rivières 4e la Perse; ils ne font que toucher une partie de sa frontière : le second sur une longueur de 35 lieues, et les deux, réunis sous le nom de Chat-el-Arab, sur une étendue de #0 lieues. Parmi celles qui versent leurs eaux dans le golfe Persique, la plus considérable est le Kérahk ou Kerkhak, appelé en turcoman Kara-sou, et chez les anciens le Gyndes, qui, après avoir arrosé le Kourdistan et le Khouzistan, se jette dans le Chat-cl-Arab, près de Bassorah, après un cours d'environ 140 lieues. Le Caroun, que l’on écrit aussi Æaroun, et qui porte encore le nom de KEhoasp, Yancien Zulœus ou Choaspes, après s'être frayé un passage à travers les monts Bakhtéru, se divise en quatre bras avant de se rendre dans le golfe Persique, et parcourt une longueur de 400 licues. Le Site Réghian ou Sita Rogan, appelé aussi Jareu, a une étendue de 80 lieues. Enfin, le Dir Roud ou Roud-Sioud, qui n’a que 65 lieues, tombe dans l’A4b-Si ou la rivière salée, 42 lieues au-dessus de embouchure de celle-ci, dans le golfe Persique.
La plus grande rivière du Khorassan, le Tedjen ou Tedzen des modernes, ou l’Ochus des anciens, se perdrait dans un lac marécageux, selon Wal ; mais il est reconnu aujourd’hui qu’à travers les marais qu’il forme, il communique avec le golfe de Balkan. Son cours est d'environ 400 lieues. Le Morg-ab, que l'on croit être ur des affluents du Djihoun, est le Margus de l'antiquité, qui fit donner à la contrée qu’il arrose le nom de Margiane. Parmi les autres rivières de la Perse qui atteignent la mer Caspienne, il n°y
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en a qu’une seule qui ait un cours considérable , c’est le Æizil-Ousen , comme l’appellent les riverains en langue turcomane, le Sefyd-roud des Persans et le Mardus des anciens. Depuis sa source dans les monts Kaplan-Kouh jusqu’à son embouchure, son cours est de 420 à 130 lieues. Il précipite ses eaux rapides de cataracte en cataracte, à travers des ravins pittoresques; à sor embouchure, ses flots impétueux repoussent et séparent ceux de la mer.
Le plateau central de la Perse donne naissance à plusieurs rivières qui n'arrivent point à la mer, ei qui s’écoulent soit dans des sables, soit dans des lacs. Le Bend-Émir , célèbre sous le nom d’Arazes par le passage d'Alexandre, prend sa source au mont Zouh-Zerdeh et va terminer son cours de 400 lieues de longueur dans le lac de Baktehghan, quoi qu’en aient dit quelques voyageurs. Ses eaux sont rapides, ses rives verdoyantes et ombragées, mais ses inondations sont fréquentes et dangereuses. Le Zayendeh-roud ou Zandeh-roud, après 60 lieues de cours, se perd dans une vallée gypseuse ; enfin, le Choura-roud, qui passe à Nichabour, se perd, dit-on, aussi dans des sables.
Nous avons déjà fait observer que des plaines, couvertes de sable et imprégnées de sel, occupent une gr ‘* partie du sol de la Perse; la terre de ces plaines est en général une argile forte. On n’a pas examiné les montagnes, mais la plupart paraissent être de nature calcaire : les nombreuses cavernes dont parlent les anciens le rendent du mains très-probable. Un voyageur français a traversé en deux endroits la grande chaîne des monts Alpons qui environne le Ghilan et le Mazanderan, et dans laquelle le pic de Damavend s'élève à une hauteur de 2,500 mètres au-dessus du niveau des plaines de Téhéran, qui sont au moins à 4,000 mètres au-dessus de la mer Caspienne; il n’y »# vu que des rochers calcaires, du marbre, de l’albâtre, mais aussi beaucoup de blocs granitiques semés çà et là, Les récifs qui bordent la côte du Mazanderan sont de granit !.
Les voyageurs modernes ont vu dans la chaîne la plus occidentale, l’Aiagha ou Djebel-Tagh, le Zagros des anciens, une-succession de rochers de grès, de rochers calcaires et de granit, semblable à celles qu’on voit.en général dans nos montagnes d'Europe?. Il est probable qu’un pays aussi vaste offrira aux observateurs futurs toutes sortes de roches, de terrains et de phénomènes géolngiques. Les observateurs trouveront les entrailles de la terre à découvert, s’il faut en croire Chardin, selon qui les montagnes de
* Voyage dans le Ghilan, de M. Trézel, manuscrit,
? Olivier, V, p. 8, 9, 202.
la Perse sont les plus arides et les plus stériles du monde, n’étant que des rochers secs, sans bois et sans herbe.
La vaste étendue de la Perse autorise le même voyageur à la considérer comme étant, en général, très-peu sujette aux tremblements de terre; mais il faut excepter de cet aperçu le Ghilan et le Mazanderan, où les secousses souterraines sont aussi violentes que fréquentes; les environs de Tauris, qui, er 4721, éprouvèrent un des bouleversements les plus terribles dont il soit question dans l'histoire; les montagnes de l’frak-Adjemi, parmi lesquelles le mont Elbours n’est pas la seule cime volcanique; enfin, les chaines les plus méridionales du Farsistan et du Laristan, où l’on a eu des exemples récents de tremblements de terre.
Dans la chaine qui forme la limite occidentale de la Perse il existe des mines, mais elles sont négligées, faute de bois, et surtout parce que le gouvernement en conserve le monopole. On exploite une mine d'argent à l'est de Tauris, une de cuivre dans les montagnes de Talidj, ou mieux Talich; il y en a plusieurs dans le Mazanderan et le Kerman ; dans l’Azerbaïdjan il y a de riches mines de fer, dont on tire de grands produits. Les montagnes des environs de Tauris renferment du jaspe et du marbre blanc, Dans celles de l’frak-Adjemi, telles que le Kouhi-Telism et le Siah-houk, on (trouve un grand nombre de sources minérales. D’autres montagnes de l'intérieur renferment des mines d’or, d'argent, de cuivre et de fer. Sur le territoire de Minab il existe une des plus riches soufrières que l’on connaisse. Le mont Houbenkouh, dans le Khouzistan, est célèbre en Perse par ses grandes exploitations de sulfure de fer. Les plaines de Farsistan sont imprégnées de sel et de salpêtre. Le bitume et le naphte se trouvent dans la contrée riveraine du Tigre. On les emploie dans le ciment, dans la poterie, et comme huile à brüler. Le roi se réserve le monopole du pétrole liquide gui coule des roches de Kerman. C’est dans le Khorassan que lon recueille les plus belles turquoises, mais le souverain fait un choix parmi ces pierres.
« L'empire de mon père, disait le jeune Cyrus à Xénophon, est si grand, « que l’on y meurt de froid à une extrémité, tandis que l’on y étouffe de « chaleur à l’autre. » Ce portrait convient encore aujourd’hui à la Perse. On doit y distinguer trois climats principaux. Les côtes de la mer Caspienne, d’autant plus Lasses que le niveau de cette mer elle-même parait plus bas que celui de l'Océan d’environ 20 mètres, éprouvent en été des c aleurs plus fortes et plus durables que celles des Indes occidentales.
? Nicbuhr, Voyage, IT, 169 (enallem.).
L'hiver y Caspienn eXCeSsive tants son climat. E éternelles tour des Depuis m ce mome:
la nuit, seule cla dominent et les écla mais la gi souffre de Schiraz, e reux; les élévation plus égale Tout et du golfe Arabes et bon rappd pendant lé lence des Le Ker Polivier, p ment gros dans le M:
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L'hiver y est très-doux, grâce aux vents tempérés qui viennent de la mer Caspienne; mais dans l’uue ou l’autre saison il y règne une humidité excessive ; l’acier y perd promptement son éclat, et les visages des habitants sont teints d’une pâleur fiévreuse. Le plateau central offre le second climat. Environnée de montagnes qui en partie conservent des neiges éternelles, cette région, depuis Candahar jusqu’à Ispahan, éprouve tour à tour des étés excessivement chauds et des hivers extrêmement rigoureux. Depuis mars jusqu’en mai, les grands vents y sont fréquents; mais depuis ce moment jusqu’en septembre, l’air est serein et rafraichi par la brise de la nuit. La sérénité des nuits permet de lire un livre ou une lettre à la seule clarté des étoiles. Depuis septembre jusqu'en novembre, les vents dominent encore; l'air y est généralement d’un siccité extrême; le tonnerre et les éclairs y sont très-rares, et l’on n’y voit pas souvent d’arc-en-ciel ; mais la grêle y fait bien des ravages au printemps. Ce climat géntral souffre des modifications locales; le Farsistan, et surtout la vallée de Schiraz, est également à l’abri des chaleurs excessives et des froids rigoureux; les montagnes du Kourdistan et de l’Azerbaïdjan doivent à leur élévation et à l'épaisseur de leurs forêts une température plus humide et plus égale.
Tout change de face en descendant du plateau central vers les rivages du golfe Persique. Le vent brûlant, le samiel des Tures, le samoum des Arabes et des Persans, suffoque quelquefois le voyageur imprudent., Strabon rapporte qu’à Suse les habitants n’osaient sortir de leurs maisons pendant le milieu du jour, et que les téméraires qui s’exposaient à la violence des chaleurs expiraient souvent dans les rues,
Le Kerman, riche en toutes sortes d'arbres fruitiers, à l’exception de lolivier, possède une espèce de vigne dont les raisins deviennent extrèmement gros. Le coton est cultivé dans toute la Perse, et la canne à sucre dans le Mazanderan et dans les environs d’Afterabad; le mürier et le ver à soie forment la richesse de tout le littoral de la mer Caspienne. Du temps de Pline, le coton venait spontanément dans les îles. Des palétuviers ou des mangliers, selon le même auteur, bordaient les rivages de ces mers.
Province méridionale et maritime, le Kerman est dépourvu d’eau: le sol partout sablouneux y est pour cette raison stérile, excepté dans les localités où l’on peut faire des irrigations. Le climat y est cosidéré comme un des plus insalubres de la Perse. Le froid est très-vif dans les montagnes, tandis que dans les plaines voisines de la côte la chaleur est excessive. Les voyageurs modernes nous apprennent que les dattiers y sont très-multipliés,
qu'on y cultive le citronnier, l'oranger, le grenadier, le pistachier, mais que leurs fruits ne sont pas d’une bonne qualité; cependant le vin qu’on y récolte est excellent. La culture du rosier blanc est une des plus répandues dans ce pays : les habitants tirent de la rose une essence très-recherchée en Asie. Les bois se composent en partie de gommiers qui fournissent une gomme presque aussi estimée que celle de l'Arabie.
Ou peut conclure des écrits des anciens que les montagnes au nord-est se couvrent principalement de lauriers, de buis, de térébinthes, d’arbres à mastic et à gomme, et peut-être d'arbres à sa::g-dragon!. La Perse orientale est très-peu connue sous le rapport de ses productions, comme sous les autres points de vue?.
C’est dans cette partie que se trouve le Kouhistan, province qui comprend le grand désert salé de Naubendan. Ce pays élevé est moins chaud que les autres parties de la Perse. On y récolte cependant du coton, et on y élève beaucoup de vers à soie.
Dans le reste de la Perse il faut distinguer trois régions : les montagnes méridionales, le plateau et les montagnes septentrionales. Quoique le Farsistan, ou la Perse proprement dite, semble avoir perdu une grande partie des forêts qui jadis en revêtaient toutes les montagnes, on aime encore à se promener dans les vallées de Schiraz, à l’ombrage des platanes d'Orient, des azeroliers, des saules pleureurs ei des peupliers d’une hauteur extraordinaire®, Parmi ces beaux arbres, Panémone étale ses teintes de bleu et d’écarlate; le jasmin y joint sa piquante blancheur; l’hypericon heteroplyllum répand son odeur agréable; les tulipes, les renoncules émaillent les prés. Olivier a recueilli dans ce pays beaucoup de plantes inconnues: il a poursuivi jusque sur le mont Elbours le chrysanthemum prœæullum e1 la nepela longiflora; la reconnaissance des savants a donné son nom à l'oliviera decumbens.
Celle province produit d’excellents fruits, du bon vin, du raisin délicieux et du tabac fort estimé ; elle passe pour produire le cactus qui nourrit la cochenille et une grande quantité de roses qui alimentent les fabriques d’essences établies à Schiraz.
Le Khorassan occidental ou persan est une des plus belles et des plus agréables provinces de la Perse; on cite comme l’une des plus délicieuses la vallée de Nichabour. Le climat y est très-varié : pendant que les mon-
1 Pline, |. VI, cap. xx1 ; 1. XI, cap. 1x.
2 Forster, Voyage du Bengale à Pétersbourg, IL, p. 131-142, etc. 5 Franklin, Voyages en Perse, dans Langlés, Collection portative des Voyages.
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tagnes se couvrent de neiges l'hiver, la pluie inonde les plaines. L'été est chaud et sec; mais à une chaleur presque insupportable pendant le jour, succèdent des nuits fraiches et des rosées abondantes, La plupart des arbres fruitiers de l'Europe méridionale croissent dans cette province. On y recueilie un grand nombre de plantes médicinales, telles que l’assa fœtidu et l’arlemisia contra, ainsi que de la manne et de la gomme adragant.
Dans le Khouzistan, l'été est tellement chaud, surtout au milieu des plaines et des vallées, que les habitants sont obligés de se retirer dans les montagnes; sur la côte la chaleur est tempérée par les brises de mer; dans quelques plaines l'air est malsain et l’eau fort rare; d’autres sont ravagées par le terrible vent du samoum qui y porte la désolation et la mort,
Les plaines élevées de la Perse centrale se couvrent de plantes salines, entre autres du s{alicé de Tatarie. Cependant quelques-unes de ses plaines découvertes offrent encore les riches pâturages qui nourrissaient autrefois les seuls chevaux dignes de servir de monture au grand roi.
Les forêts reprennent de la vigueur dans le Ghilan et le Mazanderan vers les humides bords de la mer Caspienne; le séjour d’une neige abondante sur le Taurus, et un printemps très-prolongé au pied septentrional de cette chaine, y favorisent la végétation, L'air chaud et humide permet à la canne à sucre de végèter, et même de donner un produit médiocre, dont il sera parlé dans la topographie. En grimpant à travers des bosquets d’églantiers et de chèvrefeuilles, sur les flancs inégaux et pittoresques des collines, les voyageurs se voient entourés d’acacias, de chènes, de Ulleuls et de chàtaigniers; au-dessus d’eux les cimes des montagnes se couronnent de cèdres, de cyprès et d’autres espèces de pins, Le sumae, dont la propriété astringente est si utile à la teinture et à l'art du tanneur, y croit en abondance, Le frène qui produit la manne, fraxinus ornus, n’y est pas moins commun. Le Ghilan abonde tellement en buis, qu’on n’ose pas y mener les chameaux, crainte de les voir s’empoisonner en mangeant des feuilles de cet arbre, que leur instinet ne leur fait pas distinguer. Un observateur ancien nous apprend qu’au sud-est de la mer Caspienne, l'ancienne Hyrcanie riche en chênes et en autres arbres, ne produit aucune espèce de pins ?.
Mais cette Perse, dont le sol varié flatte le botaniste et le peintre, possède peu de terres propres à l’agriculture. Dans les provinces centrales et méridionales, l'argile dure et sèche succède aux stériles rochers. Ce sol
! Olivier, Voyage, V, p. 217 sqq.
3 Aristobule, cité par Strabon, |. XI. p. 351.
exige des irrigations artificielles ; malheureusement, un des stratagèmes le plus souvent employés dans les guerres civiles de Perse, c’est de détruire les canaux pour couper l’eau à l'ennemi. À ptine cultive-t-on aujourd’hui la vingtième partie du pays. Le grain le plus commun en Perse est le froment, qui y est excellent; mais le riz est regardé par les Persans comme la nourriture la plus délicieuse; il vient généralement dans le nord, où sont les provinces les micux arrosées. On y sème aussi l'orge et le millet, mais extrêmement peu d'avoine. Les charrues sont petites, et ne servent qu’à gratter la terre : elles sont conduites par des bœufs maigres.
La Perse se console par la beauté de ses fruits. Il y a vingt sortes de melons ; les meilleurs viennent dans le Khorassan. Ce fruit est en Perse extrémement succulent et salubre. E y en a de si gros, qu’un homme n’en peut porter que deux ou trois. Les fruits les plus estimés de l’Europe passent pour nous avoir été apportés de la Perse : tels sont la figue, la grenade, la mûre, l’amande, la pêche. Les orangers y sont énormes dans le Farsistan et le Mazanderan : on les trouve dans les parties abritées des montagnes ; ailleurs on ne les cultive qu’en serres. La chaleur réfléchie par le sable est particulièrement favorable, dans certaines provinces, à la culture du citronnier. La vigne étale en Perse toutes ses richesses. I y a, entre autres, trois sortes de vins qui sont excellents : celui de Schiraz, comme le meilleur, est gardé pour le roi et pour les grands de la cour ; celui d’Fezd est fort délicat, et on le transporte à Lar et Ormus; celui d’Ispahan se distingue par sa douceur et par sa force.
Parmi les plantes et végétaux utiles aux manufactures, la Perse produit du lin, du chanvre, du tabac, du sésame, d’où l’on tire une huile, du coton, du safran, de la térébenthine, du mastic, des gommes, des noix de galle. De toutes les provinces, celle de Mazanderan fournit seule de l'huile, quoique l'olivier sauvage croisse dans tous les bas. Strabon nous apprend que les essais pour planter l'olivier en Médie n'avaient pas réussi.
On prétend que la Perse produit tous les ans 20,000 balles de soie, pesant chacune 410 kilogrammes. On n’en emploie pas plus de mille dans le pays ; le reste se vend en Turquie, dans les Indes, aux Russes. Le pavot qui donne de l’opium, la manne, et même la rhubarbe, sont comptés parmi les exportations; il est certain que le pavot y est cultivé en très-grande quantité.
Les gucrriers de la Perse se servent de chevaux tatars; et Kérym-Khan, grâce à une semblable monture, fit une fois 420 lieues en 58 heures. Cependant les chevaux persans passent pour les plus beaux et les mieux faits
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de l'Orient, bien qu'ils le cèdent en vitesse aux chevaux arabes. Is sont plus hauts que ceux d'Angleterre; ils ont la tête petite, les jambes délicates et le corps bien proportionné ; ils sont doux, très-laborieux, vifs et légers. Les mulets sont très-recherchés. L'âne y ressemble à celui d'Europe; mais on eu à importé d'Arabie une race qui est excellente; elle est leste, vive et adroite ; son poil est doux, sa tête haute, Le chameau y est commun. Les chèvres du Kerman rivalisent avec celles du Tibet, Le bétail de la Perse ressemble à celui d'Europe excepté vers l'Hindoustan, où il a une bosse aux épaules. Les moutons y traînent une queue qui pèse plus de 30 livres, et qui s’élargit par le bas en forme de cœur. De nombreux troupeaux paissent dans les provinces septentrionales. Les juifs ne risquent pas souvent de rencontrer l'animal immonde, dont la chair, damnée par Moïse, est recommandée par Hippocrate,
Quelques forêts contiennent des daims et ‘es antilopes, des zèbres et des renards. Le lièvre se niche en grande quantité dans les friches ; dans les bois sombres, principalement dans les forêts du Ghilan 5t du Mazanderan, se cachent le sanglier, l'ours, l’hyène, le bon, et, suivant quelques uns, le tigre de la petite espèce. Selon Olivier, il existe près de PEnhrate une espèce de lion sans crinière, qui a été connue des anciens; v’est sans doute à cet animal assez doux qu’il faut rapporter les ré si: des historiens, d’après lesquels les Persans ont été longtemps dans Fisage d’apprivoiser les animaux de proie, au point même de chasser avec des lions, des tigres. des léopards, des panthères et des onces. Lucrèce rapporte que les Parthes avaient essayé, mais sans succès, de faire combattre des lions parmi les rangs de leur armée.
Le chat caspien l’akou ou cervus pygargus, plus grand que les daims, et d’autres animaux particuliers, demeurent dans les déserts et les forèts voisines de la mer Caspienne. Une espèce distincte d’écureuil porte le nom de la Perse. Le sanglier de Perse est très-féroce. L’âne sauvage habite les déserts du centre; l’hyène et le chacal, le: nravinces du sud. La mer Caspienne donne de l’esturgeon et une sorte de tarpe délicieuse. Le pigeon et la perdrix fournissent en abondance une excellente nourriture, que partagent avec l’homme les aigles, les vautours et les faucons, habitants des montagnes désertes
Suite de la Description de l'Asie. — Détails topographiques sur les provinces et !cs villes de la Perse.
Après avoir laissé planer nos regards sur l’ensemble de la Perse, nous nous occuperons des villes remarquables et d’autres objets de géographie spéciale, en prenant pour notre point de départ l’ancienne et célèbre capitale Ispahan, et en traitant d’abord des provinces du centre et du nordouest, ensuile de celles du sud-est et de l’est.
Depuis le dernier traité passé entre la Russie et la Perse, cette puissance a cédé à la précédente la province d'Erivan ou l'Arménie persane : en conséquence, le royaume de Perse n’est plus divisé qu’en onze provinces, qui sont l’/rak-Adjemi, l'Azerbaïdjan, le Mazanderan, le Ghilan, le Kourdistan, le Khouszistan, le Tabaristan, 1e Farsistan, le Kerman, le Kouhistan etle Khorassan occidental. Ces grandes divisions se subdivisent en beglerbegliks ou gouvernements.
La vaste province d'Jrak-Adjemi, qui répond à peu près à la grande Médie des anciens, tire son nom du premier fondateur de la monarchie persane, le Djemchyd des Orientaux, et l Achœæmènes des Grecs; ces deux mots, en considérant les syllabes #ènes et chyd comme des terminaisons accessoires, peuvent se réduire à une seule racine, Adjem ou Achem. Les Arabes, qui désignent les Persans sous le nom d’Adjemi, ont étendu le nom d’Zrak, sous lequel ils désignent la Babylonie, à cette province, en y ajoutant, pour la distinguer, l'adjectif adjemi, c’est-à dire Persan!. Cette province occupe, sur une longueur de plus de 200 lieues, et sur une largeur de 100 environ, la plus grande partie du plateau central de la Perse, et la description que nous avons faite de ce plateau lui convient très-particulièrement; c’est la plus grande et la plus peuplée des provinces de ee pays.
Sur la frontière méridionale de l'Irak nous trouvons les restés d’spahan, appelée chez les anciens Aspadana, et par les habitants actuels S/ahdn et Isfahän. Cette immense ville, à laquelle Chardin donne 12 lieues de tour, et qui alors pouvait contenir 6 à 700,000 habitants; cette superbe capitale que les Persans appelaient la moitié de l'univers ( Noussfi Djehän ), n'est
? Wall, Asien, E, 209-217.
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aujourd’hui qu’une ombre d'elle-même. On laboure les jardins qui autrefois en parfumaient les avenues; on marche pendant trois heures dans des chemins qui étaient des rues pour arriver au centre de la ville. Toutefois, les marchés que Schah-Abbas fit couvrir de voûtes éclairées par des dèmes annoncent l’ancicnne magnificence de cette capitale. Le Meëïdan ou la grande place, une des plus vastes de l'univers, forme un carré long de près de 400 mètres sur 200 de large, entouré par un canal, et bordé de maisons régulièrement bâties; c’était une sorte de Champ-de-Mars qu: servait aux revues de troupes, aux courses de chevaux et aux combats de taureaux. Elle est dominée par les palais des rois, qui offrent encore les restes de la grandeur de Schah-Abbas. La mosquée royale s’élève à côté. Cet édifice somptueux, encore bien conservé, offre à l'extérieur un revêtement de marbre; son dôme et ses minarets sont couverts de porcelaines peintes en mosaique; à l’intérieur, des bas-reliefs dorés enrichissent les murs et la voûte. Ispahan, quoique ruinée des deux tiers, a plus de 400,000 habitants ; tous les arts et métiers y sont parfaitement exercés. On voit, au midi de la ville, cette fameuse avenue appelée Zctarbag, qui ressemble assez à celle de Versailles; elle est longue de près de 3,000 mètres; plantée de quatre rangées de platanes, elle est bordée de jardins et de maisons de plaisance; plusieurs canaux et bassins animent encore cette promenade, ouvrage de Schah-Abbas. La rivière de Zendehroud, qui la divise en deux, a un beau pont bâti en briques et en pierre de taille, composé de 36 arches, avec une galerie couverte de chaque côté par une terrasse, d’où l’on jouissait de la vue des jardins des environs et du faubourg de Djoulfa, situé sur le bord de la rivière, mais qui est aujourd’hui en ruines. Un peu plus bas, est un autre pont magnifique bâtipar Schah-Abbas; ses galeries sont plus larges, ayant une place hexagone au centre; une plate-forme pratiquée sous les arches, en faisant tomber les eaux en cascade, rend fort agréable la position d’un beau palais bâti en face, et environné de jolis jardins. Mais, afin qu’on ne fit point à tous ces ponts le reproche de manquer d’eau, Abbas le Grand fit percer à grands frais quelques montagnes à environ 30 lieues d'Ispahan, et introduisit dans le lit du Zendehroud une autre rivière; en sorte que, selon Chardin, ce fteuve était aussi large au printemps que la Seine l’est à Paris en hiver! : mais des voyageurs plus récents disent que cette assertion est exagérée.
Le palais royal, qui s'élève sur la grande place, renferme dans sa vaste
! Chardin, Description d'Ispahan. Olivier, 1. c. Mémoires historiques, politiques et
géographiques des Voyages de Ferriére-Sauvebœuf, 1, p. 28. [LE 65
enceinte plusieurs autres palais et divers bâtiments plus ou moins remar- ‘1 avec ge quables; tel est le palais des 40 colonnes (Tchihil-Soutoun), le palais de | 4 royal d glace (Aïnekahné), le pavillon de l'écurie (Zalari-tavilé), et le séjour du 4 On a bonheur (Seadet-Abad), destiné aux ambassadeurs. Feth-Ali-Schah fitcons- fn mais qu truire en 4816 un palais que l’on regarde comme le plus bel édifice d’Ispa- 4 tion en han; on le désigne sous le nom de Nouveau-Palais (/maret nou); on y ‘4 dont la
admire surtout la salle du trône. De même que les palais qui ornaient la 1 de pèle: magnifique promenade du Tcharbag tombent aujourd’hui en ruines, de par les : même l'immense bazar d’ Abbas, qui forme une galerie de plus d’une demi- qu'elle: lieue de longueur, éclairée par des dômes et bordée de boutiques, ne pré- fille de | sente plus le mouvement commercial qu’il offrait à l’époque où Schah-Abbas abonder le fit construire. Des quatre ponts qui traversent le Zendehroud, celui de Theh Djoulfa, dont nous venons de parler, n’est pas moins remarquable par son des sour étendue que par sa construction : il a 340 mètres de longueur. Sur les velleme bords de la rivière est située une maison royale de plaisance nommée Grand, : Siadet-Abad, dont le harem, appelé Heft-defté est de la plus grande élé- Élle cor gance. Ispahan renferme plusieurs colléges ou medressehs, dont un peut parce qu être considéré comme une université par le nombre des élèves et des pro- la plaine fosseurs. | pour pa:
Depuis plusieurs années le commerce d’Ispahan a repris en partie son Ë toute la ancienne activité; son industrie s’est relevée : on y fabrique de belles il entore r étoffes de coton, de riches soieries, des tissus d’or et d’argent, des armes à à pareillen feu, des lames de sabre, des cristaux, des cuirs et des teintures. 4 ce palais
La plaine qui entoure Ispahan a plus de 20 lieues de longueur sur 12 de ) pont-lev
largeur ; c’est une des plus fertiles et des mieux cultivées de la Perse : on y récolte des fruits de toutes espèces, et surtout des melons et des pastèques. Pour aller visiter le Schah de Perse dans sa nouvelle résidence de Téhéran, les voyageurs passeront par Æachan, ville de 30 à 40,000 âmes, où l'on trouve un palais construit par Abbas le Grand, et des fabriques d’ustensiles en cuivre. Cette cité passe pour être, plus que tout le reste du pays, infestée de scorpions. Elle doit sa fondation à Zobéide, épouse d’Haroun-al-Raschyd. Elle a une demi-lieue de largeur et le double de longueur. Une vieille muraille et un fossé forment son enceinte. Depuis les nouvelles constructions qu’on y a faites, elle peut passer pour l’une des plus belles villes de la Perse ; ses mosquées, ses bains, ses caravansérails sont d’une élégante architecture; le palais du roi est surtout remarquable. Le prin- , ‘Hama cipal collége ou medresseh de cette ville est magnifique. Kachan fabrique 11, 459,
Fc | * Lang des châles, des brocarts, des soieries et des cotonnades; on y travaille 435, édit.
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avec goût le: métaux précieux. Dans ses environs, se trouvent le château royal de Bagh-Sin et les jardins de plaisance de Baghi-Schah.
On arriye ensuite à Koum ou Qom, l'antique Choana, ville très-grande, mais qui ne s’est pas entièrement relevée de ses ruines depuis sa destruction en 4722 par Afghans, Son principal édifice est une ancienne mosquée, dont la coupole, très-élevée, est entièrement dorée. Cette ville est un lieu de pèlerinage visité chaque année par plusieurs milliers de pèlerins, attirés par les nombreux tombeaux de rois et de saints personnages musulmans qu’elle renferme, et dont le plus riche et le plus vénéré est celui de Fatime, fille de l’iman Riza. La population est de 40 à 45,000 âmes. Les environs abondent en froment et en coton, mais les eaux sont saumâtres!.
Thehran ou Téhéran, depuis qu’elle est devenue la résidence ordinaire des souverains, acquiert une importance considérable. Elle n’est pas nouvellement bâtie, quoi qu’en dise Olivier; elle était déjà, sous Abbas le Grand, une ville importante, et les derniers sophis y résidèrent souvent ?. Elle contient 430,000 habitants en hiver, et seulement 70,000 en été, parce que la plupart vont dans cette saison s'établir sous des tentes dans la plaine de Sultaniéh, où le Schah se fixe aussi dans une tente magnifique pour passer la revue des troupes. Les maisons sont en terre, comme dans toute la Perse, et les murs ceignent un très-grand espace qui n’est pas encore rempli. La ville est carrée, et dans le milieu est une autre enceinte pareillement carrée, entourée de murailles, qui renferme le palais du roi; ce palais est très-vaste et de la plus grande richesse. Après avoir, sur un pont-levis, traversé le large fossé qui l’entoure, on entre dans une cour spacieuse dans laquelle s’élève un mât, au haut duquel on expose la tête des personnages de distinction que l’on met à mort. Une porte construite en briques peintes conduit par une galerie obscure à une salle d’attente, d’où l’on se dirige par une longue avenue vers la salle du trône élevée sur une terrasse soutenue latéralement par un mur d'environ 3 mètres de hauteur, et ouverte comme le devant de nos théâtres. Les murs de cette salle sont ornés d’arabesques et d'inscriptions en or sur un fond blanc; deux hautes colonnes torses en marbre vert soutiennent le faîte de l'édifice. Le jour pénètre à l’extrémité opposée à l'entrée, au travers de vitraux de couleur formant des dessins d’une élégance et d’une délicatesse remarquables ;
! Hamdoulla, géographe persan, cité par M. Langlés dans son édition de Chardin, 11, 459.
2 Langlés Notice sur Thehran, dans Chardin, VIII, 166, Pietro della Valle, 1, p. 435, édit. in-12.
FPE SRE INERE CRE
tout le parquet est couvert d'un tapis de Kachemire qui, par la finesse du tissu et l’éclat des fleurs dont il est orné, l'emporte sur les plus beaux châles de cette célèbre vallée. Le trône est porté sur plusieurs colonnes en marbre, hautes de 2 à 3 mètres; quatre autres colonnes revêtues de plaques d’or et d’émail, placées au-dessus des premières, soutiennent un dais; des milliers de diamants, de rubis, de saphirs et d’émeraudes, étincellent de toutes parts 1.
Cette profusion de pierreries n’est rien en comparaison de celle que l’on
admire dans le costume du roi aux jours de grandes cérémonies. Voici la description qu’en donne M. A. Jaubert, en retraçant sa réception par Feth- Ali-Schah : « Un soleil, figuré par un grand nombre de gros diamants, brillait derrière le Schah, qui était assis le dos appuyé sur un coussin de satin blanc brodé en perles, vêtu d’une robe de même étoffe sur laquelle « retombait la longue barbe de ce prince. Des parements formés par un « tissu de perles bordé de rubis et semé de roses ou de pierres de couleur, « remontait presque jusqu'aux coudes. Les épaulettes et la moitié du corps « de la robe étaient couverts d’un tissu du même genre. Deux grands « bracelets de forme ronde, travaillés en picrres précieuses, ornaient « la partie supérieure de chaque bras. Le diamant auquel les Persans « donnent le nom de kouhi-nour (montagne de lumière), était enchässé « au milieu de l’un des bracelets; et celui qu’ils appellent deryaï-nour « (océan de lumière) enrichissait l’autre. Aulieude turban, leSchah portait « une espèce de tiare, dont un tissu de perles, semé de rubis et d’éme- « raudes, formait le rebord. Une aigrette en picrreries était placée sur le « devant de cette coiffure et surmontée de trois plumes de héron. Un « collier composé de perles, grosses comme des noisettes, les plus égales « et de la plus belle eau qu’il soit possible de voir, croisait par-devant sur « le corps et en faisait deux fois le tour. Un poignard enrichi de pierreries « était passé dans un ceinturon orné de belles émeraudes, auquel était « suspendu un sabre entièrement couvert de perles et de rubis. »
Au sud-est de Téhéran on trouve les vastes ruines de Reÿ, qui est l’ancienne Rhagæ, Rhagès ou Rhagianæ, connue pendant un cour: espace de temps sous le nom d’Arsacia ?, à 2,000 stades à l’est d'Ecbatana ou Hamadan, et à 500 des Passes ou Portes Caspiennes. C'est à Rhagès que se passa l’histoire de Tobie, racontée dans la Bible, et que naquirent le
1 4. Jaubert : Voyage en Arménie eten Perse.
? Mannert, Géograph. des Grecs et des Romains, V, part. I, 172 sgq.
calife Ha:
par les T passait pi trois tou métan.
En se Cazbin, S est, comn peuplée :
était plus avoir été en ruine:
chemp, q 10 à 12, en mau.
nufacture cuivre q vaisselle continue entrepôt cultivée :
entre les nages cé rafraichi poussièr qu’on y n'empêc (lieu de Sulta au milie par l’éte « M. Ja « Dende « ville, « ment « l’herh « l’ence «a Tous
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ASIE. — LA PERSE. 517 calife Haroun-al-Raschyd et le médecin Al-Rhazès. Cette ville fut détruite par les Tatars sous le règne de Djenghiz-Khan. Au huitième siècle elle passait pour une des plus grandes de l’Asie; on y voit d'immenses débris, trois tours énormes, une belle mosquée et le tombeau d’un saint mahométan.
En se dirigeant de Téhéran vers le nord-ouest, on arrive aux villes de Cazbin, Sultaniéhet Zinghan. Cazbin, que l’on écrit aussi Kasbïn et Kazvïn, est, comme Téhéran, de forme carrée, mais plus grande et beaucoup moins peuplée : on ne porte le nombre de ses habitants qu'à 40 ou 50,000. Elle était plus considérable lorsqu'elle servait de résidence royale; mais après avoir été presque dépeuplée, et avoir vu la plupart de ses édifices tomber en ruines, elle s’est peu à peu relevée par le commerce. Suivant Beauchamp, qui en a déterminé la longitude, elle ne contenait, en 4787, que 10 à 12,000 âmes. (> y voit encore l’ancien palais des rois, mais il est en mauvais état. Ses bazars sont immenses. Elle est célèbre par sa manufacture de sabres. Ferrière dit qu’on y travaille une grande quantité de cuivre qu'on tire des montagnes voisines, et dont on fait toute sorte de vaisselle bien mieux travaillée qu’en Turquie. Des caravanes y abondent continuellement, soit du Khorässan, soit de l’Azerbaïdjan, et en font un entrepôt important. Cette ville est située au milieu d’une vaste plaine, bien cultivée autour de son enceinte, et comme dans le reste de la Perse, inculte entre les villes et les bourgs. Zlle a donné naissance à plusieurs personnages célèbres; une montagne, qui ne permet pas au vent du nord de rafraîchir l’air, est cause qu’en été la chaleur y est insupportable. Une poussière suffocante y remplit l’atmosphère à un tel point, que les hommes qu’on y rencontre en ont la barbe et les vêtements couverts. Tout cela n'empêche pas qu’on ne donne à cette ville le surnom de Djemäl-Abad (lieu de beauté).
Sultaniéh ne se compose que d’une quarantaine de maisons dispersées au milieu de ruines qui surprennent, non par une haute antiquité, mais par l'étendue immense du terrain qu’elles occupent. « Sans retracer, dit « M. Jaubert, des souvenirs classiques, comme celles de Thèbes et de « Denderah, elles offrent matière à beaucoup de réflexions. Pourquoi cette « ville, naguère si florissante et si peuplée, a-t-elle été presque entière-
« ment détruite, sans qu’une autre ait hérité de ses dépouilles? Pourquoi « l'herbe couvre-t-eÎle le seuil de ses palais, les cours de ses mosquées, « l’enceinte de ses bazars? Les habitants de ces ruines me l'ont appris. « Tous leurs maux proviennent de l’incurie du gouvernement, et sont les
Fi8 LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME.
« tristes fruits des discordes civiles.» Sultaniéh fut, dans le quinzième siècle, le brillant foyer du commerce de l’Europe avec l’Inde.
Les environs de cette ville offrent des prairies naturelles dépourvues d'arbres et arrosées par un grand nombre de canaux d'irrigation, alimentés par un ruisseau qui donne naissance au Zenghian-Roud, rivière qui prend sa source près de Sultaniéh et qui va se perdre dans le Kvzil-Eusen. La plaine est dominée par un palais, dans lequel le roi vient se fixer chaque année à l’époque où il doit passer son armée en revue, Cette plaine, de forme ovele, a 8 ou 9 lieues de longueur de l’est à ouest; la verdure qui la couvre forme un singulier contraste avec les collines peices et sitriles qui l'entourent, et d’où découlent les sources qui la fertilisent. Le palais, ou plutôt la tente du roi, est placé vers le centre; le pavillon principal, servant de salle d'audience, est soutenu par neuf mâts de 8 à 40 mètres de hauteur, surmontés de boules en cuivre doré: les murailles sont en étoffes de soie brodées en or, ei le sol est couvert de riches tapis. À peu de distance se trouvent les tentes du harem : ce sont les partie: i5s plus magnitiques de cette habitation portative.
Zinçghum où Zenghian est à deux journées de marche de Sultaniéh; c’est une ville assez bien bâtie, entourée d’une muraille flanquée de tours, avec un beau bazar, un palais élégant et une population de 15,000 âmes.
Hamadan est, par sa situation, une des plus agréables villes de la Perse: elle est mal bâtie ; mais ses maisons, entrecoupées de jardins arrosés par les sources nombreuses qui sortent des collines, forment un ensemble trèsagréable. Elle possède le tombeau d’Avicenne ?, et ceux des poëtes persans Attar et Aboul-Hasif. Les voyageurs ne sont pas d’accord sur la population de cette ville : parmi les plus récents, les uns, comme M. Alexander, lui donnent 25,000 habitants: les autres, comme M. Ker-Porter, 45 à 50,000. Ses principaux édifices consistent en plusieurs belles mosquées. Elle doit son état florissant à son industrie, et surtout à ses tanneries et à ses fabriques de tapis. De vastes ruines, que l’on remarque hors de son enceinte à moitié écroulée, sont reconnues aujourd’hui pour celles d’Ecbatane, cette superbe capitale de la Médie, dont les anciens, et principalement Hérodote et Polybe, nous ont laissé de si brillantes descriptions. Les deux voyageurs modernes que nous venons de citer plus haut y ont reconnu lemplacement du magnifique palais des anciens rois de Perse.
1M. 4. Jaubert : Voyage en Arménie et en Perse, p. 198, 2 Voyage de l'Inde à la Mekke, par Abdoul-Kerim, traduit par Langlés, p. 97.
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En passant le mont £lvend, qui est au sud-ouest d'Hamadan, près la florissante ville de Kirmanschah, on admire dans le mont Bisoutoun un monument singulier qui porte le nom de Trône de Roustem (Tahk-li-Roustem). I consiste en deux salles taillées dans le roc vif, en forme de portique, dont l’une est à peu près double de l’autre; la plus grande peut avoir, sur chaque dimension, 8 à 10 mètres ; elle contient une statue équestre colossale. Il y a encore plusieurs autres statues, bas-reliefs, inscriptions 1.
Ces inscriptions sont cunéiformes, ou plutôt ressemblent aux caractères hébreux; le principal bas-relief représente un roi faisant *inener devant lui plusieurs captifs qui foutent aux pieds un prince qui paraît être leur chef. Une autre face du mont Bisoutoun est couverte de monuments d’une époque moins ancienne : ils paraissent être du temps des Sassanides; le principal est p:1cé dans deux grandes excavations taillées dans le roc; l’un des sujets représente des chasses aux cerfs et aux sangliers; sur un autre on voit deux hommes portant chacun la main sur un diadème ou surun anneau, et derrière lesquels on remarque un personnage tenant une épée levée et ayant une auréole autour de la tête. C'est probablement Ormuzd, divinité des mages, qui préside au sacre d’un roi. Ces sculptures paraissent se rapporter au temps de Khosroëès Parviz.
Kirmanschah ou Kerman-Schahän (la résidence des rois), chef-lieu du Kourdistan persan, est entouré d’un mur très-épais, en briques, flanqué de tours rondes, et précédé d’un fossé profond. Dans sa citadelle réside le gouverneur de la province, qui est toujours un membre de la famille royale. Les rues sont étroites, tortueuses, mal pavées et sales, les maisons basses et bâties en torchis comme dans le reste de la Perse. Mais cette ville est commerçante, industrieuse et riche, et sa population est évaluée à 40,000 âmes par M. Buckingham qui l’a visitée dans ces dernières années.
Au nord de Kirmanschah, et à l'occident d'Hamadan et de Sultaniéh, s’élève une contrée montagneuse, où jamais les ardeurs de l’été ne fanent les gazons ni le feuillage ; contrée où habite le libre Kourde, toujours prèt à emmener sa tente et son troupeau pour se soustraire à la tyrannie. Ce pays se nomme l’A/-Djebal ou le Kourdistan Persan proprement dit. Il n’y passe aucune route fréquentée. Les neiges restent sur les montagnes
! Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, par M. Silvestre de Sacy in-4 1793, p.211.
au mois d'août !. Des bois agréables, des vergers, des champs cultivés, des pâturages toujours verdoyants occupent de profondes valiées. Les villages sont pour la plupart bâtis sur les sommets des montagnes; on y place aussi les cimetières. La religion sunnite y domine. Senney ou Sennek, ville principale des Kourdes, renferme 3,000 maisons; elle est environnée de belles cultures. Tout le pays peut fournir 20,000 cavaliers, Ï y a des tribus entièrement indépendantes, telles que les Mekris, dont la capitale se nomme Soouh-Boulak (fontaine froide).
C'est ce pays qui a fait donner le nom de Kourdistan à toute la province dont Kirmanschah est le chef-lieu. Suivant un des compagnons de l'ambassadeur anglais, sir John Malcolm, la civilisation n’a pas fait assez de progrès dans le Kourdistan pour que la population se réunisse dans des villes et dans des villages : elle est disséminée dans des cabanes éparses çà et là et dans de petits camps. Les habitants de Senney sont les moins barbares de tous ceux de la province ; cette ville est le chef-lieu du district de Dinaver ou Ardelan ; le vali, ou vice roi des Kourdes, déploie un grand luxe à sa cour. Une preuve de tolérance remarquable de la part de ce peuple, c’est l'existence à Senney d’une population de chrétiens nestoriens qui y possèdent une petite église. Le gouvernement persan laisse ics Kourdes s’administrer par eux-mêmes. En général, ceux-ci préfèrent la vie nomade à la vie sédentaire. Le Kourdistan manque de bois comme la plupart des provinces de la Perse; il formait chez les anciens une partie de la Médie.
Nous connaissons mieux l’Azerbaïdjan, qui est l’Aderbaïdjan du Zend- Avesta, et l’Afropatène des anciens; ces noms signifient Pays du feu ?, soit que le culte du feu v ait pris naissance, soit qu’on ait voulu faire allusion aux violents tremblements de terre auxquels cette contrée est sujette ; soit enfin parce qu’elle comprenait jadis le district de Rakou. C’est un pays montueux, âpre et froid, mais parsemé de vallées très-fertiles en grains, en fruits eten garance.
Il y a peu de déserts, et ceux qu’on y remarque sont d’une faible étendue. Le sol est en général composé d’une sorte d'argile, et couvert de plusieurs espèces de plantes du genre soude ; cette argile est salée, et les sources qui y coulent contractent bientôt un £oût saumâtre qui empêche que lon puisse se servir de leurs eaux.
On voit Tebris ou Tauris, ville considérable. Les bazars ou marchés ! Itinéraire manuscrit du général Fabvier.
2 Strabon, lib. XI, cap. XVI.
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et les autres édifices publics sont vastes et spacieux, et l’on dit, avec quelque exagération, que la grande place (Meïdan) a contenu jusqu’à 30,000 hommes rangés en bataille. Tauris a été la résidence des mouarques de la Perse pendant plusieurs siècles. Elle fait encore un grand commerce en soie. L’abord continuel des Turcs, des Géorgiens et des Kourdes, lui donne l'apparence d’une ville bien peuplée. On y prépare une grande quantité de peaux de chagrin, dont les Persans se servent pour leurs souliers. Cette ville est remarquable par ses belles mosquées couvertes de briques vernissées, et où l'on a prodigué l’albâtre, commun dans les environs. Ce qu'elle offre de plus remarquable est le Kaïsseriéh, regardé par les voyageurs comme le plus beau bazar de la Perse, et surtout la citadelle d'Ali-Schah (4rk-Ali-Schah) dans laquelle Abbas-Mirza à établi ur arsenal organisé à l’européenne, et qui passe pour le plus bel établissemnt militaire de la Perse. Les hautes murailles de Tauris sont garnies de tours que ce prince a essayé de transformer en bastions. Cette ville est la seconde de la Perse, bien que sa population ne soit que de 30,000 âmes. Lorsqu: Chardin !a visita, elle en contenait selon lui près d’un million; mais elle est tellement exposée aux tremblements de terre que la plupart des édifices que’ ce voyageur y remarqua n’existent plus; que le Meïdan est encore couvert de ruines, et que les environs de la ville ont été bouleversés.
La partie sud-ouest de l’Azerbeïdjan, qui, outre Tauris, renferme la ville de Maragha, est presque entièrement comprise dans le bassin du lac d’Ourmiah. Les bords de ce lac sont garnis de carrières de marbre. À une lieue de la côte occidentale s'élève, entre des montagnes escarpées, la ville qui donne son nom au lac et qui passe pour être la patrie de Zoroastre. L'hiver y règne pendant neuf mois. Ourmiah, ou bien Ouroumieh, signifie ville romaine, parce qu'après la destruction d’Antioche elle fut peuplée avec les habitants captifs de ceile-ci. Maragha, cité de 412,000 âmes, est grande et passe pour une des principales places fortes de la Perse. On y remarque de vastes souterrains taillés dans le roc et les restes d’un superbe observatoire. Selmas, entourée de jardins délicieux, et renfermant 15,000 individus, en partie nestoriens, possède des sources d'eaux sulfureuses. M. Ker-Porter a découvert dans son voisinage un monument curieux. C’est une sculpture représentant deux cavaliers armés, qui reçoivent des tributs de peuples vaincus. La coiffure de ces cavaliers a cela de remarquable awelle est plus volumineuse que les perruques à la Louis XIV. Maintenant,
au contraire, tous les peuples asiatiques sont dans lusage de se raser la