‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois indexChapitre 29 sur 72 · TABLEAU DES DEUX ARMÉES · texte numérisé non relu

TABLEAU DES DEUX ARMÉES

Année lacédéuionienne.

Hoplites de la Laconie. . . 6,000.

Hoplites de l'Élide, de la Tripiiylie, des Acroréens etdes Lasionéens, pièsde 3,000.

Hoplites Sicyoniens ',;Oo-

Hoplites de l'Epidaurie, de la Trézcnie, de i'Hermionie , de l'Halie , pas moins de 5,000.

Cavaliers de la Laconie. . Coo.

Archers crétois (seuls hors du Péloponnèse) 300.

Frondeurs de Marganeç , de Létrine et d'Amphidole 4°°-

Les Phliasiens ne fournirent aucun contingent, s'cxcusant sur la trêve. . . //

Total général. .. . 14,800.

Armée de la Ligue corinrhieiuie , composée de Corinthiens ^ de Béotiens, d'Athéniens , i7c.

Hoplites athéniens 6,000.

Woplites argiens 7.000.

Hoplites , béotiens seulement 5,000.

Hoplites corinthiens, environ 3,000 .

Hoplites de toute IT.ubée, pas moins de 5,000.

Total 14,000.

Cavaliers béotiens , comprenant ceux de Thespies. foo.

Cavaliers athéniens <joo.

Cavaliers de Chalcis d'Eubée 1 00.

Cavaliers des Locriens d'Opunte 5c.

Total '4îo-

Psiles ( Sf/Ao» TT ). LesPsiles, les Corinthiens compris, passoient ce nombre ; car ils avoient parmi eux les Locriens-Ozoles, les Méiicns et les Acamauiens, environ i.yoo.

Total 1,500.

Total général.. . . 26,95c.

Explication du. Plan de la Bataille de Néméc.

A. Athéniens et leurs alliés, au moment où ils forment leur ligne de bataille, les Béotiens ayant passé de l'aile

gauche à l'aile droite. Sous le nom de Béotiens sont compris les Thébains et les Thespiens.

B. Lacédémoniens et leurs alliés en bataille. Les Lacédé/noniens occupent l'aile droite, et sont opposés aux Athéniens. Les Pelléniens , peuple d'Achaïe, occupent l'aile gauche, et sont opposés aux Béotiens.

C. Position de l'arrnée athénienne après le mouvement oblique à dfoite dirigé par les Béotiens.

D. Position de l'armée lacédémonienne après le mouvement oblique à droite dirigé par les Lacédémoniens.

EE. L'aile des Lacédémoniens , qui a débordé les Athéniens, fait une conversion en E pour les envelopper.

F. Les six tribus d'Athènes opposées aux Lacédémo- Jiiens. F'. Les quatre tribus opposées aux Tégéates.

fghk. Les quatre t-ribus d'Athènes et leurs alliés, après avoir mis en fuite les corps qui leur étoient opposés.

G. Lacédémorfiens en ordre de bataille, après avoir \aincu les six tribus d'Athènes. Ils se portent en H, pour secourir leurs alliés.

H. Les Lacédémoniens, k ce point, ont dépassé les quatre tribus d'Athènes, qui étoient en F, et rencontrent successivement les corps g, h, k, à mesure que ceux-ci reviennent de la poursuite.

Dans ce prias , nous omettons la cavalerie des deux côtés, parce que Xénophon ne parle ni de sa disposition , ni de ses manœuvres : silence dîoù l'on pourroit inférer quelles n'influèrent pas sur l'issue de la bataille. On doit Sjipposer qu'elle étoit placée de chaque côté sur les ailes.

6o 11/ INDEX,

y6. Plan de la deuxième bataille de Mantinée , d'aprcs Xcnophop (7, 5, \<) sq., tom. V, A, pag. 825 ). Voyez le Philologue, tom. IV, pag. 168 sq. On y démontre que FoUard a fait un véritable roman sur la deuxième bataille de Mantinée; et ib. pag. 192 sq., on trouve, sur le rhopalon, bouclier des Thébains , adopté par les Arcadiens , des observations utiles sous le double rapport de la eritique grammaticale et de l'antiquité. Voy. infrà , n." 87.

Explication du Plan de la deuxième bataille, de Mantinée , dressé d'après le texte de Xénophon.

AB. Armée d'Epaminondas , rangée en bataille devant Tégée, dans l'ordre que donne Diodore de Sicile. — EF, cavalerie thébaine et thessalienne , mêlée d'infanterie légère.

LM. Armée des Lacédémoniens couvrant Mantinée, rangée en bataille dans l'ordre q>je Drés^iil^e Diodore de- Sicile. . • ■ ,

OP. Ligne ponctuée servant à indiquer le ciiemin direct ( sud-nord ) qui conduit de Tégée à Mantinée.

XYZ. Chaîne de montagnes à l'occident de Tégée (O), courant dans une direction à-peu-près parallèle au chemin direct O P de Tégee à Mantinée.

CD. L'armée thébaine, au lieu de marcher en bataille à l'ennemi, en suivant le chemin direct OP, se forme en colonne sur sa gauche pour se diriger vers les montagnes k l'occident de Tégée.

TV. Ligne de séparation qui avertit que le peu d'étendue du plan n'a permis de présenter que le commencement ïi la fin de la inarclie-maaoeuvre de farinée thébaine. Aqx-

ANALYSE DES CARTES. 6't

points A^'et /?, il faut donc ajouter une fongueur de chemin de deux lieues et demie à trois lieues.

D' C Arrivée de l'armée thébaine en colonne à la vue des Lacédémoniens. Elle se forme en ligne de bataille A B dans une direction oblique au fort de l'ennemi. La cavalerie F' E' se met également en bataille; ensuite l'armée fait halte et dépose les armes au bas des montagnes.

A G. Bataillon du flanc ou de l'aile des Thébains, qui sont amenés en H I pour doubler la, phalange thébaine destinée à border l'ennemi, et pour la rendre plus profonde et plus solide. Après ce mouvement, l'armée se remet en marche dans sa direction oblique sur le front des Lacédémoniens , et s'y porte rapidement.

ab. Position de l'armée thébaine au moment où son embelon [ s/.té'oAoi' ] aborde et renverse la phalange lacédemonienne Q. La cavalerie E' de l'aile gauche s'est portée en e sur celle des Mantinéens A4 et la met en fuite. La cavalerie F' de l'aile droite s'est portée en E sur une hauteur d'où elle attaque la cavalerie L des Athéniens, et menace leur infanterie K, pour empêcher l'une et l'autre de secourir les Lacédémoniens.

a' b'. Année thébaine après la bataille.-

L M'. Armée lacédémonienne ( i ) après la bataille.

Les Lacédémoniens ont été enfoncés ; mais la cavalerie de l'aile droite dés Thébains s'est rétirée-, et leur infanterie légère a été taillée en pièces. Atilsi IMIPedroitè'de chaque

( i) Elle aiiroit fait un niiart de conversion.

6z JI/ INDEX,

année ayant perdu du terrain, elles se trouvent, à la fin de

la bataille , dans une position parallèle.

77. Plan de la précédente batailU, d'après le chevalier Follard. Voyez le n.° 76, et Xén. tom. V, A, pag. 825.

Ce plan de Follard, nous le répétons, est un vrai roman. On en jugera en rapprochant son plan du texte grec fidèlement traduit.

Explication de la deuxième bataille de Aiantinêe, par Follard (traduct, de Polybe , tom, I , pag. Ixxxvi).)

AB. Épaminondas, après sa marche, vient se mettre en bataille parallèlement au front DP de l'armée lacédémonienne.

BE. Phalange doublée destinée à former Vembolon. ( On voit que Follard, comme nous l'avons dit, place à la droite de l'armée thébaine ce qui eut lieu à sa gauche. )

BC. Quart de conversion de toute l'infiinterie des Thébains sur l'aile gauche A, jusqu'à ce que sa phalange doublée soit arrivée par son épaisseur CFen hce du point de la ligne ennemie qu'elle doit attaquer. Alors, par un à droite, cette infanterie change de front, et marche en colonne sur le point H, qu'elle enfonce.

/, Cavalerie thébaine de l'aile droite, mêlée d'infanterie légère appelée Hamippes, et opposée à la cavalerie mantinéenne D,

L. Corps de cavalerie et d'infanterie légère posté sur une hauteur pour empêcher la cavalerie et l'infanterie des Athéniens P /M de secourir les Lacédémoniens , en tonijf)ant sur le côté 0 de la colonne.

ANALYSE DFS CARTES. 6f

K. Infanterie légère des Lacédémoniens et de kurs alliés, que FoIIard place ainsi sans que Xénophon ou Diodore en aient parié.

L'auteur de ce dernier plan, le chevalier de FoIIard, se répand en éloges et sur l'économie du temps, et sur la disposition qu'Épaminondas donna à son armée en la formant sousTégée, et sur la marche par laquelle il se porta sur l'ennemi ; et cependant on est autorisé à penser qu'il n'a réellement rien compris à ces deux mouvemens, puisque, dans son plan, comme dans ses observations, tout se réduit à venir se mettre en bataille à la vue des Lacédémoniens , dans une position AB , parallèle à leur front ( i ). Or, il est évident que, si le terrain le permettoit, peu importoit qu'Epaminondas vînt occuper cette seconde position par une marche directe et de front, ou par une marche oblique et en colonne, et qu'il n'y auroit là sujet ni d'éloge ni de blâme. Arrivé en AB , et s'y étant déployé, le général thebain, selon FoIIard, double la hauteur de l'aile B qui devoit attaquer, puis forme son oblique par une immense conversion de son front de droite à gauche, jusqu'au point C. Là, par un simple à-droite, son armée se trouve en colonne AC , et l'épaisseur CF de sa phalange doublée devient le front ou la tête de cette colonne, qui se porte rapidement sur la partie de la ligne ennemie qu'elle doit enfoncer.

Nous n'insisterons pas ici sur les nombreux inconvéniens que présentoit une pareille manœuvre exécutée en face et à portée de l'ennemi, quelques précautions que l'on

(i) Voyez le plan de FoIIard.

64 Jl/ INDEX,

eût crises pour en faire protéger l'exécution par les mouveniens de la cavalerie placée aux deux ailes; mais nous avouerons que si c'étoit là réellement la bataille de Mantinée , ce seroit beaucoup moins l'hal)ileté d'Epaminondas qu'il faudroit y admirer , que la patience et rinca})acité de ses adversaires. Au surplus, le texte de Xénophon ne contient absolument rien qui puisse faire supposer cette singulière conversion. Foliard ne l'a inventée que parce qu'ij n'a pas suivi avec attention les mouvemens préparatoires à l'attaque clairement indiqués par l'historien ; et ici , la méprise du commentateur est telle , qu'il fait attaquer par l'aile droite desThébains, tandis que ce fut réellement leur aile gauche qui se porta sur l'ennemi. Voyons maintenant la bataille de Mantinée telle que Xénophon nous la donne. Épaminondas, après avoir manqué son entreprise sur Sparte, revient brusquement et par une marche forcée à Tégée , où il fait reposer son infanterie. Bientôt il envoie sa cavalerie à Mantinée, qu'il espère surprendre ; mais six mille Athéniens accourent à la défense de cette ville. L'armée lacédémonienne , qui suivoit les mouvemens d'Epaminondas, a le temps d'arriver, et la cavalerie thébaine, quoique victorieuse, est forcée de se replier sur Tégée. Épaminondas considéroit que le temps de son commandement alloit expirer, et voulant réparer par une victoire décisive les deux échecs qu'il a essuyés , il se détermine à attaquer l'ennemi. Il sort de Tégée, et range son armée en bataille. Xénophon ne dit rien ni du nombre, ni de la disposition des combattans dans chaque armée (j); mais

(i) Nous verrons plus bas que, d;uis deux passage». Xénoplion indique

Diodore,

A"NALYSE DES CARTES. 65

Diodore, liv. i 5 , y supplée , et son témoignage nous parort, également digne de confiance : ce sont de ces faits qu'ua Jirstorien n'inveme ni ne dénature , quelque étranger qu'il soit aux opérations de la guerre.

« A l'égard de l'ordre de bataille , les Maiitinéens et Ie& Arcadiens formoient la droite , soutenus de près par les " Lacédémomens , k côté desquels étoient encore ceux de l'ÉIide et de l'Achaïe, et pJus loin les troupes dont on n'espéroit pas un grand secours. La gauche étoit occupée par les Athéniens , qui formoient un corps de six mille hommes commandés par Hégéloque: ce qui faisoit en tout vingt mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux.

M Du côté des Thébains, ils formoient eux-mêmes leur gauche , ayant auprès d'eux les Arcadiens de leur parti , et ili avoient donné leur droite aux Argiens. Le centre étoit occupé par les troupes de l'Eubée, de la Locride^ de Si- «yone , par des Maliens , des ^nianes , des Thessaliens même, et plusieurs autres alliés. Leur armée montoit à trente mille fantassins et à trois mille chevaux. De part et d'autre, la cavalerie s'avançoit sur les ailes. «

L'ordre de bataille aussi nettement indiqué, rappelons la position des lieux, qui jette un grand jour sur la manœuvre d!Epaminondas. Mantinée, que couvroient les Lacédémoniens, se trouvoit à près de quatre lieues au nord de Tégée, où étoit l'armée thébaine. A gauche , et par conséquent k l'occident de cette dernière ville , est une chaîne

clairement la posititjn respective des Thébains et des Athéniens. Et ces deux passages et la direction de la marche - manœuvre de l'armée thébaine dévoient suffire pour prévenir l'erreur que Follard a commise.

de montagnes dont la direction sud-nord est à-peu-près paralfèfe au chemin qui conduisoit directement de Tégée a Mantinée.

Suivons maintenant Xénophon dans les principales circonstances de sa narration. ( Xen. tom. V, A, pag. ^25.)

« Après que son armée se fut mise en bataille dans » l'ordre qu'il avoit prescrit , il ne la mena pas à l'ennemr » par le chemin le plus court { /e chemin sud-nord qui con- :» duisoit droit de Tégée à Alantinée ) , mais il dirigea sa » marche vers les montagnes qui se trouvent en face de » Tégée du côté de l'occident : ce qui fit croire aux Lacejj démoniens que son intention n'étoit pas de combattre » ce jour-lk. »

Le mouvement d'Epaminondas n'a plus rien d'obscur, d'après ce qui précède. On y voit une manœuvre préparatoire qui doit amener l'exécution de son plan d'attaque. H ne s'avance pas à l'ennemi en bataille et droit devant lui ; mais, par une marche de flanc, la gauche en tète, il conduit son armée en colonne jusqu'au pied des montagnes qui étoient à l'occident de Tégée , et il prépare ainsi son oblique sur la ligne ennemie. On voit qu'il s'est place à la gauche avec ses Thébains, parce que cette aile forme la tète de l'armée pendant la marche, et formera le marteau au moment de l'attaqiie ; c'est elle qui conduit tout le mouvement. Les montagnes vers lesquelles il se dirige, en appuyant sa gauche, ne permettront pas de manoeuvrer contre elle lorsqu'elle exécutera le mouvement décisif qui la portera en colonne sur le point de la ligne ennemie qu'elle doit enfoncer.

«Arrivée au ba<: de la montngne, son armée reforma

ANALYSE DES CAUTES. 6j

a> sa Jigne de bataille, et déposa les armes sous les hau- ■3> teurs, de manière à faire croire qu'elle alloit camper.»

Ce court instant de repos trompa entièrement l'ennemi, qui non-seulement ne chercha point à pénétrer le Lut de la marche-manœuvre d'Epaminondas , mais qui garda toujours sa position , et même rompit ses rangs.

« Mais bientôt Epaminondas , plaçant en avant sur le front « de sa phalange les lochos [bataillons] qui marchoient sur » son flanc, dispose en une masse solide propre h l'attaque jj le corps qu'il commandoit en personne ; puis il ordonne " aux troupes de reprendre leurs armes , et marche à leur M tête. (Xén. E., 7, j, 22, tom. V, A, pag. 826.) »

D'Ablancourt paroît n'avoir rien compris à ce passage. Suivant sa coutume de transposer à son gré le texte qu'il traduit , il réunit les deux mouvemens que l'historien grec a séparés par une halte. « Mais tout-à-coup , dit-il , remettant sur une ligne l'armée qui marchoit sur une colonne, .•et renforçant l'endroit où il étoit, il lui fit reprendre les armes.... 53 C'est là, ce nous semble, pousser un peu loin l'infidélité. Le traducteur ktin de Xénophon , Leunclavius, auroit pu cependant mettre d'Ablancourt sur la voie ; voici sa version : « Deinde cùm cohortes , quœ UTROQUE procrrediebantur ïn cornu , ad frontem adJuxisset, aciemque cu- NEATAM eorum quos circum se habebat jirmam reddidissa, tum suis arma sumere juss'is , prœcedebat ipse . . .« Cette traduction est littérale, et elle nous paroît présenter assez clairement le sens de l'auteur, sauf uiîe légère obscurité qui résulte d'un mot inutilement ajouté par le traducteur. Celui-ci rend -nuç cttt yX^ç mpivof^îtcuç xô^vç, par cohortes fifi VTKOÇiMh progrediebantur in cornu. Nous croyons qu'il

6S Jr/ INDEX,

faut supprimer utroque, et dire littéralement in cornu, sur le flanc ou à l'extrémité de l'aile (i). Les Thébains occupoient, comme nous l'avons vu, l'aile gauche de l'armée: le mouvement que Teur ordonne Epaminondas consiste simplement k reployer l'extrémité de cette aile sur l'autre partie, en la plaçant en avant, ainsi que nous l'indiquons sur notre plan. Par là , le corps destiné spécialement k l'attaque, ifjt-CoXov, passant de l'ordre déployé k l'ordre profond ^ devient une masse solide dont le choc sera irrésistible. Nous remarquerons k ce sujet que Morus, "Weiske et autres , traduisent improprement i/Ji,CoXoy par acks cuneatay et FoHard (tom. II, table, k l'article Cuneus) par cuneus. Ces mots désignent un ordre de bataille particulier, assez difficile k former avec quelque précision , et presque impossible k conserver long-temps en marche; tandis que iljiQoXoy est un terme générique de tactique, qui, comme son étymologie et ses analogues, IfiCÔMM, Tt^a/Si^u,

(r) Peut-être, pour défendre la version de Leunclavius , pourruit-on dire qu'Épaminondas plaça en avant de son front les lochos q\ii marchoient sur les deux ailes, non pas de l'armée, comme quelques traducteurs l'ont dit ridiculement , mais du corps tliébain qu'il comm.indoit en personne. Mais il faudroit supposer que ce ploiement des ailes sur le centre, usité aujourd'hui pour former la colonne d'attaque, fût alors connu , ce qui est plus qu'invraisemblable. Nous aimons bien mieux supposer qu'Epaminondas forma sa phalange doublée en rcployant la demi-phalange de gauche, qui formoit l'aile ou le flanc de l'armée, sur la demi phalange de droite. En supposant que le cori)S des Thébains qu'il commandoit lût de huit mille hommes, ii les files, après le doublemcirt, étolent de cinquante hommes, comme le dit Xénophon , h. la bataille de Leuctres, Vemkulan auroit formé une masse solide ou colonne d'attaque de cent soixante hommes de Iront sur c inquantc de profondeur, très-capables d'entonccr les Lacédémonicns , qui, moins nombreux, avoicnt dû étendre leur front aux dépens de leur profondeur.

iVfjiCo>ti, le prouvent, désigne la partie de l'armée destinée à aborder et h enfoncer l'ennemi , quelle que soit d'ailleurs sa formation : c'est positivement ce que , dans la tactique moderne, on appelle le marteau.

ce Pour lui ( Épaminondas ) , il conduisoit son armée 3» comme une galère qui se présente par la proue, per- » suadé que quelque part qu'il enfonçât l'ennemi par son » choc ( I ) j il écraseroit tout le reste de la ligne. Il se » préparoit en effet îi n'engager que ses meilleures troupes, 35 en refusant à l'ennemi celles qui étoient le moins aguer- »ries, prévoyant bien que si ces dernières venoient à » avoir le dessous , leur défaite décourageroit le reste de ji son armée , et inspireroit de la confiance k ses adver- M saires. ( Xen. 7, 5, 22, tom. V, A, pag. 826.) n

On ne peut, je pense, indiquer avec plus de clarté une disposition d'attaque oblique, et en même temps exposer avec plus de justesse le but et l'un des principaux avantage de cet ordre de bataille, qui réduit l'attaque à un point sur lequel l'assaillant peut porter ses principales forces. Nous pouvons, en outre, conclure des paroles del'historien, qu'un des motifs qui avoient conduit Épaminondas à adopter de préférence un ordre d'attaque oblique, e'étoit le peu de confiance qu'il avoit dans les troupes alliées, qui rendoient son armée beaucoup plus nombreuse que celle de l'ennemi, sans la rendre réellement plus forte. Il ne vouloit pas commettre au premier choc les Argiens placés \ sa droite avec ces six milles braves Athéniens qui ,

(i) Par ion choc ,ii/£aKà» , nouvelle preuve de la signification iei^CoSdV. — Choquer de poùiu comme ui:e galère , telle est l'expression de d'.\blancourt.

^près avoir volé avec tant d'intrépidité au secours de Man-

tinée, formoient f^ gauche des Lacédémoniens.

Le chevalier de FoIIard ne nous a point donné de traduction du texte grec de Xénophon , mais on aperçoit .clairement que les deux passages qui lui ont fourni l'idée de sa singulière hypothèse sur la bataille de Mantinée ,

sont : I .° 7rapa.jayi)v Tvuç 'On yjt<ç^ç ■imptvoixivovç Xo^u; s/ç fj.i7wm)i , que nous avons traduit plus haut fzr plaçant en avant sur le front de sa phalange les bataillons qui marchoient sur son flanc ; 2." ri) çpa-nvfxa, a.vTi'o/'upov , ucTTtp 'Tfoip», Trfomyc, il conduisait son armée comme une galère qui se présente par la proue. II a probablement imaginé que la première phrase signifioit qu'il présenta en frortt I.e flanc ou l'épaisseur de l'aile où il se trouvoit, ce qui effectiveme^it ne se pouvoit faire que par une conversion de cette aile. Cette manœuvre devoit d'ailleurs convenir à Follard, parce qu'elle s'accordoit bieji avec son système de la colonne.Trouvant ensuite , dans la seconde phrase , qu'Epaminondas conduisit son armée comme une galère qui attaque par la proue, il en a conclu que le mouvement de l'aile avoit été commun à toute l'armée , et il a imaginé ce grand quart de conversion , qui la met en potence sur la ligne ennemie. Mais d'abord le sens du mot TTapajayàf répugne, ce me semble, à une pareille interprétation : ce mot n'indique point du tout l'action d'un pivotement. Uafayt-^àv th fj-i-rvmv signifiera, je crois, que les bataillons furent amenés de la place où ils se trouvoient , à l'extrémité de l'aile ou sur le flanc de l'armée, pour venir doubler, en face de l'ennemi, le point de la ligne destiné à l'attaque. Ensuite, comment Follard n'a-t-il pas vu que j^/ijançeuvre qu'il propose, aussi difficile que dangereuse

ANALYSE DES CARTES. -/i

rfans son exécution, privoit Epaininondas de Tavamage qu'il s'étoit assuré par sa ruse , celui de tombe.r k l'iinproviste sur l'ennemi î Et en effet , une pareille conversion de près de trente mille hommes d'infanterie qui devoit précéder l'attaque, demandoit un temps considérable, pendant lequel il étoit impossible que l'ennemi, s'il ne démêloit pas le dessein du général thébain, ne s'aperçût pas du moins que celui-ci manœuvroit pour l'attaquer. L'erreur capitale du commentateur de Polybe, dans cette circonstance, vient, à ce qu'il nous semble , de n'avoir pas saisi dans son ensemble le plan d'Epaminondas , et de ne s'être pas aperçu que, par sa belle marche-manœuvre, celui-ci avoit préparé l'exécution rapide de son second mouvement ; qu'une fois arrivé obliquement à Fennemi , en face du point qu'il vouloit attaquer, ce mouvement ne consistoit plus que dans un simple pfoiement de quelques bataillons , pour rendre plus solide et plus -profonde l'aile destinée à aborder la phalange^ lacédémonienne. Quant à la comparaison tirée de la galère, elle ne nous paroît pas moins juste dans l'idée que nous nous formons de la bataille de Mantinée que dans l'hypothèse de Follard. L'attaque parallèle d'une armée pouvant être comparée à cell?d'unç galère par son flanc, l'attaque oblique par une des ailes de cette armée destinée à former le marteau, répond parfaitement au choc de la galère attaquant par sa proue; et il n'est pas nécessaire pour cela que l'armée attaque précisément par sa profondeur.

En continuant son récit, Xénophon nous fait connoître Jes sages dispositions faites par Épaminondas pour assurer Je succès de sa manoeuvre. La première fut de s'assurer la-.

supériorité sur la cavalerie ennemie , formée en phaîange profonde comme un corps d'hoplites, en entremêlant ses escadrons d'infanterie légère. La seconde fut d'empêcher les Athéniens , ejui étaient à l'aile gauche (i) , de porter du secours à ceux qui se trouvoient à leur droite , en plaçant devant eux, près des hauteurs , un corps d'infanterie et de cavalerie qui les menaçoit de les prendre à dos s'ils eussent fait ce mouvement.

« C'est ainsi qu'Epaminondas disposa son attaque, con- »> tinue l'historien, et le succès répondit à ses espérances. «En effet, plus fort sur le point qu'il avoit attaqué en » personne, il y avoit enfoncé la ligne ennemie, lorsqu'il ï5 fut frappé d'un coup mortel. Dès-lors ses troupes de- »> vinrent incapables de poursuivre leur avantage : au lieu 3> de presser , l'épée dans les reins , la phalange qu'elle avoit j> enfoncée et qui fuyoit, son infanterie resta immobile k i> la place même où avoit commencé l'attaque (2). La cava- 3> lerie ennemie avait été également mise en fuite; mais 3> celle des Thébains, loin de la poursuivre et défaire main « basse sur les cavaliers et sur les fantasins, saisie d'une M frayeur soudaine , se retira du milieu des fuyards , comme « si elle eût elle-même été vaincue. Il n'y eut que l'infan- » terie légère ( littéralement les hamippes et les peltastes ) »» qui, après avoir contribué à la victoire de la cavalerie, « continuant son mouvement avec la confiance que donne

(1) Premier passage de Xénophon , qui indique que ics Thcbains attaquoient l'aile droite, et par conséquent qu'ils étoicnt cux-mcmrs à l'aile ^»uche.

(j) On pourroit ici ajouter dans la traduction , à l'jtlc drolu , pour plv» de clarttj quoique ce> mots ne soient pas dans le texte.

» un premier succès, vint TOMBER SUR l'AILE gauche " i>ES ENNEMIS ; mais là elle fut presque entièrement >> lailiée en pièces par les Athéniens. ( Xen. E. , 7, 5, 25.)» Voilà comme Xénophon termine le récit de cette célèbre journée, dont la mort seule JEpaminondas rendit l'événement douteux. Nous retrouvons encore dans ce dernier paragraphe une circonstance qui confirme Tordre de bataille que nous avons pris dans Diodore : c'est l'attaque de l'infanterie légère sur l'aile gauche , où elle rencontre les Athéniens. Observons d'ailleurs que l'historien grec, joignant toujours k la clarté une extrême concision , ne présente que les faits vraiment importans aux yeux d'un militaire. Ainsi, après avoir dit ce qui arriva au point où Epaminondas commandoit en personne, il passe rapidement à l'autre aile, pour faire connaître l'issue du combat de la cavalerie et de l'infanterie légère. Ce sont là les deux circonstances principales de fa bataille , celles d'où résulta l'espèce d'équilibre qui permit à chaque parti de s'attribuer la victoire. Diodore, qui n'entend rien du tout à la disposition d'Epaminondas, et dont le récit pourroit, quant à l'ensemble, convenir à toutes les batailles possibles, nous donne cependant quelques détails qui ne sont pas sans intérêt, parce qu'ils répandent une nouvelle clarté sur la narration de Xénophon, et parce qu'ils s'accordent bien avec l'ordre dans lequel Diodore lui-même a placé chaque corps de troupes de la droite à la gauche des deux armées; nous en avons profité pour notre plan. Ainsi Diodore parle du combat de la cavalerie de l'aile que conduisoit Epaminondas contre celle de l'aile droite des Lacédémoniens : la première fut victorieuse. Xénophon n'en parle point.

74 ir-' INDEX,

Diodore parle ensuite de l'engagement de la cavalerie de l'autre aile contre celle des Athéniens , et là il est pleinement d'accord avec Xénophon, si ce n'est qu'il prétend que fa cavalerie thébaine, victorieuse de celle qu'elle avoit en tète, tomba sur l'infanterie athénienne pour la renverser, et qu'elle réussissoit déjà à la faire plier, lorsque les Éléens, qui i'appuyoient à droite, vinrent à son secours, et, rétablissant le combat, sauvèrent ainsi toute cette aile o-auche, qui ailoit être perdue sans eux. Nous avons vu plus hanat que Xénophon n'attribue qu'à l'infanterie légère l'honneur de cette vigoureuse attaque, qui, n'étant pas soutenue, finit par lui être si fatale.

78. Afouvemens d'Agési las devant Afantïju'e , par M. Fadeville. Voyez Auct. Xenoph. tom. I, pag. 45 5 ^1-

•ja. Essai sur le combat du Lacédémonien Adnas'ippe nu siéoe de Corcyre, Vainqueur d'abord, il est ensuite vaincu par suite de son emportement et de son avarice. Voyez Auct. Xenoph. tom. I, pag. 43° J^-

80. L'Attique , la Mégarïde, la Corinthie , la Sicyonk , la Phliasie et l'Argolide, par M. Barbie.

81. Essai sur la topographie de l'Olympic, par M. le comte Henri de Gestas , l'un de mes anciens auditeurs et amis. Pour l'intelligence de cette bataille, qui eut lieu jusque dans l'Olympie (1) (et non dans la ville d'OIympie) , entre les Arcaniens et les Pisates d'une part, et les Éléens de l'autre : bataille qui , d'après les représentations

(i)' Voyez, 'i!" Lexicon Xenoph. ad vocàb. 'Apiuiifiç, où on lit /« i/>sii urfe Olympia il'.'' riion Xeiwpli. E. , 7, 4 , 1^ s<i. tom. \' , A , p. -98.

du conseil arcadique ( i ) , se termina par la restitution de Ykiéron de Jupiter (2) aux Eléens.

Au milieu des débats de peuples se disputant l'intendance de l'hiéron de Jupiter dans fEfide, \Olympie, nom du lieu où se trouve cet hiéron , ne varie jamais. C'est ainsi qu'au milieu des débats des peuples prétendant tourà-tour à l'intendance de l'hiéron d'Apollon, dans la Phocide, cet hiéron conserve toujours le nom S hiéron de Pytho.

82. Environs de fOlympie, Ce plan, fait à une époque où l'on manquoit de tracés exacts , i .° indique du moins pour la première fois l'OIympie comme hiéron, et non comme ville ; 2.° montre l'OIympie h la rive droite de l'AIphée, et Pise sur la rive gauche (3) ; 3.' établit la distinction à faire entre l'OIympie et Pyse; 4-" prouve que la dénomination à'Olympie- Pise , donnée même par Ptoiémée, est vicieuse; qu'ainsi ÏO/ympie-Pise est une dénomination vicieuse à corriger sur nos cartes.

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