Voy. Mûlier, Index var. leci,, p. 958, col
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puisque la sauvagerie est le fait des populations qui vivent dispersées dans des bourgs et que la plupart des Ibères sont des sauvages, sans compter que les villes elles-mêmes ne peuvent guère exercer leur influence civilisatrice, quand la majeure partie de la population continue à habiter les bois et menace de là la tranquillité de leurs voisins.
14. Aux Celtibères, dans la direction du midi, succèdent les peuples qui habitent TOrospeda et la plaine du Sucron : ces peuples sont, outre les Sidétans, qui s'étendent jusqu'à Garthage^ les Bastétans et les Orétans, qui s'étendent, eux, presque jusqu'à Malaca.
15. Dans leurs guerres, on peut dire que les Ibères n'ont jamais combattu autrement qu'en peltasteSy car, par suite de leurs nabitudes de brigandage ils étaient tous armés à la légère et ne portaient, comme font, avons-nous dit, les Lusitans, que le javelot, la fronde et Tépée. Â leur infanterie pourtant était mêlée aussi quelque cavalerie : les chevaux en ce pays sont dressés à gravir les montagnes et à fléchir promptement les genoux, quand il le faut, à un signal donné. L'Ibérie produit un grand nombre de chamois et de chevaux sauvages; ses lacs ou étangs abondent en oiseaux [aquatiques], tels que cygnes et espèces analogues; on y voit aussi beaucoup d'outardes, et, sur le bord des fleuves, des castors. Mais le castoreum d'Ibérie n'a pas toutes les vertus que possède celui du Pont; les propriétés médicales, notam* ment, ne se trouvent que dans ce demieri ce qui est vrai du
' reste aussi de mainte autre substance, du cuivre de Cypre, par exemple, puisque, au dire de Posidonius, il est le seul qui donne la cisdmie, le vitriol Bt le spodium. En revanche, Posidonius nous signale, conmie une exception appartenant en propre à Tlbérie, cette double particularité que les corneilles y sont aussi noires^ [que des corbeaux], et que la robe des chevaux celtibériens, qui est naturellement miroi^ tée, change de couleur du moment qu'on les fiait passer dans
1. Voy. sur la négation ajoutée par Casaubon Meineke, ibid., p. 36 : « Quid enim miraculi habent comices non nigrx?»M, MûUer, de son côté, pense que Posidonius faisait allusion ici à l'espèce de corneilles dites corbineSt qu'il n'avait sans doute pas observée ailleurs qu'en Ibérie*
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la province Ultérieure. H ajoute que ces chevaux ressemblent à ceux desParthes, en ce qu'ils ont de même incomparablement plus de vitesse et de fond que les autres.
16. Les plantes tinctoriales abondent en Ibérie. Quant aux arbustes, tels que l'olivier, la vigne, le figuier et autres semblables, ils croissent tous en quantité sur les côtes qui bordent notre mer et sur une bonne partie aussi des côtes de la mer Extérieure. S'ils ne viennent pas également sur la côte septentrionale, c'est le firoid qui en est cause, mais, sur les autres points ^n littoral de l'Océan, c'est la faute des populations, de leur négligence et de l'état d'abjection dans lequel elles se complaisent par routine, ne cherchant pas le bien-être, mais seulement le strict nécessaire et la satisfaction de leurs instincts ou appétits brutaux, à moins qu'on ne suppose que c'est par un amour raffiné du bien-être, que les hommes et les femmes, chez ces peuples, emploient pour se laver et se nettoyer les dents l'urine qu'ils ont laissée croupir dans des réservoirs, comme font, dit-on, les Gantabres et leurs voisins. Cette coutume-là, à vrai dire, et celle de coucher sur la dure existent aussi bien chez les Celtes que chez les Ibères. Suivant quelques auteurs, les Callaïques sont athées; mais les Celtibères et les peuples qui les bornent au nord ont une divinité sans nom, à laquelle ils rendent hommage en formant, tous les mois, à l'époque de la pleine lune, la nuit, devant la porte de leurs maisons, et chaque famille bien au complet, des chœurs de danse qui se prolongent jusqu'au matin. Les mêmes auteurs racontent, au sujet desVettons, que les premiers d'entre eux qui mirent le pied dans un camp romain crurent, en voyant les centurions aller et venir pour se promener, que c'étaient des fous et voulurent les reconduire à leurs tentes, ne concevant pas que des hommes pussent faire autre chose, quand ils ne combattaient pas, que de rester en place tranquillement assis ou couchés.
17. U y a quelque chose de barbare aussi, à ce qu'il semble, dans la forme de certains ornements propres aux femmes d'Ibérie et que décrit Ârtémidore. Dans quelques
cantons, par exemple, les femmes se mettent autour du cou des cercles de fer supportant des corbeaux ou baguettes en bec de corbin, qui forment un arc au-dessus de la tête et retombent bien en avant du front ; sur ces corbeaux elles peuvent, quand elles le veulent, abaisser leurs voiles qui, en s'étalant, leur ombragent le visage d'une façon très-ëlégante à leur gré ; ailleurs, elles se coiffent d'une espèce de tympanium ou de petit tambour, parfaitement rond à l'endroit du chignon, et qui serre la tête jusque derrière les oreilles, pour se renverser ensuite en s'évasantpar le haut. D'antres s'épilent le dessus de la tête, de manière à le rendre plus luisant que le front lui-même. Il y en a enfin qui s'ajustent sur la tête un petit style d'un pied de haut , autour duquel elles enroulent leurs cheveux et qu'elles recouvrent ensuite d'une mante noire. Indépendamment de& détails qui précèdent sur les mœurs étranges de l'Ibérie, nous trouvons dans les historiens et dans les poètes mainte détails [plus étranges encore]^, je ne dis pas sur la bravoure, mais sur la férocité, sur la rage bestiale des Ibères, et en particulier de ceux du nord. On raconte par exemple que, dans la guerre des Gantabres, des mères, tuèrent leurs en&nts ponr ne pas les laisser tomber aux mains des Romains; un jeune garçon, dont le père, la mère et les frères étaient enchaînés, les égorgea tous, sur Tordre de son père,k l'aide d'un fer qui lui était tombé sous la main ; une femme égorgea de même tous ses compagnons de captivité. On vit enfin un prisonnier, que des soldats ivres s'étaient fait amener au milieu d eux, se précipiter de lui-même dans les flammes d'un bûcher. Tous ces traits-là , disons-le, se retrouvent chez les Celtes, les Thraces et les Scythes, le courage ( et j'entends le courage des femmes aussi bien que celui des hommes *) étant une vertu commune à toutes les nations barbares. Toutes ces femn^s barbares, en effet, tra-
. 1. Ifous avons traduit d*après la restitution proposée par M. Mttller : -rz^iq
9à T{i àifitif (an lien de dXv)Oet^) rg toiaxmn icoXXà [xal àv)6l(rttpa1 ctfirrat Mil p.(}u»-
Uiixtu, — 2. Groskurd et Meineke sont d'avis qu'on retranche de cette piirase les
motS-niv Te Tiûv ovîçHv xai.
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vaillent à la terre ; à peine accouchées , elles cèdent le lit à lenrs maris et les servent. Souvent même, elles accouchent dans les champs, lavent leur en&nt dans le courant d'un ruisseau près duquel elles s'accroupissent, et Temmaillottent elles-mêmes. En Ligurie, par exemple, Posidonius entendit conter à un certain Gharmolaûs de Massalia, son hôte, le fait suivant : il avait pris pour lui bêcher un champ des ouvriers à la journée, des hommes et des femmes; tme de ces femmes ayant ressenti les premières douleurs de Tenfantement s'écarta un mroment de l'endroit où elle travaillait, accoucha et revint aussitôt se remettre à la besogne, pour ne pas perdre son salaire. Gharmolaûs s*aperçut qu'elle travaillait avec peine, mais sans en deviner d'abord la cause, il ne l'apprit que tard dans la journée, la paya alors et la renvoya. Quant à elle, après avoir porté le nouveau-né à une fontaine voisine et l'y avoir lavé, elle l'enveloppa comme elle put, et le rapporta chez elle sain et sauf. 18. Un autre usage des Ibères, mais qui ne leur est pas particulier non plus, c'est de monter à deux le même cheval, l'un des deux cavaliers mettant pied à terre au moment du combat. De même Tlbérie n'est pas seule à avoir souffert des invasions de rats et des maladies épidémiques qui en sont le plus souvent la suite. Les Romains éprouvèrent par eux-mêmes en Gantabrie les effets de ce fléau, et durent, pour s'en délivrer, organiser une chasse en règle, avec promesse publique d'une prime par tant de rats tués ; même ainsi, ils eurent de la peine à échapper à la contagion, d'autant que la disette était venue aggraver leur position : réduits à tirer d'Aquitaine leur blé et leurs autres approvisionnements, ils ne les recevaient qu'à grand'péine, vu l'extrême difficulté des chemins. Mais, puisqu'il est question des Gantabres, rappelons encore un trait qui montrera jusqu'où pouvait aller leur exaltation féroce : on raconte que des prisonniers de cette nation, mis en croix, entonnèrent leur chant de victoire. Assurément de tels traits dénotent quelque chose de sauvage dans les mœurs. En voici d'autres, en revanche, qui, sans avoir encore le caractère
de la civilisation, ne sont pourtant plus le fait de brutes. Ainsi, chez les Cantabres, l'usage veut que ce soit l'époux qui apporte une dot à sa femme, et les filles qui héritent, à û charge de marier leurs frères, ce qui constitue une espèce de gynaecocratiCyTégime qui n'est pourtant pas précisément politique. Un autre usage ibérien c'est de porter habituellement sur soi* certain poison qui se prépare dans le pays à l'aide d'une plante semblable à Tache et qui tue sans douleur, pour avoir ainsi une ressource toujours prête contre les malheurs inattendus ; enfin il n'y a que les Ibériens pour se dévouer comme ils font à ceux auxquels ils sont attachés, jusqu'à subir la mort pour eux. 19. Quelques auteurs divisent, avons-nous dit, Tlbérieen quatre parties, d'autres y comptent jusqu'à cinq divisions. Mais on ne peut rien préciser à cet égard par suite des changements politiques survenus en ce pays et du peu de célébrité attaché à son nom. Quand il s'agit de contrées bien connues, de contrées célèbres, on est à même d apprendre tout ce qui s'y est passé en îaii de migrations de peuples, de divisions de territoire, de changements de noms et de circonstances analogues, car il ne manque pas de gens pour vous en informer, parmi les Grecs surtout, qui sont bien les plus communicatifs des honmies'. Mais s'agit- il de contrées barbares et lointaines, divisées qui plus est et comme démembrées en beaucoup de petits pays, les documents deviennent rares et peu certains et l'ignorance s'accroît, à proportion que lesdites contrées sont plus distantes de la Grèce. A vrai dire, les historiens latins cherchent à imiter ceux de la Grèce, mais ils n'y réussissent qu'imparfaitement, se contentant de traduire ce qu'ont dit les Grecs, sans montrer par eux-mêmes une bien vive curiosité. Il en
1. Voy. Index var. lect.^ p. 959, col. 1, 1. 6, les doutes qu'émet M. MûUer sur le mot «of aTiOtdlai. — 2. M. Meineke rejette comme une glose les mots ol "kakitnaxo. rdvxitfv fifévam., mais puisque, de son aveu, Strabon n'emploie jamais le mot <}^AtU en mauvaise part, pourquoi ne pas supposer que le mot Xa^io^aToi pouvait avoir aussi dans sa bouche une signilication adoucie, une signification moins désobligeante que le sens habituel de bavards? C'est cette nuance que nous avons cherché k, rendre dans notre traduction.