‹ Géographie d'EdrisiChapitre 37 sur 72 · KABOUL · texte numérisé non relu

KABOUL

« en guerre avec ceux de Kaboul , » laquelle est une ville indienne voisine du Tokharestan grande et bien bâtie.

Ses montagnes produisent du bois d’aloës excellent, et ses environs, des noix de coco et des myrobolans de l’espèce qui tire son nom ( Kabouli ) de celui de cette ville , et qui croît dans les montagnes. « Dans les lieux bas , on sème des bulbes de safran en

‘ Je traduis ainsi par conjecture, car le mot manque.

^ Le ms. A. présente ici une lacune que nous remplissons au moyen du ms. Asselin et de l'Abrégé. ''

« quantité, et cette substance devient l’objet d’un commerce Feuillet 47 recto. « d’exportation considérable. C’est un objet d’un produit éventuel « qui dépend de l’état de l’atmosphère. La ville de Candahar est « défendue par une citadelle très-forte, située sur un rocher es- « carpé qui n’est accessible que par un seul chemin ; elle est habitée « par des musulmans ; il y a un quartier dont la population est «juive infidèle. Aucun roi ne peut prendre le titre de Chah,

« si ce n’est après avoir été inauguré à Kaboul. En vertu d’une « ancienne loi, la prise de possessioh du pouvoir a lieu dans « cette ville, où l’on accourt des pays étrangers et de très-loin.

« Dans les terres fertiles du pays de Kaboul, on cultive beau- « coup d’indigo de qualité supérieure à toute autre, et qui, par « ce motif, est très-renommé et fait l’objet d’un grand com- « merce. On y fabrique aussi quantité d’étoffes de coton qui s’ex- « portent en Chine, dans le Khorasan et dans le Sind. » Il y a dans les montagnes de Kaboul des mines de fer très-connues. Ce métal est d’une couleur grise, marbrée, et devient très-tranchant h

Arzelan Khaouas (j-l^ et Khibar jj^ sont, ainsi que

divers villages et lieux fortifiés, des dépendances de Kaboul. De Kaboul à Khaouas, on compte 4 journées.

De Khaouas à Hasek 5 journées.

De Hasek à Kaboul, par un pays assez uni, 3 journées.

De Kaboul à Kalbata iUaxfe', 4 journées. teuiUet 47 verso.

Kalbata et Roumela «X — sont sur la limite du désert qui sépare le Moultan du Sedjestan. Ce sont deux pays de moyenne grandeur, habités par des Sindi, des Indiens et un. petit nombre de Sedjestani. Ils produisent du blé, du riz et des fruits en petite quantité. « On y boit de l’eau de source et de puits, et « on y fabrique des étoffes de coton qui se débitent dans le voi-

‘ Ces détails sont très-exacts, mais ils n’ont été qu’imparfaitement rendus par les auteurs de la version latine.

« sinage. A l’orient du Moultan est la ville d’Aughocht « située à 4 journées de Candahar, et à une égale distance de « Moultan. Dans ses environs, le cana croît en faible quantité. « Ses habitants sont peu nombreux, mais riches. » D’Aughocht à Roumela , i o journées.

De Roumela à Kalbata, 3 journées.

D’Aughocht à Sandour , 3 journées.

Voilà tout ce que nous avions à dire, relativement aux pays compris dans la présente section. « Quant à la partie maritime , ce que « nous avons rapporté des îles qui s’y trouvent paraît suffisant. « Cependant, il est bon de savoir que celui qui part de l’île de « Serendib ( Ceylan ) dont il a été question dans le pre-

« mier climat, et qui désire aborder sur le continent par le che- « min le plus court, doit attérir sur la côte de Djerahatan « qui n’en est qu’à un peu moins d’une demi -journée. S’il est « forcé de courir vers l’est, il abordera soit à Kaïkasar jLJCæ , « soit au pied de la montagne el-Omry laquelle est très-

« haute, court vers le nord et forme un grand rescif dans la mer. « De ce rescif à Serendib, on compte environ 4 journées. Toute « cette montagne fort connue , ainsi que nous l’avons dit plus « haut, est couverte de bois de bresillet qui s’exporte au loin. « La racine du brésillet calme sur-le-champ les douleurs occa- « sionnées par la morsure des serpents. »

‘ V Abrégé porte Arghost.

Suite de l’Inde. — Chine.

Cette section comprend diverses villes de ITnde et de la Chine; les premières sont Aourchin sur le bord de la

mer, Loukin Cakela J — ïlï, Atragha ; et les villes

chinoises, Tarighourghan Cattighora Kach-

ghara Khaïgoun Asfiria L»^.juuw1, Asfira Ij —

Boura Toukha Atraghan et Carnaboul

dans l’océan, les îles d’ Aourchin et de Senasa ' — wLu,.

Chacune de ces contrées offre des particularités que nous allons décrire, avec le secours divin.

Aourchin est une petite ville sur le rivage de la mer;

mais ce quiTui a valu quelque célébrité , c’est l’île du même nom , île qui est d’une vaste étendue, couverte de montagnes et de forêts, « où l’on voit une grande quantité d’éléphants, à la chasse desquels « on se livre pour obtenir l’ivoire , dont il se fait une exportation « considérable. Les rapports au sujet de la manière dont se fait « cette chasse varient beaucoup. D’après un grand nombre de re- « lations, il paraît que les chasseurs se rendent dans les lieux où « l’éléphant a coutume de passer la nuit ou q^u’il fréquente, et « y creusent des fosses semblables à celles que pratiquent les « Berbers pour la chasse au lion. L’ouverture de la fosse est « large , et le fond étroit. Ils en couvrent la superficie de bran-

‘ Le ms. A. et l'Abrégé portent Aurisin ^ ■ Askiria et Askira

Feuillet 47 verso.

ILE d’aol’bchin.

Feuillet 48 recto.

Feuillet 48 recto.

« elles d’arbres, d’herbes et de terre, afin qu’elle ne soit pas « apparente. Lorsque les éléphants viennent, soit pour passer la « nuit, soit pour se désaltérer dans les lieux où ils ont coutume « de le faire, si l’un d’eux vient à passer au-dessus de la fosse,

« il y tombe et les autres prennent la fuite. Les chasseurs le « voyant tomber dans ce piège , se hâtent de sortir de leurs re- « traites, accourent, ouvrent le ventre et déchirent les entrailles '< de l’animal , et le laissent mourir pour revenir ensuite le dé- « pecer, retirer les chairs par fragments et en extraire l’ivoire et « les os des jambes. D’autres relations de l’Inde portent que les élé- « pliants, dans leur pays, marchent en troupes, passent la nuit dans « les forêts au nombre de deux, de trois ou de quatre ensemble,

« et cherchent quelque arbre pour s’appuyer et dormir les uns « sur les autres, mais debout, à cause de fépaisseur de leur tarse « et de la longueur de leurs jambes. Les chasseurs viennent de « jour, coupent la majeure partie du tronc de l’arbre, en sorte « qu’il ne tient presque plus à rien. Lorsque la nuit arrive et que « les éléphants viennent, selon leur coutume, pour reposer adossés « contre farbre , leur poids simultané fébranle , le f^t tomber et « occasionne ainsi leur chute. Alors les chasseurs accourent avec

« des pieux , leur brisent la tête et en retirent f ivoire, qui se vend « dans le commerce à très-haut prix, et qui, transporté au loin, « est employé à la fabrication de divers objets. On dit que les « deux grosses défenses de félépliant pèsent quelquefois i 6 can- « tars et plus h

« Quant à ce qui concerne la reproduction de l’éléphant, les « marchands qui font les voyages de f Inde racontent que la fe- « nielle met bas ordinairement dans des eaux dormantes; qu’aus- « sitôt que le "petit y est tombé , la mère s’empresse de le re- « lever sur ses jambes, de le faire sortir de beau et de le lécher « jusqu’à ce que sa peau soit bien sèche, et qu’elle lui enseigne

‘ De 3 à /ioo kilogrammes.

« ensuite à marcher jusqu’à ce qu’il ait acquis toute sa force. Feuillet 48 recto « Béni soit le créateur de toutes choses ! On ne connaît parmi « les quadrupèdes aucun animal plus intelligent ni plus facile « à dresser. Une chose qui lui est particulière, c’est qu’il ne porte « jamais ses regards sur les parties sexuelles de l’homme.

« Les princes indiens sont jaloux de posséder beaucoup d’élé- « phants. Ils les payent fort cher, en ont grand soin, en élèvent « de jeunes pour lès accoutumer à la compagnie de l’homme,

« et en mènent de grands à la guerre, chargés de douze hommes «' armés et cuirassés de fer. Un homme s’assied sur le cou de « l’animal, armé d’une pique au lieu de bride, le frappe sur la Feuillet 48 verso. « tête avec un pieu de bols ou avec tout autre instrument dls- « posé à cet effet, et dirige ainsi l’animal. Les éléphants, à la « guerre, se ruent les uns sur les autres, en sorte que le plus fort « abat le plus faible. Ils reviennent volontiers à la charge après « un premier assaut. Toutes ces particularités sont très-connues « dans l’Inde. Il naît beaucoup de ces quadrupèdes dans l’île « d’Aourchin ; on les transporte de là dans tout l’Indos-

« tan. On y trouve aussi des mines de fer et de la rhubarbe qui « croît dans les montagnes ; on sait que la rhubarbe de Chine est « plus estimée que toute autre, attendu qu’elle est plus dure, mieux colorée et plus elficace dans les maladies du foie et au- « très. On trouve également dans cette île un arbrisseau qui res- « semble au ricin si ce n’est qu’il porte beaucoup d’épi-

« nés proéminentes qui empêchent de, le palper; on l’appelle « Chehghir ; ses racines sont noires. Les princes chinois et

« indiens s’en procurent pour en extraire un poison violent ;

« c’est une chose connue. En effet, lorsque ces princes veulent « faire mourir quelqu’une de leurs femmes, un domestique ou « toute autre personne, ils emploient toujours le poison.

« Dans tous les golfes des côtes de la Chine et des Indes, on « voit dans la mer des reptiles luisants, de couleurs variées et

Feuillet 48 verso.

KACHGHARA.

Feuillet 49 recto.

RHAIGHOÜN.

« d’espèces diverses. Les navigateurs les connaissent, les distin- « guent, comprennent, par la distinction de leurs espèces, à « quel golfe ils appartiennent, et se dirigent en conséquence.

« C’est un fait également très-connu. Ces reptiles se nomment « en indien Mizrat »

D’Aourclïin à Loukin , jolie ville à l’embouchure d’une rivière où les vaisseaux mouillent, on compte, en suivant le rivage, 3 journées.

De là à Tarighourghan ville bien bâtie sur le bord

de la mer, 4 journées.

Vis-à-vis de Tarighourghan et à une demi-journée de navigation, est une île fréquentée par les voyageurs. On dit qu’il y existe un puits d’où il sort des flammes qui paraissent et disparaissent par intervalles. De là à Cattighora ville située sur

les bords de la mer, à l’embouchure d’une rivière et où l’on fait de bonnes affaires de commerce, 6 journées.

Cattighora est comptée au nombre des dépendances de la Chine.

De là à Senf ljUUs, île chinoise, dont il a été question dans le premier climat V 3 journées.

De là à Kachgara 4 journées.

« Kacbghara est une ville chinoise, florissante et bien peuplée. « Il s’y fait un commerce considérable de toute sorte de mar- « chandises et beaucoup d’expéditions , en sorte que c’est une « place très-animée. Elle est située sur une petite rivière venant « du nord et prenant sa source dans la montagne de Cattighor « où se trouvent des mines d’argent dont le minerai est

« de quabté supérieure, et facile à extraire pur de sa gangue. »

De Kacbghara à Khaïgboun 8 journées.

« Kbaïglioun est une ville chinoise , commerçante et fréquen- « tée. On trouve dans son territoire l’animal qui porte le musc

‘ Voyez ci-dessus, pag. 83.

« et la civette. Le premier est une espèce de chèvre ou plutôt de '< gazelle , mais il est plus petit ; sa peau est de couleur fauve ti- « rant sur le rou’ge, et douce au toucher ; il se nourrit de plantes « odoriférantes, ef il porte une poche ou vésicule renfermant « une llcjueur qui est d’abord rouge comme du sang, et qui de- « vient ensuite violette; cette poche tient au cordon ombilical « auquel est attaché le jeune chevreau. L’animal, fatigué de la « porter, la déchire tantôt avec ses ongles, tantôt avec ses dents, « et elle tombe alors. L’auteur du livre des Merveilles rapporte « qu’il existe dans le Tibet, près la ville de Wahlan deux

« moiitagnes séparées par un cours d’eau, où croissent, en quan- « tlté, le nard J— s»-*- et d’autres plantes aromatiques, et où paissent « beaucoup de chevrettes musquées ; elles viennent à ce cours « d’eau pour enfler leurs vessies, les remplir de sang, et ensuite « s’en débarrasser. La chasse de cet animai a Heu à des époques « déterminées ; on le poursuit afin d’en obtenir le musc ; à cet « effet, après l’avoir saisi, on le transporte dans les lieux où il « a été chassé; il s’y apprivoise facilement, car il n’est pas très- « farouche.

« Quant à la civette «.sLj, on la trouve dans tous les pays « compris dans le second climat sans exception. C’est un anl- « mal qui ressemble entièrement au chat, si ce n’est qu’il est « plus grand. On l’enferme dans de grandes cages où on le nour- « rit de viandes ; vers la fin du printemps et les premiers jours « de l’été, il commence naturellement à transpirer par les testi- « cules ; lorsqu’on s’en aperçoit, on recueille le produit de cette « transpiration dans une bourse de drap, et c’est là la civette pure. « On remet l’animal en cage comme auparavant, jusqu’à ce qu’une « seconde et une troisième transpirations aient lieu, et ainsi de « suite, depuis le commencement de l’été jusqu’à la fin de l’aii- « tourne. On trouve des civettes en quantité dans l’Afrique occi- « dentale, et particulièrement aux environs de Meltsemin

Feuillet 49 recto.

Feuillet 49 recto. « C’est un animal très-connu; nous l’avons vu de nos propres « yeux.

« La ville de Khaïghoun est défendu^ par une forte

« citadelle, et entourée de jardins qui ne produisent ni raisins, « ni figues, sur les bords d’une rivière qui se jette dans le Kham- « dan chinois. De là à Asfiria L^juwl , qui dépend de la

« Chine, on compte 4 journées.

asfiria. « Asliria est située sur une rivière qui se jette dans le Kham-

« dan. Elle est bien peuplée et sert de résidence à des princes Il et à d’autres personnages ou agents du gouvernement. C’est tf un lieu où l’on dépose le produit net des tributs destinés au « grand roi. Voici comment la chose se passe : les agents du « fisc apportent à Asfiria les divers tributs provenant du terri- « toire et des mers de la Chine ; ils versent ces sommes entre les « mains de gens de confiance, les font enregistrer, en reçoivent Il les' comptes et s’en retournent chez eux. Lorsque tous ces ver- « sements ont eu lieu, et à une époque déterminée de l’année, tf la totalité du produit est portée à la ville de Badja *->1? où ré- Feuiliet 49 verso. « side le grand roi, et déposée dans le trésor inqiérial ; c’est une « coutume constante ; par ce moyen , toutes les sommes destinées « aux dépenses publiques parviennent, sans déduction quelcon- « que, à leur destination.

« Les habitants d’Asfiria jettent leurs morts dans la rivière et « ne les ensevelissent jamais. Nous parlerons ci-après du fleuve « de Khamdan et du parti qu’en tirent les Chinois. »

D’Asfiria à Touklia U-jia, on compte 6 journées.

Toukha est une ville située sur les bords du Kalhy ^ chinois. « Elle est commerçante et industrieuse. C’est là qu’on « fabrique les soieries précieuses connues sous le nom de Toukhy « et dont il se fait un grand commerce h » De Toukha à Boura en descendant le Kalhy, 2 journées.

* Il paraîtrait d’après le ms. Asselin qu’il s’agit ici d’étoffes rayées ou à fleurs.

Et par terre, 4 journées. Feuillet 49 verso,

« Boura est très-peuplée. Son territoire, très-fertile, produit « du blé, du riz et une espèce de palmier-doMW dont le fruit est « bon à manger. »

De Boura à Kachghara — x.ili' dont il a déjà été question , 8 journées.

D’Asfira à Kacbghara, 8 journées. aspira.

Asfira est sur un affluent du fleuve nommé Bahanek '■îf—

« Ses habitants sont idolâtres et infidèles. » De là à Tarigbourghan 7 journées.

D’Asfira à Atragban , 4 journées.

Cette dernière ville est bâtie sur les bords d’un grand lac d’eau douce dont le centre est d’une profondeur inconnue, et dont les eaux sont d’un bleu très-foncé. Il produit une espèce de poisson dont la tête ressemble à celle d’une chauve-souris et est surmontée d’une crête. Les habitants du pays assurent que la chair de ce poisson "est, pour l’homme qui s’en nourrit, énjinemnient aphrodisiaque, ainsi que celle du sakankour b

D’Atragban à Carnaboul 4 journées.

« Cette dernière ville est petite, mais peuplée. Elle est située « au pied d’une montagne et sur les bords d’une rivière qui a son « embouchure dans le Kalby; elle est exposée aux incursions « de tribus turkes alliées des Kbizildjis qui pillent sou-

« vent ses villages et ses troupeaux. »

De Carnaboul à Loukba, « dont on vient de parler, » 6 journées.

De Loukin sur lescôtesde l’Indostan, àGakela,7journées.

Cakela est sur le bord d’une rivière qui se jette dans le

Bahanek indien. Ses habitants élèvent beaucoup de vers à

sole , voilà pourquoi l’on donne le nom de Cakely à une espèce de soie et à une sorte d’étoffe De là à Cachemire 10

jôurnées.

' Voyez ci-dessus, pag. 3i , not. 5.

Feuillet 49 verso. Et à Atragha, 4 joumées.

ATRAGHA. Atraglia est une grande ville qui fait partie des posses-

« sions d’un prince indien. Elle est gardée par de nombreuses « troupes de soldats destinés à combattre les Turks Ce

« ])ays produit du riz et du blé. «

D’ Atragha à Atra’ghan , lo journées.

Les fleuves indiens qui coulent dans les contrées décrites dans la présente section, sont : le Babanek vil — le Kalby et une partie du grand Khamdan chinois. Le premier prend

sa source dans les montagnes les plus septentrionales de l’Inde , coule vers Test, dans la direction cT Atragha, où il se réunit à la rivière de Cakela, et se jette dans la mer auprès de la ville de Tarighourghan « Les Djehelkis S- — (peuplade

Feuillet 5o recto. « indienne ) rappellent que leur roi , après s’être précipité dans « ce fleuve, leur apparaît de temps en temps. Lorsque quelqu’un « a commis un crime, il entre dans le milieu des eaux et y reste <i une heure et plus, tenant dans les mains diverses herbes odo- « riférantes; il les coupe par petits morceaux, les jette peu à peu « sur la surface des eaux du fleuve , en faisant des prières et des « invocations. Lorsqu’il veut sortir, il agite Teau avec ses mains, « prend un peu d’eau ( mélangée avec les herbes ’ ) , la répand « sur sa tête, puis s’incline* en signe d’adoration, et sort de « Teau. »

Au nombre des fleuves de Chine est le Kalhy Parmi les Chinois qui habitent sur ses bords, « à une certaine époque <( consacrée par Tusage, » celui qui a commis un crime dont il veut se purifier, vient vers le fleuve , accompagné d’une foule de gens qui lui souhaitent gloire et bonheur éternels, puis il se précipite dans le fleuve, et il périt submergé dans ses eaux.

' Les mots placés entre deux pai’enthèses manquent dans le ms. A, mais ils se trouvent dans le ms. Asselin.

Chine orientale.

Cette section, qui complétera ce que nous avions à dire sur le second climat, comprend, dans la Chine orientale, les villes de Sousa de la Chine So’la , Taougha , Slnia

de la Chine »nJl Askhara , Chedzkhour ,

Badjah a =-1, Bechhiar Cacha \ — et Saoukha ;

dans la mer orientale , les îles de Namang ^ et de Sahara oji^ , et enfin le KHamdan chinois l’un des fleuves les

plus grands et les plus célèbres dont parlent les historiens et les géographes. Nous dirons donc ce qu’on en sait , sans omettre aucun détail.

« Sousa est une ville très-grande et très-célèbre, soit à

« cause du nombre de ses édifices, soit à cause de l’importance « de son commerce , de l’abondance de ses productions , de la ri- « chesse de ses habitants qui jouissent d’un grand crédit com- « mercial dans tout l’univers. On y fabrique le'^i ghazar chi- « nois, sorte- de -porcelaine dont rien n’égale la bonté, et des « étoffes de soie précieuses à cause de la beauté de la matière, « et de la solidité comme de l’élégance du travail. Cette ville « est située sur'la rive orientale du Khamdan, à i4 journées de «'Caïtowa à i6 de Sinia et à 8 de So’la

« Cette dernière ville n’est pas très-considérable , mais elle est « bien bâtie, bien peuplée, commerçante et fréquentée, tant n par les habitants du voisinage, que par ceux des pays plus « éloignés, qui viennent s’y approvisionner de divers olqets. On

Feuillet 5o recto.

SOUSA.

Feuillet 5o verso

SINTA,

ASKUARA.

« y fabrique des étoffes de soie et des vases d’argile. » De So’la à Sinia, on compte 17 journées; et à Taougha, ville non fortifiée, mais commerçante et distante de 8 journées de Sinia, 8 journées.

« Sinia de la Chine iUÀA.o est située à l’extrémité de cet

« empire. Aucune ville ne l’égale, soit sous le rapport de la gran- « deur, soit sous celui du nombre des édifices, de fimportance « du commerce, de la variété de marchandises qu’on y trouve, « du nombre de négociants qui y viennent des diverses parties « de flnde situées dans le voisinage de la ChinÇ.' C’est la rési- « dence d’un prince chinois de race royale, mais cependant « vassal du Baghbougli ^ ^ — a-xj , lequel est le grand empereur, « comme nous l’avons dit b » De là à Askbara îysJ'i 8 journôes-.,

« Cette 'dernière ville est bâtie dans une plaine marécageuse « d’une vaste étendue, où il ne croît que du safran, soit cultivé, « soit sauvage. Cette substance y est de qualité supérieure, et il « s’en fait un grand débit dans toute la Chine. On travaille Ja soie « dans cette ville et on y fabrique des vases d’argile. -

î< Dans les pays que nous décrivons, il n’est point d’arts plus « estimés que ceux de potier d’argile et de dessinateur ; mais ce Il dernier est mis au-dessus de tous les autres. D’après ce que Il rapportent les auteurs les plus dignes de foi, les princes chinois •I et la plupart des princes indiens, bien loin de négliger le des- « sin, en font leur principale occupation, et s’y appliquent autant Il que des maîtres et des artistes de profession, à tel point que, « lorsqu’ils ont un grand nombre d’enfants, ils préfèrent toujours Il celui qui excelle déplus dans fart du dessin et de la peinture ,

Il après lequel vient immédiatement fart de fabriquer des vases Il d’argile. Les personnes qui s’appliquent au- dessin portent le -Il nom de grands, et les potiers- celui de petits artistes. »

‘ Voyez ci-dessus , pag. gg et 100.

■ Le ms. A. porte Askliar, et la version latine, pag. 6g, Asanho et Asalida.

D’Askhara à Badjah on compte 4 journées.

« Badjah est la résidence du prince connu sous le nom de « Baghbough C’est là que sont sa garde, ses trésors, son

« harem et ses esclaves. D’après ce que rapporte l’auteur du livre « intitulé : Histoire des princes da monde, le Baghbough a toujours « cent femmes dotées à prix d’argent; et lorsqu’il n’en possède « pas un tel nombre, il ne peut prétendre au titre de roi des « rois. Il doit posséder aussi mille «lépbants équipés pour la « guerre et montés du nombre d’hommes néces.saire et conve- « nablement armés, pour jouir de cette prérogative; l’une et « l’autre de ces conditions sont indispensables. En Chine, l’au- « torité royale dérive du père à ses frères ou aux plus proches «parents du roi. Ces princes' sont généralement, équitables, « compatissants et doués des qualités les plus louables. La ville « de Badjah est bâtie sur les bords du Khamdan qu’on

« remonte quand on veut se rendre à Haïfoua à Djan-

« koua et autres lieux connus de la Chine. » De Badjah à

Charkhou ville située à 4 journées de la mer orientale,

sur les bords d’une rivière qui y a son embouchure, 4 journées.

De Charkhou à BechhiarjU^^i 9 journées.

« Bechhiar est la résidence d’un chef qui gouverne un vaste « pays au nom du Baghbough, ayant sous ses ordres* de la ca- « valerie, des esclaves et d’autres troupes destinées à repousser « les agressions des tribus turkes du voisinage, connues sous « les noms de Hamani et de Khlzildji Le gou-

« verneur ( chinois ) fait garder par de la cavalerie les portes « des hautes montagnes qui séparent sa province du Turkestan.

« (^-es troupes sont vêtues et équipées absolument comme les « Turks. »

De Bechhiar à Cacha Uilï, « ville habitée par une secte qui ne

‘ Nous suivons ici l’ortliographe des mss. , quelque fautive qu’elle puisse être.

’ La version latine porte Sadcho.

Feuillet 5o verso.

li.VDJAII.

Feuillet 5i recto IlECmiIAR.

Feuillet 5i recto. „ professe pas les mêmes croyances que les Chinois et qui brûle « ses morts, selon la coutume indienne, » 8 journées.

De Saroukha ^ à Badjah, lo journées.

Le Khamdan chinois est un grand fleuve dont

les bords sont très-peuplés. L’auteur du livre des Merveilles rapporte qu’on y voit un arbre dit arbre de fer et nommé , en indien, Barcboul que cet arbre, dont le diamètre est d’une

coudée, est fixé au milieu* du fleuve, à une hauteur d’environ dix coudées au-dessus des eaux, et terminé vers son sommet par trois pointes aiguës. Cet auteur ajoute qu’un homme se tient assis dans le voisinage, tenant un livre à la main, et récitant les paroles suivantes : Fleuve béni , sentier du paradis d’où ta source découle et vers lequel tu diriges les hommes! heureux celui qui, monté sur la cime de cet arbre, se précipitera dans tes eaux ! Alors , un ou plusieurs d’entre les assistants , émus par ces paroles, montent sur l’arbre et se précipitent dans le fleuve, accompagnés des vœux et des prières de la foule. On dit que le Kank est l’un des affluents du Khamdan.

Quant à l’île de Namang ^ué,^qui se trouve dans la mer orientale, elle est fréquentée par les navigateurs chinois, qui n’y abordent que lorsqu’ils sont en troupes nombreuses. L’auteur du livre des Merveilles raconte qu’elle est habitée par des hommes à queue et gouvernée par l’un d’entre eux.

Persuadé que les détails dans lesquels nous venons d’entrer paraîtront suffisants à toute personne sensée, c’est ici que nous terminerons la description des pays compris dans le deuxième climat.

' Ou plutôt Charoukhia x , conformément à la leçon du ms. B.

Suite de l’Afrique occidentale. — Sous'el-Acsa. — Pays des Berbers. — Noun. — Sedjelmasa. — Dar’a. — Aghmat. — Maroc. — Fèz. — Meknès. — Sala. — Telemsan. — Melila. — Oran. — Alger. — Bougie. — Constantine.

Après avoir décrit, dans les livres précédents, les pays com- FeuiiJet 5 pris dans les deux premiers climats, nous avons jugé convenable d’observer dans celui-ci la même méthode relativement aux bourgs, aux villes et aux provinces, en indiquant leurs distances respectives en milles et en journées. « Nous traiterons séparément « de chaque pays, en ayant soin de faire connaître son état ac- « tuel, les courants d’eau, les rivières, les lacs et les étangs qui « s’y trouvent, les montagnes qu’on y remarque, avec l’indication « de leur étendue; nous parlerons aussi des plantes, des arbres. Feuillet 5 « des mines, des 'animaux; nous indiquerons les sources des « fleuves, leurs cours et leurs embouchures, d’après les notions « et les relations existantes : le^tout en son lieu, d’une manière « claire et précise , conformément au plan que nous nous sommes « tracé, et avec le secours du Tout-Puissant. »

La première partie du troisième climat commence à l’océan ténébreux qui baigne la partie occidentale du globe terrestre.

1 recto

1 verso

Feuillet 5i verso Du nombre des îles de cet océan est celle de Sara située

])rès de la mer .Ténébreuse. On raconte que Dhou’l Carnaïn y aborda avant que les ténèbres eussent couvert la surface de la mer, ^ passa une nuit, et que les habitants de cette île assaillirent ses compagnons de voyage à coups de pierres et en blessèrent plusieurs. Il est une autre île qui se nomme Saa’li d' — km , dont les habitants ressemblent plutôt à' des femmes qu’à des hommes; les dents leur sortent de la bouche, leurs yeux étincellent comme des éclairs et leurs jambes ont l’apparence de bois brûlé ^ ; ils parlent un langage inintelligible et font la guerre aux monstres marins. Sauf .des parties de la génération^ nulle différence ne caractérise les deux sexest car les hommes n’ont pas de barbe ; leurs vêtements consistent en feuilles d’arbres. On remarque ensuite l’île de Hasran , d’une étendue con-

sidérable , dominée par une montagne au pied de laquelle vivent des hommes de couleur brune , d’une petite taille et portant une longue barbe qui leur descend jusqu’aux genoux; ils ont la face large et les oreilles longues ; ils vivent des végétaux 'que la terre produit spontanément .et~ qui ne diffèrent guère de ceux dont se nourrissent les animaux. Il v a dans cette île une^^ petite rivière d’eau douce qui découle de la montagne. L’île de Ghour , également considérable, abonde en herbes et en plantes de toute espèce. H y a des rivières, des lacs et des forêts qui servent de retraite à des ânes sauvages et à des bœufs qui portent des cornes d’une longueur extraordinaire. Non loin de là est l’île de Mos-

tachiin «.On dit que cette île est peuplée, qu’il y a

« des montagnes, des rivières, beaucoup d’arbres, de fruits, de « champs cultivés. » La ville qui s’y trouve est dominée par une citadelle. « On raconte qu’à une époque antérieure à Alexandre,

« if y avait dans cette île un dragon qui dévorait tout ce qu’il

' . On nè sait pourquoi les auteurs de la version latine

ont traduit ces mots par haliturn vehiti lignum combarens.

K rencontrait, hommes, bœufs, ânes et autres animaux. Lorsque Feuillet 5i verso « Alexandre y aborda", les habitants se plaignirent des dommages « que leur causait ce dragon et ils implorèrent lè secours du « héros; le monstre avait déjà dévoré la majeure partie ‘de leurs « troupeaux; chaque jour on plaçait auprès de sa tanière deux « taureaux tués; il sortait pour les dévorer, puis se retirait jus- « qu’au lendemain , en attendant un nouveau tribut. Alexandre « demanda aux habitants si le monstre était dans Tusage de sortir « par un seul endroit ou par plusieurs; ils répondirent qu’il sor- « tait toujours parie même. Alors Alexandre se fit indiquer le « lieu, il s’y rendit suivi de plusieurs d’entre les habitants et « accompagné de deux taureaux; aussitôt le monstre s’avança « semblable à un nuage noir;-ses yeux étaient étincelants comme « des éclairs et sa gueule vomissait des llammes; il dévora les « taureaux et disparut. Alexandre ht placer, le lendemain et le « jour suivant, deux veaux auprès de sa caverne; mais cette proie « ne suffit pas pour apaiser la faim du monstre. Alexandre or- « donna aux insulaires de prendre deux taureaux, de les écor- Feuillet 52 recto « cher et de remplir leurs peaux d’uu mélange d’huile, de soufre,

« de chaux et d’arsenic, et de les exposer à l’endroit indiqué. Le « dragon sortit de ^ retraite et dévora cette nouvelle proie; quel- « ([lies instants après, se sentant empoisonné par cette composi- «^tion, oîi l’on avait, d’ailleurs, eu 'soin de mettre aussi des cro- « chets en fer, il faisait tous les efforts imaginables pour la vomir,

« mais les crochets s’étant embarrassés dans son gosier, il se ren- « versa la gueule béante. Alors, conformément aux dis])ositions « faites par A.lexandre, on lit rougir une barre de fer et, l’avaiit « plac(^ sur une plarjue de même métal, oh la lança dans la gueule « du monstre : la composition s’enflamma dans ses entrailles et il « expira. C’est ainsi ([ue Dieu lit cesser le fléau qui aflllgeait les « habitants de cett(Mle; ds en remercièrent Alexandre, lui témoi- « gnèrent une grande 'affection et lui’ ollrirent des présents ( onsis-

leuiliei 02 recio. « tant en diverses curiosités de leur île; ils lui donnèrent, entre « autres choses, un petit animal qui ressemblait à un lièvre, , « mais dont le poil était d’un jaune brillant comme de l’or ; cet

« animal, appelé a’radj porte une corne noire et fait fuir

« par sa seule présence les lions, les serpents, les bêtes sauvages « et les oiseaux. »

Dans la même mer se trouve l’île de Calhan dont les

habitants sont de forme humaine, mais portent des têtes d’animaux : ils plongent dans la mer, retirent de ses abîmes les animaux dont ils ont pu se saisir et s’en nourrissent ensuite. Une autre île de la même mer s’appelle l’îlë des deux frères magiciens

Cberham-pLiû^ et Cheram ^\j^. ^ On « raconte que ces deux frères exerçaient la piraterie sur tous les « vaisseaux qui venaient à passer auprès de l’île ; ils réduisaient <( en captivité les navigateurs et s’emparaient de leurs biens ; mais « Dieu , pour les punir, les métamorphosa en deux rochers que « l’on voit s’élever sur les bords de la mer. Après cet événement, « l’île redevint peuplée comme auparavant. » Elle est située en face du port d’Asafi J — «î , et à une distance telle que, lorsque l’atmosphère qui environne la mer est sans brouillard , on peut , dit-on, apercevoir du continent la fumée qui s’élève de l’île. « Cette particularité a été racontée par Ahmed ben Omar sur- « nommé Raccam el-Avez, qui,- chargé par le prince des fidèles « Ali ben-Iousuf ben-Taschfm ^ du commandement de sa flotte, « voulait y aborder; mais la mort le surprit avant qu’il eût pu K accomplir ce projet. Ori a recueilli des détails curieux, relati- H vement à cette île , de la bouche des Maghrourin, voyageurs de « la ville d’Achbouna (Lisbonne) en Espagne, lorsque le port « d’Asafi reçut ce nom à cause d’eux. Le récit ( de cette^aven-

‘ \oyez , au sujet de ce prince , le quatrième de la dynastie des Moravides , Casiri bihliot. ar.-hispana, t. II, pag. 216 et suîv., elle Specchio deU'impero di Marocco, récemment publié par M. Graberg de Hemso, pag. 267

K ture ) est assez long, et nous aurons l’occasion d’y revenir Feuillet 52 recto « quand il sera question de Lisbonne. »

Dans cette mer il existe également une île d’une vaste étendue et couverte d’épaisses ténèbres. On l’appelle l’île des moutons , parce qu’il y en a beaucoup en effet ; mais la

chair de ces animaux est amère, à tel point qu’il n’est pas possible d’en manger, s’il faut ajouter foi au récit des Maghrourin.

Près de l’île que nous venons de nommer, se trouve celle de Raca \i\j, qui est l’île des oiseaux On dit qu’il s’y

trouve une espèce d’oiseaux semblables à des aigles, rouges et armé^ de griffes; ils se nourrissent de coquillages et de poissons, et ne s’éloignent jamais de ces parages. On dit aussi que l’île de Plaça produit une espèce de fruits semblables aux ligues de la grosse espèce, et dont on se sert comme d’un antidote contre les poisons. « L’auteur du livre des Merveilles rapporte « qu’un roi de France, informé de ce fait, envoya sur les lieux un Feuillet 52 verso « navire pour obtenir le fruit et les oiseaux en question; mais le « vaisseau se perdit, et depuis on n’en entendit plus parler. »

A la présente section appartient encore l’île de Chaslend dont la longueur est de i5 journées, sur lo de largeur. Il y avait autrefois trois villes grandes ^ et bien peuplées ; des navires y abordaient et s’arrêtaient pour y acheter de l’ambre et des pierres de diverses couleurs; mais, par suite des révolutions et des guerres qui eurent lieu dans ce pays, la plupart de ses habitants périrent. « Beaucoup d’entre eux franchirent la mer pour « se transporter sur le continent de l’Europe ^3j , où leur race « subsiste encore très-nombreuse, à l’époque où nous écrivons;

« nous en reparlerons quand il sera question de l’île d’Aralanda « »

L’île de Laça produit beaucoup de bois d’aloës; on pré-

* Le ms. A. porte ; la version latine , Sahelia.

’ La version latine porte : très parvæ urbes.

TROISIÈME CLlMAi.

FeuiUei 52 recio, tend qu’il est sans odeur sur les lieux, mais qu’il acquiert du parfum aussitôt qu’il est exporté et qu’il a traversé la mer. Ce bois est noir et très-lourd. « Les marchands se rendent à cette ; « île pour se procurer du bois d’aloës, ils en exportent au loin.

« Les rois de la partie la plus occidentale do l’Afrique l’ache- " taient jadis dans ce pays. On raconte aussi que Tîle de Laça « était autrefois habitée, mais quelle a cessé de l’être, parce que « les serpents s’y sont excessivement multipliés. » D’après ce que nous apprend Ptolémée de Peluse, la mer Ténébreuse renferme vingt-sept mille îles peuplées et non peuplées. Nous ne croyons devoir parler ici que de quelques-unes d’entre celles qui sont situées dans le voisinage de la terre ferme et qui jouissent d’un certain degré de culture et de civilisation.

La présente section comprend le désert de Noul ^ Lamta iiki, Tazekaghet et Agharnou ; les villes du pays de

Sous el-Acsa savoir : Taroudant oolsjjjb, Tiouïouïn

et Tamamet Elle comprend aussi le pays des Ber-

bers^.jj.j, Sedjelmasa Dar’a Daï , Tadela AÎàb,

Cala’t Mehdi ben Tewala. iufs, Fèz Meknasa

Sala et autres ports de la grande mer; les villes de Telemsan Tatan Gara Safrava Maghaïla

Acarsif Karnata üLlySj Wadjera Melila

Wahran ij[^^ ( Oran ) , Tahart c:^b, Achir dans le pays de ■ Gbarb el-Awsat '( Afrique centrale) : Tenès Berechk

les îles des Béni Mazghana Tadlas ^

Bedjaïa ^bsr ( Bougie ), Djidjel J — Meliana iül^, Alca’la A-xbiJl, Alrnasila xK a a-JL! , Ghadir j.j , Mo'cra ib-ÜÈ Nacaous Tobna Côsantina iCÂAkÂ*MJiJî ( Constantine ), Tandjes

‘ Il s’agit ici, sans aucun cloute, du p^ays de Noun, mais nous croyons devoir suivre l’orlhograplie que donnent nos deux mss.

^ Les deux mss. , la version latine et Y Edrisii Africa de Hartmann portent partout Andalos.

Baghaïa ioUL, Tifas , Dour-Medïn Be- Peuiiici 52 verso

lezma Dar Meloul et Mila

« La plupart des villes que nous venons d’énumérer sont « peuplées d’iiommes d’origine berbère. Ces peuples habitaient « anciennement la Palestine à l’époque où régnait Dja-

« lout ( Goliath ) fils de Daris, fils de Djana, autrement appelé « Abou Zenana le Moghrebin, fils de Lewa, fils de Ber, fils de « Caïs, fils d’Elias, fils de Mesr. David' ( sur qui soit la paix ' )

« ayant tué Djalout le berber, les Berbers passèrent . dans le « Maghreb, parvinrent jusqu’aux extrémités les plus reculées de « l’Afrique et s’y répandirent. Les tribus de Mazana de

« Magliaïla' et de Darisa s’établirent dans les mon-

« tagnes; celle de Lewata dans la terre de Barca une

« portion de la tribu de Ilawara dans les montagnes de

« Nafousa âa^jàj, et les autres, dans les contrées les plus recu- « lées vers l’occident. D’autres tribus se joignirent à celles que l'euillei 53 recto « nous venons de nommer et peuplèrent le pays. Voici les noms « des principales tribus berbères : Zenata *ïL>j, Darisa « Maghaïla ^ Macdâr^jOsjuj, Benou Abdi-rabbibi « Warnedjoum Harra Sj. — Harawa Matmata

« Lamta üJa-i, Sanhadja* , Hawara Ketama

« A — Lewata Mazana a >[)—*, Sadrat Bedlasen

« Madiouna Zioudja A^^y, Merasa Ca-

« lema aIIï, Ourba Hatita Akùa^ , Walita idaJj, Benou Men- « bous Benou Semdjoun Benou Warcalaii '

« Benou Basdaran Benou Zidedji

« Wazdaza Warhoun » Quant aux pays de

Noul l’ultérieure Jy et de Tazekagliet cAjiS^brds appar-

tiennent aux Lamtouna de la plaine ly^l Ajyd, alliés des Sanliadja. Sanhadj et Lamt étaient deux frères dont le père se nommait Lamt lils (fAza’, descendant de llimïar et la mère,

‘ Ces trois derniers noms ne se trouvent pas dans le ms. A

Feuillet 53 recto Tazkaï el-Asdja, issue de la famille de Zenata. Sanhadj et Lamt avaient un frère utérin dont le père se nommait al-Massour, fils de Matlini, lils de Kela’, fils d’Eïmen, fils de Sa’id, fils de Himïar; il 'se nommait Hawar, à cause d’une expression tirée de la langue arabe dont il fit usage dans une occasion. Comme les tribus arabes campent souvent à la proximité des tribus berbères, un long voisinage a fait adopter à ces dernières l’usage de la langue arabe, de sorte que les deux peuples n’en forment plus qu’un. .

-Il arriva qu’un jour un émir arabe nommé al-Massour, qui habitait avec sa tribu dans le Hedjaz, ayant perdu un chameau, sortit pour aller le ‘chercher; il passa le Nil auprès du Caire alla dans le Maghreb, et‘, s’étant aventuré jusque dans les montagnes de Tripoli il demanda à l’esclave qui

l’accompagnait, dans quel pays ils se trouvaient, à quoi l’autre répondit qu’ils étaient dans l’Afrikia. En ce cas, nous sommes fous, répondit le maître, en employant le mot de tehavvarna qui est synonyme de hamaca Voilà d’où dérive ce nom > d’Hawar. Al-Massour poursuivit cependant sa route , alla dans la

tribu de Zenata et conclut avec elle une alliance; il vit Tazkaï, mère de Sanhadj et de Lamt dont il vient d’être fait mention. Al-Massour devint éperduement amoureux de cette dame., qui était aussi belle que sage ,' la demanda en mariage et l’obtint. A l’époque dont il est question, Tazkaï était veuve et avait au- • près d’elle ses deux fds Sanhadj et Lamt. Elle mit au monde un enfant mâle , qui fut nommé al-Mathni quelque temps

après , al-Massour mourut, son fils Mathni et les deux frères Sanhadj et Lamt restèrent chez leur mère et chez leurs oncles de la famille de Zenata, Lamt et Sanhadj eurent chacun beaucoup d’enfants, et leur famille parvint à soumettre de nombreuses peuplades; ce fut alors que les tribus berbères s’étant réunies pour s’opposer à ces étrangers, les vainquirent et les

refoulèrent jusque dans les déserts voisins de la mer ténébreuse. Feuillet yi recto Les peuplades de cette tribu se fixèrent dans ces contrées, où elles n’ont cessé de mener- une vie nomade jusqu’à nos jours.

« Elles possèdent beaucoup de chameaux grands et prompts à la « course, et changent souvent de campement. Les deux sexes « font usage de vêtements tissus de laine; les hommes portent i< des turbans dits el-kerazi ; ils se nourrissent de lait

« de chameau et de la chair de ces animaux séchée au soleil.

« Les marchands étrangers leur apportent du blé et surtout du « raisin sec dont ils extraient une boisson très-douce. Leur pays « produit beaucoup de miel; les mets qu’ils préparent sont d’un « goût exquis; on fait cas surtout de celui qu’ils nomment el-

« berïet asoulwa et qu’ils préparent de la manière Feuillet .53 verso

« suivante : ils prennent du blé, le font griller à un degré con- « venable, le broient ensuite grossièrement, y mettent du miel « en guise de graisse , le pétrissent et le font cuire ; lorsque « cette pâte est ainsi préparée, ils en remplissent leurs besaces.

« C’est un mets délicat et tellement nourrissant, qu’une personne « qui n’en aurait mangé le matin qu’une poignée, en y joignant « un peu de lait pour boisson, pourrait marcher jusqu’au soir « sans éprouver la moindre faim. »

Il n’existe dans le pays d’autre ville que celle de Noul Lamta, car celle d’Azca appartient au Lamta. Noul l’occidentale est à la distance de 3 journées de la mer. On compte, de Noul à Sedjelmasa, i3 journées.

Noul est une ville bien peuplée, située sur une rivière qui vient du côté de l’orient, et dont les rivages sont habités par les tribus de Lamtouna et de Lamta. On y fabrique des boucliers connus sous le nom de boucliers de Lamta, qui sont les plus parfaits qu’on puisse imaginer. « Ces boucliers étant d’une très- « bonne défense et très-légers à porter, les peuples du Maghreb « s’en servent dans les combats. On fabrique aussi dans la même

Feuillet 53 recto.

« ville '* des selles, des mors de cheval et des bâts de chameau

StDJELMASA.

« Les habitants de Noul Lamta possèdent beaucoup de vaches et n de moutons, et ont, par conséquent, du lait, du beurre et « de la graisse en abondance. La ^ille de Noul sert de refuge « aux peuples de cette contrée et leur offre des ressources dans « les circonstances extraordinaires. On y fabrique des vêtements « appelés sefsariè et des barnous dont une paire se J)aye

« environ cinquante dinars. » Parmi les tribus de Lamta, on compte celles de Masoufa , de Wechan yUij et de Te-

malta axIU ; les Benou Mansour ^ , les Maïa les Dje-

dala les Lamtouna les Benou Ibrahim

Les Benou Taschfm et les Benou Mohammed dépen-

dent de là tribu de Sanbadj. La ville d’Azkaï SjK du pays de Lamta, est un des premiers ports du désert; de là à Sedjelmasà, on compte i3 journées, et à Noul, 7 L

Azkaï, quoique petite, est bien peuplée; ses habitants portent une sorte de tunique en laine qu’ils nomment al-cadawerjjl<xjül. Les voyageurs qui ont visité cette ville prétendent que les biles, lorsqu’elles ont atteint l’âge de quarante ans, se prostituent au premier venu. La ville s’appelle Azoucaï en langue berbère,

et Co.cadam en génois Celui qui veut se rendre à Sala

Jl-w, à Tekrour et à Ghana üjU du pays des noirs, doit néces-

sairement passer par ici. Quant à Sedjelmasa, c’est une capitale ornée de nombreux édifices et fréquentée par des voyageurs de tous les pays;. elle est entourée de jardins, de vergers, de champs, et ses environs sont très-agréables; elle n’a point de citadelle, mais elle contient un grand nombre de palais, de maisons et d’édifices de toute espèce contigus les uns aux autres. Elle est située sur les bords d’un fleuve venant du côté orientai du désert; la crue de ce fleuve, pendant l’été, ressemble à celle du Nil, et ses eaux sont employées pour l’agriculture de la même manière ‘ I.e ms. A. |iorle 9. — ’ Aj

que le sont celles du Nil chez les Egyptiens. Les récoltes sont Feuillet 5/( abondantes et certaines; il arrive souvent qu’après quelques années d’inondation, la terre produit spontanément du blé l’année suivante. Ordinairement cependant, après l’inondation annuelle, les habitants ensemencent les champs»et, la récolte faite, ils les laissent en jachère. « Ebn Haucal racdnte qu’il sufGt de semer « une fois pour que l’on puisse moissonner ensuite pendant six « années consécutives, mais il ajoute que le froment ainsi produit « finit par dégénérer en une espèce de grain qui tient le mi- « lieu entre le froment et l’orge, et qui s’appelle ïerden tizdad « peut se procurer* à Sedjelmasa toute sorte de

« fruits en abondance, et notamment une espèce de dattes vertes « nommée el-bouni , dont les noyaux sont très-petits et qui « surpasse en douceur tous les fruits. Les habitants de cette ville « cultivent aussi le coton, le cumin, le panais’ et le henna; ils « exportent ces divers articles dans le Maghreb et ailleurs. Les « constructions de Sedjelmasa sont fort belles, mais, durant les « derniers troubles, une grande partie a été ruinée. Les habi- « tants mangent du chien .et du lézard en berbère

« aczim Les femmes supposent que c’est à cette nourriture

« qu’elles doivent l’embonpoint qui les caractérise. D’ailleursi,

« presque tout le monde, dans ce pays, est atteint d’ophtbal- « mies et beaucoup de personnes môme perdent la vue. »

La distance qui sépare Sedjelmasa d’Aghmat-Warlka est d’environ 8 journées, et de Sedjelmasa à Dar’a on en compte 3 fortes. Cette dernière n’est entourée ni de murs, ni de fossés; c’est seulement une réunion de bourgs rapprochés les uns des autres et de champs cultivés. Elle, est habitée par des tribus berbères de race mélangée, et est située sur la rivière de Sedjelmasa. « On y cultive le hennâ,.le cumin, le panais et l’in- « digo. Le henna y réussit surtout et parvient à la hauteur d’un arbre, de sorte que, pour en recueillir la graine, on est obligé

rerlo

FeiiiHel f;

sous EL

Feuillet 5

i/i recto. « de se servir d’échelles; cette graine est ensuite exportée dans « tous les pays. Ce climat ( le troisième ) est le seul où l’on re- « cueille la graine du henna. Quant à l’indigo, celui que l’on « cultive à Dar’a n’est pas très-hon, mais on en fait usage dans « le Maghreb parce qu’il }*est à bas prix; il arrive souvent qu’on « le mêle avec de l’indigtf étranger de qualité supérieure et qu’on « le vend ainsi mélangé. » On compte 4 journées de Dar’a à Sous -Acs.-v el-Acsa, dont la ville principale est Taroudant. Le pays de Sous contient un grand nombre de bourgs dont les maisons sont rapprochées les unes des autres. « Il produit d’excellents fruits de « toute espèce, savoir : des noix, des figues, du raisin, des abri- « cots, des grenades, des oranges très-estimées, des pêches, des « pommes ( doubles comme les mamelles d’une femme ) et la /( verso. « canne à sucre d’une qualité tellement supérieure, qu’on n’en « voit nulle part ailleurs qui puisse lui être comparée, soit sous « le rapport de la hauteur et de l’épaisseur de la tige , soit sous « celui de la douceur'et de l’abondance du suc. On fabrique dans « le pays de Sous, du sucre qui est connu dans tout l’univers; il « égale en qualité les sucres appelés suleïmani et teberzid, et il « surpasse toutes les autres espèces én saveur et en pureté. On fa- «. brique dans le même pays des étoffes fines et des vêtements d’une « valeur et d’une beauté incomparables. Les habitants sont de « couleur brune ;' on remarque parmi eux beaucoup de femmes « d’une beauté parfaite qui sont, en général, très-habiles dans les « ouvrages manuels. Du reste. Sous produit du blé, de l’orge, n du riz ef diverses autres denrées qui se vendent à très-bon « marché. Le seul reproche qu’on puisse faire à ce pays, c’est le « défaut d’urbanité, la grossièreté e't l’insolence de ses habitants,

« car toute idée de subordination leur est étrangère. Ils appar- « tiennent à des races mélangées de Berbers Masmoudis; leur ha- « billement consiste en un manteau de laine dans lequel ils s’en- « veloppent entièrement; ils laissent croître leurs cheveux, dont

PBEMIÈRE SECTION. 209

« Hs ont un très-grand soin; ils les teignent chaque semaine avec FeuiUei 54 verso. « du henna et les lavent avec du’ blanc d’œuf et de la terre d’Es- « pagne ; ils s’entourent le milieu du corps, d’un caleçon de laine K qu’ils appellent esfakis Les hommes sortent constain-

« ment armés d’un javelot muni, à son extrémité, d’une pointe « en fer; ils mangent beaucoup de sauterelles frites. Sous le rap- « port des opinions* religieuses, les habitants du pays de Sous se « divisent en deux classes : ceux de Taroudant sont Maleki avec « quelques modifications; ceux de Tiouïouïn professent

« les dogmes de Mousa ben-Djafar ; au surplus, ces peuples vivent « dans un état continuel de troubles, de combats, de vengeances « et de représailles; ils sont très-gourmands, et l’on remarque « chez eux beaucoup de personnes grasses. Ils font usage d’une « boisson appelée anzis agréable au goût et plus enivrante

« encore que le vin, parce qu’elle est plus forte et que les subs- « tances dont elle se compose sont plus réduites et plus con- « centrées; pour la préparer, ils prennent du moût de raisin « doux et le font bouillir jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un tiers « dans le vase; ils le retirent ensuite et le boivent. Il n’y a qu’un « habitant de Sous qui puisse faire impunément usage de cette « boisson. Ils considèrent comme permis tout ce qui ne cause « pas une complète ivresse.

« Entre les deux villes de Taroudant et de Tiouïouïn, on « compte une journée de voyage à travers des jardins, des vignes,

« des vergers plantés d’arbres à fruits de toute espèce. Du pays de « Sous à Agbmat, on compte 6 journées; on passe par les cam- « pemenfs des tribus berbères Masmoudies dites : Antali-Netat « JuCjl , Benou-Wasnou yÿ , Ankatoutaoun ,

« Anstlt Ar’an , Aknalis et Antourkit

« De ce pays dépend Nefis el-Djebel cr-Hsij, petite ville en-

« tourée d’habitations et de campements de tribus connues sous « le nom de Nefis, qui récoltent du blé , des fruits, et qui ont de

euHIet 55 recto. « tout en abondance. H y a une mosquée et un bazar bien fourni, « particulièrement en raisins secs d’une saveur exquise et très- H estimés dans tout l’Occident. »

Pour se rendre de Taroudant es-Sous à Aghmat-Warika , on passe au pied de la montagne dite Djebel Daran el-A’dhem remarquable par sa hauteur, par la fertilité du, terrain et par le grand nombre d’habitations dont elle est couverte; elle s’étend vers l’orient, depuis Sous, sur les bords

de l’océan, jusqu’à la chaîne des montagnes Nefoysa ü

dont elle prend le nom; elle se confond ensuite avec la chaîne des montagnes de Tripoli, où le terrain devient tout à fait plat. « Plusieurs personnes assurent cependant que ces mon- « tagnes s’étendent jusqu’à la Méditerranée et qu’elles se ter- II minent vers le lieu nommé Awtban yliji. Quoi qu’il en soit, « elles produisent toute sorte de fruits et sont couvertes de « toute espèce d’arbres rares. Des sources d’eau y jaillissent de « toutes parts et leurs flancs sont embellis par des plantes tou- • « jours vertes. » Sur les points culminants, on trouve plus de

soixante -dix citadelles, parmi lesquelles il en est une placée d’une manière tellement avantageuse et construite si solidement, quelle est, pour ainsi dire, inexpugnable. Située, en effet, sur le sommet de la montagne, quatre hommes suffisent pour en défendre l’entrée, chose facile à concevoir, car le seul sentier qui y conduit est étroit, escarpé et semblable à une échelle; une bête de somme ne saurait y monter qu’avec beaucoup de peine. Cette citadelle se nomme Tanimallat oJAcb L « C’était le K quartier général du Masmoudi Mohammed ben-Toumert, à « l’époque où il parut dans le Maghreb; il la fortifia et la choisit « pour en faire le dépôt de ses trésors et même le lieu de sa sén pulture. Lorsqu’il mourut à Djebel el-Kewakeb J-e?» ,

^ La version latine, pag;. -3, porte Taninial ; le ms. A. , Tanlalat.

« les Masmoudis y transportèrent son corps et l’y enterrèrent. Feuillet 55 recto. « De nos jours, son tombeau est considéré par les Masmoudis « comme un lieu saint, et il’ est pour eux l’objet d’un pèleri- « nage. Ce tombeau est construit en forme de dôme, mais sans « dorures ni ornements, conformément aux lois qui régissent « ces peuples. Sur la montagne dont il est question, croissent « des figuiers dont le fruit est d’une douceur extraordinaire, et « des vignes dont le lalsin est de forme oblongue, d’un goût « sucré et presque toujours sans pépins; on en sert sur les tables « des rois du Maghreb et on en compose des sorbets; l’usage « de ce raisin est aussi- salutaire qu’agréable. U s’y trouve éga- « lement des noix et des amandes. Quant aux coings et aux gre- ■t nades, l’abondance en est telle que, pour un kirat ls\j^ \

« on peut s’en procurer une charge d’homme. Les prunes, les « poires, les abricots, les oranges et la canne à sucre sont telle- » ment abondants, que les habitants n’en font entre eux aucun «•commerce; ils. possèdent en outre l’olivier, le caroubier et « diverses autres espèces d’arbres, parmi lesquelles on remarque « celle qui .s’appelle Arcan la tige, les branches et les

« feuilles de cet arbre ressemblent à celles du prunier; le fruit,

« par sa forme oblongue, ressemble à l’olive; lors de son premier « développement, la peau en est mince et veite, mais elle de- « vient jaune quand le fruit est mûr; il est d’un goût âpre et « acide et n’est point mangeable ; on le recueille cependant vei s « la fin de septembre et on le donne aux chèvres, qui broutent « l’enveloppe extérieure et laissent le noyau intact; après l’avoir « lavé et cassé, on le presse et on en extrait une substance grasse

' La valeur du kirat n’est pas connue avec précision ; «lie varie depuis le vingtième jusqu’au vingt-quatrième du dinar. Voyez la Chrestonialhie arabe de M. de Sacy ,

11, pag. 55 , deuxième édition.

^ Elæodendroii Argan. \ oye/, au sujet de cel arbre, le Specchio deU'iiiipero di ,17arocco, pag. i 1 5.

FeiiiUei 5, 5 recio „ d’uii Irès-beau noir, mais désagréable au goût. Cette huile est

« très-connue dans l’Afrique occidentale, où elle sert pour l’éclai-

« rage. Les marchands qui vendent de l’isfendj ^ lU.! ( sorte

« de pâtisserie ) dans les carrefours l’emploient pour la friture ; « lorsqu’elle tombe dans le feu, elle exhale une odeur fétide,

« mais, cuite avec l’isfoundj , elle n’est pas désagréable. Les « femmes Masmoudies s’en servent pour faire croître, tresser et « feindre leurs cheveux; par ce moyen, ils deviennent lustrés

Feuillet 55 verso. « et d’un très-beau noir. »

AGHMAT-wARiKA La villo d’Aghiiiat-Wanka est bâtie, du côté du

nord, au pied de la montagne, sur un sol excellent, couvert de végétation, et sillonné par des eaux qui coulent dans toutes les directions. Autour de la ville, sont des jardins entourés de murs, et des vergers remplis d’arbres touffus. Le site de cette ville est admirable, et son territoire offre un coup-d’œil ravissant; les eaux y sont excellentes et le climat très-sain. Une rivière peu considérable , qui traverse la ville , y apporte s.es eaux du côté du midi et en sort au nord. Il existe des moulins à, farine sur cette rivière dont on introduit les eaux dans la ville, le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche ; les autres jours de la semaine, on les détourne pour l’arrosement des jardins.

« La ville d’Aghmat est située, ainsi que nous venons de le « dire, au pied de la montagne de Daran. La fonte des neiges a « lieu vers la lin de l’hiver, époque à laquelle les eaux se préci- « pitént dans les vallons. Il arrive souvent qu’il gèle dans l’inté- « rieur de la ville; les enfants s’amusent alors à glisser sur la « glace; elle est tellement épaisse quelle ne se rompt pas; c’est « un fait dont nous avons été plusieurs fois témoin. » Les habitants d’Aghmat sont des Havvara naturalisés berbers par

suite de leur voisinage et de leurs rapports avec les indigènes. « Ils sont riches et commerçants ; ils envoient dans le pays des « noirs un grand nombre de chameaux chargés de cuivre rouge et

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n colorié \ de vêtements et tissus de iaine, de chapelets en verre, « en nacre et en pierres, de différentes drogues et parfums, et « d’ustensiles en fer. Celui qui confie de telles commissions à ses « serviteurs ou à ses esclaves possède, dans la caravane, cent, « quatre-vingts ou soixante-dix chameaux chargés. Durant ladqmi- « nation des Motletsem — hdt (des Moravides), il n’était pas de « gens plus riches que les habitants d’Aghmat. Iis avaient coutume « de placer, aux portes de leurs maisons , des signaux destinés à K indiquer l’importance de leurs richesses. Ainsi, par exemple, « si quelqu’un d’entre eux possédait 4,ooo dinars pour son usage « personnel et pouvait disposer de 4,009 autres pour les besoins « de son commerce, il plantait à droite et à gauche de la porte « de sa maison deux lances longues et flexibles, qui s’élevaient « jusqu’au toit. ( Leurs maisons étaient, pour la plupart, con- « struites en briques et en terre. ) Lorsqu’un chaland venait à « passer devant la maison et qu’il voyait ces lances ainsi plan- « tées, il les comptait, et, par leur nombre, il savait quelle était « la somme d’argent que possédait le propriétaire. A l’époque « actuelle, la conquête du pays par les*Masmoudis a fait éprouver K aux habitants d’Aghmat des pertes considérables; cependant, « ils sont riches et conservent un crédit qui n’a point changé. On « est fort incommodé, dans cette ville, par les scorpions, et la pi- « qûre de cet Insecte est souvent mortelle. Les vivres, les fruits « y sont à très-bas prix; on y élève beaucoup de troupeaux. «

Au nord d’Aghmat, à la distance de 1 2 milles, est Maroc fondée en 470, par lousuf hen-Taschfin, sur un emplacement qu’il avait acheté fort cher des habitants d’Aghmat, et qu’il choisit pour être le lieu de sa résidence. Cette ville est située dans un bas-fond, où l’on ne voit qu’un petit monticule appelé Idjliz dont le prince des fidèles. Ali ben-Iousul ben-Taschfin, fit extraire des pierres pour bâtir son palais dit Dar el-lladjar.

‘ Le texte porte

Fenillet 55 verso.

MARAKCII

OU

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