J.-B. GAIL
Aussi (i) lorsque Jason se disposoit à voler à la conquête de la toison d'or, suivi de l'élite des héros grecs qui pouvoient seconder sa valeur, on vit arriver dans la riche lolcos , l'infatigable fils de l'Héroïne de Midée; et avec lui, Hylas s'embarqua sur l'Argo qui, n'effleurant pas les îles Cyauées , alors vagabondes, traversa avec la rapidité de l'aigle, une vaste mer (le Pont-Euxin), puis s'élança dans le fleuve immense du Phase :
époque fortunée depuis laquelle les roches (Cyanées) restèrent immobiles.
Ce fut au lever des Ph'iades , lorsque le printemps parvenu à son point culminant, commcnçoit à décliner, et lorsque des prairies choisies et séparées du reste des pâturages (3) nourissent le jeune agneau; ce fut alors que la troupe divine des Argonautes monta sur l'Argo.
En 3 jours, avec le vent du midi,on arrive dansTHcllespont:
bientôt on aborde un port de la Proponlidc dans de (fertiles)
(i) M. GcoflVoj , ce qui est lri.s-f,iulif, rappoile le v. g à Hjlas.
(a) 'AA^à n(!glig(5 corresponJ, je crois , à x"P'î ^' oîiSs^ox' ^;, jamais il ne se séparait d'IIylas ; bien loin que cela f lit, lorsque ire , etc. Nous reviendrons sur cet i?.^^. On s'occupe surtout, ici, du sens géograpliiciuc.
(3) Ce sens indiqué par Warlou , paroit à M. Harlessc un peu trop subtil. M. Geoffroy l'adopte ncaumoins, avec raison, je crois. Il est, s.ms doute, bien préfërabe à celui que j'ai d'abord donne contre toute analogie. VIndex d'Eustaihc donne celui de Od. a, 3()i , ÈrjjaT-iîî; f.lnao;, cl omcX \c itx"'''^ pitKovr' (Od. 1 1, II ')). Est-ce à raison do la dilUcuIté?
ANALYSE DES CARTES. — Additions. l35
coudes campagnes de la Pro- campagues où le bœuf trace par pontide, où le bœuf cyanois les cyanois de larges et pénibles trace de pénibles sillons. sillons.
Je sens combien ma version est foible, compai"ée à l'original. Du moins, ai je conservé les détails topographiques.
M. Geoffroy les a, suivant son usage, entièrement négligés. Ainsi, après avoir interverti Tordre des idées de son auteur, il supprime la mention du point de départ des Argonautes (^lolcos,) puis par une marche rétrograde, il les fait arriver des îles Cyanées à l'Hellespont. Idylle XXII, qui est chez lui l'Idylle XX, vers 27, il supprime la mention des îles C3''anées (îtéipas sîç %v Km-: vioOaa? et non fuvtoOaa avec virgule, ce qui donne deux fautes à la 2.'' édit.de M. Geof ).
Les grands prosateurs de lantiquité, les poètes, soit bucoliques, soit tragiques, soit épiques, tous s'attachoient quelquefois aussi scrupuleusement que les historiens eux-mêmes à décrire les localités. Ils y trouvoient des moyens d'embellir leurs ouvrages, démouvoir leurs contemporains, d'instruire ceux qui dévoient leur survivre, et de transmettre à la postérité la vivante image de pays que la main du tems, les travaux de l'homme et encore plus ses discordes , dévoient rendre un jourméconnoissables. Comment donc Geoffroy a-t-il osé supprimer ces intéressants détails ? Ce savant, il est vrai, n'est pas le seul des modernes à qui ce reproche puisse s'adresser. Des savans du 1 «'' ordre ne se sont pas montrés plus fidèles. Par exemple , seroit-ce dans la Henriade qu'il faudroit chercher la
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description des bords de la Seine et de l'île de la Seine? non, c'est dans le poème d'un étranger, dans l'Arioste que vous la trouverez. En montrant le tableau exact des lieux bien connus où figurèrent ses personnages j Voltaire craignoit-il de laisser trop peu à l'idéal , de détruire lillusion et de désenchanter ses lecteurs? Ou croyoit-il les détails géographiques trop peu nobles pour la plus sublime des créations de l'esprit humain? si cela est, je dirai de ce grand homme qui, couvrant ses ombres de tout l'éclat du plus beau génie, intimide nécessairement la critique ; je dirai que tout son esprit ne sufEsoit apparemment pas seul , pour assurer le succès des grandes conceptions de l'épopée; et je m'étonnerai que l'exemple d"Homère,deVirgiIe,deValériusFlaccus, de l'Arioste et du Tasse, ne l'ait point averti de l'importance des détails géographiques. M. de Chateaubriand en est profondément convaincu, lui qui, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem (t. III; p. 2-17 sq.), loue le Tasse de ce mérite que possèdent au plus haut degré les grands poètes épiques qui, dit-il , étoient tous des homynes très-instruits (j*^. p. 17); lui qui, joignant l'exemple au précepte de l'importance des détails géographiques dans tout ouvrage qui les comporte, voulut, après avoir arrêté le plan des Martyrs , aller lui-même recueillir les couleurs natives des lieux quil devoit décrire. Il consacra une aunée entière à rechercher ce que dédaignent les poètes épiques vulgaires; et certes, le fruit de tant de soins n"a pas été perdu , puisque ses descriptions de Jérusalem , du ciel do la Grèce , des côtes de Naples, de la Mer-Rouge, etc., rappellent à tout
AN'ALYSE DES CARTES, — Additions. iZj
inoment l'heureux imitateur de Théocrite et d'Homère. Loin donc de supprimer ces détails, comme l'a fait Geoffroy, conservons soigneusement ceux que nous devons à Tlie'ocrite et à ses scholiastes. L'on verra avec quel soin religieux je les ai conservés , voy. — Addit., p. iro, la version d'un morceau de laaa^ éd. Il m'a été impossible, pour des causes que j'exposerai ailleurs, de donner ces deux morceaux en même temps.
Notule sur le Port-Calpé (^limen Ccipé), voy. Supr. Addit., p. io6 sq.
Arrien , dans son Périple du Pont-Euxin ( géogr. Min., édit. Oxf. , t. I, p. l5) fait mention de limen Calpé ou port Calpé. Mais ce qu'il en dit pouvoit difEcilement éclairer : en effet, pour expliquer, il renvoie à Xénophon, que l'on n'a pas compris.
Arrien l'entendoit sans doute, puisqu'après avoir nommé le port Calpé, il le qualifie de ^cooi'oy. Mais ce yapîov méritoit bien une note : car, faute de la donner, les traducteurs d'Arrien rendent x"/"'"'-' par locus, terme dont la signification est trop restreinte et obscure.
Siège de Platée , Thucjd. 2 , 7 5 — 78.