‹ Géographie complète et universelle ou Description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau [microforme]Chapitre 95 sur 108 · DO C3 CS · texte numérisé non relu

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fermier; s’il fournit la semence, il perçoit en outre, à titre d’intérêt, un dixième de la récolte totale; enfin s’il fournit les bestiaux pour le labour, il a les deux tiers de la récolte et quelquefois plus, mais alors il se charge de paver les contributions. Les fiefs, ainsi que les terres concédées par le roi, n'étant soumis à aucun impôt, l’usufruitier perçoit seulement trois dixièmes du revenu, parce que le droit de propriété et l’impôt absorberaient ces trois dixièmes.

L’impôt foncier ou maliat se paie à la couronne partie en nature et partie en argent. C'est en nature que le roi reçoit le cinquième des céréales, du tabac, de l’indigo, du coton, de la soie et et d’autres denrées de quelque valeur; mais pour les légumes et les fruits des jardins qui entourent les villes et les villages, il se fait donner de l’argent. Autrefois cet impôt était du dixième, aujourd’hui il est du cinquième, et est levé par les soins de percepteurs qui achètent et revendent leur emploi et qui ne livrent que la quantité due, mais qui trouvent un grand bénéfice dans les extorsions dont ils accablent les contribuables.

Les animaux sont également imposés : un cheval paie un réal (52 c.) par an, un chameau ou un bœuf, les quatre cinquièmes d’un réal, un mouton et une chèvre, le tiers d’un réal, et une ruche d’abeilles le sixième de la même monnaie. La quotité de l’impôt personnel et celle de la taxe des maisons sont difficiles à déterminer ; on sait seulement que les Arméniens, les juifs et les Guèbres paient une capitation plus forte que les mahométans; elle varie de 3 à 8 réaux, suivant les provinces. Les habitants des villes en sont exempts. Les boutiques et les magasins paient, suivant l'importance du commerce des marchands. depuis 2 jusqu’à 20 réaux.

Par ces impôts on voit que le paysan est fort obéré; il est certain aussi que le boutiquier (dukandar) l'est moins, et que le marchand ou nègociant (sewdagher) l’est encore moins, puisqu'il ne paie que des droits de douane et d’octroi.

Les marchandises étrangères sont soumises à un droit d’entrée de 5 pour cent; mais il existe en outre un grand nombre de douanes particulières (goumrouk-khané), où les marchandises qui ont déjà payé le droit d’entréeen paient un nouveau de 4 à 2 1/2 pour cent. Ces douanes sont affermées à un prix énorme, de sorte qu’il n’est pas de vexations dont le fermier n’accable le marchand pour augmenter ses propres bénéfices.

Les impôts que nous venons d’énumérer ne sont pas les seuls que le peuple ait à supporter : il en est un, le sadr, ou tribut extraordinaire, qui est de sa nature tout à fait vexatoire. Ainsi l’habitant est obligé de fournir

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de chevaux, de grains, de fourrages, de moutons, etc., le roi, les princes, les hauts fonctionnaires, les ambassadeurs étrangers, lorsqu'ils voyagent ; d’approvisionner les troupes en marche, d’héberger les courriers, et d’entretenir les routes, les ponts, les édifices publics.

Ce n’est pas tout : nous n’avons pas encore parlé du pichkech, présent que le roi reçoit à la fête du Méw-rouz. C’est un impôt qui passe pour volontaire, mais qui ne laisse pas d’être très-onéreux pour le raÿa (retiel), parce que les gouverneurs, dans lespoir de mériter la faveur du souverain, cherchent à se surpasser les uns les autres dans l'importance du présent. Les simples courtisans n'ont garde de se présenter chez le roi sans être munis au moins d’une bourse pleine d’or; et ceux qui ne peuvent apporter ni or, ni argent, ni pierres précieuses, donnent des chevaux, des châles, et d’autres objets de valeur. A cette époque tout s’offre et rien n’est refusé. On évalue à plus de 4,500,000 tomans, ou plus de 30,000,000 de francs, la valeur des présents qui viennent s’engloutir dans le trésor du roi pendant la durée de cette fête.

On assure que la couronne tire un revenu considérable des édifices publics, mais nous n’avons aucune donnée sur son importance. Bien qu’il soit impossible de connaître ou d’évaluer d’une manière exacte les revenus de la Perse ou de son souverain, ce qui est absolument synonyme, nous croyons qu’ils ne s’élèvent pas à moins de 2,500,000 tomans qui, calculés en monnaie française, forment 50,000,000 de francs.

Cette somme, dans un État comme la Perse, où les objets nécessaires à la vie sont à un taux bien moins élevé qu’en Europe, doit suffire non-seulement à l'entretien de l’armée et aux autresdépenses publiques, mais à celles du monarque, qui sont très-considérables, lorsque l’on songe à ce que doit coûter un harem composé de 300 femmes, avec domestiques. esclaves, eunuques et autres employés, la solde des gardes du corps, l'achat et l’entretien des bêtes de somme, des chevaux, des chameaux et des équipages du roi, la réparation des châteaux royaux, le salaire des fonctionnaires publics, les pensions faites aux membres de la famille royale qui, à l’exception de 19 ls et petits-fils soutenus par les revenus de divers gouvernements qui leur sont confiés, s’élèvent à des sommes importantes ; enfin les cadeaux faits par le prince, non-seulement aux différentes personnes qui composent sa cour, mais aux étrangers de distinction. Cependant il est probable que les guerres malheureuses que la Perse a soutenues depuis une vingtaine d'années, que la perte qu’elle a faite de quelques-unes de ses provinces, ont dù considérablement diminuer les ressources de cet État,

et peut-être même absorber en grande partie le trésor immense que le dernier Schah conservait dans son palais à Téhéran, .

Ce n’est pas seulement le traitement des fonctionnaires, quel que soit cas leur rang, qui peut obérer le trésor royal, puisque l’on sait qu’ils sont en général très-peu rétribués. Mais il est bon de répéter que, dans les provinces, c’est le peuple qui est victime de la parcimonie du gouvernement : ainsi certaines classes de fonctionnaires, qui sont payés en traites sur les districts qu'ils administrent, obtiennent par leurs exactions le double et le triple de ce qui leur est alloué; ceux qui sont rétribués sur les fonds du trésor n'ont pas toujours, à la vérité, cette ressource désastreuse pour le pays, mais le roi les indemnise quelquefois par de riches présents. Il est vrai encore que, lorsque ces fonctionnaires ont acquis quelques richesses, le monarque absolu les dépouille suivant son caprice, Aussi la Perse est-elle le pays où le peuple est le plus écrasé d'impôts, et la haute classe la plus endettée, la plus mécontente et la plus démoralisée. Quelle perspective encourageante pour les projets ambitieux de la Russie ! Déjà cette puissance a su importer chez les Persans le fléau du jeu, ct,

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L'armée persane se compose de milices provinciales ‘et de cavalerie fournies par les tribus nomades, soldats presque indisciplinés, et de troupes

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exercées et équipées à l'européenne , et que l’on désigne sous le nom de \ se kouchouni-akavi, c’est-à-dire troupes à 1: solde du roi. Elle est conséquem- au ment divisée en deux grandes classes : les dyanbaz, ou soldats soumis à ajot l’ancienne discipline, et les serbaz, ou soldats soumis à la nouvelle. On y et u distingue plusieurs corps particuliers : les zemboureklchi, artilleurs montés oi sur des chameaux; les kechikdji, gardes du corps répandus dans les diffé- qui rentes résidences royales, et formant un total de 3,000 hommes, et les ire ghoulam, gardes du corps à cheval, qui ne quittent jamais le roi, et qui sont ou au nombre de 3 à 4,000. Outre leur service habituel, ils sont souvent bi chargés de missions qui exigent de l’activité et une fidélité à tou.e épreuve; Hé quelquefois ils sont employés dans des affaires importantes ; on leur confie {or même la perception de quelque impôt extraordinaire; c’est alors qu'ils do

savent tirer de leur position des prolits considérables : aussi l’arrivée d’un | ghoulam dans un canton est-elle souvent considérée par les habitants comme at un véritable fléau; la terreur qu’elle inspire est si grande, qu’à son ap- di proche ils s’enfuient épouvantés dans les montagnes ou dans le canton api voisin.

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Les généraux portent le titre de kan ; les grades inférieurs se désignent par les noms de bin-bachi, iouz-bachi, pendjah-bachi et dehbacki, c’est-àdire chefs 1,000, 100, 50 et 10 hommes.

Comme la Perse ne possède ni hôpitaux militaires ni magasins pour l’approvisionnement de l’armée, le soldat est obligé de se fournir, sur si solde annuelle, de tout ce dont il a besoin. Cette solde varie de 6 à 7 tomans (120 à 140 fr.) par soldat, et de 20 à 30 (400 à 600 fr.) par officier. La paie la plus haute pour un officier supérieur est de 500, 1,000 et même 2,000 tomans par an. Quant aux chefs des nomades, leur traitement n'est point fixe; il est proportionné au nombre d'hommes qu’ils commandent.

Les armes en usage dans l’armée persane sont le fusil à mèche, la carabine, le sabre, le pistolet, de longues lances en bambou flexible, des boucliers, des javelots et des masses d'armes. La cavalerie turecomane porte aussi des ares et des carquois. L’infanterie est peu nombreuse. L’artillerie est le corps le plus mal organisé; elle est même presque toujours un embarras dans une bataille, parce qu'elle n’est pas pourvue des munitions nécessaires : aujourd'hui elle à rarement plus de 20 à 25 charges par pièce, etil arrive souvent qu'avant la fin d’une affaireelle devient tout à faitinutile. C'est au prince Abbas-Mirza qu'elle doit son organisation. Le voyageur Morier, qui fut attaché à une ambassade anglaise en Perse, raconte qu’un jour que l’on parlait au prince du projet de soumettre les Tatars Ouzbeks, celui-ci s’écria : « Oh! rien n’est si facile! Je me rappelle le temps où nous autres Persans nous ne valions guère mieux qu'eux. Le Schah mon père, ajouta-t-il, assiégeant une fois un fort, n'avait qu’une seule pièce de canon

et trois boulets ; et cependant on regardait cela comme quelque chose. [ tira deux deses boulets sur les ennemis et les somma de se rendre; les assiégés, qui savaient qu’il n'avait qu'un boulet de reste, lui répondirent : Pour Dieu! tirez-nous votre dernier boulet et laissez-nous tranquilles. » Cette réponse, toute plaisante qu’elle est, n’est cependant pas sans justesse : les Persans couronnent leurs ouvrages de construction par les plus grosses pierres au lieu de les placer dans les fondations ; il s'ensuit que la plupart de leurs forts s’écroulent facilement; dès lors on conçoit qu’un boulet de plus ou de moins n’est pas une chose indifférente,

Les troupes persanes marchent presque toujours de nuit, à la elarté de torches allumées et au son d’une musique bruyante. Elles vivent, avonsnous dit, sur le sol persan, aux dépens des habitans: de sorte que leur approche est aussi redoutée que celle d’une armée ennemie, Précédées de

leurs bagages, elles avancent toujours dans le plus grand désordre, pillant et saccageant les pays qu’elles traversent. Lorsqu'un khan arrive dans le lieu désigné pour le quartier-général, ses gens renversent les habitations et les murs de clôtures pour donner passage aux troupes, construisent une habitation pour le chef, et détournent toutes les eaux courantes pour les amener dans leur camp. Pendant la nuit personne ne fait sentinelle; les cavaliers mettent des entraves aux pieds des chevaux, et toute la troupe se livre au sommeil, restant exposée au danger des surprises nocturnes.

Tel est l’état géographique et moral actuel de la Perse ; ce beau pays, de plus en plus affaibli par les progrès de ses ennemis, est peut-être destiné à servir de champ de bataille aux Russes, qui chaque jour cherchent à étendre leur influence vers l’Asie centrale et même vers l'Inde, et aux Anglais qui a tout prix veulent conserver le monopole asiatique.

TABLEAU COMPARATIF des divisions anciennes et modernes de la Perse.

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