ROYAUME DE THÉODERIC, DE THÉODEBERT ET DE THÉODEBALD
d'Arles, dont la conquête, comme celle de l'Auvergne et du Rouergue, avait été en 507 l'œuvre de Tliéoderic. Le partage du royaume de Clodomir rattacha une partie de la cité de Sens, comprenant la ville métropolitaine, et sans doute aussi la cité d'Auxerre, au premier de ces tronçons, qui, après la conquête de Bourges, sur Childebert (531 à 534 environ), ne fit plus qu'un avec les provinces aquitaniquos, s'étendant ainsi, sur près de 250 lieues, des rives du Rhin à celles du Tarn. C'est a cette importante agglomération de pays que vinrent s'ajouter, dès l'époque môme de la mort de Clodomir, semble-t-il, les cités de Langres*, Besançon, Avenches^, Constance et Sion, conquises sur les Bourguignons; puis, après la chute définitive de la Bour-
1. M. Boiinell {Die Anfànge des karolingischen HauseSy p. ^Oi, note 2), contredisant l'opinion généralement reçue par les érudits tant allemands que français qui se sont occupés de la question, suppose (|ue Langres n'appartenait pas k Thcoderic, mais bien à Childebert, et s'appuie, pour la démonstration de son hypothèse, sur l'histoire bien connue de la captivité d'Attale, neveu ou petit-fils de saint Grégoire, évoque de Langres. Attale était l'un des otages que Childebert et Théoderic avaient échangés vers 53:2 ; mais la désunion s'étanl élevée de nouveau entre les deux princes, les otages furent réduits en servitude et le noble Attale devint Tesclavo d'un barbare de Trêves, de chez lequel il s'échappa au bout d'un an, poursuivi jusqu'à Reims parle maître qu'il avait servi {tlistoria Fràncomm, 1. III, c. xv). Attale était évidemment un des otages fournis par Childebert, puisqu'il fut transporté dans le pays de Trêves appartenant au royaume de Théoderic ; mais faut-il conclure pour cela — en dépit de la préface si précise du concile de Clermont de 535, et dont le savant éditeur du Recueil des historiens de FvancCy dom Bouquet lui-même (t. IV, p. m), a reconnu l'importance au point de vue de la géographie politique — que langres appartenait à Childebert? En dehors des impossibilités géographiques (Langres ne pouvait avoir, en 532, aucune communication avec les États de Childebert), on peut objecter qu'Attale se réfugia auprès de l'évéque de Langres, parce que c'était là surtout qu'il pouvait trouver au plus vite un asile sûr contre les poursuites du barbare, et que rien ne prouve qu'il fût citoyen lingon. Nous rappellerons aussi que, en dehors des textes attribuant au royaume de Metz la portion nord-ouest de la cité de Langres, c'est-à-dire le Tonnerrois et le Lassois (voyez plus haut, page 101), il existe un passage de Grégoire {Historia Francorum, I. III, c. xxxv), dont on peut tirer la preuve de la domination de Théoderic sur le pays avoisinant Dijon, lequel dépendait également de la civilas Lingonum dont il formait la section sud-est. Pour adopter le sentiment de M. Bonnell, il faudrait donc non-seulement admettre la nationalité lingonne d'Attale, mais aussi un partage de la cité de Langres entre Théoderic et Childebert, partage dans lequel le roi de Paris aurait eu précisément, avec la ville épiscopale, la partie la plus éloignée de son royaume. A propos d'Attale, on peut se demander par suite de quelle méprise Ruinart a pu voir, dans ce personnage, le comte d'Autun, de même nom, auquel Sidoine Apollinaire adressa la lettre xviii, du livre V, de ses Epîstolae.
t. La possession d'Avenches par le roi d'Auslrasie résulte de colle des cités de Besançon, de Windisch (ou Constance) et de Sion, que prouvent les conciles de Clermont do 535 el de 5i9 : le territoire d'Avoixlies était, en offot, presque coniplélemenl enclavé entre ces trois civitates.
iOO 1.A GAULE AU SIXIÈME SIÈCLE.
gogiio, OU 53i, les villes d'Aiitun, Chalon-sur-Saône, Vienne et Viviers ^ La cession de la Provence aux Francs en o36 accrut encore le royaume d'Austrasie de huit cités, — Avignon, Cavail— Ion, Apt, Aix, Riez, Senez, Digne et Glandève -, — que rannexion récente des villes d'Uzès, d'Alais et de Lodève, arrachées aux Goths, reliait à l'Aquitaine austrasienne.
Le second groupe aurait compris Eauze, la métropole de la Novempopulanie et probablement quelque autre portion de cette même province; mais peut-être Eauze se reliait-elle au groupe précédent, dont la séparait seulement la cité d'Agen, que rien ne prouve avoir été étranger au royaume de Théoderic.
Le troisième groupe comprenait tout au moins la cité d'Angers, provenant évidemment du royaume de Clodomir, et Ton devrait peut-être unir à cette circonscription la cité de Nantes, dont aucun texte ne nous fait pressentir le sort durant la période qui nous occupe. Ce troisième groupe du royaume austrasien était situé entre le royaume de Paris et une enclave de celui de Soissons (Tours et Poitiers).
Tel était, semble-t-il, le royaume de Metz lors de la mort du roi Théodebert. Grégoire rapporte que Childebert et Clotaire s'étaient ligués en 534 pour empêcher ce prince, déjà célèbre par plusieurs expéditions militaires, de succéder à sou père ^, mais il ne dit pas que rien de semblable se soit produit durant le règne de Théodebald, jeune homme valétudinaire, qui succéda à Théodebert. Il parait cependant que ce prince fut dépouillé par ses grands-oncles de plusieurs cités qui avaient appartenu à son prédécesseur : ainsi, si Ton veut accorder entre eux les documents qui intéressent la géographie politique du milieu du vi'' siècle, il faut admettre qu'Eauze, la métropole de la Noveni-
i Nous avons soigneusement discuté (pages 80-82,) les résultats de la conquête de Bourgogne au point de vue du royaume d'Austrasie, auquel les neuf cités que nous venons de nommer ont été annexées, en 53 i au plus tard.
2. Aix, Digne et Glandève, dont les évoques assistèrent en 5i0 au concile de Clcrmont, sont les seules cités provençales (jue les documents désignent nominalement comme soumises au roi d'Austrasie, mais on a pu voir plus haut (page 01) comment il est possible d'arriver à détermincT d'une manière à pou près certaine le lot qui échut à chacun des trois rois francs, lors du partage de la Provence.