‹ Geographie De StrabonChapitre 117 sur 181 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

pleine mer, mais les Pityiisses, quoique plus occidentales, se trouvent par le fait plus au large que les Gymnésies *. L'une des deux se nomme Ebysus et contient une ville de même nom ; elle a 400 stades de circuit et à peu près la même étendue en largeur qu'en longueur. L'autre île, nommée Ophiussa, est déserte, beaucoup plus petite qu'Ebysus, et très-rapproehée .d'elle. Des deux îles Gymnésies, la plus grande renferme deux villes, Palma et Polentia, situées, lune, dans la partie orientale, et l'autre, dans la partie occidentale. L*île n*a guère moins de 600 stades en lougueur, et, en largeur, guère moins de 200. Artémidore, lui, compte le double pour Tune et pour Tautre dimensions. L'autre île, plus petite, est à [400]* stades environ de Polentia; très-inférieure à la plus grande sous le rapport de l'étendue, elle n'a rien k lui envier sous le rapport des avantages naturels, car toutes deux sont fertiles et pourvues de bons ports : seulement, à Ventrée de ces ports se trouvent des écueils qui exigent quelque précaution quand on vient delà mer. L'heureuse nature des lieux fait que les habitants de ces îles, tout comme ceux d'Ebysus, sont d'humeur pacifique. Mais la présence parmi eux de quelques scélérats qui avaient fait alliance avec les pirates de la mer Intérieure suffit aies compromettre tous, et donna lieu à l'expédition de Métellus, qui y conquit le surnom de Balèarique et y fonda en même temps les villes dont nous avons parlé. Du reste, tout pacifiques que sont les habitants de ces îles, ils se sont fait, en repoussant les fréquentes agressions auxquelles les exposaient leurs richesses, la réputation des frondeurs les plus adroits qu'il y ait au monde ; et, si ce qu'on dit est vrai, leur supériorité dans le maniement de cette arme remonterait à l'époque où les Phéniciens occupèrent ces îles. On croit aussi que ce sont les Phéniciens qui ont introduit chez ces peuples l'usage des tuniques à large bordure de pourpre. [Auparavant ils ne connaissaient que les tuniques

1. Voy. Mûller : Index var. lect., p. 959, col. l, 1. 86. — 2. Yoy. y fndex var. lect., p. 959, col. i, 1. 51, comment M. Mûller explique ce changement

de nomhro.

unies et la grossière sisyrne^]^ qu'ils quittaient même pour marcher au combat, ne gardant alors qu'un bouclier passé dans leur bras [gauche], tandis que leur main [droite] brandissait une javeline durcie au feu et quelquefois armée d'une petite pointe de fer. Ils portaient en outre, ceintes autour de la tête, trois frondes faites de mélancranis*^ de crin ou de boyau, une longue pour atteindre Tennemi de loin, une courte pour l'atteindre de près, et une moyenne pour l'atteindre quand il était placé à une distance médiocre. Dès l'enfance, on les exerçait à manier la fronde, et, à cet effet, les parents ne donnaient à leurs enfants le pain dont ils avaient besoin que quand ceux-ci avec leurs frondes l'avaient abattu de l'endroit où il était placé. Métellus connaissait leur adresse, et, quand il fut pour aborder dans leurs îles, il fit tendre des peaux au-dessus du pont de chaque navire pour que ses hommes fussent abrités contre les projectiles des frondeurs gymnésiens. H amenait avec lui 3000 colons pris parmi la population romaine de Tlbérie.

2. A leur fertilité naturelle ces îles joignent un autre avantage, c'est qu'on aurait peine à y rencontrer aucune bête nuisible. Les lapins eux-mêmes, à ce qu'on assure, n'y sont point indigènes, mais un des habitants ayant apporté de la côte voisine un mâle et une femelle, ce premier couple fit souche, et telle fut l'abondance avec laquelle la race de ces animaux multiplia tout d'abord, que les populations, voyant leurs maisons et leurs arbres sapés et renversés, en furent réduites, avons-nous dit, à chercher un refuge auprès des Romains. Aujourd'hui heureusement l'habileté des chasseurs ne laisse plus le fléau prendre ainsi le dessus et les propriétaires sont libres de cultiver leurs terres avec profit. — Les îles dont nous venons de parler sont situées en deçà des Colonnes d'Hercule.

t. Sur la restitution de ce passage, voy. Meineke : Vind. Strab.^ p. 37. Cf. MûUer : Ind. var. lect.y p. 959, col. 2., lig. 8. — 2. Le Schœnus mucroriatus, suivant Sprengel; mais, plus vraisemblablement, suivant Fraas, le Schœnus ni0ricaru. Voy. Meyer, ouvr. cité, p. 9. Quant à la citation de l'Hermenia, ou mieux de l'Hermès de Philétas, nous l'avons supprimée comme une glose évidente, d*après la double autorité de MM. Meineke et MùUer.

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