MAROC
Feuillet 56 recto. Comme le terrain sur lequel est construite la ville ne renferme pas d’autres pierres , les maisons sont bâties en terre et en briques. L’eau dont les habitants ont besoin pour arroser leurs jardins est amenée au nioyen d’un procédé ingénieux dont l’invention est due à Obeïd-allah ben-Iounès « et qui fut employé « avec succès, attendu qu’il n’était pas nécessaire, pour trouver « l’eau, de creuser le sol à une grande profondeur. Lorsqu’il « vint à Maroc ( vers l’époque de la fondation de cette ville ) , il « n’y existait qu’un seul jardin appartenant à Abou’l-Fadhl, client « du prince des fidèles, dont il vient d’être fait mention. Obeïd- « allah dirigea ses recherches vers la partie supérieure du ter- « rain attenant à c.e jardin; il y creusa un puits carré de larges (I dimensions, d’où il lit partir une tranchée dirigée immédia- « tement vers la surface du sol; il continua son creusement par « degrés, du haut en bas, en ménageant la pente, de telle sorte, ft que, parvenue au jardin, l’eau coulât sur une surface plane « et se répandit sur le sol, ce qui n’a pas discontinué depuis. Au « premier abord, on n’observe pas unè différence de hauteur « suffisante pour motiver r*émanation de l’eau du' fonds à la su- « perllcie; mais, èn y apportant plus d’attention, on voit que « ce phénomène tient au juste nivellement du terrain.
« Le prince des fidèles approuva beaucoup cette invention, et « il combla son auteur de présents et de marques de considéra- « tion. Les habitants de la ville, voyant le procédé réussir, s’em- « pressèrent de creuser la terre et d’amener les eaux dans les jar- « dlns; dès lors, les habitations commencèrent à se multiplier, et « la ville de Maroc prit un aspect brillant. A l’époque où nous « écrivons, cette ville, l’une des plus grandes de l’Afrique occi- « dentale, est la capitale du Lamtouna ; on y compte un grand « nombre de palais appartenant à divers personnages plus ou « moins considérables; les rues sont larges, les places publiques ' « vastes, les édifices hauts (;t solides, et les marchés bien fournis.
PREMIÈHE SECTION. 215
« Il y existait une grande mosquée construite par le. prince lousul « ben-Taschfin; mais, lorsque les Masmoudis se rendirent maîtres « de la ville, ils firent fermer la porte de cette mosquée, afin « ([u’il ne fût pas possible ( aux fidèles ) d’y remplir les devoirs « qu’impose la religion; ils en firent construire une autre pour <1 leur propre culte. Ces changements furent accompagnés de « scènes de pillage, de meurtre et de tralic de choses illicites,
« car, d’après la doctrine qu’ils professent, tout leur est permis.
« Les habitants de Maroc boivent de l’eau des puits, lesquels « sont peu profonds. Ali ben-Iousuf ben-Taschlin avait entrepris « de faire amener à Maroc les eaux d’une source distante de quel- « ques milles de la ville, mais il ne termina pas cet ouvrage. Ce « furent les Masmoudis qui, après la conquête du pays, achevèrent « les travaux commencés, amenèrent les eaux dans la ville et établl-
Feuillet 56 rerto.
« rent des réservoirs du côté occidental de Darel-Iladjar, enceinte « isolée de la ville, où se trouve le palais du prince. «
Maroc a plus d’un mille de long sur'à peu près autant de large.
A trois milles de distance, coule une petite rivière appelée Tanslft qui ne tarit jamais. « Durant l’hiver, c’est un torrent. AH « ben-Iousuf avait fait élever, sur cette rivière, un pont (fune « construction ingénieuse et singulière; il avait fait venir, à cet « elfet, des architectes espagnols et d’autres personnes habiles;
« l’ouvrage fut ‘construit et avec toute la solidité possible; mais,
« au bout de quelques années, les eaux emportèrent la ma-
Feuillet 56 verso
/ « jeure partie des piles et entraînèrent les matériaux jusque « dans- la mer. » Cette rivière est alimentée par des sources qui jaillissent de la montagne de Daran, du côté d’Agbmat-Aïlan. Aghmat-Aïlan est une petite ville, au pied dé la montagne de Daran et à l’orient d’Aghmat-Warika dont nous venons de parler. Ces deux villes sont éloignées de 6 milles l’une de l’autre.
« Aghmat-Aïlan est belle, riche, populeuse et ha-
« bltée par des juils. Ali ben-Iousuf leur avait défendu de s’éta-
.VGHMAT-AÎl.AN.
FeuiHet 56 verso.
« blir à Maroc et même d’y passer la nuit, sous peine des châ- « timents les plus sévères.
« Les habitants de Maroc mangent des sauterelles; autrefois « on en vendait journellement trente charges, plus ou moins, et « cette vente était assujettie à la taxe ou redevance dite kehala « aIIaï, qui se percevait sur la plupart des professions et sur la « vente des objets de première nécessité, tels que le millet, le « savon, le cuivre, les fuseaux à hier, quel que fût leur volume « et selon leurs quantités. Lorsque les Masmoudis s’emparèrent Il du pays, ils supprimèrent entièrement 'ces sortes de taxes, en Il exemptèrent (le commerce) et condamnèrent à mort quiconque <• les exigerait; c’est pourquoi, de nos jours, on n’entend plus « parler de kehala^ dans les provinces soumises aux Masmoudis. « Au midi de Maroc habitent des tribus berbères qui dépendent des Masmoudis et qui sont connues sous les dénominations de Nelis , Benou-Iadfer^<>s? Dokal Radjradja Zouda ssjj , Haskoura et Hazradja Les Masmou-
(lis-\\ arika habitent à l’orient et à l’occident d’Aglimat.
De Maroc à Sala , en suivant le littoral de la mer, on compte 9 journées; on passe par Tounïn (jv — >^, ville située à l’entrée d’une plaine longue de 2 journées et habitée par les tribus berbères Cazoula, Lamta et Sadrat. De Tounïn on va àTictïn ^
et au bourg de Ghafsic situé à l’autre extrémité de la
plaine, où croît en abondance l’espèce de plante épineuse dite sjdra dont le fruit porte le nom de nabca On y
trouve des tortues de terre d’un volume plus considérable que
Ce mot kehala ressemble beaucoup à l’espagnol alcabala d’où nous avons fait gabellel C est à l’obligeance et au savoir de notre confrère M. Etienne -Quatremere , que nous sommes redevable de l’explication du passage qui précède et de ce curieux rapprochement.
^ [.a version latine porte ici ; Domini varicæ. * .
La version latine porte Jabactin ; le ms. A. ..tvLjax' .
celui des tortues de mer, et dont les écailles sont employées Feuillet 56 comme cuvettes et comme vases à pétrir la farine. De Ghafsic à Omm-rehi’ pl, bourg considérable, le pays est habité par des berbers de diverses tribus, telles que les Rahouna , une partie de celles de Zenata et de Tamesna Il existe plusieurs
tribus comprises sous la dénomination de Tamesna ; de cette dernière, dépendent également plusieurs autres; telles sont les
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Berghawata les Mitmata les Benou-Teslat ^ Xj
les Benou-Ouïcamran ykj , les Zacara «jlij et une