AVERTISSEMENT
résumés statistiques de V édition espagnole, on y a substitué un autre tableau plus succinct et plus conforme au caractère de cet ouvrage.
En somme, ce que l’ouvrage a perdu dans la partie statistique n’était pas indispensable et se trouve largement compensé par les amplifications et corrections géographiques .
Mon désir sincère est que ce Manuel de géographie puisse rendre quelque service au lecteur qui devra le consulter.
F. LATZINA.
INTRODUCTION
Il y a quatre siècles, l'immense territoire qui , dans la zone tempérée de l'hémisphère austral , s'étend des rives de V Atlantique jusqu'à la crête des Andes n’était peuplé que de tribus sauvages , nomades pour la plupart, ne connaissant ni le cheval, ni le bœuf, ni le mouton qui pullulent aujourd' hui sur cette terre, ni le froment qui est devenu le plus riche produit de ses sillons.
Toutefois ces sauvages, particulièrement les Querandis et les Charruas qui habitaient les bords du fleuve, les Carios qui cultivaient le pays entre le Paraguay et l'Uruguay, les Guaycurus dont la haute stature étonna d'abord les Espagnols, les Calchaquis qui luttèrent jusqu' à V extermination, étaient des guerriers jaloux de leur indépendance qu'ils ont défendue avec une énergie indomptable et qui ont fait passer quelques-unes de leurs qualités dans le sang de leurs métis. Au pied des Andes, dans la province de Cuyo et dans le Tucuman, les populations plus sédentaires subissaient la domination des Incas et
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participaient quelque peu de V organisation politique et de la civilisation du grand empire de V Amérique du Sud.
Dans un premier voyage accompli en 1508, V Espagnol Juan Diaz de Solis avait aperçu l'estuaire de la Plata qu'il avait pris pour un golfe.
Quand Nuhez de Balboa, en traversant l'isthme de Panama, eut découvert la mer du Sud (1513), Diaz de Solis pensa qu'au lieu d'un golfe il avait peut-être trouvé le détroit qui conduisait dans cette mer et, par cette mer, aux Indes , et il repartit en 1516. Il remonta peut-être jusque vers son extrémité 1 cet estuaire que la nature de ses eaux lui fit nommer « Mar dulce », mais il fut tué en débarquant par les flèches des Cliarruas.
Ce n'était pas un détroit ; mais c'était le plus grand estuaire fluvial du monde. Les Espagnols reconnaissants lui donnèrent le nom de Rio de Solis qu'il aurait dû conserver et qu'il aurait porté à plus juste titre que celui de Plata 2.
Cependant V Espagne ne songea pas tout d'abord à occuper le pays.
Les premières tentatives d' établissement n' eurent lieu que dix années après! Elles ne furent p as heureuses.
Sébastien Gaboto bâtit, en 1526, le fort San Salvador à l' embouchure de l'Uruguay et celui de S ancti S piritu sur'
1. Il 'paraît s'être avancé, jusqu’à l'ile Martin Garcia qui porte le nom de son lieutenant .
2. C'est à l’époque de l'expédition de Sébastien Gaboto et de Diego Garcia {1526-1528), que la découverte d'ornements d'argent portés par les sauvages fit donner au fleuve le nom de Rio de la Plata. A celte époque les Espagnols ne rêvaient qu'or et argent dans le Nouveau Monde. Une tradition, qui avait cours au xvie siècle, rapportait qu’un Portugais de la colonie de San Vicente, ayant entendu parler des richesses du Pérou, s’était rendu dans cette contrée, en / 525 , avec une troupe de 2.000 Indiens delà côte de l'Atlantique, qu'il y avait fait un grand butin, qu'au retour il avait été assassiné sur les bords du Paraguay par ses Indiens, que ceux-ci étaient restés dans le pays et que leurs bijoux provenaient de leur expédition.
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le Paranâ. Mais les Indiens massacrèrent bientôt la garnison.
Un officier de Chai' le s- Quint, le riche don Pedro de Mendoza, entreprit cle créer à ses frais une colonie, ci la condition de devenir Vadelantaclo, c'est-à-dire le gouverneur, de tous les pays à découvrir jusqu à deux cents lieues dans V intérieur des terres' . Parti de Séville avec 14 navires et 2.000 hommes, il débarqua sur la rive méridionale de l'estuaire et posa, le 2 février 1535, les fondements de Nues- Ira Seîïora do JBuenos-Ayres. Mais les incessantes attaques des Indiens obligèrent les Espagnols, après quelques années de résistance, à abandonner la place ( 1539-1542 ) et à se retirer autour du fort reconstruit d' Espiritu Santo [ou Sancti Spiritus). Ayolas , lieutenant de Mendoza , remontant le Paraguay fonda, le 15 avril 1536, Asuncion. L’établissement ne commença ci prospérer qu’ après la mort de Mendoza et d' Ayolas, sous le gouvernement d'Irala. Mais Asuncion reste encore pendant un demi-siècle le centre des jjossessions espagnoles de la contrée. Buenos- Agrès , occupé de nouveau en 1580 [Il juin) sous le nom de Ciudad de la Trinidad y Puerto de Santa Maria de Buenos-Ayres, ne comptait que 500 habitants au commencement du sx U' siècle.
Au xyiP et au xvm* siècle, les missions des franciscains et celles des jésuites introduisirent quelques éléments cle civilisation parmi les Indiens; en même temps, les Espagnols fondaient des établissements, qui sont pour la plupart aujourd'hui les grandes villes de la République Argentine. Néanmoins la première évaluation qui ait été
/. « Primeramente os doy licencia y facultad para que pornos y en nueslro nombre, en dicho rio de Solis, que llaman de la Platajiasta la mar del sur donde tengais doscientas léguas de largo de Costa de gobernacion, que comi ncen desde donde se acaba la gobernacion que tenemos encomendada al mariscal don Diego de Almagro, hasta el Estrecho de Magellanes . »
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faite de la 'population coloniale {en 1744) ne portait quel 20.000 le nombre total des habitants.
Le progrès de la colonisation avait ele fort lent , non seulement parce que la résistance de la race indigène y mettait un obstacle considérable , mais parce que l’appât de l'or ou de l'argent n'y attirail pas la race conquérante. Les Espagnols ne comprenaient pas encore que le labourage et le pâturage sont les plus précieux trésors d’une contrée.
Les règlements que la métropole imposa au commerce contribuèrent à paralyser l'esprit d entreprise. En 1581 , un premier chargement de sucre et de cuirs ayant été dirigé sur l'Espagne , les négociants de Séville, jaloux de leur monopole , se plaignirent et obtinrent (1590) que les établissements de la Platane pussent envoyer de marchandises en Europe et en recevoir que par les ports du Pérou.
Voici la route qui était alors imposée au commerce du Nouveau Monde. La flotte , composée de bâtiments marchands appartenant à des négociants privilègiés et escor tée de vaisseaux de guerre, partait une ou deux fois par an de Séville. Elle faisait voile pour Porto Bello , port des Antilles; Ici se tenait , après le débarquement , une grande foire où les produits de l' Amérique se rencontraient avec ceux de l'Europe. Après la foire, les marchandises destinées aux colonies espagnoles étaient transportées par terre , à dos d'homme ou de mulet, à Panama où elles étaient embarquées pour le Callao. Du Callao, elles allaient, à dos de mulet ou de lama, d’abord à Lima, puis d V entrepôt de Potosi, enfin à Cordoba ou à Buenos- Ay res. Les produits de Buenos-Ayres devaient gagner V Espagne par la même voie. Certaines marchandises revenaient ainsi, par V aggravation des frais de transport, à 500 et même 600 fois leur valeur première. Il était difficile
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d'imaginer un système plus absurde et plus contraire aux intérêts coloniaux .
Cependant ce régime , qui ne profita qu'ci la contrebande hollandaise et anglaise, ne reçut quelques adoucissements qu après l'année 1748 et ne fut aboli qu’en 1776 lorsque, par la création de la vice-royauté de la Plata, la contrée fut entièrement détachée du gouvernement de Lima. La suppression de ces entraves porta de 37.000 en 1776 à 170 000 en 1800 la population de la province de Buenos- Ayres , laquelle comprenait les provinces actuelles de Buenos- Ayres, de Scinta-Fè, d’ Fntre-Rios, de Corrientes et de l’Uruguay . Quelques années plus tard , ci la veille de V émancipation, la vice-royauté tout entière renfermait 406.000 habitants, vingt fois plus qu’en 1744. Ce rapide progrès était incontestablement dû ci la liberté commerciale. Le commerce maritime qui se faisait par Buenos- Ayres n’était pourtant que d’une quarantaine de millions de francs au commencement du xixe siècle.
Quatre-vingts ans après, en 1880, le commerce extérieur ( marchandises et métaux précieux) de la République Argentine s’ est élevé, d’après les résultats officiels delà statistique, ci 327 millions de pesos : ce qui correspondrait ci plus de 1 milliard 1/2 de francs, si la dépréciation des billets de banque 7i’en(lait sensiblement la valeur nominale des marchandises .
La population atteint, en 1890, 4 millions d’âmes1 * * 4 : elle a décuplé dans le cours du siècle en augmentant déplus de 3 millions 1/2 d’âmes.
Par quelles causes ce grand changement , qui est un des
1 . 3.794.000 au commencement de 18S9. Voir le tableau, p. 464. Le
nombre des immigrants a atteint SG 0.000 en 1889. Le nombre des habi-
tants doit donc, avec l' excèdent des naissances sur les décès, être aujour-
d'hui d'au moins 4 millions. .
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XIV INTRODUCTION
faits mémorables de l'histoire de la civilisation contemporaine, s’est-il accompli? Les dates le disent.
C’est dans les premières années de la seconde moitié de notre siècle qu'il a commencé à se manifester ; d’une part, depuis que la chute de Rosas a inauguré à la P lata l'ère de la liberté politique et de l’ordre public; d’autre part, depuis que la vapeur a transformé la marine et couvert d’un réseau de voies ferrées la plaine argentine. Liberté , ordre public, communications faciles : voilà , avec les qualités naturelles du sol et du climat et avec l'accroissement de la population, les causes principales qui ont élevé en si peu de temps la République Argentine au
rang des grands Etats et des nations florissantes ciel’ Amérique.
Pour comprendre la situation particulière de la République Argentine, il est utile de jeter un coup d’œil sur l’ ensemble de l' Amérique du Sud.
Si l'on pouvait du haut des airs l' embrasser du regard , le relief de cette partie du monde se présenterait ainsi : toute la partie occidentale est occupée par le môle gigantesque des Andes , étroit au sud , large au centre où il forme un des plus vastes plateaux du monde , rétréci au nord et terminé par trois chaînes en forme de fourche ; à l'est de ce môle dominant partout d'une grande hauteur les régions subjacentes , deux massifs isolés sont beaucoup moins élevés , celui de la Guyane et celui du Brésil ; entre ces deux massifs , trois grandes plaines occupent le centre et l'est, celle des Llanos au nord, celle de l' Amazone au milieu, celle de la Plata au sud; ces surfaces basses et unies à l’ouest, formées en général de ter-
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rain tertiaire ou quaternaire, se confondent, au pied des Andes, en une même plaine qui s'étend d'une extrémité à Vautre de la chaîne.
Avant la venue des Européens, la civilisation indigène n'avait pu se développer que dans lapay'tie occidentale, sur les hauts plateaux de la Cordillère. Elle y avait trouvé un climat propice , participant ci la fois de celui de la zone torride par sa latitude et de celui des régions tempérées par son altitude. L'empire des Incas y était encore puissant lorsque arriva Pizarro.
La colonisation européenne a bouleversé cette économie naturelle des premiers âges. Les Espagnols ont fait , il est vrai, du Pérou le centre de leur Empire colonial en se contentant d'en rapprocher de la mer leur capitale par la fondation de Lima sur le versant occidental delà Sierra. Mais l' attraction économique se faisait sentir désormais sur l'Atlantique. C'était d'Europe que venaient les colons; c'était vers l'Europe que, fixés en Amérique, ils tournaient les regards, non seulement parce qu'ils y avaient laissé des affections, mais parce qu’ils y avaient des intérêts ; l'Europe les gouvernait ; l'Europe leur achetait les produits du sol américain et les approvisionnait de ses marchandises .
Aujourd'hui V émancipation des colonies , devenues des Républiques libres, a changé l'état politique. Cependant les relations commerciales des deux parties du monde sont restées, à cet égard, les mômes ; la côte de l'Atlantique a une situation économique supérieure à celle de la côte du Pacifique.
L'Européen est un habitant de la zone tempérée. C'est la zone tempérée qu’il a recherchée de préférence dans les deux Amériques au xix° siècle, et c'est sous des climats à peu près semblables à, ceux de sa nature originelle que sa race a le plus prospéré. Les Etats-Unis , avec le Cana-
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IVI INTRODUCTION
da, les Èlcits de la Plata,avecle Chili, en sont des preuves éclatantes .
Au point de vue économique, on peut considérer aujourd’hui V Amérique du Sud comme un triangle de forme irrégulière, bordé par l Atlantique à lest et pa) le Pacifique à l’ouest, s’étendant de la mer des Antilles au nord jusqu'au 42° parallèle au sud, et ayant comme appendice méridional la partie de la Patagonie située au sud de ce parallèle.
Hors du triangle, cette extrémité méridionale, dont les Indiens interdisaient encore, il y a moins de dix ans, l'accès aux Européens et où la nature semblait avoir peu fait pour les séduire, est très peu peuplée ; elle ne possède peut-être pas plus d’un habitant par 50 kilomètres carrés. Un jour viendra sans doute où les parties fertiles „ — et il y en a beaucoup plus qu’on ne le pensait avant la campagne du général Roca — de ce vaste territoire seront mises en valeur par des colons, surtout des émigrants du nord de l'Europe, auxquels ce climat conviendrait comme celui du Minnesota , aux Etats-Unis, convient aux Scandinaves et les attire.
Dans le triangle, il faut distinguer deux parties : le contour et le centre.
Dans le centre, qui comprend les deux massifs de la Guyane et du Brésil, les grandes plaines des Llanos et de l’ Amazone et la partie septentrionale du bassin du Paraguay, la vie sauvage domine ; la terre est très peu cultivée; il n’ci jms été construit encore un seul chemin de fer; l’exportation pour l’Europe ne consiste guère qu’en produits forestiers. La population est rare, ainsi que dans toutes les contrées où l’homme, ne possédant ni la science ni l’énergie suffisantes pour diriger la nature, vit de chasse, de cueillette et de pêche ; on n’y rencontre guère en moyenne qu’un habitant par 20 kilomètres carrés.
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xvn
Tout autre est V état économique des régions du contour. C’est là que sont groupées les populations les plus civilisées ; c’est là que la terre est fertilisée par le travail de l'homme , que les produits spontanés de la nature sont le plus utilisés à cause de la facilité d’exportation que donne le voisinage de la mer ; c’est Ici , surtout dans la Cordillère, que le sol recèle les mines les plus riches. Là sont les ports de mer et les grandes villes : Buenos- Ayres et Rio de Janeiro au premier rang : l’une avec 500 000 et Vautre avec 360 000 habitants environ.
Si les régions du contour ont toutes V avantage de pouvoir être vivifiées par des débouchés maritimes , elles diffèrent cependant beaucoup par' le climat , les productions, la population et la richesse.
Il est certain que dans celles du centre et plus encore dans celles du nord le climat tropical est un obstacle à l’acclimatation de la race européenne et par suite à V activité laborieuse des habitants et au développement économique de la contrée.
zone tempérée. Sur une étendue du nord au sud d’ environ 3. 350 kilomètres , elle n’appartient que par son extrémité septentrionale ( environ 150 kilomètres') à la zone torride et elle plonge par V extrémité méridionale de la Patagonie jusque dans la zone des climats froids.
Toute la plaine argentine , du rio Bermejo jusqu’au rio Chubut, fait partie de la grande zone du contour, ainsi que la région subandine ; c’est là qu'est principalement l’avenir de la colonisation