DR RD AE ER
ASIE. — LA PERSE. d31
politesse des habitants et à excellence de la police, excusent les prétentions des habitants de Schiraz, qui assurent que leur ville n’a pas d’égale dans l’univers. De si charmantes scènes étaient bien capables d’inspirer la verve d’un Hafiz, d’un Saady ou d'un Djamy. Mais ce qui sans doute animait le plus ces poëtes élégants et tendres, c’étaient les dames de Schiraz, si célèbres par leur beauté et surtout par leurs grands yeux noirs. Hélas! cette ville joyeuse et‘pacifique n’a pu échapper au démon des révoiutions politiques. Prise d'assaut plus d’une fois, elle a été livrée aux flammes et aupillage. Souvent aussi les tremblements deterre y ont exercé leurs ravages : en 1824 elle en ressentit un qui renversa ses principaux édifices, et fit périr 2,000 habitants.
On ne peut faire un pas en Perse sans rencontrer quelque monument de la cruauté des conquérants et des vicissitudes humaines. A 42 lieues au nord-est de Schiraz, et à 3 licues ou 4 lieues à l’est du bourg de Haïn, célèore par ses grenades, se trouvent les ruines fameuses d’Istakhar ou Persépolis, ancienne capitale de la Perse, détruite non pas par Alexandre, comme dit Quinte-Curce, mais au septième siècle, par les Arabes, ainsi que l’a prouvé M. Langlès dans un savant et curieux Mémoire!. Ces ruines occupent une étendue de plus de 8 lieues, au nord-ouest, au nord, au nord-est de Schiraz ; sur emplacement s’étendent des champs fertiles et s'élèvent plusieurs villages, entre autres Mourghab et Merdacht. Les principales sont situées sur une éminence en forme d’amphithéâtre d’où l’on jouit de la vue d’une plaine immense. Les restes de l’ancien palais occupent une plate-forme taillée dans le roc, dont les quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux. La montagne est un ensemble de plusieurs terrasses les unes au-dessus des autres, où l’on monte par un escalier de marbre bleu de 500 marches, sur lequel dix cavaliers pourraient passer de front. Au haut de chaque terrasse se trouvent des restes de portiques et des chambres spacieuses. Les premiers objets qui frappent la vue sont deux portiques de pierre, qui peuvent avoir chacun 16 mètres de haut. Deux sphinx debout, et d’une énorme grosseur, en ornent les côtés, dont la partie supérieure est couverte d'inscriptions grecques, arabes, koufiques, persanes, et en caractères à les de clou. Non loin des portiques, on monte par un escalier assez doux à la grande salle des colonnades. Les deux côtés de cet escalier sont chargés d’une foule de figures en bas-reliefs, dont
1 Mémoire sur Persépolis, d’après les écrivains orientaux, dans la Collection des Voyages de M. Langlés, HI, 199 sgg.
plusieurs, placées d'espace en espace, tiennent des vases à la main. Des chars £e triomphe à la romaine, des chameaux, des chevaux, des bœufs et et des moutons, font partie de cette sorte de cortége. Au bas de l'escalier on remarque un lion saississant un taureau. Quant aux colonnes qui formaient la salle dont nous venons de parler, ilen reste encore quinze entières et debout. Elles ont de 20 à 30 mètres de hauteur, et on peut les regarder comme des chefs-d’œuvre de construction.
Vers le fond, contre le rocher auquel le gigantesque palais était adossé, on remarque deux tombeaux taillés dans le roc et dont on w’a point encore pu découvrir l'entrée. Les escaliers, les portiques, toutes les parties de l'édifice sont en marbre, et les pierres, bien qu’aucun ciment ne les retienne, sont si bien liées ensemble, qu’il faut beaucoup d'attention pour en distinguer les jointures. Quelques-uns des bas-reliefs qui ornent le palais représentent ici un prince recevant les grands de sa cour, là des cérémonies religieuses. Dans quelques-uns ce sont des combats d'animaux la plupart fabuleux. Ailleurs c’est un personnage de haute stature, couvert de longs vêtements, la tiare sur la tête et le sceptre à a main; derrière lui sont des figures de moindre dimension sans coiffure : l’une portant un parasol qu’elle étend au-dessus de la tête du principal personnage, l’autre tenant un chasse-mouches.
Ne pouvant décrire en détail ces magnifiques restes, nous nous bornerons à faire observer que tout le palais a 1400 mètres de circonférence ; la façade a 600 pas du nord au sud, et 390 de l’est à l’ouest. Il est connu dans l'Orient sous le nom de Tchihil-Minar, c’est-à-direles quarante colonnes, et sous celui de Takht-Djemchyd, ou trône de Djemchyd 1.
D’après les recherches de plusieurs savants recommandables, tels que MM. Silvestre de Sacy, Grotefend, de Hammer et Saint-Martin, qui ont étudié les inscriptions &e ce palais, tout porte à croire que c’est celui qui fut brülé par Alexandre, lorsque égaré par les fumées du vin, äl voulut signaler à jamais la chute de l'empire de Cyrus. Saint-Martin rapporte à la langue se#de les inscriptions en têtes de clou. Sous le nom de Dareïousch il y reconnait Darius; sous celui de Vyschtasp, Hystaspes, et sous celui de Khschéarschah, le nom origiual de Xercès, comme on dirait aujourd’hui d’unroi de Perse qui se nommerait Khschéar, Schah-Khschéar où Khschéur- Schah. Sur l’une de celles qu’a données Niebubr il a lu : Darius, roi puis-
1 Persepolis illustrata, Londres, 1739, in-folio. Chardin, VII, 247 sgq. Niebuhr, Voyage IE, 121 sgg. Valentyn, Kæmpjer, elc. Comp Diodor. Sic.