‹ G�eographie de l'Afrique chr�etienne (volume 3)Chapitre 162 sur 198 · CXLIX. — TUNIS · texte numérisé non relu

CXLIX. — TUNIS

C'est la ville qui donne son nom au royaume actuel de Tunis; elle n'était pas sans importance, même autrefois, car presque tous les auteurs anciens la mentionnent. Polybe, Strabon, Tite-Live, qui l'appelle à la grecque Tuneta. Les Grecs, en effet, écrivaient au nominatif tuvucj' que l'on prononce Tunis. La Table de Peutinger écrit Thuni qu'elle met à 10 milles de Carthage par la voie directe et à sept milles de Maxula. La distance de cent vingt stades

que Pobybe indique entre Carthage et Tunis est exacte. La ville se trouve dans le golfe même où était Carthage. Cette localité^ dit Tite-Live<^>, de fendue par Vart autant qtœ par la nature, est à quinze milles environ de Carthage; on peut l'apercevoir de celte ville et elle-^même peut jouir d'une belle vue sur Carthage comme aussi sur la mer qui V environne. Diodore de Sicile a fait également mention des remparts de Tunis ^'^ Située dans une très forte position, sur une colline, entre un grand lac et une sebkha, Tunis ne manqua jamais d'importance. C'était la ville libyenne en face de la cité phénicienne, le centre de la race aborigène. Cette ville a joué un grand rôle dans toutes les guerres de Carthage et de l'Afrique propre, mais elle s'est particulièrement développée depuis la ruine complète de Carthage. C'est la plus grande ville de toute l'Afrique septentrionale.

Nous pouvons y signaler un martyr qui mourut après avoir glorieusement confessé la foi, alors que cette Église n'existait déjà plus. Ce fut un jeune homme, originaire des Alpes, appelé Antoine, qu'Antonin, nommé plus tard archevêque de Florence, avait reçu dans le tiers-ordre de saint Dominique, vers l'an 1440. On rapporte que, se rendant de Sicile à Naples, il fut pris par les pirates et jeté dans les prisons de Tunis. Bi^i qu'il fût en compagnie des chrétiens, il n'avait pu se résigner à son sort ; plus tard, sorti de prison, il n'endura pas plus patiemment les peines de l'esclavage, et bientôt, oubliant la loi de Dieu et sa religion, il passa malheureusement à la secte mahométane et se maria. Ceci eut lieu, selon les Actes^ le

(1) Lib. XXX, cap. ne.

(2) Lib. XX, cap. xxxiii.

3 des calendes d'avril de Tan 1459. Mais, Tannée suivante, ayant appris par des marchands italiens que Tarchevèque Antonin, mort depuis peu de temps, avait fait une sainte mort et opérait de nombreux et éclatants miracles, touclié subitement et ramené à des sentiments meilleurs, il commença par renvoyer sa femme, reprit tous ses devoirs de piété et se mit à détester son crime. Bientôt après, il reprit les marques de son ancienne profession et^ dès qu'il sut que le roi barbare était rentré à Tunis, d*où il était absent, il alla le trouver avec un courage intrépide et déclara ouvertement qu'il était chrétien et prêt à mourir. Après une semblable confession, il fut mis en prison, maltraité, battu; il supporta tout avec beaucoup de constance. Enfin on prononça sa sentence et il fut lapidé le 4 des ides d'avril de l'année 1460 ^^^

Il est rapporté -que, dans la même ville, Olive, vierge de Palerme, consomma aussi son martyre; ses compatriotes l'honorent le 4 des ides de juin. Mais on ne sait ni en quel siècle ni en quelle année elle reçut sa couronne ^^K On croit qu'elle fut tuée par les Vandales ou par les Sarrasins après qu'elle eût été exilée en Afrique.

Une relation manuscrite des religieux franciscains de Tunis, déposée aux archives du Vatican, fait connaître le martyre admh'able d'un enfant captif, nommé Antonin de Pace, né à Trapani, en Sicile ^'^ Il soufirit le 18 avrU 1654.

Nous savons encore que saint Vincent de Paul fut conduit captif à Tunis, d'où il ramena converti le renégat son maître.

(1) Son corps fat porté à Bivoli, en Italie.

(2) Boll., t. II, jun., p. 295.

(3) Vescori, XXII, foL 224.

Du reste, on peut dire que Tunis a toujours vu dans son sein une communauté chrétienne desservie par des prêtres et des religieux.

LVCIEN. Il se rendit, en 411, à la conférence de Carthage où, ayant répondu à l'appel de son nom qu'il était présent, il ajouta (^) en parlant de son église : Il y a là Vunitè.

SEXTILIEN. Les Pères du concile de la Proconsulaire le déléguèrent, en 553, au concile de Constantinople pour y représenter l'archevêque de Carthage. C'est pourquoi il souscrivit après le patriarche et les trois archevêques de Thessalonique, de Césarée en Cappadoce, et d'Ephèse, avec cette formule ^2) . Seœtilien, par la grâce de Lieu, évêque de l'Église catholique de Tunia] tenant la place de Primasius^ archevêque de Justiniana Carthage, et de tous les Pères du concile de la province ProconsulairCy tant pour lui et pour eux que pour moi-même , semblablement.

Au XVIIP siècle, les chrétiens de Tunis dépendirent de l'évêque de Mazzara, en Sicile ; puis ils eurent des vicaires apostoliques choisis parmi les religieux capucins qui desservaient les églises de la régence de Tunis. Ces vicaires n'avaient pas caractère épiscopal jusqu'à ce siècle présent ; mais, en 1841, le Saint-Siège envoya à Tunis, avec le titre de préfet apostolique, un religieux capucin italien qui fut bientôt après nommé vicaire apostolique de toute la Tunisie; c'était Monseigneur

(1) Cogn,^ I, n. 128.

(2) Haid., Conc», t. m,

FIDÈLE SuTTER, sacré évêque de Rosalia le 29 septembre 1844, et qui resta à Tunis jusqu'au temps de l'occupation française, en 1882.

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