MONTAGNES
5 verso. « part cl’édifice plus beau. De là à Boukhara i journée.
«Boukhara est une ville qui surpasse toutes les autres, soit « en fait d’étendue, soit en fait de splendeur et d’agréments. « Nous en parlerons en son Heu, c’est-à-dire quand nous' ferons « la description des pays compris dans le quatrième climat; il « en sera de même de Samarcande de tout le pays de
« Soghd «XjUaJ! iyoj\ (ou de la Sogdiane) et d’Osrouchna « h Nous restreignant donc à la description des pays
« compris dans la présente section, nous passons à celle des mon- « tagnes de Botm |A.JI Jlx>. »
lE BOTM. Èies montagnes sont hautes, escarpées et d’un difficile accès; elles sont couvertes de places fortes, de villages florissants, « de « troupeaux de moutons, de bœufs et* de chevaux; » il y a des mines d’or; d’argent, de vitriol et de sel ammoniac; dans les flancs de ces montagnes , on trouve par intervalles un grand nombre de soupiraux d’où s’exhalent des vapeurs semblables, de jour, à de la. fumée, et à de la flamme pendant la nuit; c’est là qu’on recueille le sel ammoniac de la meilleure qualité. Il y a dans le Botm trois régions : l’inférieure, la moyenne et la supérieure. C’est de la moyenne et d’un lieu dit Nandji ^5^1» (ou Banhi ^5^4) que découlent presque toutes^ les eaux qui arrosent le pays de Soghd. Après avoir parcouru-rapidement un espace de 90 milles, ces eaux parviennent à Tera’an puis à Mendje-
keth puis à Samarcande Il en est d’autres qui,
provenant du Mes’ha se réunissent aux premières à Tera’an dont elles arrosent le territoire, et se mêlent aux
‘ Cette description se trouve en effet pâges 167 et suivantes du ms. A. Cest donc par erreur qu’elle est transportée au feuillet 172 verso du ms. B.
* Les manuscrits portent toutes mais cette assertion «st contredite par notre
auteur lui-même un peu plus bas.
* Dans la version latine , il est ici question d’un grand lac dont nos manuscrits ne font aucune mention.
eaux de Samarcande. Les rivières du Saghanian (jUjU.o et du Ferghanah proviennent également du MesUia, lieu voisin
de Nandji <^1», où, comme nous l’avons dit, la rivière de Samarcande prend sa source U
Cliebek est une place très-forte située dans la partie septentrionale des montagnes de Botm JUr», «et entourée « de dépendances peuplées et fertiles; c’est de là et de Semendah « qu’on tire la majeure partie des ustensiles en fer qu’on
« emploie dans le Khorasan et dans les pays circonvoisins, tels « que le Fars et l’irâc.
«Ces montagnes sont bornées, à l’orient, par une partie du « Fergbanab pays considérable qui comprend au nombre
« de ses dépendances Bosta l’inférieure , pre-
« mier pays qu’on rencontre en venant du côté de Kbodjend « » Ankatb lasoukb Aderkend Roustan
, Bosta la supérieure l^ii o , et de plus Mara’cban Aïdkian yk'.Xjl, Zenderacb Bedjrenk
Asican ylju.wl et Heli Ju®. Ce sont, en général, des plaines et des pâturages où l’on ne voit aucune montagne; la contrée de Sabra est cependant en partit plate et en partie montueuse; Tabakbs Bamkiakbs — î-lsCoL et Kena Uj en
dépendent. «Cette dernière ville (Kena), qui est l’une des plus
« agréables du Fergbanab a eyjS est ceinte de
« hautes murailles, vaste, commerçante, très-fréquentéè par les « voyageurs et abondante en ressources de toute espèce ; il y « a un grand faubourg rempli de bazars, clos de murs en bon « état de conservation, et beaucoup de ruisseaux qui arrosent « quantité de jardins, de vergers et de maisons de plaisance; le « territoire de Kena s’étend jusqu’aux bords du fleuve Acbas « sur un espace qui comprend i journée de marche. •>
'•Ce dernier paragraphe manque dans le ms. A.
’ .le pense que Achas est l’un de’s noms du Sii" ou de l’ancien Jaxartes.
Feuillet 1 1 5 verso.
Feuillet 1 16 recto. Cette vüle l'ut foiidée par Nouchirewan , qui, l’ayant
peuplée de diverses familles, lui imposa le nom de Ez-her-KlIané ajU- c’est-à-dire de toutes maisons.L Quant à Khodjend dépendance de Ferghanah , c’est une ville bâtie sur les bords d’un fleuve qui vient du côté du midi. De Kena à Kbodjend, on compte 67 mdles.
De Bakhsan 0L«..^L à Kena Ui, 3o milles.
De Kena à lasoukb 2 journées ou 45 milles.
lasoukli est une ville isolée et éloignée des routes (commerciales); «soixante villages, dont le territoire est fertile et « abondant en toutes choses, en dépendent; le pays produit du « mercure. »
De lasoukb à Roustan 1 journée.
De Roustan, «ville agréable, « à Kena, 2 faibles journées.
De Kena à Ouch 1 forte journée ou 3o milles.
«Cette dernière ville est jolie; bâtie sur les bords du fleuve « qui porte son nom, elle possède un vaste faubourg entouré « de fortes murailles qui touchent à celles de la ville, un châ- « teau-fort et des marchés considérables. A peu près de la gran- « deur de Kena , Ouch* a trois portes en fer très-solides ; « .elle est adossée contre une montagne voisine des Turks Tibé- « tains*; sur le sommet de cette montagne est un lieu d’ob- « servation destiné à surveiller les Turks* et à préserver (la ville) « de leiirs déprédations.» De là à Aderkent qu’on
nomme aussi Aderkend dernière ville du Ferghanah
vers l’orient, du côté des Turks, 1 journée.
* La version latine porte très-mal à propos, ce me semble : « Misitque ad eam « populum è cimctis domibus Arezmerdjane. »
^ Cette version porte Hanjeara.
" Cette ville est indiquée sous le nom de Usb dans la carte jointe à l’important ouvrage publié à Londres en 1 826, sous le titre de Memoirs of Zehir ed-din Muhammed
Baber. »
« Aderkent est une ville grande et populeuse où il y a des i-euillei « troupes (en garnison); ses habitants sont doués de vigilance,
« de fermeté et de bravoure; H y a beaucoup de villages, mais « il n’existe nulle autre ville sous sa dépendance. »
Près de là, du côté du nord, est Casan «place forte c.‘
« dont le territoire est très-fertile. » Casan est le nom de la ville et également celui du district, qui comprend un grand nombre de villages. La distance qui existe entre Carber en suivant les bords du Djihoun, et Aderkent est de
2 4 journées.
Ce district confine, du côté du nord, à celui de Manaz-Pioudan dont la ville principale se nomme Kbllam
et qui est couvert de villages. Nous en reparlerons plus loin, s’il plaît à Dieu. De Aderkent à la descente de la grande montagne, 1 journée.
De cette descente à la ville de Atas i journée.
De là à Tibet en se dirigeant vers le sud-est, 7 journées.
« Atas (j-Ua! est un lieu situé au sommet d’une montagne es- « carpée; ses habitants sont toujours prêts à combattre, toujours « fermes, toujours vigilants. »
* Casan ou Kàsân est le nom d’une ville située sous le 42* parallèle, à peu de distance, au nord, du Sir ou du Jaxartes. Voyez les Mémoires de Baber, introduction, p. xxxix, et la carte jointe à cet ouvrage.
“ La version latine porte Concar ; mais ni l’un ni l’autre de ces noms ne me sont connus.
I 1 6 recto.
i.VN.
Tibet. — Bagharghar. — Tanbia. — Baklnvan. — Djermac. — Bulhinkh. — Lac de Berwan . — Oudj .
Feuillet 1 1 6 recto.
Feuillet 1 iC verso.
Cette section comprend la description du pays de Tibet
d’une partie du Bagharghar et du pays des Khizildjis o^b
Les villes les plus remarquables de la première de ces contrées sont : Tibet Chanfikh aklian Bakita
AiLouv, Boudai! Oudj , Ramhakli et Dalaklivva
Au nombre des pays soumis au kbakan de Bagharghar, il faut compter sa capitale, qui se nomme Tanbia’ Maclia
xiU , Djermac et Bakhwan
Dans la Chine extérieure ^ Tokha Uie, Darkhoun
et dans le pays des Khizildjis , Bersadjan la
supérieure Ubdl et Tevvaketh e*5Ty.
Dans ces diverses contrées on trouve des lacs d’eau douce, des rivières, «des pâturages et des lieux de campement d’été pour les Turks, » Notre intention est d’en indiquer la situation, les distances respectives et les limites. Nous en parlerons d’après ce qu’offrent de plus certain et de plus authentique les livres écrits « et composés sous la dictée de Turks qui, ayant traversé
* Le ms. A. porte Tagharghar; on Ht dans divers ouvrages géographiques taghazghaz.
■ Latitude âg® 5o , longitude 70° i5 à l’est du méridien de Greenwich. Cette ville est quelquefois désignée sous le nom de Oukhan.
« ces pays ou ayant habité clans leur voisinage, ont pu rapporter Feuillet hG recto. « ce qu’ils en savaient. •>
Nous disons donc que la Chine extérieure a pour limites le pays de Bagharghar lequel est voisin de la mer orientale; du côté du Ferghanah, le pays de Tibet oy.:», lequel touche à la Chine (proprement dite) et à diverses parties de l’Inde, e1 du côté du nord, le pays des Khizlldjis
La principale ville du Bagharghar^,.^^ , située à l’orient de la tanbiV. contrée qui nous occupe, s’appelle Tanbla’ ^aâj, et elle a douze portes en fer. Ses habitants suivent le culte impie de Zoroastre; car il existe parmi les Turks de Bagharghar une peuplade professant le magisme et adorant le feu. « Le khakan réside à Tan- " hla’, très-grande ville entourée de fortes murailles, » située sur les bords d’un fleuve qui coule vers l’orient \ et séparée de Bersadjan la supérieure Uhdl dépendance du Ferghanah,
par un intervalle de deux mois de route. Le pays de Bagharghar s’étend jusqu’à la mer orientale et ténébreuse. De Tanbla’ à Bakhwan on compte 12 journées, dans la direc-
tion du nord-ouest.
« Bakhwan est une ville dépendante du Bagharghar et bakhwan.
'< gouvernée par un prince appartenant à la famille du khakan '< de cette contrée. Ce prince a des troupes, des places fortes et « une administration; la ville est ceinte de fortes murailles; il v « a des bazars où l’on fait toute sorte d’ouvrages en fer avec « une rare perfection; on y fabrique aussi diverses espèces de
« Bakhwan est bâtie sur les bords d’une ri-
« vière qui coule vers l’orient; ses bords sont couverts de cul- « tures et de pâturages pour les Turks; la ville elle-même est
‘ Ces diverses indications portent à croire qu’il s’agit ici de la ville de Cacligliar.
’ Le ms. A. présente ici trois mots illisibles; dans le ms. B. le feuillet est malheureusement mutilé: je présume, d’après ce qui suit, qu’il s’agit d’armes ou d’armures de guerre.
Feuillet 11 G verso. « traversée par des cours d’eau; la majeure partie des ouvrages « en fer qu’on y fabrique est destinée pour le Tibet et pour la « Cbine. » Dans les montagnes environnantes, on trouve l’animal ou plutôt la chèvre sauvage qui porte le musc. « Nous avons dit « dans le second climat ^ comment on se procure cette subs- « tance ; il est donc inutile de revenir là-dessus. » De Bakbwan à Djermac on compte 4 journées, «à travers des lieux
« cultivés, des vdlages et des habitations contiguës, dans la di- '< rection du midi, en déclinant tant soit peu vers l’occident.
WEllMAC. “ Dj ermac est une belle ville et une place forte, ceinte
« de murailles en terre, entre les([uelles est un fossé profond « et large de soixante et dix pas, et munie de quatre portes en « fer. Il n’y a point, dans la ville, de bazar autre que celui où « l’on fabrique les armes. Le gouverneur qui réside à Djermac « a sous ses ordres de la cavalerie et d’autres troupes; il est « chargé de la défense de la place contre les attaques des princes « tibétains. » De Bakbwan à la ville de Tibet, i4 journées.
« De Djermac à Bersadjan la supérieure , i o jour-
« nées.
TIBET. '< La ville de Tibet est grande , et le pays dont
« elle est la capitale porte son nom. Ce pays est celui des Turks « Tibétains. Ses habitants entretiennent des relations avec ceux « du Ferghanab, du Botm et avec les sujets du khakan; ils « voyagent dans la majeure partie de ces contrées et ils y portent « du fer, de l’argent, des pierres de couleur, des peaux de léo- « pard et du musc du Tibet. Cette ville est bâtie sur une émi- « nence au pied de laquelle coule une rivière qui va se jeter « dans le lac de Berwan ybjj situé vers l’orient; elle est
« ceinte de fortes murailles et sert de résidence à un prince
‘ Voyez ci-dessus, pages 188 el 189.
’ Ou Khermac , d’après le ms. A.
qui a beaucoup de troupes et beaucoup de cavalerie revêtue Feuillet i de cottes de mailles et armée de pied en cap; on y fabrique un grand nombre d’objets et on en exporte des robes ou des étoffes dont le tissu est épais, rude et durable; chacune de ces robes coûte une somme d’argent considérable , car c’est de la sole de couleur rouge on en tire également des esclaves et du musc destinés pour le Ferghanab et pour l’Inde; il n’existe pas, dans le monde connu, de créatures douées d’un teint plus beau, d’une taille plus svelte, de traits plus parfaits, de formes plus agréables que ne le sont ceux des esclaves turks. Les Turks se les dérobent les uns aux autres et les vendent aux marchands : il est telle fille dont le prix s’élève à 3oo dinars. Le pays de Bagharghar est situé entré le Tibet et la Chine, et limité au nord par le pays des Kbirkhirs «Au nombre des dépendances du Tibet est Buthinkb bithi
ville de moyenne grandeur, bâtie sur une éminence, ceinte d’une forte muraille en pierre et munie d’une seule porte; il y a des fabriques et il s’y fait un commerce très-actif avec les pays environnants, c’est-à-dire avec le Kaboul Jok', le Wakban le Djil le Wakbch et le pays de Raset on en tire du fer renommé et du musc. > Feuillet n
« On rapporte que le nard indien croît en grande abondance dans les montagnes voisines de Buthinkb et qu’au sein
des forêts qui les couvrent', on trouve des chevrettes à musc en quantité; on ajoute que ces animaux broutent la cime de la plante, boivent de l’eau de la rivière qui coule à Buthinkb,
' Voici le texte de ce passage assez enibarrassant : ’
* Probablement pour Kirghis; le ms. B, porte Khizikljis.
(i verso
\KII.
7 recto
Feuillet 117 recto « et qiie c’est à cette nourriture qu’on doit attribuer la forma- « tion du musc.
« On voit aussi, dans ces montagnes, une grotte extrêmement « profonde au fond de laquelle on entend le bruit d’un torrent; « il est absolument impossible d’atteindre le fond de cet abîme , « et quant au bruit que font les eaux, on l’entend très-distinc- « tement. Le Très-haut sait quelle est la cause de ce phéno- « mène.
« C’est également là que croît la rhubarbe de Chine ;
« on y trouve cette racine en abondance ; on l’exporte en beau- « coup de contrées orientales et occidentales, où elle se vend; K elle est très-connue. Chermakh est le nom de la rivière
« qui coule à Butbinkb (ville), éloignée de 5 journées de « distance du lac de Berwan Cet intervalle est cou-
« vert de pâturages, de forêts et de châteaux-forts appartenant i.Ac. i>t BERWAN « aux Turks Tibétains. » Le lac s’étend, en longueur, sur un espace de 4o parasanges; sa largeur est de 72 milles; ses eaux sont douces; « les habitants de Berwan et d’Oudj « ^ y pêchent beaucoup de poisson.
K Ces deux dernières villes, comprises dans le Tibet, sont si- « tuées sur les bords du lac, à la distance de 12 parasanges K siiidi; or chacune de ces parasanges équivaut à 5 milles. L’une « et l’autre sont à peu près d’égale grandeur et bâties sur des K collines riveraines du lac, dont les habitants de ces deux villes « boivent les eaux. Ce sont deux pays indépendants de toute « autre contrée k H y a des bazars, des fabriques suffisamment « pour les besoins des habitants, et sans que ceux-ci soient « obligésde recourir aux étrangers pour se procurer des objets « manufacturés. Le lac de Berwan reçoit de tous côtés un « grand nombre de rivières considérables.
Si
Non loin des villes de Berwan et de Oudj , du côté du midi , i'e»iiiet i est une montagne recourbée en forme de dal et tellement haute, que ce n’est qu’avec beaucoup de peine qu’on peut atteindre son sommet dont le revers touche aux montagnes de l’Inde. Sur ce sommet est un plateau fertile où l’on voit un édifice carré dépourvu de porte. Quiconque parvient à cet édifice ou passe dans son voisinage éprouve en lui-même un sentiment de joie et de bien-être pareil à celui qu’on ressent après avoir bu du vin ; on ajoute même que les personnes qui , après de longs elforts, sont parvenues à monter au faîte de l’édilice, ne cessent pas de rire jusqu’au moment où elles disparaissent en se précipitant dans l’intérieur. « Mais je pense que ceci est « un conte forgé à plaisir et qu’il n’y a rien de vrai*; ce n’en « est pas moins une chose de notoriété publique. »
Toklia est une ville de Chine située au delà des montagnes qui environnent cet empire; « quoique peu considérable,
« elle est commerçante et bien peuplée. » De Oudj à Tokha, on compte lo journées de marche de chameau. A l’orient de Tokha est Darkhoun , ville « de grandeur moyenne, » dé-
pendante de la Chine et la dernière d’entre les possessions chinoises du côté du nord. Son territoire habité confine avec celui des Turks de Bagharghar Quant à Atas , c’est une ville forte et un point de défense contre les attaques des Turks. De là au Tibet, on compte lo journées, et de même d’Atas à Bersadjan la supérieure 6 jours de route.
«Cette dernière ville appartient au pays des Turks; elle est « forte, entourée de bonnes murailles, et c’est là que la majeure « partie des Turks qui habitent la contrée viennent se réfugier
’ Le nis. B. porte Kokha
7 rf'clo.
’eiiiiici 117 recto. « et se procurer les objets dont ils peuvent avoir besoin. » De Bersadjan à Nowaketh sur la limite du pays des Khizil-
djis, on compte environ 10 journées de marche de caravane ou 5 journées à travers les déserts des Turks. Nous en reparlerons ci-après.
En ce qui concerne Macha iUïU ( ou Masa itAwU ) , c’est une ville située à 5 journées de la ville du khakan de Baghargbar, « auquel elle obéit ; elle est florissante et on y fabrique un grand « nombre d’objets. » De Macha à Bakhwan qn compte
8 journées dans la direction de l’occident. Tels sont les pays compris dans cette neuvième section. « Louanges au Dieu unique! « paix et salut sur le dernier des prophètes ! »
Suite du Bagharghar. — Pays des Khirkhirs. — Possessions chinoises voisines
du pays des Turks.
Cette section, qui termine la description des pays compris dans le troisième climat du côté de l’orient, embrasse la partie de la Chine méridionale dans laquelle sont situées quatre villes, dont l’une se nomme Satrouba les noms des trois autres
(nous) sont inconnus; de plus la portion centrale du pays de Bagharghar où sont trois villes; et une portion considérable du pays des Khirkhirs voisins de la mer, qui
possèdent quatre villes florissantes comprises dans la présente section. Nous compléterons ainsi la description de ces pays, en faisant mention de tout ce qui concerne leur situation, leur configuration et l’appréciation de leurs distances respectives.
Le pays de Bagharghar^,.iyi.JI dont nous avons déjà indiqué la situation, confine, du côté de l’orient, avec le pays des Khirkhirs qui n’est pas éloigné de la mer de
Chine Les frontières chinoises touchent à la partie
méridionale de ce pays, qui, du côté du nord, est borné par le Kimaklé
La totalité du pays des Turks est (donc) située au delà du fleuve ^ et dans les parties les plus reculées du Ferghanah, du
‘ Le ms. A. porle toujours Tagharghar.
* Le texte porte Notre auteur veut dire, je crois, à l’orient
du Sir ou du Sihoun.
Feuillet i 17 verso.
Feuillet i i 7 vi
Chas et du Touran Il est impossible de se faire une
idée du nombre de ces Turks, tant il est immense. «Ils sont « gouvernés par des chefs auxquels ils recourent en cas de be- « soin, sous la surveillance et la protection desquels ils vivent, « et auxquels ils soumettent les difficultés qui peuvent survenir « dans leurs affaires. Ces peuples sont nomades et errants ; ils ne « résident jamais dans des demeures fixes, mais ils se transportent « continuellement d’un lieu vers un autre, cherchant leur sub- « sistance là où ils peuvent la trouver. Ils possèdent des cha- « meaux, des moutons, des bœufs en quantité; leurs tentes « sont tissues de poil comme les tentes des Arabes; ils cultivent « cependant la terre, sèment et moissonnent. On trouve chez « eux du lait, de la crème et du beurre abondamment. Ils « élèvent beaucoup de chevaux et mangent la chair de ces ani- « maux; il la préfèrent meme à toute autre. Leurs princes sont « (en général) belliqueux, prévoyants, fermes, justes et de « bonnes mœurs; le peuple est dur de caractère, sauvage, gros- « sier et ignorant. »
Il y a des Turks de races très-diverses; tels sont les Tibétains , les Baghargbars , les Khirkhirs , les
Kimakis les Khizildjis les Khafaz les Ma-
khamats c:>UU^i, les Turkechs les Arkechs , les Khif-
chakhs \ les Khilkhs les Ghourbas et les Bul-
ghares iLjjljL-CJI ; tous habitent les pays au delà du fleuve, du côté de l’océan oriental et ténébreux ; leurs croyances sont également diverses, « mais ils respectent les musulmans; quant aux « Turks qui ont embrassé l’islamisme, ils font la guerre aux « autres et leur ravissent des esclaves, car tous les musulmans de « race turque qui habitent au delà du fleuve ont coutume de « se réunir en masses pour porter la terreur chez leurs enne-
* Kiptchaks ?
« mis, bien que ceux-ci soient très-courageux, très-forts et très- Feuillet 117 \ei!,u.
'( nombreux; et ils (les musulmans) ne craignent en aucune « façon les Turks. Quant à la ville du khakan des Khizildjis,
« c’est un lieu de commerce et d’affaires pour les musulmans « et pour les Turks. Dans la description des villes turques « dont nous avons fait mention , nous avons suivi Abou’l Casem- « Abdallah ben-Khordadbèh , qui, dans son ouvrage, rapporte « que ces villes sont au nombre de seize habitées*, florissantes,
« entourées de murs et de fortifications respectables. Toutes,
« sans exception, sont construites sur des sommets de montagnes « de difficile accès et environnées de champs où l’on cultive des « céréales. On en tire des peaux de léopard, d’hermine et de « renard, du fer, du musc, des esclaves et de la soie.
« La partie des possessions chinoises qui confine avec le pays K de Bagliarghar est gouvernée par des princes appartenant à la « famille qui règne en Chine; ces princes ont des troupes nom- « breuses et des richesses considérables; ils surveillent et re- « poussent avec vigueur les entreprises des Turks, les combattent « et mettent le pays à l’abri de leurs déprédations. Les habitants « de cette partie de la Chine ont toute l’apparence extérieure « des Turks, la même manière de se vêtir et de monter à chen val, les mêmes instruments et armes de guerre. Ils possèdent « beaucoup d’éléphants et se servent de ces animaux dans leurs Feuillet ii8 recto. « expéditions militaires. Les Turks redoutent leurs attaques,
« respectent leur puissance et s’abstiennent d’excursions dans « leur territoire; ils portent même en Chine ce dont ils peuvent « disposer en fait d’objets fabriqués, de la laine, du beurre, du (1 sel, beaucoup d’armes et d’armures, telles que des cottes de « mailles, des cuirasses, des boucliers et des javelots, ainsi que
‘ On lit dans Y Histoire générale des Voyages, l. VIII, p. 332 , que « la géographie Il olTicielle chinoise compte, dans le Tibet, seize villes. »
i-'euillet i]« recto. « tjes étoftes et du musc; à cause de cela les Chinois ont pour '< eux des ménagements et vivent avec eux en état de paix, tout '< en se tenant toujours sur leurs gardes. »
PAYS DES KHIRKHIRS. Le pays des Khirkhirs est vaste, fertile, fréquenté par les voyageurs, bien pourvu d’eau et sillonné par diverses rivières qui viennent du côté des frontières chinoises; la principale d’entre ces rivières porte le nom de Menkhaz ’ ; elle est considérable et d’un cours très-rapide; coulant presque toujours sur des rocbes, ses eaux sont rarement tranquilles comme le sont celles de la plupart des fleuves. Les habitants du pavs ont construit, sur le Menkhaz, des moulins où ils réduisent le blé, le riz et diverses autres céréales en farine, dont ils font du pain, ou qu’ils mangent cuites de toute autre manière, et dont ils se nourrissent. L’arbre d’aloës ijjJi et le costus doux croissent sur les bords .de cette rivière , dans les eaux de laquelle on trouve une espèce de poisson dit cbetroun qui, au moment de la copulation, agit comme le sakankour jiyiJüLw du Nil d’Egypte; on dit que ce poisson n’a que peu d’arêtes, que sa chair est articulée (ou striée) et qu’il n’exhale pas la même odeur qu’exhale en général le poisson.
La ville qu’habite le roi des Khirkhirs est forte, entourée de murs, de fossés et de retranchements; elle est située dans le voisinage de la presqu’île des Hyacinthes qui est
séparée du continent par un isthme et de toutes parts entourée par une montagne ronde, d’un accès tellement dilEcile qu’on ne peut atteindre son sommet qu’avec des efforts inouis; quant au sol inférieur de la presqu’île, il est impossible d’y parvenir. On dit qu’il s’y trouve des serpents dont la piqûre est mortelle
* La version latine porte Menhar.
’ Probablement le chian fou des Chinois. V oyez Valmont de Bomare, Dictionnaire d’histoire naturelle, au mot costus.
° Sturio ?
et quantité de hyacinthes. Les habitants du pays emploient une Feuillet nS recto, industrie et des ruses particulières pour se procurer ces pierres précieuses. La distance qui sépare la ville de la mer qui ceint la presqu’île est d’environ 3 journées. Toutes les villes du pays des Khirkhirs sont comprises dans un territoire dont l’étendue est d’environ 3 journées. Elles sont au nombre de quatre, grandes, « entourées de murs et de fortifications et liabitées « par des peuples zélés, braves et courageux, qui ont surtout à « redouter les entreprises du roi des Kimakis ÀjÇSX^i prince « belliqueux qui est presque toujours en état de guerre avec « ses voisins.
Il On élève dans ce pays beaucoup de chevaux, de bœufs et Il de moutons. Les chevaux ont le cou très-court et beaucoup Il d’embonpoint; on les engraisse pour les manger; et quant aux Il bœufs, on les emploie généralement pour le transport des Il fardeaux.
Il Les femmes se livrent à toute sorte d’occupations, et les « hommes n’ont à travailler qu’au labourage et à la moisson,
« rien de plus. Ces femmes sont dans l’usage de s’appliquer des Il ventouses aux mamelles afin de les empêcher de grossir h Elles Il sont douées d’une agilité, d’une force et d’une audace tout à Il fait viriles.
Il Les Khirkhirs brûlent leurs morts et ils en jettent les cendres Il dans le Menkhaz jUiL* ; ceux qui sont à une trop grande dis- « tance de ce fleuve ramassent ces cendres dans la poussière et Il les jettent au vent. »
La principale ville du Bagharghar est Khizkhiraketh
elle est séparée de la ville du khakan ou roi de la contrée par une faible journée d’intervalle; « elle est abondante
‘ j0.1âAJ L.wÂji If. C’esl à M. Kaziniirski que je
tiüis rintelligence de ce passage curieux.
FeuiiU't 1 is verso « en ressources de toute espèce et industrieuse; on y porte « beaucoup de fer qui est ensuite transporté dans les autres « dépendances du pays des Turks. » De Khizkhiraketh à Nadhwa on compte 4 journées.
« Cette dernière ville est bâtie sur les bords d’un grand lac « qu’on appelle lac de Kowareth et dont les eaux
« sont douces. On voit voler au-dessus de sa surface quantité « d’oiseaux d’une espèce particulière, qui pond et qui fait ses « petits au-dessus de l’eau. Cet oiseau ressemble à la huppe « et son plumage est de diverses couleurs. Les bords de
« ce lac sont fréquentés par un grand nombre de Turks, à cause « de l’abondance et de la bonté des pâturages. «
De Nadhwa à la ville du kliakan, on compte 4 faibles journées « à travers un pays habité par des peuplades nomades. » De cette ville à Nacbran en se dirigeant vers le nord ,
6 journées.
« Nacbran est une grande et belle ville dépendante du Ba- « gharghar et située sur un fleuve dont les deux rives sont très- « fertiles. Les troupeaux des habitants paissent sur ses bords et « dans les environs. Il y a de l’industrie et il s’y fait du com- « raerce. On trouve auprès de cette rivière du lapis lazuli; on « recueille en abondance cette substance et on en fait des en- « vois dans le Khorasan, dans l’Irâc et dans les autres contrées « de l’occident.
« Ici se termine la section dixième du troisième climat. Louanges « au Dieu unique! que les prières et le salut soient sur N. S. " Mohammed, sur sa famille et sur ses compagnons jusqu’au « jour du jugement ! »
' La version latine porte Nasvan.