VIII SOCIETE DE GEOGRAPHIE
déception est complète; mais voici que le Venezuela espère réussir mieux et vient d'établir une filature de soie indigène. Mais ne convient-il pas que ces mentions soient faites avec discrétion et de façon à ne point produire un trompe-Vœil?
Cette observation, relative à la France, s'applique à la Chine dans certaine mesure.
La carte de l'Espagne, comparée au Portugal, tend aussi à induire en erreur celui qui regarde les deux pays. On croirait que le Portugal est presque, d'une façon absolue, plus riche en soie que l'Espagne. Du reste, la carte d'Espagne a paru présenter quelques solutions de continuité dans la province de Valence, entre Almeria et Grenade, et dans la Catalogne. Et Ton pourrait adresser pareille observation à la carte d'Italie en ce qui regarde les Abruzzes et une partie de la Romagne. Mais la carte d'Italie est d'ailleurs fort bien faite et tient un compte exact de la production relative des di'v;erses provinces.
Quant aux autres contrées, elles sont à jour : tous les lieux producteurs j sont mentionnés et les teintes, étant données telles qu'elles sont, renseignent exactement sur la situation actuelle de la production séricicole.
En résumé, rien à effacer, mais un peu à ajouter : la carte sera complète ; et, si elle était revue de la sorte, la commission estime qu'elle obtiendrait non-seulement les suffrages de la Société de géographie, mais ceux du Syndicat des marchands de soie et les encouragements do la Chambre de commerce avec l'approbation de tous les hommes compétents.
Il y aurait aussi quelques mots à dire au sujet du rapport statistique, qui accompagne et justifie la carte, mais qui n'est intervenu qu'en second dans l'appréciation du Jury. Ce rapport, plein de faits et de bonne foi, ne nous laisse ignorer aucune des sources où l'auteur a puisé ; et ces choscs^sont dites avec tant de loyale franchise que l'on en éprouve une estime plus profonde encore pour le travail. Pourquoi l'auteur a-t-il un peu négligé la P'rance et l'Italie, ces deux pays qui ont presque les mêmes origines, les mômes productions et les mômes besoins. Il s'en explique dans sa préface ; mais il devra
RAPPORT DE M. LEFEVRE ix
restituer à ces deux grandes et belles contrées-sœups la place qui leur est due dans une œuvre de cette importance.
N'y a-t-il pas aussi quelque lapsus en ce qui concerne la Bouckharie, Tlrak-Arabi et la Syrie? La production de ce dernier pays ne concorde guère avec les relevés des publications les plus autorisées.
Il serait aussi à désirer que la traduction en poids français accompagnât toujours les énonciations de poids étrangers. Tout le monde n'en connaît pas les rapports.
Mais ce sont là de légères imperfections, — qui disparaîtront lorsque Tauteur voudra bien revoir son œuvre, la corriger et l'augmenter. Ce sera un ouvrage qui ne prendra pas la dernière place à côté de ceux du regretté Duseigneur-Kléber et du savant Natalis Rondot. Ce sera Tinventaire des richesses séricicoles du monde ; et il sera d'autant plus curieux à consulter qu'il sera accompagné d'une carte remaniée en vue du livre. Du moins, souhaitons que telles soient les intentions de l'auteur.
Quoi qu'il en soit, laissons de côté ce rapport, destiné, dans la pensée de la Société, à faire ressortir seulement le mérite de la carte séricicole. La commission n'a pas hésité à signaler les quelques taches et les desiderata qui n'enlèvent rien au labeur consciencieux et aux longues études de l'auteur, Ne pourrait-on point utiliser l'idée même que donne cette carte par les nombreuses annexes qui y sont ajoutées? Ne pourrait-on point la considérer comme une mappemonde et une introduction à un atlas de sériciculture où l'on consacrerait à chaque pays une carte ou plusieurs, selon son importance , afin de ne laisser dans l'ombre aucun lieu producteur, aucun marché intérieur, aucune place d'exportation? Il y aurait là place pour bien des ardeurs et des intelligences, avides de s'instruire et plus fières encore d'être utiles. Quel est l'homme qui ne désire point qu'il soit dit de lui : « Il a passé en faisant le bien? » On faM le bien de toutes les façons, les uns par les voyages et les explorations, les autres par les livres et les cartes. Connais-toi toi-même, disait la sagesse antique; et la solidarité moderne ajoute : Connais aussi le monde qui t'entoure et les ressources que Dieu a mises à ta disposition.
C'est une idée. Si elle est juste, la Société de géographie la pren-