Vf ao liea de ni^xu, conjectare de Coray
Supposons pourtant que d'ici Ton se transporte dans l'antique Forum et qu'on y promène ses regards sur cette longue suite de basiliques, de portiques et de temples qui le bordent ; ou bien encore que l'on aille au Capitole, au Palatin^ dans les jardins delivie, contempler les chefs-d'œuvre d'art qui y sont déposés, on risque fort, ime fois entré, d'oublier tout ce qu'on a laissé dehors. — Telle est Rome.
9. Quant à la situation respective des autres villes de l'intérieur du Latium, elle peut être fixée, soit [directement], d'après les particularités que quelques-unes d'entre dles présentent, soit [d'une manière indirecte], d'après le parcours des principales voies qui traversent le pays, la plupart des villes du Latium étant situées sur l'une ou l'autre de ces voies, près de l'une d'elles ou entre deux. Le Latium compte trois voies principales, la voie AppiennCy la voie Latine et la voie Yalérienne : la première borde la côte jusqu'à Sinuessa, et la troisième suit la frontière de la Sabine jusqu'au pays des Marses, mais la voie Latine court dans l'intervalle des deux autres jusqu'à ce qu'elle ait rejoint, près de la ville de Gasilinum, c'est-à-dire, à 19 stades de Gapoue, la voie Appienne, dont elle n'est à proprement parler qu'un embranchement : tout près de Rome, en effet, elle s'en détache, prend sur la gauche, franchit [à mi-côte] le mont Tusculan, entre la ville de Tusculum et les premières pentes du mont Albain, et redescend ensuite vers la petite ville d'Algide et la station dite Pictœ ou ad Pictas; elle est rejointe alors par la voie Labicane^ qui, partie de la porte Esquiline, en même temps que la voie Prénestine, laisse cette voiç ainsi que le champ Esquilin sur la gauche, puis se prolonge l'espace de 120 stades et plus jusque dans le voisinage de la colline que dominent les ruines de l'antique Labicum, passe à droite de ces ruines et de la ville de Tusculum et vient enfin, près de Pictae, à 210 stades de Rome, se confondre avec la voie Latine. A partir de là, nous trouvons sur la voie Latine même plusieurs places, plusieurs villes remarquables, Ferentinum notamment, et Frusinon, dont le Cosas baigne les murs, puis Fabrateria près
de laquelle passe un autre cours d'eau, le Tolerus^ Aquinum, qui peut compter pour une importante cité, [Atina ^,] qu'avoisine un fort cours d'eau, le Melpis, Interamnium, qui s'élève au confluent même du Liris et d'une autre rivière, et enfin Casinum, qu'on peut regarder ajissi comme une ville de grande importance. Gasinum est bien réellement la dernière ville de tout le Latium, car Teanum-Sidicinum qui lui succède dépend, ainsi que le marque Tépithète jointe à son nom, de l'ancien territoire des Sidicins, et, comme ceux-ci appartenaient à la nation des Osques, race campanienne aujourd'hui éteinte, il s'ensuit que c'est à la Gampanie qu'il faut attribuer cette ville, la plus considérable de celles que traverse la voie Latine, ainsi que Calés, autre grande ville qui lui fait suite, et qui touche presque à Gasilinum.
1 0 . Que si maintenant nous regardons des deux côtés de la voie Latine, nous voyons à droite, dans l'intervalle qui sépare ladite voie de la voie Appienne, les villes de Setia et de Signia, toutes deux célèbres pour leurs vins : le terroir de Setia en effet est réputé l'un des grands crus de l'Italie et le vin de Signia, le Signin^, comme on l'appelle, est très-fortifiant pour les entrailles. G'est là aussi que se trouvent Privemum, Gora, Suessa*, Velitrse, Aletrium', et enfin Frégelles, dont le Liris baigne l'enceinte avant d'aller déboucher dans la mer à Minturnes. Frégelles, qui n'est plus qu'un simple bourg, était naguère une cité considérable ; bon nombre des places que nous venons de nommer et qui l'environnent dépendaient d'elle, et^ aujourd'hui encore, les habitants de ces villes continuent de s'y rendre pour tenir leurs marchés ou pour célébrer en commun certains sacrifices. Ce sont les Romains qui, à la suite d'une défection des Frégellans, ont ruiné leur ville de la sorte. Général e-
1. Au lieu du Trerus. Voy. la note très-importante de M. Mûller, Ind. var, lect., p. 971, col. 2, 1. 9. — 2. Autre restitution excellente de M. Mûller. Voy. ibid., p. 971, col. 1 1. 13. — 3. ZitvIvov au lieu de zirviov, restitution due h M. Kramer. — 4. Sur l'omission des mots Tpaitivriiv xi, voy. la note de M. Mûller, Ind. var. lecL, p. 971, col. 1, I. 34. — 5. M. Mûller soupçonne •qu'il faut lire à la place de ce nom celui d'Ulubrx.
ment pourtant ces dernières localités, ainsi que les places situées sur la voie Latine même ou au delà de cette voie, se trouvent comprises dans les limites de l'ancien territoire des Herniques, des iEques et des Yolsques et ont eu les Romains pour fondateurs. A gauche de la voie Latine, entre cette voie et la voie Yalérienney Gabies s'offre à nous la première : située sur la voie Prénestine, à égale distance de Rome et de Préneste, à 100 stades à peu près de l'une et de l'autre, cette ville possède dans ses environs la carrière de pierres qui fournit le plus abondamment aux besoins de Rome. Nous reparlerons tout à l'heure de Préneste, mais, dans les montagnes au-dessus de cette ville, nous voyons se succéder, après la petite forteresse desHemiques, Gapitulum, la grande ville d'Anagnia, Géréaté et Sera, que le Lins baigne avant de gagner Frégelles et Mintumes, quelques autres petites places encore, et enfin la ville de Yénafre, qui produit la meilleure huile connue. Au pied de la colline, sur laquelle est situé Yénafre, passe le Yultume; ce fleuve baigne encore les murs de Casilinum, puh il va se jeter dans la mer auprès d'une ville qui porte son nom. Quant aux villes d'iSsemie et d'Allifes, elles font déjà partie du Samnium ; mais, si la seconde de ces villes est encore debout, l'autre tombe en ruines depuis l'époque de la guerre Marsique.
11 . La voie Yalérienne, qui commence à Tibur, conduit jusqu'au pays des Marses, voire jusqu'à Gorfinium, capitale des Péligniens. Les villes latines qui se trouvent sur cette voie sont Varia, Garseoli et Albe. Non loin de la même voie est situé Cuculum. Tibur s'aperçoit de Rome, ainsi que Préneste et Tusculum : on y trouve, avec un Heracleum ou temple d'Hercule, une belle cascade que l'Anio, déjà navigable en cette partie de son cours, forme en tombant du haut d'une montagne dans une vallée profonde et très-boisée qui avoisine la ville. Puis, au-dessous de ce point, l'Anio traverse une plaine d'une grande fertilité en longeant les carrières d'où l'on extrait la pierre tiburtine et la pierre rouge ou pierre de Gabies^ circonstance singulière-
ment favorable à l'exploitation de ces carrières en ce qu'elle facilite le chargement et le transport des matériaux avec lesquels s* effectue la plus grande partie des constructions de Rome. Dans la même plaine coulent les eaux AWuleSy eaux froides, qui s'échappent de plusieurs sources, et qui, prises comme boisson, ou employées sous forme de bains, agissent efficacement dans un grand nombre de maladies. Tel est le cas aussi des eaux Lahanes, sources situées à peu de distance de là sur la voie Nomentane aux environs d'Eretum. APréneste est ce temple de la Fortune si fameux autrefois par ses oracles. Les deux villes de Tibur et de Préneste, adossées à la même chaîne de montagnes, se trouvent à 100 stades environ l'une de l'autre; quant à l'intervalle qui les sépare de Rome, il est bien du double de cette distance pour Préneste, d'un peu moins pour Tibur. Toutes deux passent pour être d'origine grecque : on veut même que Préneste se soit appelée d'abord Polystephanos, Leur position est naturellement forte, surtout celle de Préneste, car au-dessus de la ville, en façon d'acropole , s'élève une grande montagne, séparée en arrière du reste de la chaîne par un col, qu'elle domine perpendiculairement d'une hauteur de 2 stades. A une assiette déjà si forte cette ville joint un autre avantage, celui d'être percée en tous sens de conduits souterrains qui aboutissent dans les plaines environnantes et qui servent, les uns, d'aqueducs, les autres, d'issues secrètes. C'est dans un de ces souterrains que Marins [le jeune] se fit tuer [par un de ses compagnons] pour ne pas tomber aux mains des ennemis qui l'assiégeaient. En général, on considère comme un bienpour une ville d'avoir la position la plus forte possible; par suite, cependant, des guerres civiles de Rome, cet avantage se trouva être un msdheur pour Préneste. Et cela se conçoit : en pareille conjoncture, ces sortes de villes deviennent toujours le refuge des factieux, elles sont, à cause d'eux, assiégées, prises d'assaut, et, après avoir souffert elles-mêmes matériellement de la rage du vainqueur, elles voient souvent encore leur territoire passer en d'autres mains, et c'est l'innocent qui paye ainsi pour le
398 GÉOGRAPHIE DE STBABON.
coupable. Un cours d'eau, le Verestis*, arrose les environs de Préneste. — Les villes dont nous venons de parler se trouvent toutes à TE. de Rome.
12. Mais en dedans de la chaîne où elles sont situées^ et avec le val d'Algide entre deux, s'étend une seconde chaîne de hautes montagnes qui se prolonge jusqu'au mont Albain^. C'est sur cette seconde crête que Tusculum est placé : cette ville, d'un bel aspect déjà par elle-même, est encore embellie par la foule de jardins et de villas qui l'entourent du côté surtout qui s'abaisse vers Rome ; d^s cette direction, en effet, la montagne de Tusculum forme un coteau fertile et bien arrosé, dont la pente généralement très-douce a permis qu'on y élevât tons œs palais, toutes ces habitations somptueuses. Ajoutons que ce coteau se relie en quelque sorte aux premières pentes du mont Âlbain, lesquelles ofirent, avec la même fertilité de sol, un aussi grand luxe de constructions. Puis viennent de grandes plaines qui se prolongent d'un côté jusqu'à Rome et à ses faubourgs et de l'autre jusqu'à la mer. La partie de ces plaines qui avoisine la côte n'est pas, à vrai dire, aussi saine à habiter que le reste ; le séjour en est cependant encore assez agréable et l'on ne voit pas que les terres y soient moins bien cultivées. Passé le mont Albain, jious rencontrons la ville d'Aricie sur la voie Appienne, à 160* stades de Rome : bien que bâtie dans un fond, Aricie possède une citadelle dont l'assiette est très*forte. Aunlessus d'elle, maintenant, à droite de la voie Appienne, les Romains ont bâti la ville de Lanuvium, d'où l'on découvre la ,mer et Antium*. — A gauche de la dite voie,, en montant depuis Aricie, on* trouve le femeux Artemisium^ le Nemus comme on l'appelle dans le pays. Ce ten^le de Diana Aricine fut Bâti, à ce qu'on prétend, sur le modèle de ceux de Diane Tanropole. Et il y a
1. M. MfiUer incline à penser qne la -vraie forme de oe nom est Veregis, OiiotTiç. Voy. les détails pleins d'intérêt qu'il ajoute sur cette rivière, appelée Tolerus dans la partie inférieure de son cours, (/ni. var. Uct.yp. 971, col. 2,1. 9.)
— 2. Voy. la remarque et le jugement de M. Millier sur toute cette phrase, ildai
— 3. Voy. MûUer : Ind. var. Ject,, p. 971, col. 2, 1. 57. — 4. Au lieu de Lavi- Bium que donneni les JfaB.,iGon»elion de Clorier. Voy. MilUer, ibid.
en effet quelque chose de I^arbare, de scythique pour mieux dire, dans la coutume suivante, qu'on prétend y être restée en vigueur : Tesclave fugitif qui a réussi à tuer de sa main le grand prêtre devient de droit son successeur; mais, dans la crainte où il est de se voir attaquer à son tour, il a toujours Tépée à la main et Tœil au guet pour être prêt à repousser la force par la force. Le temple est situé au milieu d'un bois, derrière un lac ayant l'étendue d'une mer, et, comme il y a tout autour ime chaîne ou enceinte continue de montagnes très-hautes aux pics sourcilleux, le temple et le lac se trouvent en quelque sorte au fond d'une cuve. Les eaux de plusieurs sources, celles, entre autres, de la fontaine Égérie, laquelle est ainsi nommée d'une divinité du pays, alimentent le lac; mais, si on les y voit entrer/ on ne les en voit pas ressortir : ce n'est que hors de [l'enceinte sacrée] et bien loin dans la plaine qu'elles reparais-^ sent à la surface du sol. Tout près de là est le mont Albain, dont le sommet dépasse de beaucoup YArtemisium et les montagnes déjà si hantes, déjà si escarpées, qui l'entourent. — Toutes les villes du Latium mentionnées par nous jusqu'ici sont situées en avant de ces montagnes. Une seule se trouve reculée plus loin dans l'intérieur, c'est la ville d'Âlbe, laquelle s'élève, sur la frontière même du pays des Marses, au haut d'un rocher qui domine le lac Fucm. Ge lac, aussi grand qu'une mer, est la principale richesse des Marses et des autres populations qui Tavoisinent. Ce qu'on dit [de la hauteur variable de ses eaux], que parfois elles grossissent au point d'atteindre la montagne en débordant, tandis qu'en d'autres temps elles baissent jusqu'à laisser à sec certains fimds qu'ordinairement elles recouvrent, de manière à en permettre la culture, peut s'expUquer soit par un déplacement des sources dans les profondeurs de la terre (les eaux de ces sources tantôt se perdant et se dérobant par de mystérieuses issues, tantôt alQuant avec ime abondance nouvelle), soit par unei disposition naturelle qu'ont toutes les sources à tahr de temps à autre, mais pour se remplir de nouveau et pour recommencer alors à couler, comme c'est
le cas, dit-on, de la rivière Âmenanns à Gatane, laquelle demeure à sec quelquefois plusieurs. années de suite, mais reprend ensuite son cours. Une autre tradition fait venir du lac Fucin Teau Marcimne réputée la meilleure de toutes celles qui alimentent Rome. Ajoutons, au sujet d'Âlbe, que sa position au cœur même de la contrée et sa forte assiette l'ont souvent fait choisir par les Romains comme place de sûreté pour y enfermer tels prisonniers qu'il importait de bien garder.
CHAPITBE IV.
On a vu qu'après avoir décrit tout d'abord la région subalpine de Tltalie, et, avec cette région, la partie adjacente de l'Apennin, nous avions franchi sans nous arrêter ces montagnes et parcouru jusqu'à la frontière du Samnium et de la Gampanie toute la région cisapennine^ autrement dit l'espace compris entre la mer Tyrrhénienne et la partie de l'Apennin qui s'écarte vers l'Adriatique; il nous faut donc maintenant revenir sur nos pas pour faire connaître la chaîne même de l'Apennin, tant ce qui se trouve au cœur de la montagne que ce qui appartient à ses deux versants, au versant extérieur ou versant de l'Adriatique aussi bien qu'au versant intérieur. A cet effet, reprenons encore une fois de la frontière de la Cisalpine.
2. La contrée qui succède immédiatement aux dernières villes de l'Ombrie comprises entre Ariminum et Ancône est le Picenum. Les Picentins sont sortis de la Sabine. Suivant ■ ^^f^dition, un pivert aurait servi de guide aux chefs qui les conduisaient ; de là leur nom, car le pivert dans leur langue s appe^Ae picus et ils le considèrent comme l'oiseau sacré ûe Mars. Le territoire qu'ils occupent et qui, partant de la montagne, se prolonge jusque dans la plaine, voire jus-
ïla^ "^^f ^® ^^ ^^^y se ^ouve être plus étendu en longueur qu en largeur. Le sol y est propre à toute espèce de
culture, plus favorable cependant aux arbres fruitiers qu'aux céréales. Des montagnes à la mer, c'est-à-dire dans le sens de la largeur, la distance varie beaucoup ; mais on trouve 800 stades juste pour la longueur en mesurant par mer la distance du fleuve iEsis à Gastrum*. — En fait de villes, le pays nous offre d'abord Ancône : d'origine grecque (car elle fut fondée par des Syracusains qui fuyaient la tyrannie de Denys), cette ville est située sur un promontoire qui, en se recourbant vers le nord, décrit l'enceinte d'im port. Ses environs produisent d'excellent vin et une grande quantité de blé. Tout près d'Âncône, mais un peu au-dessus de la mer, estlaviUed'Auxume, puis viennent Septempeda, Pneuentia*, Potentia et Firmum Picenum. Gastellum sert de porta cette dernière. CypraeFanum, qui suit, fut fondé, ou,, pour mieux dire, dédié par les Tyrrhéniens, qui, sous ce nom de CyprUy honorent la déesse Junon. A cette ville succèdent le fleuve Truentinus, avec une ville de même nom, puis Gastrum- Novum et le fleuve Matrinus, qui vient d'Adna et nous offre [à son embouchure] une petite ville, appelée aussi Matrinus, laquelle sert de port à Adria. Adria, du reste , n'est pas la seule ville qui soit située dans l'intérieur des terres; on y remarque aussi Asclum ou Asculum Picenum, lieu déjà très-fort [par la disposition de la colline] sur laquelle s'élèvent ses murs, mais qui l'est rendu plus encore par cette circonstance que les montagnes environnantes sont absolument impraticables pour une armée. Au-dessus du Picenum s'étend le territoire occupé par les Yestins, lesPélignes, les Marrucins et les Frentans, nation saunitique ou samnite. Ge territoire est situé tout entier dans la montagne et ne ton* che à la mer que par un étroit espace. Les montagnards qui l'occupent ne forment à vrai dire que de très-petites nations;
1. suivant M. MûUer, il faat lire ici, aa Hqu da nom de Castrum, celui de la Tille ou de la rivière Matrinus, pour que l'évaluation des 800 stades soit exacte. Mais dans la nomenclature des villes maritimes du Picenum le nom da Ccistrum-Novum précède immédiatement celui du fleuve Matrinus. Il n'est donc guère utile de rien changer à la leçon des Mss. — 2. Du Theil et Groskurd. approuvés en cela par Kramer, substituent à cette forme inconnue le nom de Follentia. M. Ch. MûUer, lui, propose de lire Tolentia {Tolen^ tino),
oéOGR. DE STRABON. I. — 26
mais il n'y a pas de peuple au monde plus courageux. Les Romains ont eu souvent occasion d'en juger par eux-mêmes, et dans une première guerre qu'ils leur firent, et dans les différentes campagnes où ils les eurent ensuite pour auxiliaires, et, en troisième lieu, quand ces peuples , fatigués de demander toujours, sans pouvoir les obtenir, la liberté et le droit de cité romaine, renoncèrent à l'alliance de Rome et ne craignirent pas d'allumer cette fameuse guerre Marsique. On les vit alors substituer à Rome, comme métropole commune des nations Italiotes et sous le nom nouveau d'/îa/ica, le cheflieu même du territoire des Pélignes, Gorfinium, faire de cette ville leur place d'armes, s'y réunir en assemblée générale, y nommer les consuls^ les préteurs de la ligue, rester ensuite deux ans en lutte ouverte avec Rome et finir par lui arracher cette communauté de droits, unique objet de la guerre. Ajoutons que la guerre Marsiqae a été appelée de la sorte à cause du peuple qui l'avait commencée, à cause surtout du Marse Pompœdius, Ces peuples n'habitent guère que des bourgs; ils possèdent pourtant aussi quelques villes, notamment, dans Tintérieur, Gorfinium, Sulmum, Maruvium et Teatea, capitale des Marrucins. Les autres villes sont sur la côte même : Atemum, la première, touche à la frontière du Picenum et porte le nom du fleuve qui sépare les Vestins des Marrucins. Ledit fleuve vient des environs d'Amiternum, traverse tout le territoire des Vestins et laisse à droite les Marrucins, lesquels habitent au-dessus des Pélignes : il y a, du reste , un pont qui permet de passer aisément d'une rive à l'autre. Bien que situé sur le territoire des Vestins, Atemum sert de port en même temps aux Pélignes et aux Marrucins. Le pont en question est à 24 stades de Gorfinium. A Atemum, le long de la côte, succèdent le port des Frentans, Ortôn, et une autre ville, Buca, qui appartient au même peuple et dont le territoire confine à celui de Teanum Apulum*. Entre Ortôn et Atemum le
1. M. Mûller soupçonne ici la lacune du nom de Cliternia, ville des Lannates. Il se fonde sur ce que Buca n'était pas du tout limitrophe de Teanum. Il est vrai qu'il admet en même temps la possibilité d'une erreur de la part de
fleuve Sagrus forme la limite comimune aux Frentans et aux Pélignes. — Du Picenum à la frontière de TApulie, ou, pour parler comme les Grecs, à la frontière de la Daunie, le trajet en rangeant la côte mesure 490 stades.
3. Les pays qui font suite immédiatement au Latium sont : 1**, le long de la mer, la Gampanie; 2°, au-dessus de la Campanie, le Samnium, lequel s'avance dans Tintérieur jusqu'à la frontière des Frentans et des Dauniens; 3® la Daunie même et les pays qui en forment le prolongement jusqu'au détroit de Sicile. Parlons d'abord de la Campanie. — A partir de Sinuessa, la côte jusqu'à Misène forme un premier golfe déjà fort grand; puis elle recommence, passé Misène et jusqu'à VAthenxum^ à se creuser de nouveau, formant ainsi, entre ces deux caps, un second golfe encore plus grand que le précédent, et que l'on nomme le Crater. Juste au-dessus du littoral de ces deux golfes, se déploie une plaine d'une fertilité incomparable, et qu'entourent, avec de riantes collines, les hautes montagnes des Samnites et des Osques : c'est là toute la Gampanie. S'il faut en croire Antiochus, cette contrée aurait eu pour premiers habitants les Opiques ou Ausones. Les deux noms, on le voit, ne désignaient dans la pensée de cet auteur qu'un seul et même peuple. Polybe, au contraire , indique clairement qu'il entendait sous ces noms deux peuples distincts, quand il dit que la plaine qui borde le Grater était occupée, dans le principe, par les Opiques et les Ausones. Suivant d'autres, la domination des Ausones en ce pays n'aurait fait que succéder à celle des Opiques; puis, le pays aurait passé aux mains d'une tribu appartenant à la nation des Osques, que les Gumœens auraient ensuite supplantée, mais pour se voir eux-mêmes évincés par les Tyrrhènes, toutes les populations guerrières de l'Italie s'4tant naturellement disputé la pos->
Strabon lui-même. — Pour ce qui est des mots saiyants : ^o^w»..., naï ■xiyka OijpiàSetç tivoi, rinterpolation nous parait évidente, la rédaction du dernier membre de phrase est celle d'un scoiiaste et, à l'exemple de M. Meineke, nous avons cru pouvoir retrancher tout le passage. Voy. pourtant les ginénieuses corrections prf^posées par M. Ch. Mûller, Ind. var. lect., p. 972. col. 1, 1. 62. » r ,
session d'une plaine aussi fertile. Les mêmes auteurs nous disent que lesTyrrhènes^une fois maîtres du pays, y fondèrent douze villes, une, entre autres, appelée Capua (Capoué), comme qui dirait la vUle capitale^ mais que l'excès du bienêtre avait fini par jeter tout ce peuple dans la mollesse et qu'il avait dû se retirer alors de la Gampanie, comme autrefois des bords du Pô, abandonnant le pays aux Samnites, qui, eux-mêmes, dans la suite, s'en étaient vu chasser par les Romains. Pour qu'on puisse mieux juger de cette fertilité de la. Gampanie , j'ajouterai que c'est elle qid produit le plus beau grain connu, j'entends ce pur froment dont on fait Valica (xovSpoç) , sorte de gruau supérieur au riz, supérieur même, on peut dire, à toutes les substances alimentaires qui se tirent des céréales. Quelques auteurs rapportent aussi que , dans certaines parties, des plaines de la Gampanie, il se fait chaque année deux récoltes d'épeautre, une troisième récolte de panis, parfois même une quatrième récolte de légumes. C'est de la Gampanie, qui plus est, que les Romains tirent leurs meilleurs vins, le Falerne, le Statane et le Galène, sans compter le Sorrentin, qui commence à se poser en rival de ces grands vins depuis qu'il a été prouvé, par de récentes expériences, qu'il pouvait, comme les autres, se garder de longues années. Enfin dans tout le canton de Yénafre, contigu aux mêmes plaines, l'huile qu'on récolte a la même supériorité.
4. La côte de Gampanie à partir de Sinuessa nous offre les villes suivantes. Liternum, où s'élève le tombeau du grand Scipion dit le premier Africain (dégoûté des affaires publiques par des haines ou inimitiés personnelles, Scipion vint en effet finir ici ses jours), Liternum est situé sur une rivière de même nom. Le Yulturne porte également le nom d'une ville bâtie sur ses bords et qui fait suite à Sinuessa : ce fleuve, le même que celui qui passe à Vénafre, traverse toute la Gampanie. Â ces deux villes succède celle de Gume ou de Gymé, fondée par les Ghalcidéens et les Gumœens, et cela à une époque évidemment très-reculée, puisqu'elle est reconnue pour la plus ancienne de toutes les colonies [grec-
ques] de la Sicile et de l'Italie. Les chefs de rexpédition, Hippoclès de Gume et Mégasthène de Ghalcis, étaient convenus entre eux que des deux peuples fondateurs un seul posséderait la nouvelle ville ^ mais que l'autre aurait Thon' neur de lui donner son nom. Et voilà comme il se fait qu'aujourd'hui ladite ville porte le nom de Gume en même temps qu'elle passe pour une colonie de Ghalcis. Dès les premiers temps de sa fondation, du reste, on vantait sa richesse et celle des campagnes environnantes, de ces fameux champs PhlégréenSj dont la fable a fait le théâtre du combat des Géants, en souvenir apparemment des luttes auxquelles avait donné lieu la possession de terres aussi fertiles. Mais, plus tard, Gume tomba au pouvoir des Gampaniens et il n'est sorte de violences et d'outrages que les Grecs, ses habitants, n'aient eu alors à endurer, jusqu'à voir passer leurs femmes dans les bras de leurs vainqueurs. On y retrouve néanmoins aujourd'hui même beaucoup de vestiges de l'organisation primitive, maints usages, religieux et autres, d'origine évidemment grecque. Quelques auteurs dérivent ce nom de Cume du mot grec xu^xara, qui signifie var gués, la côte sur ce point étant effectivement hérissée de rochers et toujours battue par les vents. Ajoutons que le lieu est particulièrement favorable à la pêche du thon. Tout au fond du golfe s'étend un terrain aride et sablonneux, couvert, sur un espace de plusieurs stades, d'arbustes et de broussailles, et connu sous le nom de Forêt gallinarienne : à l'époque où Sextus Pompée souleva la Sicile contre Rome, c'est là que ses lieutenants avaient réuni les équipages recrutés pour lui parmi tous les bandits de lltalie.
5. Le cap Misène est à une faible distance de Gume; mais il y a encore entre deux le lac Âchérusien, sorte de bas-fond marécageux habituellement couvert par les eaux de la mer. Au pied même du cap Misène, tout de suite après avoir doublé ce cap, on voit s'ouvrir un port, puis le rivage se creuse de nouveau et plus profondément pour former le golfe sur les bords duquel se trouvent Baïes et ces sources thermales devenues le rendez-vous des voluptueux aussi bien
que des malades. A Baïes succèdent le golfe Lucrin, et^ plus intérieurement, le golfe Averne * qui fait une véritable presqu'île de tout l'espace compris entre Misène et la ligne oblique * tirée depuis ses rivages jusqu'à Cume, vu qu'il ne reste plus [pour relier cet espace de terre au continent] que l'isthme, large à peine de quelques stades, sous lequel passe la route souterraine qui va de l'Averne à Cume et à la mer. Les anciens interprètes de la fable ont placé sur les bords de l'Averne la fameuse scène de VÉvocation des Morts ou de la Nécyomantie de l'Odyssée : ils affirment qu'il existait là très-anciennement un Oracle de ce genre, un necyornatir teurrij et qu'Dlysse était venu le consulter. En réalité, l'Averne est un golfe extrêmement profond jusque près de ses bords, très-étroit aussi d'ouverture et qui offre, en outre, les dimensions et la disposition générale d'un port, sans qu'on puisse jamais cependant l'affecter d'une manière utile à un service de cette nature, vu qu'il se trouve séparé de la mer par le Lucrin, autre golfe de grande dimension et tout semé de bas-fonds. Il y a de plus autour de l'Averne une ceinture de hautes montagnes, interrompue seulement là où est l'entrée. Les flancs de ces montagnes, que nous voyons aujourd'hui défrichés et cultivés, étaient couverts anciennement d'une végétation sauvage, gigantesque, impénétrable, qui répandait sur les eaux du golfe une ombre épaisse, rendue plus ténébreuse encore^ par les terreurs de la superstition. Les gens du pays ajoutaient d'ailleurs ce détail fabuleux qu'aucun oiseau ne pouvait passer au-dessus du golfe sans y tomber aussitôt asphyxié par les vapeurs méphitiques qui s'en exhalent, comme il arrive dans les lieux connus sous le nom de Plutonium. L'Averne n'était même à leurs yeux qu'un de ces Plutonium, et précisément celui auprès duquel la tradition place la demeure des anciens Cimmériens. Si cependant quelqu'un voulait à toute force pénétrer dans le
1. En grec Aome, — 2. t^ç «XotIo? au lieu de -atkaflai, correction de M. MÛUer. — 3. AI xord ^tiaiSai^oviav [Sic] xaTéurxiov iiwlouv tôv xôîiicov, élégante
conjecture du D' Piccolos»
golfe et y naviguer, il devait au préalable offrir * aux dieux infernaux un sacrifice propitiatoire , auquel présidaient des prêtres, gardiens et fermiers du lieu. Près de là, sur le bord de la mer, est une source d'eau douce excellente à boire ^, mais où l'on s'abstenait généralement de puiser, parce qu'on la regardait comme l'eau même du Styx, Le siège de rOracle se trouvait là aussi quelque part, et, de la présence de sources thermales dans les environs, de la présence aussi du lac Achérusien, on inférait que le Pyriphlégéthon était proche. Éphore croit au séjour des Gimmériens en ce lieu; suivant lui, ils y habitaient dans des souterrains dits argilleSy ils se servaient de chemins couverts pour communiquer ensemble et pour introduire les étrangers jusqu'au siège de l'Oracle, placé également sous terre à une grande profondeur; ils vivaient là de l'extraction des métaux^, du produit des réponses de leur Oracle et aussi des subsides qu'ils recevaient des rois de la contrée. Il ajoute qu'en vertu d'une coutume traditionnelle les populatioDS groupées autour du siège de l'Oracle étaient tenues de ne jamais voir le soleil et de ne quitter leurs souterrains que pendant la nuit et que c'est là ce qui a fait dire au poète, en parlant des Gimmériens :
c Jamais de ses rayons Phébus ne les éclaire. » •
Enfin, la nation tout entière aurait été exterminée par un des rois du pays, furieux d'avoir été trompé par l'Oracle, mais l'Oracle même, transporté en d'autres Ueux, aurait survécu et subsisterait encore à présent. — Telles sont les traditions que l'antiquité nous a léguées relativement au golfe ou lac Averne. Aujourd'hui, que les forêts qui l'ombrageaient ont été coupées par ordre d' Agrippa, qu'on a bâti partout
1. npoOuffijJitvoi au lieu de icpoO-Jtrôi/ityoi, leçon des Mss. qu'on « en tort d'écarter. — 2. noTîjJLou au lieu de TOTastlou, conjecture de Xylander unanimement ratifiée^ aujourd'hui. — 3. Coray lit ici (lavrttaf au lieu de ^txakXtiai; , mais la remarque de M. Meineke nous a paru décisive pour le maintien de la leçon des Mss. « Quis nescit etiam septentrionalium populorvm mytholo^ giam plenam esse narratiunculis de pumilionibus subterraneis fabrilem artem exercentibus et metallicae factitandœ peritis? » Vind. Strab., p. 53.
aux alentours, qu'on a creusé cette voie souterraine des bords de TAverne à la ville de Gume, on reconnaît que c'étaient là de pures fables. Il 'semble pourtant qu'en perçant cette voie souterraine et cet autre chemin couvert qui va de Dicœarchie à Neapolis* Cocceius se soit encore guidé d'après la tradition dont nous parlions tout à l'heure et qui a rapport aux Cimmériens [de Baies]', à moins qu'il n'ait cru, ce qui est possible également, se conformer de la sorte à une coutume ou pratique constante des habitants de la localité. 6. Le golfe Lucrin, qui, dans le sens de sa largeur, s'étend jusqu'à Baies, est séparé lui-même par une digue de la mer extérieure. Cette digue est longue de huit stades et a la largeur d'un chariot de grande voie ; suivant la tradition, elle aurait été élevée par Hercule, [comme il revenait d'Ibérie] ramenant avec lui les troupeaux de &éryon. Agrippa en a fait récemment exhausser la plate-forme, car, pour peu que la mer fût grosse, elle était toujours balayée par la vague, ce qui rendait le passage de la digue difficile aux piétons. Les embarcations légères ont accès dans le Lucrin : à vrai dire, ce golfe ne saurait servir de mouillage ni d'abri, mais la pêche des huîtres n'est nulle part aussi abondante. Quelques auteurs ont confondu le Lucrin avec le lac Achérusien; Artémidore, lui, le confond avec TAveme. Ajoutons, au sujet de Baïes, qu'on dérive son nom de celui de Baïus, l'un des compagnons d'Ulysse, comme on dérive du nom [de Misenus] celui du cap Misène. — Suit la côte escarpée de Dicœarchie, et DicaBarchie elle-même : bâtie sur un mamelon au bord de la mer, cette ville ne fut d'abord que l'arsenal maritime de Cume, mais, ayant reçu, à l'époque de l'expédition d'Annibal en Italie, une colonie romaine, elle vit changer son nom en celui de Puteoli^ , soit à cause des puits (putei)^ qui abondent dans les environs, soit, comme certains auteurs le pensent, à cause de la puanteur des eaux, tout le pays jusqu'à Baïes et au territoire de Game
1. Voy., sur ce passage, la longue note de M. Mûller, Ind. var. lect.j p. 973, îol. 1,1. 17. — 2. Nous avons déplacé, d'après l'indication de M. Mûller, les mots
èicl Talç Balai;. — 3. En greC, IIoti^Xou;.
étant rempli de soufrières, de fumaroles et de sources thermales. La même circonstance, suivant quelques géographes, aurait fait donner le nom de Phlegra à toute la campagne de Cume, et il faudrait reconnaître dans ce que nous dit la fable des blessures faites aux Géants par la foudre l'effet pur et simple de ces éruptions volcaniques d'eau et de feu. Avec le temps, l'ancienne Dicœarchie est devenue un emporium considérable, ce qu'elle doit aux vastes bassins qu'une précieuse propriété du sable de cette côte a permis d'y construire : uni, en effet, k de la chaux en proportion convenable, ce sable acquiert une consistance, une dureté incroyable, et l'on n'a qu'à mêler du caillou à ce ciment de chaux et de sable, pour pouvoir bâtir des jetées aussi avant qu'on veut dans la mer et créer ainsi sur des côtes toutes droites des sinuosités ou enfoncements qui deviennent autant d'abris sûrs ouverts aux plus grands navires du commerce. — Juste au-dessus de la ville s'élève un plateau connu sous le nom de Forum Yulcani et entouré de toutes parts de collines volcaniques, d'où se dégagent, par de nombreux soupiraux, d'épaisses vapeurs extrêmement fétides^ : de plus, toute la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, sublimé apparemment par l'action de ces feux souterrains.
7. A Dicœarchie succède Neapolis, ville fondée également par les Gumaeens, mais accrue plus tard de nouveaux colons venus en partie de Ghalcis, en partie aussi des îles Pithécusses et d'Athènes, ce qui lui fit donner ce nom de Ville-Neuve ou de Neapolis. On voit dans cette ville- le tombeau de Parthénopé, l'une des Sirènes, et ces habitants célèbrent encore les jeux gymniques qui furent institués par les premiers colons sur l'ordre d'un oracle. Plus tard, à la suite de discordes intestines, un certain nombre de Campaniens y furent reçus à titre de citoyens et les Néapolites, qui avaient vu leurs propres frères devenir volontairement pour eux des étrangers, en furent réduits à traiter en frères
1 . B(>(>)|jLû$ei; au lieu de ppo|Mb^(tç, excellente correction de Dindorf.
leurs plus mortels ennemis : on a la preuve de ce fait r^en que par les noms de leurs démarques ou tribuns, car ces noms, exclusivement grecs dans les commenceijcienls, finissent par être indifférenmient grecs ou campaniens. Ce sont, toutefois, les mœurs grecques qui ont laissé le plus de traces dans cette ville, et, aujourd'hui, bien qu'elle soit devenue toute romaine, elle conserve encore ses gymnases^ ses éphébies et ses phratriesy les dénominations y sont généralement grecques et les jeux quinquennaux qu'on y célèbre, et qui consistent en luttes gymniques et en concours de musique (ces concours durent plusieurs jours de suite), peuvent riva- User avec ce que la Grèce offre de plus brillant en ce genre. Une voie souterraine existe ici comme à Gume : percée à travers la montagne qui sépare Neapolis de Dicaearchie, cette voie a plusieurs stades de longueur et assez de largeur pour que deux chars puissent s'y croiser aisément; de plus, on a pratiqué sur le flanc de la montagne de nombreuses ouvertures, et, de la sorte, malgré l'extrême profondeur du souterrain, il y pénètre encore assez de jour pour Téclairer. Enfin Neapolis possède des sources thermales et un établissement de bains qui, tout en égalant celui de Baïes, est loin pourtant d'être aussi fréquenté ; car de tous les palais qui se sont élevés à Baïes les uns à côté des autres il s'est formé une nouvelle ville aussi considérable déjà que Dicaearchie. Ce qui explique, au reste, cette persistance des mœurs grecques à Neapolis, c'est que tous les [Grecs], qui ont gagné à Rome un peu d'argent, soit dans l'enseignement des lettres, soit dans toute autre profession, et qui, à cause de leur grand âge ou de leurs infirmités, n'aspirent plus qu'à finir leurs jours en repos, choisissent cette ville comme lieu de Retraite préférablement à toute autre. Il n'est même pas rare de voir des Romains, par goût aussi pour la vie douce et tranquille, suivre cette foule d'émigrants qu'attirent à Neapolis les mœurs et les habitudes grecques, se passionner pour le séjour de cette ville et s'y fixer définitivement. 8. La forteresse d'Herculanum * touche, on peut dire, à
i. En gréa Heraclicn,
U Neapolis : elle occupe un promontoire qui avanée dans la J\ merde façon à recevoir en plein le souffle du Lips ou Africus n\ et cette exposition admirable en rend le séjour particulièx1^\ rement sain. Ce sont les Osques qui ont été les premiers habi- \ ' \ étants d'Herculanum ainsi que de Pompeia, ville située sur la ' ■ *' \ été à la suite d-Herculanum et tout près du fleuve Sarnus; ; A 3S Tyrrhènes et les Pélasges ont ensuite occupé ces deux iy Vyîlles, mais pour faire place eux-mêmes aux Samnites, qui ")> ^unt fini à leur tour par se voir chassés de ces fortes positions. Les habitants de Noie, de Nucérie et d'Acerres, ville dont le nom rappelle une localité des environs de Crémone, ont, dans Pompeia, un port conmiun, et, dans le fleuve qui y pagse, dans le Sarnus, une voie commode pour l'importation et l'exportation des marchandises. Les villes que nous venons de nommer sont toutes situées au pied du Vésuve» montagne élevée, dont toute la superficie, à l'exception du sommet, est couverte des plus riches cultures. Quant au sommet, qui ofûre en général une surface plane et unie, il est partout également stérile ; le sol y a l'aspect de la cendre et laisse voir par endroits la roche même, percée, criblée de mille trous, toute noircie, qui plus est, et comme rongée par le feu, ce qui porte à croire naturellement que la montagne est un ancien volcan, dont les feux, après avoir fait éruption par ces ouvertures comme par autant de cratères, se seront éteints faute d'aliment. On peut croire aussi, par analogie, que la fertilité incomparable des terres environnantes est due à cette même cause, puisque l'excellence des vignobles de Catane est généralement attribuée à ce qu'une partie des terres qui entourent cette ville a été couverte des cendres provenant de la décomposition de la lave vomie par l'Etna. La lave, en efl'et, contient une sorte d'engrais qui, pénétrant le sol, commence par le brûler, mais y active ensuite la végétation : tant que cet engrais est en excès, le soi n'est, à proprement parler, qu'une matière combustible, analogue à toutes les substances sulfureuses, mais peu à peu l'engrais s'épuise, il devient moins brûlant, se réduit en cendres, et à la période de combustion succède alors pour
le sol une période de production et de fertilité. Immédiatement après Pompeia s*offre à nous Sorrente, ville d'origine campanienne, d'où part le promontoire Athenœum, ou, comme on ' appelle quelquefois, la pointe des Sirénusses, A Textrémité dudit promontoire s'élève un temple à'Athéné ou de Minerve, fondé naguère par Ulysse. De là à l'île de Gaprées le trajet est court. Que si maintenant Ton double rAthenœum, on aperçoit devant soi le groupe des Sirènes, petites îles désertes et rocheuses. Du côté de Sorrente, rAthenaeum nous offre un autre temple avec différents monuments votifs d'une époque fort ancienne et qui attestent la vénération particulière que les populations voisines ont toujours eue pour ce lieu. Le golfe Grater finit ici : on voit qu'il se trouve compris entre deux promontoires tournés au plein midi, le Misène et TAthenœum. Ajoutons que sa circonférence est bordée, dans l'intervalle des villes que nous avons nommées, de constructions et de plantations de toute nature^ qui offrent ainsi l'aspect d'une seule et même ville.
9 . Juste en face du promontoire Misène s'étend l'île de Prochyté,qui n'est à proprement parler qu'un fragment détaché de l'île de Pithécusses. Celle-ci fat colonisée anciennement par les Érétriens et les Gbalcidéens, mais cette première colonie, malgré les avantages qu'elle retirait d'un sol aussi fertile et de mines d'or aussi riches, ne put se maintenir dans l'île, une partie ayant été chassée par des discordes civiles, et le reste par des tremblements de terre et des éruptions de feu, d'eau salée et d'eau bouillante. L'île de Pi- , thécusses est, en effet, sujette à ces sortes d'éruptions, tel- : lement même qu'une seconde colonie envoyée de Syracuse par le tyran Hiéron dut encore pour ce motif, non-seulement abandonner la ville qu'elle s'était bâtie dans l'île, mais évacuer entièremeiït cette dernière, ce qui n'empêcha pas, disons-le, les Néapolites d'y passer à leur tour et d'en prendre définitivement possession. La fable qui nous montre Typhon couché sous l'île de Pithécusses et faisant, à chaque mouvement de sou corps pour se retourner, jaillir des co-
lonnes de feu et d'eau et jusqu'à de petites îles où Ton voit bouillir soi-disant l'eau des sources^ cette fable ne paraît pas avoir d'autre origine. Elle se retrouve chez Pindare, mais présentée alors sous un jour plus vraisemblable, parce que le poète part de données exactes sur le phénomène luimême. Pindare savait apparemment que les profondeurs de la mer, dans tout l'intervalle qui sépare la côte de Cume des rivages de la Sicile , recèlent des foyers volcaniques çn communication les uns avec les autres, en communication aussi avec le continent (ce qui explique [pour le dire en passant] tout ce qui a été publié sur la nature des éruptions de l'Etna, et comme il se fait qu'on ait observé des phénomènes analogues tant aux îles Lipariennes qu'aux environs de Dicéarchie, de Neapolis, de Baies et dans Tîle de Pithécusses), et, pour rappeler cet état de choses, il aura supposé que le corps du géant occupait au fond de l'abîme tout l'espace compris entre Gume et la Sicile:
c Maintenant, dit-il, un poids énorme, la Sicile tout enc tière et ce rempart de rochers qui borde la mer au-dessus de « Gume, oppresse sa poitrine velue *. »
Timée, lui, est persuadé que les anciens ont singulièrement exagéré les faits en ce qui concerne Pithécusses ; toutefois lui-même nous raconte que peu de temps avant sa naissance, l'Epopeus^, colline située alors juste au centre de l'île, vomit du feu, à la suite de violentes secousses de tremblement de terre, et poussa jusque dans la mer tout le terrain qui la séparait du rivage; qu'une partie des terres convertie en un monceau de cendres fut soulevée en Tair, puis retomba sur Tile en forme de typhon ou de tourbillon, ce qui fit reculer la mer de trois stades ; mais qu'après s'être ainsi retirée la mer ne tarda pas à revenir, et que, dans ce retour subit, elle inonda l'île entière et éteignit le volcan, le tout avec un tel fracas que, sur le continent, les populations épouvantées s'enfuirent depuis la côte jusqu'au fond de la
1. Pyth., I, 32. — 2. Au lieu d'Epomeus^ correction de Du Theil et de Coray, admise par les derniers éditeurs.
Gampanie. Les eaux chaudes de Pithécusses passent pour guérir de la pierre. Quant à File de Gaprées, elle comptait anciennement deux villes : avec le temps une seule a subsisté. Les Néapolites avaient également pris possession de cette île; mais César- Auguste s'étant réservé la propriété de Gaprées et y ayant fait faire de grandes constructions à son usage, leur rendit en échange l'île de Pithécusses, qu'une guerre leur avait enlevée. — Telles sont les villes de la côte de Gampanie et les îles qui la bordent.
10. Dans l'intérieur dés terres s*élève Gapoue, métropole de la Gampanie. Gette ville est bien nommée , car elle est réellement la capitale ou le chef-lieu du pays, et les autres villes, en comparaison, ne sont que de bien petites places. Exceptons pourtant Teanum Sidicinum, qui, elle aussi, est une ville considérable. Gapoue est située sur la voie Appienne, laquelle continue ensuite par Galatia', Gaudium et Bénévent, dans la direction de Brentesium. Dans la direction opposée, du côté de Rome, on y renc^tre Gasilinum, sur le Vultume : c'est dans cette ville que 540 Prénestins soutinrent contre Annibal, alors au fort de ses succès, ce siège mémorable, pendant lequel on vit, tant la famine était rigoureuse,, un rat* vendu jusqu^à 200 drachmes soutenir les jours de celui qui l'avait acheté et coûter la vie à l'imprudent qui l'avait vendu. On raconte aussi qu'en voyant les assiégés semer des raves au pied de leurs remparts Annibal ne put s'empêcher d'admirer la constance opiniâtre de ces pauvres gens qui espéraient prolonger assez leur résistance pour que leurs raves fussent en état d'être récoltées, et qu'à cause de cela il accorda la vie sauve à tous ceux qui restaient : or la faim et les combats n'avaient fait pendant le siège qu'un petit nombre de victimes.
1 1 . Indépendamment de ces dernières villes , la Gampanie renferme encore Gales et Teanum Sidicinum , que nous avons eu plus haut roccasion de mentionner, et qui ont pour limites respectives de leurs territoires ces