‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 81 sur 597 · Voyez plus haut, pages 03 et · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, pages 03 et

î». Perlz, LegeSy t. I, p. ^259.

nOYAUME DE THÉODERIC, DE THÉODEDERT ET DE THÉODERAI.D. iOI

Thierry, abbé du Mont-d'Or, nous apprend, par exemple, que le fils aîné de Clovis possédait Reims *, et Ton a cru trouver, dans la Vie do saint Phal, la preuve que Troyes lui obéissait également*. La Vie de saint Jean de Réomé montre que l'autorité de ce prince était reconnue dans le Tonnerrois, c'est-à-dire dans la partie la plus occidentale de la mvV^r^ de Langres ^, et une autre partie de cette même cité, le Lassois, aurait été comprise. dans les États de Théodebert, au dire du biographe de saint Valentin *. La Vie de saint Germain de Paris, écrite par Fortunat^, ne laisse aucun doute sur la soumission de Chalon-sur-Saône, et même

i. Vita sancti Tkeodenci, abbaiis Remensis, c. \i (apud Mabillon, Acta SS. ord, s, B.y t. I, p. G8). Le roi Théoderic donna au saint abbé les domaines de Vendières et de Jouy, au pays de Reims [ihid., c. xii; cf. Fiodoard, Historia Remensis eccîesiae, I. [, c. xxiv).

â. Saint Phal, qui était né en Auvergne, fut emmené prisonnier par l'armée de Théoderic à la suite de la révolte fomentée par Arcadius vers 530, puis racheté par saint Avenlin, solitaire des environs de Troyes {Vita sancti Fidoliy c. v, apud Mabillon, saec. I, p. 197). La Vie de saint Phal, que nous citons ici, attribue l'expédition d'Auvergne à Théoderic H, petit-Gls de Brunehaut; mais la mention de Camelianus, successeur immédiat de saint Loup sur le siège épiscopal de Troyes, connu d'ailleurs par sa participation au concile d'Orléans de 511, a permis à Adrien de Valois de corriger celte erreur.

3. Le religieux de Réomé, auteur de la Vie de saint Jean dont il avait été le contemporain, se sert des régnes de Théoderic et deThéodebert pour indiquer le temps jusqu'auquel se prolonge la vie de son héros, ce qu'il n'eût certainement pas fait si le pays qu'il habitait n'avait pas été soumis au royaume d'Austrasie : c Sicque usque in tempera Theoderici régis, qui filius exstitit praefati Chlodovei, ctfilii ejus Theodoberti perduravit. » (Vita sancti Johannis abbaiis Reomaensis, c. ii; apud Mabillon, saec. I, p. 633.)

4. Saint Valentin, né dans le Lassois : < in I^ticensi suburbano Lingonensium oriundus fuit >, fut chargé dans sa jeunesse de la direction de la maison du roi Théodebert : c Per idem tempus Thcodebertus rex, una cum fratribus, Francorum regnum potenter regcbat : sub quo palatinam militiam praedictus vir, in adolescentia, pro dignitate parentum,administravit. s {Vita sancti Valentiniy c. i, apud Bolland., t. 11 julii, p. 41.) Plus tard, Valentin, ayant embrassé l'état ecclésiastique, reçut de son ancien souverain les marques d'une sincère vénération, et, lorsque, après sa mort, il fut question d'élever une basilique sur sa sépulture, le roi Théodebert envoya à l'évéque de Langres une somme de cinquante sous d'or pour aider aux frais de l'entreprise {ibid., c. vu). On a relevé, dans la phrase de la Vie de saint Valentin que nous venons de reproduire, l'erreur commise par l'hagiographe, qui fait de Théodebert le frère et non le neveu des rois francs qui régnaient en même temps que lui. Hàtons-nous de dire que cette erreur est peu grave et ne peut jeter aucun discrédit sur celui^qui l'a faite, car elle pouvait être facilement commise par un contemporain de Théodebert, ce prince élant à peu près du même âge que ses oncles. En effet, Childebeii et Clotaire étaient au moins les troisième et quatrième enfants issus du mariage de Clovis et de Clotilde, lequel avait eu lieu en 493, et déjà en 511, au dire de Grégoire, Théodebert n'était plus un enfant : c Habebat jam tuncTheudericus filium, nomine Theudebertum, elegantem atque utilcm > (Historia Franconim, 1. Ilî, c. i); car son père ne tarda pas à l'envoyer à la tête d'une puissante armée pour réprimer, vers les bouches du Rhin, les dévâstations'du roi danois (]lochilnic (ibid.^ 1. 111, c. m).

5. En 547, saint Germain, alors abbé de Saint-Symphorien, se rendit auprès du roi Théodebert à Chalon pour l'entretenir d'une affaire relative aux domaiiios de l'église

d'Autun, à Tliéodebert. Un écrit de la fin du vf siècle, la Vie de saint Maur, prouve formellement la domination de Théode— bert, puis de Théodebald, sur Angeles, qui sans doute avait jadis appartenu à Clodomir^ La Vie de saint Yrieix confirme le fait de la possession du Limousin par le roi de Metz^. Enfin, la Vie de saint Dalmace, d'accord avec Grégoire, rapporte que Rodez passa, vers 533, de la domination des Goths sous celle des Francs d' Austrasie ^.

11 ne faut pas non plus oublier un document précieux pour la fixation d'un point de la limite des Etats de Théodebert vers le royaume de Paris; nous voulons parler d'une lettre écrite en 538 au roi Childebert par Léon, évéque métropolitain de Sens, d'où il résulte que la ville épiscopale de ce prélat, mais non tout son diocèse, obéissait à Tbéodebert. Sur la foi de ce document, il importe de placer hors du royaume de Metz la ville de Meluu, dont Childebert voulait faire le siège d'un nouvel évèché*. Châleau-Landoii doit être également écarté de cet Etat suivant la Vie de saint Séverin, écrite par ordre de Childebert^, et cette exclusion amène nécessairement l'attribution de TEtampois au même royaume que Melun et Chateau-Landon, c'est-à-dire au royaume

d'Aiitun : c (^ontigit ut pro villis Augusliulunensis ecclftsiae Theodeberlo rege Cabillone occurrerel. > {Vita sancti Gernmni Patisiensis, c. vni; apud Mabillon, saec. I, p. î235.)

1. Ce fut, en effet, avec l'autorisation du roi Théodebert que Florus établit à Glannafolium, sur un de ses domaines, le monastère qui devint plus tard Tabbaye de Saint- Maur'sur-Loire {Vita sancti Matai, apud Mabillon, t. I, p. 200). I.e fait important de la possession de l'Anjou par le roi d'Auslrasie a échappé au savant M. Bonnell, qui, dans le travail qu'il a consacré aux partages de l'empire franc sous les Mérovingiens, écrit que ce pays appartenait certainement ((jeiviss) à Childebert (D/c Anfànge des karolingischen Hauses, p. 201).

2. Saint Yrieix {Aredius)^ qui appartenait à une illustre famille du Limousin, passa sa jeunesse à la cour du roi Théodebert, où il remplit divers offices. {Vita sancti Arediiy c. III, apud Ruiiiart, Gvegoril Tur. opéra omnia, col. 12H5.)

3. € Scilicet posteaquam pia atque inclyta et christianae religionis cultrix Franconim dilio Rutenam urbe m, conjurante sibi populi ejus favore, subjecit. > {Vita sancti Dalmatii, apud Bouquet, l. III, p. i20).

i. Voyez la lettre de Léon dans l'Appendice de l'édition de Grégoire de Tours donnée par Ruinart, col. 1328.

5. f Edita a Fausto, presbytero, discipulo ipsius sancti Severini abbatis, simplici ordine composita, jubente glorioso principe Childeberto rege. » Ce fut aussi Childebert qui lit élever une église sur le tombeau de saint. Séverin, mort à (Ihàteau-Landon en 507, tandis qu'il s'en retournait de Paris à l'abbaye de Saint-Maurice en VaLiis. {Vita sancti Severini Ayaunensis, c, viii, apud Mabillon, snec. I, p. 570.)

ROYAUME DE THÉODERIC, DE THÉODEIJERT ET DE THÉODEBALD. 103

de Paris. Ainsi, Théodebert n'exerçait certainement son autorité que sur la partie de la civitas Se?wnum correspondant au Séuo- . nais et au Provinois.

On peut tirer des souscriptions aux deux conciles tenus à Clermont en 535 et en 549 quelque lumière sur Tétendue du royaume de Metz. Le premier de ces conciles se réunit avec Fassentiraent de Théodebert, auquel l'assemblée adressa une lettre où les prélats se disent les « évêques de ses églises* », et les provinces occidentales du royaume austrasien y étaient représentées par les évêques de Cologne, de Trêves, de Metz, de Verdun, de Reims, de Châlons-sur-Marne, de Langres et de Windisch; les provinces méridionales par ceux de Bourges, de Clermont, du Gévaudan, de Rodez, de Viviers et de Lodève^ : la présence de Deuterius, episcopus Lutevensis, indique claire- ' ment que la partie de la Septimanie qui comprenait Lodève était restée au pouvoir des Francs.

Le second concile de Clermont suivit de fort près le concile d'Orléans de 5î9, et il semble qu'il ne fit que renouveler les canons de celui-ci ; mais il ne comptait que dix évêques, tandis que le concile d*Orléans en avait réuni soixante et onze. On a supposé que Théodebald, auquel appartenait Clermont, avait

i. Lnbbe ot Cossart, Sacrosancta concilia, t. IV, col. 1805.

2. c Ciim in nomine Domini, congrcganlc sanclo Spirilu, consenlienle domno nostro ^loriosissimo piissiinoque roge Thoodeberlo, in Arvcrna urbe sancla synodus convenissel, ibique flexis in terra genibus, pro longevilate, pro regiio rjus, pro populo Domimim deprecaremur, ut qui nobis congregationis tribucrat potestalem, regnum ejus Dominus noster felicilati altolleret, iniperio regeret, justilia gubernarel, in ecclosia ex more consedimus...

€ Subscriptiones episcoporum : Honoralus, in Cbrisli nomine episcopus ecclesiae Bituricae, coustitutioncm nostram relegi et subscripsi, die vi idus novembris, post consulatuin Paulini junioris V. C. — Oallus, in CliVisli nomine episcopus ecclesiae Arvernicaej ronsensi et subscripsi. — iGregorius, in CJiristi nomine episcopus ecclesiae LingonicaOy c. et s. — Hilarius, in Christi nomine episcopus ecclesiae Gabalitanae, c. et s. — Ruricius, in Christi nomine episcopus ecclesiae Lemoncae, c. et s. — Flavius, Deo propitio episcopus ecclesiae RemensiSy c. et s. — Nicelius, Deo propitio episcopus ecclesiae Treverorum, c. et s. — Deuterius, in Christi nomine episcopus ecclesiae LutevensiSy c. et s. — Dalniatius,inDeo episcopus ecclesiae RutenensiSy c. et s. — Lupus, in Christo episcopus ecclesiae Catalaunicae, c. et s. — Domilianus, in Cbrisli nomine episcopus ecclesiae Coloniensis, c. et s. — Venantius, in Christi nomine episcopus ecclesiae VivariensiSy c. et s. — Hesperius, in Chrisli nomine episcopus ecclesiae Metcnsis^ c. et s. — Desideralus, in ^'hristi nomine episcopus ecclesiae Fer(?rfu«^tîsw,c. et s. — (ipamatius, in Chrisli nomine episcopus ecclesiae VindonissoCy c. et s. >

lOi I.A GAULE AU SIXIÈME SIÈCLE.

probablement exprimé le vœu que les prélats de son royaume se constituassent en assemblée ecclésiastique*, et, si Ton admet cette hypothèse, on possède ainsi un instrument précieux pour nos études, en raison des souscriptions des évêques qui signèrent les actes du synode. Malheureusement cette réunion, où ne figurèrent pas tous les évêques austrasiens présents au concile d'Orléans, n'était composée que de dix prélats : ceux de Trêves, de Besançon, de Sion, de Chalon-sur-Saône, de Vienne, d'Aix, de Digne, de Glandève, d'Eauze et de Bourges*.

Un nouveau concile qui, sur Tordre de Théodebald, se tint en 550 à Toul, nous permet d'attribuer avec certitude la cioitas Leucoriim au royaume d'Austrasie. Malheureusement les actes de cette assemblée sont perdus. On a seulement conservé une lettre par laquelle Tévêque de Reims, Mappinius, empêché d'assister à la réunion, s'excuse auprès de Nicetius, évêque de Trêves*, et qui ne fournit aucune nouvelle donnée géographique, puisqu'il existe plusieurs témoignages certains de l'extension du royaume de Théodebald sur Reims et Trêves.

Ces diverses données prouvent que, vers l'époque de la mort de Théodebert (547), le premier royaume de Metz se divisait en trois groupes isolés dont un seul avait une véritable importance.

Le groupe principal se composait de la réunion des deux tronçons qui, à la mort de Clovis, avaient formé le royaume de Théoderic : l"" le groupe germano-belge, contigu aux possessions d'outre-Rhin et comprenant Cologne, Trêves, Metz, Verdun, Toul, Reims, Châlons-sur-Marne et peut-être Troyes, auxquels on doit évidemment joindre Mayence, Worms, Spire, Strasbourg et Baie ; 2** le groupe aquitain, composé de Clermont, de Limoges, de Cahors, de Rodez, du Gévaudan, du Velay, et sans doxite

1. C'est ropinion exprimée par Mgr Héfélé, dans son Histoire des conciles (t. UI, p. 5i8, noie 3, de la traduction de l'abbé Delarc).

2. c Subscripliones episcoporum : Hesychius, ecclesiae Viennensls cpiscopus, subscripsit. — Nicetius, ecclesiae Trevericae episcopus, s. — Desideralus, ecclesiae Bituricne cpiscopus, s. — Aspasius, ecclesiae Elosensis episcopus, s. — Agricola, ecclesiae Cabilonensis episcopus, s. — Urbicus, ecclesiae Vesuniiensis episcopus, s. — Rufus, ecclesiae Ododorensis episcopus, s. — Rasilius, cccîcsiae Glannaicnsis episcopus, s. — Avolus, ecclesiae Aquensis episcopus, s. — llilarius, ecclesiae Dinienvs episcopus, s. »

3. Labbc et Cossart, Sacrosancta concilia, t. V, col. 104-405.

Page 1