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V. — Langue Malgache et dialectes locaux

La langue malgache est une dans toute l'île, bien que l'on constate, de province à province, des différences assez considérables pour dérouter, dès les premiers mots, les indigènes euxmêmes. On retrouve, dans tous les dialectes, les mêmes racines et, lorsqu'on connaît l'un deux, on arrive rapidement à s'assimiler les autres.

La langue malgache est un idiome agglutinant, c'est-à-dire que les mots y sont composés d'une réunion de radicaux, de particules, ayant tous un sens différent, un rôle déterminé et formant, par leur association, une idée nouvelle. Avec un peu d'habitude, on parvient, au seul examen de la racine, plus ou moins modifiée par les préfixes et suffixes, à assigner à chaque mot son sens exact et son rôle dans la phrase.

La langue malgache est douce et sonore, notamment en pays sakalava où les femmes ont un ton chantant des plus agréables, et où n'existent pas les dentales et les chuintantes qui abondent en hova.

Parmi les dialectes parlés à Madagascar, le hova est, de tous, le plus affiné et le plus riche ; c'est aussi le seul que l'on écrive. Il offre l'avantage considérable d'être entendu de toutes les tribus, si bien que l'Européen le parlant couramment est en mesure de se faire partout comprendre et se trouve solidement préparé pour acquérir l'usage rapide de tous les autres.

« Sauf dans les cas exigeant une précision absolue, comme <( les explications et développements d'ordre scientifique, pour « lesquels on est obligé de recourir à des termes spéciaux et « à des néologismes tirés, le plus souvent, soit de langues mor- « tes, soit du français et de l'anglais, le hova répond, dans « une large mesure, à tous les besoins de la conversation couce rante. L'abondance et l'élégante ingéniosiité de ses formes (( le rendent propre à exprimer les idées les plus complexes.

(( La connaissance du malgache est fort utile à tous ceux « qui sont appelés à vivre au milieu des indigènes, tant pour « l'exercice de leurs fonctions que pour la défense de leurs (( intérêts. Les Malgaches témoignent une confiance beau- (( coup plus grande à celui qui les comprendra et se fera com- « prendre d'eux ; c'est, à leur point de vue, une marque de « supériorité de la part de l'Européen que de s'assimiler leur « langage ; enfin, ce dernier aura tout avantage à se passer (( des offices si souvent funestes de l'interprète dont il faut « redouter l'ignorance et le manque d'honnêteté^ ».

LECTUBE

Sur l'origine des Malgaches.

— Si, dans la population de Madagascar, nous laissons de côté, d'une part les Andriana de l'Imerina dont l'origine malaise est incontestable et, d'autre part, les chefs des princi-

(') D'après Annuaire de Madagascar, 1914.

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pales tribus et leurs familles qui, tous, sont d'une race différente de celle de leurs sujets, il n'est pas douteux que les Malgaches sont noirs et méritent l'appellation de « Nègres b, sous laquelle les anciens navigateurs les ont désignés. Mais la couleur noire de la peau n'implique pas nécessairement une origine africaine comme l'ont admis, sans étude sérieuse, tous les auteurs qui ont parlé des habitants de Madagascar. Il existe, en effet, des nèo-res en Asie et en Océanie tout comme en Afrique, mais très différents les uns des autres. Or, les traits physiques et les mœurs et coutumes des diverses peuplades malgaches ont une grande uniformité et démontrent leur origine orientale.

Une des raisons principales, outre la couleur, qui a amené t^us les auteurs à admettre que ce sont des nègres africains qui ont peuplé Madagascar, c'est, d'une part, la proximité du continent noir, qui n'en est distant que d'une centaine de lieues, et, d'autre part, l'éloignement des terres orientales qui en sont séparées par une étendue de mer de plus de mille lieues. Mais les nègres de la côte S.-E. de l'Afrique sont peu adonnés à la navigation, et les courants, qui sont contraires pour venir du continent à la grande île, rendent très difficile la traversée du canal de l'O. vers l'E., tandis que les Indo-Mélanésiens sont d'excellents navigateurs et que les courants leur sont favorables. Ne sait-on pas, en effet, que le colonel Coutencfau, chargé d'un message pour l'Ile-de- France, s'échappa en 1762 de Pondichery, qui était alors au pouvoir des Anglais et, se confiant à la seule action des courants, sur une mauvaise chaloupe, avec deux blancs et six Indiens, arriva en deux mois à Port-Louis ; ne sait-on pas aussi que plusieurs jonques malaises qui avaient perdu de vue leurs terres à la suite d'une tempête, ont abordé sur la fôte N.-E. de Madagascar au commencement de ce siècle (notamment en 1808 ^ et, qu'aux premiers jours de septembre 1884, il est arrivé sur la plage de Tamatave des pierres ponces provenant de l'éruption du Krakatoa. Ces faits, et d'autres que je passe ici sous silence, démontrent que la venue à Madagascar des praos ou navires indo-mélanésiens et malais, sous la seule action des courants, est, non seulement possible, mais même facile.

Du reste, si l'opinion du baron d'Eckstein sur le lieu

(') Fait plus récent : L'épave de la Villed'Alg»r,inctnd\ée en mer en 1919, à peu de distance de la Réunion, fut chassée par les vents et les courants dans la baie de la Loky. {Note de l'auteur).

d'origine des nègres océaniens (Papouas et Mélanésiens) est exacte, si l'Inde primitive et la presqu'île malaise ont été le point de départ d'où ils se sont dispersés en Océanie, comme semblent l'attester les ilôts ethniques qu'on trouve encore dans les montagnes de l'Himalaya et des Vindhia, dans les Nilghirris et le Deccan, aussi bien que dans l' Indo-Chine, il serait tout naturel qu'une branche se fut portée dans l'Ouest pendant que d'autres allaient à l'Est, fuyant toutes l'invasion touranienne et aryenne qui eut lieu plus de 2.500 ans avant J.-C.

D'après A. Grandidiee.

Ethnographie de Madagascar. Tome I.

1" partie, pp. 8-10.

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