‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois indexChapitre 47 sur 72 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Pour causes qui seront exposées dans ma biographie, je donne ici la version ( sans notes ) de ce siège. Voyez 1°. mes i" études sur ce siège. 2°. 1'. index, p. 4o. sq.

La troisième année de la guerre du Péloponnèse , Archidamus, général lacédémonien, commença le siège

l38 11^ INDEX,

de Platée qui fut attaquée et défendue avec un courage

égal.

Après avoir pris solemnellement les Dieux à témoin, Archidamus disposa son armée aux hostilités. Et d'abord , il entoura la ville d'arbres que l'on avoit coupés et plantés droits en terre , pour empêcher que l'on en sortît. Les Péloponnésiens ensuite, résolurent d'élever une terrasse qui se dirigeroit vei-s la ville ( A , i ) , espérant qu'ils s'en reudroient bientôt maîtres, secondés par un si grand nombre de travailleurs.

Voici donc comme on s'y prit. Après avoir coupé des bois et les avoir transportés du Ciheron , on commença par établir des deux côtés des bâtis de charpente enlacée et servant d'appuis, afin de contenir les terres de la chaussée.

L'encaissement formé, ils portèrent dans l'intérieur de cet encaissement (is àv-o) des broussailles, des pierres et tous autres matériaux propres à accélérer et terminer le travail.

Soixante-dix jours et autant de nuits continus furent donnés à la construction de cette chaussée. On se divisoit par relais, en sorte que les uns apportoient des matériaux, taudis que les autres prenoient du repos ou leur repas. Les xénages de chaque ville de la Laconie iuspectoient tour - à - tour et pressoient le travail. Les Platéens , voj'ant s'élever la terrasse dressèrent un bâti de charpente (i) sur la partie delà ville , près

(i) Je dis bâti , c'csl-à-dire, c'cliaffaudage de charpente. Le mol mur de hou donncroil une fausse idée.

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et contre laquelle (ij -KpoaEypw. ) se dirigeoit la terrasse , et remplirent les vicies delà construction (ê^mz. èç «ùtô.) avec des briques tirées des maisons voisines qu'ils démolissoient. Le bâti étoit combiné de manière à servir de lien à ces briques, et devoit empêcher l'écroulement de la construction que sa grande hauteur eût rendue trop foible.

Ce bâti (i) étoit clos sur le devant yoar une cloison revêtue de cuirs et de peaux -, pour mettre à couvert le travail et les travailleurs contre les feux qu'on auroit lancés (2).

Il acquéroit une grande hauteur : mais la levée qu'on lui opposoit, ne s'élevaut pas avec moins de célérité, les Platéeus alors avisèrent à cet ex^^éàÀçwi : faisant une ouverture au pied de leur mur où aboutissait la terrasse , ils tiraient la terre à eux.

Ch. LXXVI. Les Péloponuésiens s'en étant aperçus , remplirent des panniers, déterre délaj'ée qui, ainsi maintenue, ne pourroit ni s'ébouler ni s'enlever comme de la terre sèche : puis jetèrent ces panniers dans la partie du mole entrouverte.

Les assiégés à qui ce premier essai devenoit inutile, Y renoncèrent : mais à partir de la ville , ils creusèrent une galerie sous-terraiiie : et la dirigeant par conjecture sous ( et vers la chaussée^ ils sous-tirérent de noui^eau de la terre de la chaussée qu'ils transportèrent hors de la mine au moyen d une chaîne de travailleurs.

(i) Et non pas ce mur de bois : celte locution deux fois répétée , dans ma première version est vicieuse.

(2) ( tli; p>7. ) A.in5i Phèdre i, 3, i et 2. Voy. ib. mon édition.

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Conséquences historiques résultantes de ce passage. Les Pélopoauésiens assiégeants ( tous e^j) ) furent long-temps à s'apercevoir que plus ils jetoient de fascines et moins ils avancoient. La chaussée sous-tirée d'en bas, s'aSbissoit successivement sur les parties excavées. Les Platéens assiégés craignant, vu leur petit nombre , de ne pouvoir résister au grand nombre , même avec de tels moyens, imaginèrent cet autre expédient. Ils cessèrent de travailler à la grande construc lion (^nih opposoient à la terrasse. Commençant un nouveau travail, à partir des deux extrémités de la partie intérieure du petit mur, ils construisirent, en forme de croissant , un 2"^. rempart qui rentroit du côté de la ville ( et qui s'appuyoit des deux côtés du mur intérieur ).

La grande construction venant à être emportée , le 2". retranchement serviroit de défense , et les ennemis seroient obligés d'élever encore un mole pour attaquer ce retranchement. Alors se iroupantdans l'intérieur de la ville , ils auraient un second siège àjaire; et ils se troui>eroient pris à la fois sur tous les sens, (r)

Cependant les Péloponnésiens, tandis que Platée s'occupoit de sou nouveau rempart, ( ou nouvelle jetée ) approchoicnt de la ville, des machines, dont l'une, menée à la partie avancée de la jetée, ébranla fortement (2) la grande construction et consterna les Platéens.

( i) Ils auroicnl de nouveaux clToils à faire, en même temps que leur posiliou deviendroit plus critique.

(2) Plus litlcr. ébranla en grau Je partie la grande construction.

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D'autres machines ( les béliers ) partoieut de divers points de la terrasse. Les Piatéens les soulevoient et en rompoient les coups, en les engageant dans des nœuds coulants, et les tirant à eux de bas en haut, ( donc perpendiculairement ) : ou bien encore , ils suspendoient de grosses poutres attachées par leurs extrémite's à de longues chaînes de fer qui tenoient à deux antennes posées sur le mur qu'ils dépassoient; puis à laide de ces antennes ( faisant ofEce de leviers ) , ils élevoient les poutres transversalement, et au moment où la machine étoit près de frapper une partie du mur , alors les mains abandonnoient les chaînes, la poutre se précipitoit avec force et brisoit la tête de la machine.

Ch. LXXVII. Les Pélopouuésiens après cela, ne tirant plus aucun secours des machines, et voyant un second mur anéantir les espérances qu'ils fondoient sur la construction de leur terrasse, jugèrent impossible de prendre la ville avec leur menaçant appareil.

Ils se disposèrent donc à l'enfermer d'une ligne de contre - valiation. Mais d'abord, ils voulurent assnyer si, secondés par le vent, ils pourroient incendier la ville qui n'étoit pas grande. En effet, ils imaginoient tout pour s'en rendre maîtres, en épargnant la dépense et les longueurs d'un siège.

On apporta donc des fascines que l'on jeta du haut de la terrasse dans l'intervalle qui étoit entre le premier mur et le mur de construction.

Cet espace aj^ant été bientôt rempli, à force de bras, aussitôt, sans relâche , et de tout côté, deshauteurs où ils se plaçoient, comblant du reste de la ville tout l'espace

quiis pouvoient embrasser, etlançantune pluie de feu, de souSre et de poix , ( E , pi. 48 , n°. 2 ) , ils mirent le feu aux fascines.

Tout-à-coup s'élève une flamme telle que personne , du moins jusqu'à ce moment là, iveu a vu de pareille produite par la main des hommes. . . L'embrasement fut terrible. . . Les Platéens se virent au moment d'être consumés par les flammes. . . Mais on dit qu il tomba du ciel une forte pluie qui éteignit les flammes et mit fin au danger.

Continuation du siège de Platée : Thuc. 3 , 20 , sq. Année 4^ de la guerre du Péloponnèse. 01. 88 , i.

Le même hiver, les Platéens toujours assiégés par les Pélopouncsiens, et les Béotiens, tourmentés par une disette qui alloit tous les jours croissant, sans espoir de secours du côté d'Athènes, et ne voyant d'ailleurs aucun moyen de salut , résolurent d'abord eux et les Athéniens assiégés avec eux, de sortir tous furtivement de leurs umrs, et ensuite de franchir, de vive force, s'il étoit possible, les lignes ennemies ; guides dans cette tentative parle devin Theœnète, fils de Timides, et par l'un des généraux Eupolpidès, fils de Daïmaque.

Mais bientôt la moitié d'entre eux resta dans une sorte d'inacliou, jugeant le danger imminent. Deux cent vingt seulement persistèrent avec courage dans le projet d'évasion qu'ils exécutèrent ainsi.

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Ils firent des échelles de la hauteur de la circonvalla. tion, et l'évaluèrent par les rangs de briques dans la partie du mur qui les regardoit et qui n'étoit pas enduite. Phisieurs en même temps les comptoient. Quelques-uns pouvoient se tromper : le plus grand nombre devoit rencontrer juste , comptant plusieurs fois ; et d'ailleurs peu éloignés de la partie du ieichos où ils vouloient appliquer les échelles, et qu'ils Voyoient facilement. Par l'épaisseur du teichos, ils jugèrent donc de la hauteur qu'il couvenoit de donneur aux échelles.

Ch. XXI. Or le teichos des Péloponnésiens étoit tel dans sa construction. Il présentoit deux fronts ; l'un du côté de Platée, l'autre du côté de la campagne, dans le cas où, d'Athènes, on viendroit au secours de Platée. Les deux lignes distantes l'une de l'autre de 16 pieds étoient réunies par des terrasses. Cet intervalle de 16 pieds avoit été distribué pour la troupe stationnaire (i),en logements coutigus,de manière que foute la masse ne présentoit extérieurement qu'un seul gros mur crénelé des Jeux côtés. De dix en dix créneaux, il y avoit de grandes tours, d'une largeur égale à celle de ce gros mur (2), de sorte qu'il n'y avoit point de passao-e en dehors des tours, et que ( pour aller d'une courtine à l'autre ) il falloit traverser les tours par le milieu.

(i)La troupe stationnaire, celle qui gardoit l'intérieur du teichos. To<s fOia?tv à rapprocher 1». de yvXax^.v , 21 , 4^ 2°. de QuJiaxiJî 3, 22 , 4. 3°. de fO/aza; 3, 22, r. 40. de p^aze; 3, 22, 3. ces yûWsî étoient, je crois, le xh çpx7Ô-cSo-j de 22, 4.

(2) C'est-k-dire que ces tours s'étendoient depuis le front du mur

La nuit , lorsqu'il venoit à faire mauvais temps , les soldats abandonnoient les créneaux des courtines etfaisoient la garde de dedans les tours, qui étoient peu distantes les unes des autres, et couvertes par en haut. Tel étoit donc le teichos qui enfermoit les Platéens.

Ch. XXII. Les Platéens donc ayant fait leurs préparatifs, saisissent l'occasion d'une nuit orageuse et sans lune, et sortent de la ville. Guidés par les chefs même de l'entreprise, ils traversent d'abord le fossé qui les environnoit , et arrivent au teichos des ennemis , sans être aperçus des sentinelles, qui, au milieu dépaisses ténèbres ne voyoient pas devant eux , et n'entendoient rien , parce que les sifflements du vent couvroient le bruit de la marche. Ajoutez à cela que les Platéens s'avançoient éloigués les uns des autres, pour n'être point trahis par le choc des armes : ils n'en avoient que de légères et ne portoient de chaussure qu'au pied gauche, afin d'assurer leurs pieds dans la boue.

Ceux qui portoient des échelles aprochent donc des créneaux qu'ils savoient n'être pas gardés et y appliquent les échelles. Montèrent aussitôt douze Psi/cs armés d'un poignard i et couverts d'une cuirasse : leur chef Amméas étoit monté le premier. Ces douze hommes partagés eu deux bandes, se dirigèrent six vers une des deux tours; six vers fautre; et sont bientôt suivis d'autres Psiles, armés seulement de javelots. Pour leur

anléricur, jusqu'au front du mur extérieur, et qu'elles avoiciit uu diamètre égal au mur.

ANALYSE DES CARTES, — Additions. 145 rendre la marche plus facile (i) , d'autres, derrière eux, por toient leurs boucliers qu'ils leur reniettroien t lorsqu'ils joindroient l'ennemi. Un assez grand nombre étoit déjà monté; les gardes des tours prennent l'alarme : car un Platéen s'accrochant à un créneau, en avoit détaché une brique : au bruit qu'elle fit en tombant, on crie, alerte. La troupe de l'intérieur s'élance vers et sur la terrasse du teic/ios, indécise sur le vrai point d'attaque que leur dérobent la nuit, le vent et la pluie; tandis que de leur côté, les Plaféens restés dans la ville, sortent; et pour divertir l'attention, font une fausse attaque du côté opposé à celui qu'avoient 'escaladé leurs compagnons. Les soldats de cette troupe surpris restèrent en place, Incertains de ce qui est arrivé : nul n'ose quitter le poste confié à sa défense.

En même temps que les trois cents hommes, troupe d'élite de leur armée , campés hors de la circonvallatiou (2), et chargés de porter du secours au besoin, se portent (mais sans entrer encore, car le fossé est pour eux aussi un obstacle ) où les appelle le cri d'alarme; des torches agitées (signal d'attaque ) sont levées vers Thèbes ( voisine de Platée ) : de Platée on en fait au-^ tant. Les Platéens les avoient préparées pour que les signaux se confondissent , et que les Thébains soupçonnant toute autre chose que ce qui étoit en effet, ne

(i) Ici encore difficuhé à résoudre. Tô (jTp«T()7rs(?oï et plus bas È5opii?oûvTo à examiner.

(2) Si on lit efwSsv , on traduira : du dehors de la circonvallation accouraient au cri.

vinssent pas avant que les leurs fussent sauvés et bien en sûreté.

Gh. XXIII. Cependant les Platéens montés les premiers s'étoient emparés des deux tours après en avoir égorgé les sentinelles. Ceux qui les suivoiemsj teucient au passage des tours et les gardoient pour empêcher qu'on ne les traversât et qu'on ne marchât contre eux. Du niveau de la plate-forme ils appliquoient des échelles aux tours, sur le sommet desquelles ils faisoient monter des hommes qui écar+oient à coups de traits ceux qui avançoient soit d'en haut ( sur la terrasse ) , soit d'eu bas, ( au pied des murs, ) tandis que la masse non encore montée , appliquant force échelles à la fois , et ï-enversant les créneaux, montoit^ ti-aversoit la courtine, et descendoit le mur ( extérieur ). A mesure qu'ils ont effectué la descente, ils se forment sur la berge du fossé ( extérieur ) ; et de là , à coups de flèches et de dards, ils repoussent ceux qui, bordant le teichos, voudroient s'opposer au passage du fossé. Les Platéens qui s'étoient postés sur les tours, descendant les derniers, traversoient difEcilement la courtine et arrivoient difficilement au fossé 5 où ils avoient à redouter les trois cents, tenant des flambeaux à la main. Du sein de fobscurité , les Platéens voj'oient mieux. Rangés sur les bords du fossé , ils lauçoient des flèches et des dards sur les parties découvertes de l'ennemi, tandis qu'eux-mêmes, dans les ténèbres, étoieut moins aperçus des Péioponnésiens qu aveugloicnt les flambeaux. Ainsi, même les Platéens descendus les derniers, passèi-ent le fossé, mais non sans peine et toujours comlxitlaut : car ils ne

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trouvèrent pas dans le fossé une glace solide sur laquelle ils pussent marcher; elle étoit ( fondante ) ccrarae par un vent qui est plus d'est que de nord. D'à illeurs, la neige tombée par un tel vent, a voit donné une quantité d'eau qu'ils eurent de la peine à surmonter et à traverser. Le mauvais temps et les ténèbres avoient plus que tout favorisé leur évasion.

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