Bataille de Némée, par M. le général
Si l'on en croit Roliin (i), et bien d'autres modernes qui ont traité de l'histoire ancienne, Némée étoit ville i elle étoit bourg suivant M. Clavier (2) et M. Coray (3), Pour moi, je croirois que Némée n'a pas été plus ville qu'Uranopolis (4), que l'Olympie (5), et tant d'autres prétendues villes qui ne doivent leur existence qu'à une vicieuse interprétation du mot laiuç (6). Notre croyance se fondera sur les exemples suivans:
1.° Thucydide (3, 96, 1) nomme Némée ['Hi^ia.]; mais là, il ne montre que i'hiéron de Jupiter Néméen. Quant à son scholiaste grec, voulant expliquer ^Jti) qui précède, il en donne pour glose yn (terra), mot qui, certes, ne conduit pas à l'idée de ville. Liv. 5 , ch. 58 (7)
(i) Tom. IV, pag. 281 de son Histoire ancienne, éd. in-\i. (z) Elle étoit bourg, selon le savant Clavier. Voyez sa traduction de Paulanias, liv. 1 , ch. 1;, pag. 427.
(j) Voyez la traduct. franc, de Strabon , par M. Coray. (4I Voyez n." 17.
(6) Sensu tjv "nihiç ineliùs perspecto , ifuot delendei essent urées à receiitiâribus geographis creatiz (Index de mon Hérodote, àd voc. Tn\iç).
(7) Thucyd. y, j8 , 1, ny KCLià. îJijMM oJbv. Ib. n.» 5 , mi tm Nt/Mct( iJhv. ;, 59, I, ex tvç 'Niui'a.ç. y, S9> 2 . "re 'atf( NêyU«af, locutions <jue j'examinerai grammaticalement et topographiquement.
,^t J9 , Thucydide donne encore Na/us'ct ( s. X'^e^ ) ! 'nai» rien qui fasse voir autre chose qu'un territoire dans Némée: remarque qui ne sauroit être qualifiée d'oiseuse, lorsqu',jI s'agit d'un écrivain qui , éminemment exact dans ses détails topographiques, emploie ordinairement, sans les Qon- (onàie , x^^S^-i X'^?'°''i '^o^'Ç, Ô6f!/.
2.° Xénophon [E. 4> '4» ', tom. V, A, pag. 3}4) nomme 'tiifjÀa. ( s. %Mpa ) , avec même ellipse que pour rOIympie ( «* OXu/xTna., s. ,-<,wo«). La preuve de fellipse existe sur-tout dans le paragraphe suivant :
3.° Pausanias (2, 15, pag. i44) après avoir nommé le temple [vaô() de Jupiter Néméen, et l'alsos de cyprès de cet hiéron desservi par des Argiens, avertit^ même chapitre, que Némée étoit qualifiée de %&)pa , territoire, qualification qui lui venoit de Némée, fille d'Asope. On se gardera donc, d'après Pausanias, de dire, avec RoIIin, que Némée soit ville, de le qualifier de bourg, avec AI. Clavier ( I ], ou de fort , avec M. Coray, que les textes comparés de son auteur pouvoient prémunir contre cette inexactitude.
4.° Strab. ( 8 , p. 579 , C ) place Némée ( Hin-icLv] entre Cléones et Phlionte, et lui attribue un alsos , dans lequel les Argiens réunis célébroient les jeux néméens. Mais rien dans son texte ne me semble autoriser ladénominaton de ^o;^/g- ou de^r/. A la vérité, Pausanias, qui, 2, 15, png. i44) l'g- î'> qualifie Némée de X"P* > emploie, th., fig. i4, ;t"P'°'' "î"' quelquefois signifie /;/^ff, /c7rr Mais quelquefois aussi X'^f'"^> diminutif de ^«pj», signifie
(1) Dans Apollod., liv. 2 , clia]i. 5 1 , jing. 168', tom. Il , cclit. Clav. , Hcrdite arrive à A^/»;«, th'k 'Hi/uûav , et trouve le lion. Ici encore nwllc idc'e de ville.
petit
fet'it territoire, et même simplement lieu : témoin Xénophon (i), témoin Strabon lui-même (2) : et d'ailleurs ce qu'il y a d'équivoque dans le x'^P'o^ de Pausanias, se trouve éclairci par le %«/>« du même Pausanias, et par tous les antecédens , et par tout ce qui suit.
i.° Théocrite s'exprime aânsi surNemée (7^/, 25, 1 69 ). Essayons de rendre le passage mieux que dans notre traduction, c'est-à-dire, avec une exactitude géograpliique : ce II est venu parmi nous un Achéen de la maritime Hélice. Jeune et dans fa fleur de l'âge, il quittoit Argos : il nous racontoit, et à grand nombre d'Epéens aussi, un fait qu'il avoit vu de ses propres yeux. Un Argien avoit tué un monstre , la terreur des campagnes d'alentour, un épouvantable lion , dont l'antre obscur s'enfonçoit dans l'afsos de Jupiter Néméen. Je ne me rappelle pas si ce héros étoit originaire d' Argos ( consacrée à Junon ) , &c. »
5.° Enfin, Pline donne Nemea regio, locution qui, certes, n'autorise pas les dénominations à& fort, bourg, ville.
De ces autorités et autres, concluons qu'il n'a point existé de Némée , bourg, ville ; que Némée désigne un territoire occupé par un vaste hiéron que présidoient les Argiens, et où se célébroient des jeux, et sur lequel se livra la bataille de Némée.
Mon Philologue, tom. I, pag. 5^ s(j. , contient des observations sur cette bataille.
(i) lun^àmtç iiç Ta i'Sr'TnimpiA •^tùpla. -ni Sttp«it, ayant lance les têtes mves vers les lieux accessit/es aux chcvaiix (Xénoph. II., 1, 4, 14, tom. 11,
[i) Liv. 7, p. 473 , lig a»ec raison, ^nr lieu nu.
fauves fers pag. 6$).
('-) Liv. 7, p. 473 , lig. , StraboD donne \^MiV j(U)f>lm , que l'on traduit,
rec rniçnn nni- îîfu ,t„
■dv
jg II.' INDEX,
Bornons-nous ici à présenter, i .° le tableau des deuK armées; a-Texplication du plan de la bataille de Némée.