COMITES, RECTORES
Une fonction administrative d'origine vraiment germanique , et qui n'a emprunté aux Romains que son nom , est celle de comte. Dans l'organisation impériale des derniers temps figurent un grand nombre de comités; mais à ce titre en sont joints d'autres qui le précisent, et les viri spectabiles et illustres de la notice que nous voyons revêtus de cette dignité n'ont aucun rapport avec l'officier auquel les barbares , devenus maîtres de la Gaule , donnent également le nom germanique de graphio^ le nom
romain de cornes et encore celui de judex'^, en précisant par ce dernier titre sa principale attribution.
Sous les Romains, la cité s'administrait elle-même 2; sous les Franks, elle reçut un coriite. Cette mesure fut générale et ne souffrit d'exception que lorsque les fils de Clovis ou de Clotaire se trouvèrent, par suite de leurs partages incohérents, en possession de fractions de cités; en ce cas, la fraction reçut le même officier que la cité entière.
En imposant un comte à une cité le roi prenait l'avis de l'évêque et du peuple; de même, pour l'élection d'un évêque, le peuple était consulté. Ce respect du consentement populaire, si remarquable à cette époque, devait avoir sa cause et son origine dans les traditions du régime municipal qui, sous les Romains, avait donné aux hommes de la cité l'habitude de faire leurs affaires eux-mêmes. Ainsi l'évêque était nommé par le roi sûr la présentation du peuple et après délibération avec les principaux de l'ordre ecclésiastique et séculier. Ce fait est démontré par plusieurs passages des chroniqueurs et par trois formules de Marculfe^. Le consentement public était de même invoqué pour la nomination du comte. Que ce fût là une simple formalité, quand Leudaste, comte de Tours, ou Eulalius, comte de Clermont , devaient à des présents ou
1. Si homo juxta villa aut inter diias villas proximas fuerit interfectus, sic débet judex, hoc est, cornes dJoXgraphio, loco accedere. Ce Capitulaire est un de ceux que M. Pertz, Monumenta German. historicœ, t. IV, et M. Pardessus, Chartes et Diplômes, t. I, p. 47, croient avoir été ajoutfe par Clovis à la loi salique vers 501.
2. Dans les derniers temps de rèmpire, elle continuait de s'administrer elle-même, mais sous la surveillance du curateur délégué par le pouvoir impérial, comme nous l'avons observé plus haut, p. 54.