OI^AN
de l'Andalousie, semblaient s'eilbrcer d'en arracher des lambeaux et de transporter en Afrique les de'bris de leurs foyers ruinés. »
Ferdinand le Catholique voulut réduire les pirates et prit ToiTensive; cinq mille iiommes, sous le commandement de Tamiral de Cordova, furent embarqués à Malaga et dirigés sur Mers-el-Kébir, où ils entrèrent presque sans combat (23 octobre 1505).
Mers-el-Kébir était un point stratégique à conserver. Les Espagnols relevèrent les fortifications et garnirent les remparts de pièces de fort calibre. Le bey accourut avec sa milice pour les en déloger; mais il comprit biien vite qu'il lui serait impossible de livrer l'assaut et, faisant la part du feu, il reconnut Cordova maître de la ville, à cette condition expresse que la garnison n'en franchirait point l'enceinte.
Dans les premiers temps, tout alla bien : catholiques et musulmans vécurent en si bonne intelligence qu'on se flattait dans l'entourage du roi « d'avoir conquis l'Afrique à moitié».
Malheureusement, le marquis de Cordova avait de l'ambition : il lui parut qu'il était trop à l'étroit dans une petite place de guerre et il voulut s'agrandir aux dépens des tribus qui campaient à portée de canon. Mal lui en prit : les premiers succès furent suivis d'éclatantes défaites et la réputation de bravoure dont jouissaient les troupes espagnoles en fut à ce point compromise qu'une nouvelle expédition fut jugée nécessaire. Ferdinand confia le commandement d'une armée de 15,000 hommes au cardinal Ximenès. Les troupes s'embarquèrent à Carthagène le 16 mai 1509 : deux jours après, grâce à la trahison d'un juif qui leur livra la porte principale de la ville, elles s'emparaient d'Oran.
Ximenès ne voulut point s'engager dans une guerre de conquêtes : cette prise de possession suffisait à son orgueil et il entendait laisser à ses successeurs le soin d'achever son œuvre. Oran devint en peu d'années une placé de guerre de premier ordre et les Espagnols s'y maintinrent jusqu'en 1708; l'ayant repris en 1752, ils l'occupèrent jusqu'en 1790 : ils
révacuèrent à la suiledu tremblement de terre qui la bouleversa de fond en comble (8-9 octobre). Les Turcs y rentrèrent aussitôt et en firent la capitale du beylick en mars 1792, après Fenlière évacuation des Espagnols.
A dater de J830 s'ouvre une ère nouvelle. Le bey fait sa soumission à la France au lendemain de la prise d'Alger, et résigne ses fonctions ; nos troupes occupent Oran définitivement le 17 août 1831, s'emparent de- Mers-el-Kébir, puis se trouvent bientôt en face de l'émir Abd-el-Kader, que les trois plus puissantes tribus de la province — appelées les Hachem, les Beni-Amer et les Gharabas — viennent de proclamer sultan.
Abd-el-Kader prêche la guerre sainte, appelle à lui tous les hommes qui peuvent manier une arme, recrute une armée de fanatiques, tient en échec nos généraux et acquiert un tel prestige qu*il traite avec eux au nom du peuple arabe dont il sera désormais le chef suprême, ÏÉmir, En 1834 (20 février), il signe avec le général Desmichels, commandant de la division d'Oran, une convention qui le rendait maître de tout le commerce de la côte, à partir de la frontière du Maroc jusqu'à l'embouchure du Chélif; — en 1837 (30 mai), il conclut avec le général Bugeaud le traité dit « de la Tafna », aux termes duquel la France lui abandonne la moitié de la Mitidja, l'ancienne province du Tittery, qui avait Médéa pour capitale et s'étendait ju«qu'au désert, et toute la province de l'ouest, à l'exception des villes d'Oran et de Mostaganem.
Ce traité fut rompu en 1839 par Abd-el-Kader lui-même, et pour la cause la plus futile : une division, sous les ordres du duc d'Orléans, partant de Sétif était arrivée à Alger, le 3 novembre, après avoir passé le défilé des Portes-de Fer et traversé le territoire de quelques tribus kabyles qui, de par le traité de la Tafna, étaient placées sous la dépendance de l'émir. Abd-el-Kader vit ou feignit de voir dans ce fait particulier une violation de territoire et une reprise des hostilités ; tout aussitôt, il donna l'ordre à ses lieutenants de se tenir prêts pour des luttes nouvelles:
« La rupture vient des Chrétiens, écrivit-il à Ben^Salem, un de ses khalifats ; votre ennemi est devant vous : retrousser, comme il faut vos vêtements et préparez-vous au combat. De toutes parts le signal de la guerre sainte est donné. Gardezvous de vous laisser troubler ; serrez vos ceintures et soyez prêt à tout. Grandissez-vous à la hauteur des événements ; apprenez surtout la patience ; que les vicissitudes humaines vous trouvent impassible. Ce sont des épreuves ; elles sont attachées au destin de tout bon Musulman qui s'engage à mourir pour sa foi ! » — Et le peuple arabe se leva tout entier.
La guerre dura sept ans. Nous n* avons point à en raconter ici toutes les phases ; il nous suffit de rappeler que de 1840 à 1848, sous le commandement du général Bugeaud, d'immortelle mémoire, l'armée d'Afrique accomplit de véritables prodiges. Au nombre des événements qui appartiennent à l'histoire de la province d'Oran, nous citerons suivant leur ordre chronologique :
(( La défense de Mazagran : cent vingt-trois hommes du 1^' bataillon d'Afrique résistèrent pendant trois jours à 10,000 Arabes qui, après cinq assauts successifs, battirent en retraite (1-4 février 1840) ; — la prise de Tagdempt (25 mai 1841) ; — Toccupation définitive de Mascara (30 mai 1841) ; — la destruction du fort de Saïda (octobre 1841); — la destruction de Sebdou (9 février 1842); — l'occupation définitive de Tlemcen (15 février 1842) ; — l'occupation de Tiaret (21 avril) ; — la prise de la Smala d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale (16 mai 1843); — la bataille d'Isly, livrée par Bugeaud au fils de l'empereur du Maroc (14 août 1844). Le résultat de cette glorieuse journée fut aimoncé au ministre de la guerre par cette courte dépêche :
« Ayant marché sur l'armée marocaine qui devenait chaque jour plus forte et plus menaçante pour l'Algérie, je l'ai rencontrée le 14, à deux lieues en avant de son camp. Elle a pris l'offensive avec 20,000 chevaux, au moment où nos têtes de colonnes passaient l'Isl^. Nous avons été enveloppés de
toutes parts ; la victoire la plus complète nous est restée. Notre infanterie d'une extrême solidité, et, un peu plus tard, notre cavalerie ont fait des prodiges de valeur. Nous avons pris successivement tous les camps qui couvraient un espace de plus d*une lieue.
« Onze pièces de canon, seize drapeaux, mille à douze cents tentes, dont celle du fils de Tempereur, son parasol, signe de commandement, tout son bagage personnel, une grande quantité de munitions de guerre et un butin immense sont restés en notre pouvoir. L*ennemi a laissé environ 800 morts sur le champ de bataille. Nos pertes, quoique sensibles, sont légères pour une journée aussi capitale, que nous nommerons la bataille d*lsly. >
La défaite des Marocains ruinait à tout jamais les espérances d*Abd-el-Kader : proscrit du Maroc par le traité de Lalla- Maghmia(i8 mars 1845), abandonné des tribus qui, jusqu'à ce jour, lui étaient restées fidèles ; sans armée, sans alliés, à bout de ressources, Témir n*en voulut pas moins continuer la lutte; pendant les trois années qui suivirent il tint la campagne, se jetant à Timproviste tantôt sur un point, tantôt sur un autre et suppléant par Taudace à Tinfëriorité numérique de ses partisans. Ce fut en vain ; ses efforts se brisèrent contre un double obstacle : Tardeur de nos troupes et le découragement des siennes.
Le 25 décembre 1847, Abd-el-Kader se rendit auprès du général Lamorîcière, au camp de Sidi-Brahim, et s*avoua vaincu. Pour prix de sa soumission il demandait seulement la promesse formelle qu'il serait transporté, avec sa famille, soit à Alexandrie, soit à Saint-Jean-d'Acre. Cette promesse lui fut faite; le duc d'Aumale, qui succédait à Bugeaud, la ratifia, et le sultan déchu arrivait à Toulon, avec toute sa suite, dans les premiers jours de janvier. On sait le reste.
Le Tell était définitivement conquis; le Sahara même, que venaient de parcourir les colonnes Gavaignac et Renault, semblait pacifié. D'un bout à l'autre de la province, les Arabes, cultivateurs et nomades, également fatigués des luttes inces-
santés qui dépeuplaient leurs douars, aspiraient au repos et déposèrent les armes. C'est ainsi qu*à la guerre à outrance succéda une paix profonde. Peu à peu, cependant, le fanatisme religieux se réveilla, et, sur un ordre venu de la Mecque, toutes les tribus du sud -ouest se soulevèrent.
Le signal de la révolte fut donné (mars 1864) par un Bach- Agha. Si Sliraan-ben-Hamza, chef des Oulad Sidi-Cheikh, famille issue d*un marabout vénéré et qui, depuis le seizième siècle, exerce une influence politique et religieuse considérable sur toutes les populations du Sahara occidental. L'insurrection gagna rapidement le Tell et s'étendit jusqu'à Mostaganem et Relizane ; il fallut près de vingt mille hommes pour la réduire. Le général de Hartimprey parvint à cerner les rebelles dans la vallée de Meknaça {cercle (TAmmi-Moussa) et tous se rendirent à merci (27 juin).
Quelques années plus tard, en 1870, les Sidi-Cheikh, unis aux contingents marocains (Beni-Guill, Oulad-Djerir et Douï- Ménia) razièrent nos Hamyan et s'avancèrent jusqu'à Sebdou. Le général de Wimpffen, qui commandait la province, réunit 3,000 hommes à Aïn-ben-Khelil, courut sus à l'ennemi, le poursuivit jusque dans le Maroc et le défit complètement à El-Bahariat, sur l'OuedGuir, au sud-ouest de Figuig (15 avril).
A la suite de leur défaite, les Sidi-Cheikh se retirèrent au delà de la frontière. En 4881 (avril) un de leurs marabouts, Bou-Amema-bel-Arbi, envahit notre territoire et, suivi des tribus des cercles de Frenda, de Tiaret et de Géi^ville auxquelles se joignirent quelques milliers de Marocains, se rua contre les chantiers d'alfa établis sur les Hauts-Plateaux, livra au massacre tous les Européens qu'il put surprendre et razia les tribus qui refusaient de le suivre. Pendant cinq mois il battit la campagne, sans que les troupes envoyées contre lui pussent l'atteindre, puis il regagna le Maroc.
Depuis 1883, les chefs de la famille des Sidi-Cheikb, Si Ilamza et Si Ould-bou-Beker ont fait leur soumission.
La colonisation fut longtemps resserrée entre les limites
étroites que lui assignaient les traites conclus avec Abd-el- Kader; mais elle s'élargit progressivement et gagna, de proche en proche, jusqu'aux Hauts-Plateaux. Elle est aujourd'hui très florissante.
¥11. — PeraoBiiafes aotables.
Hommes de guerre. — Le général Cataignac : occupation de Tlemcen, en 1856; chargé de la défense de Médéa, 1840; chef de la première colonne à la bataille d'Isly, 1844; expédition dans l'extrême sud et soumission des oasis, 1847; gouverneur général de l'Algérie en 1848, puis Chef du pouvoir exécutif. Son nom a été donné à un village de la province d'Alger, dans le Dahra de Ténès.
Le général Lamoricièrb, officier d'un rare mérite et d'une valeur chevaleresque; son nom figure avec éclat dans tous les bulletins de l'armée d'Afrique (1830-1848). Les succès qu'il obtint dans la province d'Oran, dont il fut le commandant en chef de 1840 à 1848, fixèrent sur lui l'attention publique et, après la Révolution de février, il fut nommé ministre de la guerre (28 juin). Ce fut sur sa demande que l'Assemblée nationale vota (19 septembre 1848) un crédit de 50 millions pour être spécialement appliqué « à l'établissement de colonies agricoles dans les provinces de l'Algérie ». Som nom est maintenant celui d'un bourg de la province situé sur l'Isser, dans les belles prairies des Ouled-Mimoun.
Le général Chanzt fit ses premières armes en Algérie, où il gagna rapidement tous ses grades. Général de brigade en 1868, commanda les subdivisions de Sidi-bel-Abbès et de Tlemcen; prit part à l'expédition de TOued-Guir sous les ordres du général de Wimpffen ; nommé général de division par le Gouvernement de la Défense nationale, puis commandant en chef de la deuxième armée de la Loire, fut signale par Gambetta comme a le véritable homme de guerre révélu par les événements ». Gouverneur général de l'Algérie (juin 1873-mars 1879), donna à la colonisation un dévelop-
pement considérable et provoqua la mise à l'étude de nombreuses voies ferrées. Son nom a été donné à Sidi-Àli-ben- Youb, beau village de la vallée de la Mékerra, sur le chemin de fer de Sidi-bel-Abbès à Ras-el-Ma.
Le général Edmond de Màrtihpret acquit tous ses grades en Algérie; était en 1859, commandant en chef des troupes de terre et de mer; sous-gouverneur en 1860, puis gouverneur par intérim à la mort du maréchal Pelissier. Commandait les troupes dirigées contre les tribus marocaines qui avaient fait irruption sur notre territoire et força les Béni- Snassen à se rendre à merci [combat d' Aïri'Ta forait, i\ octobre 1859); réprima en 1864, l'insurrection des Fiittas, Il était, à sa mort, gouverneur de l'Hôtel des Invalides.
Le général de Wimpffen commanda la province d'Alger, puis celle d'Oran. L'expédition de l'Oued-Guir, dans le Maroc (avril 1870), le place au nombre des généraux dont le nom est étroitement lié à notre histoire d'Afrique.
Le capitaine Lelièvre, s'immortalisa par la défense de Mazagran (février 1840).
ËSGOFFiER, trompette au 2* chasseurs d'Afrique. — Au combat de Sidi-Youcef (22 septembre 1843) notre avant-garde, écrasée par le nombre, se repliait en désordre et le capitaine de Cotte, démonté à la première décharge, allait être pris par l'ennemi: Escoffier saute à terre, « capitaine, dit-il, prenez mon cheval ; ce n'est pas moi, mais bien vous qui pouvez rallier l'escadron ». Le vaillant soldat fut fait prisonnier, mais son capitaine, remis en selle, parvint, en effet, à rallier sa troupe, qui se reforma derrière la réserve et reprit l'offensive. Les Arabes furent repoussés.
Aux noms déjà cités, il faut ajouter ceux des chefs et soldats qui se distinguèrent entre tous aux sanglantes journées de Sidi-Brahim (21-23 septembre 1845) : — lieutenantcolonel de Montagnac, du 2* régiment de hussards ; — Courby de Cognord, chef d'escadron ; — Froment-Coste, commandait du 8* bataillon de chasseurs d'Orléans; — capitaine Gentil de Saint-Alphonse; — capitaine de Géreaux; — capitaine