LIVRE III
semblable); on conçoit également qu'il se soit trouvé des personnes, comme voilà Gratès de Mallos et d'autres encore, qui, conciliant leur foi dans ces traditions historiques avec le respect dû à la grande érudition d'Homère, ont fait de ses poèmes un sujet de discussions scientifiques. En revanche, il y a des auteurs qui • ont compris l'œuvre du , poëte de façon si rustique, on peut dire, que, non contents îde lui refuser, comme ils auraient pu faire au fossoyeur |)U au simple moissonneur, la science et l'érudition proprement dite, ils ont traité d'insensé quiconque avait pu sou- ''mettre ses poëmes à ime étude, à un examen scientifique ; et jusqu'ici personne, soit parmi les grammairiens, soit parmi les mathématiciens, n'a osé entreprendre une défense en règle d'Homère, ni même rectifier ou contredire d'une façon quelconque les assertions de ces auteurs. Il me semble pourtant possible de justifier Homère de la plupart des reproches qu'on lui a adressés et de rectifier qui plus est mainte erreur de ses critiques, notamment celles où ils sont tombés, pour avoir cru aux mensonges de Pythéas, dans l'ignorance complète oii ils étaient de la géographie des contrées qui bordent l'Océan à l'O. et au N. delà terre habitée. Mais laissons ce sujet, qui demanderait à être traité d'une manière spéciale avec tous les développements qu'il comporte.
5. Quant à ces migrations des Hellènes chez les peuples barbares, il y a lieu de croire qu'elles avaient eu pour cause le morcellement de la nation hellénique en tant de petites fractions ou États, que l'orgueil empêchait de former aucun lien ensemble, ce qui les laissait sans force contre les agressions venues du dehors. Ce même orgueil présomptueux existait au plus haut degré chez les Ibères, joint à un caractère naturellement faux et perfide. Habiles à surprendre leur ennemi, ces peuples ne vivaient que debrigandages, risquant bien de petits coups de main, mais jamais de grandes entreprises, faute d'avoir su doubler leurs forces en fondant une ligue ou confédération puissante. Autrement, s'ils avaient consenti à unir leurs armesy
on n'eût point vu la meilleure partie de leur pays si facilement envahie et conquise par les Carthaginois et plus anciennement encore par les Tyriens, puis par les Celtes, les mêmes que Ton nomme aujourd'hui Geltibères etVérons, et plus récemment par Yiriathe, un brigand, par Sertorius et par maint autre chef jaloux, comme lui, d'agrandir son empire. Après quoi, vinrent les Romains qui, ayant attaqué et vaincu une à une chaque tribu ibère ^ , perdirent il est vrai beaucoup de temps dans cette longue suite de guerres partielles, mais finirent après deux cents ans et plus par voir le pays tout entier réduit en leur puissance. — Reprenons la description méthodique de l'Ibérie.
6. Passé Abdères, la première ville qui se présente est Garthage-la-Neuve, laquelle fut fondée par Asdrubal, successeur de Barca, le père d'Annibal. De toutes les villes de cette contrée, elle est assurément la plus puissante. Une situation naturellement forte, un mur d'enceinte admirablement construit, la proximité de plusieurs pprts, d'un lac ou étang et des mines d'argent dont nous avons parlé plus haut, tels sont les avantages qui la distinguent. On trouve aussi aux environs de nombreux établissements à saler le poisson. Enfin cette ville est le principal entrepôt où se rendent à la fois les populations de l'intérieur pour s'approvisionner des denrées venues par mer, et les marchands étrangers pour acheter les produits venus de l'intérieur du pays. Entre Carthage-la-Neuve et Tembouchure de l'Èbre, presque à moitié chemin, on rencontre le cours du Sucron * avec une viUe de même nom à son embouchure. Ce fleuve prend sa source dans un des contreforts de la chaîne de montagnes qui domine Malaca et le territoire de Carthage ; il est guéable, presque parallèle à l'Èbre et un peu nàoins éloigné de Carthage qu'il ne Test de l'Èbre. Entre le Sucron, maintenant, et Carthage, et à une faible distance
l. 'Pwjiaîol T* tàv xaxà (fcipi| «pè« toùç 'iSufoç fc&UyjO'» xai' Udffnjv iitfxixxovzK; luvo^Tciav, au lieu de P. t. tÇ xot* (*,Î^i| ic. t. 'I. itoXijtilv xaO' Ixàffnjv iià taOTTiv
tV «wvaffTilav, correcUon de M. Mûller. cf. Meineke, Vind, Strab., p. 3i.— 2. Les Mss. portent Socron,