I. — HADRVMETE
Hadrumète, autrement Adrumète, était la ville principale et la métropole de la Byzacène. Elle a conservé jusqu'aujom^d'hui son importance, bien qu'elle ait perdu son ancien nom pour prendre celui de Sousse. Dans une ancienne inscription, ses habitants sont appelés colons de la colonie Concordia Ulpia Trajana Frugîfera Hadmmetina '.
POPVLONII
DD. NN. CRISPO ET CONSTANTINO. IVN. NOBB
CAESS. ITERVM III. IDVS MART. CONSS.
COLONI COLONIAE CONCORDrAE VLPIAE TRAIANAE
AVGVSTAE FRVGIFERAE HADRVMETINAE
Q. ARADIVM VALERIVM PROCVLVM VC. PRAESIDEM
PROVINC. VAL. BYZACENAE LIBEROS POSTEROSQVE EIVS
SIBI LIBERIS POSTERISQVE SVIS PATRONVM COOPTA
VERVNT T. Q. ARADIVS VALERIVS PROCVLVS VC PRAESES
PROVINC. VAL. BYZACENAE COLONOS COLONIAE CON
CORDIAE VLPIAE TRAIANAE AVGVSTAE FRVGIFERAE
HADRVMETINAE LIBEROS POSTEROSQVE EORVM IN FI
DEM CLIENTELAMQVE SVAM LIBERORVM
POSTERORVMQVE SVORVM RECEPIT
Hadrumète devait son titre de colonie à l'empereur Trajan et celui de Frugifera à la merveilleuse fécondité de son territoire. Elle était située sur le bord de la mer et avait un port célèbre appelé le Cothon. Son territoire s'étendait jusqu'à celui de Thysdrus, comme semble l'indi-
» Tissot. Fastes, an. 319. 320.
quer Aggenus Urbicus en mentionnant l'ancienne contestation qui existait entre les habitants d'Hadrumète et ceux de Thysdrus, au sujet d'un temple de Minerve, pour lequel, dit-il, ils sont en procès depuis de longues années ^ Ils voulaient faire décider à qui appartenait le territoire sur leqpiel ce temple était construit. H faut, du reste, entendre ce territoire dans un sens large, zone d'influence par exemple, car il y avait plusieurs cités entre Thysdrus et Hadrumète.
Outre le Cothon, ou port militaire, Hadrumète avait encore un autre port marchand. Les bassins étaient artificiels, comme ceux de Carthage ; ils sont indiqués parles restes de deux môles antiques. La ville avait acquis son importance maritime à partir de la chute d'Utique et elle était devenue la seconde cité de toute l'Afrique, à l'époque romaine.
Munie, comme Carthage, d'une acropole et d'une triple enceinte, Hadrumète s'était augmentée d'un faubourg important. Elle offre des traces d'un théâtre et d'un cirque. On y a retrouvé des hypogées creusés dans un banc de calcaire, des catacombes comme celles de Rome, des mo-
saïques de toute beauté. Sur la tuile d'un tombeau de la catacombe, on lit ces simples mots :
DATIBA IN PAGE
Les monuments chrétiens ne manquent pas à Hadrc^' mète. Mais ce qui rend cette ville très illustre, ce sont 1^^^ fastes des martyrs, car elle fut la patrie de Boniface et (^-^ Thècle, père et mère de douze martyrs, de Mavilus, doi
^ Aggen. p. 74.
parle TertuUien, de Rutilius, de Verulus et de vingt-deux autres martyrs, dont l'Église romaine célèbre chaque année la mémoire. De là était aussi le martyr Victorien que Victor de Vite appelle Proconsul de Garthage, titre purement honorifique à cette époque de Toccupation Vandale. Il était le plus riche des Africains et s'était acquis une grande réputation d'intégrité dans les affaires publiques ; il souffrit sous le règne de Hunéric *.
Un concile fut célébré à Hadrumète, comme l'indique son Évèque Abondance dans le concile de Garthage, réuni par Gratus, en 348. Dans notre concile ^ dit-il, il a été décidé qu'il n'est pas permis aux clercs de prêter à usure-.
Il y avait dans cette ville, au temps de saint Augustin, un monastère dont l'abbé Valentin est célèbre par les lettres du saint Docteur ^ et aussi par celles que lui-même adressa à saint Augustin pour lui exposer sa foi touchant le libre arbitre et la justice de Dieu rémunérateur. Il s'était élevé sur cette question, une vive discussion parmi ses moines. A cette époque, vivaient dans ce monastère Gresconius, Florus, deux Félix et d'autres dont nous ignorons les noms.
Le château, nommé Kasr er Ribat, qu'on voit encore à Tintérieur de la ville, passe pour avoir été un monastère, de même que le Ribat de Monastir, l'ancienne Ruspina. Il est probable que, durant la période Vandale, Hadrumète a. changé son nom en celui de Hunéricopolis, autrement onoricopolis, qu'elle perdit après la conquête de Béli-
> Pers. V'aud. 5. 4.
- Hard. 1. p. 688.
3Ep. 214. 215.216.
saire pour adopter le nom de Jastinianopolis, en rhonneur de Justinien qui releva ses remparts ^
On a cru aussi que le faubourg d'Hadrumète porta le nom de Cabarsussi, dont nous avons parlé plus haut, et que c'est de là que la ville moderne a tiré son nom de Sousse ; mais il est plus vraisemblable que Sousa est un nom grec qui signifie Sauveur.
POLYCARPE. Il donna son vote le troisième dans le troisième Concile que saint Cyprien réunit à Carthage, en 255, sur la question du Baptême 2. A cette époque, Hadrumète et toute la région de la Byzacène formaient encore partie de la province Proconsulaire. 11 est souvent fait mention de Polycarpe dans les écrits de saint Cyprien ^. D'après une de ses lettres, la quarante-cinquième, saint Cyprien aurait visité la colonie d'Hadrumète.
INNOCENT. Il appartient à l'époque de Dioclétien et au Proconsulat d'Anullinus. Il est rapporté, en effet, qu'il fut dénoncé à ce dernier pour avoir persévéré dans la pratique du culte chrétien, au temps même où Crispine, martyre, était en prison à Théveste. Mais s'étant enfui, il vint à Hadrumète, y fut ordonné diacre, puis enfin en fut fait Évêque, comme l'indiquent ses actes ^ qu'Henschen cependant qualifie justement d'apocryphes, bien qu'il ait crU y retrouver quelques traces d'une histoire vraie. Henschei^ nous apprend aussi, d'après Ughelli et Ferrari, que ce't' Innocent est honoré dans le Latium, à Gaëte, où il avai*
' Procop. de œdif. 6. 6.
2 Hard. 1. p. 162.
8 Ep. 45. 54. 68.
* Boll. Tom. t. mai. p. 138.
reçu longtemps Thospitalité, c'est-à-dire à l'époque où ayant fui l'Afrique il s'était retiré en Italie.
ABONDANCE. Gratusle mentionne, parmi les Évèques principaux, dans la préface du Concile qu'il convoqua à Carthage, en 349. Son nom s'y trouve de nouveau répété au numéro XIII, lorsque, comme je l'ai dit plus haut, il rappelle le concile d'Hadrumète K
FLORENCE. Il était de la secte des Maximianistes et assista, en 393, au Concile de Cabarsussi, où fut condamné Primien, que les Donatistes avaient donné pour successeur à Parménien. Saint Augustin parle longuement de ce concile dans son deuxième sermon sur le psaume xxxvi. On lit le nom de Florence dans la préface de la lettre synodale et dans les signatures. Nous ignorons s'il y avait alors un Évèque catholique d'Hadrumète.
PHIL0L06VS. Nous lisons son nom parmi ceux des signataires du Concile de Carthage de 397, le troisième qui fut tenu par Aurèle. Sa souscription est ainsi conçue- : PhilologuSy Èoêque du peuple d'Adrumète. Il parut encore, en 411, à la Conférence de Carthage où il est appelé Fîlolocius, Èvêque du peuple d'Adruméte'^. Son compétiteur, le donatiste Victorin, comparut aussi et dit : Je le connais, c'est-à-dire que tous deux étaient regardés comme Évêques, l'un des catholiques, l'autre des Donatistes. Appelé lui-même à son tour, il dit^ : J'ai donné mandat et J*ai souscrit,
• Hard. 1. p. 685.
« Ibid. p. 974.
3 Cogn. 1. n. 126.
* Ibid. n. 206.
AVRÈLE. Il assista, en 451, au concile de Chaicédoine et signa les actes de plusieurs sessions. Il s'était rendu auparavant à Constantinople et avait siégé avec le patriarche Flavien et les autres Évêques dans le Concile où Ton avait traité de la peine à infliger à Eutychès. Il y est appelé le Révérendissime Évêque de la cité d'Adramyte^, Il est probable, du reste, qu'il s'agit ici d'Adrumète d'Asie, d'autant plus que les Vandales ariens n'autorisèrent guère les Évêques catholiques de leurs États à se rendre en Orient.
FELIX. Il fut exilé par le roi Genséric, vers 453, pour avoir, dit Victor de Vite *, accueilli un moine d'Outremer, nommé Jean, Cet historien en désigne clairement l'époque lorsqu'il dit : Après cela, il arriva que, sur les supplications de Vempereur Valentinien, on ordonna, à la suite d'un long et désolant veuvage, un Évêgue pour VÈglise de Carthage. Or cet Évêque fut Deogratias, que l'on sait avoir été sacré en 454.11 est douteux si Félix vécut au-delà de l'année si funeste à toute l'Église d'Afrique, je veux dire celle dans laquelle Hunéric en exila tous les Évêques. La notice de 482, cependant, ne cite pas l'Évêque d'Hadrumète parmi ceux de la Byzacène, quoiqu'elle mentionne les Églises dont le siège était vacant. C'est pour cette raison que nous attribuerions volontiers à Hadrumète les deux Évêques qui portent le titre d'Unuricopolis et qui appartiennent aux années 484 et 525. Hunéric aurait donné son nom à Hadrumète, comme Justinien lui donna plus tard le sien. Il ne parait donc pas que Félix ait vécu jusqu'à l'époque de la convocation faite
1 Hard. 2. p. 174.
2 Pers. Vaud. 1. 7.
pax le roi Hunéric. Il est plus probable qu'il mourut en exil, car il est honoré comme martyr le vingt-huit novembre.
PRIMASE. Il se trouva, en 551, à Constantinople, avec le pape Vigile, lorsque celui-ci déposa de la dignité épiscopale et sépara de la communion catholique Théodore, Évêque de Césarée en Cappadoce. Lui-même signa ainsi la constitution du pape Vigile ^ : Moi, Primase, par la grâce de Dieu Évêque de la cité d'Hadrumète, appelée aussi JustinianopoliSy du concile de la Byzacéne, j'ai approuvé et signé la constitution du bienheureux pape Vigile dans la cause des trois chapitres, Primase est célèbre par sa science et par ses écrits que nous avons encore.
C'est probablement aussi à Hadrumète qu'il faut attribuer rÉvêque Boniface de Justini et Maximia qui signa en 646 la lettre du concile de la Byzacène.
D'après la notice de Léon le Sage, Hadrumète avait encore un Évêque en 888.
Le 7 juillet 1889 a été sacré, comme Évêque titulaire d'Hadrumète et auxiliaire du Cardinal archevêque de Carthage, Salvator Alexandre Félix Carmel Brincat.
1 Hard. 3. p. 9 et 46.
H. — ABARA DIRA.
La notice des provinces et des villes d'Afrique, publiée d'abord par Sirmond ', éditée et commentée, ensuite, avec un grand soin, par Dom Ruinart^ est seule à nous apprendre que la ville d*Abaradira se trouvait dans la province Byzacène. On ne sait rien de certain sur son emplacement. Le nom parait être composé et le terme Abara, s'il est punique ou lybien, peut signifier passage. Quant au terme Dir, nous le rencontrons, non seulement dans la Byzacène, mais aussi dans les autres provinces africaines, où il est appliqué à des massifs montagneux.
Parmi les Évêques d'Abaradira, nous ne pouvons en citer qu'un seul, qui appartient à l'année 482, celle où fut dressée la liste des Évèques que le roi Hunéric convoqua à Carthage en 484 pour y entrer en conférence avec les Évèques ariens et rendre compte de la foi catholique. L'un de ces Évèques catholiques, de la ville d'Abaradira, était
PRÉFECTIEN. On indique, après le nom d'un grand nombre des Évèques mentionnés par la notice, le genre de peine qu'ils eurent à subir, par exemple, Texil, les mines, la Corse. C'est une annotation faite, par Victor de Vite peutêtre, et probablement vers l'an 490, pendant que le pieux, historien de la persécution Vandale et ses collègues subissaient encore les rigueurs d'un exil prolongé.
Dans le manuscrit de Laon, après le nom de Préfectiel^
^ Op. var. tom. 1.
2 Post Vict. Vit.
et d'un assez grand nombre d'auixes É-vêques, on lit la note prbty qui est une abréviation de l'expression probatiùs, c'est-à-dire que celui au nom duquel la note est jointe, est mort (en exil) et pour la foi catholique. Lamention faite, à la fin de la notice, du nombre de ceux qui périrent, prouve, en effet, que cette interprétation est la véritable. « Il en mourut, est-il dit, quatre-vingt-huit. ii C'est précisément le nombre de ceux qui se trouvent, dans la notice, l'objet de la note en question, ce qui doit mettre entièrement fin à toute discussion sur ce point. Il faut donc compter Préfectien parmi les Évêques qui, après ce terrible désastre, ne revirent pas leur évêché, et obtinrent, en retour, la patrie céleste qu'ils avaient conquise par leur confession glorieuse. On ne peut, en effet, admettre l'interprétation de ceux qui lisent presbyter, puisqu'il n'y eut pas de prêtre à la réunion de Carthage, ni la lecture de Sirmond qui a corrigé sans raison prbt en per et qui a lu periity bien que cette interprétation revienne à la nôtre. On ne peut davantage admettre la conjecture de Tillemont*, d'après lequel cette note aurait désigné ceux qui, par crainte du supplice, auraient passé à l'arianisme. Nulle part, en effet, Victor de Vite, qui décrit avec soin cette longue suite de maux, ne cite un seul de ces Évêques qui se soit rendu coupable d'un tel criipe. Il rapporte, au contraire, que plusieurs d'entre eux, âgés ou infirmes, furent écrasés par les chevaux d'Hunéric. Il est plus naturel de croire que cette même note a été ajoutée aux noms de ces derniers, tout aussi bien qu'aux noms de ceux qui moururent de faim ou succombèrent sous les mauvais traitements de l'exil.
1 Mem. eccles. t. xvi. p. 567.
L'expression probattes nous est fournie avec sa vraie signification par un monument funéraire d'un Évèque gui mourut précisément en 495 après dix-huit ans d'épiscopat et qui fut, par conséquent, victime de la même persécution. Le nom de l'Évêque manque sur Tépitaphe, trouvée en Maurétanie, à Tanaramusa, près de Mouzaïa-les-Mines. On y lit ce qui suit * :
muLTIS EXILIIS
PROBATVS ET FIDEI
CATHOLICAE ADSER
TOR DIGNVîS INVENTVS
IMPLEVIT IN EPISCOPATV
AN XVIII. \î. II. D. XII ET OCCI
SYS EST IN BELLO MAVRO
RVM ET SEPVLTVS EST DIE