‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 509 sur 597 · Histoire générale de LanguedoCy t. I*', p · texte numérisé non relu

Histoire générale de LanguedoCy t. I*', p

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et Mandajors*, au xix® par Gaujal * et Jacobs ^; en revanche, elle a été combattue avec esprit par M. Quicherat, suivant lequel «un évêque, si frugal qu'on le suppose, n'aurait certainement pas trouvé sa subsistance dans le Larzac » , et qui oppose en outre à ridentifîcation proposée le nom même de cette région, dans lequel le / initial n'est certainement pas le résultat d'une prosthèse de l'article*.

Dom Vaissete et Mandajors ne restreignent pas, à la vérité, l'évêché à'Ainsitiim au seul pays de Larzac ; ils y rattachent aussi la portion de l'ancien diocèse de Nîmes qui avoisine le Larzac et le Rouergue, c'est-à-dire la baronnie d'Hierle que les actes du xni*' siècle nomment terra Erisdii^ et que plusieurs érudits contemporains, notamment M. Quicheratj identifient avec le diocèse à! Arisitum^ . Le savant directeur de TEcole des Chartes a même cru établir celte identité en présentant des textes topographiques du IX* et du XI* siècle, qui, selon lui, concernent à la fois Arisi-tense et la baronnie d'Hierle ^ ; mais, à notre avis, il n'existe aucun lien entre le nom Ainsitum^ où l'accent tonique n'a pu être reporté au delà du premier 2, et le nom Erisdium (Hierle), forme bai'bare d'un nom accentué sur la première voyelle.

C'est en combinant le fait de la contiguïté du diocèse de Rodez et de celui à! Arisiturriy indiqué par Grégoire de Tours, avec la circonstance du voisinage à'Arisitum à l'égard d'Uzès, signalée

1. Recherches sur Vévêché d'Arisidium ou Arcsetuniy p. 336-343 du tome V de VHistoire de V Académie des inscriptions et belles-lettres^ — Mandajors dit, et Gaujal répète d'après lui, que la commanderie de Sainte-Eulalie de Larzac (Aveyron) est appelée, au xii* siècle, Sanctae Eulaliae Arisitensisj mais nous doutons quelque peu de Texactitude de cette assertion, dont aucun érudit, au reste, ne s'est chargé d'apporter la preuve.

2. De Vévêché d'Amitum érigé en Rouergue au vi« siècle de Vère chrétienne, au tome ni, p. 22i a 259 des Études historiques sur le Rouergue.

3. Géographie de Grégoire de Tours et de Frédegaire, p. 97-100.

4. Quicherat, De la formation française des noms de lieu, p. 91-94. — M. Quicherat rappelle, d'après Lelewel, que le nom Arisitum figure sur des monnaies mérovingiennes.

5. Cette opinion a été suivie par M. Germer-Durand {Dictionnaire topographique du département du Gard, p. H), qui place Arisitum au Vigan, dont l'appellation moderne serait toutefois une forme apocopée d'AViCANTVM, nom qu'on lit sur une inscription de l'époque romaine où, selon M. Durand, il désigne cette petite ville.

6. In Arissience, 889. — In vicaria que dicitur Arisico, 895. — In Ariceatritense, 1009. — De Arisdo, xiV siècle.

par la Généalogie carolingienne, que Maudajors a pu dire que Févêché à'Ainsitum s'étendait sur tout le diocèse d'Alais, qui, démembré en 1694 du diocèse de Nîmes, formait en effet une sorte de trait d'union entre le diocèse de Rodez et celui d'Uzès. On n'a cependeinl pas songé à proposer l'identification d^Aynsitum avec Alais, le lieu le plus important de la contrée au moyen âge féodal, avec Alais dont le nom n'est pas très-éloigné de celui du siège épiscopal de Deuterius, de Monderic et d'Emmon.

Effectivement, le nom Arisitum^ accentué sur l'antépénultième, devait tout naturellement produire Arest^j et il a pu devenir Alest^ en vertu du changement en / du r placé entre deux voyelles, changement dont le français nous offre quelques exemples dans des provincialismes ou formes vulgaires, telles que alondre pour aroncle (hifnindmem), colidor pour corridor y ou même dans le nom de lieu Aîigely^ en latin Aîigeriacum^. Alest est d'ailleurs, au moins jusqu'à la fin du moyen âge, la seule forme vulgaire du nom d'Alais^ que Guillaume Guiart paraît même désigner au début du xiv° siècle sous le nom de VArest^ pourAr^6^/*.

\. LH accentué d'Ami'/um, étant alors en position romane, a dû devenir e^ et Ton doit peut-être voir une trace de celte transformation dans Tadjectif Aresetensis employé par Flodoard (Historia Remensis ecclesiae, 1. Il, c. v).

2. Les exemples du changement en ^ du r placé entre deux voyelles, cités par Diez (Grammaire des langues romaneSy traduction Paris, t. T^', p. 20G-207), sont presque tous produits par dissimilation, ce qui n*est pas le cas à'Arisiium = Âlais; on trouve cependant l'espagnol Catalina pour Caiharina, Le phénomène contraire, le passage du l en r, paraît assez fréquent en italien, en espagnol et en provençal {ibid.y 1. 1", p. 188). — Citons, comme exemple de confusion entre le / et le r, lorsqu'une de ces deux lettres se trouve entre deux voyelles, les noms du promontoire de la Garoupe, prèsd'Antibes, dont le nom latin est caput Galupe (d'Anville, Notice sur l'ancienne Gaule, p. AlOj, et le nom d'une rivière du Viennois, la Varèze, que Cassini appelle Valèze.

3. Germer-Durand, Dictionnaire topographique du département du Gard, p. 3. — La seule forme latine' du nom Alais, donnée par les documents locaux, est Alcstum, qu'on ne trouve pas, du reste, avant H 20.

à. Guiart, rappelant, dans la Branche des royaux lignages, les campagnes du roi Louis Vin dans le Midi, s'exprime ainsi :

Et prit la cité d'Avingnon, ,

Bediers, qui est près de Nerbonne, Larcst, Luncl et Quarquasonne, Par grant efforcement de guerre.

(Recueil des historiens de France, t. XXII, p. 177.)

Or, on ne voit pas à quoi peut se rapporter la mention de Larest ou VArestf si ce n'est à Alais, dont le seigneur se soumit en effet, à cette époque, à Louis VIU. (Vaissette^ Histoire générale de Languedoc, 1. UI, p. 353.)

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Nous devons cependant aller au-devant d'une objection qui, autrement, serait bientôt faite à l'identification que nous proposons. C'est à Alais qu'on attribue un trions mérovingien portant, dit-on, la légende ALESTO*, avec le nom du monétaire Rimoald, RIMOALDVS M, au revers, et, si cette monnaie appartient réellement à Alais, notre conjecture au sujet à'A?^isitum tombera d'elle-même. Or, cette monnaie n'existe pas, ou du moins on la connaît seulement par un dessin des premières années du xvu® siècle, gravé dans un ouvrage de Paul Petau^, d'où Cartier a tiré le nom Alesto pour le faire entrer dans son Catalogue des légendes des mon?iaiesmérovingien?ies^; encore le dessin de Petau ne permet-il que de lire A-^LESTO FIT, ou plutôt +LESTO FIT A. Notre savant confrère, M. A. de Barthélémy, qui a bien voulu se livrer à la recherche de ce trions, a retrouvé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale l'exemplaire même qui a servi à la gravure du xvn** siècle, et il a constaté que c'était simplement une variété d'un tiers de sou bien connue, frappé par le monétaire Rimoald et portant le nom de Maastricht, TRIECTO FIT: le A qui, dans le dessin de Petau, précède la + résulte d'une interprétation fautive de la fibule qui ferme le vêtement royal ; la + elle-même n'est autre qu'un T ; la boucle du R a disparu, ne laissant qu'une sorte de L ; Tl n'a pas été rendu à la frappe; enfin le G a été mal lu. Aussi n'hésitons-nous nullement à attribuer le nom Arisitum à la ville d' Alais, et à supposer que le territoire à' Arisitum qui, avant 532, faisait probablement partie de la civita^ Nemausensium^ aura été uni au diocèse de Nîmes, en suite de l'annexion de la Septimanic à l'empire franc, au temps de Pépin le Bref.

i. Germer-Durand, Dictionnaire iopographique du département du Gard, p. 3. — Cette altribulion avait été d'abord proposée par M. Quicheral {Delà formation française des noms de lieUy p. 89).

2. Patdi Petavii antiquariae supeUectilis portiuncula, necnon ejusdem veterum nummorum rNUPICMA. Paris, 1610, in-4^

3. Revue numismatique, année 1840, p. 237, n'> 715 du catalogue.

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