CHAPITRE XI. — GÉOGRA.PHIE ÉCONOMIQUE
Commerce et commerçants. — Le commerce de gros est exercé par plusieurs grandes Compagnies : Cie Marseillaise, Cie Lyonnaise, Société française de Commerce extérieur, Société française de commerce et de navigation, etc. et un certain nombre de commerçants européens, surtout des Français.
Le commerce de demi-gros et de détail est entre les mains d'une grande quantité de commerçants de nationalités diverses.
Dans l'intérieur, les grosses maisons sont françaises mais le;i détaillants sont surtout des Merina, habiles et retors et de probité quelque peu sujette à caution. Ce sont eux qui achètent au producteur les produits du pays et les revendent aux maisons d'exportation. Ils vendent des étoffes, des produits alimentaires, rarement des boissons. Sur les marchés ils vendent toutes sortes de menus objets et de produits de consommation courante. Le commerce des boissons et conserves est fait par des Français, quelques Grecs et quelques Chinois. Il y a très peu de commerçants Indiens.
Sur la côte E. le Chinois est le grand maître du commerce de détail pour les étoÊEes, les boissons, les comestibles ; il achète également les produits du pays et s'installe pour cela jusque dans les petits centres. Quelques Indiens, dans les grands centres, font le commerce des étoffes et des produits.
Sur la côte Ouest régnent les Grecs et les Indiens. Le Grec monopolise le commerce des liquides, des conserves et produits alimentaires. L'Indien fait le commerce des étoffes et de la bimbeloterie. Il s'installe jusque dans les plus petits centres, draine les produits du pays en trompant souvent l'indigène d'une façon éhontée, mais c'est un facteur indispensable du développement économique de la côte Ouest. Dans les centres, de grosses maisons indiennes centralisent les produits et approvisionnent les détaillants. Certains de ces Indiens ont fait de grosses fortunes. Jusqu'en 1914 la majeure partie de leurs bénéfices étaient exportés dans l'Inde. Depuis la guerre, les difficultés de communication et de change les forcent à les consacrer à l'achat de propriétés rurales et d'immeubles. Cela contribue d'une façon très efficace à les attacher définitivement à Madagascar.
LECTURE
Avenir économique de la Côte Ouest.
La situation géographique d'un pays, sa constitution géologique et son développement historique ont plus d'influence sur les décisions humaines qu'on ne le croit généralement. Ainsi Tananarive, de par son sort, son climat, son histoire, a bien plus de rapports avec la côte orientale qu'avec la côte Ouest dont elle est séparée par un vaste hinterland presque désert. Aussi y acquiert-on très vite et fatalement l'impression que Madagascar n'est constitué que par des hauts-plateaux très peuplés et stériles et par des régions plus chaudes et plus humides, tout aussi stériles, où l'on peut faire, néanmoins, quelques cultures tropicales. De ce point de l'île on semble ignorer qu'il existe, à l'Ouest, sous un climat tout différent, des plaines immenses, des terres fertiles, des cultures et des productions tout autres, tout un autre monde enfin. Cette impression fausse, mais inconsciente, a été cause d'un grand nombre d'essais aussi inutiles qu'onéreux et de l'échec d'un très grand nombre d'entreprises. Le premier résultat des voies dont la création s'impose vers le N. et l'O. sera de révéler qu'il existe autre chose, sous le ciel malgache, que des argiles latéritiques infertiles, que du café et de la vanille, de mettre en évidence enfin, l'extrême diversité de Madagascar en sols et en climats, diversité qui fera plus tard sa puissance et sa richesse.
Jadis la région occidentale était presque inhabitée. Elle avait été conquise presque entière par une tribu guerrière et hostile, les Sakalava. Les Sakalava, peu nombreux, s'étaient assimilé les autochtones et avaient maintenu leur domination sur ces vastes contrées moins par les armes que par des procédés politiques très spéciaux, très ingénieux, bien faits pour impressionner l'âme falote et timorée des autres Malgaches, fondés surtout sur la puissance occulte et partant terrible, de leurs rois morts. Forts de la terreur qu'ils inspiraient ainsi, ces indigènes avaient changé l'Ouest en un champ clos où ils se livraient à des luttes sans trêve, en un vaste désert interdit à tout autre malgache.
Aujourd'hui tout cela n'est plus. Devant nos procédés administratifs les Sakalava fondent, s'évanouissent, disparaissent avec une rapidité singulière, et d'autres peuplades plus saines, plus fortes, plus prolifiques, poussées par le besoin d'une vie plus facile, envahissent rapidement toutes les sur-