XVI PRÉFACE
le soleil et la lune qui brillent dans le firmament; le soleil, foyer de lumière qui produit le jour; la lune qui, comme un flambeau, dissipe l’obscurité des nuits. Ces signes miraculeux l’instruisent de la marcbe des saisons et des révolutions des siècles. 11 remarque ensuite la terre dont cette même volonté fixa le berceau, détermina f étendue, des entrailles de laquelle elle fit jaillir les eaux, principes vitaux de la végétation et aliments nécessaires de la fertilité des campagnes et de la fraîcheur des prairies; la terre quelle permit à la jouissance et à la demeure de fhomme, objet de prédilection dans les mouvements imprimés à tous les corps célestes, de fbomme à qui cette divine volonté inspira f instinct nécessaire pour distinguer le bien du mal et futile du dangereux, et accorda la facilité de se transporter là où il lui plairait, par terre et par mer, à travers fimmensité des espaces. Tout prouve fexistence du Créateur.
Au nombre des êtres formés par cette divine volonté, l’œil ne peut en remarquer, ni fesprit en ^imaginer un plus accompli que f illustre Roger, roi de Sicile, d’Italie, de Lombardie et de Calabre, prince romain Ce
grand roi, que le ciel a comblé de gloire et de puissance, protecteur de la religion du Christ, est le plus célèbre et le meilleur d’entre tous les monarques. Sa volonté absolue est le mobile de sa conduite dans les affaires. Il lie et délie suivant son caprice; il gouverne et juge avec équité et impartialité ses peuples, et écoute leurs plaintes avec patience et attention. Il a établi dans f administration de ses états f ordre le plus admirable et les éléments du bonheur le plus parfait ; il a porté ses armes victorieuses de l’aurore
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au couchant, témoin les contrées voisines ou lointaines qu’il a soumises à son obéissance; témoin les souverains du même culte que le sien, dont il a humilié l’orgueil. 11 doit ces étonnants succès à la valeur de ses armées bien pourvues de toutes choses, à la puissance de ses flottes dont le ciel protège les opérations. Sa gloire brille aux yeux de tous; son nom remplit le monde, est dans toutes les bouches, retentit dans toutes les oreilles. Quel désir forme-t-il qui ne soit suivi du plus prompt accomplissement.*^ Quel projet, tout difficile qu’il puisse paraître, ne parvient-il pas à exécuter.^
Les honneurs et les dignités sont le partage de ses partisans et de ses amis, la ruine et l’humiliation celui de ses antagonistes et de ses adversaires. De combien de grandeurs n’a-t-il pas jeté les fondements.*^ Le lustre dont il environne ces dignités brille dans le monde de l’éclat des fleurs dans un parterre, est beau comme la verdure des arbustes, ornement des bosquets.
Ce grand monarque joint les belles qualités du cœur à la noblesse de la naissance, la pureté des mœurs à la beauté des actions, le courage à l’élévation des sentiments, la profondeur du jugement à la douceur du caractère, la justesse de l’esprit à une admirable intelligence des affaires et à un coup d’œil pénétrant qui, comme un trait rapide, va droit au but, et lui fait juger de tout sans erreur. Les portes des événements futurs, fermées pour les autres, s’ouvrent devant lui. Tout l’art de gouverner est venu se fixer en sa personne; les rêves de son sommeil même sont des bienfaits pour l’avenir; la justice et l’impartialité sont les bases de sori administration; ses libéralités, semblables
xviii PREFACE
aux vagues de l’océan, sont aussi bienfaisantes que les pluies qui fécondent la terre; ses connaissances en matliéinatiques et en littérature sont immenses; l’étude approfondie qu’il a faite des sciences l’a conduit aux découvertes les plus extraordinaires; enfin, la réputation dont jouit ce grand prince est tellement supérieure à celle des autres souverains, qu’il est inutile de chercher à prouver une teile vérité par des exemples; les principales cités de la terre sont remplies de son nom. S’il fallait énumérer les merveilles qu’il a produites, mes poumons seraient fatigués et ma respiration ne pourrait suffire. Quel est celui qui, voulant compter tous les cailloux de l’univers, parviendrait à en connaître le nombre d’une manière précise?
Lorsque f étendue de ses possessions se fut agrandie, que le respect qu’on portait à ses sujets se fut partout accru, et qu’il eut soumis à sa puissance des domaines conquis sur des princes chrétiens, ce prince, par suite de fintérêt qu’il portait aux études nobles et curieuses, s’occupa de la statistique de ses vastes états. 11 voulut non-seulement connaître d’une manière positive les limites dans lesquelles ils étaient circonscrits, les routes de terre et de mer qui les traversaient, les climats dans lesquels ils se trouvaient situés; les mers qui baignaient leurs rivages, les canaux et les fleuves qui les arrosaient ; mais encore ajouter à cette connaissance celle des pays autres que ceux qui dépendaient de son autorité, dans tout fespace qu’on s’est accordé à diviser en sept climats, en s’appuyant sur fautorité des écrivains qui avaient traité de la géographie et qui avaient cherché à déterminer fétendue, les subdivisions et les
DE L’AUTEUR, dépendances de chaque climat; à cet effet il fit consulter les ouvrages suivants : •
Le livre des Merveilles de Mas’oudi ^ ;
Le livre d’Abou-Nasser Saïd-el-Djihani
Le livre d’Abou’l-Casem Abdallah-ben-Khordadbèh ^ ;
Le livre d’Ahmed-ben-el-A’dri ^ ;
Le livre d’Abou’l-Casem Mohammed el-Haukali el-Bagbdadi ^ ;
Le livre de Djanakb ben-Khacan el-Kimaki
Le livre de Mousa ben-Casem el-Cardi ’ ;
Le livre d’ Ahmed ben-Ia’coub, connu sous le nom de lacfouli
Le livre d’Is’hak ben-el-Hasan, l’astronome^;
Le livre de Kedamah el-Bassri ;
Le livre de Ptolémée de Claudias
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" çjIaS^ La ville de Claudias était située dans l’ancienne
Comagène, non loin de l’Euphrate. Voyez d’Anville, Géographie ancienne, tome II, page 137.