‹ Geographie De StrabonChapitre 14 sur 181 · Hom., Odyssée, XII · texte numérisé non relu

Hom., Odyssée, XII

ner le signal à la fois pour tous les pécheurs arrêtés au mouillage et montés sur de petites barques hirèmes, deux sur chaque : tandis que l'un conduit la barque, l'autre, debout sur la proue, tient en main un harpon. La vigie signale l'apparition du galéote, qui s'avance d'ordinaire un bon tiers du corps hors de l'eau. La barque le joint et le pêcheur, une fois à portée de sa proie, la frappe de son nai^pon, puis le lui arrache du corps, moins le fer qui est fait en forme de hameçon, et fixé exprès très-mollement à la hampe. On lâche alors à l'animal blessé le long câble attaché au harpon, jusqu'à ce qu'il se soit épuisé à se dé^ battre et à fuir ; puis on le tire à terre ou bien on le recueille dans Ja barque, s'il n'est pas de dimensions énormes. Le harpon tomberait à la mer qu'il ne serait point perdu pour cela, vu qu'on a soin de le faire de bois de chêne et de bois de sapin, pour que, si la partie en £hêne plonge entraînée par son poids, le reste demeure hors de l'eau et se laisse aisément reprendre. Il n'est pas rare que le rameur soit blessé à travers la barque, tant est longue l'épée des galéotes, tant cette pêche par l'énergique résistance de l'animal rappelle le^ dangers de la chasse au sanglier ! « De « tels faits, ajoute Polybe, permettent de conclure, à ce c qu'il semble, que ce sont bien les parages de la Sicile H qu'Homère a entendu assigner pour théâtre aux erreurs € d'Ulysse, puisqu'il attribue à Scylla poursuivant sa proie « les habitudes mêmes des pêcheurs du Scyllseum ; et la c même conclusion se peut tirer des détails qu'il donne au « sujet de Gharybde, vu l'analogie qu'ils présentent avec les < phénomènes qu'on observe dans le détroit. » Quant à avoir dans le vers déjà cité ^,

c Trois fois elle le rejette, etc. »

dit trois fois au lieu de deuXy ce n'est là, suivant Polybe, qu'une erreur sans importance soit de copie, soit d'observation.

l. Hom., Odyssée, XII, 105.

17. t Ce qui se voit à Méninx, poursuit-il, s'accorde « aussi le mieux du monde avec ce qu'Homère a raconté « des Lotophages, » et, si par hasard quelques circonstances ne se rapportent point, il veut qu'on s'en prenne soit anx changements que le temps a pu produire, soit aux défauts de renseignements précis, soit même k la licence poétique ^ laquelle consiste à employer tour h tour Yhistoirey la diathèse et la fable. De ces trois éléments différents, Tun, Thistoire, a la vérité pour fin et intervient dans le Catalogue des vaisseaux^ par exemple, quand le poë te rappelle le caractère propre à chaque lieu, le sol pierreux de telle ville, V extrême éloignement de telle autre, les nuées de colombes que nourrit celle-ci, la proximité où celle-là est de la mer; le second élément, la diathèse, a pour fin principale de produire de Teffet sur les âmes, et intervient par exemple dans les peintures de combats; quant k la fable, son objet, comme on sait, est de plaire et de surprendre. < Mais toujours la fiec tion , dit Polybe, et rien que la fiction, mauvais moyen « pour persuader, procédé anti-homérique ! » Car la poésie d'Homère, tout le monde en convient, est une œuvre philosophique f bien différente par conséquent de ce que la juge Ératosthène, quand il défend d'appliquer k la poésie en général le critérium de la raison, c'est-à-dire le sens commun et d'y chercher aucune notion d'histoire positive. Polybe trouve aussi que le vers suivant,

c Dès là et durant neuf jours je me sentis emporté par des « vents contraires *, » ,

est plus facile à admettre, si on Tenlend d'un faible trajet (car un vent défavorable ne vous pousse jamais directement au but), que si l'on veut y voir Ulysse emporté en plein Océan, comme il aurait pu l'être par des vents favorables soufflant sans interruption. « Encore, ajoute Polybe, en supposant que la distance de Malées aux Colonnes d'Hercule (distance évaluée par lui précédemment à 22500 sta-

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