I/' PARTIE. — L'EUROPE
que Pausanias attachoit à yXoLUMi; l'idée de couleur.
C'est avec M. Clavier ( l. l.) que je dis , Minerve, fille de Neptune et de la nymphe du lac Tritonis. Peutêtre seroit-il mieux de traduire , Minerve , fille de Neptune et du lac Tritonis. Cette version plus littérale, i, i4-» se trouve appuyée par un autre passage du même auteur (9, 33, pag. 777), qui apprend que, conformément à une tradition ( \o^i; 'i^i ) , Minerve fut élevée sur les bords du lac Tritonis [w À^va.v tfaqimauf Tmpct 7nmt/^w T&i-mvi ). Dans aucun des deux passages, nulle mention, comme on voit, de Minerve, fille de la nymphe du lac Tritonis. Il faudra donc renoncer à l'assertion de M. Clavier, si elle n'a pas d'autre fondement que celle qu'il a cru apercevoir dans le texte grec de Pausanias.
Mais ne perdons pas de vue yXajuiùç , épithète à expliquer.
Diodore de Sicile , s'éloignant de la tradition de Pausanias, juge qu'il y a de la bonhomie ( eunStç) aux Hellènes de croire que yKa.vx2i-mç vienne de 'ixm tvZ ô<pâtt\(aus 'i^tv yXajuKcvç. Cette épithète, ajoute-t-il, désigne Minerve, c'est-h-dire, l'air à couleur bleue ( i , 12.), Minerve Tritogénie , ainsi appelée, non à cause du lac Triton ( origine qu'on pourroit être tenté d'adopter d'après le passage précité de Pausanias ) , mais à cause des trois températures différentes de l'air dans- les trois saisons de l'année.
Avec Diodore, je rejetterois l'étymologie qui conduit à la version, Minerve aux yeux bleus ; mais à celle
ip2 GEOGRAPHIE D'herODOTE,
qu'if propose, je crois devoir préférer l'une des deux versions suivantes : Minerve à l'aspect de glavx [chouette], et par extension , Minerve au front large de glavx ; ou plutôt, Minerve aux yeux de glavx, Minerve aux yeux pénétrans (i ).
Essayons de justifier grammaticalement, et d'après les monumens anciens, ces deux versions , qui présentent des sens également raisonnables.
TXtwxZTnç, adjectif féminin dont le masculin est ^Aeu;yji-^ , se compose de .-iXtwy.o^, terme équivoque, et de w4, autre terme dont la véritable acception est peu connue.
Oculus ( l'œil , ce qui voit) , voilà l'acception vulgaire de ûj-vf. avec sens actif. Mais quantité de passages établissent l'acception passive et moins connue, celle de aspectus , dont le terme correspondant en françois, aspect, exprime , avec sens actif, l'action de voir une personne ou une chose, et qui, dans le sens passif, se dit de ce qui est vu.
Cette acception , tantôt active et tantôt passive, d'aspect , me paroît contenue dans les formes masculines sûpiju4 5 stîawfç, ilioi-^, yJivus-\. ( Hom. //, , 1 , 159);
(i) Au moment où, dans une savante réunion, j'indiquois cette double version, un savant distingué m'arrêta pour me dire ; le sens naturel est AJinerve aux yeux Hcus. ThoLUKOç, tlcu, «^j '^''' protègent suffisamment la version généralement reçue. // est dangereux , ajouta ce savant, de s'e'cartcr des traditions reçues. Mais ce mot, proféré par un homme très-instruit, ne devoit sortir que de la bouche d'un routinier.