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pas là; nous nous efïbrcerons d'arriver, de notre examen critique des textes d'Homère, d'Hérodote et de Strabon , à des conséquences qui nous semblent intéresser la géographie et l'histoire des peuples, sort d'Asie, soit d'Europe, considérés par époques.
Strabon, 7, pag. 4)3.Bj cite les vers, 4) 5; que nous venons de lire ; et M. Coray traduit : Jupiter tourna ses regards étincelans pour voir de loin le pays des Thraces , ces habihs cavaliers , et celui des A4ysi, qui savent se battre corps à corps avec leurs ennemis.
Le sens, soit grammatical, soit géographique, de ce passage, a donné lieu à bien des débats. Strabon, l'envisageant sur-tout sous les rapports géographiques^ pense, avec Posidonius, qu'il ne s'agit que des Mysiens d'Europe, c'est-à-dire, des Mysiens de laThrace, Muinsç Toùf ce Qç^xjoL. M. Gossellin , au contraire ( trad. franc, tom. III, pag. 25 ) , jugeant fausse l'interprétation du poète qu'il a souvent habilement éclairci , est d'avis , d'après des considérations géographiques , que Jupiter apercevoit à- la-fois et la Thrace d'Europe, et le pays des Mysiens en Asie.
Si cette interprétation de notre savant confrère est exacte, il s'ensuivroit, i." que de l'Ida, Jupiter voyoit à-la-fois la flotte des Grecs, qui est à l'occident, et les Mysiens d'Asie , qui sont à lest du mont Ida ; assertion que n'appuie nullement le texte d'Homère, dont j'offre une version et une glose fort différentes de celles de nos devanciers.
Jupiter vero ( ab Ida ) , postquam effecit ut Trocs et
302 GEOGRAPHIE DHERODOTE,
Hector navibus admovercntur ( mAaarev ) , eos qu'idem reliquit ad illas laboremque ferre et cerumnas indes'inenter; ipse autem alio vertit ( 'ttoXiv ifi'Tnv) oculos fulgtdos , seorsim ( >'ô(np/v ad equîtum Thracum despîciens tcrram { Qpniuov KttSofw/^'i'Of aloLv ) , Alusorum nimirum ( t» ) cominus—pjtgnant'ium, et illustr'ium hippomolgorum , lacté victitantium longœvorumque , justissimorum homïnum. Ad Trojam igitur non^omnino ampliùs vertebat oculos fulgidos : non enim ifc.
Et en français : « Jupiter (du haut de l'Ida) , ayant fait approcher de la flotte Hector et les Troyens , les abandonne à leurs tristes et éternels débats; puis, écartant ( i-offipu) sa pensée du théâtre de la guerre, et tournant d'un autre côté ses yeux éclatans, il les abaisse ( Ka.^fâifji.ivoç ] sur la Thrace abondante en coursiers, et en particulier sur les Mysiens, habiles à combattre de près; ces vénérables hippomolgues, vivant de lait, s'abstenant de tout ce qui a vie; les Mysiens, les plus justes des hommes : il ne tourna plus ses regards sur Troie; car il ne pensoit pas qu'aucun des immortels vînt secourir ou les Troyens ou les Grecs. «
Au vers i , je traduis, Jupiter, du haut de l'Ida, ayant fait approcher de la fiotte Hector et les Troyens, Du haut de l'Ida n'est point dans le grec; mais il est dans l'esprit du poète. Si Jupiter eût quitté l'Ida pour accompagner Hector , on apercevroit mention et de cette descente de l'Ida et du retour de Jupiter sur sa montagne. Or, le texte ne parle ni de l'une ni de l'autre action.
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nixctostv se trouve traduit par admovit chez X., chez M. Heyne et ailleurs. Mais , partant de l'idée puisée dans le contexte, que Jupiter n'a point quitté fe mont Ida, je propose, au lieu de admovit, ejfech ut adinoverentur , sens adopté par le scholiaste grec dans cette glose, mais que ne donne pas Euslathe : n«Aa«rî' Xi^mtihttnv ^ ïy-fia-iq iTwincn. Le sens de conduire, attribué à TTS^aars par divers interprètes , est donc inadmissible.
Au vers 2, avec Eustathe , notons, Tmpà. Tnm pour ■mp' oùjTtt.'iç : ainsi pnssim.
Au vers 3, TtcLhiv tçk-rru. On voit au vers i, Jupiter protégeant Hector, le faisant approcher des vaisseaux. A ce vers 3 , nràxit ne me semble signifier ni iterum , ni rétro (comme Je suppose M. GosseJin dans cette "phrase, p. 25, note i , 1.'" coi., quand Jupiter voulut tourner ses regards du côté opposé à Troie] , mais plutôt a/il>i ( comme le veut Eustathe donnant la scholie aWi»- ;^ù ) , ou deinceps ; et alors, au lieu d'un adverbe de lieu , on auroit un adverbe de temps ; acception que proposent Leunclave et Hutchinson, cités par le Lexic. Xenoph onteum .
De ces deux acceptions , alibi, deinceps, la première paroîtroit préférable k divers savans , qui se fondent sur ce rapprochement que fait Eustathe àe-TTàXn-, vers j, et de If T^j/Hv « ira.fxinty tn tfiTnv oon (pa-Bivcc.
D'après ces explications grammaticales , je proposerois d'analyser ainsi de nouveau, et de dire:
Au premier temps (vers 1 ), Jupiter, protecteur
d'Hector et des Troyens, les fait approcher de la flotte des Grecs. Au deuxième temps , ses yeux cessent de se porter sur Hector [roi/ç fùy 'tu, vers 2). Au troisième temps, ou plutôt, par suite de sa résolution d'écarter sa pensée du théâtre de la guerre, et de laisser agir le Destin, qu'il n'ose ni ne veut contrarier, il la fixe sur la Thrace d'Europe, non sur les Thraces en général , qui avoient pour fondateur Thrax, enfant du dieu Mars, mais en particulier sur les pacifiques Mysiens, peuple qu'il qualifie de justes ; ce qui établit un contraste d'idées entre les Grecs et les Troyens en guerre, et les pacifiques Mysiens , et repose l'esprit des lecteurs fatigués de descriptions de carnage.
Voilà le sens grammatical. Si de Ih nous passons au sens topographique , nous dirons :
Jupiter, qui règne sur l'Ida, IcAJSïv /xsiTéwv, Jupiter, du haut de l'Ida , qu'il n'a pas quitté , a suivi des yeux Hector et les Troyens, les a protégés allant vers la flotte des Grecs; il tourne ensuite [-Trcthiv ) ses regards et sa pensée vers la Thrace.
Du haut de l'Ida, Jupiter pouvoit apercevoir et la flotte des Grecs, à l'occident, et la Thrace, au nordouest : mais pour que l'œil passât de l'un à l'autre, il falloit changer la direction des regards , il falloit regarder ailleurs (ttoA/v, c'est-à-dire, aMap^îi, Eust. ) , action nouvelle qui fait cesser la précédente ; action nouvelle et déviation indiquée par TraXiv , et bien précisée par
Ce lieu sur lequel Jupiter porte ses regards en les