III. PHÈDRE. ( Cœsar ad Atriensem , z, <), •/ s/j.J
Ccesar Tiberius cinn , petens Neapoinn , In jyiisenensem villam venisset suatn , QiKS monte siimmo posita Luculli manu , Proipectat Siculum , et despicit Tuscum mari:
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On a longuement disserté , sans rien dire de satisfaisant , sur ces mots , prospectât et despicit, et l'on n'a rien dit de posita monte in summo. Ils donneront lieu à des remarques géographiques , historiques et grammaticales.
Commençons par les remarques géographiques : elfes conduiront à l'explication historique et grammaticale.
La villa ( maison de campagne ) de Tibère avoit été construite par Lucullus ( Luculli manu ) , sur le cap A4iscne que Virgile qualifie de cap Aérien , antique dénomination de ce cap avant qu'Enée y eût élevé le tombeau de Misène.
Voilà ce que dit Phèdre. Pour le bien comprendre, jetons les yeux, i .° sur notre carte n." 105 ; 2.° sur le Guida di Po-^^uoli e contorno, dal canonico Andréa da Jorio ( Naples, ann. 1817), et sur la carte qui y est jointe.
La montagne ou cap Misène dont parle Phèdre, se trouve baignée par la mer de Toscane. Placé sur le haut de cette montagne, le voyageur voit (spicit de) , de haut en bas, la mer de Toscane, qui est, non-seulement voisine du mont, mais encore qui le baigne; et, de plus, il aperçoit dans le lointain ( spectat pro) la mer de Sicile.
A l'aide de4^s détails topographiques , nous avons l'explication grammaticale de prospectât , despicit, mots d'une bonne latinité, qui font image, et qu'il faut restituer à Phèdre , s'ils sont leçon de manuscrits : et nous comprenons , en outre, la position que l'on donnoit, du temps de Phèdre, k la mer de Sicile; ou plutôt, nous voyons que cette position étoit relative, et qu'elle a dû différer chez Thucydide et Phèdre, à raison de la différence des pays qu'ils habitoient.
Despicit mal compris me rappelle le ^^^fûinvoç d'Homère, que l'on traduit par intuens , mais qui signifie évidemment
ANALYSE DES CARTES. lO^
demment (Jupiter, du haut de l'Ida, ou il est ) voit en bas (yj.7zû] la Thrace. Voyez ma Géogr. d'Hérodote , t. I, p. 302; et ib. t. II, p. 188, >&7^ivetj, rendu par injicere, mais qu'il eût été, je pense, bien plus exact de traduire par dejieere.
La villa Alisenensis , que donne notre carte, devoit attirer notre attention. Le chanoine Andréa da Jorio , voulant entretenir ses lecteurs des villa qui bordent les rives du golfe de Baïes ( /. /, pag. 128,1 zcj) , s'abstient de toutes recherches sur cette villa Alisenensis, illustrée par les noms de Lucullus et de Phèdre. Topographe, inspecteur général de l'instruction publique à Naples, il avoit lu son Phèdre, auteur connu de ceux même qui n'ont que salué le seuil de nos écoles: comment donc expliquer son silence!
Le Voyage pittoresque de Naples , tom. II (carte du golfe de Pouzzoles, n.° 4-)» donne au port de Misène une villa de Lucullus , mais ne met rien sur le promontoire de Misène , où étoit la villa de Phèdre. Même silence, p. \6ï. Le même Voyage nomme encore le cap Misène ; cite l'aventure de Misène , racontée par Virgile , et se tait sur le passage de Phèdre qui met une villa de Lucullus sur le cap Misène.
Sur le cap Pausilippe ( n."-i ) , qui est à l'opposite du cap Misène, le même Voyage indique une des vi//^ de Lucullus, dite les Ecoles de Virgile, et garde encore le silence sur la villa de Lucullus construite sur le cap Misène. { Voyez Pline, IX, 54.)
Nous venons d'expliquer prospectât, despicit , dont le Phèdre ad usurn Delphini donne spectat , aspicit pour glose; d'indiquer la position de la mer de Sicile, d'après Phèdre, et sur-tout d'après Thucydide. De ce dernier, nous avons rappelé une scholie inédite qui donne deux
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villes à fa Cythérie, Cythères et Scandée; et le texte de Xénophon , qui donne un port à cette île. Nous parierons ailleurs, i.° de w Ku^pu, que l'on a jugé, bien à tort, grammaticalement parlant, synonyme de h Ku^eÀet.; 2.° de Èpu3p*, vi//e, et ^pu^aU ( s. •)^p'»-), l'Erythrée. Les désinences de mots ethniques en /a, a/a, 6/a, &c., et autres encore, donneront ailleurs lieu à d'utiles remarques.
107. (Addition à lu carte de la retraite des Dix-mille ). Essais sur Limen- Calpé , ou port Calpé , péninsule du Pont- Euxin inaperçue jusqu'ici : traduction du texte grec qui en Jait mention, lequel a été si infidèlement traduit par Al. Larcher et autres , que nul de nos plus célèbres, soit géographes, soit voy doreurs , n'a eu la pensée ni d'en tracer une carte , ni même de l'indiquer comme presqu'île. — Observations sur cette péninsule , d'après Xénophon et Théocrite , et sur ses environs ; sur la Thrace asiatique , et sur les Thyniens - Bithiniens, qui ne font qu'un seul et même peuple , et à chacun desquels d'Anville et autres accordent, bien à tort, une province séparée. Changement à faire sur divers points des cartes de d'Anville. — Corrections d'erreurs graves commises par nous et par nos devanciers , dans Xénophon et Théocrite. — L'ilaa<piyJ.n de ce dernier prouve que tes géographes se sont trompés en plaçant les Bebryces h Ventrée du Pont-Euxin ( mer Noire).
Xénophon, dans sa Retraite des Dix-mille , décrit on ne peut mieux la péninsule de Z//nf«-Cû//>f' (port Calpé . Le plus ancien de ses interprètes, le célèbre M. Larcher, a traduit si infidèlement cette description , que , depuis lui , nul de nos meilleurs géographes n'a osé dresser une carte de la péninsule. Je l'entreprends d'après un examen approfondi des textes. J'ai paru à plusieurs savans avoir fait
une véritable découverte ; d'autres ont pensé que la péninsule avoit été bien connue de M. Larcher, et bien décrite parce savant; qu'à la vérité, au lieu du mol péninsule , il employoit le mot port : mais que, chez lui, ce terme ne signifioit pas , dans un sens restreint, lieu propre à recevoir des vaisseaux , mais , dans le sens le plus étendu , port avec ville , avec péninsule , Ù'c. ; que c'étoit de même dans ce sens étendu qu'on appeloit Marseille port célèbre de la Méditerranée.
J'ai fait sur le sujet que j'annonce un mémoire fort étendu; il ne peut trouver ici place. En attendant qu'il paroisse , je vais mettre ma nouvelle version du passage de Xénophon en regard de celle de M. Larcher, et présenter un moyen de juger si j'ai fait une chose déjà faite. Je n'avois d'abord privé mes auditeurs de ce moyen de juger, que par respect pour la mémoire de M. Larcher, qui, malgré ses méprises, sera toujours digne de nos hommages et de notre reconnoissance.
Les Dix-mille, dans leur retraite, étoient arrivés à Limen-Calpé (port Calpé). Xénophon en parle ainsi dans le passage suivant (Anab. 6 , 4).
Version de Larcher. Version de J. B. G ail.
Ce jour même , les troupes « On resta donc au bivouac
campèrent le long du rivage sur le rivage dans le port. Or
près du port. Le lieu qu'on ce lieu qu'on nomme Limen-
appelle le port de Calpé, est Ca//^/^ est situé dans la Thrace
situé dans la Thrace asiatique. asiatique.
Cette Thrace commence à l'em- »La Thrace asiatique com-
bouchure du Pont-Euxin, et mence à l'embouchure du Pont-
s'étend jusqu'à Héraclée. Ceux Euxin et s'étend jusqu'à Héra-
qui naviguent vers le Pont, l'ont ciée. Entré dans le port, on
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Version de Larcher.
à droite. De Byzance à Héraclée il y a une journée de navigation pour une trirème, dans les plus grands jours. Onnerenconire dans cet espace aucune ville grecque , ni alliée des Grecs, et la côte est habitée par les Thraces Bythiniens, qu5 traitent cruellement, à ce que l'on dit, les Grecs qui échouent sur leurs côtes, ou qui tombent entre leurs mains par quelque autre accident. Le^'orrde Calpé tst par mer, à mi-chemin , entre Héraclée et Byzance. Un rocher escarpé, et qui n'a point moins de vingt orgyies dans les endroitsoù ilest le moins élevé, termine un promontoire qui s'avance dans la mer, La langue de terre qui joint ce promontoire au continent, a an plus quatre plèthres de largeur. L'espace qu'enferme cette langue de terre est assez grand pour que dix mille hommes puissent y habiter.
Version Je J. B. G AIL.
laisse , en naviguant sur cette mer, cette contrée sur la droite.
» De Byzance à Héraclée, un seul jour suffit aux trirèmes qui vont à la rame. Entre deux, aucune ville soit hellénique, soit alliée des Hellènes : on n'y voit que des Thraces Bithyniens. Ceux des Hellènes qui échouent sur leurs côtes, ou qui tombent dans leurs mains par quelque autre cause, éprouvent, dit-on , d'indignes traitemens.
" Le port Calpé est à mi-chemin de ceux qui naviguent soit de Byzance à Héraclée , soit d'Héraclée à Byzance.
» Ce port Calpé est un territoire qui avance dans la mer ( 'UjÇfX.ei/Mcvov ^MCACV cv T» 6. ).
La partie qui expire à la mer est un rocher à pic dont la tnoindre hauteur est de vingt orgyies : le col (ou l'isthme) qui joint ce lieu au continent (et plus littéralement, qui va , en montant , av)^Kû>r , réunir ce territoire au continent), a quatre plèthres de largeur; et l'espace qui est en dedans de l'isthme (c'est-à-dire la péninsule ), pourroit recevoir dix mille habitans.
Le port est sous le rocher et » Au pied du rocher mGme