‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 366 sur 597 · Bouquet, t. V, p · texte numérisé non relu

Bouquet, t. V, p

3. Id. ibid., p. 2. — Les Annales MettemeSy rédigées au x* siècle, rapportant le même événement, remplacent par Brennaais le Bemacits du continuateur de Frédegaire.

4. Les Grandes Chroniques de France,,. y publiées par M. Paulin Paris, édition in-S', 1. 1*% p. 201. — On aurait tort d'attacher une grande importance à cette traduction, surtout si Ton songe qu'ailleurs (tome 1*% p. 198) le rédacteur de ces chroniques a rendu par Breteuil le Britannicum qui, dans certains passages d'Aimoin, représente Brei^ nacum,

5. Description historique et géographique de la France, !'• partie, p. 19,

6. Le grand Dictionnaire géographique, historique et critique, édit. de 1739, v* Braine,

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l'opinion de Longiierue dans une dissertation spéciale, lue en 1748 à F Académie des inscriptions, et il proposa de reconnaître Brennactxs dans le village actuel de Bargny (Oise, arrondissement de Senlis, canton de Betz), nommé Bemegium^ Bey^inneium et Berigneium^ dans les titres latins postérieurs au ix*" siècle *. Mais la structure du nom de Bargny, dont la mouillure gn résulte évidemment d'une finale latine en niacuniy immédiatement précédée d'une voyelle, ne permet pas d'admettre qu'il soit dérivé de Brennacus ; la plupart des arguments du savant académicien sont, au reste, si peu solides, que sa conclusion n'a été acceptée par aucun des érudits qui s'élèvent contre l'attribution de Brennacus à BraineJ,

On ne peut citer parmi les historiens et les érudits de notre siècle qu'un seul homme qui ait proteste contre la traduction de Brennacus par Braine : nous voulons parler de M. Peigné-Dela- , court, qui publia en 1856 des recherches sur la position de divers lieux du Soissonnais. M. Peigné se fonde sur un passage d'Aimoin' qui, rapportant un fait emprunté par lui aux Gestaregum Francorum, désigne à tort Brennacus sous le nom de Brùannicuniy et il place la ville mérovingienne à Brétigny^ (Oise, arrondissement de Compiègne, canton de Noyon), à sept lieues au nord-ouest de Soissons. 11 n'est pas besoin de discuter l'argumentation de cet érudit fantaisiste qui n'a convaincu personne ; mais il ne nous semble pas inutile de répéter que la connaissemce des sources d'Aimoin ne permet nullement de faire fond sur la forme Britannicum.

Si feu Stanislas Prioux, dans une brochure publiée également en { 856 *, a combattu victorieusement les conclusions de l'abbé Lebeuf et de M. Peigné-Delacourt • en faveur de Bargny et de Brétigny, il n'a pas cependant établi aussi sûrement qu'il le

1. Le résumé de la disserlation de Lebeuf (Sur la position d'un ancien palais de nos ^ois de la première race) occupe les pages 100 à 110 du tome XXI de V Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres.

2- Ce texte d'Aimoin est relatif au concile de Brennacus (dom Bouquet, 1. 11, p. 86).

3. Becherches sur la position de Noviodunum Suessionum et de divei^s autres lieux ai SoissonnaiSy p. 45 à 51.

^' La villa Brennacum, étude historique, in-12 de 105 pages. Paris, Dumoulin; Soissons, Morel.

croit l'identité de Brennactis et de Braine. Le meilleur argument, le seul, peut-être, auquel cet auteur attribue une véritable importance, n'a pas toute la portée qu'il lui suppose. En effet, Prioux cherche à prouver, à Faide des Gesta regum Francorum et d'Aimôin, que BrennacuSy comme Braine, était situé entre Reims et Soissons* ; mais. Fauteur des Gesta se contente de dire que la reine Frédegonde réunit à Brennacus Farmée avec laquelle elle repoussa les Austrasiens qui, passant par la Champagne, avaient envahi le Soissonnais*. Quant au voisinage que Prioux suppose, un peu légèrement à notre avis, entre Brennacus et Truccia m pago StœssionicOy localité que les deux armées choisirent d'un commun accord pour le lieu du combat, il faudrait, avant d'en tirer parti, prouver, ce qui est difficile, l'identité de Truccia^ soit avec Droisy, soit avec Trucy, villages éloignés de Braine, celui-ci de 16, celui-là de 12 kilomètres'. Il nous semble que, même dans le cas où le récit des Gesia contiendrait tout ce que Prioux croit y voir, il ne faudrait s'en senir qu'avec une grande réserve, car certaines circonstances du combat — la ruse employée par Frédegonde pour dissimuler son armée sous l'apparence d'une forêt, par exemple — semblent être empruntées à quelque vieux poëme relatif aux événements de la fin du vi® siècle : on ne peut, du reste, accorder à l'historien

i. La villa Brennacum, p. 18 et suiv.

2. c Igitur Burgundiones et Austrasii, et superiores Franci, simul commoto grandi exercitu, valde per Campanias digressi, pago Sessaunico cum Gundobaldo et Wintrione, patriciis suis, vastantes ingrediuntur. Haec audiens Fredegundis, cum Laaderico et reliquis Francorum duribus, hostem congregal; et ad Brinnacum villam yeniens, multa dona et munera Francis donavit, eosque ad pugnandum contra inimicos eorum cobor* tans » (Gesta regum Francorum, cap. xxxvi.)

3. Valois (Notitia Galliarum, p. 564) rapporte les deux opinions; mais, de nos jourf, Alfred Jacobs {Géographie de Grégoire de Tours, de Frédegaire et de leurs coHlinuà' leurs, 2« édit., p. 232) s'est prononcé pour Droizy. Un érudit du siècle dernier, Gouje de Longuemare {Dissertation historique sur Vêlai du Soissonnois sous les enfans ii Clotaire premier, 1745, p. 149-150), cherche à idenlifier Truccia (le Truec des Grandes Chroniques de Saint-Denis) avec le village de Breuil-sur«>Vesle, entre Braisne et Reims^ qu'il nomme Brueil, et qu'il suppose à tort être le môme que Truec, localité mentionnée dans une charte de 1250. 11 est inutile de discuter des hypothèses aussi peu sensées, et c'est à peine si nous croyons devoir faire observer que le Truec du xiii* siècle ne doit pas iMre rapproché du Truccia mérovingien devenu Truec sous la plume du chroniqueur de Saint-Denis, ce lieu n'étant pas différent de Truel, hameau de la commune de Nanteoil' lez-Neauz (Seine-et-Marne).

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du viii* siècle, pour des détails topographîques se- rapportant aux guerres de Frédegonde, la même foi qu'à un chroniqueur entièrement contemporain.

Ainsi, malgré le plaidoyer de Prioux, la question est aussi peu résolue qu'au dernier siècle. 11 subsiste toujours contre Braine deux objections fournies, Tune par la philologie, Tautre par l'histoire, et dont il importe de bien faire ressortir toute l'importance.

Le nom Brennacus est incontestablement accentué sur la pénultième, comme les noms Avennacus, Camaracus^ DuacuSj Spar^ nacitSy Tumacus^, dont la finale, par suite de la vocalisation du Cj est devenue ai. Brennacus a donc dû donner en français un nom approchant de Brenat/y ou de Bemay^ si Ton tient compte de la variante Bemacus employée par le continuateur de Frédegaire, variante qui résulte de la métathèse de IV, fréquente dans les syllabes commençant par une labiale ou par une gutturale suivie immédiatement de cette consonne. La conjecture de Prioux, qui croit à l'existence simultanée des deux noms Brennacus et Braina^ pour désigner une même localité, ne mérite pas d'être discutée^.

La distinction de Braina et de Brennacus peut être prouvée par l'étude de divers textes dont les plus inodemes remontent au X* siècle. On sait que la villa Brennacus ou Bemacus était encore une villa publica en 754, et nous montrerons plus loin qu'elle fit partie du fisc jusqu'au règne de Charles le Chauve. Braina^ au contraire, était une propriété privée et appartenait, au commencement du vn* siècle, à un noble neustrien, Authaire, père de saint Ouen, qui occupa le siège épiscopal de Rouen de 640 à 683, et laissa la terre de Braine à son église : celle-ci la possédait encore au milieu du ix*" siècle, puisqu'à cette époque on transporta à Braine les corps de saint Victrice et de saint Yved, évêques de Rouen, afin de les soustraire aux fureurs des Normands ^, et les

i. Avenay, Cambrai, Douai. Épernay» Tournai, sont les formes actuelles de ces noms.

2. Suivant M. Prioux, le nom de Brennacum était employé par les auteurs qui se piquaient de pure latinité ; Brainay au contraire, aurait été en usage chez ceux qui, comme Flodoard, étaient en quelque sorte du pays. (La villa Brennacum, p. 18-19.)

3. Histoire de V Académie royale des inscftpHons et belles-lettres, t. XXI^ p. 107.

ouvrages historiques de Flodoard uous apprennent que cette église perdit la forteresse de Braina dans les guerres civiles qui signalèrent les règnes de Raoul et de Louis d'Outre-mer*. C'est en vain que, pour expliquer la possession de Brennacus par Pépin le Bref, Prioux suppose une donation de la villa royale à Authaire par Frédegonde ou par son fils Clotaire II ; puis, plus tard, une contestation des droits de l'église de Rouen* : ces hypothèses, non plus que celle d'une division de l'ancien domaine de Chilperic entre le roi et Téglise de Rouen, hypothèse également proposée par Prioux, ne satisferont aucune des personnes complètement désintéressées dans la question ; nous disons désintéressées, car Prioux, qui habitait Limé, à 2 kilomèti'cs de Braine, plaidait pro domo sua.

On est en droit de s'étonner qu'un texte précieux, concernant l'abandon de la villa royale de Bernacum à une église soissonnaise, n'ait pas été utilisé par les adversaires de Braine. Eu effet, l'historien Nithard , petit-fils de Charlemagne , rapporte que, en 841, à l'occasion de la dédicace de la nouvelle basilique de Saint-Médârd de Soissons, le roi Charles le Chauve ajouta aux biens de cette abbaye la villa quœ Bemacha dicitur^. Nous ne doutons pas de l'identité de la villa Bemacha^ ou plus exactement villa Bemacay avec la villa publica que le continuateur de Frédegaire désigne sous le nom de Bemacus^ parce que souvent les écrivains de l'époque carlovingienne considéraient les noms se terminant en ojcus ou en iacus comme des formes adjectives, et les mettaient en accord de genre avec la qualification villa. Au reste, Mabillon témoigne que la villa Bemacha de Nithard est appelée villa Bemiacus dans un diplôme de Charles le Chauve relatif au fait indiqué par l'historien*. On retrouve encore cette villa^ sous le nom semi-vulgaire Bemcium^ dans un acte de confirmation des biens de l'abbaye de Saint-Médard par le même

i. Flodoard, Histovia Remensis ecclesiae, 1. IV, c. xxiii. — AnnaleSy ann. 931 et 950.

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