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CHAPITRE X — GÉOGRAPHIE ADMINISTRATIVE

A l'origine le pouvoir fut concentré entre les mai-ns du roi qui, « paternellement tyrannique », était le maître absolu des personnes et des biens de ses sujets. Il consultait pourtant périodiquement son peuple, en de grandes assemblées ou « Kabary », mais beaucoup plus pour signifier ses propres décisions que pour demander des avis.

Des .conseillers ou « Vadin-tany », sortes de « missi dominici ')), étaient, en temps normal, les intermédiaires entre le roi et ses sujets.

Le pays était divisé en deux séries de fiefs : les menahe, relevant directement de la couronne, et les menakély relevant des membres de la famille royale. Ces fiefs étaient subdivisés en circonscriptions ou « fokon-tany », dont les membres ou « foJcon' olona » formaient une sorte de commune administrée par tin chef élu, le « mpiadidy », assisté d'un conseil formé de 'notables et de vieillards, qui avait des pouvoirs très étendus au point de vue administratif, judiciaire et social.

Les impôts, généralement payés en nature, étaient insignifiants.

Tous les travaux d'utilité publique étaient exécutés par la corvée, obligatoire et gratuite, mais équitablement répartie et assez douce.

Sous les successeurs d'Andrianampoinimerina, cette administration débonnairement despotique se modifia. La corvée pesa lourdement sur le peuple, les impôts furent accrus sans limite. En même ttemps l'autorité royale s'émietta, passa entre les mains des nobles, indépendants en fait dans leurs fiefs, et la reine n'eut plus qu'un pouvoir nominal.

Rainilaiarivony, Premier Ministre, d'extraction roturière, époux successif de toutes les reines depuis Rasoherina (1864), sapa petit à petit, avec une continuité de vues remarquable, l'autorité des nobles qu'il haïssait, et, bien qu'il déclarât toujours parler et agir au nom de la Reine, accapara tout le pouvoir.

De 1864 à 1878, il affermit sa puissance par la force et la ruse ; puis, par des séries de mesures, il centralisa entre ses

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mains et celles de ses créatures, toutes les affaires et anéantit toutes les vieilles institutions féodales ^.

Par l'institution des « Sakaizambohitra )) (1878) oii « Amisdes-villages », il enleva l'autorité aux nobles pour la donner à des fonctionnaires de condition infime. Mais il n'en résulta aucun profit pour les populations qui, pressurées comme avant par les seigneurs, le furent encore, de surcroît, par les nouveaux fonctionnaires et par les parents et les créatures du Premier Ministre.

La centralisation excessive des affaires, la perturbation causée par la nouvelle institution et, surtout, le dessein de faire croire aux puissances étrangères que son gouvernement était calqué sur celui des nations civilisées, amenèrent plus tard Rainilaiarivony à promulguer, en 1885, un nouveau Code, dit des 305 articles, oii l'influence européenne se manifestait par la création de huit ministères, d'un Conseil privé et d'un Cabinet distinct du ministère, organismes auxquels toutes les questions devaient être soumises. En outre, ce Code consacrait une sorte de droit coutumier en vigueur depuis un temps immémorial. Mais toutes ces nouveautés n'existèrent... que sur le papier et l'autorité demeura concentrée entre les mains du puissant dictateur.

Quelques années plus tard, Rainilaiarivony, préoccupé par de graves complications extérieures (conflits avec la France notamment), se désintéressa des questions intérieures. De 1881 à 1885 il laisse le fokon'onola acquérir une autonomie de plus en plus large. Aux Sakaizambohitra, devenus des « Antily » ou « surveillants », désignés par le pouvoir central et très impopulaires, succédèrent des « gouverneurs madinika », (« petits-gouverneurs » ou « sous-gou\»erneurs »), désignés par le fokon'olona tout entier.

Mais tout cet édifice n'était que surface. Les fonctionnaires ne recevant aucune solde, chacun devait vivre de ses fonctions, et il n'y avait, aux exactions, d'autres limites que celles qu'imposait une conscience des plus élastiques. Aucune sécurité matérielle ni morale ne pouvait exister en Imerina. Il y en avait encore moins dans les provinces excentriques.

(') Pour plus de détails voir Histoire des Tribus de Madagascar.

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