LIVRE m
nèse, les Ioniens ayant inscrit sur la face qni regardait la Mégaride
c Ceci n'est point le Péloponnèse, mais bien Tlonie, >
tandis que les autres avaient gravé ces mots sur la face opposée :
te Ceci est le Péloponnèse et non llonie. >
Ajoutons qu'Alexandre, lui aussi, pour marquer le terme de son expédition dans l'Inde, voulut élever des autels à Tendroit même où s'était arrêtée sa marche victorieuse vers Textrême Orient, pour imiter ainsi ce qu'avaient fait avant lui Hercule et Bacchus. C'était donc là, on le voit, une très-ancienne coutume.
6. Mais il est naturel, en même temps, de penser que les lieux où furent érigés des monuments de ce genre en empruntèrent les noms, surtout après que le temps eut détruit les monuments eux-mêmes. Les autels des Philènes, par exemple, ne subsistent plus aujourd'hui, et cependant l'emplacement où ils s'élevaient a retenu leur nom. Et dans l'Inde, où il est constant que nul voyageur n'a vu debout les Colonnes d'Hercule et de Bacchus, il a bien fallu que le nom ou l'aspect de certains lieux rappelât aux Macédoniens tel ou tel détail de l'histoire de Bacchus ou d'Hercule pour qu'ils se soient vantés d'avoir atteint les Colonnes de ces héros. On peut donc croire qu'ici pareillement les premiers conquérants ont voulu marquer le terme de leurs courses par des bornes ou d'autres monuments faits de main d'homme, tels que autels, tours ou colonnes élevés dans les lieux les plus remarquables de la contrée lointaine où ils étaient parvenus, et quels lieux plus remarquables que l'ouverture d'un détroit, ou le haut des falaises qui le bordent, ou le rivage des lies et îlots qui l'avoisinent, quels lieux plus propres à faire reconnaître soit le' commencement soit la fin d'un pays? Puis, ces monuments faits de main d'homme auront disparu, et leur nom aura passé tout naturellement aux lieux où ils s'élevaient naguère, soit qu'on veuille retrouver ces lieux dans les uetites îles dont nous avons parlé, soit qu'on
les reconnaisse dans les deux promontoires qui forment le détroit, car il est difficile de décider k qui des promontoires on des îles le nom de Colonnes convient le mieux, les colonnes ressemblant à vrai dire autant aux uns qu'aux autres, en ce sens du moins que leur emplacement est toujours choisi de façon à faire distinguer de prime abord Tentrée ou la sortie d*un pays, tout comme on reconnaît dans un détroit, dans le détroit de Calpé par exemple ou dans tel autre qui lui ressemble, le commencement ou la fin d'ane même mer, suivant qu'on s'y engage par le côté extérieur ou par le c6të intérieur, ce qu'exprime au mieux \jd nom de Bouches donné quelquefois aussi à ces détroits. Et, en effet, si les deux petites îles, qui sont placées aux abords du détroit ou des Bouches de Calpé et qui par leurs contours nets et bien dessinés semblent faites exprès pour servir de points de repère ou de signaux, se prêtent à merveille à ce qu'on les compare à des colonnes , la comparaison n'est pas moins juste s'appliquant aux montagnes qui dominent le détroit, vu que la cime des montagnes se détache dans l'air comme la pointe d'une pyramide ou le faîte d'une colonne. Il n'est pas jusqu'à l'expression de Pyles on de Portes Gadîrides employée par Pindare, qui ne soit parfaitement exacte, du moment qu'on prétend retrouver les Colonnes d'Hercule dans les bouches mêmes de Calpé, les bouches ou détroits ressemblant effectivement à des portes. En revanche, la position de Gadira, presque au milieu d'une longue côte creusée en forme de golfe, n'offre aucune analogie avec l'emplacement d'une borne ou limite extrême; et ce qui nous parait moins raisonnable encore c'est qu'on ait voulu rapporter tout ce qui s'est dit des Colonnes d'Hercule à ces colonnes d'airain de l'Heracleum de Gadira, car, pourquoi ce nom de Colonnes est-il devenu si illustre? C'est qu'apparemment les monuments qu'il désignait avaient été, comme les colonnes de l'Inde, érigés par des conquérants et non par des marchands. Ajoutons que l'inscription de l'Heracleum, telle du moins qu'on nous la donne , et par cela seul qu'elle contient, non une pieuse dédicace, mais un