Vaissete, Histoire générale de Languedoc, t. I, p
8. € Agrippinus, Gallus et cornes et civis, Aogidio comité viro insigni inimicus, ut Gothorum mereretur auxilla, Narbon.im tratlidit Tbeodorico. » {Idacii Chron.)
paraît n'avoir subi le joug qu'en Tan 471 , date vers laquelle Apollinaire, parent du célèbre Sidoine, quitta sa maison de Voroangu^y sur le territoire de cette cité, pour chercher un asile, contre la domination gothique, chez les Bourguignons*, auxiliaires des Romains.
En 463, Frédéric, frère et lieutenant de Théoderic, portait la guerre jusque dans la Touraine : il s'empara de Chinon que le comte Égidius tenta vainement de reprendre, mais Tannée suivante il fut vaincu et tué près d'Orléans^. La Novempopulanie était sans doute soumise en partie dès cette époque : la vallée de l'Adour, du moins, était occupée, en 471, par Euric, successeur de Théoderic, et ce prince y reçut alors le préfet des Gaules. Seronatus^, dont le pouvoir s'étendait encore sur toute la Première Aquitaine ou province de Bourges. Mais dès l'an 472 les cités du Gévaudan, d'Albi, de Rodez, de Cahors et de Limoges, le Velay peut-être aussi, tombèrent aux mains d'Euric*, et, par
1. Sidoine parle au moins deux fois du domaine de Voroangus {Epistolae, LI, ep. ix; Carmina, c. 24). Quant au séjour d'Apollinaire chez les Bourguignons, il en est question dans les Epistolae (1. V, ep. vi et vu; 1. VII, c. iv).
2. Chroniques d*Idacc et de Marins d'Avcnches. — Grégoire de Tours {Degloria confessonim, c. xxii) rappelle le siège de Chinon par Egidius.
3. C'est dans la lettre l*"* du second livre des Epistolae que Sidoine parle du voyage de Seronatus auprès du roi goth : c llediit ipse Catilina seculi noslri super Aturribus. > Les historiens, dom Vaissete entre autres {Hist. gén. de Languedoc, t. I, p. 207), disent^ d*après ce texte, qu'Ëuric reçut lu visite du préfet des Gaules à Aire : ce n'est pas rigoureusement exact, ^ar Aturres désigne évidemment les riverains de TAdour, et Aire se disait alors Atura. La différence n'est pas grande toutefois. En effet, l'Adour, qui prend sa source vers les confins des cités de Comminges et de Bigorre, arrose d'abord le territoire de cette dernière cité, puis ceux d'Aire, de Dax et de Labourd.
i. Une lettre écrite par Sidoine à l'évoque Basilius, vers cette date {Epistolae y l. VII, ep. v), indique nominalement le Gévaudan, Rodez et Limoges comme privés de pasteurs par suite de la persécution d'Euric contre les catholiques de ses États : c Burdcgala, Petrocorii, Ruteni, Lemovices, Gahalitani, Elusani, Vasates, Gonvenae, Auscenses, multoque jam major uumerus civitatum, summis sacerdotibus ipsorum morte truncatis, nec ullis deinceps episcopis in delunctorum oflicia suffectis, per quos utiquc minorum ordinum ministeria subrogabantur, latum spiritual is ruiuae limitem traxit. » Les autres cités désignées ici appartiennent, les unes à la Seconde Aquitaine (Bordeaux, Périgueux), les autres à la Novempopulanie (Eauze, Bazas, Comminges et Auch), et confirment ce que nous avons déjà dit au sujet de la soumission de ces deux provinces aux Goths. Quant à Albi et à Cahors, leur situation géographique ne permet pas de douter un instant qu'elles n'aient dû subir le joug d'Euric en même temps que le Gévaudan, le Rouergue et le Limousin; il n'en est pas de même du Velay, que Vaissete (ffû^ de Languedoc, 1. 1, p. 217) dit avoir été réduit à la même époque; ce dernier pays a pu échapper à la domination des Goths presque aussi longtemps que l'Auvergne. L'antériorité de la conquête du Berry, et peut-être aussi de la Touraine, sur la soumission de l'Auvergne résulte de la
conséquent, deux cités seulement de cette province, Bourges et Clermont, continuèrent à obéir aux Romains. Bientôt après, à la faveur des troubles qui suivirent l'assassinat de l'empereur Anthemius (472-473), Bourges, le Berry, et sans doute aussi la Touraine, furent occupés par les Goths. L'Auvergne, vaillamment défendue par Ecdicius et les auxiliaires de l'Empire, résista énergiquement, mais, malgré les efforts de Sidoine Apollinaire qui occupait alors le siège épiscopal de Clermont, cette contrée fut livrée aux Wisigoths par un traité conclu en 475 entre l'empereur Nepos et le roi Euric * : celui-ci eut enfin la satisfaction de voir ses Etats limités à l'ouest par l'Océan, au nord par la Loire, à l'est par ce même fleuve et par le Rhône, et au sud par la Méditerranée^.
Ce traité semble avoir arrêté pour un moment l'humeur conquérante d'Euric ; mais le roi goth se crut dégagé par la mort de l'empereur Nepos (480), car, passant alors le Rhône, il s'empara d'Arles et de Marseille^, battit les Bourguignons, dont une partie
lettre \^ àxi VU® livre des Epistolae de Sidoine, où ce prélat dit formellement que les Arvernes forment le seul obstacle qui s'oppose à la réalisation du désir ardent que les Goths avaient d'étendre leur domination depuis l'Océan jusqu'au Rhône et à la Loire : € Ruraor est Gothos in Romanum solum castra movisse : huic semper irruptioni nos niiseri Arverni janua sumus. Namque odiis inimicorum hinc peculiaria fomenta subrainistramus, quia, quod nccdum termines sues ah Oceano in Rhodanun) Ligeris alveo limitaverunt, solam, sub ope Christi, moram de nostra lantum obice patiuntur. »
1. Ce traité fut signé à la suite de longues négociations auxquelles le saint évéque de Pavie, Épiphanc, participa en qualité d'ambassadeur de l'empereur Nepos auprès d'Euric : c'est ce qu'établit Yaissete {Histoire gén. de Languedoc, t. I, p. 223), dont voici la conclusion : c Quoique dans le récit de l'ambassade de saint Ëpiphane, que nous avons tiré de sa Vie composée par Eunodius, son disciple et son successeur, on ne trouve pas les conditions de paix qui furent réglées entre Nepos et Euric, nous pouvons raisonnablement conjecturer; par la fin de la harangue de ce saint prélat à ce roi des Wisigoths, que l'empereur céda à ce prince, non-seulement toutes les nouvelles conquêtes que ce dernier avait faites et l'Auvergne, dont il n'avait pu se rendre maître, mais encore le domaine absolu sur tous ses États. Nous savons en effet que, durant les premières négociations, Nepos s'était relâché sur l'article de la cession de l'Auvergne, dont il offrait alors la libre possession aux Wisigoths. >
2. Ce but était celui auquel les Goths tendaient de tous leurs efforts depuis plusieurs années, et nous avons cité plus haut (note 4 de la page précédente) un passage d'une lettre de Sidoine qui l'établit. La lettre 1'° du livre 111 des Epistolae du môme auteur renferme cette autre allusion aux désirs de la nation dont Euric était alors le chef : cQuia, etsi illi vclerum Hnium limitibus effraclis, omni vel virtute vel mole possessionis turbidae, metas in lîhodanum Ligerimque proterminant »
3. c Intérim tamen ad eum ordincm, unde digressi sumus, redeamus, et quomodo Ëuricus, rex Vesegotharum, Romani regni vacillationem cernens, Arelatum et Massi-
de la Provence reconnaissait le pouvoir* , et plaça soussa domination le pays compris entre laDurance, la mer et les Alpes Maritimes : ces conquêtes furent ratifiées par le Hérule Odoacre- qui, en Italie, avait substitué son autorité à celle des empereurs. La mort d'Euric, arrivée en 484, coïncide avec Tapogée de la domination gothique en Gaule, car Alaric, fils et successeur d'Euric, dut se tenir des les premières années de son règne en garde contre les armes des Francs dont Téloile commençait à briller d'un vif éclat dans la Gaule Belgique, des Francs qui, bien qu'encore plongés dans les coutumes du paganisme, senïblaient dès lors l'espoir des populations catholiques gouvernées par les Bourguignons et les Goths, sectateurs d'Arius.
Les événements que nous venons de rapporter n'infirment en rien ce que nous avions appris de Grégoire; ils fortifient les indices qu'on pouvait tirer de cet auteur, le complètent et permettent certainement d'indiquer. sur une carte de la Gaule de la fin du v" siècle les limites du royaume wisîgoth. Cependant il ne serait pas raisonnable de tenter ce travail sans s'aider à\iu précieux document qui fait connaître les noms et les sièges de la plupart des évèques gaulois soumis a la domination gothique en 506, c'est-à-dire dans l'année qui précéda son effondrement : nous avon§ nommé le concile d'Agde, qui renferme les souscriptions de vingt-quatre évèques et de dix prêtres ou diacres remplaçant les évèques absents^.
liaui propriae subdidit ditioni. » {De rebm GelidSy c. XLVii.)^ Cf. Vaisscte, Hisl. gén. de Languedoc, t. I, p. 229-230.
1. Sidon. ApolK, Epistolae, 1. VIII, c. w. — Jordanèsi De rebm Geiicis, c. xlvii.
2. Procope (apud Bouquet, t. H, p. 31) dit en elfet que les Wisigolhs obtinrent d'OJoacrc tout le pays jusqu'aux Alpes, qui, dit-il, sépare la Gaule de la Ligurie.
3. < Synodus habita in civitale Agathensi, sub die ni idus septembres, Messah V. G. consule, id est anno Ghristi DVl, Alaiici Gothorum in Gallia régis xxii, Symmachi papae viii, cui interfuerunt cpiscopi triginta quinque. >
c Ego Caesarius, in Ghristi nomine episcopus Arelatcnsis, }\ï\iai id quod universis
sanctis cocpiscopis meis, qui raecum subscripserunt, plaeuit, statuta patrum secutus, his definitionibus subscripsi. Not. sub die m idus septembris, Messala viro clarissinno codsuIo, anno xxii regni donini nostri Alarici régis. — Gyprianus, episcopus de Burdegala niolropoli, s. — Glarus, episcopus de civitatc Elusa nietropoli, s. — Tetradius, episcopus de BiiuricameivopoïiyS. — Heraclianus, episcopus To/osa/me civitatis, s. — Sophronius, in Ghristi nomine episcopus civitatis Agathensis, s. — Sedatus, in nomine divini Xemausensis episcopus, s. — Quintianus, episcopus Rutcnae civitatis, s. — Sa])inus, episcopus Albigensis civilatis, s. — Boetius, episcopus de CadurciSy s. — Gratianus, episcopus de
Le concile d'Agde prouve que le royaume d'Alaric s'étendait sur huit des provinces romaines de la Gaule, à savoir, les Deux Aquitaines, la Novempopulanie et la Première Narbonnaise, la Troisième Lyonnaise, la Viennoise, la Seconde Narbonnaise et les Alpes JMaritimes : les quatre premières de ces divisions étaient entièrement soumises aux Goths.
La Première Aquitaine, qui comptait huit sièges épiscopaux, est représentée au concile d'Agde par sept de ses évoques : c'étaient ceux de Bourges, d'Auvergne, de Rodez, d'Albi, de Cahors, de Limoges* et de Gévaudan. L'évêque de Velay n'y figure pas, mais on a lieu de croire que ce diocèse fut soumis aux Goths dès 475 ^ et tout, du reste, concourt à prouver qu'il ne fît jamais partie du royaume bourguignon dont il était voisin.
Les évêques de Bordeaux et de Périgueux sont les seuls prélats de la Seconde Aquitaine qui figurassent au concile d'Agde. La province comprenait en outre les cités d'Agen, d'Angoulême, de Saintes et de Poitiers ; mais ou se rappelle que Grégoire luimême constate la possession d'Angoulême et de Poitiers par les
AquiSj s. — Nicetius, propitio Deo episcopus de AmciiSy s. — Suavis, episcopus de ConveniSf s. — Galactorius, episcopus de Benarno, s. — Gratus, episcopus de civitate OloronCy s. — Vigilius, episcopuâ de civitate Lactorensiy s. — Malernus, in Christi Domine episcopus LutevensiSy s. — Petrus, episcopus de PalaliOy s. — Glycerius, in Christi nomine episcopus Consoranicae civitatis, s. — Chronopius, episcopus de civitate Petrocorica, s. — Probatius, in Christi nomine episcopus de Ucetia, s. — Agraecius, in Christi nomine episcopus de Antipoliy s. — Marcellus, episcopus de SanetiOf s. — Pentadius, episcopus de Dinia, s. — Avilius, presbyter missus a domino mco Caprario episcopo Narbonensif s. — Joannes, presbyter missus a domino meo Victorino episcopo de civitate Forojuli, s. — Ingenuus, presbyter missus a domino meo Apro episcopo Bigorriianae civitatis, s. — Paulinus, in Dei nomine presbyter missus a domino meo Eufirasio episcopo civitatis Arvernaey s. — Pompeius, presbyter missus a domino meo Juliano episcopo de Avennica civitate, s. — Polemius, presbyter missus a domino meo Sextilio episcopo de Vasatis civitatis, s. — Petrus, presbyter missus a domino meo Marcello episcopo de civitate Vicôjuliy s. — Firminus, presbyter missus a domino meo Pappolo episcopo, s. — Optimus, diaconus missus a domino meo Leonico episcopo Gûbalum civitatis, s. — Léo, diaconus missus a domino meo Vero episcopo Turonicae civitatis, subscripsi. »
11 n'est pas inutile de relever une légère discordance entre le chiffre donné par le titrj du concile (35 évêques) et les souscriptions que nous venons de reproduire, et qui sont senlement au nombre de 34. Notons aussi que le siège d'un des derniers prélats, Pappolus, n'e^ pas indiqué par. les manuscrits.
1. L'évêque de Limoges, de Tavis des savants les plus rccommandables (Gallia chriati(ina,t. II, col. 501), ne serait autre que ce Pierre qui, dans les souscriptions au concile d'Agde, se qualiGe c évéque du Palais » {episcopus de Palatio),
i. Voyez, plus haut, page i4, note 4.
Goths jusqu'en 507. D'autre part, la situation d'Agen, dont le territoire était enclavé entre ceux de six villes (Périgueux, Cahors, Lectoure, Auch, Eauze et Bazas), représentées au concile d'Agde, et celle de Saintes, limitrophe des cités de Bordeaux, Périgueux, Angoulême et Poitiers, ne permettent pas de douter que ces deux villes épiscopales n'aient eu le même sort.
Les douze cités de la Novempopulanie sont représentées par leurs évêques, à l'exception de la civitas Boatium, sur la situation de laquelle les savants n'ont pu réussir à se mettre d'accord, les uns la plaçant à la Teste-de-Buch, les autres à Bayonne.
La Première Narbonnaise comptait alors sept évêcliés établis à Narbonne, Toulouse, Agde,Béziers, Nîmes, Lodève, déjà chefslieux de cité à l'époque romaine, et au castrum Uceciense. Béziers est la seule de ces villes dont le prélat n'assista pas au concile de 506 ; mais, eu égard à la proximité du lieu où se réunit le synode, on doit supposer que la vacance du siège épiscopal a pu seule empêcher cette cité d'être représentée au concile.
En dehors de ces quatre provinces, le pays renfermé entre rOcéan, la Loire, le Rhône, la Méditerranée et les Pyrénées comptait deux villes épiscopales, Tours et Viviers. La première de ces villes, métropole de la Troisième Lyonnaise, était soumise aux Goths, comme le prouve le concile d'Agde, d'accord avec les traditions de l'église tourangelle rapportées par Grégoire ; quant à la seconde. Viviers, si elle obéissait, en 517, ainsi que la plus grande partie de la province Viennoise, aux Bourguignons*, une inscription funéraire nous apprend cependant qu'à la date de 496, elle était encore soumise aux Wisigoths *, qui la possédèrent sans doute jusqu'à la mort d'Alaric.
Dans le pays situé entre le Rhône et les Alpes, pays qni, on le sait, avait été conquis en partie par Euric, le concile d' Agde nous fait connaître les évêques sujets des Wisigoths : c'étaient les évêques d'Avignon, d'Arles, de Digne, de Senez, de Fréjus et d'Antibes. L'énoncé de ces noms suffit à prouver que d'autres cités
\. Ce fait résulte de la présence de Venanti us, episcopus civitatis Albensium, au concile bourguignon d'Ëpaone.
^. Voici le texte de cette inscription, découverte à Viviers même et datée de la dou-
de la Provence devaient aussi appartenir à Alarie. En effet, si les cités de Digne, de Senez, de Fréjus et d'Antibes confinent Tune à Fautre, elles sont séparées des cités d'Arles et d'Avignon, conséquemment du corps du royaume, par le diocèse d'Aix, c'està-dire par une bande de territoire de quinze lieues de large. Aix devait donc obéir aux Goths en 506, car on ne peut admettre l'existence d'une enclave wisigothique aux environs des Alpes, et dans cette hypothèse il faut aussi accorder aux Wisigoths la cité de Marseille que Jordanès nous dit avoir été conquise par Euric vers 480* et qui faisait cependant partie du royaume bourguignon en 499. Il serait donc prouvé qu'un certain nombre des prélats de cette région fut empêché d'assister au concile d'Agde par des causes qu'il nous est impossible de déterminer, et il faut dès lors chercher à fixer la limite de l'Etat wisigoth dans l'ancienne Province Romaine à l'aide des documents relatifs à l'Etat bourguignon.
Vers cette même époque, ou, pour parler plus exactement, en 517, les cités extrêmes du royaume bourguignon étaient, au midi, Avignon, Cavaillon, Apt, Sisteron, Gap et Embrun ; ce sont du moins les plus méridionales des cités dont les évêques assistérent au concile d'Epaone. Les territoires de ces villes confinaient aux diocèses d'Arles, d'Aix, de Riez, de Digne, de Senez, de Glandève et de Nice, qui tous devaient faire partie du royaume wisigothique si, comme l'exige le concile d'Agde, l'on veut relier au corps de cet Etat les cités de Digne et de Senez. On pourrait être porté de la sorte à considérer la Durance comme servant de
zicme année du règne d'Alaric l\ ; elle a été publiée par M. Le Blant {Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. H, p. 206) :
HIC REQVIIS CET IN PACE I AC D OMNO LYS QVI VI XIT ANN VS XXXVI II ET D B E S III O B 1 1 T III K JAAIAS XII RÊG D O M NI ALARICI