‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 198 sur 597 · De gloria martyrum, c. lxxvi · texte numérisé non relu

De gloria martyrum, c. lxxvi

8. Le biographe de saint Romain, qui peut avoir écrit dans la seconde moitié du V* siècle, s'exprime ainsi : c Quamvis ergo Agaunus vesler gallico priscoque sermone, tam primitus per naturam quam nunc quoque per ecclesiam veridica praefiguratione Pétri pelra esse dignoscilur. > (Vita sancli Romani, praef., apud Rolland., t. 111 Febr.. p. 741.) L'auteur de la Passion (interpolée) de saint Maurice écrit «plus simplement : c Agaunum accolac, interpretatione gallici sermonis, sa\um dicunt » (Passio interpolata sancti Mauricii, apud Rolland., t. VI Sept., p. 345). M. d'Arbois de Jubainville, qui a publié dans la Revue archéologique (t. Il de 1869, p.. 188*190) une note sur VÉiymologie d*Agaunum, nom latin de Saint-Maurice en Val lis, rapproche de ces textes une phrase de Pline où Acaunu marga est donné comme le nom d'une marne (marga) pierreuse : c Proxima terra est infra quae vocatur Acaunu marga^ interniixto lapide terrae minutae arenosae. > {Historia naturalis, 1. XVII, c. vu.)

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fut abandonné plus tard pour le vocable de saint Maurice. Le monastère des martyrs thébéens, qui subsiste encore, a donné naissance à la ville de Saint-Maurice (Suisse, canton du Valais).

TAUREDUNUM, castrum. — La forteresse de Tauredunum dominait le Rhône, assise sur ime montagne qui, se détachant tout à coup de la masse rocheuse dont elle faisait partie, fut projetée dans le fleuve avec les habitants, les églises et les maisons qui la couvraient. Les eaux du Rhône, qui coule là dans un étroit défilé, refoulées en arrière par ce barrage subit, inondèrent la partie supérieure de la vallée, dévastant tout ce qu elles rencontraient ; puis, se précipitant en masse dans la partie inférieure, elles surprirent inopinément les habitants, les tuèrent, renversèrent leurs demeures, détruisirent les bestiaux , emportant par cette violente et soudaine inondation tout ce qui était situé sur les rives du fleuve jusqu'à Genève, où les eaux, dit-on, pénétrèrent par-dessus les murs et emportèrent le pont*.

Grégoire de Tours rapporte cet événement parmi ceux qui s'accomplirent entre la mort de Clotaire l*"' (561) et celle de Charibert. L'évêque Marins d'Avenches, dont le diocèse comprenait toute la partie orientale de la rive nord du Lémtm, le place à Tannée 563, et désigne la montagne écroulée sous le nom de mons Tauretunensis ^ qu'une nuance de prononciation, seulement, différencie du vocable employé par Grégoire ; il indique en outre la situation de cette montagne dans le Valais. C'est pourquoi on peut écarter à première vue l'opinion de ceux qui veulent placer Tauredunum^ soit au fort de l'Ecluse, à sept lieues au-dessous de Genève, soit encore quelques lieues plus bas, à la perte du Rhône, près de Rellegarde, soit enfin, par suite d'un prétendu rapport de nom, à Tournou, en Vivarais.

M. Gingins-la-Sarra, dans im mémoire spécialement consacré à la recherche de l'emplacement de Tauredunum et publié en 1855*, rejette également Tassertion des chercheurs qui préten-

1. Historia Francorum, 1. IV, c. xxxi. — Marii episcopi Chronicum.

t. Recherches mr quelques localités du Bas-Y alais et des bords du Léman aux premiers temps de notre ère, et en particulier de Veboulcment de Tauredunum en 563, imprimé dans les Mémoires de l'Institut genevois, t. III, p. l-(33.

S3i LA GAULE AU SLXIÈME SIÈCLE.

dent retrouver les traces de léboulement relaté par Grégoire et par Marius sous la dent d'Oche, prèsd'Evian, sur la rive méridionale du lac, ou à la Rochia, entre le Boveret et la porte du Scex, tout près par conséquent de Tentrée du Rhône dans le l^éman, ou enfin entre Vouvry et Chambéry, c'est-à-dire sur la rive gauche du Rhône, à mi-chemin de Saint-Maurice au lac*. Les traces de plusieurs grands éboulemeuts, anciens et modernes, de la partie du massif de la dent du Midi, appelée le mont Jorat par les gens du pays, sont particulièrement visibles, dit-il, au Bois-Noir, sur le territoire d'Epinacey, où la nouvelle route du Simplon, pratiquée dans les décombres de la montagne, est bordée des deux côtés par d'énormes blocs de pierre écroulés qui s'étendent jusqu'aux bords du Rhône. C'est là qu'une tradition, constante aux yeux du savant suisse, bien qu'on la trouve seulement mentionnée pour la première fois en 1666^; c'est là qu'une tradition, d'origine évidemment savante, voit les ruines de la ville d'Epaone où se tint le concile bourguignon de l'an 51 7 : le nom de la ville détruite aurait persisté dans celui d'Epinacey qu'on fait cependant dériver aussi, et avec raison, du nom Spiîiacetum mentionné par les anciens titres de l'abbaye de Saint- Maurice. M. Gingins-la-Sarra, que rien n'étonne, considère cette prétendue tradition de la ruine d'Epinacey-Epaone comme un souvenir de l'éboulement de Tauredunum qu'il place en cet endroit ; il rapproche ensuite l'appellation Tauredunum de celle de Tarnadae ou Tarnaiae que portait, à l'époque romaine, une station itinéraire voisine de Saint-Maurice ; il la compare aussi avec plusieurs vocables géographiques de la même contrée, avec lesquelles elle n'a pas de rapports plus évidents, et en conclut que « le radical celto - germanique taur [tauern) » semble avoir été le nom primitif et général du défilé de Saint- Maurice^.

Après le mémoire de M. Gingins-la-Sarra, la question de Tau-reduminij est-il besoin de le dire, ne parut pas épuisée. C'est ce

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