Ibid., 1. in, c. vu
L Vitae Patrum, c. i, § 1 .
bourguignonne des renseignements aussi circonstanciés que sur les conquêtes des Wisigoths. On sait cependant que rétablissement des Bourguignons dans le pays auquel ils donnèrent leur nom fut assez tardif. Ils demeuraient dans le voisinage du Rhin au commencement du v*" siècle, et Renatus Frigeridus les désigne avec les Francs, les AJemans et les Alains au nombre des soutiens de Jovin, qui en 41 1 avait pris la pourpre à Mayence*. C'était sans doute déjà un peuple redoutable, car, malgré la chute de Jovin, ils prirent possession, en 41 3, de certaines parties du pays arrosé par le Rhin ^. Telle est certainement Forigine de TEtat bourguignon dont le souvenir fut conservé par les poèmes chevaleresques du cycle des Niebelungen, c'est-à-dire du royaume gouverné par Gunther(le Gundicarius des chroniqueurs), qui, au dire des poètes allemands, résidait à Worms, sur le Rhin (ze Wormze bi dem Ryné) ^, et comptait parmi ses vassaux Ortwin de Metz, Mais cet Etat ne dura guère, car la nation bourguignonne fut presque complètement détruite par les Huns en 435 ou 436, après avoir soutenu une guerre désastreuse contre le général romain Aetius*. La ruine des Bourguignons, dont le récit traditionnel termine le poerae des Niebelungên, fit abandonner par les survivants de ce peuple la vallée du Rhin, et en 443 « leurs restes » [relîquia Burgundionum)^ c'est ainsi que les désigne la Chronique de Prosper Tyro, s'établissaient dans la Savoie {Sapaudia)^ que les Romains leur donnèrent pour la partager avec les habitants^.
11 importe maintenant de préciser ce qu'était au v*^ siècle la
i. € Ex ultcriori Gallia nunlii veniunl, Jovinum adsumsisse ornatus rcgios, et cum IJurgundionibus, Alamannis, Francis, ALinis, omnique exercilu imminere.obsidenlibus. » (Greg. Tur., Historia Francomm, 1. H, c. ix.)
2. f Lucio V. C. consule (il3)... Burgundiones parlem GaJliae propinquam Uheno oblinucrunt. > (Prosperi Aquit. Chronicon.)
3. NiebelungcHy vers 21 . — Certains énidits modernes prétendent Irouvei* la tradition de Toccupation bourguignonne dans les noms de localités de Worms ou des environs qui rappellent le souvenir de Gunlher, de Sifrit et de Kriemhili (Rogel de Belloguet, Questions bourguignonnes y p. 12.i); mais il est à peine utile de protester auprès de nos lecteurs contre celte allégation, car chacun d'eux verra dans les vocables signalés à leur attention des désignations entièrement dues à la popularité de l'épopée des Niebelungên.-
k. Idace, Prosper Tyro.
5i Voyez plus haut, page G5, note 5.
LES HOURGUIGNONS. 69
Sapaudia^ noyau de FEtat bourguignon dont la fin du règne de GondeLaud marque Tapogée. Ou ne comprenait pas alors sous ce vocable les contrées qui formaient au moyen âge les diocèses de Tarentaise et de Maurienne, car les textes du ix*" siècle distinguent parfaitement \n.Morie7inaei la Tarentasia delà Sabota^ ; quelques mots d'Ammien Marcellin (iv® siècle) permettent en outre d'affirmer que le pays arrosé par le Rhône après sa sortie du Léman faisait partie de la Savoie ^. On doit donc considérer la civitas Genavenshim comme représentant assez exactement le pays cédé aux Bourguignons en 443, et cette identité est corroborée par la résidence, à Genève, de Chilpcric, Tun des deux premiers rois bourguignons^. Il importe aussi de remarquer que, malgré les paroles de Tyro, les Bourguignons ne paraissent avoir reçu qu'une partie du pays alors désigné sous le nom de Savoie ; en effet, ce pays comprenait, au commencement du v"^ siècle, la ville dTverdun*(J?^r^rfw;?wm), dans la cité d'Avenches, et nous avons constaté plus haut, à Taide de la Vie de saint Lupîcin, que la civitas Aventicae était encore, quelque temps plus tard, soumise aux Alemans.
Vingt ans suffirent à peine aux Bourguignons pour réparer le désastre essuyé par leur nation en 436 et pour leur permettre de reprendre une part active aux affaires de TEmpire romain. En 456, sous la conduite de leurs rois, Gondioc et Chilperic V\ ils accompagnèrent les Wisigoths et Théoderic H dans une expé-
1. c Sahoiam, Moriennam, Tarentasiam, montem Cinisium, valleni Segusianam... » (Trailé du partage de Tempire franc en 80G, apud Bouquet, t. V, p. 772.)