ilom., OfJyfsc'p, V
juste qu'on vienne chercher querelle à ceux qui entendent le poëte ainsi qu'il faut l'entendre.
12. G est pourtant là ce que fait Ératosthène en condamnant l'un et l'autre modes d'interprétation, mais dan s les deux cas il a tort : tort dans le second cas; en ce qu'il prend la peine de réfuter longuement des mensonges notoires et qui ne méritaient pas même un mot de réfutation ; tort dans le premier cas en ce qu'il traite toute poésie de bavardage frivole , qu'il dénie aux connaissances techniques ou géographiques toute efficacité pour former les âmes à la vertu, et que, distinguant les fables en deux classes, suivant qu'elles se rattachent à un théâtre réel, comme Ilion, l'Ida ou le Pélion, ou à un théâtre imaginaire, comme le séjour des Gorgones ou celui de Géryon, il n'hésite pas à ranger dans cette deuxième catégorie le théâtre des erreurs d'Ulysse, prenant même à partie ceux qui le tiennent pour un emplacement réel et nullement fictif, et concluant de leur désîiccord sur tel ou tel point secondaire que ce sont d'effrontés menteurs : c'est ainsi qu'il triomphe de ce qu'on place les Sirènes tantôt sur le Pelorias, tantôt sur les Sirénusses, à plus de 2000 stades de là, tandis qu'à l'entendre le nom de Sirènes désigne ce rocher à triple pointe qui se • pare le golfe de Gumes du golfe Posidoniate. Mais d'abord ledit rocher n'a pas trois pointes, il n'offre même pas à proprement parler de pointe élevée ou de promontoire, car la côte entre Surrentum et le détroit de Caprées décrit une espèce de coude allongé et étroit, avec le temple des Sirènes sur l'un des deux versants et au pied de l'autre versant, c'està-dire du versant du golfe Posidoniate, trois îlots déserts et rocheux, qui sont ce qu'on nomme proprement les Sirènes, tandis que sur le bord même du détroit s'élève un Athe^ nœuon ou temple de Minerve qui donne son nom au coude tout entier.
13. Ajoutons qu'il ne faut pas, sous prétexte que, dans la description de certains lieux,, différents auteurs ne se seront pas accordés de tout point, se tant hâter de rejeter comme fausse la description entière : dans certains cas
même, il y aurait là uoe raison de plus pourcroire k Texaciitude de Tensemble. Dacsl e cas présent, notamment, étant cherché si les erreurs d 'Ulysse ont eu réellement pour théâtre les parages de la Sicile et de l'Italie et si le séjour attribué aux Sirènes s'y trouve réellement quelque part, celui qui les 'place sur le Pelorias est loin sans doute de s'accorder avec celui qui les place aux Sirénusses, mais ni l'un ni l'autre ne diffèrent d'opinibn par rapport à ce troisième qui nous les montre dans les parages de la Sicile et de l'Italie : ils rendent même l'assertion de celui-ci plus probable, par la raison que, sans désigner le même lieu, ils ne sont pas sortis non plus des parages de la Sicile et de l'Italie. Que si quelqu'un maintenant ajoute que le tombeau de Parthénopé, l'une des Sirènes, se voit à Neapolis, cette nouvelle circonstance ne rend-elle pas la chose eucore plus croyable, bien quen nommant Neapolis on ait fait intervenir une troisième localité ? Qu^on rappelle enfin que Neapolis est située précisément dans ce golfe qu'Ératosthène nomme le golfe Gyméen et qui est formé par les Sirénusses, et nous voilà persuadé plus fermement encore que ce sont bien là les lieux qu'habitaient les Sirènes. Assurément nous ne croyons pas que le poète ait sur chaque détail de ce genre pris des informations exactes , l'exactitude est même le moindre mérite que nous exigions de lui, nous ne saurions néanmoins supposer un seul instant qu'il ait pu composer son poème, sans rien savoir de positif sur les erreurs d'Ulysse et sans rechercher où et comment elles avaient eu lieu.
14. Tel n'est pas cependant l'avis d'Ératosthène : Hésiode, oui, à l'en croire, aurait été parfaitement instruit et convaiDcu de la réalité des courses d'Ulysse dans les parsges de la Sicile et de l'Italie, et la preuve qu'il en donne, c'est qu'au lieu de s'en tenir à la nomenclature homérique il a mentionné de plus et l'Etna, et Ortygie, cet îlot situé en avant de Syracuse, et la Tyrrhénie; mais, pour Homère, Ératosthène ne veut pas admettre qu'il ait pu connaître, lui aussi, ces noms et qu'il ait jamais eu la pensée d'assigner des
lieux connus pour théâtre aux erreurs du héros. Eh quoi! Si la Tyrrhénie et TEtna sont des lieux connus de tous, est-ce donc que le Scyllaeum et Gharybde, Gircœum et les Sirénusses soient des lieux complètement ignorés? Ou bien Ératosthène prétend-il que le frivole bavardage des poètes était au-dessous de la majesté d'Hésiode, et qu'il a été réservé à lui seul de suivre toujours les traditions reçues, tandis que le lot d'Homère a été de chanter étourdiment au gré de sa laugue indiscrète ? Mais, indépendamment de ce que nous avons déjà dit du caractère particulier aux mythes homériques, le grand nombre d'historiens qui ont célébré les mêmes faits, joint à la persistance des mêmes traditions dans les localités en question, ne prouve-t-il pas abondamment que ce ne sont pas là des fictions de poètes ou d'historiens, mais bien les vestiges réels de personnages et d'événements; des temps passés?
15. Polybe, qui, lui aussi, a disserté sur le fait des erreurs d'Ulysse, a bien mieux su interpréter la pensée d'Homère : « iÊole, nous dit-il, indiquait d'une voix prophéti- « que les moyens de franchir les parages du détroit rendus € si dangereux par le va-et-vient perpétuel des marées, de € là ce surnom d'arbitre ou de dispensateur des vents, et ce « titre de roi que l'admiration des peuples lui a décerné. « De même Danaiis, pour avoir révélé le gisement des « sources d'Argos, et Atrée, pour avoir enseigné que la ré~ « volution du soleil se fait en sens contraire du mouvement <r du ciel, tous deux en raison de cette faculté de prédire « l'avenir et d'interpréter la volonté des dieux, se sont vus « décorer du titre de rois. De même encore, maints prêtres « égyptiens, chaldéens ou mages, en raison de leur supé- « riorité dans telle ou telle branche de la science, ont ob- <c tenu de nos ancêtres commandements et dignités : de c même enfin, chacun de nos dieux doit les honneurs qu'on « lui rend à ce qu'il est réputé l'inventeur de quelqu'un de <jc nos arts utiles. » Gela dit en façon de préambule, Polybe nie formellement qu'on puisse entendre dans le sens mythique soit le personnage d'yole,, en particulier, soit l'en-
semble de l'Odyssée : quelqaes détails fabuleux sans importance ont bien pu, ajoute-t-il, y trouver place, comme dass le poème de la guerre d'Ilion, mais pour tout le reste le récit que fait le poète des événements, dont les parages de la Sicile ont été le théâtre, ne diffère pas de celui des autres historiens, qui ont rapporté les traditions des différentes localités de Tltalie et de la Sicile. Polybe n'applaudit pas non plus à l'étrange boutade d'Ératosthène s'écriant :
c Le théâtre des erreurs d'Ulysse! Vous le trouverez le jour < où vous aurez trouvé aussi l'ouvrier corroyeur qui a cousu « rouTRE DES Vents, j
Loin de là, il nous montre comment le portrait qu'Homère a fait de Scylla s'applique exactement aux circonstances de la pèche des galéotes, telle qu'elle se fait autour da Scyllœum :
c Sans cesse bondissant autour de son rocher, le monstre c poursuit dauphins et chiens marins; et la proie, même plus c grosse, n^ échappe point à sa rage *, »
Effectivement les thons, réunis en tpoupe, après avoir longe la côte de l'Italie, s'engagent dans le détroit , mais écartés de la côte de Sicile [par la force des courants], ils rencontrent des animaux* de plus grande taille, tels que dauphins, chiens marins et autres cétacés , et deviennent ainsi la proie dont s'engraissent les galéotes, que Polybe nous dit s'appeler aussi espadons et chiem marins. Car ce qui se produit là, dans le détroity^ comme aussi dans le Nil et dans les autres fleuves à l'époque des grandes crues, res* semble tout à fait à ce qui arrive dans les forêts incendiées : les bêtes menacées se rassemblent pour fuir le feu et l'eau et deviennent la proie d'animaux plus forts.
16. Polybe ne s'en tient pas là et nous décrit tout au long la pèche des galéotes, telle qu'elle se fait aux abords du ScyllaBum, On place un homme en vigie, qui doit don-