Voyez plus haul, page 45, note
limite aux deux nations, en reculant cependant la limite des Bourguignons, vers Gap et Embrun, jusqu'aux montagnes qui séparent les territoires de ces villes des territoires wisigoths de Digne, de Senez, de Glandève et de Nice ; mais il subsiste une difficulté, l'attribution du diocèse d'Avignon aux Goths par le concile d'Epaone (506) et aux Bourguignons par le concile d'Agde(517).
Avignon, on le sait par Grégoire, obéissait certainement encore en 500 à Gondebaud, qui s'y défendit contre Clovis* : il faudrait donc admettre que, peu de temps après la guerre contre les Francs, les Bourguignons auraient eu à soutenir contre les Goths une nouvelle guerre dont les chroniqueurs et les historiens ne nous ont rien appris, bien que ses conséquences eussent été très-graves et très-défavorables aux Bourguignons en raison de la perte d'Avignon, situé en deçà du Rhône et de la Durance. En effet, comme l'a dit un écrivain moderne, cette perte « ouvrait aux invasions de l'ennemi toute la gauche du Rhône jusqu'à la Drôme et F Isère ^» . Cependant ce désastre n'aurait pas tellemeut affaibli les Bourguignons qu'ils n'aient pu reprendre Avignon, non pas sur Alaric, ce prince ayant trouvé la mort à Veuille en 507, mais sur le grand Théoderic^, qui, après ce désastre, gouverna les débris de l'empire wisigothique comme tuteur de son petit-fils Amalaric. Il est vrai que, pour simplifier la question, on a nié la présence de l'évêque d'Avignon au concile d'Epaone en remplaçant Avennicae par Aventicae dans la souscription de Peladius^ preshytei^ représentant de Salutaris, episcopus civitatis Ave?micae, sur la foi d'une correction évidemment fautive*, qui a induit les auteurs
i. Historia Francoruriiy L 11, c« xxxii.
2. Rogcl de Belloguet, Questions bourguignonnes (l. I, p. 17i) de la seconde édition de Courlcpée {Description générale et particulière du duché de Bourgogne),
3. n est incontestable cependant qu'Avignon obéissait en 508 au roi d'Italie, qui y avait envoyé comme gouverneur l'un de ses officiers, nommé Wandil (Cassiodore, Variae* 1. ni, ep. xxxviii; cité par Roget de Belloguet, Carte du premier royaume de Bour^ gogne, p. 20) ; mais les Oslrogolhs étant alors en lutte ouverte avec les Bourguignons, alliés des Francs, Toccupalion d'Avignon par les sujets de Tbéoderic a bien pu n*étre qu'un accident momentané, comme l*occupation de Narbonne par les Francs durant cette même année.
i. Cette correction, qu'indiquent Labbe et Cossart (Sacrosancta Concilia y t. p. 1582), est certainement erronée, en raison même de sa forme. Effectivement, le nom d'Avenches est en latin AventicuSj comme le prouve le texte de la Notice des cités :
LES WISKÎOTIIS AVANT 507. 51
de la Gallia christiana à rayer Salutaris du nombre dos évoques d'Avignon. Mais il n*était pas besoin de recourir à des hypothèses sur les guerres bourguignonnes, ni à une substitution de nom, pour expliquer la présence de révoque d'Avignon, soit au concile d'Agde, soit au concile d'Epaone. Ainsi qu'on Ta remarqué, la Durance était un rempart pour les Bourguignons, mais elle devait
être également considérée comme une ligne défensive pour la
domination des Wisigoths en Provence : un moment, vers 499, les Bourguignons s'étaient étendus au sud de cette rivière en occupant Arles et Marseille, précédemment soumises aux Goths; mais ces villes n'avaient pas tardé à retourner à leurs anciens maîtres que le concile d'Agde (506) nous montre en possession du pays situé sur la rive gauche de la Durance*. Or le territoire de la cité d'Avignon s'étendait sur Tune et l'autre rive de ce cours d'eau, de sorte queTévêque, tout en résidant au chef-lieu de la cité, à droite de la Durance, n'en devait pas moins l'obéissance au roi Alaric. II suffit de jeter un coup d'œil sur la carte des anciennes cités de la Gaule, pour s'assurer que cette explication offre une certaine vraisemblance.
Possessions des Wisigoths en Gaule après l'an 507^. -r- La bataille de Vouillé et la mort d' Alaric avaient mis la nation wisigothique dans le plus grand péril qu'elle eût jamais couru. Alaric
Civitas ElvUiorum, Aveniicus; et, par conséquent, la souscription de Peladius devrait porter : t episcopi cisiUxiis Aventici > ou c Aventicensis » ; elle ne serait pas dillcrcnlc si î'on admettait comme nominatif du nom latin dWvenches le neutre Aventiciim. Par ontre, la, forme Avennicae est ici très-régulière pour la forme géuitive d'un adjectif dérivé du nom Avenio (Avignon), car elle est d*uiH3 formation complètement analogue i\ celle d'adjcclifs de noms imparisyllalies en o ou en io, qui figurent dans la môme suite de noms : nous voulons parler des formes gémihes SegeslericaefArausicae et Cabellicae, qui dérivent de Segestero, Arausio et CabeUio, Ajoutons cependant que Grégoire luimôme a écrit civitas Acentica (Vitac Patrum, c. i, § 1), mais c'est là une fantaisie de littérateur qui consiste à accorder le nom propre avec le nom coi^imuu qui l'accompagne, fantaisie qu'on remarque en plusieurs autres passages de Grégoire, notamment lorsqu'il parle de Vinmla Vindunilta pour Tile de Vindunittumy et qui ne nous parait pas avoir pu être introduite dans les souscriptions du concile d'Epaonc.
1. La récupération de cette contrée par les Goths pourrait bien être le résultat d'une diversion opérée par les Wisigoths en faveur des Francs durant la lutte entre Clovis et Gondebaud (500).
2, Procopc, De bcllo gothico, 1. I, c. xti. ^ hiduri Hispalensis Histotia Gothomm (apud Bouquet, 1. 11, p. 702).
ne laissait qu'un seul fils légitime, né de son mariage avec Théodegothe, fils du grand Théoderic, roi des Goths d'Italie; mais ce prince, encore en bas âge, fut exclu de la couronne, et un fils naturel du roi défun^ Gésalic, fut élu roi à Narbonne.
Le nouveau souterain, cependant, n'était pas de taille à surmonter les dangers qui menaçaient la domination gothique en Gaule. L'armée victorieuse des Francs subjugua le pays jusqu'aux Pyrénées* ;Clovis lui-même s'empara de la capitale du royaume wisigoth, c'est-à-dire de Toulouse, et des trésors d'Alaric. Pendant ce temps, Théoderic, l'aîné des fils du conquérant franc, avait traversé triomphalement le Quercy, le Rouergue, l'Albigeois et l'Auvergne, soumettant à la puissance des Francs tout le pays jusqu'aux frontières des Bourguignons*. Les Goths n'occupaient plus alors dans la Gaule que la Narbonnaise Première, Toulouse exceptée, et la partie de la Provence située au sud delaDurance.
Cette dernière contrée confinait au royaume de Bourgogne dont la Provence marseillaise avait même dépendu quelques années auparavant. Les Bourguignons virent sans doute alors dans l'alliance franque une occasion d'étendre définitivement cette fois leur domination jusqu'à la Méditerranée, et leur roi, Gondebaud, vint assiéger Gésalic dans Narbonne. Le prince wisigoth ne tarda pas à abandonner la place, qui fut pillée par les Bourguignons; mais lorsque Gondebaud, fier de son succès, revint avec ses alliés pour tenter le passage du Rhône et s'emparer de la ville d'Arles, les Franco-Bourguignons éprouvèrent un sérieux échec dans l'attaque du pont que défendaient les Ostrogoths commandés par le duc Ibbas^.
L'intervention des Ostrogoths était causée, semble-t-il, par une sorte d'alliance que Gésalic venait de conclure avec Clovis lui-
i. L'auteur de VHistoria Francorum epitomaia a commis une légère erreur eu disant que Clovis occupa tout le royaume d'Alaric jusqu'à la mer Tyrrhénicnne ou Méditerranée : € Regnum ejus [Alarici] a mare Tyrrheno, Ligere lluvio et montibus Pyrenaeis usque Oceanum mare, a Chlodoveo occupatum est (c. xxv). >