CHAPITRE X — GéOGBAPHIE ADMINISTRATIVE
2" Régions soumises aux Merina. — La partie de Madagascar soumise aux Merina était divisée en 11 provinces aux limites indécises, comprenant chacune une tribu : Antsihanaka, Bezanozano, Betsiléo, Betsimisaraka, Antaimoro, Antanosy, Bara, Fiherenana, Menabe, Boina, Antankarana.
Ces provinces étaient administrées par un gouverneur général, assisté de gouverneurs particuliers en nombre très variable. Ces gouverneurs étaient pris parmis les nobles ou les Hova, plus rarement parmi les Mainty, mais jamais parmi les parents des anciens rois. Les principaux avaient, auprès d'eux, un ou deux gouverneurs subalternes qui les aidaient et surtout les surveillaient pour le compte du Premier Ministre. Sous leurs ordres étaient des chefs de village nommés par eux. Des messagers, ou « tsimandoa », assuraient les communications entre les provinces et Tananarive, et jouaient le rôle d'agents de renseignements.
L'es gouverneurs achetaient leurs postes souvent fort cher, et n'avaient d'autre désir que celui de s'enrichir. Ils étaient maîtres absolus dans leurs fiefs qu'ils exploitaient durement. Ils levaient des troupes, rendaient la justice, faisaient rentrer les impôts et exécuter les corvées. Mais seuls étaient enrôlés ceux qui ne pouvaient leur donner une somme assez forte ; les procès étaient gagnés par le plus offrant ; quant aux impôts, dont le taux et l'assiette dépendaient de leur bon plaisir, la plus grosse part restait entre leurs mains, et la corvée n'avait d'autres limites que celles qu'il leur plaisait de lui assigner. Souvent ils monopolisaient le commerce de leur province.
Ils habitaient, avec leurs officiers et leurs soldats, des camps retranchés appelés <( Rova », quelquefois défendus par des canons. Les communications avec Tananarive étaient assurées par des séries de postes retranchés qui jalonnaient la route, et dont la garnison se composait de soldats à la fois commerçants et cultivateurs. Les deux principales lignes étaient celle du Boina, vers Anorontsangana et celle du Menabe vers Morondava.
Au début, le dessein des Merina était moins d'asseoir sur tout le pays une domination étroite que de s'emparer des ports pour contrôler le commerce, monopoliser les achats d'armes et de munitions et percevoir des droits de douane. La con-
quête définitive se fut faite plus tard. Leur procédé de pénétration, d'une prudente et patiente ténacité, était très simple : Tout autour de rimerina était une ceinture de postes fortifiés, sortes de « Marches », peuplées de colons militaires. De ces postes étaient envoyés, dans des villages choisis avec soin, des commerçants et des cultivateurs. Leur nombre grossissait insensiblement, puis ils se transformaient en soldats et la conquête était faite. Ensuite op poussait plus avant.
Tout d'abord l'administration était fort douce, mais, quand elle était bien assise, le joug devenait de plus en plus dur. Souvent les populations se soulevaient. Les répressions étaient féroces : villages détruits, forêts brûlées, troupeaux razziés, habitants massacrés, torturés, survivants réduits en esclavage. Elles furent fréquentes chez les Sakalava qui éprouvent encore aujourd'hui pour les Merina une haine qui ne désarme pas.
3° Régions indépendantes. — Les régions indépendantes étaient administrées par une multitude de chefs dont le pouvoir, théoriquement, était absolu, mais en réalité très limité par l'influence de leur entourage et la turbulence de leurs sujets, en sorte que ces « souverains » étaient très respectés mais peu obéis. Comme le pouvoir était exercé de façon très différente suivant les tribus, nous ne saurions entrer ici dans des détails.
Essais de Colonisation française.
Madagascar fut découverte le 10 Août 1500, par les Portugais qui y installèrent de petits postes de commerce et d'évangélisation vite abandonnés, et détruisirent les riches établissements arabes du N.-O.
En 1529, les frères Parmentier, de Dieppe, abordent sur la côte 0. Cent ans plus tard, en 1628, le Capitaine Goubert s'installe à Ste-Luce, mais sans succès.
En 1642, le Capitaine Rigaud, de Dieppe, obtint de Richelieu une charte créant la Compagnie de l'Orient pour exploiter Madagascar. Une expédition y est envoyée sous le commandement de Pronis. Celui-ci s'installe d'abord à Ste-Luce, puis à Taolangara oii il fonde une ville qu'il appelle Fort Dauphin, Mais
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n'ayant réussi qu'à mécontenter ses compagnons et les indigènes, il fut templacé par Flacourt (1648-1655).
Malgré un séjour de près de 7 années le nouveau chef ne réussit pas davantage, rayant surtout procédé par guerres et pillages, îîéanmoins il a laissé sur le pays un livre fort exact que l'on consulte encoce avec fruit.
La Cie de l'Orient, ayant échoué, fut remplacée par la Cie des Indes Orientales, qui ne fut pas plus heureuse. Elle donna à Flacourt une série de successeurs qui, sans secours de la Métropole, ne purent rien faire et, en 1672, Fort-Dauphin fut évacué. Toutefois, en 1686, Louis XIV prit soin de réunir Madagascar au domaine de la Couronne : ce fut l'origine légale de nos droits.
En 1768, M. de Maudave voulut reprendre l'œuvre de Flacourt et baser son établissement sur l'exploitation économique et les alliances pacifiques avec les indigènes. Mais il ne fut ni aidé ni soutenu par les gouverneurs de Bourbon et il abandonna Fort- Dauphin l'année suivante.
Pendant tous le xyiii"^ siècle nos navires fréquentèrent assidûment la côte E. pour s'y ravitailler et s'y radouber et nous acquîmes des droits nouveaux. En 1750, la reine Béti nous céda Ste-Marie ; en 1767, nous occupâmes Foulpointe et Tintingue. En 1772, un Polonais, Benyov^sky fonda, au fond de la Baie d'Antongil, un établissement, d'abord prospère, mais que l'hostilité des gouverneurs de l'Ile de France empêcha de se développer.
Sous la Révolution les traitants de Maurice et de Bourbon maintinrent sur la côte quantité de postes commerciaux. Sylvain Roux fut nommé Agent général à Tamatave, mais, en 1811, l'Angleterre s'empara de Tamatave et de tous nos établissements, et porta un rude coup à notre influence. Les traités de 1814 nous laissèrent cependant Bourbon et Madagascar, dont nous reprîmes possession en 1818. Alors commença, entre la France et les souverains d'Imérina, que l'Angleterre soutint et excita contre nous, une longue lutte qui ne prit fin qu'en 1896.
En 1818, nous reprîmes possession de Ste-Marie et Tintingue, en 1819 de Foct-Dauphin. Des comptoirs furent ouverts un peu
partout sur la côte, mais nous ne tardâmes pas à entrer en conflit avec Radama P^ Une expédition commandée par Gourbeyre bombarda Tamatave en 1829 ; toutefois l'amiral fut mal soutenu par Charles X, puis par Louis-Philippe ; le résultat fut nul et nous ne conservâmes, sur la côte, que de précaires relations commerciales. Dès ce moment le gouvernement d'Imérina devint intraitable vis-à-vis de nous. En 1840, Nossi-Bé et la côte N.-O. furent placées par les roitelets Sakalava, sous le protectorat français.
Sous le second Empire deux Français : Jean Laborde, qui créa des établissements industriels et fit de grands travaux, merveilleux pour l'époque, et Lambert, ess-ayèrent d'établir avec rimerina des relations suivies. Ils n'obtinrent aucun résultat sous Ranavalona I, mais, à la mort de celle-ci, Radama II son successeur, leur accorda de vastes privilèges par une charte qui, si elle eut été observée, aurait établi en fait le protectorat économique de la France sur Madagascar. Malheureusement Radama II fut assassiné par un parti rétrograde ; Rasoherina, qui lui succéda, ne voulut pas ratifier les engagements de son prédécesseur, et le Gouvernement français n'eut pas l'énergie de défendre nos droits.
A la mort de J. Laborde le gouvernement malgache refusa à ses héritiers le droit de prendre possession de leur héritage ; de plus les Sakalava du N.-O., nos protégés, étaient constamment molestés. Une expédition fut préparée. En 1882, le Commandant Le Timbre abat les pavillons merina de la côte N.-O. ; en 1883, l'amiral Pierre chasse les soldats de la Reine de leurs garnisons de cette même côte N.-O. et s'empare de Majunga puis de Tamatave.
Sur ces entrefaites, Ranavalona II meurt et est remplacée par Ranavalona III, mais rien n'est changé dans la politique malgache. En 1884, les hostilités reprennent. L'Amiral Miot occupe Diégo-Suarez, le Capitaine Pennequin bat les Merina à Andampy, avec le concours des Sakalava, et les ports de la côte E. sont bombardés. Un traité fut signé le 17 décembre 1885. Il nous cédait le territoire de Diégo-Suarez et reconnaissait implicitement notre protectorat sur Madagascar. Un résident devait s'installer à Tananarive avec une escorte. Mais ce traité